Le Mois du Saint Esprit

 

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Dixième jour

 

Le Saint Esprit communique l'Esprit de Jésus Christ


La mission du Saint Esprit a pour objet la gloire de Jésus Christ. Jésus Christ sera glorifié, quand le Saint Esprit établira son royaume qui est l'Eglise. Alors le nom de Jésus sera connu dans le monde entier par la prédication de l'Evangile, et le Saint Esprit formera lui-même les membres de ce corps dont Jésus est le chef, en donnant aux âmes une nouvelle vie. Tous les effets de sainteté et toutes les œuvres de la grâce dans les justes viennent du Saint Esprit comme Esprit de Jésus, et cet Esprit ne se communique absolument qu'à Jésus et à ses membres; il n'est donné que par ses mérites, pour l'accomplissement de ses desseins, et pour la formation mystérieuse de son corps mystique qui est l'Eglise. Toutes ces vérités se trouvent renfermées dans ces admirables paroles du divin Sauveur: « L'Esprit de vérité me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi et il vous l'annoncera ». Ainsi ce que le Saint Esprit apporte aux hommes, ce qu'il vient leur donner, c'est ce qui est de Jésus-christ, de la substance de son âme, de ses pensées, de ses sentiments, de son cœur; c'est évidemment l'Esprit de Jésus Christ. Paf son Ascension dans le ciel, Jésus-christ a enlevé aux hommes la vue et la jouissance de son humanité sainte, de son corps adorable. Le jour de la Pentecôte, il leur envoie son Esprit. Certes, c'était avec une profonde sagesse qu'il leur disait: « Il est expédient pour vous que je m'en aille ». Et les Apôtres ne disaient-ils pas dans leur premier sermon: « Après avoir été élevé par la main de Dieu, il a envoyé son Esprit »?


II est donc certain que Jésus Christ a voulu donner son Esprit à ceux qui sont à lui. H n'est pas moins certain que sans l'Esprit de Jésus-christ, on ne peut pas être membre vivant de son corps mystique, et qu'on vit alors séparé de lui. Arrêtez la sève d'un arbre, qu'elle ne se communique plus à une branche; cette branche meurt, il faut la couper: c'est du bois sec destiné au feu. Eh bien! Jésus-christ a dit: « Je suis la vigne, vous êtes les sarments; de même que le sarment ne porte plus de fruit, s'il est séparé de la-vigne, vous, sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Celui donc qui ne reçoit pas la sève divine qu'on appelle l'Esprit de Jésus Christ, qui ne participe plus à cet Esprit, est une branche morte, sèche, propre seulement au feu. Mais que faut-il entendre par ces mots: avoir l'Esprit de Jésus-christ? Une jeune personne a toutes les idées, tous les penchants, tous les goûts de sa mère. Les opinions, les jugements de sa mère sont la règle invariable de ses opinions et de ses jugements. Elle aime les personnes que sa mère affectionne, elle trouve désagréables celles que sa mère ne peut souffrir; elle a tellement reçu de sa mère tous les genres d'impression que sa démarche, son maintien, tout son extérieur la rend semblable à sa mère. Son langage, le son de sa voix, tout rappelle sa mère; elle va jusqu'à aimer ou détester les genres d'aliments que sa mère aime ou déteste. Cette jeune personne a l'esprit de sa mère. Maintenant il est aisé de comprendre ce que c'est que d'avoir l'esprit de quelqu'un. Tous les jours on répète ces paroles. Celui-ci a l'esprit français, cet autre a l'esprit italien. On dit encore: l'esprit religieux, l'esprit mondain, l'esprit du siècle, l'esprit des franciscains, des dominicains, des jésuites; chaque siècle, chaque peuple, a son esprit propre; il en est de même de tous les corps, de toutes les sociétés civiles ou religieuses. Or, l'Eglise catholique a son esprit propre, son esprit particulier, et cet esprit c'est l'Esprit de Jésus Christ. Et comme chacun doit avoir l'esprit de son état, de sa condition, de la profession qu'il exerce; comme il serait révoltant de voir le noble avec l'esprit de l'artisan, le prince avec l'esprit d'un valet, la dame de qualité avec l'esprit de ses domestiques, on peut juger du dégoût qu'inspire à Dieu, à Jésus-christ, le chrétien qui a l'esprit païen, ou l'esprit mondain, ce qui est parfaitement la même chose. Mon état, ma condition, c'est d'être chrétien, catholique, enfant de Dieu et de l'Eglise, membre du corps dont Jésus-christ est le chef.


