Le Mois du Saint Esprit

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Huitième jour

La vie par le Saint Esprit


L'apôtre saint Paul, dans son admirable Epitre aux Romains, nous révèle les plus sublimes mystères de cette vie spirituelle que le Saint Esprit communique à l'âme des justes, et qui diffère  essentiellement de la vie mondaine. Ecoutons le Docteur des nations: « Mes frères, nous ne sommes pas redevables à la chair, pour vivre selon la chair; si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Si, au contraire, vous faites mourir par l'Esprit les œuvres de la chair, vous vivrez ». Et ailleurs: « La chair convoite contre l'Esprit, et l'Esprit convoite contre la chair; et ils sont opposés l'un à l'autre. Je vous le dis donc: Conduisez-vous selon l'Esprit, et vous n'accomplirez point les œuvres de la chair ». Ceux qui sont à Jésus-christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés. Si donc, nous vivons par l'Esprit, conduisons-nous aussi par l'Esprit. Ces principes sont d'une telle clarté qu'on hésite presque à les expliquer. Il est évident, d'après la doctrine de l'Apôtre, que notre nature déréglée par le péché, dirige ses affections vers les objets créés, et cherche sa félicité dans la jouissance des biens sensibles. Même après avoir été régénérés par le baptême, nous avons à combattre continuellement contre la convoitise et contre ses désirs, parce qu'ils sont opposés à l'Esprit de Dieu.


Ainsi il y a dans l'homme deux principes contraires qui le font agir, et qui remuent toutes ses affections: l'un qui le porte vers le ciel, et l'autre qui l'incline vers la terre; l'Esprit qui est la source de la pureté et de l'innocence, le détache de l'amour des créatures et l'élève vers son Créateur, en lui inspirant des désirs chastes et saints, et des pensées salutaires. La chair, de son côté, l'attache aux biens créés, aux choses sensibles, et le rend leur esclave. Elle ne suggère que des pensées basses et terrestres, des désirs illicites et déréglés, parce qu'elle est toute corrompue par sa propre origine. Ce combat dangereux dure autant que la vie. On ne peut le soutenir que par la grâce du Sauveur qui, seule, donne la force nécessaire pour que la victoire reste à l'Esprit. Le grand Apôtre s'écrie: « Je vois dans les membres de mon corps, une loi qui combat contre la loi de mon esprit, et qui me rend captif sous la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort? Ce sera, la grâce de Dieu par Jésus-christ Notre-Seigneur ». Heureuses les âmes qui connaissent ce terrible duel, comme l'appelle l'Eglise? heureux le chrétien dont le cœur est le théâtre de ce rude combat! c'est une preuve que l'Esprit de Dieu est en lui; car, dit saint Augustin, l'Esprit convoite contre la chair dans ceux qui sont bons; les mauvais ayant, perdu cet Esprit, la convoitise de la chair n'a plus d'objet; c'est l'état affreux dans lequel vivent beaucoup de chrétiens qui ne combattent plus, parce qu'ils suivent en tout les appétits mauvais de leur pauvre nature. Ils vivent tranquilles, c'est-à-dire, sans combattre; leur paix et leur tranquillité ne sont autre chose que les arrhes de l'enfer. Pour moi qui veux me sanctifier, je veux aussi ce combat, et je l'accepte.


