Mois de Notre Dame de la Salette

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Dix-huitième jour

Les chaines de Notre Dame de la Salette

 

La vierge des Alpes portait deux chaînes, disent les bergers: l'une, tenant de près au crucifix; l'autre, plus large et plus lourde, posée tout autour de son humble fichu... Les annales religieuses devront le constater; l'apparition de la Salette est la reproduction fidèle, détaillée, complète du drame douloureux du Calvaire: après la croix, le marteau, les tenailles, voici les chaînes de la passion. Les auteurs ont fait remarquer diverses significations de ces chaînes. La piété en découvre deux principales, humblement indiquées en cette méditation: Les chaînes sur la poitrine de la Sainte Vierge, sont: Un souvenir de la Passion de son Fils... Le monument d'un noble dévouement pour les hommes. 1° Toutes les circonstances de la passion de Jésus ont laissé dans le cœur de sa Mère, des souvenirs ineffaçables: dans cette confusion de toutes les douleurs amassées sur la tête de son Fils, Marie n'a pas oublié qu'il fut tout d'abord enchaîné, au jardin de Gethsémani; qu'il fut attaché au poteau de la flagellation; qu'il dut suivre les rues de Jérusalem, et gravir, chargé de chaînes, la route du Calvaire: Elle sait surtout que, débarrassées de ces chaînes pour être clouées à la croix, ses mains adorables furent trouvées couvertes de blessures profondes et sanglantes!... La Mère d'un Fils ainsi traité a voulu reproduire en son corps ces empreintes et ces douleurs vénérables; venant en outre renouveler sous nos yeux, pour la faire revivre dans nos cœurs, la grande scène de notre Rédemption, Elle n'a pas voulu nous apparaître autrement que le divin Sauveur; c'est-à-dire, sous l'étreinte de lourdes chaînes, brisant son cœur de Mère, comme elles avaient étreint autrefois les mains innocentes de son Fils. Les chaînes donc de Notre Dame de la Salette rappellent un double souvenir: les douleurs venues à Jésus de ce genre de tourment, et les humiliations de l'Homme-Dieu, mené au supplice, comme le dernier, le plus méprisable, le plus abandonné et le plus coupable des esclaves!... Et on comprend qu'une Mère ait voulu, dans une apparition solennelle, se parer de ces livrées d'un Fils, réputé et fait esclave pour tous!... 2° Ces mêmes chaînes sont en second lieu le monument de son amour généreux, de son noble dévouement pour les hommes. La charité inspire des dévouements admirables; il ne suffit pas à son zèle de soulager la misère et la souffrance; elle aspire quelquefois à prendre la place d'un malheureux captif; telle est, dans l'histoire, la charité des saints que nous voyons descendre dans les cachots, se charger des chaînes d'un prisonnier pour lui donner leur propre liberté. Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus libres; ou plutôt, considéré au point de vue religieux, le monde est une sorte de bagne immense, où se meuvent tristement, chargés des chaînes du péché, les esclaves innombrables du démon: ces vieilles chaînes, la miséricorde divine les avait brisées une première fois; et nous étions libres... Mais cette couronne de liberté, tous les fronts n'ont pas su la porter, et les chaînes de la plus dure captivité pèsent encore sur le plus grand nombre des âmes!... Qui nous obtiendra une liberté nouvelle?... Levons les yeux vers les montagnes de la Salette, voici descendre des Alpes la Mère du vrai Libérateur: Elle vient visiter la terre, prison immense où gémissent tant d'âmes coupables, et pour elles toutes, se constituer esclave, comme son divin Fils!... Contemplez bien cette grande apparition: la Mère des hommes se faisant captive pour tous ses enfants! La Mère de Dieu, offrant en otage en quelque sorte, à la justice divine, sa poitrine chargée des chaînes de tous les pécheurs, pour obtenir la liberté de toutes les âmes!... Quelle noble figure; quel touchant spectacle! et qui parmi nous voudrait rendre inefficaces et inutiles, une intervention si haute, un amour si tendre, un dévouement si généreux!...

