08 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Neuvième jour

Apparition du 23 février 1858, secret et la mission

 

I. Le Commissaire, voyant que ses injonctions avaient été violées, et apprenant en outre que François Soubirous avait levé la défense qu'il avait faite à sa fille, les manda tous deux devant lui, ainsi que la mère, et il renouvela ses menaces. Il parvint de nouveau à les effrayer; mais, malgré la terreur qu'il leur inspirait, il ne trouva plus, à sa grande surprise, dans François Soubirous, la docilité ou la faiblesse de la veille. « Monsieur, disait le pauvre homme, Bernadette n'a jamais menti, et si le bon Dieu, la sainte Vierge ou quelque sainte l'appelle, nous ne pouvons nous y opposer. Mettez-vous à notre place, monsieur le Commissaire, le bon Dieu nous punirait! » « D'ailleurs, tu dis toi-même que la Vision n'a plus lieu, argumentait Dominique, en s'adressant à l'enfant. Tu n'as plus rien à y faire ». « J'ai promis d'y aller tous les jours de la Quinzaine », répondait Bernadette. « Tout cela, ce sont des contes! s'écriait le policier exaspéré; et je vous ferai tous mettre en prison, si cette fille continue d'ameuter les multitudes par ses simagrées ». « Mon Dieu, disait Bernadette, je m'en vais prier toute seule, je n'appelle personne, et s'il vient tant de foule après moi et avant moi, ce n'est pas ma faute. C'est qu'on a dit que c'était la sainte Vierge, mais moi, je ne sais pas ce que c'est ».

Habitué aux arguties, aux allures détournées du monde des coquins, l'homme de police était déconcerté devant cette simplicité profonde. Ses ruses, sa merveilleuse habileté, ses questions captieuses, ses menaces, tous les vieux tours déliés ou terribles de son métier avaient jusque-là échoué contre ce qui lui semblait encore la faiblesse même. N'admettant pas un seul instant qu'il fût dans le faux, il ne pouvait comprendre la cause de sa complète impuissance. Aussi, loin de renoncer à s'opposer au libre cours des choses, il résolut d'appeler d'autres forces à son aide. « En vérité, s'écriait-il en frappant du pied, voilà une stupide affaire! » Et, laissant les Soubirous rentrer chez eux, il courut chez le Procureur impérial, M. Vital D.... Ce dernier, malgré son horreur de la superstition, ne pouvait trouver dans l'arsenal de nos codes aucun texte pour traiter la Voyante en criminelle. Elle ne convoquait personne; elle ne tirait de toutes ces choses aucun profit d'argent; elle allait prier sur un terrain communal, ouvert a tout le monde et où aucune loi ne l'empêchait de s'agenouiller; elle ne faisait tenir à l'Apparition aucun discours subversif ou contraire au Gouvernement; les populations ne se livraient à aucun désordre. Il n'y avait évidemment aucun moyen de sévir.

Quant à poursuivre Bernadette pour délit de « fausses nouvelles », il était établi par l'expérience qu'elle ne se contredisait jamais; et, en dehors d'une contradiction dans ses paroles, parfaitement constatée, il était difficile de lui prouver qu'elle mentait, sans attaquer directement le principe même des Apparitions surnaturelles, principe admis de tout temps par l'Eglise catholique. Or, sans l'agrément des hautes autorités de la magistrature et de l'État, un simple procureur impérial ne pouvait prendre sur lui d'engager un pareil conflit. Pour qu'elle fût passible de poursuites, il fallait au moins que Bernadette se contredît un jour ou l'autre; qu'elle ou ses parents tirassent quelque profit de ce qui se passait, que la foule se livrât à quelque désordre. Or rien de tout cela n'était encore arrivé.

II. Le lendemain matin, la foule se trouvait devant la Grotte avant le lever du soleil. Bernadette arriva avec cette calme simplicité que n'altéraient ni l'hostilité menaçante des uns, ni la vénération enthousiaste des autres. La tristesse et les angoisses de la veille avaient laissé quelques traces sur son visage. Elle craignait encore de ne plus revoir l'Apparition, et quelle que fût son espérance, elle n'osait s'y abandonner. Elle s'agenouilla humblement, appuyant l'une de ses mains sur son cierge bénit qu'elle avait apporté ou qu'on lui donna, tenant de l'autre le chapelet. Le temps était calme, et la flamme du cierge ne montait pas plus droit vers le ciel que la prière de cette âme vers les régions invisibles d'où avait coutume de descendre l'Apparition bienheureuse. Il en était ainsi sans doute; car à peine l'enfant se fut-elle prosternée que l'ineffable Beauté dont elle invoquait si ardemment le retour se manifesta à ses yeux et la ravit hors d'elle-même. L'auguste Souveraine du Paradis arrêta sur l'enfant de ce monde un regard plein d'une inexprimable tendresse, paraissant l'aimer encore davantage depuis qu'elle avait souffert. Elle, le plus grand, le plus sublime, le plus puissant des êtres créés ; Elle, dont la gloire, dominant tous les âges et remplissant l'éternité, fait pâlir ou plutôt disparaître toute autre gloire; Elle, la Fille, l'Épouse et la Mère de Dieu, elle sembla vouloir rendre tout à fait intimes et familiers les liens qui l'unissaient à cette petite fille inconnue et ignorante, à cette humble gardeuse de brebis. Elle l'appela par son nom, de cette voix harmonieuse dont le charme profond ravit l'oreille des anges.

