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Mois de Notre Dame du Très Saint Sacrement

Méditations extraites des écrits de Saint Pierre-Julien Eymard

Fondateur de la Congrégation du Très Saint Sacrement

 

Veille du premier jour

Méditation préparatoire

Le Mois de Notre Dame du Très Saint Sacrement

 

Le Mois de Marie est le mois des bénédictions et des grâces : car toutes les grâces nous viennent par Marie, ainsi que l'assure Saint Bernard, et avec lui tous les Saints. C'est une fête de trente jours à la gloire de la Mère de Dieu, qui nous préparera bien au beau mois du Saint Sacrement qui suivra.

 

I. Il ne fait pas que, parce que nous faisons profession spéciale d'honorer l'Eucharistie, nous ayons moins de dévotion envers la Sainte Vierge. Loin de là ! Il commettrait un blasphème, celui qui dirait : « Pour moi le Très Saint Sacrement me suffit, je n'ai pas besoin de Marie ». Mais où trouve-t-on Jésus sur la terre sinon dans les bras de Marie ? N'est-ce pas elle qui nous a donné l'Eucharistie ! C'est son acquiescement à l'Incarnation du Verbe dans son sein, qui a commencé le grand mystère de réparation envers Dieu et d'union avec nous que Jésus accomplit pendant sa vie mortelle et qu'il continue au Sacrement. Sans Marie, nous n'irions point à Jésus. Car elle le possède en son cœur : il y fait ses délices, et ceux qui veulent connaître ses vertus intimes, son amour secret et privilégié, doivent les chercher dans le cœur de Marie : ceux qui aiment cette bonne Mère trouvent Jésus en son cœur si pur. Il ne fait jamais séparer Marie de Jésus : on ne saurait aller à Lui sans passer par Elle. Je dis même que plus nous aimons l'Eucharistie, plus nous devons aimer Marie : on aime tout ce qu'aime un ami ; or, est il une créature plus aimée de Dieu, une mère plus tendrement affectionnée par son fils, que ne le fut Marie par Jésus ? Oh ! Oui, Notre Seigneur serait bien peiné que nous, les serviteurs de son Eucharistie, nous n'honorassions pas beaucoup Marie, parce qu'elle est sa mère ; Notre Seigneur lui doit tous dans l'ordre de son Incarnation, de sa nature humaine ; c'est par la chair qu'elle lui a donnée, qu'il a tant glorifié son Père, qu'il nous a sauvés et qu'il continue de nourrir et de sauver le monde au Saint Sacrement. Notre Seigneur veut qu'on l'honore d'autant plus maintenant, que durant sa vie mortelle il semble avoir plus négligé de le faire. Notre Seigneur sans doute a bien honoré sa mère dans la vie privée ; mais en public, il l'a laissée dans l'ombre ; il avait avant tout à affirmer et a soutenir sa dignité de Fils de Dieu. Mais aujourd'hui Notre Seigneur veut en quelque sorte que nous dédommagions la Très Sainte Vierge de tout ce qu'il n'a pas pu faire extérieurement pour elle : et nous sommes obligés, il y va de notre salut, de l'honorer comme la Mère de Dieu et comme notre propre Mère.

 

II. Mais puisque nous nous sommes voués plus spécialement au service de l'Eucharistie, que nous sommes adorateurs, c'est en cette qualité que nous devons un culte particulier à Marie. Religieux du Très Saint Sacrement, Servantes du Saint Sacrement, agrégés du Saint Sacrement, ; nous sommes par notre état des adorateurs de l'Eucharistie : c'est notre beau titre, béni par (le Bienheureux) Pie IX. Adorateurs, qu'est-ce à dire ? C'est-à-dire que nous sommes attachés à la personne adorable de Notre Seigneur, vivant en l'Eucharistie. Mais si nous sommes au Fils, nous sommes à la Mère,e t nous sommes obligés, pour demeurer dans la grâce de notre vocation, et pour y entrer pleinement, de rendre à la Sainte Vierge un culte tout spécial, comme à Notre Dame du Très Saint Sacrement. Cette dévotion n'est pas répandue et ce culte ne lui est pas encore rendu explicitement dans l'Eglise. C'est que ce culte de Marie suit le culte de Jésus ; il en suit les phases et les développements. Quand on honore Notre Seigneur sur la Croix, on prie Notre Dame des Sept Douleurs ; quand on honore sa vie soumise et retirée à Nazareth, c'est Notre Dame de la Vie Cachée que l'on prend pour modèle ; la Sainte Vierge suit tous les états de son Fils. On ne l'avait encore jamais saluée en ce beau nom de Notre Dame du Très Saint Sacrement. Mais voici que le culte de l'Eucharistie se répand ; jamais il ne fut plus grand, plus universel que de notre temps ; il se répand partout. C'est la grâce qu'apporte au monde l'Immaculée Conception. La dévotion au Saint Sacrement n'est pas nouvelle sans doute ; mais il se fait une manifestation nouvelle de l'Eucharistie : le Dieu caché sort de son tabernacle, on l'expose partout, et la nuit et le jour ; l'Eucharistie va devenir une source de salut pour ce siècle : le culte de l'Eucharistie sera la gloire de ce siècle, il fera sa grandeur. Et bien ! La dévotion à Notre Dame du Très Saint Sacrement grandira avec le culte de l'Eucharistie. Je n'ai trouvé cette dévotion exposée dans aucun livre ; je n'en ai jamais ente,du parler, si ce n'est dans les révélation de la Mère Marie de Jésus (d'Agreda), ou dans quelque chose de la communion de Marie ; et dans les Actes des Apôtres, ou nous voyons Marie au Cénacle.