 

Réflexions

 

Deux chaînes apparaissent sur la poitrine de la Vierge de la Salette: de pieux commentaires se sont plu à voir dans ces deux chaînes, la double figure des âmes justes, et des âmes pécheresses. Une première chaîne d'or, moins lourde et plus délicate, tenait de près au crucifix: elle reposait immédiatement sur le cœur de la Vierge. Voilà bien la place privilégiée des âmes justes; Marie les attire doucement sur son sein, comme Jésus attira sur son cœur l'apôtre de l'innocence: ces âmes savent que les cœurs de Jésus et de Marie sont remplis de grâces et de parfums, célestes; et elles courent toutes à la source de ces grâces, et à l'odeur de ces parfums. Elles entendent toujours la voix de l'Epoux; elles font partout cortège à l'Epouse; et leur conversation, leur vie, sont tout entières dans ces deux cœurs, en attendant d'être dans le ciel. Heureuses ces âmes! Jésus les presse sur son cœur, et Marie les baise avec amour! Ah! qui nous donnera de tenir par ces doux liens, à cette chaîne mystérieuse de Notre Dame de la Salette?... L'innocence, la chasteté, la charité, la justice que cette douce Mère est venue nous prêcher sur sa montagne! Ces âmes, toutefois, ne doivent pas arrêter à elles-mêmes leur bonheur; vouloir dormir seules, sur le cœur de Jésus, le sommeil des justes: mais, à l'exemple de Marie, en voyant des frères qui se perdent, des pécheurs qui s'obstinent, il faut s'efforcer de les convertir; et si les efforts sont inutiles, offrons au céleste Epoux les gémissements mystérieux de l'amour contristé et compatissant. Mais quelle est cette autre chaîne, plus large, plus pesante, que nous découvrons sur le cœur de la Vierge des Alpes?... Ce sont les âmes coupables de tous les pécheurs!... Oh! que cette chaîne est lourde à Marie!... qu'elle pèse à son cœur de Mère!... Elle voit autour d'Elle tant de maux: ses enfants vont à la mort; l'abîme s'ouvre toujours plus profond sous leurs pas: le bras de Dieu est levé sur leurs têtes, et le jour des vengeances arrive ; et son intercession ne peut plus l'arrêter!... Quelle mère ne voudrait cacher sous ses vêtements une chaîne, figure de tant de malheurs pour ses enfants!... Notons toutefois la position de cette chaîne, sur la poitrine de Marie. « Une seconde chaîne, disent les enfants a de l'apparition, courait tout autour du fichu de la grande Dame... » Cette chaîne touchait donc encore une région du cœur de Marie: c'est-à-dire que les pécheurs qu'Elle représente, s'ils n'ont pas une demeure dans le cœur de la Sainte Vierge, ils n'en sont pas complètement exclus, et qu'il reste toujours ouvert à leur repentir!... Il est cependant dur et cruel à cette douce Mère, d'avoir des enfants attachés à son cœur, selon l'expression du Sage, par une chaîne de ténèbres! Qui donc ôtera à Marie cette chaîne douloureuse?... Il est écrit, au chapitre vingt-huitième de Jérémie, qu'un prophète vint détacher et briser la chaîne qui le tenait captif. C'est à nous, enfants de Marie, d'ôter la chaîne pesante, attachée par les pécheurs au cœur de notre Mère, et de la briser sous les coups de la pénitence et de la mortification.

 

Pratique : Examiner attentivement aujourd'hui si nous sommes les libres enfants de Dieu, ou les esclaves du péché... briser, ici-même, aux pieds, de Marie, s'il y a lieu, la chaîne de notre captivité.. prendre la résolution de réciter souvent, pour la conversion des âmes, cette invocation: Notre Dame de la Salette, Réconciliatrice des pécheurs, priez pour nous.

