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Le Mois de Notre Dame du Très Saint Sacrement

Méditations extraites des écrits de Saint Pierre-Julien Eymard

Fondateur de la Congrégation du Très Saint Sacrement

 

Treizième jour

Vie de la sainte Famille

 

Méditons sur la vie de la sainte Famille, c'est-à-dire sur la vie de Marie et Joseph en Jésus.

 

I. Jésus était le centre d'amour de Marie et de Joseph: là où est le corps, les aigles se rassemblent; là où est le trésor, là est le cœur. De sorte qu'avoir Jésus était tout le centre de ces heureux parents; on ne tenait ni à Bethléem, ni à Nazareth, ni à l'Egypte: avoir Jésus c'était tout; il était la maison de leur cœur. Comme saint Joseph, quand il avait dû s'absenter, revenait vite, avec joie, avec bonheur, à la maison où était le divin Enfant! Oh! qu'il ne perdait pas le temps loin de lui! Il savait que Jésus était l'amour divin incarné!... Ainsi, ma maison, ma famille, mon centre, c'est l'Eucharistie, le Tabernacle auprès du quel j'habite: je dois, comme Marie et Joseph, n'être bien que là.

 

II. Jésus était la fin de la vie de Marie et de Joseph; on ne vivait que pour lui, on ne travaillait que pour lui. Oh! avec quel plaisir le bon saint Joseph travaillait pour lui gagner le pain de chaque jour, ainsi qu'à sa divine Mère! Comme il apportait avec bonheur le petit salaire de son travail! Et quand il avait un peu plus de peine, comme sa peine lui était agréable, parce qu'elle avait pour fin Jésus! Ainsi Jésus-Eucharistie doit-il être la fin de ma vie, la joie de ma vie, la joie et le bonheur de mon travail; et quelle vie plus belle que celle que l'on passe en compagnie de Jésus au Très Saint Sacrement?

 

III. Jésus était l'aliment continuel de la vie d'union et de l'amour de Marie et de Joseph. Ils étaient si heureux de le regarder, de l'entendre, de le voir travailler, obéir, prier: il faisait tout si bien! Mais ils étaient surtout heureux de voir son intérieur, d'étudier ses intentions, de connaître ses sentiments, les motifs de ses vertus. Ils le voyaient sans cesse chercher et choisir de préférence les occasions de pauvreté, d'obéissance, de pénitence; ils contemplaient ses abaissements et ses anéantissements. Ils admiraient sa fidélité à tout renvoyer à la gloire de son Père, à ne vouloir, comme homme, être la fin d'aucune louange, d'aucune gloire, et à tout rapporter à la Divinité. Jésus, Marie et Joseph n'avaient qu'un but dans toute leur vie, ne voulaient qu'une chose: glorifier le Père céleste. Voilà ce que j'ai à faire. Il faut pour cela que j'entre en l'union de Marie et de Joseph, que je partage leur vie, cette vie de famille, cette vie intime dont Dieu seul a le secret. Oh ! que l'âme est heureuse quand elle contemple l'intérieur de la sainte Famille, tout ce qui s'y disait et s'y faisait: l'évangile de famille de Jésus! Les belles soirées de conversations célestes et de prières de Nazareth! Assurément Jésus expliquait à Marie et à Joseph tout ce que les Ecritures disent de lui; il leur révélait le calvaire et toutes les scènes d'humiliations et de douleurs par où il devait passer; il devait leur montrer dans ses mains la place qu'occuperaient les clous, et cela afin de commencer en sa Mère et en son saint gardien les vertus du Calvaire. Il devait leur parler de l'Eglise, des apôtres, des ordres religieux qui se consacreraient à sa gloire et à la leur, de moi, de ma misère, et de l'immense amour qu'il me portait. Nazareth était devenu le ciel de l'amour et le paradis du second Adam et de la nouvelle Eve; le ciel des vertus les plus pures, de l'amour le plus saint. Quel délicieux parfum montait vers le Seigneur de ce parterre délicieux, où fleurissaient le Verbe incarné, Marie, le juste Joseph! Le Père céleste y trouvait ses délices; les anges l'admiraient; pour moi, je veux y prendre l'amour de la vie pieuse, recueillie en Jésus, Marie, Joseph!

 

Le saint Viatique procuré et accompagné par Marie

 

Une pieuse fille, très dévote à Marie, privée des biens de ce monde, riche seulement de sa foi, était sur le point de mourir sans recevoir, à son grand regret, le Corps de son bien-aimé Sauveur. La Mère de bonté vint à son secours, et, apparaissant, environnée d'un nombreux cortège d'anges, au bienheureux Odéric de Port-Mahon. qui traversait seul une forêt: « J'ai, lui dit-elle, prés d'ici une fidèle servante qui se meurt et qui désire ardemment recevoir le saint Viatique. Le prêtre de sa paroisse est absent; je veux que vous le remplaciez. Je vais donc vous conduire moi-même à l'église, et ensuite chez cette malade, car je veux être présente à sa dernière communion ». Le Bienheureux obéit, et prend le Saint Sacrement, qu'il porte dévotement. Marie l'accompagnait, le visage radieux et empreint d'une douce majesté. Qui dira les hommages de respect et d'amour qu'elle rendait à son Fils caché sous les espèces sacramentelles! La malade reçoit le Corps sacré de Jésus en présence de la sainte Vierge: je laisse à penser de quelles consolations elle fut inondée, et si elle ne se trouva pas bien récompensée d'avoir demandé à cette bonne Mère son très cher Jésus, qu'elle ne refuse jamais à ceux qui s'adressent à elle. (Rossignoli).

 

Pratique : Accompagner, en union avec Marie, le Saint Sacrement quand on le porte aux malades.

 

Aspiration : Reine de bonté! nous vous contemplons au côté du Roi des rois. Jésus-Eucharistie!

