Le Mois du Saint Esprit

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Douzième jour

L'esprit D'amour


Voici un grand mot tombé de la plume céleste de saint Paul, mot profond, éloquent, et que l'âme pieuse ne saurait trop répéter, en s'efforçant de pénétrer le sens admirable qu'il renferme. La Charité, dit le grand Apôtre, est répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous est donné. Or, comme rien n'est au-dessus de la Charité qui est la reine des vertus et dont le privilège est de survivre à la foi et à l'espérance pour subsister éternellement, il est de la dernière évidence que, pour notre âme, l'unique nécessaire consiste dans la Charité, et par conséquent dans la réception en nous de cet Esprit-Saint dont le ministère est la sanctification des membres de Jésus-Christ par la Charité. C'est le Saint Esprit qui établit le règne de la Charité dans notre cœur, comme le dit clairement le grand Apôtre. Que la Charité ou l'Amour nous vienne par le Saint Esprit, c'est ce que la foi nous enseigne de la manière la plus formelle. Saint Paul a écrit ce grand mot: « Le fruit du Saint Esprit, c'est la Charité ». Tous les biens qu'énumère le même Apôtre, après avoir écrit cette ligne étincelante de clarté, doivent être regardés comme les fruits, les effets, les conséquences de la Charité. Ainsi ont pensé saint Augustin, saint Anselme, saint François de Sales, et bien d'autres commentateurs. Le vrai fruit du Saint-Esprit, celui qui renferme tout, qui produit tout, c'est donc la Charité. Le disciple bien-aimé de Jésus nous dit: Dieu est Charité, et celui qui demeure dans la Charité, demeure dans Dieus. Or, nous savons que dans l'adorable Trinité c'est le Saint Esprit qui est l'Amour, la Charité; l'Eglise l'enseigne formellement; dans ses hymnes sacrées, elle appelle le Saint-Esprit, feu, charité, ignis, charitas. Il est donc certain que la présence du Saint Esprit dans moi est nécessaire pour que je possède la Charité, comme aussi la Charité, en régnant dans mon cœur, suppose la présence du Saint Esprit dont elle est inséparable, comme le fruit est inséparable de l'arbre destiné à le produire. Ces premières considérations doivent servir à m'introduire dans l'examen de plusieurs vérités dont je verrai bientôt l'importance pratique. Oh! puissent ces vérités, me pénétrer vivement du désir de recevoir le Saint Esprit, et de préparer mon âme, par le recueillement et le silence, à recevoir les grâces précieuses que le Saint-Esprit se plaît à répandre dans le cœur des fidèles.

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La nature de l'amour divin, ou de la vraie Charité


Quand je cherche la nature de l'Amour divin, il est bien évident qu'il s'agit de cet Amour considéré dans une âme à laquelle le Saint Esprit a daigné le communiquer. Car vu dans Dieu, dans son principe, dans son infinie perfection, l'Amour peut-il être bien défini et clairement conçu par ma pauvre intelligence? Hélas! je serais tenté d'appliquer à cet Amour éternel, infini, incompréhensible, les paroles qu'a dites le Prophète Isaïe en parlant du Verbe Eternel: « Qui racontera sa génération? O mon Dieu, vous êtes Puissance, Sagesse, Amour, je le sais, je me prosterne, j'adore! » Mais s'il s'agit de pénétrer par mon intelligence dans le sein de cette même Puissance, de cette Sagesse, de cet Amour, je m'arrête étonné, ébloui, confondu, et je confesse mon néant. J'ajoute néanmoins une chose, et c'est une vérité dont il m'est permis d'être fier, j'ajoute que, par la lumière de la foi, je peux concevoir des choses admirables sur vos perfections infinies, en m'élevant de la connaissance des effets à la cause qui les produit, en me servant de vos œuvres comme d'un point d'appui pour m'élancer jusqu'à vous, pour m'élever à la contemplation de quelques rayons de votre éternelle clarté. Mais je reviens à moi, et je demande ce qu'est dans mon cœur cet amour que le Saint Esprit lui communique en venant l'habiter. Et ici je rencontre saint Augustin qui m'offre ses lumières et qui me dit: « J'appelle Amour un mouvement de mon âme vers la jouissance de Dieu pour lui-même, vers la jouissance de moi-même et de mon prochain pour Dieu, à cause de Dieu. Si ce mouvement est dans moi, il produit l'union de moi-même avec Dieu et avec mon prochain; s'il est dans l'âme des autres, il tend à produire l'union de mon âme avec Dieu et avec mon prochain ». Comme cet enseignement est clair et comme il est doux pour l'âme fidèle! Le Saint Esprit, en venant dans mon cœur, lui communique ce mouvement par lequel ce même cœur gravite vers Dieu et s'arrête dans lui, pour s'en nourrir, pour y trouver sa jouissance. Ce mouvement imprimé dans mon âme par le Saint Esprit m'attache à mon âme elle-même, parce que cette âme unie à Dieu, possédant Dieu, jouissant de Dieu, est nécessairement agréable à Dieu; or comment n'aimerais-je pas cette âme dont le Saint Esprit lui-même assure que Dieu fait ses délices? Enfin ce mouvement imprimé à mon cœur par le Saint Esprit me porte vers mon prochain, parce que mon prochain n'est autre chose, suivant l'admirable définition de saint Augustin, qu'un être qui est en possession de Dieu, ou un être auquel je puis procurer ce bien inestimable, un être qui peut encore devenir l'ami de Dieu et le glorifier éternellement. O Charité, ô Amour divin, comme tes effets sont beaux, comme ils sont riches et précieux pour moi! je cesse d'être étonné, en contemplant cette lumière qui jaillit de la parole du Cantique: Alors même que l'homme aurait donné toutes les richesses de sa maison pour acquérir la Charité, il les mépriserait comme s'il n'avait rien donné.


