Le Mois du Saint Esprit

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Quatrième jour

Le Baptême dans le Saint Esprit


 

Le jour même de son Ascension dans le ciel, notre Divin Sauveur se trouvant à table avec ses disciples leur adressa cette parole: « Sous peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint Esprit ». Il importe à l'âme fidèle de pénétrer le sens de cette parole divine, et je ne saurais trop m'appliquer à la méditer si je veux connaître toujours mieux les effets de la promesse faite à tous les enfants de Dieu, relativement à la venue du Saint Esprit. En cherchant la signification du mot « Baptême » si souvent employé dans l'Ecriture et dans la liturgie Catholique, je trouve que, dans la langue grecque à laquelle cette expression appartient, elle désigne une immersion, l'action de plonger une personne dans l'eau pour la laver, la purifier, lui enlever toute souillure. L'action de laver le corps, de le purifier par l'eau dans laquelle on le plonge, fut toujours, chez les anciens peuples, chez les Gentils comme chez les Juifs, le symbole de la purification de l'âme. Toutes les langues l'attestent, en nous offrant des termes identiques pour indiquer les purifications intérieures ou mystiques, et les purifications extérieures ou corporelles. De là ces ablutions de tout genre, et ces sortes de Baptêmes que l'on renouvelait sans cesse, avant de pénétrer dans l'intérieur d'un temple, avant d'offrir des sacrifices. Chez les Juifs en particulier, il est certain que le mot de Baptême signifia constamment une purification par l'eau, une ablution, un bain sanctifiant.


Jean Baptiste prêcha et administra le Baptême dans l'eau, et cette pratique extérieure fut proposée aux Juifs par le Saint Précurseur, comme le signe sensible de la purification des cœurs par la détestation du péché, et par une sincère pénitence. La foi nous enseigne que le Divin Sauveur lui-même a choisi l'eau comme la matière du Sacrement qui nous régénère et fait de nous des enfants de Dieu par adoption. Mais Jean-Baptiste avait dit au peuple avide de sa parole: « Celui dont je vous parle, baptisera dans le Saint Esprit et dans le feu ». Or, voilà qu'au moment où il va quitter la terre et enlever aux hommes sa présence sensible, le Sauveur du monde adresse à ses disciples cette promesse: « Sous peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint Esprit ». S'il est vrai que le Baptême consiste à plonger une personne dans l'eau, de telle sorte que l'eau l'environne, l'enferme de toute part; si la personne que l'on baptise est ensevelie et comme noyée dans l'eau; si elle est couverte par l'eau qui devient son vêtement, puisqu'elle en est toute enveloppée, j'ai le droit d'examiner de près la parole de Jésus Christ, de m'en rendre compte, afin de comprendre comment on peut être baptisé dans le Saint Esprit. C'est cet examen que je veux faire, étant bien assuré d'y trouver une source de lumière, et la manifestation des vérités les plus consolantes. Soyez avec moi, Esprit Saint; faites que mon âme pénètre dans la pensée de mon Sauveur Jésus Christ, et qu'elle sache goûter l'ineffable douceur de cette parole divine qui renferme la vie éternelle.

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L'eau et le feu


Il est certain que l'eau purifie, lave, enlève les taches et les souillures. Mais dira-t-on que le feu manque de cette propriété, de cette vertu? Certes, il faudrait être bien ignorant pour refuser au feu une action purificatrice que toutes les sciences attestent, et qui n'est un doute pour personne. Il y a plus encore, car le feu possède une vertu bien plus grande que celle de l'eau. La purification par le feu s'étend bien plus loin que celle qu'on peut obtenir par l'emploi et l'usage de l'eau. Le feu brûle et consume tout ce qui altère la beauté et la pureté des métaux, et c'est par le feu que passe toute matière dans laquelle on soupçonne un alliage, ou soit la présence d'un corps étranger. Certainement les propriétés de l'eau sont moins étendues, sous le rapport de la purification des corps. Eh bien, voici que Jésus Christ arrive, et c'est lui qui, après avoir mérité en faveur de l'homme la grâce qui doit le laver, le purifier, le rendre saint aux yeux de Dieu, nous indique, nous montre cet inestimable bienfait sous les deux symboles de l'eau et du feu. Nous serons baptisés dans l'eau, c'est vrai; cette eau représentera l'action intérieure de la grâce qui nettoie l'âme, qui lui enlève la tache du péché, qui la rend pure, innocente aux yeux de son Créateur. Mais, ne l'oublions pas; nous devons être baptisés dans le feu; quel est ce feu, et qu'opère-t-il sur nos âmes? Je dois d'abord remarquer une chose, c'est que le divin Sauveur a voulu pour le Baptême dans le feu, une image sensible, un feu extérieur, symbole de ce feu divin, invisible qui, du sein de Dieu, se répand dans notre âme. Nous avons vu ce fait le jour de la Pentecôte. Mais, comme l'eau, ce feu était un signe, il représentait les effets surnaturels produits dans nous par le Saint Esprit.


