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Le Mois de Notre Dame du Très Saint Sacrement

Méditations extraites des écrits de Saint Pierre-Julien Eymard

Fondateur de la Congrégation du Très Saint Sacrement

 

Vingt et unième jour

Adoration d'action de grâces de Marie

 

I. A l'acte de foi humble et simple, à l'adoration par l'anéantissement d'elle-même, Marie ajoutait l'action de grâces. Après être demeurée abîmée dans le sentiment de la grandeur et de la majesté divines, qui sont voilées sous le Sacrement, elle levait la tête vers ce tabor de l'amour, pour en contempler la beauté et en savourer la bonté ineffable; Marie rendait grâces à Jésus de son amour dans le don de l'Eucharistie, acte souverain de sa bonté infinie. Son action de grâces était parfaite, parce qu'elle connaissait la grandeur de ce don. Oh! qu'elle fut heureuse, Marie, quand, avant la Gène, Jésus lui révéla que l'heure du triomphe de son amour avait sonné; qu'il allait instituer son adorable Sacrement, par lequel, se perpétuant et se .survivant parmi nous, chaque fidèle pourrait partager le bonheur de Marie, le recevoir comme elle en son corps; le voir en quelque sorte, et, dans son état sacramentel, jouir de toutes les grâces et retrouver les mystères de sa vie mortelle! « Après ce don, dans lequel j'épuise ma puissance, je n'ai plus rien à donner à l'homme que le ciel ». A cette heureuse nouvelle, Marie s'était prosternée aux pieds de Jésus, adorant dans l'effusion de la reconnaissance cet amour trop grand pour les hommes, trop grand pour elle, son indigne servante; elle s'était offerte pour le servir en son adorable Sacrement; elle avait consenti à voir retarder l'heure de sa récompense, afin de rester adoratrice sur la terre, chargée de garder, de servir l'Eucharistie, heureuse de mourir au pied du divin Tabernacle.

 

II. Or, dans ses adorations au Cénacle, Marie renouvelait chaque jour cette action de grâces: « Que vous êtes bon, ô mon Sauveur! s'écriait-elle; que vous êtes bon, mon Seigneur et mon Fils! Comment avez-vous pu aimer l'homme jusqu'à ce point: lui donner plus qu'il ne peut recevoir; l'aimer plus qu'il ne peut le reconnaître; inventer ce que jamais son cœur ne pourra comprendre ? Pour l'amour de lui, vous épuisez votre puissance et les trésors de votre Cœur! » Et alors Marie rendait grâces à chacune des puissances de l'âme de Jésus; à chacun des membres du Sauveur qui avaient coopéré à l'institution de l'Eucharistie; elle leur offrait toutes les flammes d'amour qui dévoraient son Cœur. Oh! que Jésus dut recevoir avec bonheur et complaisance ces premiers hommages de sa sainte Mère, les premiers qui fussent rendus à son Sacrement! Oh! que son cœur dut se réjouir d'avoir laissé à Marie, pour sa consolation, sa présence sacramentelle! Pour Marie seule, Jésus eût institué l'Eucharistie! Et que cela ne nous étonne pas: les adorations, les actions de grâces de Marie avaient plus de prix aux yeux de Jésus que les hommages réunis de tous les saints. L'action de grâces de Marie était encore très agréable à Jésus, parce que la reconnaissance, la gratitude est ce qui lui plaît par-dessus tout; il n'attend que cela de nous: adorer par l'action de grâces, c'est bien adorer; c'est reconnaître le premier de ses attributs, celui surtout qu'il est venu ici-bas manifester: la bonté; arrêtons-nous-y longtemps quand nous sommes à ses pieds. Remercions par Marie; un enfant reçoit, mais sa mère remercie pour lui; confondue avec celle de Marie, notre action de grâces sera parfaite et bien reçue du Cœur de Jésus.

 

Un prêtre merveilleusement assisté par Marie

 

Si c'est une chose merveilleuse de voir les anges rendre hommage au saint sacrifice de la Messe, quels seraient nos sentiments s'il nous était donné de voir la Reine des anges elle-même témoigner à cet auguste Mystère une révérence admirable? Marie a souvent apparu assistant à la Messe; voici un fait qui est moins connu : Un vénérable prêtre célébrant un jour la sainte Messe, le clerc qui le servait, après lui avoir présenté l'eau et le vin à l'Offertoire, rentra à la sacristie pour quelques instants, croyant bien être revenu à temps pour la Préface. Mais il n'arriva pas assez tôt. Le prêtre, qui ne s'était pas aperçu de son absence, commença la Préface, et, à la grande stupéfaction des assistants, la statue de la Vierge, placée au-dessus du Tabernacle, répondit d'une voix claire et sonore : « Amen »; « Et cum spiritu tuo »; « Habemus ad Dominum », et le reste. Le bon prêtre fut tellement surpris d'entendre ces réponses, qu'il eut grand peine à continuer le sacrifice. Aussi peut-on trouver au ciel et sur la terre un servant de Messe dont la sainteté approche de la dignité de Celle qui voulut bien témoigner ainsi son respect et sa vénération pour le sublime Mystère de l'autel?

 

Pratique : Prier sans cesse Marie pour les élèves des séminaires, les petits servants de paroisse et tous les gens d'Eglise, afin qu'ils s'acquittent avec piété et révérence de leurs saintes fonctions.

 

Aspiration : Marie! nous vous bénissons, vous la parfaite servante de Jésus-Eucharistie!

