Mois de Notre Dame de la Salette

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Vingt-deuxième jour

La Sainte Vierge à la Salette, martyre de ses souffrances

« Depuis le temps que je souffre pour vous! »

 

Nous avons apprécié le discours de la Sainte Vierge, dans son ensemble, par les considérations générales qui précèdent; il faut maintenant méditer, une à une, les phrases qui le composent ; elles sont pleines d'enseignements salutaires et pratiques. Après la prédiction des fléaux, les premières paroles de Marie sur la montagne sont les suivantes: Depuis le temps que je souffre pour vous! Ce premier cri de l'âme de Marie exprime à la fois, une douleur arrière, et un doux reproche: « Depuis le temps que je souffre!... » Comme on sent palpiter sous ces mots un cœur gros de soupirs et de souffrances! La phrase est en quelque sorte incomplète, comme la douleur qu'elle cache est inexprimable; elle est brève, contenue, comme la parole qui, bien méditée, veut noblement exprimer une grande pensée: c'est en un mot l'accent plaintif d'un cœur souffrant et trop longtemps contenu, qui veut d'un seul cri laisser échapper tous les gémissements et toute l'amertume d'une grande douleur; depuis le temps que je souffre!... Ces paroles expriment aussi un doux reproche: Marie semble nous dire: « Mes enfants, je sais souffrir! cette science, mon cœur l'a chèrement acquise au Calvaire, au pied de la croix de mon Fils!... Mais, voilà bientôt 2 000 ans que je souffre pour vous!... et le monde n'y songe pas... il a même l'air de ne pas s'en douter!... et une longue souffrance, méconnue ou méprisée est bien douloureuse!... Ne viendront-ils donc jamais les jours où mes amertumes seront comprises?... Ah! mes enfants, je veux bien souffrir encore pour vous; une Mère ne se lasse pas de souffrir : mais, n'abusez pas de mon cœur; n'épuisez pas sa bonté maternelle; je le vois, je le sens, ce cœur n'y pourra plus tenir, s'il n'est aidé désormais de la commisération des hommes, par la conversion de leurs âmes!... Est-ce trop vous demander, depuis le temps que je souffre pour vous?... » Et ne pensons pas que cette douleur de Notre Dame de la Salette soit une douleur médiocre; elle est, au contraire, immense, et touche à la magnanimité du martyre!... Deux conditions en effet peuvent adoucir la souffrance; la durée, si elle est courte; le motif, s'il doit en résulter un bien, une consolation : or, tous ces adoucissements de la douleur sont ici refusés à la Sainte Vierge; pas de condition de courte durée; entendez-la sur la montagne: « Je souffre, dit-elle, depuis si longtemps... Pas de soulagement venu du motif »; Elle souffre inutilement... Marie avait au Calvaire, pour supporter le poids de ses douleurs, l'espérance du salut des hommes; aujourd'hui, cette espérance Consolatrice est déçue; les hommes s'égarent, se perdent, n'observant ni les lois de Dieu, ni celles de l'Eglise; aujourd'hui, après deux mille ans de maternelle patience, l'attente est vaine, et la Vierge de la Salette est réduite à jeter, aux échos des Alpes, ce cri prophétique de l'amour trompé de Jésus Christ, aux échos du Calvaire: « A quoi donc a servi toute l'effusion du sang de mon Fils!... » Or, cette douleur de l'âme trompée en si hautes espérances, est un vrai martyre: il y a le martyre matériel, qui tue le corps; il y en a un autre non moins réel, mais plus beau, plus noble, plus élevé, c'est le martyre moral qui épuise, et inutilement, la vie du cœur, l'amour!...

 

Réflexions

 

Le fruit pratique de la lecture de ce jour se tire de la réponse à cette question: Pour qui souffre la Sainte Vierge à la Salette? Marie, la grande affligée de la Salette, répond elle-même pour vous: Depuis le temps que je souffre pour vous! Or, ces mots : pour vous, ont un sens général et un sens personnel: 1° Au sens général, ces mots: pour vous, signifient pour l'humanité tout entière; oui, ici encore la montagne de la Salette se dresse à côté du Calvaire, et en renouvelle les grandes scènes: au Calvaire, l'apôtre Jean était debout au pied de la Croix, et en sa seule personne, disent les Pères, était représentée l'humanité elle même; un spectacle analogue se déroule à nos yeux au sommet des Alpes: Marie daigne se montrer à la terre, deux enfants seulement sont admis à la contempler; mais ces deux pauvres pâtres représentent tous les hommes; et c'est à l'humanité tout entière, en leur humble personne, que s'adresse le discours de la Sainte Vierge. Et alors, Marie souffre sur la montagne, pour les familles, pour les villes et les bourgades, pour les royaumes et les empires, pour tous les peuples, pour toutes les nations. L'apparition de la Salette a donc un caractère d'universalité qui embrasse la création elle-même; elle demande donc, de tous les hommes, une réparation publique, universelle, pour la grande douleur qu'elle révèle; douleur non pas seulement ici vaste comme la mer, selon le mot du Prophète, mais immense, étendue comme le monde, cause première et générale, par ses iniquités, des longues souffrances de Notre Dame de la Salette. 2° Au sens particulier, ces paroles: « Je souffre pour vous! » s'appliquent à nous personnellement; à nous, riches ou pauvres, jeunes ou vieux; à nous, personnes du monde, religieuses, prêtres... Or, quelle émotion profonde, quelle impression de regret et de douleur éveille dans notre âme la méditation de ces simples mots: Marie, ma Mère, souffre pour moi! En voyant, en effet, Jésus sur la croix, je m'humilie et je me dis à moi-même: Suis-je innocent de cette mort?... A la montagne de la Salette, sur le nouveau Calvaire, qui de nous osera dire: « O Marie, ô ma Mère, je suis innocent.. ce n'est pas moi qui vous fais souffrir!... »

 

Pratique : Nous corriger de nos propres péchés, qui ajoutent aux souffrances de la Sainte Vierge; compatir, d'esprit et de cœur, à ces mêmes souffrances ; réciter aujourd'hui en réparation la belle prière, Stabat Mater...