Donc, lorsqu'il était dit que le Sauveur baptiserait dans le feu, il fallait entendre par ce feu le Saint Esprit; et c'est précisément ce que dit saint Jean-Baptiste: « Lui vous baptisera dans le Saint Esprit et dans le feu ». Mais, comment cette expression, le baptême dans le feu, dans le Saint Esprit, peut-elle être justifiée? Rien n'est plus facile à comprendre. De même, dit Saint Augustin, que dans le Baptême, l'eau, en touchant le corps, lave et purifie le cœur, et lui enlève toute souillure, de même le Saint Esprit arrivant dans notre âme, purifie notre intelligence et notre cœur, et enlève de nous tout vice, tout péché, toute cupidité. O admirable effet de la mission du Saint Esprit! Quand Dieu l'envoie à une âme, cette âme se trouve plongée, ensevelie, noyée dans l'Esprit de Dieu, par conséquent dans la lumière, dans la vérité, dans l'amour; elle est par là même lavée, purifiée de toute erreur et de toute affection criminelle; tout ce qui n'est pas de Dieu et pour Dieu disparaît; l'âme devient juste, pure, sainte, telle que Dieu la désire. Qu'est-il donc arrivé à cette âme? Elle a été baptisée dans le Saint-Esprit, feu sacré, feu éternel qui n'est autre chose que l'amour. Non, aucune souillure ne résiste à l'action de l'amour; et si l'on voit un si grand nombre d'âmes esclaves de la cupidité et de l'orgueil, c'est que l'amour divin ne les enveloppe pas; elles ne sont pas plongées dans le Saint-Esprit et dans le feu. Hélas! la purification par le feu divin de l'amour exige le concours de la volonté humaine, et le refus de ce concours empêche pour un grand nombre la réalisation de cette admirable promesse: « Vous serez, baptisés dans le Saint Esprit ». Mais je dois admirer ici l'immensité de la divine miséricorde. Tandis que le Baptême dans l'eau ne saurait être réitéré, et qu'il faudra pleurer pendant toute la vie, le malheur d'avoir souillé la robe d'innocence dont l'âme avait été revêtue dans ce sacrement, par contraire le Baptême dans le feu, dans le Saint Esprit, dans l'amour, peut être renouvelé souvent, et il répare les pertes occasionnées par l'infidélité à la grâce du premier Baptême. Cette pensée est bien consolante pour les pécheurs. Oui, qu'ils le sachent; il leur est dit à tous; si vous le voulez, vous serez de nouveau baptisés dans le feu de l'amour, dans le Saint Esprit. Priez, gémissez, criez vers le ciel, et le Saint-Esprit viendra en vous, il vous baptisera, vous serez purifiés, vous serez saints!... Pour vous, âmes ferventes qui gémissez continuellement sur vos fautes de chaque jour, relevez votre courage. Vous péchez, dites-vous, à chaque instant. Je le crois, mais à chaque instant aussi, le Saint Esprit agit dans vous, il vous purifie, il vous baptise.