 

Vingt-deuxième jour

Contemplation eucharistique de Marie

 

I. La contemplation suit naturellement l'adoration et l'action de grâces; et en même temps elle les alimente et les perfectionne. La contemplation eucharistique, c'est le regard que l'âme fixe sur Jésus sacramentel pour connaître en détail ses perfections, voir sa bonté dans l'institution de l'Eucharistie, en étudier les motifs, en examiner les sacrifices, en peser le don et en apprécier l'amour. Le premier fruit de la contemplation eucharistique est de fixer, de recueillir l'âme en Notre-Seigneur, en lui découvrant le mystère de ses perfections et l'amour du don ineffable de l'Eucharistie; cette vue réfléchie et arrêtée sur l'amour excessif de Jésus préparant, instituant et perpétuant le Sacrement adorable, produit en nous l'admiration d'abord, puis la louange, puis l'expansion de l'amour; l'âme sort d'elle-même, pour s'unir, se coller à l'objet divin de sa contemplation. D'où il résulte que la contemplation est la partie essentielle de l'adoration : elle en est le foyer.

 

II. Or, Marie était devant l'Eucharistie, dans une contemplation qu'aucune langue humaine ni angélique ne saurait exprimer: Jésus-Christ seul, qui en était l'objet, en connut le prix. Marie avait la plus haute connaissance de l'amour que Jésus avait montré en instituant l'Eucharistie; elle savait les combats qu'il avait eu à soutenir en son cœur, et les sacrifices qu'exigeait de lui l'établissement de ce Sacrement: combats de son amour contre l'incrédulité et l'indifférence de la plupart des hommes: combats de sa sainteté contre les impiétés, les blasphèmes et les sacrilèges dont son Eucharistie serait l'objet, non seulement de la part des hérétiques, mais de la part de ses amis eux-mêmes; combats de sa bonté contre l'ingratitude des chrétiens qui négligeraient de le recevoir dans la communion, refusant par là ses meilleures grâces, ses invitations les plus tendres. Mais l'amour de Jésus triompha de tous ces obstacles: « J'aimerai les hommes quand même, et leur malice ne pourra pas décourager ni vaincre ma bonté! » Marie avait suivi ces combats; elle avait partagé ces sacrifices, elle en vit la victoire; elle les faisait revivre dans son adoration; elle les rappelait au Sauveur et exaltait l'amour qui l'avait rendu vainqueur.

 

III. Pour apprécier le don de l'Eucharistie, un adorateur doit, comme Marie et avec elle, remonter à sa source, aux sacrifices qu'il a demandés à l'amour de Notre-Seigneur. Si l'amour est beau sur le Calvaire, il est encore plus beau au Cénacle et sur l'autel: c'est l'amour toujours immolé. La vue de ces combats et de cette victoire dira à l'adorateur ce qu'il doit en retour à un Dieu si bon. Et alors avec Marie, sa divine Mère, il s'offrira à Jésus-Eucharistie de tout son cœur, pour le bénir, le remercier de tant d'amour; il se consacrera à honorer les divers états de Jésus sacramentel, en pratiquant, dans sa vie, les vertus que le Sauveur y continue et y glorifie d'une manière admirable. I) honorera cette humilité si profonde du Sauveur, qui va jusqu'à l'anéantir tout entier sous les saintes espèces; cette abnégation de sa gloire et de sa puissance qui le rend le prisonnier de l'homme ; cette obéissance qui fait de lui le serviteur de tous. Il prendra Marie comme la Mère de la vie eucharistique, pour l'aider dans cette étude pratique: il l'aimera et se confiera à elle comme à la Mère des adorateurs, qui est le titre le plus cher à son cœur et le plus glorieux à Jésus.

 

Ce que vaut une Messe dite en l'honneur de Marie

 

Une grande pécheresse avait conservé, au milieu de ses désordres, la coutume de réciter chaque jour un Ave Maria: et un samedi elle lit dire une Messe en son honneur, pour obtenir sa protection à l'heure de sa mort. Lorsque ce redoutable moment arriva, le démon se présente tout à coup, et, poussant des cris de rage, demande son âme. Mais Marie se souvenait de la Messe offerte en son honneur par la pauvre malheureuse: elle arrache des griffes du démon l'âme qu'il tenait déjà et qu'il se disposait à plonger avec lui dans l'abîme. « Ne sais-tu pas, monstre d'enfer, lui dit Marie, que cette âme m'a priée tous les jours, et qu'elle a fait dire, à tel jour, une Messe en mon honneur? » « C'est vrai, réplique le démon mais quels crimes n'a-t-elle pas commis ! » « Sache, lui dit Marie, que jamais celui qui se recommande à moi ne peut périr ». Et aussitôt le démon, foudroyé par cette réponse, s'enfuit en poussant des hurlements furieux; et Marie, rayonnante de joie, emporta cette âme, sa glorieuse conquête, au Paradis. (Laghi. c. LXXIX) ;

 

Pratique : Prier sans cesse Marie pour les intérêts de l'Eucharistie.

 

Aspiration : Marie, personne ne s'est approché de Jésus aussi intimement que vous!

