Mois de Notre Dame de la Salette

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Vingt-et-unième jour

Les malheurs et fléaux annoncés à la Salette

 

Sur la montagne de la Salette, la Reine du ciel a fait entendre, au nom de Dieu, ces paroles effrayantes: « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils ; il est si lourd que je ne puis le retenir... Les semences ne germeront pas ou tomberont en poussière ; les récoltes périront... Il viendra une grande famine... Les petits enfants, malades et tremblants, mourront entre les mains de ceux qui les tiendront, et les autres feront leur pénitence par la faim... » et autres calamités qui peuvent affliger les familles et la société coupables. Tels sont les châtiments dont le Seigneur menace, dans le discours de sa Mère sur la montagne, les hommes prévaricateurs : il est vrai que pour se rassurer contre ces vengeances de la justice céleste, certains chrétiens prétendent que Dieu ne sera point aussi sévère qu'on veut le faire entendre dans les prédictions de la Salette. Déjà cependant bien des gouttes amères de ce vase mystérieux de la colère divine se sont répandues sur le monde. Pourrait-on méconnaître les fléaux annoncés par la Sainte Vierge, devant les calamités de toute sorte qui sont venues nous assaillir de nos jours?... Peut-on nier ceux qui nous affligent, les fléaux de la nature et leurs ravages, la guerre avec ses désastres, la disette avec ses angoisses, la peste avec ses terreurs! et tous ces malheurs réalisés ne sont-ils pas la preuve de ceux qui nous attendent encore? Et que Dieu appelle les fléaux de la nature, les éléments du monde matériel et physique à être les instruments de sa justice, il n'y a rien là qui nous doive étonner ou surprendre: Dieu a établi un rapport étroit entre l'ordre moral et l'ordre physique de l'univers; le désastre du monde moral, le péché entraîne le désordre de la nature, la révolte des éléments eux-mêmes: La création matérielle a une fin suprême; cette fin suprême c'est Dieu lui-même; et l'homme a été distingué des autres êtres visibles, pour faire monter jusqu'à Dieu la gloire qu'il attend des créatures sans intelligence : il doit en quelque sorte prêter à tous les êtres créés sa voix pour qu'ils bénissent Dieu, son esprit pour qu'ils le connaissent, sa liberté pour le servir et l'adorer : le cœur de l'homme, enfin, a été placé au sein de la création, comme un autel sacré qui doit résumer toute la nature, pour la faire remonter vers Dieu en parfums de pur amour... Mais si l'homme, investi de cette fonction sublime, de ce sacerdoce d'élévation à Dieu, loin de rattacher la création au Créateur, rompt, brise la chaîne merveilleuse par laquelle la terre tient; au ciel alors, cette même création prend en une sorte de détestation secrète l'homme prévaricateur; alors, elle ne lui refuse pas seulement son service, mais elle s'arme contre lui, pour venger le Créateur méprisé: le soleil retire sa chaleur vivifiante; une pluie bienfaisante ne fertilise plus les campagnes; la terre n'ouvre aux semences qu'un sein stérile; les fléaux se déchaînent, les saisons se bouleversent, les tempêtes se multiplient sur les mers, les fleuves franchissent leurs rives, et viennent ravir aux hommes coupables leurs plus magnifiques espérances; et n'est-ce pas justice, que les créatures, détournées par des ingrats de la noble fin qui leur a été assignée par le Créateur, ne servent plus qu'à les punir de leurs ingratitudes?...

 

Réflexions

 