Eh bien! l'esprit du christianisme, l'esprit de l'Eglise épouse de Jésus Christ, c'est l'Esprit de Jésus Christ lui-même. Cet Esprit est commun à tous les Elus; il les lie entre eux pour n'en faire qu'un seul et unique corps qui reçoit la vie, le mouvement, la chaleur de Jésus Christ son adorable chef. Je dois comprendre combien il m'importe de savoir si l'Esprit de Jésus Christ est en moi. S'il n'y est pas, le Saint Esprit n'est pas venu me visiter; j'ai perdu mon temps jusqu'ici, et les méditations que j'ai faites sur le Saint Esprit n'ont pas encore produit les effets que Dieu attendait. Mais aujourd'hui, je vais méditer avec une attention scrupuleuse ce sujet si important; je vais me pénétrer de cette grande vérité, que le Saint Esprit veut bien m'enseigner et qu'il me fera comprendre. Je la goûterai, j'en pénètrerai mon âme, et sans doute, je prendrai avec force et avec courage des résolutions qui seront pour moi le commencement d'une vie toute nouvelle.

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Nécessité de l'esprit de Jésus Christ


Le divin Sauveur disait un jour à ses disciples: « Je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous ». En parlant ainsi, Jésus Christ nous apprenait l'art divin de notre union avec Dieu. De même que le Fils de Dieu est dans sou Père, ayant avec lui la même nature, il veut que nous soyons en lui; nous promettant de son coté, d'être dans nous, par une même vie, et par un même esprit. Les Apôtres l'avaient bien compris, eux qui disaient hardiment en parlant de Jésus Christ: « Il nous a donné de son Esprit »! Certes, rien ne doit m'étonner, après ces paroles: « Nous avons tous reçu de sa plénitude ». Telle est la fin de l'Incarnation du Verbe, la communication de l'Esprit de Jésus Christ faite à l'homme le jour de la Pentecôte. Le Chrétien ne vivra donc plus de son propre esprit, de son esprit d'homme, mais il vivra de l'esprit qu'il reçoit dans les sacrements, de l'Esprit de Jésus-christ qui lui est donné par l'effusion du Saint-Esprit dans son âme. Comment pourrais-je concevoir le moindre doute sur cette vérité? n'est-il pas certain que, pour être sauvé, il faut être devenu enfant de Dieu par une nouvelle création qui a lieu dans le baptême? eh bien! Jésus-christ lui-même appelle le baptême une renaissance dans le Saint-Esprit, et saint Paul, en écrivant aux fidèles d'Ephèse, leur dit: « Nous sommes créés en Jésus Christ ».