 

III. Qu'a fait la sainte Vierge au Cénacle? Elle a adoré, elle a été la reine et la mère des adorateurs; elle a été, en un mot, Notre-Dame du Très Saint Sacrement. Votre occupation pendant ce mois sera de l'honorer sous ce beau titre, de méditer ce qu'elle faisait, de rechercher comment Notre-Seigneur recevait ses adorations; vous découvrirez l'union si parfaite de ces deux cœurs, celui de Jésus et celui de Marie, perdus en un seul amour et une seule vie. Il faut que votre piété soulève le voile mystérieux qui cache la vie adoratrice de Marie. On est étonné que les Actes des Apôtres n'en disent rien , et se contentent de laisser Marie au Cénacle. Ah! c'est que toute la vie de Marie au Cénacle ne fut qu'une vie d'amour et d'adoration. Comment redire l'amour et l'adoration? comment exprimer ce règne de Dieu en l'âme et cette vie de l'âme en Dieu: on n'explique pas, la langue n'a pas de termes pour expliquer les délices du ciel: il en est de même de la vie de Marie au Cénacle. Saint Luc nous dit seulement qu'elle vivait et priait au Cénacle. A la prière, à l'amour d'étudier l'intérieur de cette vie. Nous pouvons supposer tout ce qu'il y a de puissance dans l'amour, tout ce qu'il y a de sainteté et de perfection dans les vertus et l'attribuer à Marie; mais parce que Marie a vécu là d'union au Saint Sacrement pendant plus de vingt ans, toutes ses vertus ont pris le caractère eucharistique: elles étaient nourries de la communion, de l'adoration, de l'union constante à Jésus-Eucharistie. Les vertus de Marie ont acquis au Cénacle leur dernière perfection, une perfection presque sans limites et qui n'est dépassée que par la perfection des vertus de Jésus-Christ. Demandez à Notre-Seigneur de vous révéler ce qui se passait au Cénacle entre lui et sa Mère; il vous dira quelques-unes de ces merveilles: pas toutes, vous ne sauriez les porter; mais un peu et cela fera votre bonheur. Oh! je serais bienheureux si je pouvais faire un mois de Marie adoratrice; il faut pour cela méditer, prier beaucoup, il faut comprendre l'action de grâces de l'amour de Marie; je le désire bien; mais il faut pour cela une plus longue préparation (1).

 

IV. Du reste tous les mystères de la vie de Marie revivent au Cénacle. Si vous méditez sur la naissance de son Fils à Bethléem, complétez l'Evangile et voyez la naissance eucharistique de ce même Fils sur l'autel. La fuite en Egypte? Ne voyez-vous pas que Notre-Seigneur est encore au milieu des barbares et des étrangers, dans ces villes et dans ces campagnes où l'on ferme les églises et où personne ne va le voir? Et sa vie cachée de Nazareth ? Ne le voyez-vous pas encore plus caché ici ? Complétez par l'Eucharistie tous les mystères et méditez la part qu'y prend Marie. L'essentiel est de chercher à pratiquer une des vertus de la sainte Vierge; prenez tout de suite parmi les plus basses, les plus petites; vous les connaissez, vous monterez ensuite et peu à peu jusqu'à ses vertus intérieures, jusqu'à son amour. Puis chaque jour offrez un sacrifice: prévoyez ce qui vous coûtera; il y a des sacrifices que l'on sait d'avance; telle personne à voir, telle chose à faire. Offrez ce sacrifice; la sainte Vierge en sera contente; ce sera une fleur de plus à la couronne qu'elle veut offrir en votre nom à son Fils au jour de sa fête, à la belle Fête-Dieu. Si vous ne prévoyez pas de sacrifices particuliers, tenez-vous dans une volonté généreuse d'accepter tous ceux que le bon Dieu vous enverra; soyez attentifs à prendre à la volée cet oiseau du ciel; il y a des messagers de Dieu qui nous apportent une grâce et une couronne d'épines. Il faut leur faire bon accueil. Un sacrifice prévu fait raisonner; le raisonnement en diminue la valeur: les sacrifices qu'on fait tout d'un coup, généreusement, sans regarder, valent mieux; le bon Dieu veut nous surprendre, il nous dit seulement: « Tenez-vous prêts ! » et l'âme fidèle est disposée à tout ce que voudra le bon Dieu. L'amour aime à surprendre. Ne perdez jamais ces sacrifices-là. Il suffit pour cela d'être généreux. Une âme généreuse, ah! que c'est beau! Dieu en est glorifié, et il dit d'elle comme de Job, avec un sentiment de bonheur et d'admiration: « As-tu vu mon serviteur Job? »... L'âme qui aime ne laisse passer aucun de ces sacrifices: elle a, pour ainsi dire, l'œil au vent; elle sent qu'une croix vient et elle se dispose à la bien recevoir. Allons, honorez la sainte Vierge par un sacrifice chaque jour; allez par elle à Notre-Seigneur: abritez-vous derrière elle; mettez-vous sous son manteau; revêtez-vous de ses vertus; ne soyez qu'une ombre de Marie; offrez toutes ses actions, tous ses mérites, toutes ses vertus à Notre-Seigneur: vous n'avez qu'à puiser en Marie et à dire à Jésus: « Je vous offre les richesses que m'a acquises ma bonne Mère ». Et Notre-Seigneur sera très content de vous!

 

Le chapelain de Notre-Dame du Très Saint Sacrement

 

Il nous faut un modèle, un patron, un guide dans notre dévotion à Notre-Dame du Très Saint Sacrement. C'est saint Jean l'Evangéliste que nous choisirons. Jésus lui avait confié sa Mère, et saint Jean célébrait chaque jour la sainte messe en présence de Marie; c'est lui qui, prenant sur l'autel le Pain divin, le déposait sur les lèvres de Marie: « Mère, voici votre fils ! » « Ecce filius tuus! » O Dieu! quelle parole et quel moment! Saint Jean fut témoin des adorations de Marie; il fut le confident de son amour; et s'il a parlé si divinement de l'Eucharistie, s'il a chanté ce beau cantique d'action de grâces que renferme son Evangile, c'est qu'après l'avoir recueilli de la bouche de Jésus, il l'avait entendu redire par Marie. « Le Sauveur donna saint Jean à Marie, dit Monsieur Olier, non seulement pour qu'il lui tînt lieu de fils en sa place, mais encore pour qu'il lui donnât, par les saints mystères qu'il célébrait pour elle, et selon ses intentions, le moyen de satisfaire aux désirs ardents de son cœur pour l'établissement de l'Eglise: comme aussi de se consoler de l'absence de son Fils par le bonheur qu'elle avait de s'en nourrir tous les jours ». (Vie de M. Olier. T. II. part. III, p. 207.) Vous nous apprendrez donc, ô glorieux Chapelain du Cénacle. à connaître les mystères de la vie de Notre Dame du Très Saint Sacrement: vous nous ferez entrer dans ses dispositions toutes les fois que nous recevrons comme elle ou que nous adorerons le Dieu de l'Eucharistie.