 

Vingt-troisième jour

Adoration de propitiation de Marie

 

I. Marie adorait son très cher Fils dans sa qualité de victime perpétuelle, toujours immolée sur nos autels, demandant sans cesse par sa mort grâce et miséricorde pour les pécheurs. Marie adorait le Sauveur sur ce nouveau calvaire où le crucifiait son amour: elle le présentait à Dieu pour le salut de sa nouvelle famille, et à la vue de Jésus en croix, avec ses plaies béantes, renouvelait en son âme le martyre de sa compassion. Il lui semblait voir encore à la sainte Messe son Jésus crucifié, répandant son sang à flots, au milieu des douleurs et des opprobres, abandonné des hommes et de son Père, et mourant dans l'acte suprême de son amour. Marie, adorant son Dieu présent sur l'autel par la consécration, versait d'abondantes larmes; à la vue surtout des hommes qui ne faisaient aucun cas de ce sacrifice auguste et rendaient stérile ce mystère de leur Rédemption: à la vue encore de ceux qui osaient offenser, mépriser cette adorable Victime offerte sous leurs yeux et pour leur propre salut. Marie aurait alors voulu offrir mille morts pour réparer tant d'outrages; car les malheureux qui s'en rendaient coupables étaient ses enfants, ceux que lui avait confiés Jésus en mourant! Pauvre Mère! n'était-ce pas assez pour elle d'un Calvaire? Pourquoi renouveler tous les jours ses douleurs et percer son cœur de ces nouveaux glaives d'impiété? Cependant, comme la meilleure des mères, au lieu de rejeter, de maudire les pécheurs, Marie prenait sur elle la dette de leurs crimes; elle se faisait victime au pied de l'autel, demandant grâce et miséricorde pour ses enfants coupables.

 

II. Marie adorait l'état de prisonnier que Jésus a pris en s'unissant inséparablement aux saintes espèces; elle contemplait son corps glorieux, ses pieds, ses mains liés à leur immobilité matérielle; sa langue sans parole, son âme sans expansion extérieure, son amour sans bras, sans ailes, mais lié, mais enchaîné et ne pouvant montrer à l'homme que ses aimables chaînes. « O heureux liens qui retenez Jésus au milieu de nous, disait Marie, soyez bénis! vous êtes les chaînes de feu qui m'attachez à ce divin Tabernacle! Silence de mon Dieu, que tu es éloquent sur mon cœur! Membres sacrés de mon Sauveur, vous m'êtes plus chers encore que lorsque les clous vous fixaient à la croix ou que les plis du suaire vous entouraient: c'est l'amour qui vous lie ici, mais c'est pour toujours; et cela afin que je puisse faire de Jésus mon bien, mon prisonnier d'amour, le compagnon de ma captivité ici-bas, le Dieu de mon cœur! »

 

III. Marie adorait l'état caché de la divinité et de l'humanité de Jésus en son Sacrement; voilées afin que l'homme ne s'attachât pas à la gloire et à la beauté de son corps, mais allât librement jusqu'à la divinité du Verbe. Car Jésus ne se voile ainsi que pour spiritualiser la foi de l'homme, pour purifier son cœur, aiguillonner son amour et l'attirer vers l'infini, vers une beauté toujours croissante et toujours nouvelle. Marie adorait donc Jésus voilé mais transparent par l'amour; elle contemplait derrière le nuage la beauté de ce soleil, qui manifeste ses ardeurs par la lumière qu'il donne à notre esprit, et sa présence par sa douceur. Marie honorait cette vie cachée de Jésus par une vie solitaire et retirée. Elle passait la plus grande partie de son temps en amende honorable pour les hommes ingrats. A la vue des anéantissements eucharistiques de Jésus, elle eût voulu elle aussi être anéantie, changée en une espèce sacramentelle, sans vie propre, et elle avait, en effet, perdu et transformé en Jésus sa vie naturelle, comme le pain se transforme en la substance de Jésus-Christ. Aussi, voyant à ses pieds sa divine Mère, le Sauveur se consolait de l'abandon des hommes; il aimait les sacrifices qu'il avait faits si généreusement, il préférait à sa gloire cet état d'anéantissement; Marie, sa Mère et la mère de tous les adorateurs, le dédommageait de tout, et l'amour de Jésus trouvait une indicible satisfaction à recevoir sa prière et ses larmes répandues pour le salut du monde.

 

Instruction de Marie sur le malheur des mauvaises communions

 

Nous avons déjà rapporté quelques-unes des paroles que la sainte Vierge adressa à la vénérable Mère Marie de Jésus sur la communion. Voici ce qu'elle lui révéla un autre jour: « Si l'amour de Dieu envers le prochain eut en moi une telle force, jugez, ma fille, quelle devait être la véhémence de celui que je sentais pour le Seigneur lui-même quand je le recevais à l'autel! Je vous déclare ici un secret sur ce qui m'arriva la première fois que je le reçus de la main de saint Pierre: c'est que le Très-Haut laissa mon amour agir avec une telle violence, que mon cœur s'ouvrit réellement et donna lieu, comme je le souhaitais, à mon Fils consacré d'y entrer et d'y demeurer comme un roi sur son propre trône. Vous comprendrez par là, ma très chère fille, que si j'étais susceptible d'une douleur quelconque dans la gloire dont je jouis, ce qui m'en causerait une très sensible, ce serait de voir la témérité effroyable des hommes qui osent recevoir le Corps sacré de mon très saint Fils, les uns avec des souillures et des crimes abominables; les autres, sans dévotion, sans respect: et presque tous sans considérer l'importance, sans peser la valeur de cette Hostie, qui n'est rien de moins que Dieu lui-même, germe de la vie ou de la mort éternelle. Craignez donc, ma fille, ce danger; pleurez-le pour un si grand nombre d'enfants de l'Eglise; demandez leur salut au Seigneur et, profitant de l'instruction que je vous donne, rendez-vous digne de pénétrer profondément ce Mystère d'amour. Et quand vous y participerez, bannissez de votre entendement toutes les pensées des choses terrestres; rappelez-vous seulement que. vous allez recevoir Dieu lui-même; faites tous vos efforts pour témoigner votre amour, votre humilité et votre gratitude, et soyez persuadée que vous resterez toujours fort au-dessous de ce que mérite un Mystère si vénérable ». (Cité Mystique, p. III, I. VII, c. VII).