Jésus Christ, voilà la terre natale des Elus; ils en prennent le suc, ils se nourrissent de sa substance. Mais après avoir reçu la vie, il faut que nous agissions. La vie spirituelle nous est donnée pour l'action, c'est-à-dire, pour le travail que Dieu doit récompenser un jour dans le ciel. Or, sans l'Esprit de Jésus Christ, il n'y a point de mouvement surnaturel en nous. C'est saint Paul qui le dit: « La loi de l'Esprit de vie est en Jésus-christ ». Il en est tellement ainsi que le premier acte par lequel nous nous élevons vers Dieu, la prière, n'est possible que par l'Esprit de Jésus-christ qui nous est communiqué. Rien n'est donc plus certain, il est impossible d'être enfant de Dieu, d'avoir la vie en nous, et de faire le premier pas dans la voie du salut, sans l'Esprit de Jésus Christ. « Ceux-là, dit saint Paul, sont nommés enfants de Dieu, qui sont poussés, conduits, par l'Esprit de Dieu ». Et le même Apôtre ajoute: « Parce que vous êtes ses enfants, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils ». Est-il possible d'établir d'une manière plus forte et plus évidente, la nécessité d'avoir l'Esprit de Jésus Christ pour être enfant de Dieu? Qui, s'étonnera maintenant, d'entendre le grand Apôtre déclarer à la face du monde entier que pour lui, quoiqu'il paraisse vivre, ce n'est pas lui qui vit, mais Jésus Christ qui vil en lui? Ce langage doit être celui de tous les chrétiens. Et ce n'est pas une exagération, car saint Paul ne s'adressait ni à des prêtres, ni à des religieux, quand il écrivait ces mots si énergiques, si profonds, sur le ton le plus impératif qui fut jamais: « Ressentez dans vous-mêmes ce qui est dans Jésus Christ ».


N'est-ce pas avoir les pensées, les sentiments, les désirs, le cœur de Jésus Christ? n'est-ce pas avoir un seul et même esprit avec lui? Mais il y a quelque chose de plus fort encore dans la doctrine de saint Paul: « Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Jésus-christ, il n'est pas de lui ». Quel coup de tonnerre! le chrétien lâche et mondain qui n'en est pas ému, n'est pas endormi, il est mort!... Voilà une de ces vérités que je devrais méditer tous les jours de ma vie.. Si je n'ai pas l'Esprit de Jésus Christ, je ne suis pas de lui, je ne lui appartiens pas, je ne lui suis pas uni, je ne puis plaire à Dieu, j'ai cessé d'être son enfant et l'héritier de son royaume. Les Apôtres venaient de parler, Jésus Christ les regarde et leur dit: « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes ». Terrible reproche! ne s'adresse-t-il pas à moi? Sais-je bien de quel esprit je suis, c'est-à-dire, quel est l'esprit qui m'anime? est-ce l'esprit de la chair et du sang, comme s'exprime le disciple bienaimé, ou l'Esprit de Jésus-christ? « Ce qui est né de la chair, dit le Sauveur, est charnel; mais ce qui vient de l'Esprit est spirituel ». Or, mes œuvres sont-elles spirituelles? mes pensées et mes sentiments, mes craintes et mes désirs, mes joies et mes espérances, sont-ils des fruits de l'Esprit, des fruits dignes de Jésus Christ, de la nature de ceux qu'il a portés lui-même? Alors je sais à qui j'appartiens, parce que je sais de quel Esprit je suis. Heureuse l'âme qui peut dire avec Jésus-christ: « L'Esprit de Dieu s'est reposé sur moi! » Puis-je tenir ce langage?

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La nature de l'esprit de Jésus Christ


L'Esprit de Jésus Christ n'est point quelque chose de vague et d'indéfini que chacun a le droit d'interpréter ou d'expliquer suivant les convenances de son amour-propre, et les désirs plus ou moins légitimes de son cœur. S'il s'agissait d'une théorie sans application à la pratique, l'Esprit de Jésus Christ pourrait exciter l'admiration des hommes, sans les troubler dans les jouissances qu'ils cherchent continuellement, au milieu d'un monde que le divin Sauveur n'a cessé de maudire, pendant qu'il était sur la terre. Mais rien, au contraire, n'est plus positif et plus clairement défini dans l'Evangile que l'Esprit de Jésus Christ; et pour quiconque veut réfléchir, il est évident qu'on peut réduire à un mot, tout ce qui concerne cet Esprit qui, de Jésus Christ, passe dans l'âme de ses disciples. Que je prenne toutes les paroles que le divin Sauveur a dites de lui-même, que je place à côté de ces paroles toutes les actions qui composent l'histoire de la vie mortelle du Fils de Dieu, il me sera facile de réduire à une simple expression tout ce que j'aurai vu et entendu. Cette expression qui résume tout est celle-ci: Immolation. Quand je dis renoncement, sacrifice, dépouillement, violence, abnégation, j'exprime toujours la même idée, et je proclame la même vérité, je dis: Immolation. Faut-il maintenant accumuler ici les preuves de cette grande vérité j que l'Esprit de Jésus Christ est un esprit d'immolation et de sacrifice? Mais je n'ai qu'à ouvrir l'Evangile, et à chacune de ces pages divines, je ne manquerai pas de trouver la preuve éclatante de cette proposition.