 

Pratique : Remplir tous nos devoirs eucharistiques en union avec Notre Dame du Très Saint Sacrement.

 

Aspiration : Salut, ô Marie, vous de qui est né Jésus-Eucharistie.

 

(1) Le Vénérable mit la main à l'œuvre ; nous avons de lui quelques méditations sur la vie adoratrice de Marie; il entre dans l'intérieur de la sainte Vierge; il essaie de montrer les sentiments de son cœur, l'étendue de son amour. On trouvera ces méditations dans ce volume. Pour avoir une méditation pour chaque jour du mois de mai, nous avons réuni les instructions du Vénérable sur la sainte Vierge. Dans toutes, le Vénérable nous montre Marie unie à Jésus-Christ, et recevant de lui ou lui rapportant toutes ses grâces, toutes ses perfections: et parce que l'Eucharistie n'est autre chose que Jésus-Christ lui-même, là encore Marie est Notre-Dame du Très Saint Sacrement.

 

Premier jour

Marie, Mère des adorateurs de l'Eucharistie

 

I. Si notre vie n'était mise sous la protection de Marie, on pourrait douter de notre persévérance et de notre salut. Notre vocation, qui nous lie d'une manière spéciale au service du divin Roi des rois, nous fait un devoir plus pressant de nous adresser à Marie. Dans l'Eucharistie, Jésus est roi, et il veut à son service des serviteurs exercés et qui aient fait leur apprentissage: on apprend à servir avant de se présenter au roi. Eh Bien! Jésus nous a laissé sa divine Mère pour être la mère et le modèle des adorateurs. Il l'a laissée, selon le sentiment le plus commun, vingt-cinq ans sur la terre afin qu'elle nous apprît à l'adorer parfaitement. Quelle belle vie que ces vingt-cinq ans passés en adoration! Quand on examine l'amour de Notre-Seigneur pour sa Mère, on est tout étonné qu'il consente à se séparer d'elle. Est-ce que la sainte Vierge n'était pas assez sainte? Est-ce qu'elle n'avait pas assez souffert, elle qui avait souffert sur le Calvaire plus que toutes les créatures? Oui, sans doute. Mais les intérêts de l'Eucharistie réclamaient la présence de Marie; Jésus ne voulait pas rester seul au Sacrement sans sa Mère; il ne voulait pas que la première heure de l'adoration eucharistique fût confiée à de pauvres adorateurs qui ne sauraient pas l'adorer d'une manière digne de lui. Les apôtres, obligés de voler au salut des âmes, ne pouvaient consacrer assez de temps à l'adoration eucharistique: malgré leur amour qui les eût attachés au pied du Tabernacle, leur mission d'apôtres les appelait ailleurs; pour les chrétiens, semblables à des enfants qui sont encore au berceau, il leur fallait une mère qui fît leur éducation, un modèle qu'ils pussent copier, et c'est sa très sainte Mère que Jésus-Christ leur laisse.

 

II. Toute la vie de Marie, à la bien prendre, se résume en ce mot: adoration : car l'adoration c'est le service parfait de Dieu, et elle embrasse tous les devoirs d'une créature envers son Créateur. C'est Marie qui la première a adoré le Verbe incarné; il était dans son sein et personne ne le savait sur terre. Oh! que Notre-Seigneur dans le sein de Marie fut bien servi! Jamais il n'a trouvé un ciboire, un vase d'or plus précieux et plus pur que le sein de Marie! Cette adoration de Marie le réjouissait plus que celle de tous les anges. « Le Seigneur a placé son tabernacle dans le soleil », dit le Psalmiste; ce soleil c'est le cœur de Marie. A Bethléem, Marie adore la première son divin Fils couché dans la crèche. Elle l'adore avec un amour parlait de Vierge Mère, un amour de dilection, selon le mot de l'Esprit-Saint; après elle, viennent adorer saint Joseph, les bergers, les Mages: c'est Marie qui a ouvert ce sillon de feu qui couvrira le monde. Comme Marie devait dire de belles choses, des choses divines, puisqu'elle était dans un état d'amour que nous ne pouvons mesurer ni sonder! Elle continue d'adorer Notre-Seigneur dans sa vie cachée à Nazareth, puis dans sa vie apostolique et sur le Calvaire, où son adoration fut la souffrance. Remarquez la nature de l'adoration de Marie. Elle adore Notre-Seigneur selon ses divers états: elle adapte son adoration à l'état de Jésus; l'état de Jésus fait le caractère de son adoration: elle n'est pas restée dans une adoration immobile; elle a eu l'adoration du Dieu anéanti dans son sein, puis pauvre à Bethléem, travaillant à Nazareth, et plus tard évangélisant et convertissant les pécheurs; elle l'a adoré dans ses souffrances sur le Calvaire en souffrant avec lui; son adoration suit tous les sentiments de son divin Fils, qui lui étaient connus et dévoilés; son amour la faisait entrer en une parfaite conformité de pensées et de vie avec lui.

 

