11 mai 2011

Mois de Notre Dame de la Salette

 

Mois de Notre Dame de la Salette

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Douzième jour

La Sainte Vierge assise sur un rocher à la Salette

 

A dix-huit siècles de distance, la piété chrétienne peut contempler Marie sur deux grandes montagnes, le Calvaire et la Salette. Elle est en tous ces lieux la Mère des douleurs; mais, que l'expression et l'attitude sont différentes! Au Calvaire, c'est l'attitude courageuse d'une noble fierté qui défie les bourreaux; à la Salette, c'est la prostration d'une nature qui succombe, brisée par la douleur. Au Calvaire, Elle est debout, dans le maintien magnanime de la résignation et de la force; à la Salette, Elle est douloureusement assise, sous le poids d'un corps qui ne se peut soutenir! Au Calvaire, son regard ferme, sans terreur comme sans faiblesse, compte une à une les blessures de son Fils et de son Dieu; à la Salette, ses yeux sont à demi fermés et tout noyés dans les larmes: ici, son visage respire la grandeur du sacrifice, l'héroïsme du martyre; là, son front est caché dans ses mains, sous l'expression de la souffrance et du malheur!... En un mot, c'est au Calvaire l'héroïsme d'une mère; à la Salette, on dirait la timidité d'une femme, la prostration d'une simple créature!... Quel est cet étrange mystère? pourquoi tant de grandeur autrefois, tant de faiblesse aujourd'hui? Ces différences étonnent tout d'abord; mais la réflexion les comprend et les explique. Au Calvaire, tout contribuait à soutenir Marie, la présence de son Fils sur la croix, la mort vaincue, le péché détruit, le monde racheté, le ciel ouvert, les fruits d'une Rédemption divine appliqués aux hommes: devant ces espérances glorieuses, je comprends l'attitude immobile, ferme de Marie, Stabat, sur une montagne qui s'ébranle: je comprends son regard serein et assuré, tandis que la lumière s'éclipse: quelle mère ne serait un héros de courage et de force, devant un avenir qui va peupler le ciel d'élus, et donner à elle-même pour enfants toutes les générations de la terre? Mais, sur la montagne de la Salette, Marie paraît seule; son Jésus est absent ; Elle n'en porte que l'image crucifiée sur sa poitrine: dix-huit siècles ont passé sur les fruits de la Rédemption ; l'expérience en est faite, et le sang de son Fils a été inutile au grand nombre des hommes; et l'avenir ne semble devoir faire qu'un abus coupable de ses lois et de ses sacrements! A cette vue affligeante, son cœur maternel se brise; son âme entre dans une sorte de tristesse divine; sa tête appesantie s'incline; ses mains défaillantes ne la peuvent plus soutenir; elle succombe, et va s'asseoir tristement sur un rocher solitaire, semblable au malheureux, quand, après avoir essuyé tous les maux, il a tout perdu, tout, jusqu'à l'espérance!... Et qu'on ne croie pas cependant que cette attitude humiliée manque de dignité et de noblesse: elle a un précédent illustre; c'est Jésus-Christ à genoux au jardin des Oliviers, méditant la Rédemption du monde, le calice de la Passion dans les mains, la face contre terre!... Telle apparaît, assise sur son rocher, la Vierge de la Salette: Elle semble y méditer une sorte de Rédemption nouvelle, offrant à la justice divine, pour prix de cette Rédemption, ses tristesses, ses douleurs, ses larmes maternelles!...

 

Réflexions

 