 

Pratique : Assister à la Messe pour réparer, en union avec Marie, le crime de ceux qui y manquent.

 

Aspiration : O Marie! vous êtes la vraie Table mystique où nous trouvons le mets délicieux de nos âmes, Jésus-Eucharistie !

 

Vingt-quatrième jour

Adoration de prière de Marie

 

I. Marie se dévouait tout entière à la gloire eucharistique de Jésus. Elle savait que le désir du Père céleste était de voir l'Eucharistie connue, aimée et servie par tous; que le besoin du Cœur de Jésus était de communiquer aux hommes tous ses dons de grâce et de gloire; que le Saint-Esprit avait pour mission d'étendre et de perfectionner dans les cœurs le règne de Jésus-Christ; que l'Eglise n'avait été fondée que pour donner Jésus au monde; tous les désirs de Marie étaient donc de le faire connaître en son Sacrement; son amour si grand pour Jésus avait besoin de se dilater, de se dévouer, afin de se soulager, pour ainsi dire, de l'impuissance où elle se sentait à le glorifier par elle-même autant qu'elle l'eût voulu. Depuis le Calvaire, les hommes étaient ses enfants, elle les aimait avec la tendresse d'une mère et voulait leur souverain bien autant que le sien propre: voilà pourquoi elle brûlait de faire connaître à tous Jésus au Saint Sacrement, d'embraser les cœurs de son amour, de les voir tous liés et enchaînés à son aimable service. Pour obtenir cette grâce, Marie faisait une mission perpétuelle de pénitence et de prière au pied de la très adorable Eucharistie; elle y traitait du salut du monde: dans son zèle immense elle embrassait les besoins des fidèles de tous les lieux et de tous les temps à venir, qui devaient hériter de la sainte Eucharistie et la servir. Mais la mission la plus chère à son âme était de prier continuellement pour le succès des prédications et des travaux des Apôtres et de tous les membres du sacerdoce de Jésus-Christ. Aussi ne faut-il pas s'étonner que ces ouvriers apostoliques convertissent si facilement des royaumes entiers; Marie se tenait au pied du trône de la miséricorde, suppliant pour eux la bonté du Sauveur. Sa prière convertissait les âmes, et, comme toute conversion est le fruit de la prière, et que la prière de Marie ne pouvait éprouver de refus, les apôtres avaient en cette Mère de bonté leur meilleur auxiliaire: « Bienheureux celui pour qui prie Marie! »

 

II. Les adorateurs partagent la vie et la mission de prière de Marie au pied du Très Saint Sacrement: c'est la plus belle de toutes les missions, et elle est sans danger. C'est la plus sainte aussi, car elle est l'exercice de toutes les vertus. C'est la plus nécessaire à l'Eglise, qui a encore plus besoin d'âmes de prière que de prédicateurs, d'hommes de pénitence que d'hommes d'éloquence. Aujourd'hui plus que jamais, il faut des hommes qui désarment, par leur immolation propre, la colère de Dieu irrité contre les crimes toujours croissants des nations: il faut des âmes qui par leurs instances rouvrent les trésors de la grâce qu'a fermés l'indifférence générale; il faut des adorateurs véritables, c'est-à-dire des hommes de feu et de sacrifice: quand ils seront nombreux autour de leur divin Chef, Dieu sera glorifié, Jésus aimé; les sociétés redeviendront chrétiennes, conquises à Jésus-Christ par l'apostolat de la prière eucharistique.

 

III. L'apostolat de Marie consistait encore dans la prédication muette, mais très persuasive, du respect. Cette prédication convient à tous, et une âme jalouse de faire connaître et aimer l'Eucharistie s'y appliquera avec grand soin, unie à Marie. Comme cette parfaite adoratrice se tenait avec modestie et révérence devant le Très Saint Sacrement! Elle s'y tenait comme les anges devant la Majesté divine; toute pénétrée par la foi et absorbée en la divine présence de Jésus, elle ne faisait attention à personne autour d'elle. Elle ne se présentait jamais devant Notre-Seigneur que convenablement et religieusement vêtue, comme à une visite d'honneur. Une mise négligée, un désordre dans la tenue, annoncent peu de foi et un intérieur désordonné. Marie restait à genoux le plus qu'elle pouvait aux pieds de son Dieu: c'est la tenue d'adoration de la sainte Eglise, l'hommage du corps, l'humilité de la foi : à genoux aux pieds de Jésus, c'est la place de l'amour. Le respect dans le lieu saint, surtout devant le Très Saint Sacrement, doit être la grande vertu publique des adorateurs. Ce respect est la profession solennelle de leur foi, et en même temps c'est pour eux la grâce de leur piété et de leur ferveur; car toujours Dieu punit les irrévérences commises dans son sanctuaire par l'affaiblissement de la foi, la privation des grâces de dévotion. Celui qui est irrévérencieux ou inconvenant devant Notre-Seigneur aurait tort de s'étonner de sa froideur dans la prière; c'est peu: il mériterait d'être chassé honteusement de sa présence comme un malhonnête ou un insensé. Soyons donc très sévères sur le culte du respect; ayons une tenue réservée, une attitude religieuse; observons un silence rigoureux, un recueillement des sens absolu. Dans l'église il ne faut avoir d'égards qu'envers Jésus-Christ: il n'y a plus d'amis. Jésus y est tout: la cour n'a les yeux fixés que sur le roi, n'honore que le roi. A la vue du respect profond et religieux des adorateurs, les mondains seront obligés de dire: « Il y a ici quelque chose de grand! » Les faibles, les tièdes rougiront de leur tiédeur et reconnaîtront .Jésus-Christ: l'exemple est la royale leçon de la sagesse, et l'apostolat le plus fécond.