III. A vous adorateurs, on vous dit aussi: Adorez toujours Jésus-Eucharistie, mais variez vos adorations comme la sainte Vierge variait les siennes. Faites venir et revivre tous les mystères dans l'Eucharistie. Sans cela vous tomberez dans la routine; si l'esprit de votre amour n'était pas alimenté par une forme, une pensée nouvelle, vous deviendriez imbéciles dans la prière. Il faut donc célébrer tous les mystères dans l'Eucharistie. C'est ainsi que faisait Marie au Cénacle. Quand revenaient les anniversaires des grands mystères accomplis sous ses yeux, croyez-vous qu'elle n'en renouvelait pas en elle les circonstances, les paroles et les grâces? Quand la Noël revenait, par exemple, croyez-vous que Marie ne redisait pas à son Fils, alors caché sous les voiles eucharistiques, et l'amour de sa naissance, et son sourire et ses adorations ainsi que celles de saint Joseph, des bergers et des Mages? Elle voulait par là réjouir le cœur de Jésus en lui rappelant son amour. Il en était de même pour tous les mystères. Eh! que fait-on avec un ami? Lui parle-t-on toujours du présent? Non, certes: on rappelle tous les souvenirs du passé, on les ravive. Quand on veut faire un compliment à un père et à une mère, on rappelle l'amour si grand, le dévouement si constant, si généreux qu'ils nous ont témoigné dans notre enfance. Eh bien ! Marie redisait à Jésus, dans ses adorations du Cénacle, tout ce qu'il avait fait pour la gloire de son Père ; elle lui rappelait ses grands sacrifices, et par là elle se mettait dans la grâce de l'Eucharistie. L'Eucharistie est le mémorial de tous les mystères, elle en renouvelle l'amour et la grâce. Il vous faut, comme Marie, correspondre à cette grâce en ravivant toutes les actions de Notre-Seigneur, en adorant tous ses états, et en vous y unissant. La sainte Vierge avait un attrait si puissant à l'Eucharistie, qu'elle ne pouvait s'en séparer; elle vivait dans le Saint Sacrement, elle vivait de lui. Elle passait les jours et les nuits aux pieds de son divin Fils; sans doute elle se prêtait à la piété des apôtres et des fidèles qui voulaient la voir et l'entretenir; mais son amour pour son Dieu caché transpirait sur son visage et communiquait ses ardeurs à tous ceux qui l'entouraient. O Marie, enseignez-nous la vie d'adoration! Apprenez-nous à trouver comme vous tous les mystères et toutes les grâces en l'Eucharistie; à faire revivre l'Evangile, à le lire dans la vie eucharistique de Jésus. Rappelez-vous, ô Notre-Dame du Très Saint Sacrement, que vous êtes la mère des adorateurs de l'Eucharistie!

 

Nos modèles

 

Parmi les saints personnages qui illustrèrent le XVIIe siècle, plusieurs nous montrent comment nous pouvons allier le culte de l'Eucharistie à la dévotion envers Marie et soutenir l'un par l'autre. Le vénérable cardinal de Bérulle, qui mérita du Pape Urbain VIII le titre d'apôtre du Verbe incamé, et dont les vues sur la très sainte Vierge passent pour être plutôt angéliques qu'humaines, et le P. de Gondren, qui reçut, au témoignage des plus habiles docteurs de son temps, des lumières sublimes sur les mystères, avaient la coutume d'offrir chaque samedi la sainte Messe à l'intention de la très sainte Vierge. Monsieur Olier, le saint fondateur de Saint-Sulpice et le réformateur du clergé à la même époque, reçut d'eux cette pieuse pratique; chaque jour il faisait célébrer trois messes, dont le fruit était remis entre les mains de la sainte Vierge, afin qu'elle obtînt, en l'offrant à son Fils pour l'Eglise, des trésors infinis de grâces. Il y eut même un pieux missionnaire jésuite, à Québec, qui proposa à Saint Jean Eudes, fondateur de la congrégation qui porte son nom, un projet d'association de prêtres, qu'il appelait les chapelains de Notre-Dame, et qui devaient s'unir entre eux pour offrir le saint sacrifice dans les intentions de cette auguste Reine du Ciel. Afin, disait-il, que le Fils de Dieu montât vers son Père en qualité d'hostie par les mains très pures de Celle dont il s'était servi pour descendre vers nous en se faisant homme. (Vie de M. Olier, T. II. passim.)

 

Pratique : Offrir nos adorations à Jésus-Eucharistie par les mains de Marie.

 

Aspiration : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, ô Marie, et Jésus-Eucharistie, le fruit de vos entrailles, est béni!

 

Deuxième jour

L'Immaculée Conception et la Communion

 

I. L'Immaculée Conception de Marie a été prédite dés le paradis terrestre. La sainte Vierge est cette femme bénie qui écrasa de son talon la tête du serpent infernal. Dieu, en créant Marie immaculée, remporte la plus grande victoire sur le démon: il rétablit son empire sur la terre; il rentre en maître dans sa création, et c'est pour sa gloire d'abord qu'il préserve Marie de la tache originelle: car Dieu regarde d'abord en toutes ses œuvres les intérêts de sa gloire. Toute créature naissant coupable et souillée, Dieu n'en était pas pleinement maître; il ne pouvait l'occuper tout entière; Satan s'emparait de l'âme dès sa création. Dieu créait et Satan s'emparait de son œuvre. La gloire de Dieu était humiliée dans ses créatures, et quand le Seigneur avait chassé Adam et Eve du paradis terrestre, Satan avait triomphé de Dieu: c'était là sa victoire. Mais voici Marie, Dieu la garde; il la préserve par un privilège tout spécial; elle passe par la conception naturelle, comme tous les hommes depuis Adam. Mais Dieu se doit à lui-même de la garder pure. Eve, la première mère, est souillée; Marie, la vraie mère des vivants, sera immaculée. Dieu l'entoure de son ombre; elle est son jardin fermé, sa fontaine scellée; le Roi seul boira de ses eaux. Satan n'osera approcher de Marie: elle naît des bras de l'amour de Dieu: Dominus possedit me in initio viarum suarum; vraie fille de Dieu. Primogenita ante omnem creaturam. Il fallait que le Verbe n'eût pas à rougir de sa Mère. Aussi lui a-t-il tout donné: en voyant Marie, Dieu voyait son honneur et sa gloire. La sainte Trinité tout entière concourt à l'Immaculée Conception de Marie: elle le doit à sa gloire; si Satan précède Dieu, Satan est vainqueur: quelles que soient les réhabilitations, celui qui naît esclave en garde toujours quelque chose. Ainsi la gloire de Dieu est rétablie dans l'humanité: l'image de Dieu est refaite et restaurée; Dieu pourra descendre et mettre le pied en Marie sans crainte: elle est un tabernacle plus pur que le soleil. Marie est par sa pureté le ciel de Dieu; avec elle il renouvellera le monde. Voyez ce que l'Immaculée Conception nous a donné: Jésus-Christ d'abord: elle est l'aurore de ce beau soleil de justice; puis tous les saints, brillantes étoiles du firmament de l'Eglise; tous ont été formés par Marie: tout nous vient de ce paradis du Seigneur. L'Immaculée Conception est le germe de toutes les grâces que nous avons reçues depuis; semblable à ce petit nuage qu'aperçut Elle, elle n'est par elle-même qu'un point; mais elle s'étend, elle se dilate, et ses divines influences couvrent la terre entière.