Que sont en effet tous les trésors, que suis-je moi-même comparé à la Charité, à l'Amour par lequel je monte jusqu'à Dieu et je me plonge dans l'Océan de son éternelle lumière? Lorsque je lis dans la Sainte Ecriture que l'Amour est un feu, je dois m'arrêter à ce mot et m'en servir pour comprendre mieux les ineffables richesses de l'Amour. S'il est désigné, nommé comme un vrai feu, c'est qu'il produit dans l'ordre moral, dans l'ordre surnaturel, tous les effets que produit le feu matériel dans l'ordre matériel et physique. L'Amour éclaire l'âme fidèle, pourrait-elle en douter? Oh! comme elle y voit bien, quand elle aime beaucoup! L'Amour lave, nettoie, purifie; que reste-t-il d'impur dans- une âme dont il s'est emparé? Alors même que cette âme s'est trouvée chargée des plus monstrueuses iniquités, Jésus Christ lui dit: « Beaucoup de péchés te sont remis, parce que tu as beaucoup aimé ». L'Amour brûle; quelle chaleur dans l'âme des Saints! L'Amour se communique et se propage. Voyez les Apôtres, et dites si, pleins du feu dont le Saint Esprit avait embrasé leur âme, ils tardèrent beaucoup a répandre ce feu sur le monde entier. Il est possible que certaines âmes ne comprennent pas ces vérités; il est possible que ces mêmes âmes n'éprouvent qu'un dégoût mortel pour de semblables considérations. Qui s'en étonnerait? L'homme animal, nous dit saint Paul, ne conçoit rien aux choses de Dieu. « Mais, s'écrie saint Augustin , donnez-moi un cœur qui aime; celui-là sent ce que je dis ». O âme chrétienne, si tu n'aimes pas encore, n'éprouverais-tu pas au moins un commencement de désir d'aimer? Eh bien, ne perds pas cette première grâce; va prier, demande le Saint-Esprit, et le Dieu des miséricordes fera descendre sur toi les dons divins, et tu possédera l'Amour de Dieu.

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Les biens que l'Amour divin apporte avec lui dans notre âme