A peine Jésus est né, et déjà les ambassadeurs du ciel viennent annoncer au monde que ce petit Enfant qui lui est donné, vient sur la terre pour Dieu et pour les hommes! Il vient pour son Père, et sa vie sera un sacrifice perpétuel qui le glorifiera au plus haut des cieux. Il vient pour les hommes, il sera immolé pour leur salut, il se donnera, il se livrera pour les affranchir du joug honteux du péché et de la captivité de l'enfer. Mais c'est de la bouche même de Jésus-christ que je veux savoir ce qui constitue son Esprit; il doit me l'apprendre lui-même. Je l'entends: « Mon Père, je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu'ils soient sanctifiés dans la vérité ». Ce qui signifie, je me sacrifie, je m'offre, je me consacre moi-même pour eux, comme une hostie sainte: telle est la fin de la mission du Fils de Dieu considérée par rapport aux hommes. Si je considère cette Mission divine par rapport à Dieu, je trouve toujours la même idée de sacrifice entier, d'immolation parfaite et absolue. Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé. Je ne cherche pas ma gloire, mais la gloire de celui qui m'a envoyé. Je fais continuellement ce qui plaît à mon Père. Mais je veux entendre saint Paul, cet homme extraordinaire à qui le Saint Esprit a si bien fait connaître Jésus Christ. Il s'écrie, dans son admirable Epitre aux Romains: Jésus Christ ne s'est pas satisfait lui-même, mais il a dit à son Père: « les injures qu'on vous a faites sont retombées sur moi ». Voilà donc toute l'âme de Jésus Christ, voilà son cœur découvert à tous ses disciples. Non, Jésus Christ n'est pas venu pour chercher sa gloire, mais la gloire de son Père; Jésus Christ n'est pas venu pour faire sa volonté, mais celle de son Père. Jésus Christ ne s'est pas satisfait lui-même, il n'a pas mis ses complaisances en lui-même, mais il les a mises dans l'accomplissement des ordres de son Père, relativement au salut des Hommes pour lesquels sa vie mortelle a été un long et douloureux sacrifice, couronné par une mort sanglante sur l'arbre de la croix. Pour consommer ce sacrifice, il s'est humilié, anéanti; il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort la plus ignominieuse, la mort des grands coupables, pour lesquels le supplice de la croix était ordinairement réservé.