Le Saint Esprit est venu, il m'a revêtu des armes nécessaires pour marcher contre l'ennemi, et pour recevoir ses attaques. Me voici, je suis prêt. Ce sera donc l'Esprit qui combattra !a chair, et si la chair m'attaque, je me vengerai contre elle en l'écrasant, en la crucifiant. Je ferai comme saint Paul qui la châtiait et la réduisait à l'esclavage. Saint Anselme, en traitant ce sujet, me dit: La concupiscence ne veut pas me permettre de faire le bien, que je voudrais? moi je l'empêcherai de faire le mal qu'elle veut. D'ailleurs quand elle crie, quand elle s'agite, je n'ai pas peur, parce que je ne consens pas à ce qu'elle désire! C'en est donc fait, ma vie sera une vie spirituelle. Oh! comme j'aime à revenir sur ce mot de saint Paul: « l'Esprit convoite contre la chair! » Précieuse convoitise! je vais l'irriter, la provoquer, la rendre toujours plus vive, afin qu'elle prenne un empire absolu, et que l'Esprit soumette entièrement la chair. C'est ce que produit dans les âmes justes la présence de l'Esprit de Dieu. Non, je ne suis pas le débiteur de la chair; elle est ma plus cruelle ennemie; tous ses efforts tendent à me damner pour une éternité. Qu'elle en prenne donc son parti, elle obéira à la loi de l'Esprit, et je saurai châtier et punir ses insolentes révoltes. Je suis le débiteur de l'Esprit; Je lui dois tous les biens de la grâce, il veut me conduire à la possession d'un bien infini. Je l'aime, et je me donne à lui; je vivrai de la vie de l'Esprit, en ayant toujours présente à ma mémoire cette parole de saint Paul: « Tous ceux qui sont poussés par l'Esprit de Dieu, sont les enfants de Dieu ».

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En quoi consiste la vie de l'Esprit


Suivons toujours l'enseignement admirable de saint Paul: « Ceux qui sont charnels aiment et goûtent les choses de la chair; ceux qui sont spirituels aiment et goûtent les choses de l'Esprit ». Ces paroles doivent me faire comprendre une chose, c'est qu'il ne s'agit pas, dans toute la doctrine que je  médite, de quelques vérités spéculatives qu'il est facile d'admettre en théorie, en les oubliant dans la pratique. Il s'agit, au contraire, de choses très précises, qui regardent toute ma conduite, et qui doivent avoir la plus grande influence sur toutes les actions de ma vie considérées dans leurs plus petits détails. La vie de la chair, disent les grands Docteurs qui ont expliqué saint Paul, consiste à s'occuper des choses de la terre par-dessus tout, à les aimer de préférence, à les rechercher avec ardeur, à s'en nourrir continuellement, à placer sa félicité dans les jouissances qu'elles procurent. Les hommes charnels, dit un savant commentateur du grand Apôtre, cherchent avec ardeur les biens de ce monde, ils applaudissent quand ils les voient, ils les embrassent avec transport. Les choses de la chair dont parle l'Apôtre, ce sont tous les objets sensibles et agréables à la chair, c'est-à-dire, à la nature viciée par le péché.