1° Quelle est la cause première et générale des fléaux et des malheurs publics? Il n'y a jamais qu'une cause des maux qui désolent l'humanité, le péché... Aussi Notre Dame de la Salette assigne-t-elle dans son discours, comme cause unique des calamités qui nous menacent, les péchés des chrétiens, les iniquités des peuples : il n'en saurait être autrement, le péché étant la violation des lois de Dieu, une opposition à sa volonté souveraine, une révolte audacieuse contre sa volonté, une sorte de tentative, pour détruire son existence!... Or, il n'est que deux moyens d'offrir à Dieu outragé une indispensable réparation, la pénitence ou le châtiment, une satisfaction volontaire ou une satisfaction forcée!... « La peine, dit Bossuet, rectifie le désordre; qu'on pèche, c'est le désordre; qu'on soit puni quand on pèche, c'est la règle; et Dieu, c'est la règle parfaite et nullement courbe; et tout ce qui n'y convient pas y est brisé, et sentira l'effort de l'invincible et immuable rectitude de la règle!... » Nous l'avons déjà observé, Jésus-Christ nous apparaît au jardin des Oliviers tenant dans ses mains le calice de la passion, et les peuples anciens viennent déposer sur sa tête divine, le poids de leurs iniquités... Représentons-nous aujourd'hui la Sainte Vierge portant dans ses mains maternelles, sur la montagne de la Salette, la coupe des iniquités des peuples nouveaux... Quel mal personnel avons-nous déposé dans cette coupe des colères nouvelles?... Quelle est notre part de responsabilité, dans les châtiments dont nous menace Notre-Dame de la Salette?... 2° Dans quels sentiments faut-il assister au spectacle des calamités publiques? Dans des sentiments de foi et de conversion: 1° La foi, qui croit à l'action divine de la Providence dans le gouvernement de ce monde, et non à la fatalité d'un hasard divinisé, distributeur aveugle des biens et des maux de la vie: la foi, qui se tait dans l'épreuve, qui ne murmure pas dans le malheur, et respecte la main de Dieu, se rendant à elle-même solennelle justice au milieu des peuples: il importe peu d'ailleurs de ne pas reconnaître les châtiments de Dieu; l'insouciance publique n'empêche pas la colère divine de frapper, et nous, de ressentir ses coups redoutables; que peuvent les négations des hommes, contre les volontés de Dieu?... 2° Conversion : « Si les hommes se convertissent, est-il dit dans le discours de la Sainte Vierge, les pierres et les rochers se changeront en monceaux de blé... » Le sens moral et pratique de ces paroles est celui-ci: pour les pécheurs convertis, la miséricorde divine tire le bien du mal; et les fléaux et les malheurs publics chrétiennement acceptés, sont changés en trésors d'expiation, de grâces et de mérites, pour l'heure de la grande moisson, dans les greniers du Père céleste...

 

Pratique : Reconnaître que les calamités publiques ont pour cause le péché. S'appliquer à aimer, ou du moins à supporter avec patience les maux et les croix de la vie; réciter aujourd'hui une bonne prière, pour la cessation des malheurs présents.

 

Conversion de deux juifs

(Deuxième partie)

 