 

Notre Dame de la Première Communion

 

Former les enfants à ce grand acte de la vie, préparer leur cœur à Jésus pour sa première visite, oh! sans doute, c'est la mission la plus douce à la tendresse de Marie. Un jour, une mère eut une douce vision: la Vierge Marie était debout près du berceau de son enfant; elle lui souriait et couvrait sa petite couche de fleurs... Quand Alexandre Bertius put parler, ses premiers mots furent: « Jésus et Marie ». Il grandit à l'ombre du Crucifix. Mais déjà la lumière de son baptême lui laissait entrevoir, au fond de son cœur, quelques parcelles moins pures où pourrait germer le mauvais grain. Cet enfant de cinq ans se souvint des caresses et des promesses de Marie: il s'arma d'une discipline, et il punissait sur ses membres délicats les instincts qu'il sentait en lai pour le mal. Marie le guidait et le préparait à sa première communion. Lorsque arriva ce moment solennel et à jamais précieux, Alexandre crut voir son cœur s'ouvrir et Jésus en prendre possession d'une manière sensible. Cette vision et ce souvenir l'enchaînèrent si puissamment au Tabernacle, qu'on avait peine à l'en éloigner, et qu'on le nommait par toute la ville l'enfant du grand autel. Marie eut pour lui des faveurs toutes maternelles: elle tournait les feuillets de son livre d'étude; dans ses maladies, elle tempérait les ardeurs de la fièvre en environnant son lit de fleurs. Ainsi protégé par la présence toute d'amour de Marie, le pieux écolier ne prit jamais part à aucune joie mondaine, à aucun entretien dangereux, à aucune récréation dissipante. C'est ainsi que l'enfance et l'adolescence, placées sous le regard de la Vierge de l'Eucharistie, fidèles à son culte, se passeront purement, et prépareront à l'Eglise des enfants fidèles, et au ciel des citoyens ornés de toutes les vertus. (Parterre de Notre Dame de la Première Communion).

 

Pratique : Prier pour toutes les premières communions et pour les catéchistes qui les préparent.

 

Aspiration : Salut ô Marie! qui, par l'apostolat de votre prière, avez vaincu toutes les hérésies qui se sont élevées contre l'Eucharistie!

 

Vingt-cinquième jour

Apostolat de Marie

 

I. L'âme qui vit de l'Eucharistie doit s'occuper avant tout des intérêts du Sacrement adorable. Or le premier, le plus cher à Jésus, c'est le sacerdoce. Par les prêtres, le Saint Sacrement nous est donné, vient en nous; par eux, Jésus reçoit la vie sacramentelle qu'il consacre à la gloire de son Père; par eux il est glorifié plus que ne le peuvent faire les fidèles même les plus pieux: il leur a donné tous ses droits, toute sa puissance. Aussi, prier pour le sacerdoce, demander que les vocations se multiplient, obtenir pour les peuples de saints prêtres, des hommes de feu, c'était la prière de Marie, son apostolat de prédilection. Et maintenant elle protège les vocations saintes, elle les demande à son Fils : le prêtre est l'enfant privilégié de Marie. C'est elle qui le forme tout jeune à la piété et conserve sa vertu, qui alimente sa ferveur, qui le conduit par la main jusqu'au pied de l'autel, et qui le présente au Pontife comme elle présenta autrefois Jésus au temple. Elle l'encouragera dans les mille sacrifices de l'étude, des combats, des frayeurs du sacerdoce. Le prêtre formé par Marie, oh! bon et saint prêtre, bien reçu de Jésus!

 

II. Marie se retrouve dans le prêtre et continue par lui sa mission à l'égard des âmes et de Jésus-Christ. La première incarnation s'est faite en Marie et par Marie; en elle le Verbe a pris chair; dans les mains du prêtre et à sa parole, Jésus-Christ devient notre pain. La dignité de Mère de Dieu est incomparable; elle est la mère du roi, reine par conséquent des anges et des hommes. Le prêtre est le père de Jésus-Eucharistie, le roi spirituel des âmes; un Dieu terrestre, terrenus Deus, qui a reçu tous les biens de Dieu, qui ouvre et ferme le ciel. Marie élève Jésus, le nourrit, suit tout; ses états. Au prêtre de faire grandir Jésus-Christ dans les âmes, de le suivre, de l'entretenir en elles jusqu'à ce qu'il y soit arrivé à l'âge parfait et qu'il ait transformé l'âme en lui-même. Marie, comme Mère, a sur Notre-Seigneur tous les droits que confère la maternité. Le prêtre a aussi un pouvoir direct sur la personne de Jésus-Christ. Marie n'est puissante que par Jésus: le prêtre aussi n'est puissant que par les grâces que Jésus met entre ses mains: il se met lui-même à sa disposition, afin de lui donner une plus grande puissance d'action. Mais Marie peut envier les privilèges du prêtre sous certains rapports. Elle porte le Verbe incarné pendant neuf mois dans son sein, et puis c'est fini: le prêtre ne s'épuise jamais; il incarne chaque jour Jésus-Christ: son pouvoir consécrateur est inhérent à son sacerdoce; semblable au Père qui l'engendre sans s'épuiser jamais, semblable au soleil qui redonne chaque jour sa lumière et sa chaleur. Marie enfante le Sauveur dans son état mortel, faible et pour la croix; le prêtre le fait descendre sur l'autel, mais dans son état glorieux et ressuscité: sa gloire n'apparaît pas à nos yeux grossiers, mais les anges la voient: c'est un soleil radieux du côté du ciel, voilé du côté de la terre.