Ai-je compris maintenant l'Esprit de Jésus Christ, sa nature, son essence, ses œuvres? Sacrifice, immolation, renoncement, tout est là! Aussi quand le divin Maître appellera à lui des hommes destinés à devenir ses disciples, il leur donnera, pour première condition du salut, la nécessité du renoncement, de l'abnégation, la nécessité du sacrifice d'eux-mêmes pour la gloire de Dieu et le salut de leurs frères. Il avait bien compris la nature de l'Esprit de Jésus Christ, l'Apôtre qui disait aux premiers fidèles: « Vous devez être des hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu ». Aussi quand il parle de lui-même, il s'écrie: « Je me suis fait tout à tous pour les sauver tous »; et ailleurs: « Je tâche moi-même de plaire à tous, en toutes choses, ne cherchant point ce qui m'est avantageux à moi-même, mais ce qui est avantageux à plusieurs, pour qu'ils soient sauvés ». Je puis donc maintenant arriver à une conclusion vraie, quand j'examinerai si j'ai l'Esprit de Jésus Christ. Puisque cet Esprit n'est autre chose que l'Esprit de renoncement, de sacrifice, d'immolation de moi-même à la gloire et à la volonté de Dieu pour le bien et le salut de mes frères, je sais que je possède d'une manière plus ou moins parfaite l'Esprit de Jésus Christ, suivant le degré de perfection que le Saint Esprit m'a communiqué dans l'amour du renoncement, de l'immolation et des sacrifices. Ici l'illusion n'est pas à craindre, et si je parviens à ce degré de vertu qui permet de dire: « Je fais toujours et en toutes choses ce qui plaît à mon Père », il me sera permis d'ajouter avec saint Paul: « Je suis l'imitateur de Jésus Christ; ce n'est plus moi qui vis, mais Jésus Christ qui vit en moi ». Où est donc aujourd'hui l'Esprit de Jésus Christ? Tous ceux qui célèbrent les grandes fêtes de l'Eglise, qui participent aux saints mystères, reçoivent-ils le Saint Esprit? Les Apôtres en furent remplis dans le grand jour de la Pentecôte qui les transforma en de nouvelles créatures, et quand l'historien sacré me dit: « Ils furent tous remplis du Saint-Esprit », il veut que je sache bien que cet Esprit était celui de leur divin Maître. Quand il se fut emparé de leur âme, l'univers ne tarda pas à reconnaître l'empire de la croix. Oh! que de bien font les âmes qui ont l'Esprit de Jésus-christ! Qui sait ce que je ferais moi-même, si, dépouillé de mon propre esprit, je m'abandonnais sans réserve à l'Esprit de Dieu! ô mon Dieu, venez; parlez-moi; agissez en maître; prenez tout!...

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Les effets de l'esprit de Jésus Christ


Quand saint Paul écrivait aux Galates: « Si nous vivons de la vie de l'Esprit, marchons par l'Esprit »; et ensuite: « Marchez par l'Esprit, il voulait leur apprendre la nécessité de montrer, par leurs œuvres, la nature et les qualités de l'Esprit qu'ils avaient reçu dans le baptême ». Il est manifeste que l'arbre devant être jugé par ses fruits, selon la parole même de Jésus-christ, c'est par nos œuvres que nous devons juger de l'Esprit qui nous anime; tout autre moyen pourrait nous induire en erreur. Quand Jésus Christ a prêché la nécessité d'adopter son Esprit pour avoir la vie éternelle, il a dit: « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même ». Et puisque l'Esprit de Jésus Christ est essentiellement un Esprit d'immolation et de sacrifice, il est évident que, pour me revêtir de cet Esprit, je suis obligé de commencer par le dépouillement de moi-même, par l'abnégation de mon propre esprit, par le renoncement à ma mauvaise nature. Il faut donc que j'immole à Dieu tout ce qu'il y a dans moi qui se trouve opposé à l'Esprit de Jésus Christ. Or, si je me connais bien, il me sera facile de convenir que tout mon être est en opposition avec cet Esprit saint, innocent, sans souillure, séparé de l'Esprit fies pécheurs, plus élevé que les cieux. Ce qui constitue mon esprit propre, c'est l'égoïsme, ou l'amour de moi. Cet amour a pour objet toutes mes facultés, tout mon être. J'aime mon intelligence, j'aime mon cœur, j'aime mes sens, mes organes, mon corps. De là trois grandes divisions dans l'amour désordonné de ma propre personne, et qu'on peut considérer comme les principales branches d'un arbre qui ne produit que des fruits de mort: l'amour de la gloire, l'amour des richesses, l'amour des plaisirs.