 

Guérison obtenue sur la sainte Montagne en juillet 1866

 

Vourles (Rhône), le 12 octobre 1866

 

Mon Très Révérend Père, Permettez-moi de vous faire connaître le bienfait que Notre Dame de la Salette m'a accordé sur la sainte Montagne, pendant les heureux moments d'un pèlerinage que j'y ai accompli dans le courant du mois de juillet dernier. Depuis trois ans, j'étais atteinte d'une gastralgie qui avait résisté à toutes les prescriptions des médecins. La moindre nourriture que je prenais m'occasionnait des douleurs d'estomac très aiguës et de violents maux de tête accompagnés de vomissements journaliers. Ayant obtenu de ma supérieure la faveur d'aller visiter le vénéré sanctuaire de la Salette, je m'y rendis avec pleine confiance d'y recouvrer la santé, si la miséricordieuse Marie le jugeait utile pour la gloire de son divin Fils et le salut de son humble servante. Je ne fus point trompée dans mon attente, mon Révérend Père. Après en avoir gravi à pied les flancs escarpés, j'arrivai bien fatiguée au sommet de la sainte Montagne, et je dus en arrivant payer cette pénible ascension par des vomissements nouveaux et prolongés. Mais, grâces en soient mille fois rendues à Notre-Dame de la Salette, ce sont les derniers que j'ai éprouvés. En vain ma sœur et une religieuse qui m'accompagnaient me recommandèrent avec instances de ne point aller boire à la fontaine miraculeuse, dans l'état de délabrement et de transpiration où je me trouvais ; ne prenant conseil que de ma confiance, je me rendis à ce lieu sanctifié par la présence et les pleurs de la Mère de Dieu. Je me désaltérai à longs traits à cette source si féconde en prodiges et en guérisons de toute espèce. Toutefois, quoique à dater de ce moment les vomissements aient cessé, je n'étais point entièrement guérie encore. Le bon Dieu le voulait ainsi, sans doute, pour exercer ma foi et pour m'exciter à demander avec un redoublement de ferveur et de confiance le parfait rétablissement de ma sauté. Je ne devais pas être trompée dans mon attente. Continuant donc avec toute la ferveur dont j'étais capable à solliciter le cœur si compatissant de Notre-Dame de la Salette en ma faveur, j'arrivai au jour fixé pour notre départ. Avant de prendre congé de cette terre bénie, j'entendis la sainte messe et fis la sainte Communion. Soyez en mille lois béni, ô mon Dieu! C'était le moment que vous aviez fixé pour glorifier la toute puissante bonté de Marie en faveur de la plus humble de vos enfants. Pendant que, recueillie en moi-même, j'adorais le divin Jésus qui venait de descendre dans mon cœur, j'éprouvai un sentiment que je ne saurais définir et qui fut pour moi comme un avertissement intérieur que j'étais guérie. En effet, à partir de ce moment, qui demeurera toujours profondément gravé dans mon souvenir, je n'ai plus rien ressenti de mes anciennes souffrances. Aidez-moi, mon Révérend Père, à rendre grâces à Dieu et à son immaculée Mère. Je vous prie d'agréer l'assurance de mon plus profond respect. M. A..., religieuse de la Sainte Famille. (Annales de la Salette).

 

Prière

 

O Marie, notre piété filiale vous aperçoit encore, à la distance de dix-huit siècles, cachée en un coin du Calvaire, et regardant passer Jésus, chargé de l'instrument de sa mort; il succombe sous ce fardeau trop pesant!... Mais, quel était ce fardeau? Ah! ce n'était point celui de la croix; c'était la chaîne des iniquités innombrables du monde! Elle était si lourde, qu'un Dieu lui-même ne pouvait pas la porter; trois fois ses genoux fléchirent, et II tomba la face contre terre! C'est la même chaîne qui vous accable, ô Marie, et voilà pourquoi vous nous apparaissez, sur la montagne de la Salette, désolée, pleurante, assise et comme abattue par une douleur immense que vous ne pouvez plus porter!... Oh très-douce Mère! voici vos enfants, vaincus à leur tour par le spectacle de cette douleur; ils sont tous là, à vos pieds, venant détacher de votre cœur, par le repentir, ces chaînes douloureuses, vous les rendre plus légères par la .prière, la pénitence, l'expiation, les effacer même et les purifier ici-bas, dans l'amertume et l'abondance de leurs larmes, pour vivre avec vous dans la gloire et l'amour éternel de votre Fils. Ainsi soit-il.

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