 

II. Mais, pour nous, adorateurs, il y a encore autre chose dans le mystère de l'Immaculée Conception. Si Dieu préserve ainsi Marie, c'est qu'il veut habiter en elle; il veut descendre dans une demeure sainte, pure et parfaite; le Père céleste, le Saint-Esprit, ne purifient Marie que pour en faire le digne tabernacle du Verbe-Dieu: il fallait créer de nouveaux cieux, tout purs ; pour recevoir le Verbe en elle, Marie devait être immaculée; l'Immaculée Conception est la préparation à la Communion. Oh! avec quel bonheur le Verbe contemplait cette demeure qu'il se préparait! Aussi il s'y précipite à pas de géant: Exultavit ut gigas. Il faudrait que Jésus fît à notre égard la même chose pour la sainte Communion; qu'il soupirât après le moment où nous le ferions sortir de son tabernacle, qu'il vînt avec plaisir en nous, comme s'il venait encore en Marie. Il en sera ainsi si nous sommes purs. Il attend de nous cette préparation de pureté; il ne nous demande même que cela. Une grande pureté pour la Communion, tel doit être pour nous le fruit de l'Immaculée Conception: sans la pureté toutes nos vertus ne seraient rien; Notre-Seigneur viendrait en nous avec répugnance; notre cœur serait pour lui une prison: « Ah ! devrait-il dire à son prêtre, où me portez-vous ? Dans un cœur qui n'est pas à moi, que mon ennemi occupe? Laissez-moi, laissez-moi dans mon tabernacle! » O Marie, vous nous prêterez votre manteau de pureté, vous nous revêtirez de la blancheur, de l'éclat de votre Conception Immaculée; c'est à la mère de revêtir son enfant pour les grands jours; revêtu de vous, ô Marie, Jésus me recevra bien; il viendra en moi avec plaisir; il vous verra en moi, et il fera ses délices d'habiter en mon cœur!

 

Sentiments de la sainte Vierge au sujet de la Communion

 

Parmi les belles instructions que dicta la sainte Vierge à sa servante Marie d'Agreda, il en est une bien touchante sur la Communion. La sainte Vierge s'exprime ainsi: « O ma fille, si ceux qui professent la sainte foi catholique ouvraient leurs cœurs endurcis et pesants pour recevoir la véritable intelligence du sacré mystère et du bienfait inestimable de l'Eucharistie; ou si, affranchis des affections terrestres et de la tyrannie de leurs passions, ils s'appliquaient à découvrir à la divine lumière leur félicité, et à considérer qu'ils possèdent au milieu d'eux, dans le Très Saint Sacrement, le Dieu éternel; qu'ils peuvent le recevoir, le fréquenter, et participer aux effets de cette manne céleste! s'ils appréciaient le prix et la grandeur de ce don! s'ils estimaient ce trésor ! s'ils goûtaient sa douceur! s'ils savaient y trouver la vertu cachée de leur Dieu tout-puissant, ah ! ils n'auraient rien à désirer ni à craindre dans leur exil !... » Et plus loin elle ajoute: « Voulez-vous apprendre ce que je pensais de moi lorsque, étant voyageuse sur la terre, je devais recevoir mon Fils et mon Seigneur dans le Sacrement? Repassez dans votre mémoire ce que vous savez de mes dons, de ma grâce, de mes œuvres et des mérites de ma vie. Eh bien, je crus avoir obtenu une magnifique récompense de tous ces mérites en recevant une seule fois le sacré Corps de mon Fils dans l'Eucharistie; encore ne me jugeais-je pas digne d'une si grande faveur! Considérez maintenant, ma fille, ce que vous et les autres enfants d'Adam devez penser en recevant cet admirable Sacrement! » (Cité mystique, part. II, I. VI. c. XI)

 

Pratique : Se préparer avec grand soin et en union avec Marie à la sainte Communion.

 

Aspiration : Jésus-Hostie chérit la demeure sacrée du sein de Marie plus que tous les tabernacles de Jacob.

 

Troisième jour

La dot de Marie Immaculée

 

I. Marie a reçu au jour de sa Conception Immaculée une dotation magnifique, en proportion avec ses devoirs sublimes et sa dignité incomparable de Mère de Dieu; elle a reçu là ce trésor de grâces qui devait faire d'elle la corédemptrice du genre humain, l'associer à l'oeuvre de notre salut. Je ne doute pas que la grâce de l'Immaculée Conception ne l'emporte sur toutes les grâces conférées à Marie, même sur celle de sa maternité divine. Elle est d'une moindre dignité, mais elle est plus importante devant Dieu et pour Marie; bien plus, elle est le fondement et la source de toutes les dignités, de tous les privilèges qui lui furent accordés dans la suite. C'eût été peu de chose d'être Mère de Dieu et pécheresse en même temps: ce qui fait la grandeur devant Dieu, ce n'est pas la dignité qu'il confère, mais la sainteté et la pureté avec laquelle on la porte. Jetez sur un mendiant un manteau royal, il reste toujours un mendiant. L'Immaculée Conception ayant fait la pureté et la sainteté de Marie, voilà donc la plus grande de ses grâces. Aussi, dès l'instant de sa création, Marie plaît davantage à Dieu que toutes les créatures ensemble; un acte d'amour de cette frêle créature encore cachée dans le sein maternel, est plus méritoire et plus glorieux à Dieu que tout l'amour des saints et des anges ensemble. Les intérêts sont en raison du capital; Marie possède un fonds de grâces incommensurable qui produit le centuple.