 

III. La mission et les devoirs du prêtre et de Marie vis-à-vis de l'Eucharistie et vis-à-vis des âmes sont les mêmes. La mission du prêtre est une mission d'adoration et d'apostolat. Le prêtre est d'abord adorateur, gardien du Saint Sacrement: avant tout c'est un homme de prière: Nos autem, disent les Apôtres, orationi et ministerio verbi instantes eritmus: nous nous livrerons à la prière et à la prédication: il faut qu'il s'unisse à la prière de la Victime qu'il offre et qu'il prépare, qu'il commence au pied de l'autel son apostolat extérieur. Marie au Cénacle, voilà sa divine Mère en ce premier devoir; là elle est adoratrice d'office, elle adore en prenant soin du culte eucharistique; elle répare la gloire de Dieu outragée par les pécheurs; elle console l'amour de Jésus méconnu des siens. Au Père elle offre Jésus: à Jésus elle montre son sein maternel; au Saint-Esprit, les âmes, son héritage et ses temples, afin qu'il les renouvelle et les anime de sa charité. Voilà ce que doit à Jésus le prêtre fidèle et qui comprend la grâce de l'amour du Sauveur pour lui. Le second ministère du prêtre est d'annoncer Jésus-Christ aux peuples. Marie est ici encore sa douce protectrice. Elle a fait l'éducation de Jésus, et elle a révélé les mystères de sa vie aux Apôtres et aux Evangélistes: elle parlait de lui sans cesse, le faisait aimer autour d'elle: elle était zélatrice de Jésus. Or voilà ce qu'a à faire le prêtre: prêcher, faire connaître Jésus au Saint Sacrement, répandre son culte, son règne, avec un zèle infatigable. Pour cela qu'il s'adresse à Marie, qui aime les prêtres d'un amour de prédilection; elle les aime en Jésus son Fils, dont ils sont les ministres; elle les aime pour la gloire de Dieu et le salut des âmes dont ils sont les apôtres. Le prêtre a des devoirs à remplir envers cette tendre Mère: il ne doit le céder à personne dans les honneurs à lui rendre, dans l'amour tendre qui lui est dû: qu'il la fasse connaître et aimer avec zèle. Et pour nous, si nous aimons l'Eucharistie, si nous voulons qu'elle soit servie, prêchée, adorée par tous, demandons sans cesse à Jésus par Marie de saints prêtres, des ouvriers apostoliques, des adorateurs fidèles: la gloire du Saint Sacrement et le salut du monde sont à ce prix !

 

Tendre protection de Marie à l'égard d'un prêtre

 

Deux prêtres, passant par le pays des Albigeois, aperçurent une église; et, bien que ce fût un temps de persécution ouverte, et que l'on eût tout à craindre de ces sauvages hérétiques, ils voulurent célébrer la sainte Messe, mus surtout par cette pensée que c'était samedi, et qu'ils devaient dire la Messe en l'honneur de Marie. L'un deux célébrait déjà, lorsque surviennent les Albigeois qui l'arrachent de l'autel et, après mille outrages, lui coupent la langue et le laissent à demi mort. Son compagnon remporte comme il peut jusqu'à un monastère des environs, où on les reçut avec beaucoup de charité, La veille de l'Epiphanie, le pauvre prêtre muet, entendant chanter les religieux, eut un extrême désir de s'unir à eux, et il aurait bien voulu pouvoir dire la sainte Messe. Il s'adresse donc à Marie dans la ferveur de ses désirs, et cette douce Mère se présente à lui, tenant dans sa main le membre dont il était privé, et lui dit: « Puisque, mon cher fils, tu n'as perdu ce membre et n'as tant souffert que pour avoir voulu, malgré le danger, dire la Messe en l'honneur de Jésus et à ma gloire, je te le rends de sa part ». Le bon prêtre au même instant se trouva guéri, et entonna d'une voix sonore un cantique d'action de grâces à la louange de Jésus et de sa miséricordieuse Mère. (Nicolao Laghi, trat. VI, c. XXIV).

 

Pratique : Prier sans cesse pour les vocations cléricales, et exercer envers les prêtres de Jésus la charité la plus dévouée et la plus respectueuse.

 

Aspiration : Reine du clergé, envoyez des ouvriers dans la moisson de votre divin Fils.

 

Vingt-sixième jour

L'Epoux divin et le Roi du cœur

 