 

Quatorzième jour

Compassion de la Très Sainte Vierge

 

I. Marie n'avait à expier aucun péché, ni originel ni actuel; elle n'avait pas été, comme Jésus, chargée par Dieu du poids de nos iniquités; comment se fait-il qu'elle ait tant souffert pendant toute sa vie, où la vie de la mort future de son Fils la poursuit sans cesse, et surtout, plus tard, sur le Calvaire? C'est que la souffrance est la loi de l'amour: c'est l'amour de Marie qui a fait son martyre; et parce qu'elle aimait plus qu'aucune créature, elle a subi un martyre incomparable. C'est encore que la souffrance est la glorification actuelle de Jésus-Christ en nous: par la souffrance, nous le continuons, nous achevons son sacrifice. C'est encore, et surtout, parce que toute maternité se doit acheter par la souffrance. En mettant au monde son Fils immaculé, Marie a échappé à cette loi; mais lorsqu'elle devra devenir notre mère, nous enfanter à la grâce, elle en sentira toute la rigueur. Qu'est-ce que Jésus-Christ n'a pas souffert pour nous recréer en lui? Marie, elle aussi, sera au pied de la croix et subira dans son cœur tous les tourments de la passion, afin de devenir notre mère d'adoption. Etudions la participation de Marie à la passion de Jésus; comprenons, si nous le pouvons, la part qu'elle y prit.

 

II. Marie voyait par une lumière surnaturelle Jésus au jardin des Oliviers; elle partageait sa prière, sa tristesse, son agonie: il y avait tant de sympathie de vie et d'amour entre ces deux cœurs! Elle le voit ensuite trahi par Judas, abandonné de tous, renié par saint Pierre, seul devant ses juges, sans un défenseur, souffleté indignement, traité comme un bouffon: pauvre Mère! Que cet abandon absolu doit lui être cruel! Eh quoi! personne, même parmi les amis de Jésus, ne prendra sa défense! Personne n'osera même le reconnaître! Et lorsque saint Jean vient lui raconter les scènes du jugement chez Pilate, l'inique condamnation à mort, mais son cœur dut se fendre de douleur! Elle est venue sur la place du Prétoire: elle entend les coups de la flagellation; elle voit Jésus mis à côté de Barabbas sur l'ambon, et présenté comme l'égal de ce malfaiteur; elle entend l'Ecce Homo, et les cris féroces de cette multitude impie: « Tolle, tolle, crucifige: Qu'il soit crucifié, qu'il soit crucifié... » Et pour le ravir à ses bourreaux, pauvre mère, elle n'a que ses larmes!

 

III. Elle le suit au Calvaire; elle le rencontre sur cette voie douloureuse qu'il inonde de son sang: leurs yeux, leur cœur, leur douleur s'unissent en un même sacrifice, en une même et entière résignation. Voilà Jésus sur le Calvaire. Marie le voit dépouiller inhumainement et cruellement de ses habits: elle le voit étendu sur la croix; elle entend les coups de marteau qui crucifient ses mains et ses pieds. Quel spectacle pour une mère! Elle aussi est crucifiée; les contre-coups font stigmate sur Marie. Elle le voit quand on l'élève de terre: elle le suit des yeux; et à peine la croix est plantée, que cette mère courageuse, bravant tous les obstacles, s'approche jusqu'au pied de la croix de son Jésus. Là elle le contemple, abîmée dans l'océan de sa douleur: elle ressent chacune des souffrances de son Fils: son âme est figée dans les plaies de Jésus; elle est plus forte que la mort, mais plus crucifiée par son union à Jésus que par toutes les morts et tous les martyres. Elle écoute chacune des paroles de son Fils; elle les recueille pour nous les redire. Elle voit son sang couler, sa vie s'épuiser ; elle entend, sans pouvoir le soulager, Jésus demander à boire: quelle douleur pour une mère î Et enfin elle entend Jésus se plaindre d'être abandonné, même par son Père céleste! Son Fils bien-aimé a rendu le dernier soupir. Que fera Marie? Elle agonisera de douleur et d'amour. Elle recevra son corps sacré, elle l'embrassera avec la tendresse d'une Mère, elle l'adorera avec la foi d'une chrétienne; elle l'ensevelira, comme la veuve désolée son fils unique. Et puis elle pleurera; la vie de Marie se passera à rappeler à sa mémoire les douleurs de la passion, afin de renouveler son martyre et la gloire que ses souffrances rendent à Dieu. Elle parcourra encore la voie douloureuse, nous enseignant la première cette dévotion si pieuse, si puissante auprès de Jésus et si utile à l'âme. du Chemin de la croix.

 

Le Calvaire perpétuel

 

Marie pleurait et souffrait au pied de la Croix. Quels sont ses sentiments de douleur quand elle voit sur nos autels son Fils outragé de nouveau et traité encore avec plus de mépris que sur le Calvaire? La Sœur Marie du Crucifix, de Palma en Sicile: entendit, au moment où un prêtre sacrilège allait dire la Messe, une trompette, semblable au tonnerre, qui faisait entendre ces mots: « Ultio, pœna, dolor! Vengeance, châtiment, torture! » Et elle vit des anges, tenant un glaive, prêts à frapper ce malheureux. Lorsqu'il proféra les paroles de la consécration, il lui sembla que Jésus, comme un doux agneau, se laissait déchirer aux dents de ce loup cruel. Mais, quand il en vint à la communion, le ciel s'obscurcit, les anges pleurèrent autour de l'autel; et la très sainte Vierge se tenait auprès de son Fils, pleurant et comme absorbée dans la douleur immense que lui causait la mort de son .Jésus innocent, en même temps que la perte spirituelle de ce fils ingrat qui osait l'immoler avec tant de cruauté. (S.Alphonse de Liguori. Selva.).

 

Pratique : Réparer par tous les moyens possibles, en union avec Marie, les sacrilèges qui se commettent contre l'Eucharistie.

 

Aspiration : Mère d'amour! faites-nous ressentir l'immensité de votre douleur à la vue de votre Jésus outragé dans le Sacrement.