 

II. L'Immaculée Conception est le point de départ de toutes les vertus de Marie; elle est sa vertu souveraine, dans ce sens qu'elle a toujours travaillé et fait fructifier le fonds de grâces qu'elle reçut alors. On pose en principe qu'elle n'a jamais été infidèle à la plus petite inspiration du Saint-Esprit, et qu'elle a fait fructifier toutes les grâces qui lui ont été accordées, selon toute leur puissance. Aucun saint n'est arrivé là; on reste toujours au-dessous de ses grâces. Aussi l'Ange la salue pleine de grâces. « Le Seigneur est avec vous », lui dit-il. Avec vous toujours, en tout; il n'y a en vous nul vide que la grâce ne remplisse. Ah! Marie fut fidèle à tous ses devoirs, fidèle à tous les désirs du Seigneur! Jamais elle n'a laissé de côté une parcelle du bien à faire; elle reçoit tous les rayons de la sainteté de Dieu; elle les absorbe en elle sans les laisser se perdre autour d'elle. Et cette fidélité à toutes les grâces l'a fait progresser sans cesse en toutes les vertus. Marie veillait sur son fonds de grâces comme si elle avait pu le perdre. Grande leçon pour nous! Quelles que soient nos grâces, gardons-nous bien! Marie, qui était impeccable, non par nature, mais par suite de son union avec Dieu; elle dont la tentation n'approcha jamais, Marie veille sur elle-même, travaille sans cesse à l'oeuvre de sa sainteté; elle marche et avance toujours: elle se retire au temple dès l'âge de trois ans pour fuir les scandales du monde: elle tremble devant un ange, un pur esprit, qui ne lui parle que de Dieu! Marie ne croit jamais faire assez. Plus tard elle souffrira un véritable martyre et sans consolation; elle brode la robe de son Immaculée Conception: elle l'enrichit, l'orne des plus belles fleurs des vertus; c'est toujours cette grâce première quelle développe et qu'elle embellit de ses vertus et de ses sacrifices.

 

III. L'Immaculée Conception est encore la mesure de sa puissance et de sa gloire. On n'est puissant auprès de Dieu que par la pureté, que par la sainteté; Dieu ne fait de grandes choses que par les âmes pures; il n'exauce que les voix innocentes ou purifiées. Et la pureté de Marie n'a jamais été ternie de la moindre tache. Quelle sera donc sa puissance? On dit qu'une mère est toute-puissante sur le cœur d'un fils. Oh! si elle s'est déshonorée, elle n'a guère de puissance. Mais à une mère pure, que peut-on refuser? Salomon disait à sa mère après qu'elle eut fait pénitence: « Je ne puis rien vous refuser ». Que sera-ce de Marie? Aussi toutes les grâces passent par ses mains; elle en est le réservoir; Jésus lui a remis sa toute-puissance dans l'ordre du salut! Et la gloire de Marie? Sa pureté lui a valu d'être la Mère du Roi, et aujourd'hui elle est assise sur un trône à la droite de son Fils: moins l'adoration, Marie reçoit tous les honneurs et tous les hommages: elle est si belle, si glorieuse, qu'à elle seule elle ferait le bonheur du paradis!

 

IV. Ainsi toutes les grâces de Marie, toutes ses vertus, sa puissance et sa gloire lui viennent de son Immaculée Conception, en sont comme la magnifique dotation. Le baptême nous purifie, nous rend immaculés, sans tache; aussitôt que l'enfant l'a reçu, il devient le temple de Dieu, un paradis; avec quelle vigilance devons-nous garder cette pureté baptismale! Et si nous l'avons perdue nous pouvons nous purifier par la pénitence; il faut être pur. Je ne parle pas seulement de la pureté des sens; mais il faut avoir une grande pureté dans toutes nos actions, une grande pureté dans notre volonté, dans toutes nos intentions: posséder la pureté de vie; tout est là. Sans la pureté nous ne pouvons plaire au Dieu de l'Eucharistie; il est tout pureté: les cœurs purs seuls le voient, percent les voiles qui le cachent; il ne se manifeste qu'au cœur pur; car la pureté, c'est l'amour, la délicatesse de l'amitié qui ne veut pas déplaire. Aussi la tâche de Notre-Seigneur en venant en notre âme est de nous purifier toujours davantage; en nous purifiant, il nous sanctifie; en nous sanctifiant, il nous unit plus intimement à lui, et quand nous sommes assez purs, il nous attire à lui au Ciel et nous couronne.

 

La Communion de Marie le jour de l'institution de l'Eucharistie

 

Le Père Bernardin de Paris, auteur, au XVIIe siècle, d'un traité fort savant et fort pieux sur la Communion de Marie, tient que la sainte Vierge communia le jour de la Cène; c'est aussi le sentiment de l'auteur de Marie réparatrice et l'Eucharistie. On comprend bien, en effet, l'impatience des désirs de Marie et de Jésus de se voir unis encore en un même corps et en une même âme. Marie d'Agreda et Catherine Emmerich affirment le même fait dans leurs révélations, bien qu'elles diffèrent sur les circonstances de l'événement. Nous suivrons le récit de la religieuse espagnole: « Notre auguste Reine, plongée dans une divine contemplation, regardait, de la chambre où elle s'était retirée, tout ce que Jésus-Christ faisait dans le Cénacle. Lorsqu'il prononça les paroles de la Consécration, Marie se prosterna, et adora son Fils dans l'Eucharistie avec un respect infini. Elle vit Jésus diviser une partie du pain consacré et le remettre à l'Archange Gabriel afin qu'il vint la communier. Marie attendait, les yeux baignés de larmes, la sainte Communion; l'Archange entra, accompagné d'une légion innombrable d'autres Anges, et elle la reçut des mains de ce prince céleste la première après son adorable Fils, quelle imita dans son humilité et sa sainte crainte. C'est ainsi que le Très Saint Sacrement fut mis en dépôt dans le sein de la très pure Marie, comme dans le véritable sanctuaire et le plus décent tabernacle du Très-Haut ». (Cité mystique, part. II, I. VI, c. XI)

 

Pratique : Demander par Marie dans toutes nos Communions la pureté d'une vie parfaite.

 

Aspiration : Nous chanterons vos gloires, ô Marie, glorieuse cité du Dieu-Eucharistie!

 

Quatrième jour

La Nativité de la sainte Vierge

 

Réjouissons-nous et saluons avec bonheur le berceau de Marie: cette naissance de notre Mère et de notre Reine fait la joie du Ciel, la consolation de la terre et la terreur de l'enfer. Voici enfin la femme forte, la Mère prédestinée du Messie. On ne parle ni du lieu ni des circonstances de sa naissance; mais il est à supposer qu'elle naquit dans la pauvreté comme son divin Fils, et à Jérusalem. Sainte Anne et saint Joachim étaient pauvres, et vivaient de la dîme du temple, comme appartenant à la famille lévitique. Mais Marie naît avec des grandeurs qui surpassent toutes les richesses des filles de ce monde.