Or, le renoncement dont Jésus-christ a fait la condition essentielle de la vie chrétienne, consiste à immoler à Dieu ces trois, penchants de ma nature viciée par le péché. Il suit de là que je connaîtrai le degré auquel l'Esprit de Jésus Christ est élevé dans mon âme, par le degré d'amour que j'aurai pour les humiliations, pour la pauvreté et pour les souffrances. Toute spiritualité qui ne repose pas sur cette base, est une spiritualité fausse et trompeuse. Satan s'est transformé en ange de lumière. Avec ce dépouillement, on voit toujours arriver l'oubli de soi-même, et une vive ardeur pour les intérêts de Dieu. C'est ce qui arriva à sainte Thérèse qui put dire avec vérité: « C'est de vous que je me soucie, ô mon Dieu, et non de moi!... »  Ce fut le caractère des Apôtres, après la descente du Saint-Esprit. Dépouillés d'eux-mêmes, c'est-à-dire de tout orgueil, de toute ambition, de toute avarice, de toute sensualité, ils purent dire avec vérité: rien pour moi, Seigneur, ni salaire, ni richesses, ni gloire, ni plaisirs; abandon de tout pour vous seul. Voilà ce que criait le cœur des Apôtres. Le divin Maître le leur avait appris dans tout le cours de sa vie, et dans toutes les circonstances de sa passion. Pour former ses disciples à cette vie nouvelle, que disait Jésus-christ: « Vous serez haïs de tous »; voilà pour les consolations. « Ils vous flagelleront »; voilà pour la gloire. « Vous ne porterez rien avec vous, ni pain, ni argent, ni deux tuniques »; voilà pour les richesses; tel sera pour les apôtres l'oubli qu'ils feront d'eux-mêmes et des penchants de la nature mauvaise. Sans doute, c'est là ce qu'on appelle la perfection, et aujourd'hui cette perfection de l'Esprit de Jésus-christ se trouve encore dans un grand nombre d'âmes. On en voit qui se dépouillent d'une manière absolue et vont offrir à Jésus Christ, dans le silence du cloître, le sacrifice parfait de tous les biens et de tous les avantages que les mondains recherchent avec une infatigable activité.


Mais pour n'être pas obligé de pratiquer cette perfection sublime, je n'en suis pas moins tenu à l'obligation de me revêtir de l'Esprit de Jésus Christ, suivant ma vocation, mon état, et surtout suivant la mesure des grâces que j'ai reçues du Ciel. Il n'y a pas deux esprits dans l'Eglise de Jésus; il ne peut y avoir que l'Esprit de son divin époux; tout autre esprit lui est étranger; elle l'a en horreur. Il faut donc que je puisse dire, avec un degré de vérité relatif à mon état, ce que disait l'illustre vierge et apôtre des derniers siècles: « Seigneur, ce n'est pas de moi que je me soucie, mais de vous seul et de votre gloire ». Or, je ne pourrai tenir ce langage qu'après avoir acquis un certain degré de renoncement à moi-même et à mes penchants naturels; par conséquent, un certain degré d'humilité, de pauvreté, de mortification des sens. Jusqu'à quel point de perfection, Dieu veut que je m'élève? ma conscience et un bon directeur doivent répondre. Mais la question déjà résolue, c'est qu'il n'y a pas d'Esprit de Jésus Christ, là où règne l'amour exclusif de soi, l'amour de la gloire, des richesses et des plaisirs; la question déjà résolue, c'est que celui qui n'a pas l'Esprit de Jésus-christ n'est pas de lui!.... O précieuse dévotion qui a pour objet le Saint Esprit que de lumières vous apportez à mon âme! quelle force, quelle énergie, vous communiquez à ma volonté! Je me trouve tout changé, converti en une nouvelle créature. Non, plus d'égoïsme, plus d'amour de moi-même; tout sera offert, tout sera immolé! l'Esprit de Jésus Christ s'est emparé de moi; je le sens; c'est vrai! O Dieu! soyez béni à jamais!...

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