D'après cette définition de l'homme charnel, qui ne vit pas de l'Esprit et qui, par là même, ne saurait être compté parmi les enfants de Dieu, je comprends ce qu'il faut penser de l'immense majorité des chrétiens que j'ai sous les yeux, de ceux en particulier qui peuplent les grandes villes. Ou saint Paul a menti, ou ces pauvres chrétiens ne sont plus enfants de Dieu. Mais il est pour moi d'une importance extrême que je sache si je n'ai rien à craindre personnellement. Pour cela, il faut que j'examine sérieusement le caractère de l'homme spirituel opposé à l'homme charnel. L'homme spirituel est celui qui ambitionne les vraies richesses, les dons de la grâce, la possession de Dieu. Ses pensées sont dans le ciel, ses vœux sont pour le ciel, son ambition ne s'arrête jamais plus bas que le ciel. L'homme spirituel sait que par la chair, il est poussé vers les choses du temps, et détourné de sa fin qui est la possession éternelle de Dieu. Alors il craint sa chair, il redoute ses appétits, il déteste ses prétentions. Il veut dominer par l'Esprit de Dieu qui lui a été communiqué, cette partie de son être qui est faite pour obéir, et qui ne peut supporter le joug qu'elle cherche continuellement à secouer. L'homme spirituel voudrait, en quelque manière, sortir de son corps, et ne plus le sentir; il le regarde comme un esclave, comme un animal indompté dont l'humeur fougueuse est un danger pour lui. Il se dit à lui-même: mon corps n'est pas moi, pas plus que ce meuble, que cet habit n'est moi. Il sait que ce même corps n'est qu'une maison de boue destinée à la destruction. L'homme spirituel se persuade que tout ce qui est visible n'est qu'un fantôme, une figure, une vapeur qui s'évanouira bientôt; que c'est une simple apparence, et que la réalité c'est l'Esprit, c'est Dieu, c'est l'âme créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. Il comprend que le corps ne sera un jour glorifié que pour avoir pris, autant qu'il était en lui, les qualités de l'Esprit, et qu'il sera appelé alors un corps spirituel! Dans cette persuasion, le fidèle s'efforce de rendre son corps spirituel, autant qu'il le peut, à l'exemple des saints qui ont réduit d'une manière si étonnante les exigences de leurs sens. Ce n'est pas que l'homme spirituel ignore que le corps est pour lui une machine précieuse, très utile, sans laquelle il ne peut rien ici-bas, pas même souffrir pour la gloire de Jésus. Il veut donc conserver cet instrument, et il le doit; mais il étudie avec soin ce qu'il faut accorder par nécessité, et ce qu'il faut refuser pour éviter les révoltes. Il use de finesse, il agit par politique, comme on le fait envers des personnes haïssables dont on a besoin, et que l'on ménage néanmoins pour ne pas tout perdre en un instant. D'après ce principe, l'homme spirituel consulte la vertu de prudence, pour savoir ce qu'il convient d'accorder à ce corps dont les désirs sont insatiables. Il lui mesure avec parcimonie la nourriture, le sommeil, les plaisirs. Il le loge, il le couvre de vêtements; mais une sainte avarice et une rigueur prudente président à cette distribution, puisque la conduite contraire serait tout simplement la sensualité!...


Oh! comme les yeux vont se plaindre! ne les écoutez pas, et refusez-leur beaucoup de choses. L'ouïe sera réduite à entendre Dieu et sa parole, les gémissements et les soupirs du pauvre; elle devra renoncer à mille satisfactions ou criminelles ou dangereuses. L'odorat sera sanctifié, s'il est réduit à vous rendre le service de distinguer la pureté de l'air, ou à juger si les objets dont il faut que vous vous serviez sont véritablement sains. Quant au goût, on peut dire que ses exigences sont devenues telles que beaucoup de chrétiens vivent en qualité de ses esclaves. Oh! quelle sévérité l'homme spirituel déploie contre lui! Il consulte la saine raison pour distinguer ce qui est nuisible ou utile à la conservation, et puis il est impitoyable. Hélas! combien ces détails vont exciter la pitié des mondains! ils n'y verront qu'une folie, je les plains sincèrement, et je me tais. Aujourd'hui, on apprend aux enfants l'art si facile des jouissances physiques. L'industrie et les arts sont coupables devant Dieu, des plus perfides' inventions; et bien des mères qui se disent chrétiennes apprennent à la jeune fille à n'avoir d'autre Dieu que sa chair!... 0 mon Dieu, je ne puis douter de la vérité de ces principes; je les trouve pratiqués par tous les saints, et si je me trompais en les adoptant, je me tromperais avec les justes de tous les siècles, avec saint Paul le docteur des nations; je me tromperais avec Jésus Christ!... Ah! je comprends cette parole de l'Apôtre, et je la méditerai souvent: « L'amour des choses de la chair est une mort ; au lieu que l'amour des choses de l'Esprit est la vie et la paix ».