 

I. Marie a toutes les grandeurs humaines. Elle naît fille, sœur et héritière des rois de Juda. Le Verbe veut naître d'une mère royale; il veut être, selon la chair, le frère des rois, afin d'attester sensiblement que c'est de lui que découle toute royauté; aussi les rois viendront l'adorer comme leur maître et le souverain dominateur. Sa Mère est donc reine. Il est vrai que comme son Fils sera roi sans royaume terrestre, sans richesses, sans armées, elle est pauvre et inconnue : tout cela ne fait pas la royauté, mais seulement l'éclat de la royauté; le droit demeure alors même qu'il est méconnu. Du reste, un jour viendra où la royauté de Marie, comme celle de son Fils, sera proclamée et honorée: l'Eglise la saluera comme sa Reine, la Reine du Ciel et de la terre: « Salve, Regina »; l'Ange l'avait annoncé: « Dabit illi sedem, David patris ejus: Le Seigneur, ô Marie, rendra à votre Fils le trône de David son père ». Mais auparavant il faut le reconquérir par le combat de l'humilité, de la pauvreté et de la souffrance.

 

II. Marie a toutes les grandeurs surnaturelles. La grandeur surnaturelle n'est autre chose que le reflet de Dieu sur une créature qu'il associe à sa puissance et à sa gloire. Or, qu'est-ce que Dieu fait pour Marie? Il l'associe à son grand mystère; le Père l'appelle sa fille; le Fils l'aime comme sa mère; le Saint-Esprit la garde comme son épouse: elle est appelée à participer aux grandes œuvres de la puissance divine; elle est associée à l'empire de Dieu lui-même. Aussi contemplez-la en ce beau jour de sa naissance; voyez-la avec saint Jean, revêtue du soleil, « amicta sole: venant de Dieu » et resplendissante de sa clarté divine; Marie est comme pénétrée des rayons de la Divinité; semblable à un cristal très pur que le soleil envahit de toutes parts. Et la lune est sous ses pieds, c'est-à-dire que sa puissance est inébranlable, qu'elle défie l'inconstance; elle a vaincu et pour toujours le dragon infernal. Sa tête est ceinte d'un diadème de douze étoiles; ces étoiles sont les grâces et les vertus de tous les élus; Marie est comme le centre de la création: Jésus lui a remis entre les mains tous les moyens de la Rédemption; elle est couronnée de les saints, qui sont l'ouvrage de son amour et de sa protection.

 

III. Marie naît avec toutes les grandeurs personnelles. Elle est enrichie des dons de Dieu; mais c'est peu; au jour de sa naissance, elle est déjà riche de ses propres mérites; elle a acquis déjà des trésors de mérites pendant les neuf mois d'adoration silencieuse et ininterrompue qu'elle a passés dans le sein de sa mère; elle a été, avant même de naître, pénétrée de la lumière divine; elle s'est donnée à Dieu pleinement; elle l'a aimé d'un amour dont nous ne saurions nous faire une juste idée, et elle naît avec les trésors qu'elle a conquis, avec les richesses qu'elle a négociées. Oh! si nous avions pu voir spirituellement naître Marie, contempler ce soleil sortant de l'océan de l'amour de Dieu! En son esprit la lumière la plus pure; en son cœur l'amour le plus ardent; en sa volonté le dévouement le plus absolu: jamais créature n'a eu pareille naissance. Aussi dans son berceau fait-elle les complaisances de la sainte Trinité, l'admiration des Anges. « Quelle est cette créature privilégiée, disent-ils entre eux, qui, au premier jour de sa vie, est riche de tant de vertus, ornée de tant de gloire? Quae est ista?... » Et les démons tremblent; ils la voient s'avancer contre eux forte comme une armée rangée en bataille; ils sentent l'humiliation de la défaite de leur chef, et ils prévoient déjà la terrible guerre que leur fera cette enfant d'un jour: « Sicut acies ordinata... » Mais le monde est dans la joie: nous voyons venir notre libératrice: sa naissance nous annonce la naissance de notre Sauveur; oh! oui, réjouissons-nous: « Nativitas tua gaudium annuntiavit luiiverso mundo ». Pour nous, nous devons nous réjouir de ce que Marie nous apporte notre Pain de vie, et dès ce jour nous la saluons comme l'aurore de l'Eucharistie: car nous savons que le Seigneur prendra en elle la substance du corps et du sang qu'il doit nous donner dans le Sacrement de son amour.

 

La première Messe de Saint Pierre

 

« Aussitôt après la Pentecôte, dit le savant cardinal Bona dans son incomparable Traité de la Liturgie, saint Pierre, comme chef de l'Eglise, célébra les saints Mystères à Jérusalem, dans le Cénacle, en présence des Apôtres et des fidèles que sa prédication avait convertis. L'auguste Mère de Dieu y assistait sans aucun doute, et la Cité Mystique nous dit d'admirables choses sur cette première Messe des Apôtres. Dès la veille, la très auguste Vierge, accompagnée d'anges et de saintes femmes, alla disposer et orner la salle où son très saint Fils avait célébré la Cène; elle-même la balaya et l'arrangea, afin qu'on y put consacrer le jour suivant le Corps et le Sang de notre adorable Sauveur. Elle prépara aussi le pain azyme et le vin qu'il fallait pour la Consécration, ainsi que le plat et le calice dans lesquels le Sauveur avait lui-même consacré. Après ces mesures, elle passa toute la nuit en prière et dans les actes les plus fervents d'amour, d'humilité et de reconnaissance. Saint Pierre célébra le saint Sacrifice; Marie y assistait, retirée dans un coin du Cénacle, et toute perdue en Dieu. Après que Pierre eut communié, ainsi que les Apôtres qui l'entouraient, il porta la Communion à la sainte Vierge, qui la reçut entourée d'esprits bienheureux plongés dans l'admiration et le respect. Il est impossible d'exprimer les effets que produisit en cette incomparable créature la Communion de la très sainte Eucharistie; car elle fut tout absorbée et toute transformée en ce divin embrasement de l'amour de son adorable Fils ». (Cité Mystique, part. III, 1. VII, c. VII)

 

Pratique : Offrir à Dieu les fruits du Sacrifice de la Messe par les mains de Marie.

 

Aspiration : Nous vous saluons, ô Marie, qui nous apportez de si loin notre pain de vie, la divine Hostie!