 

Quinzième jour

Marie après la Résurrection

 

I. Comme Marie avait souffert en union avec son Fils mourant sur la croix, ainsi vivait-elle de son bonheur et de sa joie après qu'il fut ressuscité: la vie de Marie se conformait toujours à la vie de Jésus et la reflétait fidèlement. Pour qui fut la première visite de Jésus ressuscité? Assurément pour sa Mère: il était bien juste qu'ayant participé plus que personne aux sacrifices de sa mort, elle eût la première nouvelle, la première grâce, la première joie de la résurrection. Aussi, à peine sorti du tombeau, Notre-Seigneur vint la visiter, glorieux et triomphant. Il l'avait quittée dans les larmes: il revient dans la joie. Quel moment pour Marie que celui où Jésus ressuscité l'embrassa avec tout l'amour et tout le respect qu'elle méritait! Que se passa-t-il dans cette heureuse entrevue? Nous ne le savons pas par l'Ecriture; mais nous pouvons imaginer les choses les plus aimables. Quelle glorieuse réception dans la petite cellule de Marie! La contemplation de l'amour peut seule nous retracer ce qui s'y passa. Jésus se montra sans doute à sa Mère dans toute sa beauté ressuscitée: aucun des apôtres ne le vit aussi beau que Marie: le regard de l'âme est à raison de sa sainteté: et Marie pénétrait sa beauté intérieure, la perfection de son amour, son bonheur; elle dut voir la gloire de sa divinité à cet heureux moment, puisque les théologiens affirment qu'elle était quelquefois élevée à voir Dieu face à face. Notre-Seigneur s'entretint avec elle; il lui montra ses membres percés de clous que Marie avait baisés avec tant de larmes à la descente de croix, et qui maintenant étaient rayonnants: des trous des clous aux mains et aux pieds sortaient des flots de lumière: plus ses membres avaient souffert, plus ils étaient glorifiés; Marie dut les baiser avec des transports d'amour, et elle sentit l'influence des flots de grâce qui s'en échappaient. Marie dut voir à travers la plaie du côté le cœur sacré de Jésus: Notre-Seigneur lui montra son cœur maintenant animé, battant du mouvement de la vie: il en jaillissait des flammes d'amour. Oh! Marie y porta sans doute ses lèvres avec une sainte tendresse; et si saint Jean, pour avoir posé la tête sur ce cœur divin caché dans le corps et sous les vêtements, en retira cependant tant de grâces, que sera-ce de Marie qui l'embrasse, le baise palpitant à nu sous ses lèvres? Et Marie comprit alors encore plus parfaitement combien ces deux choses, la souffrance et la gloire, la mort et la vie ne sont qu'une seule et même chose devant Dieu!

 

II. Mais Notre-Seigneur ne vint pas seul visiter Marie : il était suivi du cortège de tous les saints qui étaient ressuscites avec lui, de tous les patriarches depuis Adam jusqu'à saint Joseph et au bon larron: tous vinrent, à la suite de leur Roi triomphant, saluer leur Reine. Adam et Eve, à qui Dieu avait promis cette fille, cette Mère du Messie Sauveur, durent se prosterner à ses pieds: c'était à elle, après Notre-Seigneur, qu'ils devaient d'avoir reçu leur pardon ; c'était elle qui leur avait donné leur Libérateur. Et à toutes les félicitations des saints de la loi, qui la remerciaient de leur avoir donné un Sauveur, Marie répondait sans doute: « Magnificat: Mon âme glorifie le Seigneur, parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante ». Et saint Joseph, et saint Joachim, et sainte Anne ne vinrent-ils pas faire à cette fille, à cette épouse céleste, leur visite de respect et d'amour? La vue de la sainte Vierge dut combler ces saints de joie: elle était un si pur reflet de la lumière de Jésus! Enfin Notre-Seigneur laissa sa Mère toute consolée, tout embaumée de sa divine présence, pour aller vers Madeleine et ses Apôtres. Sans doute il revint souvent la voir avant son Ascension, et repasser avec elle tous les événements, les joies et les souffrances de sa vie mortelle.

 

III. Mais, du silence des Evangélistes sur cette apparition et sur tout le reste de la vie de Marie, il y a un précieux encouragement à retirer. Marie, après avoir donné Jésus au monde, devait s'éclipser: il fallait qu'elle restât dans l'ombre pour être le modèle des âmes intérieures et la patronne de la vie humble et cachée. La mission de Marie, après la résurrection de son Fils, n'est qu'une mission d'amour et de prière : Notre-Seigneur semble avoir voulu garder pour lui seul le secret de la vie de sa Mère : il l'a voulue tout entière pour lui. Il y a une autre raison: Jésus se cachait au Sacrement, se voilait plus encore que pendant sa vie mortelle: Marie devait imiter cet état, partager cet anéantissement; cette vie cachée est la plus parfaite ; comme Jésus se privait de parole, de mouvement, d'action sensible au Sacrement, Marie ne devait plus parler, plus paraître dans le monde ; parce que Jésus se faisait prisonnier, silencieux, Marie se consacrait à le garder dans le secret d'une vie toute de prière. Sans cet état de Marie, nous ne pourrions pas. nous adorateurs de l'Eucharistie, trouver en Marie notre modèle. Mais Marie, gardienne et servante ignorée du Saint Sacrement, est notre Mère, et sa vie notre grâce. Comme la lumière et la chaleur du soleil vont toujours en augmentant jusqu'à ce qu'il arrive en son plein midi, ainsi Marie devenait chaque jour plus parfaite: ses dernières années furent remplies par un amour d'une largeur, d'une étendue, d'une profondeur si grandes, que nous ne pouvons pas en avoir la plus petite idée. La résurrection de son Fils produisit en Marie ce prodige, qu'elle l'ensevelit, la transforma en la vie ressuscitée de Jésus, vie tout intérieure, invisible, séparée de tout ce qui est créé et unie sans interruption à Dieu. Imitez en cela votre Mère: rappelez-vous que plus la vie est intérieure, plus elle est parfaite; que le feu concentré se conserve, et que le feu découvert s'éteint bientôt. Il y en a peu qui veuillent de cette vie anéantie, parce qu'elle est la dernière immolation de l'amour-propre; mais elle est Je partage des âmes qui, comme Marie, ne veulent plus aimer que Notre-Seigneur, être connues que de Lui.

 

Le paradis pour une Messe en l'honneur de Marie

 

Un fameux voleur n'avait jamais en sa vie fait d'autre bien que de jeûner un samedi et de faire dire en ce même jour une Messe en l'honneur de Marie, afin d'obtenir sa conversion à l'heure de sa mort. Or, voyez jusqu'où s'étend la miséricorde de cette bonne Mère ! Elle apparut à ce misérable et lui dit qu'ayant prié .Jésus pour son salut, elle lui avait obtenu qu'il put prononcer cinq paroles de repentir qui le sauveraient. Peu de temps après, il fut pris par la justice et condamné au gibet. Marie veillait sur lui et se souvenait de la Messe qu'il avait fait dire en son honneur. Aussi, pendant qu'on le conduisait au supplice, elle obtint de Notre Seigneur qu'il lui mît au cœur tant de contrition que, venant à prononcer avec un véritable repentir ces cinq paroles: « Domine, propitius esto mihi peccatori: Seigneur, soyez propice à ce pauvre pécheur », il mérita d'obtenir l'entier pardon de ses crimes et le salut éternel de son âme. (Nicolao Laghi, trat. VI, c. LXXVIII) ;

 

Pratique : Vivre, en union avec Marie, de la vie ressuscitée que mène Jésus au Très Saint Sacrement.