C'est une bien grande chose que d'habiter dans Dieu, et d'avoir la certitude qu'à son tour Dieu habite en nous. Or, comme je l'ai déjà vu, le Saint Esprit fait cette promesse à l'âme qu'il visite et qui ne refuse pas de le recevoir. Mais, comprends-le bien, ô âme chrétienne, cette présence de l'amour divin au milieu de toi, entraîne nécessairement avec elle des biens immenses, à moins que tu ne t'obstines à les repousser. Le plus grand de tous les biens que procure l'amour, et que l'amour seul peut nous donner, se rapporte à Jésus Christ. Le divin Sauveur nous a parlé avec force et avec une sorte d'insistance sur la nécessité d'être uni à lui pour arriver à Dieu. Il se compare à une vigne, et il nous appelle les ceps de cette vigne. Or de même que le cep ou le sarment coupé, retranché de la vigne, meurt, se dessèche, n'est utile que pour le feu, de même aussi une âme séparée de Jésus Christ est une âme morte, incapable de porter le moindre fruit pour la vie éternelle, et destinée au feu de l'enfer. C'est la raison pour laquelle Jésus christ nous dit: demeurez dans moi, et moi je demeurerai dans vous. Eh bien, quel est le moyen par lequel une branche d'arbre, un cep de vigne demeurent verts, pleins de vie, productifs? Ce moyen c'est la sève. Or, la sève qui tient l'âme humaine unie à Jésus christ, cherchez-la, et dites si elle est autre chose que l'amour. Non, mille fois non, si l'amour ne descend pas du Cœur de Jésus christ dans notre propre cœur, et si de notre cœur cet amour pur, surnaturel, divin, ne remonte pas vers le Cœur de Jésus-christ, la sève n'existe plus pour nous, nous sommes des branches séparées du tronc, des rameaux retranchés de la vigne. Alors que devenons-nous? Jésus-christ répond: « Vous n'êtes capables de rien! » Oh! qui comprendra le malheur d'une âme qui n'adhère pas à Jésus-christ, qui est séparée de lui? qu'est-elle aux yeux de Dieu qui a mis toutes ses complaisances dans Jésus-christ son Fils? Ame infortunée, Jésus-christ est nul pour elle, je la vois dans un vide affreux. Mais d'où vient ce vide? de l'absence, de l'éloignement du Saint Esprit; car le Saint Esprit seul prend de Jésus-christ pour nous le communiquer. Que prend-il? Son amour. Or, si cet amour n'habite plus dans nous, nous vivons loin de Jésus christ, séparés de Jésus christ. C'est donc un bien inappréciable que cet amour répandu par le Saint Esprit dans nos âmes; oui, sans doute, puisque par cet amour nous ne formons plus qu'un même corps avec Jésus christ. De même, dit saint Augustin, que plusieurs grappes de raisin étant pressées, on n'a qu'un seul et même vin, que beaucoup de grains de froment étant moulus, on obtient un seul et même pain, de même aussi tous les chrétiens fondus ensemble dans l'amour ne font qu'un seul et même corps avec Jésus Christ. Quelqu'un négligera-t-il ce trésor, l'amour, la divine Charité dont le Saint Esprit est l'éternel principe? Mais j'ai dit à peine quelques effets de cet amour dans le cœur du fidèle. Pour les indiquer tous, il faudrait énumérer les dons et les fruits du Saint-Esprit dont me parlent les écrivains sacrés; et. ce n'est pas en quelques lignes qu'il serait possible de peindre cet admirable tableau.


L'âme chrétienne cherchera le moyen d'étudier ce magnifique sujet des plus profondes méditations. Cependant je veux répondre encore une fois à cette question: Quel bien procure à l'âme la présence du Saint Esprit et, par conséquent, de l'amour divin au milieu d'elle? Je dis que le Saint Esprit fortifie l'âme et la porte, en quelque sorte, dans le chemin qui la sépare du ciel. Ceci est une vérité d'expérience. Qui trouve le joug du Seigneur doux et léger? qui trouve la paix, le repos et la joie dans l'humilité que prescrit l'Evangile? qui est fort et constant dans le combat spirituel? qui évite le découragement et les chutes? Ah ! la réponse est facile: c'est celui qui aime. L'amour est fort comme la mort; l'amour nous porte; à cheval sur l'amour, suivant l'expression du premier de tous les ascétiques, l'âme court, elle vole, elle s'élève jusqu'à la plus sublime perfection. Qu'on le confesse au moins naïvement, non, rien n'est impossible, que dis-je? rien ne paraît difficile à l'amour. D'où viennent donc tant de défaillances? d'où viennent ces irrésolutions, ces changements subits, ces rechutes? d'où vient cette perpétuelle inconstance dans les voies du salut? On se plaint plus que jamais aujourd'hui de la rigueur de la loi de Dieu, de la sévérité de l'Evangile; le joug qu'il impose,on l'accuse d'être écrasant. On se remue, on cherche beaucoup pour trouver un livre, un directeur qui adoucisse l'aspérité des discours de Jésus christ. Eh bien! ce livre est trouvé, ce directeur je vais le nommer, il s'appelle l'Amour. Aimez, s'écrie saint Augustin, et faites tout ce que vous voudrez; c'est-à-dire, aimez, et en vous soumettant au joug de l'Evangile, vous serez si heureux, si consolés dans votre odeur, que vous ferez tout avec plaisir, comme si vous ne faisiez que votre volonté. O Amour, comme je sens que ta présence m'est nécessaire! Que deviendrais-je sans toi? Esprit Saint, venez, descendez dans mon pauvre cœur, et allumez-y pour toujours ce feu divin que vous puisez éternellement dans le sein du Père et du Fils, afin que je sois un jour élevé à la société de leur gloire.