 

Cinquième jour

La Présentation de Marie au Temple

 

I. Marie n'a pas eu d'enfance, selon le sens ordinaire de ce mot: elle n'a pas eu les jeux, les goûts légers, l'inconstance et l'ignorance de l'enfance. Dès sa conception elle eut l'intelligence de Dieu et elle méritait: toutes ses facultés étaient élevées vers Dieu et fixées en lui: il était sa vie. Son corps seul a eu la faiblesse et la petitesse de l'enfance. Dès que Marie put marcher seule, elle demanda à ses parents à se retirer au Temple; elle avait trois ans. Elle fut reçue au milieu des jeunes filles consacrées au Seigneur; elle y resta douze ans. On ne sait rien de sa vie en ce lieu, sinon qu'elle y menait une vie cachée aux hommes et qu'elle y pratiquait toutes les vertus. De pieux écrivains, de saints docteurs, tels que Cédrène, saint Jean Damascène, disent qu'elle fréquentait de préférence les enfants qui souffraient, les soignant dans leurs maladies, les consolant dans leurs petits chagrins: quand il s'élevait quelque dispute, la petite Marie était toujours appelée pour concilier les parties et pour leur rendre la paix qu'elle portait avec elle partout où elle se trouvait. Elle vivait avec simplicité, ne se faisant remarquer en rien: elle se faisait la servante et la plus petite de toutes, ne se rebutant de rien et allant au-devant des désirs de ses petites compagnes. Elle était gardée par les anges et environnée d'esprits célestes: le démon ne pouvait approcher d'elle, défendue qu'elle était par ces gardiens fidèles; elle était ce jardin fermé que personne ne peut ouvrir que l'Epoux bien-aimé.

 

II. C'est dans cette vie cachée au Temple que Marie doit être notre modèle. Dieu prépare Marie dans le secret, dans le silence, et sans qu'elle s'en doute, à la grande mission qu'elle doit accomplir. Plus tard, Notre-Seigneur se disposera aussi à sa mission évangélique par trente ans de silence à Nazareth; il préparera pendant trois ans ses disciples au mystère de l'Eucharistie, et ce n'est que la veille de sa mort qu'il leur en révélera tout l'amour. Le secret, le silence sont l'âme des grandes choses. Notre-Seigneur cacha à Satan qu'il fût le Fils de Dieu: si le démon l'avait su positivement, il n'eût jamais poussé les Juifs à le faire mourir. Il ignora que cette jeune fille dût être un jour la Mère de Dieu. Tant qu'une œuvre demeure cachée, inconnue au monde, elle croît en sûreté: dès que le démon l'a découverte et fait connaître au monde, il se déchaîne contre elle et la combat de toutes ses forces. Si le grain jeté en terre est trop souvent remué, il ne germera pas: il faut le laisser en repos caché sous terre. Ainsi pour vous, si vous voulez grandir, cachez-vous et demeurez inconnus au monde: sans cela le démon vous suscitera bien des misères, et le vent de l'amour propre vous perdra.

 

III. Notre-Seigneur nous a préparés longtemps; il nous a environnés de grâces depuis notre enfance, pour nous introduire dans le Cénacle de son Eucharistie: remercions-l'en bien ; et, bien que nous ne nous soyons pas donnés à lui aussi jeunes que Marie, nous sommes cependant dans l'enfance de la vie eucharistique: la manifestation eucharistique ne fait que commencer; Notre-Seigneur nous appelle des premiers à y concourir. Marie dans le Temple adorait Dieu en esprit et en vérité; elle appelait par ses prières et devançait par l'ardeur de ses désirs la venue du Messie Sauveur; pour nous, nous l'adorons réellement présent sur nos autels; nous ne l'appelons pas de loin comme Marie: il est avec nous, au milieu de nous; nous le possédons toujours. Imitez ce silence, ce secret, cette vie cachée en Dieu de la sainte Vierge; qu'elle soit le modèle de votre vie cachée en l'Eucharistie. Aujourd'hui on ne cherche qu'à paraître; on veut arriver et jouir tout de suite; on ne sait pas attendre; on force la plante: elle donne beaucoup tout d'abord ; mais elle s'épuise et meurt au bout de peu de temps. Aimez donc la vie simple et cachée, les emplois modestes de votre position; soyez heureux de n'être pas connus: cachez sous le boisseau la petite flamme de votre lampe; le moindre vent l'éteindrait. Marie se donne à Dieu promptement, entièrement et pour toujours; elle se donne tout entière, son esprit, son cœur, sa liberté: elle ne se réserve rien: oh! donnons tout à Jésus- Eucharistie, qui, lui aussi, se donne tout à nous! Il est facile de dire: « Mon Dieu, je me donne tout entier à vous »; mais il est difficile de le faire réellement; comptons sur sa grâce, sur la prière de notre Mère, et, à l'occasion, rappelons-nous son don si parfait: son exemple sera notre encouragement et notre force.

 

Ne séparons jamais Marie de Jésus!

 

Saint Hyacinthe, de l'Ordre des Frères Précheurs, apprenant que les Tartares allaient tondre sur la ville de Kiev, qu'il habitait, court à l'église du couvent et s'empare du saint ciboire, pour soustraire son divin Maître à l'impiété de ces barbares infidèles. Comme il sortait de l'église, emportant, son trésor, une statue de Marie fort grande et fort pesante, qui était près de la porte, rappelle par trois fois. Hyacinthe, étonné, demande à la sainte Vierge ce qu'elle attend de lui; et Marie de lui répondre : « Mon bien-aimé Hyacinthe, c'est donc ainsi que tu veux soustraire le Fils aux outrages des barbares, et abandonner la Mère à leurs insultes? » Et, le Saint prétextant sa faiblesse pour porter une statue si lourde. Marie repartit: « Oh! si tu avais un peu d'amour, il te serait facile de m'emporter; prie mon Fils, il te rendra ce fardeau léger ». Aussitôt le Saint prend la statue, et la porte avec autant d'aisance que si c'eût été une petite fleur. Le Saint Sacrement sur la poitrine, la statue de Marie entre les bras, il traversa sans être inquiété les lignes ennemies, et se dirigea vers Cracovie, où il arriva heureusement. (Rossignoli)

 

Pratique : Répéter sans cesse: « Marie et Jésus! Jésus et Marie! »

 

Aspiration : Ils trouvèrent l'Enfant avec sa Mère, et, se prosternant, il l'adorèrent.