Mois de Notre Dame de la Salette

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Vingt-cinquième jour

« Quelques femmes seulement viennent à la Messe!... »

 

La troisième profanation du Dimanche et des fêtes consiste en ce que ces jours ne sont pas suffisamment consacrés au service de Dieu, aux œuvres de religion et de piété: et par service de Dieu, œuvres de religion, il faut entendre ici principalement, et comme obligation grave et rigoureuse, l'assistance au saint sacrifice de la messe, le Dimanche et fêtes réservées. Et d'abord, apprenons, de la bouche même de saint Augustin, la grandeur et l'excellence du sacrifice de la messe: « Or, dit ce grand Docteur, il y a eu, pour le Fils de Dieu, trois chutes admirables: la première, du ciel dans la crèche; la seconde, de la crèche sur la croix; la troisième, de la croix sur l'autel!... et cette troisième chute, continue-t-il, était nécessaire: oui, sans doute, pour expier nos péchés, il eût suffi d'une seule larme de l'Homme-Dieu; mais pour mériter notre amour, pour conquérir les cœurs, il fallait la mort de Jésus-Christ renouvelée sur l'autel!... Le Calvaire est trop reculé dans le lointain des âges; un Dieu mort sur la croix il y a dix-huit siècles, tout cela ne parle assez éloquemment ni à mes yeux ni à mon cœur: il faut à mes yeux le spectacle d'un Calvaire toujours debout; à mon cœur le langage d'un sacrifice tous les jours renouvelé!... » Et Bossuet, résumant ce passage de son modèle et de son maître, dit excellemment: « Non, le Calvaire n'est pas seulement à Jérusalem, perdu au milieu des montagnes de la Judée; il est encore ici, dans l'enceinte même de nos églises; et la croix toujours debout du Calvaire, c'est la table de l'autel, toujours ouverte au sacrifice de la victime sainte!... » On ne peut pas dire, d'une parole plus haute et dans un plus beau langage, la grandeur, l'excellence du sacrifice de nos autels: et oui, vraiment, le sacrifice de la messe est le plus auguste des sacrifices; mais ce sacrifice est-il toujours glorieux à l'Eglise, consolant pour son sacerdoce? Est-il surtout compris, apprécié, fréquenté par les fidèles, pour le salut desquels il est offert depuis tant de siècles, en tout lieu où se dresse un autel? Hélas! il faut le dire avec douleur et à la confusion des catholiques, l'assistance à la messe le Dimanche et les fêtes, est aujourd'hui omise et abandonnée par le grand nombre: à la ville, les affaires, les relations, l'irréligion des uns, l'indifférence des autres négligent ce devoir, quand elles ne le couvrent pas de ridicule, de petitesse, de mépris! A la campagne, on prétexte les intérêts, les voyages, les achats renvoyés au dimanche, pour ne pas perdre un temps indispensable aux travaux des champs, et on n'assiste pas à la messe; et au milieu de ces populations, autrefois simples et religieuses, l'âme attristée du prêtre doit compter par centaines le nombre des absents aux offices des paroisses. Seraient-ils donc venus ou prêts à paraître, les temps désolés où il nous faudrait accepter à la lettre les paroles amères de Notre-Dame de la Salette: « Il ne va plus que quelques femmes âgées à la messe ! » Si ce malheur menace la religion, il faut replacer sur les lèvres de l'Eglise, pour le pleurer suffisamment, ces accents de tristesse des prophètes: « Les voies de Sion pleurent parce qu'on ne vient plus à ses solennités »; ou bien encore ce cri douloureux qui s'échappe comme une plainte amère du cœur de Jésus-Christ parlant de son sacrifice: « Quelle utilité de répandre mon sang sur la table des autels! La consolation des prêtres anciens ne m'est pas même laissée: ils devaient et ils pouvaient répandre sur le peuple le sang des victimes; et moi, je ne le puis faire, car on ne vient pas même à mon sacrifice! »

 

Réflexions

 

