Le Mois de l'Enfant Jésus

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Vingt-quatrième jour

L'Enfant Jésus demeure dans Jérusalem

« Les jours de la fête étant passés, l'Enfant Jésus demeura dans Jérusalem sans que son père ni sa mère s'en aperçussent ». (Luc 2) Jésus, toujours soumis à ses parents mortels durant son enfance, fit connaître un jour que sa soumission ne venait pas de l'infirmité et de l'incapacité d'un âge ignorant, mais d'un ordre plus profond. Pendant le cours de sa prédication, il s'échappa plusieurs fois des mains de ses ennemis. Son esprit va et vient, et l'on ne sait ni d'où il vient ni où il va; il passe, quand il lui plaît, au milieu de ceux qui le cherchent sans qu'ils l'aperçoivent. Apparemment il n'a pas besoin de cette puissance pour échapper à Marie et à Joseph. Quoi qu'il en soit, le saint Enfant disparut; et les voilà premièrement dans l'inquiétude et ensuite dans la douleur, parce qu'ils ne le trouvèrent point parmi leurs parents et leurs amis avec lesquels ils le crurent. La soustraction de Jésus, qui échappe à sa sainte Mère et à saint Joseph, n'est pas une punition, mais une épreuve. On ne lit point qu'ils soient accusés de l'avoir perdu par négligence ou par quelque faute. C'est donc une humiliation et un exercice. Demandez au Père céleste qu'il daigne vous découvrir quelque chose des instructions importantes cachées dans ce mystère de la perte de l'Enfant Jésus par Marie et Joseph, et considérez 1° qu'on le perd aisément, 2° qu'on peut le perdre innocemment, 3° qu'on le perd par châtiment.

On perd aisément Jésus

Les charmes de ce saint Enfant étaient merveilleux, et il est à croire que tout le monde le voulait avoir; et ni Marie ni Joseph n'eurent peine à penser qu'il fût dans quelque troupe de voyageurs; car les personnes d'une même contrée allant à Jérusalem dans les jours de fête faisaient des troupes pour aller de compagnie. Ainsi Jésus s'échappa facilement; et ses parents marchèrent un jour sans s'apercevoir de leur perte. Au lieu de vous livrer à des réflexions et à des recherches inutiles et indiscrètes peut-être sur ce qu'il a plu à l'Esprit saint de nous laisser ignorer, recueil lez avec respect les premières leçons que vous présente le récit de l'Évangéliste sur la malheureuse facilité que nous avons de nous séparer de Jésus, sur l'aveuglement et la dissipation de notre esprit, qui nous empêchent de nous apercevoir de sou éloignement, sur la nécessité de nous arracher à nos amis et à nos proches, lorsque le service de Dieu et l'intérêt de notre salut nous en font une loi; car c'est pour nous instruire que Jésus-Christ a voulu que nous connussions les particularités les plus importantes de sa vie divine, et, dans l'économie de sa sagesse adorable, la perfection de sainteté qu'il devait un jour enseigner dans ses discours, il voulait d'abord la manifester dans ses œuvres. N'as-tu pas trop souvent, ô mon âme! occasion de reconnaître avec quelle déplorable facilité on peut perdre Jésus? Que faut-il pour le mettre en fuite? une affection déréglée, une attache trop vive, trop naturelle, même pour un objet légitime, une négligence, une infidélité. Les saints, ceux qui veillent soigneusement sur leur intérieur s'en aperçoivent presque à l'instant: le sentiment de la présence de Dieu moins habituel, la ferveur moins vive, la componction presque éteinte, l'impression de la grâce plus faible et plus inefficace les ont bientôt avertis de leurs dangers ou de leurs pertes. Mais les tièdes, les imparfaits, ceux qui n'ont point leur salut à cœur ne reconnaissent qu'à leurs chutes leur triste délaissement; et tandis que les premiers ont bientôt rappelé par leurs gémissements, leur repentir et leurs larmes le Dieu de leur salut, les autres languissent misérablement dans la froideur et les ténèbres, et finissent quelquefois par l'insensibilité et l'impénitence. O mon Sauveur! ne détournez pas de moi votre visage; que votre colère ne vous éloigne pas de votre serviteur. Soyez mon aide et ne me délaissez pas; ne me rejetez pas, ô Dieu de mon salut!

On peut perdre Jésus innocemment

Comme le jour viendra où cet adorable Sauveur sera en quelque sorte délaissé par son Père, et réduit à s'écrier dans l'amertume de son âme: Dieu ! mon Dieu! jetez vos regards sur moi. Pourquoi m'avez-vous abandonné! Marie, sa vivante image, Marie, destinée à participer si abondamment à l'amertume de son calice, devait ressentir quelque chose de ce délaissement dans la perte de son bien-aimé Fils. Cet Enfant divin n'ignorait pas a quelles inquiétudes et à quelles alarmes son éloignement allait livrer Marie et Joseph; mais il voulait par cette épreuve épurer leur amour, affermir leur foi et leur fournir l'occasion de glorifier son Père par leur humilité et leur patience; il était éloigné d'eux, mais il était avec eux; et par sa grâce il les soutenait dans leur douleur. Il voulait offrir à tous ceux qui marcheraient à sa suite un puissant motif de patience et de résignation dans leurs peines, en leur montrant, dans la créature la plus sainte et la plus chère à son amour, la plus éprouvée et la plus affligée de toutes; enfin par ces trois jours d'absence il semblait vouloir la préparer à la séparation bien autrement déchirante du Calvaire. Ne te laisse donc point aller à la tristesse et à l'abattement, ô mon âme! lorsqu'il plaît à Dieu d'éprouver ta constance et ta fidélité par ces peines intérieures qu'ont endurées ses serviteurs et ses amis, et qui n'ont pas été épargnées à sa sainte Mère. Perdre la dévotion sensible et porter la privation des consolations célestes sans y avoir donné lieu par sa faute, c'est perdre Dieu comme les saints, qui souvent sont tombés dans un état de dégoût, de délaissement et de ténèbres fort pénibles, sans perdre néanmoins la paix de l'âme et la plus parfaite soumission à la volonté divine. L'Enfant Jésus disparait,dit Saint Bernard, la joie d'Israël s'éloigne; le Verbe s'envole, mais il n'est pas irrévocable; il va et revient suivant son bon plaisir, nous visitant le matin et nous éprouvant bientôt après. Donnez-moi, ô mon Sauveur! de sentir les avantages incomparables de ces épreuves qui affermissent l'âme dans le bien et rendent la vertu plus solide, qui lui donnent l'occasion d'accroître ses mérites par la patience et la résignation, et la tiennent constamment dans l'humilité. C'est pour mon bien, Seigneur, que vous m'avez humilié; c'est afin que j'apprenne à vous servir avec plus d'exactitude et de ferveur.