1° Causes et raisons de cette attitude. 2° Sentiments qu'elle doit nous inspirer. 1° La tradition nous a conservé les raisons des écrivains ecclésiastiques sur la prostration profonde de Jésus-Christ au jardin des Oliviers: dans une figure hardie, mais solennelle et touchante, elle nous représente tous les peuples, venant là, tour à tour, déposer leurs iniquités sur la tête du Sauveur, et le Sauveur lui-même succombant sous le poids des crimes de tous les peuples et de tous les siècles. L'apparition de la Salette renouvelle sous nos yeux ce douloureux spectacle; Marie semble appeler les temps à ses pieds, sur la montagne: son regard maternel embrasse les déceptions du passé, l'indifférence du présent, et les mépris de l'avenir: Elle voit tous les peuples lui porter tous leurs maux, les déposer sur son cœur; cette vue douloureuse épuise ses forces, accable son âme, et Elle paraît s'anéantir... et là, assise sur son rocher, Elle semble dire au monde: « O mes enfants, venez, venez tous, déposer sur ma tête tous vos crimes, toutes vos iniquités! le poids en est bien lourd; et je le sens, mes forces n'y pourront suffire, et un rocher me doit prêter appui!... n'importe, approchez, ne craignez pas d'accabler votre Mère sous le poids de vos péchés, pourvu, mes enfants, que vous ne péchiez plus désormais!... Ames chrétiennes, nous sommes de cette grande scène! Nous sommes de ces enfants ingrats et coupables; quelle part nous revient de ce nouveau crucifiement de Marie? Quels péchés avons-nous déposés sur la tète de notre Mère? Quel poids avons-nous ajouté au fardeau accablant sous lequel succombe la Vierge de la Salette? 2° Un front humilié, des yeux inclinés vers la terre, un visage dérobé à nos regards, des accents plaintifs, une posture suppliante, une attitude attristée, qui révèle tous les chagrins amassés sur un même cœur, tels sont les signes extérieurs de l'apparition, en la personne de la Vierge assise... Quels sentiments pieux, quel religieux respect doit exciter en nous cette scène touchante!... Quelle est cette créature, si profondément désolée? C'est une Reine, illustre et malheureuse, qui porte un diadème et qui souffre; or, la grandeur déchue, les nobles infortunés touchent toujours! C'est une Mère abandonnée par ses enfants, et pour leurs péchés envoyée, là, en exil, sur cette montagne!... Quel homme ne serait ému et attendri jusqu'aux larmes, en voyant la Mère du Christ dans un supplice si désolant! Allons donc aujourd'hui au nouveau Calvaire de Marie, et assis à ses côtés, sur le rocher de la Salette, recueillons-nous et souffrons avec Elle!

 

Pratique : Concevoir aujourd'hui un grand regret de nos péchés, cause unique des amertumes de la Sainte Vierge. Réciter en union et en réparation, la belle prière Stabat Mater, etc.

 

Guérison extraordinaire obtenue par l'intercession de Notre-Dame de la Salette

 