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Les privilèges de l'eau et du feu


Le Baptême par l'eau ne consiste pas seulement dans la purification de l'âme qui le reçoit, car il produit bien d'autres effets. Il donne à l'âme la grâce sanctifiante, et avec elle, la foi, l'espérance et la charité; avec ces trois vertus, la grâce sanctifiante introduit dans nous les dons du Saint Esprit: c'est saint Thomas qui l'affirme, et la raison qu'il en donne c'est que le Saint-Esprit n'entre pas dans une âme sans le cortège divin des dons surnaturels qui sont inséparables de lui-même. Si je cherche maintenant la raison pour laquelle Jésus Christ annonce à ses apôtres déjà justifiés que, sous peu de jours, ils seront baptisés dans le Saint Esprit, il me sera facile de la trouver. Que veut donner à ses disciples le divin Maître qui les a tant aimés? Une surabondance de grâces, un accroissement merveilleux des dons célestes qu'il leur avait communiqués. Il veut les élever à une perfection sublime, et, comme le disent les interprètes, leur accorder la plénitude des biens et des richesses de la grâce. C'est ce qui arrive pour eux, le jour de la Pentecôte. Avez-vous entendu cette parole : Vous serez baptisés dans le Saint-Esprit, et vous recevrez dans vous la vertu du Saint-Esprit? Le Sauveur ne dit pas les dons, les grâces, les lumières; il n'emploie qu'un mot, mais ce mot renferme tout. On croit entendre l'ange Gabriel parlant à Marie de la part de Dieu. Pour que la Vierge devienne Mère, que lui promet le Ciel? La Vertu du Très-Haut, c'est-à-dire la toute-puissance divine, toutes les richesses de Dieu. Eh bien! c'est le langage qu'entendent les Apôtres: « Vous recevrez la Vertu du Saint Esprit, vous en serez-revêtus ». Oh! qui brisera l'enveloppe? Qui pénètrera le sens, l'esprit de cette grande parole? C'est donc la plénitude, la perfection des dons surnaturels qui est promise aux Apôtres par ces mots: « Vous serez baptisés dans le Saint Esprit »; quelqu'un pourrait-il en douter, en considérant la transformation opérée dans le Cénacle, de tous ces hommes jusqu'alors si imparfaits? Mais ces effets du Baptême dans le feu de l'amour, dans le Saint Esprit, devaient-ils s'arrêter aux Apôtres, et aux disciples qui se trouvèrent dans le Cénacle au grand jour de la Pentecôte? Ce serait un blasphème de le dire, et ce blasphème supposerait la plus profonde ignorance.


Si j'ouvre l'histoire de l'Eglise, si je lis la vie des Saints, il m'est impossible de nier la reproduction de la Pentecôte pour certaines âmes, et cela dans tous les siècles. Je le sais, bien souvent ces grands effets du Baptême dans le feu de l'amour de meurent cachés pour le vulgaire; mais ils n'en existent pas moins dans un bon nombre d'âmes qui ont consenti à sortir d'elles-mêmes, et à se noyer dans le Saint Esprit. Si vous ne connaissez aucune de ces âmes, je vous trouve bien à plaindre. Mais enfin qui m'empêcherait de porter bien haut mon ambition, et de vouloir pour moi ce feu qui enlève tout pour donner tout; qui dépouille pour enrichir, qui dévore pour embraser? Malheur aux chrétiens qui vivent sans se douter de cette transformation opérée par la vertu du Saint Esprit! Ils ont perdu les grâces attachées au Baptême de l'eau, et ils ne pensent pas que le Baptême dans le feu et dans le Saint-Esprit, pourrait, dans un instant, les changer en créatures nouvelles dont les Anges diraient, pleins de joie: « Elles ont été baptisées dans le feu, et la vertu d'en haut est descendue dans leur cœur ». O Saint Esprit, venez! Remplissez l'âme de tous les fidèles!