Notre famille, le jour même où on nous remit entre ses mains, nous avertit que le soir même nous partirions pour Mulhouse. Cet ordre nous désespéra, car nous savions tout ce que nous allions avoir à souffrir au milieu d'une population composée de juifs et de protestants. Alors nous allâmes à Fourvières avec notre bon père spirituel, et nous fîmes vœu d'aller en pèlerinage à Notre Dame de la Salette, si nous étions bientôt délivrés de la persécution des juifs, ou au moins, si nous restions toujours inébranlables dans notre foi. Nous arrivâmes à Mulhouse, où pendant un mois la fureur judaïque chercha à nous ébranler dans notre croyance. On nous avait défendu d'aller chez le curé, et on exerçait vis-à-vis de sous la surveillance la plus active pour empêcher toute démarche ou visite de nature à nous affermir dans notre foi. Nous nous tournâmes alors vers Notre Dame de la Salette, nous la priâmes de nous couvrir de son manteau; et en dépit de tous les juifs, nous allâmes presque tous les jours chez M. le curé. On nous avait fait une défense formelle d'écrire quelque lettre que ce fut, et chaque jour, cinq, six lettres que nous jetions nous-mêmes à la poste, étaient expédiées; mais nous avions encore d'autres assauts à supporter. Les juifs avaient ordonné au rabbin de chercher à nous ramener dans le chemin que nous avions abandonné; et à toutes les heures, il nous fallait répondre à des questions captieuses qui nous étaient adressées. Notre Dame de la Salette répondit pour nous: une voix nous disait au fond de notre cœur, ces paroles du Seigneur: « Ne pensez pas à ce que vous direz à vos ennemis; lorsque l'heure arrivera, le Saint Esprit vous soufflera ce que vous devrez dire ». Et en effet, nous pûmes répondre à toutes les objections qu'on nous fit, et avec l'aide de Dieu, nous pûmes convaincre le rabbin de son ignorance et de sa mauvaise foi. Après un mois d'épreuves, notre famille, voyant que notre foi était inébranlable, nous envoya à Paris pour faire notre droit. Nous aurions bien désiré pouvoir entrer au séminaire, c'était là que nous portait notre cœur; mais nous ne le pouvions pas à cause de noire famille. Arrivés à Paris, la persécution recommença. On voulait nous faire entrer de force dans un pensionnat juif: nous refusâmes; et choisissant une pension bourgeoise convenable, nous déclarâmes que nous n'en sortirions qu'accompagnés par la gendarmerie. Cette décision souleva une fureur générale parmi les juifs de Lyon, et notre famille mit tout en œuvre pour en venir à ses fins. Notre tuteur vint à Paris, et, pendant huit jours, il fit tous ses efforts auprès des autorités pour obtenir contre nous un mandat d'arrêt; il nous refusa son consentement pour prendre nos inscriptions de droit et nous retrancha tout moyen de subsistance. Notre position était critique; mais nous nous reposâmes en Dieu; nous rappelâmes à Notre Dame de la Salette le vœu que nous avions fait, et aussitôt elle nous exauça. Le procureur impérial de Paris et le préfet de police nous prirent sous leur protection; le ministre de l'instruction publique nous permit de prendre nos inscriptions sans l'autorisation de notre famille; les Pères Ratisbonne nous donnèrent ce qui nous était nécessaire pour vivre. En vain, les juifs essayèrent-ils encore de nous persécuter, Notre Dame de la Salette s'était mise entre eux et nous, et un grand calme succéda à une grande tempête. Notre famille voyant l'inutilité de ses efforts, nous a abandonnés, et aujourd'hui, libres de toute inquiétude, nous pouvons sans crainte prier et aimer; nous allons entrer au séminaire, où depuis un an notre cœur nous porte. Mais avant de nous retirer du monde, ô Marie! ô notre Mère chérie! nous voulons accomplir le vœu que nous avons fait aux pieds de vos saints autels; c'est du haut de la Salette que j'écris ces quelques lignes pour votre gloire. Puisse la sainte Montagne qui a vu couler vos larmes, être bientôt témoin du concours universel de vos enfants! Vous nous avez sauvés dans les jours de tribulation, aujourd'hui nous vous consacrons nos cœurs; présentez-les à votre Fils adorable pour qu'il les enivre de son divin amour. Et maintenant, avant de terminer, ô notre Mère! nous vous promettons de venir vous vénérer une seconde fois, dans ce béni sanctuaire, à la conversion du premier membre de notre famille. Intercédez pour elle, Jésus le fruit béni de vos entrailles, et répétez-lui souvent ces paroles qu'il prononça dans le feu brûlant de son amour: « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ». Marie-Joseph Lémann. Marie-Augustin Lémann. (Journal de Muret).

 

Prière

 

O Notre Dame de la Salette, vous nous annoncez du haut de votre montagne, les fléaux qui nous menacent! O Mère toute miséricordieuse, apprenez-nous aujourd'hui cette grande leçon, qui est toute la science de. l'homme, que nous ne sommes rien par nous-mêmes, et que nous sommes tout par Dieu; abaissez-nous donc sous la main toute-puissante de votre divin Fils, et faites-nous connaître notre néant, nos faiblesses, nos péchés!... Dociles à vos conseils, nous voulons désormais obéir. Roi des rois, dominateur des maîtres du monde, Jésus est notre maître, notre Rédempteur, notre Père; et son empire est le plus ancien, le plus juste, le plus vénérable!... Mais vous, ô bonne Mère, priez pour vos enfants rebelles: unies à vos larmes, vos prières toucheront votre Fils irrité; fermez les trésors de la céleste colère, et soutenez ce bras redoutable, jusqu'à l'heure de l'entière miséricorde. Ainsi soit-il.

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