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Nécessité de la vie de l'esprit


Le grand Apôtre développe son admirable doctrine sur la vie spirituelle, et voici ce qu'il enseigne à tous les disciples de Jésus Christ: « Ceux qui vivent selon la chair, ne peuvent plaire à Dieu; pour vous, vous ne vivez pas de la chair, mais selon l'Esprit, si toutefois l'Esprit habite en vous. Que si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Jésus-christ, il n'est point à lui ». Ici, je dois remarquer avant tout, combien le ton que prend saint Paul est affirmatif; combien la décision qu'il donne est formelle, absolue, n'admettant aucune exception, et rejetant par là même, toute explication par laquelle on s'efforcerait d'atténuer ou d'affaiblir la force de sa parole. Or, quelle est cette décision que tous les sophismes fournis par la fausse piété, par la piété mondaine, ne pourront jamais affaiblir! c'est celle-ci: « Ceux qui vivent selon la chair, ne peuvent plaire a Dieu », Dieu est un Esprit infiniment pur, et par là même, en vertu de sa sainteté parfaite, il déteste, il abhorre les affections impures et les œuvres détestables de la chair. Ceux-là donc qui se renferment dans leur être purement naturel, et que le Saint Esprit ne régénère pas; ceux qui ne vivent pas de la vie surnaturelle, de la vie de l'Esprit, ceux-là ne peuvent plaire à Dieu. Les vertus que fait pratiquer la raison abandonnée à elle-même ne s'élèvent jamais jusqu'à Dieu, et ne peuvent lui être assez agréables pour mériter une récompense éternelle.


O Dieu! je veux vous plaire; arrachez de mon cœur, cet amour funeste des choses sensibles! cet amour tue l'âme pendant cette vie, et devient pour elle le principe de la mort éternelle. Cet amour, Dieu le haïra toujours, parce que, toujours, il sera opposé à sa pureté infinie. Saint Paul ajoute: « Pour vous, vous vivez selon l'Esprit ». En parlant ainsi, le grand Apôtre désigne les chrétiens, les vrais disciples de Jésus-christ. Ceux-ci ne suivent pas les affections terrestres, et ne s'inquiètent pas des avantages, des biens et des plaisirs que procure la vie présente. Ils ont été régénérés par le Saint Esprit, ils sont devenus des hommes spirituels, et leur amour se porte vers les choses surnaturelles. Nous sommes appelés des hommes spirituels, dit le grand pape saint Léon, si les affections charnelles ne dominent pas dans notre cœur; et l'on peut dire de nous que nous avons quitté la chair, lorsque nous ne suivons plus sa volonté. Mais remarquons la restriction que saint Paul met tout à coup à ce qu'il vient d'affirmer: « Si toutefois l'Esprit de Dieu habite en vous!... » Que signifie cette parole, sinon que la régénération par le baptême ne suffit pas, lorsque parvenus à l'âge de raison, nous avons le malheur de renoncer aux engagements que nous avons pris à l'égard de Dieu et de sa loi sainte, pour vivre suivant les maximes du monde et selon les désirs corrompus de notre cœur? Ce serait donc une erreur monstrueuse de dire: Je suis baptisé, donc me voilà sauvé. Cette proposition est le comble de la démence, et la marque d'un esprit épouvantablement égaré. Ce que saint Paul ajoute, après les paroles que je viens d'entendre, met dans le plus grand jour son enseignement divin: « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Jésus Christ, il n'est pas de lui ». Par cet Esprit, dit saint Augustin, il faut entendre le Saint-Esprit lui-même, ou l'Esprit de grâce et d'amour qu'il répand dans les âmes; c'est la même chose. Pour plaire à Dieu, il faut être à Jésus-christ; pour être à Jésus-christ, il faut avoir son Esprit: voilà des principes incontestables. Donc la vie de l'esprit, la vie de l'homme spirituel n'est autre chose que la vie de Jésus Christ, copiée, imitée, répétée par ses disciples.