Le récit suivant offre le plus touchant intérêt. Le prodige s'est opéré dans une des villes de la Provence, à quelques lieues de nos contrées, il y a cinq ans à peine. Mlle V., âgée aujourd'hui de vingt-trois ans, entra au couvent des Capucines de O. en 1861. Depuis trois ans, elle était atteinte d'une maladie sérieuse dont elle n'avait osé parler à personne, dans la crainte que ce ne fût un obstacle à son entrée en religion. Son état s'aggravant, elle se vit contrainte de déclarer sa maladie à la supérieure, qui consentit à la garder à cause de sa piété et de son obéissance. Soumise à un traitement qui fut sans succès, le médecin et la supérieure décidèrent, un an après, sa rentrée dans sa famille. Cet arrêt fut pour elle un coup mortel; son cœur fut déchiré en apprenant cette triste nouvelle. Elle n'osait plus revenir sous le toit paternel; ses parents s'étant montrés irrités contre elle depuis son départ; il fut dès lors décidé qu'elle irait chez une de ses cousines, où elle fut reçue avec tous les témoignages d'affection et tous les égards que méritait sa situation. Son cœur néanmoins souffrait bien vivement en songeant au bonheur qu'elle avait goûté dans la vie religieuse, qu'elle n'avait cependant fait qu'entrevoir, et aux épreuves qui l'attendaient dans sa famille. Ces peines intérieures aggravèrent en peu de temps sa position; elle tomba un mois après dangereusement malade. Son frère et sa sœur se rendirent auprès d'elle; elle se trouvait alors de trente kilomètres éloignée de sa famille. Elle avait voulu depuis quelques jours commencer une neuvaine à Notre Dame de la Salette, assurant aux personnes qu'elle s'était associées, qu'à la fin de la neuvaine elle serait guérie ou qu'elle mourrait. On voulut essayer d'un autre traitement, mais elle s'y refusa absolument: « Après ma neuvaine, répondit-elle, je ferai tout ce qu'on voudra ». La Providence le permit pour que sa guérison ne fût pas attribuée à un traitement nouveau. Chaque jour les nouvelles envoyées par le télégraphe à son père, devenaient de plus en plus alarmantes. L'avant dernier jour, tout le monde croyait que le dénouement serait la mort; la dépêche portait que si le père voulait embrasser une dernière fois sa fille, il partît aussitôt, car elle se trouvait à la dernière extrémité. Cette dépêche ne fut remise au père que le lendemain matin, dernier jour de la semaine. En la recevant, il répondit: « Ah! je sais bien que ma fille ne peut pas guérir. Je connais sa maladie. Il faudrait un miracle! » Au moment même qu'il parlait ainsi, le miracle s'opérait dans les circonstances qui suivent: La veille du dernier jour de la neuvaine, Mlle V. était à toute extrémité. Monsieur le curé de la paroisse, qui suivait de près sa malade, ne voulait l'administrer que le dernier jour, et passa la nuit chez elle; mais, vers le matin, la voyant tout à coup sans connaissance, il lui donna l'Extrême-Onction. Pendant qu'elle recevait ce sacrement, elle ouvrit les yeux et reprit ses sens. Monsieur le curé courut alors chercher le saint Viatique. Lorsqu'il fut de retour, la malade était toujours très mal, quoiqu'elle eût repris sa connaissance; mais aussitôt qu'elle eût reçu la sainte hostie, elle se sentit subitement et complètement guérie. Toutefois, elle n'en dit rien dans le moment. Monsieur le curé s'en retourna, les parents et les assistants descendirent, et elle resta seule avec une sœur de l'Espérance qui la soignait. Pendant son action de grâces, comme elle sortait les bras de son lit pour les élever vers le ciel en signe de reconnaissance, à l'instant, elle sentit qu'on lui prenait la main, et entendit une voix qui lui disait: « Ma fille, lève-toi, tu es guérie ». Elle trouva un prétexte pour éloigner la sœur quelques instants. Quelle ne fut pas la surprise de cette dernière, à son retour, lorsqu'elle vit Mlle V. hors de son lit, s'habiller toute seule. Hors d'elle-même, elle allait crier au miracle, lorsque d'un mouvement elle lui imposa silence. Peu après, toutes deux descendirent au salon, où les parents bien tristes étaient réunis. Jugez de leur étonnement et de leur émotion, eux qui n'attendaient plus que l'agonie et la mort. Le reste du jour, seule, la miraculée allait, venait, parlait avec la plus grande facilité et le plus grand calme. La protection de Notre Dame de la Salette était visible, le fait sortait des conditions naturelles. La guérison de Mlle V. s'est parfaitement maintenue. Tout le monde a été vivement frappé de ce prodige. Le premier jour qu'elle assista à la messe, l'église était comble comme au jour de Pâques, et le dimanche suivant, on a vu auprès d'elle son père, qui depuis quarante ans n'avait pas mis les pieds dans l'église, prier avec une foi qui a édifié tous les assistants. (Annales de Notre-Dame de la Salette.)

 

Prière

 

O la plus affligée des mères, quelle dut être votre douleur, lorsque, assise sur les rochers du Calvaire, vous teniez sur vos genoux et dans vos bras, le corps inanimé de votre divin Fils!... Vous contempliez, et sa face meurtrie, et son front percé d'épines, ses yeux éteints et sa bouche entrouverte! Vous couvriez de vos larmes et de vos baisers maternels ce corps sans vie, et vous le pressiez contre votre cœur, brisé de douleur, parce qu'il était brûlant d'amour! O Marie, assise sur la montagne de la Salette, je dépose mon âme sur vos genoux: oh! que cette vue doit attrister votre regard maternel! Voyez, que de plaies profondes le péché lui a faites! surtout, comme le vase fragile de la vertu est brisé, et comme l'innocence en coule de toutes parts! Bonne Mère, parcourez du regard, une à une, ces plaies innombrables! Touchez de votre main virginale ce vase détruit! Ressuscitée sous un baiser immérité de votre miséricorde intarissable, notre âme se lèvera et marchera noblement dans les voies d'une vertu réparée, et qui aspire encore au ciel. Ainsi soit-il.

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