 

Guérison miraculeuse et établissement de la dévotion à Notre Dame de la Salette, à Gargas (Haute-Garonne)

 

« Monsieur le curé de Villenouville nous donne les détails suivants : J'ai été naguère l'heureux témoin, dit-il, d'une cérémonie bien attendrissante; je ne puis résister au besoin d'en promulguer les détails intéressants. La confrérie de Notre-Dame de la Salette, établie déjà depuis plusieurs années dans l'église de Saint Exupère, à Toulouse, où elle produit tant de fruits de sanctification, a été érigée canoniquement dans une modeste église de la campagne, le premier dimanche de septembre. C'était en l'année 1864, à Gargas, canton de Fronton (Haute Garonne). L'idée de cette érection a été inspirée par un sentiment de reconnaissance envers l'auguste Marie qui se plaît à semer en tous lieux ses bienfaits. Un jeune adolescent, nommé Félix Ratier, avait depuis quelque temps au pied une plaie qui s'envenimait tous les jours, au point que sa famille désolée craignait qu'il n'y succombât. Tous les efforts de la science avaient semblé jusqu'à ce jour impuissants pour remédier à un mal si violent et déjà invétéré. Le médecin, un soir, sortit de la maison du jeune malade, n'emportant avec lui aucune espérance. Sa première question, quand il revint le lendemain, fut celle-ci: « Félix est-il mort? » « Oh non! il n'était pas mort, le candide enfant; il était sur le point de recouvrer la santé la plus parfaite et de convier ses parents consolés au banquet du bonheur ». Que s'était-il donc passé? le voici: Monsieur l'abbé Sauceron, curé de Gargas, avait sollicité la faveur de demeurer seul quelques instants avec le malade. Il reçut la confession de ce pauvre enfant qui, un moment auparavant, pouvait à peine prononcer une parole. Il mit dans ses mains défaillantes une médaille de Notre Dame de la Salette: « Voilà, mon fils, lui dit le vénérable pasteur, ta Mère du ciel, elle te sauvera ». En effet, la plaie prit pendant la nuit même un aspect des plus satisfaisants, et bientôt elle fut complètement cicatrisée. O tendre enfant que la Sainte Vierge a guéri, grandis en sagesse à mesure que tu croîtras en âge; et que ton jeune cœur brûle toujours pour ta bienfaitrice et de gratitude et d'amour. La paroisse entière de Gargas a voulu s'associer à la famille de l'adolescent rendu à la santé, ainsi qu'au pasteur brûlant de zèle pour Marie, afin d'élever un monument destiné à perpétuer le souvenir de ses maternelles bontés. Le dimanche matin, le pain eucharistique a été distribué pendant la messe solennelle à un peuple nombreux et profondément recueilli. Plusieurs membres du clergé venus des villes voisines, rehaussaient par leur présence cette fête de famille. Le soir, une magnifique procession, que complétait le concours prodigieux des paroisses environnantes, sortit de l'église pour aller à travers les rues, tapissées de feuillage et bordées d'arbres sur lesquels flottaient au gré du vent de gracieuses oriflammes aux couleurs de Marie, auprès d'un berceau de verdure, dans lequel reposait la statue de Notre Dame de la Salette conversant avec les deux bergers. Les prêtres et le peuple ont entonné en plein air l'Avé, Maris Stella, que répétaient les échos d'alentour. Ainsi se termina cette mémorable journée, qui laissera dans tous les cœurs de profonds souvenirs. (Journal de Muret).

 

Prière

 

O Vierge de la Salette, à quelles scènes douloureuses et non interrompues nous fait assister votre apparition sur la montagne!... O profond et touchant mystère!... Dieu ne vous a-t-il donc choisi pour sa Mère, que pour faire de vous une illustre victime, destinée à la douleur!.. Vous souffrez au berceau de Jésus, voyant un Dieu pleurer et se plaindre ; vous vous abreuvez trente-trois ans à la coupe de ses humiliations!... Le dernier jour venu, vous montez au Calvaire avec votre Fils, par un chemin couvert de son sang, pour consommer avec lui le dernier sacrifice!... Et voici que je vous trouve encore aujourd'hui, au sommet de cette montagne de la France, le front humilié, des yeux inclinés vers la terre, un visage couvert de larmes, des accents plaintifs, une posture suppliante, et un cœur attristé de toutes les douleurs d'une mère!... Que d'afflictions!... Que de maux!... Et c'est nous qui sommes la cause de ce martyre!... O tendre Mère, à cette triste pensée notre cœur se brise, notre âme-est dans la tristesse!... Pardonnez encore, pardonnez vos malheureux enfants; ils se convertiront, ils feront pénitence, ils mourront contrits et repentants, voulant vivre éternellement avec vous, au ciel, sans douleurs, dans le séjour de la paix. Ainsi soit-il.

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