Donc, pour savoir si je suis de Jésus Christ et par là même de Dieu, je n'ai qu'à répondre à cette question: mes pensées, mes affections, mon langage et mes œuvres, sont-ils une imitation des pensées, des affections, des œuvres de Jésus Christ, ou une imitation de la vie des mondains? Donc, porter les marques extérieures du chrétien, fréquenter les assemblées des fidèles, vaquer à des œuvres bonnes et louables, ce n'est pas un motif suffisant pour croire que l'on est un membre vivant du corps mystique dont Jésus-Christ est le chef, et le seul motif raisonnable qui peut me porter à espérer ce bonheur, c'est la présence de l'Esprit de Jésus Christ dans moi. Enfin l'Apôtre ajoute: « L'Esprit est vivant à cause de la justice », c'est-à-dire, le Saint Esprit qui est lui-même la vie essentielle et incréée est la cause de notre vie spirituelle; c'est lui qui nous communique cette vie divine en nous faisant vivre dans la grâce, dans la pureté, dans l'amour; c'est ce que disent saint Chrysostôme, saint Ambroise et saint Augustin, en expliquant les paroles de saint Paul. Qui doutera maintenant de la nécessité de cette vie de l'Esprit? qui osera la regarder comme un état de perfection auquel doivent sans doute aspirer les prêtres et les religieux, mais qui n'est pas commandé aux simples fidèles? Quoi! être un homme spirituel, s'efforcer de le devenir, travailler tous les jours pour cela, c'est à peine un conseil évangélique? chacun est libre de le pratiquer, et personne n'y est tenu? Erreur fatale, qui précipite un grand nombre de chrétiens dans la vie des sens, dans la vie mondaine, triste avant coureur de la mort éternelle. Ah! je comprends aujourd'hui ce que le Saint Esprit veut de moi; je comprends ce qu'il se propose de faire, si je lui ouvre mon cœur, si je lui livre mon âme. Il établira la vie de Jésus Christ dans moi; il fera de moi un homme spirituel; il m'élèvera au-dessus de ma nature grossière et corrompue; il me fera monter par Jésus Christ jusqu'à Dieu, et me rendra son enfant sur la terre, pour me rendre plus tard dans le ciel l'héritier de sa gloire.

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Les avantages de la vie de l'esprit


Le Saint Esprit, dans l'Écriture, oppose toujours l'homme animal à l'homme spirituel. Ce sont comme deux adversaires continuellement en face l'un de l'autre. Les vices, les défauts du premier nous font connaître les propriétés et les avantages du second. « L'homme animal, a dit saint Paul, ne pénètre pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu ». Hélas! il n'y a qu'à regarder autour de soi pour faire l'application de ce terrible anathème. Parlez à un grand nombre de chrétiens, de Dieu, de Jésus Christ, de l'évangile, du ciel, de l'enfer, vous les laisserez aussi froids qu'ils l'étaient avant de vous entendre. Ils sont dans une sorte de stupidité qui ne se réveille qu'au son de l'argent, ou aux clameurs que pousse la joie mondaine. Mais l'homme spirituel comprend les choses de Dieu. Certes, oui, il les comprend et il les pénètre; saint Paul nous assure qu'il juge de tout, c'est-à-dire, qu'il voit avec évidence la vérité des mystères les plus sublimes révélés par Jésus-christ et enseignés par l'Église, et tandis que la raison de l'homme animal ne peut les concevoir, l'homme spirituel est frappé des lumières et de la clarté qui les environnent. Le grand Apôtre élève encore bien plus haut l'homme spirituel; je l'entends qui s'écrie: « l'Esprit pénètre tout, et même ce qu'il y a de plus caché dans les profondeurs de Dieu, c'est-à-dire, les secrets de Dieu les plus impénétrables, et ce qu'il y a de plus élevé au-dessus de la raison. Or, cet esprit nous est donné, nous l'avons reçu, l'homme spirituel le possède. « Il découvre, dit Job, ce qui, pour l'homme animal, est enseveli dans de profondes ténèbres, et il produit au jour l'ombre de la mort ». N'est-ce pas l'homme spirituel qui a trouvé dans les pages si courtes et si simples de l'Évangile, tous ces trésors de science sacrée que nous nommons les œuvres de saint Augustin, de saint Basile, de saint Jean Chrysostôme et de saint Bernard? Une seule ligne, un mot de ce livre divin n'a-t-il pas suffi pour faire composer des traités admirables qui, bien loin d'épuiser cette source féconde, laissent encore aux saints et aux âmes pieuses des siècles à venir, des richesses incalculables à découvrir? N'est-ce pas l'homme spirituel qui pénètre dans les âmes, qui sonde les cœurs, qui connaît les consciences et met au grand jour leurs secrets?