 

Aspiration : Salut, ô Marie! urne d'or très pur, qui contenez la douceur même, Jésus-Hostie, la manne de nos âmes!

 

Seizième jour

Marie notre Mère au Cénacle

 

I. Notre belle part est d'honorer d'un culte tout particulier la vie de Marie au Cénacle, toute dévouée au service et à la gloire de l'adorable Eucharistie; il faut que nous nous inspirions de son esprit et de son amour, pour rendre à notre divin Sauveur, présent parmi nous, un culte d'adoration plus agréable et plus parfait, en union avec celui que lui rendait sa très sainte Mère. Car, pour devenir de bons serviteurs de l'Eucharistie, il faut être des enfants dociles et dévoués de Marie. Ce n'est pas un vain titre que Jésus sur la croix nous a donné sur le cœur de sa Mère; par ce testament d'amour, nous prenons sa place dans le cœur de Marie: cette bonne Mère nous aime désormais comme ses véritables enfants. Inspirez-vous donc de l'esprit de Marie; son esprit est le même que celui de Jésus; elle l'a pris à sa source divine: elle est pleine de sa grâce, afin de vous la communiquer ; elle est la seule vraie et parfaite copie de ses vertus; elle a travaillé pendant trente-trois ans, ayant devant les yeux l'original divin. Elle a tous les secrets de l'amour du Sauveur pour les hommes; elle partage son immense amour pour nous. Oh ! comme Marie nous aime avec tendresse et dévouement! Elle nous aime comme une Mère si bonne et si puissante peut le faire.

 

II. Sa grande mission est de former Jésus en nous; c'est la mission qu'il lui donne au Calvaire. Alors que Marie eut voulu mourir avec Jésus au pied de la Croix; alors que la flamme d'amour de son cœur virginal entourait le corps de son divin Fils, Notre-Seigneur semble lui dire, en lui confiant saint Jean: « Par mon sacrifice, je deviens Sauveur et Père de la grande famille humaine; mais il faut une mère à ces pauvres enfants si jeunes encore; soyez leur Mère, ô femme forte; aimez-les comme vous m'avez aimé, comme je les aime; c'est par amour pour eux que je me suis fait homme, et que mon Père céleste vous a faite ma Mère; c'est pour eux que je donne mon sang et ma vie. Je les aime plus que moi-même, et je transporte sur eux tous les droits que j'ai à votre amour maternel; tout ce que vous ferez pour eux, sera fait pour moi; je vous remets entre les mains le fruit de ma Rédemption, le salut des hommes, le soin de mon Eglise, le service de mon Sacrement d'amour. Formez-moi de vrais adorateurs en esprit et en vérité; qu'ils m'adorent comme vous m'avez adoré; qu'ils me servent comme vous m'avez servi; qu'ils m'aiment comme vous m'avez aimé! » Ce fut là le dernier legs de Jésus, signé de son sang et ratifié par le Cœur de Marie, sa divine Mère. Elle était montée avec Jésus sur le Calvaire, pour y mourir avec lui; elle en redescend avec le disciple son fils d'adoption, avec les saintes femmes ses filles, et vient au Cénacle de l'Eucharistie pour y commencer sa maternité chrétienne au pied du divin Sacrement. Et c'est elle qui formera à Jésus-Eucharistie sa cour d'honneur; c'est elle qui lui formera des serviteurs. Oh! n'en doutez pas, si vous êtes entrés au Cénacle, si vous avez le bonheur de connaître, d'aimer et de servir le Très Saint Sacrement, c'est à Marie que vous le devez; c'est elle qui vous a demandés au Père céleste pour la garde d'amour du Dieu de l'Eucharistie; c'est elle qui vous a conservés purs au milieu du monde; elle qui vous a conduits comme par la main au pied du trône eucharistique. Oh ! remerciez-la bien cette bonne Mère! vous lui devez toutes les grâces de votre vie, et la plus grande de toutes, celle d'aimer et de servir, en lui consacrant votre vie tout entière, le Roi des rois sur son trône d'amour!

 

Elle est ma Mère

 

On sait quel tendre amour Saint Stanislas Kostka avait voué à la très sainte Vierge. Quand on lui demandait la raison de son affection si vive, il répondait, le regard en feu. la voix émue: « Elle est ma Mère! » Or, avant d'entrer dans la Compagnie de Jésus, il tomba gravement malade; et, étant logé chez des hérétiques, il ne pouvait recevoir le Saint Sacrement. C'était à son coeur plein d'amour pour l'Eucharistie un tourment plus cruel que la maladie même qui minait son corps. Il eut recours à sainte Barbe, patronne des agonisants, et sa prière ne tarda pas d'être exaucée. Cette sainte, lui apparaissant environnée d'anges, lui apporta elle-même l'objet de ses désirs, la sainte communion. Mais Marie veillait sur cet enfant privilégié de son cœur: elle voulut lui manifester sous une forme sensible quel était Celui qu'il venait de recevoir sous les voiles du Sacrement. Elle se montra donc à lui tenant son très cher Jésus dans ses bras; puis elle mit ce trésor inestimable sur son lit. On ne peut concevoir l'ardeur, le respect, la tendresse et la consolation que ressentit le saint jeune homme en voyant son lit orné dune fleur si précieuse. Sa maladie commença dès ce moment à baisser; et elle le laissas au bout de peu de temps, parfaitement guéri, ne pouvant résister au contact de l'Auteur dela vie. (Vie des saints, 15 août.)

 

Pratique : Rendre à Notre-Dame du Très Saint Sacrement les respects, les devoirs et l'amour d'un véritable enfant.

 

Aspiration : C'est vous, ô Marie tout aimable! qui nourrissez vos enfants du Pain de l'immortalité.