En quoi se résument les biens que le Saint Esprit communique à l'âme fidèle


Il existe pour les âmes saintes un sentiment que l'on peut comparer an sens du goût et qui, comme ce sens que Dieu a donné à notre corps pour lui faciliter l'action de manger et de boire, en la lui rendant agréable, rend douce et agréable pour nous la personne adorable du divin Sauveur, ses mystères, ses actions, ses pensées, ses sentiments et son langage. J'appelle ce sens intérieur le goût de Jésus-christ. Avoir le goût de Jésus christ, c'est donc éprouver pour le divin Sauveur un attrait, une propension, une sympathie qui fait désirer Jésus christ, qui fait aimer tout ce qui est de lui, tout ce qui le touche, tout ce qui vient de sa personne divine, enfin tout ce qui se rapporte à cette même personne. Jésus-christ, en appelant à sa suite les premiers Apôtres, leur communiqua un peu de ce goût, de cet attrait qui les attacha à lui. Mais ce n'était que peu de chose comparé à ce qui devait arriver plus tard, et le divin Maître déclara, avant sa mort, qu'il était expédient pour ses Apôtres de perdre sa personne sensible, afin que le Saint Esprit vînt en eux, et leur communiquât cette grande lumière qui, en les éclairant sur la grandeur, les perfections, les amabilités de leur Maître, devait exciter en eux un vif sentiment d'amour, un attrait irrésistible, enfin le goût le plus fort pour sa personne adorable. Voyez les Apôtres, voyez saint Paul, tous les fidèles de la primitive Eglise, et dites le goût que tous avaient pour Jésus Christ devenu leur vie, toute leur félicité et leur seule gloire. Le goût de Jésus-christ est une disposition de l'âme qui est due au Saint-Esprit; seul le Saint-Esprit communique ce goût; il est donc surnaturel. Quand une âme le possède, elle aime Jésus Christ sans rien distinguer, ni excepter dans lui. Elle aime Jésus Christ tel qu'il est, elle aime sa vie et sa mort, ses humiliations et sa gloire; elle aime sa croix, son autel, sa vie eucharistique; elle aime tout ce qui est de Jésus Christ, parce qu'elle est entraînée vers lui par le goût qui domine en elle. Le goût de Jésus christ a fait les Saints comme aussi le dégoût, l'antipathie, l'éloignement d'un grand nombre d'âmes pour Jésus-christ peuplent l'enfer. Ce qui inspire le dégoût de Jésus christ, c'est l'attrait prononcé auquel on se livre par rapport à tout ce que Jésus christ a condamné par ses exemples et par ses discours. Comment parviendrait-on à concilier ce dégoût avec l'amour que Jésus christ exige?


Que le dégoût à l'égard de Jésus Christ soit très commun aujourd'hui, c'est ce qui n'a pas besoin d'être prouvé. Les conversations d'un grand nombre de personnes adonnées à certaines pratiques de Religion, et chargées de plusieurs bonnes œuvres attestent que les maximes de Jésus Christ font souffrir beaucoup, et qu'on les rejette avec un mépris qui n'est que trop manifeste. Hélas! il faut bien l'avouer, Jésus christ fatigue, impatiente certaines personnes dévotes; elles ont pour sa vraie doctrine le même dégoût, la même antipathie que les écrivains impies professent pour sa Personne infiniment sainte. Le Saint Esprit n'habite pas dans ces âmes. Voyez, au contraire, les âmes vraiment pieuses que le Saint Esprit a visitées, qu'il a sanctifiées. Quel goût prononcé, quel attrait vif et puissant pour Jésus Christ! Ces âmes courent toujours au-devant de Jésus Christ. Tout ce qu'il est fait leurs délices; tout ce qu'il a fait les transporte d'admiration et d'amour; chacune de ses paroles fait bondir leur poitrine. Ces âmes courent au-devant de Jésus, de ses ordres, des manifestations de sa volonté. Il en est qui ont un tel goût pour ce divin Maître qu'elles ne veulent pas se contenter de suivre ses commandements; un. attrait doux, délicieux, les attire vers ce que Jésus-christ a aimé, et ce qu'il a conseillé. De là la perfection évangélique qui est l'effet du goût le plus prononcé pour Jésus christ, pour son esprit et pour son cœur. Eh bien, âme fidèle, où en es-tu par rapport à ce bien inestimable qui s'appelle le goût de Jésus christ? Il s'agit pour toi d'un trésor qui surpasse tout; car enfin, si ton goût est acquis à Jésus, si ton attrait te porte sans cesse vers lui, quels ne seront pas tes progrès dans la vertu? Si donc tu comprends ces choses, tu vas demander à grands cris le Saint Esprit, parce que lui seul donne le goût de Jésus christ. Avec l'esprit du monde, le goût du monde arrive; or le goût du monde c'est le goût des choses de la terre, et saint Paul assure que ceux qui goûtent les choses terrestres, qui se délectent dans elles, sont les ennemis de la croix de Jésus. Oh! comme il serait bon de méditer souvent cette grande parole!

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