Troisième profanation du Saint Jour. 1° Parmi les œuvres recommandées pour la sanctification du Dimanche, la principale, la seule qui s'impose sous obligation grave c'est l'assistance à la messe; il importe donc de placer la messe du Dimanche au premier rang de nos affaires, avant toutes les autres. 2° La paresse, la lâcheté, une indisposition légère nous font souvent des illusions trop faciles pour nous dispenser de ce devoir; de bonne foi, un argent à retirer, une invitation à accepter ne nous feraient-elles pas secouer ces vaines excuses d'une volonté mauvaise? Faisons donc au moins pour Dieu ce que nous ferions pour un intérêt matériel, pour une fête, une partie de plaisir peut-être!... 3° Aux chefs de maisons, d'un personnel nombreux et d'un service multiplié et difficile, nous proposons l'exemple des maîtres profondément chrétiens: ces maîtres disposent toutes choses, et distribuent les personnes et les œuvres, de manière à faciliter à tous l'audition de la messe, à l'une des diverses heures assignées aux offices de la paroisse; cette pratique est bien chrétienne et utile à tous; la joie, le bonheur des bons serviteurs, c'est l'assistance aux offices; il ne les en faut priver que pour des raisons graves et légitimes; le service général dût-il en souffrir quelque peu, cette condescendance est pour nous un devoir rigoureux, et ils nous le rendront eux-mêmes, dans les jours de la semaine, par un travail plus consciencieux. 4° Que les pères et les mères portent ici une attention sérieuse : ils comprendront qu'ils seraient vraiment heureux, si leurs enfants, leurs serviteurs assistaient aux offices; ils ne doivent point oublier surtout que la condition du succès, c'est l'exemple, et que le plus sûr moyen de les y porter, c'est d'y assister eux-mêmes. 5° Aux personnes pieuses ou plus chrétiennes, nous conseillons mieux pour une sanctification convenable du dimanche; par exemple, venir à l'église, entendre la parole de Dieu: il ne serait pas digne d'une âme bonne, de mépriser la parole de Dieu ou de négliger de la recueillir; assister aux vêpres de la paroisse pour y chanter en commun les louanges de Dieu qui sont comme un écho lointain des chants de la patrie; s'appliquer enfin, d'une manière plus spéciale, à la prière, à l'étude des devoirs de la vie chrétienne, aux œuvres de charité et de miséricorde. C'est la violation de tous ces devoirs qui a tiré du cœur de notre Mère, sur la montagne, ce reproche d'ingratitude: « Je me suis réservée le septième jour, et on ne veut pas me l'accorder ». Attachons-nous désormais à la sanctification du Dimanche et des fêtes; ne perdons plus ces jours précieux et pour l'âme et pour le corps; et malgré les misères inséparables de la vie, nos années s'écouleront heureuses jusqu'à notre entrée dans l'éternelle aurore du dernier jour du Seigneur, le jour du grand repos, dans la vie bienheureuse.

 

Guérison miraculeuse

 