 

Dix-septième jour

Marie notre Maîtresse au Cénacle

 

I. « Disciple, voici votre Mère ». Quand Marie entendit de la bouche de Jésus cette parole si consolante pour nous, elle eût dû mourir de douleur. Eh quoi! le disciple à la place du Maître, Jean à la place de Jésus, la créature à la place du Fils de Dieu! Mais cette divine Mère accepte par amour cette substitution; elle nous couvre du sang et des mérites de Jésus et nous aime d'un amour sans bornes, au point d'être heureuse de rester vingt-quatre ans encore ici -bas pour nous allaiter de son amour et de ses grâces incomparables, malgré le désir immense qu'elle a d'être unie au plus tôt à son Fils dans la gloire. La mission de Marie sera de faire notre éducation chrétienne. Jésus a acquis tous les trésors de la grâce: Marie n'aura qu'à y puiser, qu'à distribuer le Pain qu'il nous laisse, à faire suivre la loi qu'il nous a dictée. Jésus ne peut demeurer parmi nous dans son état glorieux, nous aurions peur de lui; il reste bien au Sacrement, mais son amour l'y prive de toute action extérieure et l'enchaîne pour le rendre plus aimable, plus accessible à tous. Mais voici notre Mère qui est la sienne aussi; elle a le secret de son cœur et de sa vie: elle va abaisser les vertus de Jésus jusqu'à nous, nous les montrer sous cet aspect aimable et facile à imiter que sait seul présenter une mère: si j'osais dire, elle va materniser Jésus, le rendre aussi doux, aussi facile à aborder et à imiter que l'est une mère à son petit enfant. Oh! que les paroles de Jésus seront belles et touchantes, répétées par la bouche de Marie! Comme ces vertus, si sublimes en elles-mêmes, vont devenir aimables et faciles à imiter, appliquées par Marie! comme Jésus sera beau, aimable, peint par Marie! Que l'éducation sera facile sous une si bonne maîtresse!

 

II. Elle concevra, formera et perfectionnera Jésus en nous. Elle conçoit Jésus en nous, elle nous le donne. Le Père lui a remis son Fils pour nous le transmettre: le monde était indigne de recevoir le Verbe directement de Dieu: Marie a été notre médiatrice en l'Incarnation; elle continue cette fonction: personne ne vient à la connaissance de Jésus-Christ et n'embrasse sa loi sainte, personne n'obtient la foi qui sauve que par les prières de Marie: sa mission, et elle y est fidèle, est de donner Jésus; il faut le recevoir de ses mains, et c'est en vain qu'on le chercherait ailleurs. De plus Jésus ne grandira en nous que par Marie: toutes les grâces de progrès spirituel ne nous viendront que par elle; c'est sous sa direction maternelle à Nazareth qu'il a grandi: il veut que nous suivions la même loi; aussi voyez dans le saint Evangile que toutes ses grâces principales il les fait par Marie, avec elle: il sanctifie par elle saint Jean-Baptiste; il glorifie son Père et se fait notre modèle à Nazareth, sous ses yeux; il affermit, à sa prière, la foi de ses disciples à Cana; enfin sur la croix il la charge solennellement de notre formation. C'est par Marie enfin qu'il se perfectionnera en nous. La perfection de Jésus en nous est l'œuvre propre du Saint-Esprit; mais de même que cet Esprit d'amour voulut faire son chef-d'œuvre, l'humanité sainte de Jésus avec Marie, de même encore, pour établir en nous la parfaite ressemblance du Sauveur, pour nous transformer en d'autres Jésus-Christ, il demande la coopération de Marie. Plus il trouve Marie dans une âme, plus il opère puissamment: demandez à toutes ces saintes âmes en qui règne souverainement l'amour de Jésus, où elles l'ont puis: elles vous répondront que c'est en Marie. N'est-elle pas le secret de l'esprit de Jésus ? Elle en a la plénitude : elle est la parfaite image du Sauveur, comme le Verbe est l'image accomplie du Père. A elle de nous donner l'esprit de famille: pour cela elle prend toutes les qualités de Jésus, toutes ses vertus, et les faisant passer à travers son cœur maternel elle nous les rend plus suaves et plus faciles et nous encourage à les imiter. Par l'amour de Marie nous allons jusqu'à la sainteté de Jésus; en vivant de la sainteté de Marie, nous vivons de la sainteté de Jésus.

 

III. Qu'il serait beau de rechercher comment elle apprivoise l'enfant avec l'idée de Jésus; comment elle rend le jeune homme généreux pour Jésus; comment elle l'a amené, l'a disposé à la première Communion, et le prépare à un choix de vie convenable et saint! Cette éducation du jeune homme par Marie a une influence permanente sur toute la vie; faite par le sentiment si doux, si enchanteur de son amour et de sa piété, elle laisse une impression que le désordre même n'efface pas, une habitude de respect, même d'amour pour elle qui dure jusque dans l'oubli de Dieu. La grande et douce ligure de Marie nous accompagne partout dans la vie. Heureux qui a reçu d'elle cette première éducation; Marie sera pour lui un levier pour sortir du mal; son nom produira toujours dans son cœur une vibration d'amour! C'est Marie encore qui fait l'éducation de la vierge chrétienne; qui dès l'enfance lui inspire sa piété, son amour pour Jésus: elle blesse son cœur d'un noble feu; elle y excite une divine ambition: elle lui montre son lys immaculé, lui en fait une couronne; et la pressant sur son sein, et la baisant d'un chaste et maternel baiser, elle lui dit: « O ma fille, sois un lys, sois l'épouse de mon divin Fils; donne-lui ton cœur et reçois son anneau virginal: regarde ma couronne, hérite de mon amour pour la virginité, et sois doublement ma fille! » Ainsi Marie forme les vierges, les garde et les défend : Adducentur virgines post eam; Marie est leur reine. Voilà l'éducation de Marie: elle rend la piété douce et facile. Ce qu'elle fit aux premiers jours de l'Eglise, elle le continue. Comme nous, les apôtres avaient l'Eucharistie; mais la première éducation ne se fait pas par le père: une éducation qui a manqué des tendresses maternelles s'en ressent toujours. La sainteté formée par Jésus seul est plus austère: celle que forment Jésus et Marie est plus aimable: témoin saint Jean et saint Paul. Que Marie nous mène à Jésus, qu'elle nous le fasse connaître et aimer comme elle le connut et l'aima: en cela est la sainteté et le bonheur!