On Perd Jésus par châtiment et en punition du péché

N'oubliez pas que la soustraction de Jésus qui échappe à son père et à sa mère n'est pas une punition, mais une épreuve, et que l'affliction que l'un et l'autre ressentirent, et que Marie exprima d'une manière si vive à l'Enfant divin lui-même, quand elle l'eut retrouvé, s'explique naturellement et par la grandeur de la perte, et par la disposition où sont les Saints de se reprocher et de s'imputer même les torts dont ils sont innocents ; mais en même temps comprenez bien que la perte de Jésus est trop souvent un effet et un châtiment du péché; c'est lui-même qui nous l'apprend par ces redoutables paroles : Je ni en vais, et vous me chercherez et vous mourrez dans votre péché; vous me chercherez et vous ne me trouverez pas, et vous ne pourrez venir où je suis. Cette menace, qu'il avait faite au peuple au milieu duquel il avait daigné naître, il l'a exécutée d'une manière terrible: il était au milieu d'eux, et ils ne le connaissaient pas; il leur révélait ses mystères, et ils ne l'entendaient pas; il opérait sur eux des prodiges que nul autre avant lui n'avait opérés, et ils n'ouvraient pas les yeux. Repoussé et comme contraint par leur malice et leur perversité à s'éloigner d'eux, il se retirait à l'écart, dans le désert, sur la montagne et sur les rivages, et après sa résurrection il ne se montra pas une seule fois à leurs regards. Quel effroyable châtiment, ô mon âme! quel épouvantable ana thème! perdre Jésus, l'unique ami, le vrai consolateur, son rédempteur, son sauveur, son père! perdre Jésus, c'est-à-dire perdre la voie, la vérité et la vie! Comment ne pas s'égarer, ne pas tomber à chaque pas, ne pas aboutir aux abîmes et à la mort? O mon âme! voilà donc le triste et malheureux effet du péché: perdre la crainte de Dieu, les lumières de la foi, la paix de la conscience, les consolations et la douceur de l'espérance chrétienne! perdre Jésus, ne plus l'aimer, ne plus l'invoquer, n'oser plus contempler sa croix, finir peut-être par ne plus croire en lui, par le persécuter dans son cœur et dans les autres! perdre Jésus, être livré à tous les supplices de l'incrédulité, aux remords, aux vaines terreurs, à la honteuse servitude des passions et des vices! mon Sauveur! le souvenir de mes péchés me glace d'épouvante. Dites à mon âme: Je suis ton salut je ne t'abandonnerai pas, je ne te délaisserai pas.

Vertu à obtenir: La vigilance chrétienne.

Résolutions et aspirations

Adorez souvent, pendant la journée, le saint Enfant Jésus échappant à sa sainte Mère et à Saint Joseph pour exercer leur foi, leur humilité, leur amour, et pour offrir à nos méditations des leçons dignes de sa sagesse et de sa miséricorde infinies. Compatissez à l'affliction de la plus tendre des mères et du fidèle gardien de l'Enfant Dieu; promettez-vous de veiller attentivement à la garde de votre cœur, pour que la grâce ne s'en échappe pas, pour que l'esprit impur ne réussisse jamais à rentrer dans celte maison qu'il ose encore peut-être appeler la sienne. O Sauveur! si je vous mets en fuite, si j'avais le malheur de vous perdre, où me réfugier? quel ami pourrait me tenir lieu de mon Jésus? Otez-moi, si vous le voulez, les biens, la santé, toute consolation et même la vie, mais demeurez en moi et ne retirez pas de moi votre Esprit saint.

Prière

Divin Sauveur, qui pour des fins toujours dignes de votre infinie sagesse, tantôt communiquez aux âmes les lumières de votre grâce et le feu de votre charité, et tantôt les laissez à leurs ténèbres et à leur faiblesse, j'adore humblement toutes les dispositions de votre Providence sur moi; je m'y soumets pleinement et de toute la force de ma volonté. Si vous voulez que je sois dans la paix et les consolations, soyez béni; si vous voulez que je sois dans l'obscurité et les alarmes, soyez encore béni ; j'accepte de votre main le calice qu'il vous plaira de m'envoyer. Seulement donnez-moi la force nécessaire pour triompher de mes répugnances, pour le recevoir comme vous l'avez vous-même reçu et pour le boire jusqu'à la lie, s'il le faut,pour votre amour, mais que jamais je n'aie le malheur de vous éloigner de moi par le péché. Plutôt mourir, ô mon Sauveur ! que d'en être séparé dans le temps ou dans l'éternité!

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