I. Marie, dans son adoration, s'appliquait à glorifier tous les états de Jésus, à l'exalter sous les noms qui lui sont les plus chers et qui établissent le plus parfaitement son empire sur le cœur des hommes. Marie adorait Jésus en sa qualité d'Epoux des âmes. L'union est la fin de l'amour; Jésus, en se donnant substantiellement dans l'Eucharistie, vient s'unir à nos âmes comme à ses épouses chéries: comme Epoux, il leur donne tous ses biens, son nom, son cœur, tout lui-même, mais c'est à titre de retour. L'âme, son épouse, ne vivra que pour lui: Jésus est un Dieu jaloux; malheur à celui qui lui ravit l'épouse de son cœur! Or, Marie célébrait avec bonheur, comme sa mère, les noces de son Fils bien-aimé; comme jadis, à Cana, elle prévenait la pauvreté et la confusion des époux: ainsi orne-t-elle l'âme fidèle de toutes ses vertus pour que Jésus la trouve digne de lui. Oh! oui, la meilleure préparation à la communion est celle qui se fait par Marie. N'est-ce pas à la mère de revêtir sa fille pour le jour de son mariage? elle se dépouille pour elle en ce jour. Qui dira le soin que prenait cette bonne Mère des épouses du Dieu de l'Eucharistie, surtout de la pureté de leur cœur, afin qu'elles fissent les complaisances de leur Epoux bien-aimé? Mais Jésus est aussi l'Epoux de l'Eglise, dont la virginité féconde le rend père de la génération nouvelle des enfants de Dieu. Marie l'adorait donc aussi comme l'Epoux de l'Eglise, et elle aimait celle-ci comme sa fille, unie à son très cher Fils d'un lien indissoluble. Marie eût volontiers donné sa vie pour l'Eglise; elle la protégeait, la défendait par ses prières incessantes: elle assistait avec bonheur à ses progrès et partageait ses périls, souffrant avec elle et pour elle. Car si elle était la Mère de l'Eglise, elle était en même temps sa fille; comme la plus soumise de ses enfants, elle obéissait à Pierre, à Jean, à tous les prêtres. Elle honorait les cérémonies saintes, elle adorait Jésus par l'Eglise, par son culte, par ses prières liturgiques, par son sacerdoce, avec tous ses enfants. Oh! quelle belle adoration que celle qui réunissait Marie et les fidèles au pied du Saint Sacrement! Le ciel pouvait en être jaloux; car Marie était en l'Eglise comme le soleil au milieu des astres, et Dieu dut bien aimer la terre, et Jésus son Tabernacle! C'était le ciel de l'amour!

 

II. Marie adorait encore Jésus en sa qualité de Roi: car la sainte Eucharistie est la royauté du Sauveur: par elle, il règne dans les cœurs et sur les sociétés. La vérité, pour triompher de l'homme, a besoin de passer par l'Eucharistie, afin d'en prendre la suavité et de devenir persuasive et touchante: tant qu'un homme n'a pas communié, il n'a que la loi de vérité, il n'a pas encore la foi d'amour, la jouissance et la suavité de la foi; il a rencontré Jésus sur son chemin; il a causé avec lui sans le bien connaître: l'Eucharistie seule lui révélera, dans toute sa puissance et toute sa lumière, Jésus-Christ et tous les secrets de la foi. Par l'Eucharistie donc, Jésus est roi de vérité. Il en est des vertus comme de la vérité: il faut l'Eucharistie pour qu'elles règnent définitivement dans un cœur: il faut la communion pour les civiliser, les adoucir, les béatifier en l'amour de Jésus. Il faut que Jésus se donne à moi pour me subjuguer par son amour et pouvoir me dire: « Mon fils, donne-moi ton cœur ». En l'Eucharistie seulement, l'amour de Jésus-Christ est royalement servi, parce qu'il a un palais, une cour, des adorateurs. Marie adorait donc Jésus comme son roi non plus dans sa royauté pauvre et fugitive de Bethléem ou de l'Egypte, ni comme son roi crucifié au Calvaire, mais dans sa royauté permanente, assis sur son trône de gloire, tout voilé qu'il est; invulnérable aux yeux de ses ennemis, invincible dans sa victoire, glorieux dans le triomphe de son amour. Marie voyait se réaliser la parole de l'ange: « Il régnera sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin ». Elle voyait les trônes eucharistiques se multiplier; chaque ville, chaque bourgade devenait sa cour et lui offrait un palais: elle voyait toutes les vertus fleurir dans le monde par l'Eucharistie, et qui sont la royale couronne du Dieu qui les inspire et les nourrit de lui-même. Oh! quels soupirs, quelles prières pour le règne eucharistique de Jésus, sont sortis du cœur de Marie au Cénacle! Elle demanda et elle vit dans la suite des âges l'Eucharistie se répandre et l'amour de Jésus partout triompher. Enfin, Jésus serait aimé: son Eucharistie trouverait des cœurs sympathiques, et cette flamme envelopperait le monde pour le renouveler! O divin Roi, oui, régnez en souverain sur mon cœur et sur ma vie, comme sur votre sainte Mère! Que votre vérité soit mon drapeau d'honneur, vos vertus mes armes, votre amour mon mot d'ordre, et votre plus grande gloire eucharistique le fruit de ma victoire. C'est la prière ardente de mon cœur que je vous présente par Marie, la Reine du Cénacle et la Mère des adorateurs!

 

La Reine miséricordieuse du Purgatoire

 

Le moyen le plus puissant de secourir les pauvres âmes qui souffrent dans le Purgatoire est de faire célébrer pour elles le saint sacrifice de la Messe. Mais quand on remet les fruits infinis du Sang de Jésus aux mains de Marie pour qu'elle les applique au soulagement de ces chers frères souffrants, on est à peu près sur de leur délivrance. Un lion Frère, religieux, fort dévot, étant mort, apparut à un de ses anciens compagnons, et lui dit qu'il était dans les peines du Purgatoire, soutirant peu de la peine du sens, mais beaucoup de la privation de Dieu. Il le supplia de demander à son Prieur d'ajouter à son intention une Oraison à la sainte Messe. On s'empressa de satisfaire à sa demande, et le Prieur aperçut l'âme du cher Frère, toute joyeuse et ravie, sous le manteau de Marie, qui l'emmenait au ciel avec un air de triomphe, comme la glorieuse conquête de son amour. (Nicolao Laghi, t. III).

 

Pratique : Prier sans cesse Marie pour l'extension du règne eucharistique de Jésus-Christ dans le monde entier.