 

Marie aime Jésus en nous

 

C'est surtout quand nous possédons Notre-Seigneur dans notre cœur que Marie nous entoure de sa plus maternelle tendresse, parce qu'elle voit alors en nous son très cher Fils. Sainte Opportune, abbesse, étant sur le point de mourir, demanda le Corps sacré de Notre-Seigneur: et telle fut sa dévotion à le recevoir, que non seulement Jésus lui témoigna les plus grandes marques d'amour, mais qu'elle vit encore Marie descendre prés de son lit, et la consoler et la soutenir dans ce dernier combat. La bonne abbesse lui recommanda avec instance ses filles et les intérêts de son monastère. Mettant ensuite les bras hors du lit et les étendant vers Marie comme pour l'embrasser, elle remit entre ses mains son âme avec son dernier soupir. (Nicolao Laghi, trat. II, c. XLVII).

 

Pratique : Priez Marie pour que tous les agonisants reçoivent le saint Viatique.

 

Aspiration : Salut, ô Marie! nuée céleste qui répandez l'Eucharistie sur le monde comme une bienfaisante rosée!

 

Dix-huitième jour

La Vierge Marie au Cénacle

 

Suivons notre Mère au Cénacle, écoutons les leçons qu'elle nous donne; elle les reçoit de son divin Fils, avec qui elle converse jour et nuit: elle est l'écho fidèle et aimable de son cœur et de son amour. Aimons tendrement Marie; travaillons sous son regard, prions avec elle; soyons pour elle des enfants tendrement dévoués; par là nous honorerons Jésus, qui nous l'a donnée pour notre Mère, afin qu'elle nous élève en son amour et en sa propre vie. Mettez-vous donc bien sous la direction de Marie; prenez sa pensée, parlez sa parole, imitez son maintien, faites ses actions, dites son amour, partagez ses souffrances: et tout, en elle, vous dira Jésus, le plus grand service de Jésus, la plus grande gloire de Dieu! Honorez en Marie, au pied de l'Eucharistie, tous les mystères de sa vie: tous n'étaient que des stations qui la menaient au Cénacle. Trouvez dans sa vie au Cénacle le modèle et la consolation de votre vie. Il est vrai qu'au Cénacle, cette auguste Reine est à genoux comme adoratrice et servante du Saint Sacrement; mettez-vous à genoux à côté de votre Mère, vous adorerez et vous prierez avec elle, et vous continuerez ainsi sa vie eucharistique sur la terre. Quand vous irez à la sainte communion, vous vous revêtirez des vertus, des mérites de Marie votre mère et vous communierez avec sa foi et avec son cœur. Oh! comme Jésus sera heureux de retrouver en vous l'image, la reproduction de son aimable et si sainte Mère ! Quand vous travaillerez pour le culte eucharistique, vous vous unirez à l'intention et à la joie de Marie travaillant pour Jésus sacramentel, et vous serez heureux! Oh! comme Marie vous aimera si vous servez bien son Jésus! Comme elle vous protégera si vous ne travaillez que pour la gloire de Jésus! Comme elle vous enrichira si vous ne vivez que de l'amour de Jésus ! Vous la rendrez plus Mère encore, puisque vous la mettrez plus parfaitement dans sa grâce et dans sa mission de Mère des adorateurs de Jésus. Mais soyez modestes comme elle; rappelez-vous sa modestie devant l'ange, et méditez avec quelle modestie elle servait son Fils au Sacrement. Soyez purs comme elle; rappelez-vous qu'elle eût refusé même la gloire de la maternité divine pour garder la fleur de sa virginité, Soyez humbles comme elle, toute perdue en son néant, et toute livrée à la grâce de Dieu. Soyez aimables et doux comme elle; Marie était la douce expression du Cœur de Jésus. Soyez dévoués comme elle: Marie aima jusqu'au Calvaire; elle aima jusqu'à la mort, c'est sur le Calvaire qu'elle devint mère d'amour; c'est là que vous deviendrez de vrais adorateurs, dignes du Cénacle, dignes de Marie et de Jésus !

 

L'image et la réalité

 

Il n'est pas douteux que le respect que l'on témoigne aux images de Notre-Seigneur, et le soin que l'on met à les orner, ne soient très agréables à Marie, et cette dévotion a souvent été récompensée par des prodiges. Cependant les figures, parce qu'elles se voient, ne doivent pas nous faire oublier l'adorable réalité, qui ne se montre qu'à la foi d'un cœur aimant. La vénérable servante de Dieu Thérèse Mexia, de l'Ordre de Saint-Dominique, avait une très grande dévotion à une statue de l'Enfant-Jésus porté dans les bras de sa Mère: elle la parait de fleurs, elle la revêtait d'étoffes précieuses et l'entourait de toutes les attentions que lui suggérait son tendre amour. Or voici la merveilleuse leçon que la sainte Vierge lui donna. Un jour que, présentant à l'Enfant-Jésus une robe travaillée avec grand soin, elle lui disait: « Venez, mon bien-aimé, recevez cette robe que vous offre votre indigne servante », l'Enfant quittâtes bras de sa Mère et descendit sur l'autel pour se rendre aux désirs de Thérèse. Celle-ci le revêt de sa belle robe sans s'occuper aucunement de l'autel et du Tabernacle où résidait en personne Notre-Seigneur. Mais une voix se fait entendre qui lui dit: « Thérèse, tu es tout occupée de l'image. D'où vient que tu oublies le réel et le vivant? » La sainte fille comprit la leçon; et, sans cesser de s'occuper de sa chère statue de l'Enfant-Dieu, elle consacra ses soins à orner l'autel et le Tabernacle eucharistique: elle parvint même à recueillir, à force de soins, assez d'or et d'argent pour faire confectionner un des plus riches et des plus beaux tabernacles qui se voient en Espagne.

 

Pratique : Travailler avec zèle à l'ornementation des autels eucharistiques, surtout pour les églises pauvres.

 

Aspiration : Le Seigneur, ô Marie! vous a ornée comme le Tabernacle de son choix, et Jésus-Hostie a fait ses délices de demeurer en vous!