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La force de l'eau et du feu


Il y a, dans le feu comme dans l'eau, une double force qui oblige les hommes, tantôt à se mettre en garde contre ces deux terribles agents, tantôt à recourir à eux pour en retirer de grands avantages: la force de résistance et la force de mouvement ou d'action. Vaincre la résistance, et bien employer l'action de ces deux éléments, c'est une science que les hommes ne sauraient négliger. Eh bien, la divine sagesse a voulu employer l'eau et le feu comme symboles de la résistance et de l'action dans l'âme humaine. Voyez ce nouveau chrétien; comme l'eau du Baptême l'a rendu fort contre la malice de l'enfer, contre l'impétuosité de ses passions! Sorti à peine de ces eaux salutaires, de ce bain miraculeux que nous nommons le Baptême, il est capable d'opposer une résistance sans limites à toutes les forces de l'enfer, des passions et du monde, réunies pour le renverser. L'histoire entière de l'Eglise est l'histoire de cette résistance. D'un autre côté, le Baptême communique à celui qui le reçoit, ce Don de force qui lui fera entreprendre et réaliser les œuvres les plus admirables. Qui dira le spectacle donné au monde par les fidèles de tous les siècles! Le zèle, le courage, la force, ont toujours caractérisé les chrétiens; et, dans les premiers siècles, alors que le feu de la persécution remplissait le monde de victimes, on voyait dans le sexe le plus faible, dans l'âge où les infidèles n'auraient pas osé chercher une vertu, des prodiges de sainteté, des actions surhumaines qui suivaient de près la réception du Baptême. Ceux qui sortaient de ce bain spirituel, étaient presque toujours revêtus de la force qui fait les héros. Quelle vertu possède donc l'eau baptismale? Que dirai-je maintenant de cette force relativement au feu? S'il s'agissait uniquement du feu matériel, j'abandonnerais à nos savants le soin de nous dire la force de son action; mais savent-ils, ces mêmes savants, ce que peut dans une âme le feu divin, le feu surnaturel qui fut promis par le Sauveur à ses disciples, et dans lequel ils furent baptisés?


Voyez, vous, fidèles, qui étudiez à fond la promesse de Jésus Christ, voyez cette force de résistance, et puis cette force d'action dans les apôtres et dans les saints de tous les siècles. Qui a pu arrêter ces hommes dévorés par le feu divin de l'amour? Quel obstacle a été capable de borner leur action, et de les empêcher d'agir sur le monde entier? Quelle force a pu les faire reculer? Leur patience, leur courage, leur zèle ont lassé tous les bourreaux devenus, à leur tour, les grands et intrépides défenseurs de la foi. Mais d'où venait ce zèle fort, énergique, que rien ne pouvait décourager ni abattre? Demandez-le au Saint Esprit; c'est lui qui fait les âmes de feu; c'est lui qui enfante, qui produit tous les genres de vertus, tous les genres d'héroïsme. Quand une âme est noyée, ensevelie dans lui, cette âme est invincible, et ses actions deviennent divines.. Je suis tout-puissant, s'écrie Saint Paul, mais par celui qui me fortifie. L'univers peut dire si cet homme étonnant a exagéré, en parlant de la force que le Saint Esprit lui avait communiquée. Hélas! pourquoi donc tant de lâchetés, tant d'irrésolutions, une si prodigieuse faiblesse, dans un grand nombre de chrétiens ? Mais parce que ces infortunés négligent le Baptême dans le Saint Esprit. On nage dans l'esprit du monde, on n'a d'estime que pour l'esprit des créatures, peut-être pour cet esprit particulier qui constitue le moi-humain. Le Saint Esprit, l'Esprit de Dieu, on l'oublie, on ne l'appelle jamais; que dis-je? Quand il se présente, on le rebute; quand il parle, on lui impose silence; quand on le rencontre, on détourne sa vue; on le craint, il importune, il n'est plus qu'un étranger qu'on évite avec soin, parce qu'on ne comprend pas la langue qu'il parle. Comment serait-on baptisé, plongé dans lui, dans sa lumière, dans son amour? O mon Dieu, je sais des âmes que le Saint Esprit brûle et qu'il dévore; je voudrais bien leur ressembler. Venez, venez, ô Esprit Dieu, Esprit amour, descendez en moi, et je deviendrai fort, invincible, plein de bonne volonté, de zèle, de courage; et ma vie ne sera plus qu'un grand acte de dévouement à la gloire de mon Seigneur Jésus! Amen!

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