 

Aspiration : Cœur immaculé de Marie, lit nuptial où l'Epoux trouve ses délices, embrasez-nous de l'amour qui vous consume!

 

Vingt-septième jour

L'Eucharistie centre de la vie de Marie

 

I. Marie vivait de la vie eucharistique de Jésus: l'amour veut la communauté de vie. A Bethléem et à Nazareth elle avait vécu de la vie pauvre et cachée de Jésus; en Egypte, de sa vie persécutée; à travers les bourgades de la Judée, de sa vie apostolique; elle avait partagé sa vie souffrante, elle devait à plus forte raison vivre de la vie eucharistique de son divin Fils, qui est le couronnement de toutes les autres. Or Marie vivait, par l'Eucharistie, d'une vie tout intérieure et cachée, silencieuse, éloignée du monde, n'ayant que Jésus pour témoin et pour confident. Sa vie se consume à contempler et à remercier la souveraine bonté de l'Eucharistie: cette vue absorbe son esprit et le nourrit de vérité; elle remplit suavement son cœur, qui n'a plus d'autre désir, d'autre besoin que d'aimer davantage et de se donner toujours à lui plus entièrement; le corps de Marie lui-même partage la joie et la paix céleste de cette vie: il est tout spiritualisé: « Cor meum et caro mea exultaverunt in Deum vivum: Mon cœur et ma chair ont été ravis en Dieu mon Sauveur ».

 

II. Cette contemplation eucharistique est plus active que passive: c'est l'âme se donnant sans cesse à Dieu sous l'impression toujours nouvelle et plus délicieuse de sa bonté, sous l'action toujours croissante des flammes de son amour qui la purifient, la dégagent et l'unissent plus intimement au Bien-Aimé. Le recueillement est la condition première de cette contemplation: l'âme alors, libre des images des objets extérieurs, dégagée de toute affection déréglée, va droit vers Dieu comme l'aiguille aimantée vers le pôle. L'âme recueillie et fixée en Jésus se nourrit de sa vérité, de sa bonté,

de son amour: l'oraison prolongée ne lui coûte pas, ou lui coûte peu, parce que, libre de tout, elle peut suivre son Sauveur partout où il va, sans que rien la presse et l'appelle ailleurs, et parce que, toujours présente à elle-même, elle peut étudier, approfondir les mystères sur lesquels elle fait oraison; elle voit les choses dans leur vérité réelle, en Jésus-Christ; le recueillement et la contemplation fortifient sa vue et la rendent réfléchie et pénétrante.

 

III. Qu'elle devait être parfaite la contemplation de Marie au pied du Très Saint Sacrement, avec les lumières si grandes de sa foi, la pureté de sa vie, l'amour si parfait de son cœur! Assurément la distraction, cette fièvre de l'esprit et du cœur, ne venait pas troubler le repos qu'elle prenait en son Bien-Aimé. Son âme, plus unie à Jésus qu'au corps même qui l'enveloppait, buvait à longs traits l'eau vive de la grâce et de l'amour: elle oubliait la terre pour rester seule avec Jésus seul; car l'amour aime à s'isoler, à se simplifier, à se concentrer en l'unité afin de s'unir toujours plus étroitement. Que l'adorateur uni à Marie adoratrice s'applique avec patience, avec constance, à la vertu de recueillement, à l'exercice de la contemplation sur Jésus-Christ; s'étudiant d'abord plus à le connaître qu'à le goûter; car l'amour vient de la vérité connue, et une grâce de lumière vaut mieux que la plus grande grâce de douceur et de consolation: la vérité demeure, le sentiment passe. Oh! heureuse l'âme qui, comme Marie, comprend ce mystère de l'amour, qui le désire, le demande sans relâche, s'y exerce sans cesse: le règne de Dieu est en elle!

 

Le ciboire vivant

 

On lit dans la Vie de Marie-Eustelle, surnommée « l'Ange de l'Eucharistie », laquelle a été vue et approuvée par le savant cardinal Viilecourt, les paroles qui suivent: « Des auteurs très graves disent qu'après l'Ascension de son divin Fils, la très sainte Vierge Marie recevait chaque jour le Corps sacré du Sauveur, et que les espèces sacramentelles se conservaient sans corruption dans sa poitrine d'une communion à l'autre ». (P. 201.) La sainte Vierge révéla cette merveille à Marie d'Agreda. Nous citerons quelques-unes des paroles de la servante de Dieu: « Voici comment le Très-Haut opérait ce miracle: Lorsque la très pure Marie recevait la communion, les espèces sacramentelles se dégageaient du foyer commun de l'estomac, où se font la coction et la digestion de l'aliment naturel, afin de ne pas se confondre et se mêler avec le peu de nourriture que notre grande Reine prenait quelquefois. Le Très Saint Sacrement, étant dégagé de ce foyer, se plaçait dans le cœur de Marie comme en récompense du sang qu'il avait fourni, lors de l'Incarnation du Verbe, pour former la très sainte Humanité de Jésus-Christ. La communion de la divine Eucharistie est considérée comme une extension de l'Incarnation : il était donc juste que la Bienheureuse Mère participât à cette extension d'une manière nouvelle et spéciale, elle qui avait aussi concouru à cette même Incarnation du Verbe Eternel d'une manière miraculeuse et toute particulière ». {Cité mystique, p. III, 1. VII, c. VIII).

 

Pratique : Prier Marie pour la fidèle persévérance des Epouses qui sont consacrées à Jésus dans le cloître et dans le monde.

 

Aspiration : O Marie! comme de petits enfants nouveau-nés nous vous demandons notre lait spirituel, Jésus-Eucharistie.