 

Dix-neuvième jour

La vie d'adoration en union avec Marie

 

I. En considérant, attentivement les raisons qui ont amené Notre-Seigneur à nous laisser sa Mère et à se séparer d'elle, il me semble qu'il l'a fait parce qu'il se défiait de notre faiblesse et de notre inconstance. Notre-Seigneur redoutait que les hommes, ne sachant comment le trouver et l'adorer en son Sacrement, ne se rebutassent et ne l'oubliassent: l'enfant, vous le savez, ne cherche pas longtemps; s'il ne trouve aussitôt ce qu'il souhaite, il change de désir et court à autre chose. C'est ce que Notre-Seigneur craignait de nous. Aussi nous laisse-t-il sa Mère, qui aura la mission de nous prendre par la main, pour nous conduire à son Tabernacle. La sainte Vierge devient donc notre mère pour l'Eucharistie; elle est chargée de nous faire trouver notre Pain de vie, de nous le faire apprécier et désirer; elle reçoit mission de nous former à l'adoration. Elle réunit à Jérusalem une pieuse communauté de femmes; elle se tient au milieu d'elles, distribuant à chacune son trésor et sa grâce d'amour. Son action s'étendait aux disciples, aux premiers fidèles; comme une vraie mère elle élevait ses enfants, les formait à la vertu et à leurs devoirs d'état. Ce que Marie fit alors elle le fera encore pour nous; elle nous instruira, nous montrant Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, nous faisant part de sa piété pour lui, de son dévouement à son service; car tout ce qu'a une mère est à ses enfants; c'est pour eux qu'elle amasse. Marie est mère, elle fera donc notre éducation. Quand l'enfant se dérange de son travail, la mère est là pour le rappeler au devoir; s'il est malade, elle le soigne; elle ne quitte pas son enfant; il faut qu'elle remplisse sa mission d'éducatrice. C'est donc Marie qui vous formera; elle vous inspirera sa manière d'adorer; elle fera votre adoration en vous; elle seule peut vous inspirer la vraie, la bonne adoration : il n'y a qu'un cœur de mère qui puisse bien se faire comprendre à son enfant. Il faut que la sainte Vierge vous dise: « Venez adorer avec moi ». Notre-Seigneur a mis Marie sur notre chemin, pour être le trait d'union entre lui et nous. Marie fait la première attraction vers Jésus. L'enfant va d'abord à la mère par instinct; sa mère le conduit ensuite à son père; mais il ne court pas de lui-même vers son père; il suit d'abord sa mère. Notre-Seigneur nous a donc donné Marie pour mère, afin qu'elle soit pour nous un premier centre d'attraction facile; avant de connaître l'Eucharistie nous connaissions déjà le nom de notre Mère, nous l'aimions déjà. Marie nous a attirés à elle; elle nous a formés aux vertus nécessaires à la vie eucharistique; il faut qu'il en soit ainsi; et il est évident pour moi qu'il n'y aura de bonnes vocations au Saint Sacrement, de vraie dévotion à l'Eucharistie que celles qu'aura formées Marie. Non, non, l'enfant ne se forme que dans les bras de sa mère et sur son sein. Il faut que toutes les vocations passent par les mains de Marie pour être agréables au Cœur de Notre-Seigneur.

 

II. Etudiez votre vie passée. N'aviez-vous pas une grande dévotion à la sainte Vierge avant de vous dévouer à l'Eucharistie? Vous soupiriez après sa pureté, son amour; sans connaître la vie eucharistique de Marie, vous disiez : « Oh! si j'avais ses vertus pour servir Jésus! » C'était là une première attraction. Vous faisiez comme le petit enfant; quand il ne peut prendre sa mère par la main, il saisit son tablier, le bas de sa robe; s'il se sépare d'elle un instant, il se croit perdu. Une mère est un centre; elle est toujours un centre; on a besoin de vivre avec elle, de demeurer avec elle. La sainte Vierge n'est pas comme les saints, qui donnent certaines grâces en passant; elle donne toutes les grâces: on a toujours besoin d'elle. C'est la mère encore qui dicte à l'enfant la parole qui plaît au père; elle qui compose le compliment que récitera l'enfant; elle qui prépare le festin selon le goût préféré du père. Voyez-vous où je veux en venir? Je veux vous dire: Adorez Notre-Seigneur en la société de la sainte Vierge. Je ne dis pas: Demeurez en elle: non, Jésus est là devant vous pour que vous vous adressiez directement à lui; mais faites-le avec Marie; vivez avec elle, vivez chez elle: puisque Notre-Seigneur vous l'a donnée comme directrice, n'adorez jamais sans elle. Dites-lui: Bonne Mère, accompagnez-moi; une mère accompagne toujours son enfant; sans vous je ne saurais rien dire. Figurez-vous Marie à genoux au Cénacle; voyez-la adorant son Fils caché dans l'Eucharistie; oh! que ce qu'elle lui disait lui était agréable! Qu'elle savait bien toucher le cœur de son Fils! Mettez-vous donc à genoux à côté de Marie; ne cherchez pas à marcher tout seul; ne marchez pas devant ; mais tenez-vous à côté de Marie, ne faisant avec elle qu'une même adoration, présentant un. même hommage. O Jésus, je ne sais pas adorer, moi; mais je vous offre les paroles, les élans du cœur de votre Mère, qui est la mienne aussi; je ne sais pas adorer; mais je vous répéterai son adoration pour les pécheurs, pour la conversion du monde et tous les besoins de l'Eglise. Et vous réjouirez le cœur de Marie; elle vous montrera à .Jésus, lui disant: « Voyez, ô mon Fils, comme je revis en cette âme; comme je vous adore encore en elle et par elle ». Oh! oui, si quelqu'un doit honorer, aimer et servir Marie, c'est bien celui qui fait profession de vivre pour l'Eucharistie; il a besoin de Marie pour adorer; il faut qu'il ne fasse qu'un avec elle dans son adoration. Ah! laissez la sainte Vierge gouverner votre vie; laissez-la vous mener à Jésus! Elle ne veut qu'une chose, la gloire de son divin Fils et votre bonheur!