Mademoiselle B., âgée de 27 ans, née à St-A. (Isère), vivait avec sa vieille mère infirme, et sa sœur qui nourrissait du travail de ses mains et sa mère et notre malade; cette famille était peu favorisée des dons de la fortune. Il y a environ dix ans que cette jeune personne éprouva une grande frayeur; on la renversa sur un cadavre. La forte émotion qu'elle ressentit attaqua si vivement son système nerveux, que sa jambe droite se raccourcit de six pouces, se replia au genou, se fixa dans cette position, et la cuisse du même côté s'atrophia. Les médecins de la localité et des environs ne purent la guérir. Elle entra dans l'hôpital de Lyon, mais vainement; les docteurs de cet établissement, après l'avoir soumise à toutes sortes d'essais, la déclarèrent incurable et renoncèrent à tout espoir de guérison. Les regards de la jeune fille se portèrent dès lors vers la puissance et la bonté de Marie, en qui elle mit toute sa confiance. Elle voulut aller en pèlerinage à la sainte Montagne et y fit une neuvaine; un léger soulagement qu'elle en ressentit lui fit prendre la détermination de revenir une seconde fois implorer la Mère des miséricordes, eu offrant pour son autel une nappe brodée de ses mains. Ce modeste ouvrage lui coûta une année entière de travail; et après avoir ramassé quelques sous pour faire son voyage, elle alla à la Salette, attachée sur un mulet. Elle y rencontra la bonne et charitable M... de Valence, qui compatit à sa triste position, et s'établit généreusement sa gardienne. Sa neuvaine terminée, notre infirme fit son humble offrande à l'autel de Marie. Pauvre fille! à quelle rude épreuve cette bonne Mère a voulu mettre la foi et la confiance de sa fidèle servante. Sa demande ne fut pas exaucée. Elle veut commencer une autre neuvaine, mais ses ressources pécuniaires sont épuisées. N'osant confier son chagrin à personne, des larmes s'échappent de ses yeux; elle s'efforce de les cacher, mais l'œil de la vigilante M... les surprend; celle-ci obtient l'aveu du motif qui les cause. Elle court en avertir le Révérend Père supérieur et intéresse en faveur de sa protégée quelques dames pieuses et charitables. La malade, pleine de joie et sentant sa confiance grandir, commence une seconde neuvaine. Trois jours après, elle éprouve une augmentation de douleurs. Sa dévouée gardienne redouble ses soins et ses attentions, la fait coucher, et après s'être assurée qu'elle n'avait plus besoin de son secours, elle la quitte pour aller prier et assister à une prédication qui tous les jours avait lieu dans le ravin de l'apparition, à onze heures. Cependant le moment approchait dans lequel la céleste Consolatrice voulait récompenser la confiance inébranlable de sa servante, exaucer ses ferventes prières, et manifester une fois de plus sa miséricorde envers ceux qui viennent lui offrir leurs vœux sur la sainte Montagne. Marie inspire à notre malade le désir d'assister à la prédication qui va commencer et lui aide à quitter sa couche. Mademoiselle B. cède à cette inspiration; et prenant ses deux béquilles, arrive presque furtivement, en passant le long du monument de l'assomption, à la hauteur de la troisième croix du Calvaire. Le sermon finit; la cloche de l'église tinte son premier coup de l'Angélus; notre infirme jette un cri; au second coup, elle en pousse un autre ; au troisième, un nouveau, et en même temps tombe raide à terre sur le petit sentier. Tous les assistants s'émeuvent, s'agitent. On l'entoure ; les uns la croient morte, les autres pensent qu'elle est prise d'une attaque d'épilepsie. M... reconnut à ses habits noirs sa protégée; elle accourt, monte aussi rapidement que son émotion le lui permet, écarte la foule, soulève la malade, et demande de l'eau de la fontaine comme un dernier espoir de la rappeler à la vie. Un jeune prêtre descend de suite pour puiser un peu d'eau. Tout cela n'est causé que par le travail invisible de la main de Marie, qui rétablissait les diverses parties du corps dans leur état normal. Les nerfs raccourcis se détendent, la jambe repliée s'allonge, la cuisse atrophiée reprend ses chairs, et Mademoiselle B. se lève sur son séant, sans faire jouer les jointures de ses membres, semblable à un bloc d'une seule pierre. Elle oublie les béquilles sur le gazon, descend à la fontaine au grand étonnement de toute l'assemblée, boit de l'eau, remonte, fend la foule qui s'empresse autour d'elle. Elle entre dans l'église, se précipite aux pieds de Marie, devant l'autel, où elle se répand en actions de grâces. Mademoiselle B. est demeurée neuf jours après pour faire une neuvaine d'actions de grâces. Ses béquilles sont demeurées exposées près de la fontaine aux regards de tous les pèlerins; elles augmentent le nombre déjà assez grand de pareils trophées que Marie garde dans son sanctuaire comme autant de preuves de sa puissance sans bornes et de sa bonté sans limites. (Journal de Muret.)

 

Prière

 

Très Sainte Vierge Marie, Mère immaculée de l'Agneau sans tache, Mère de douleur et d'amour, vous apparaissez sur la montagne de la Salette pour faire entendre à tout votre peuple, par la bouche de deux enfants, les plaintes et les menaces de votre divin Fils: rendez-nous désormais plus attentifs à vos avis salutaires, et obtenez-nous la grâce d'être fidèles à la résolution d'observer chrétiennement la loi de Dieu, et de sanctifier, en toutes œuvres de religion et de piété, le Dimanche et les fêles ; non, nous ne voulons plus entendre cette plainte amère de votre cœur: « J'ai demandé le septième jour, et on ne veut pas me l'accorder »! Prosternés à vos pieds, vos enfants vous le consacrent sans réserve: daignez, ô bonne Mère, agréer notre résolution; offrez-la vous-même à Jésus-Christ, et réconciliez-nous avec votre divin Fils ; nous vous le demandons par nos prières, par le repentir de nos profanations passées, et par les larmes que vous ont fait répandre nos péchés. Ainsi soit-il.

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