Oh! comme je désire que mon directeur soit un homme spirituel! il vérifiera en ma faveur la parole de Job, en découvrant ce qui est enseveli dans de profondes ténèbres, en répandant la lumière de Dieu là où régnait auparavant l'ombre funeste de la mort. L'homme spirituel connaît le prix des grâces, il apprécie les bienfaits de Dieu, c'est là un grand bonheur. Je ne puis en douter, après que Jésus Christ lui-même s'est écrié: « Ah! si vous connaissiez le don de Dieu! » Qui le connaît ce don admirable, digne d'une éternelle reconnaissance? C'est l'homme spirituel qui a reçu le Saint-Esprit, et qui vit de la vie de l'Esprit. Saint Paul me l'assure: « Nous avons reçu l'Esprit de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits », c'est-à-dire, pour avoir cette sagesse céleste qui nous fait connaître les biens ineffables que Dieu avait préparés avant tous les siècles, et qu'il commence à nous prodiguer durant cette vie, avant qu'il nous enrichisse de leur plénitude dans le séjour de l'éternelle gloire. L'homme spirituel qui ne vit plus que de la vie de l'Esprit, est un instrument docile entre les mains de la divine sagesse; elle en fait ce qu'elle veut, un Augustin, un François d'Assise, une Thérèse; saint Paul l'appelle un homme poussé par l'Esprit. Quelle admirable expression! De même que l'âme fait mouvoir le corps, détermine ses mouvements, le transporte d'un lieu à un autre, le Saint-Esprit devenu en quelque sorte l'âme du juste qui vit par lui, le pousse où il veut et devient le maître absolu de tous ses mouvements; toutes ses démarches, toutes ses résolutions doivent être attribuées à l'Esprit de Dieu qui est en lui. De quoi n'est-il point capable? Oh! si je pouvais dire avec saint Paul: « Nous, nous avons l'Esprit de Jésus-christ! » Mais, hélas! j'ai encore à travailler beaucoup pour détruire dans moi l'homme animal, éternel ennemi de la vie spirituelle dont Jésus-christ m'a donné le modèle et m'a exposé les principes! A combien de pauvres âmes s'adressent aujourd'hui ces reproches de saint Paul: « Il faut que je vous parle comme à des hommes charnels, et non comme à des hommes spirituels; n'est-il pas visible que vous êtes encore charnels, et que votre conduite est toute humaine »? L'apôtre saint Jude appelle les hommes qui n'ont pas l'Esprit de Dieu, des animaux. Et telle est la division qui existe parmi les chrétiens: les uns sont mondains, sensuels, charnels, ce sont des animaux qui ne vivent que de la vie des sens: leurs organes sont tout, leur corps est leur divinité. Les autres sont des hommes spirituels qui ne s'occupent qu'à perfectionner en eux les dons du Saint-Esprit et la vie de la grâce. Le choix m'est donné. En finissant cette méditation qui est peut-être la plus importante de toutes, et sur laquelle je me propose de revenir dans le courant de l'année, pour réveiller ma paresse dans les voies de Dieu, je veux me rappeler ces belles paroles du grand Apôtre: « L'homme ne recueillera que ce qu'il aura semé; celui qui sème dans sa chair, recueillera de la chair, la corruption, la mort; et celui qui sème dans l'Esprit, recueillera de l'Esprit la vie éternelle! »

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