 

Marie encourage à communier

 

La sainte Vierge est si désireuse que nous recevions souvent son divin Fils, source de tout bien et de toute grâce, qu'elle voulut elle-même exhorter à communier un bon religieux qu'une crainte exagérée de sa bassesse éloignait du divin banquet. Ce bon Frère se préparait à recevoir le Sacrement de vie, en assistant dévotement à la Messe, lorsqu'il aperçut dans les mains du prêtre, au lieu de l'Hostie, Jésus comme attaché à la croix et répandant par la plaie des pieds une grande abondance de sang. Il en fut si effrayé qu'il n'osa approcher de la sainte Table. La Messe achevée, il demeurait en prière sous le coup de sa frayeur, et l'immaculée Vierge Marie lui apparut et lui demanda pourquoi il n'avait pas reçu le Corps de son très cher Fils. Le bon Frère répondit qu'il s'en était jugé indigne. « Mais quand donc, reprit la Mère de Dieu, seras-tu digne de recevoir un tel Sacrement? Prie mon Fils de te rendre lui-même comme il te veut, et à l'avenir ne t'abstiens plus jamais de communier de ton propre mouvement. » (Nicolao Laghi, trat. III, c. I).

 

Pratique : Se préparer, autant que possible, à la communion par l'assistance à la sainte Messe.

 

Aspiration : Le divin Passereau du Tabernacle a trouvé en vous son nid, ô bienheureuse Vierge! et il y est demeuré avec amour.

 

Vingtième jour

Adoration de foi et de respect de Marie

 

I. Qu'il y aurait de choses à dire sur la vie d'adoration de Marie au Cénacle! Vingt-quatre ans passés dans ce saint lieu où Jésus institua l'Eucharistie, où il avait fixé son premier Tabernacle! Marie était tout occupée à l'adorer, à l'honorer dans sa vie eucharistique; elle passait la plus grande partie des jours et des nuits au pied de ce divin Tabernacle; là était son Jésus, son Fils et son Dieu! Quand elle partait de sa pauvre cellule pour se rendre à l'oratoire du Cénacle, elle commençait déjà son adoration; elle marchait recueillie, les yeux baissés, d'un pas grave et modeste; elle se préparait ainsi à se présenter au Dieu de l'Eucharistie. Arrivée devant le Tabernacle, elle se prosternait avec une grande dévotion et un profond respect, puis composait ses sens dans un simple et pieux recueillement: le corps droit, les mains jointes ou croisées sur la poitrine; ou bien, quand elle était seule, les élevant suppliantes vers le Tabernacle: ses yeux y étaient le plus souvent fixés...

 

II. Marie adorait ensuite avec la foi la plus soumise; elle adorait son Fils caché, voilé sous une forme étrangère; mais son amour passait à travers le nuage et allait jusqu'aux pieds sacrés de Jésus, qu'elle vénérait avec le plus tendre respect: jusqu'à ses mains saintes et vénérables, qui avaient consacré et porté le Pain de vie; elle bénissait la bouche sacrée qui avait prononcé ces paroles adorables: « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang ». Elle adorait ce Cœur tout embrasé d'amour, d'où était sortie la sainte Eucharistie; Marie eût voulu s'abîmer, s'anéantir devant cette divine Majesté anéantie au Sacrement, afin de lui rendre tout l'honneur et tous les hommages qui lui sont dus.

 

III. L'adoration de Marie était profonde, intérieure, intime. C'était le don d'elle-même. Elle s'offrait tout entière au service d'amour du Dieu de l'Eucharistie: car l'amour ne pose ni conditions ni réserves; il ne pense plus à soi, ne vit plus pour soi; il est étranger à lui-même, et ne vit que pour le Dieu qu'il aime. Tout en Marie allait vers le Saint Sacrement comme vers son centre et sa fin. Un courant de grâce et d'amour s'établissait entre le Cœur de Jésus-Hostie et le cœur de Marie adoratrice: c'étaient deux flammes qui se perdaient en une seule: Dieu fut alors parfaitement adoré par sa créature!

 

IV. Qu'à l'exemple de Marie, l'adorateur se mette à genoux avec le respect le plus profond; qu'il se recueille comme Marie, se mette en esprit à côté d'elle pour adorer: qu'il vienne devant Notre-Seigneur avec cette modestie, ce recueillement intérieur et extérieur qui prépare merveilleusement l'âme à l'office angélique de l'adoration. Qu'il adore Jésus sous les voiles eucharistiques qui dérobent à ses yeux son humanité sainte, avec la foi de Marie et de la sainte Eglise, ces deux mères que le Sauveur lui a données dans son amour; qu'il adore son Dieu comme s'il le voyait, l'entendait ; car la foi vive voit, entend, touche avec plus de certitude que les sens eux-mêmes.

 

Belle leçon de respect donnée par Marie

 

Sainte Véronique, religieuse de Sainte-Marthe de Milan, très dévote au Saint Sacrement, fut, le jour de l'Octave de la Fête-Dieu, en 1489, ravie en esprit dans le ciel au moment où l'on faisait la procession dans son couvent. L'ange du Seigneur lui révéla comment, en ce séjour de gloire, on célébrait merveilleusement cette belle fête. Il lui dit, entre autres choses admirables, que ce jour-là tous les Esprits célestes, revêtus d'ornements blancs et rouges d'un éclat incomparable, entouraient le trône de l'Agneau: les uns chantaient dès cantiques ravissants; les autres faisaient monter vers lui la fumée d'un encens exquis dans des encensoirs d'or. Au milieu d'eux se tenait la glorieuse Vierge Marie. Tous les Saints vinrent deux à deux se prosterner trois fois devant le Christ-Jésus et lui rendre leurs hommages. Pendant ce temps, Marie s'était assise à la droite de son Fils, sur un siège que lui présenta saint Jean-Baptiste. Après que Jésus-Christ eut été adoré par tous les Esprits bienheureux, ils se formèrent en couronne autour de son trône; et alors la sainte Vierge vint à son tour devant lui, et, se prosternant par trois fois, elle l'adora profondément. Mais voici la belle leçon de respect qu'elle nous donne: lorsqu'elle se fut relevée pour se retirer, elle le fit sans tourner le dos au très majestueux Sauveur son Fils; nous enseignant par là avec quel respect nous devons agir quand nous sommes en son auguste présence. (Nicolao Laghi, trat. III, c. XXX).

 

Pratique : Nous tenir avec un souverain respect en présence du Saint Sacrement.

 

Aspiration : O Marie! qui avez servi le Dieu de l'Eucharistie, soyez notre divine maîtresse en cet aimable service!