« Bernadette », disait la divine Mère. « Me voici », répondit l'enfant. « J'ai à vous dire pour vous seule et concernant vous seule une chose secrète. Me promettez -vous de ne jamais la répéter à personne en ce monde? » « Je vous le promets », dit Bernadette. Le dialogue continua et entra dans un mystère profond qu'il ne nous est ni possible ni permis de sonder. Quoi qu'il en soit, quand cette sorte d'intimité fut établie, la Reine du Royaume éternel regarda cette petite enfant, qui, la veille encore, avait souffert et qui devait encore souffrir pour l'amour d'Elle, et il lui plut de la choisir comme l'ambassadrice de l'une de ses volontés parmi les hommes. « Et maintenant, ma fille, dit-elle à Bernadette, allez, allez dire aux prêtres que je veux qu'on m'élève ici une chapelle ». Et en prononçant ces mots, sa physionomie, son regard et son geste semblaient promettre qu'Elle y répandrait des grâces sans nombre. Après ces paroles, Elle disparut; et le visage de Bernadette rentra dans l'ombre, comme, le soir, y rentre la terre, quand le soleil s'est effacé peu à peu dans les profondeurs de l'horizon.

La multitude se pressait autour de l'enfant, naguère encore transfigurée par l'extase. Tous les cœurs étaient émus. On l'interrogeait de toutes parts. On ne lui demandait point si la Vision avait eu lieu; car, au moment de l'extase, tous avaient compris, avaient eu conscience que l'Apparition était là: mais on Voulait savoir les paroles qui avaient été prononcées. Chacun faisait effort pour approcher de l'enfant et pour l'entendre. « Que vous a-t-Elle dit? Que vous a dit la Vision? » était une question qui partait de toutes les bouches. « Elle m'a dit deux choses, l'une pour moi seule et l'autre pour les prêtres, et je vais tout de suite vers eux, répondait Bernadette, qui avait hâte de reprendre le chemin de Lourdes pour remplir son message ». Elle s'étonnait, ce jour-là comme précédemment, que tout le monde n'entendît pas le dialogue et ne vît point la « Dame ». « La Vision parle assez haut pour qu'on l'entende, disait-elle; et, moi aussi, j'élève la voix comme à l'ordinaire ». Or, durant l'extase, on remarquait bien les lèvres de l'enfant qui s'agitaient, mais c'était tout et on ne distinguait aucune parole.

III. Lorsque Bernadette arriva dans la ville, les flots populaires s'étaient portés en avant pour voir ce qu'elle allait faire. L'enfant descendit la route qui traverse Lourdes et en forme la principale rue; puis s'arrêtant dans la partie inférieure de la ville, devant le mur de clôture d'un rustique jardin, elle en ouvrit la porte verte à claire-voie, et elle se dirigea vers la maison dont ce jardin dépendait. La foule, par un sentiment de respect et de convenance, ne suivit pas Bernadette et demeura dans la rue. Humble et simple, vêtue de ses pauvres habits raccommodés en maint endroit, la tête et les épaules couvertes de son petit capulet blanc en étoffe grossière, n'ayant en un mot nul signe extérieur d'une mission d'en haut, sinon peut-être ce royal manteau de l'indigence que Jésus-Christ a porté, la messagère de la divine Vierge apparue à la Grotte venait d'entrer chez l'homme vénérable dans lequel se personnifiait, en ce coin de terre et pour cette enfant, l'indéfectible autorité de l'Église catholique. Quoiqu'il fût encore de fort bonne heure, M. le cure de Lourdes avait déjà dit l'Office divin. Nous ne savons si, au moment où il allait entendre pour la première fois cette pauvre bergère, si petite aux regards de la Chair et du Monde, si grande peut-être suivant le Ciel, sa mémoire lui rappela les diverses paroles qu'il venait de prononcer, précisément ce jour-là, à l'Introït et au Graduel de la messe: « In medio Ecclesiae aperuit os ejus... Lingua ejus loquitur judicium. Lex Dei ejus in corde ipsius. Ses lèvres ont parlé au milieu de l'Église.... Sa langue a dit ce qui est juste. La loi de son Dieu est dans son cœur! »

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Prière pour demander que notre cœur devienne le temple de Dieu

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

A nous aussi, Notre-Dame de Lourdes, vous avez parlé en secret, faisant entendre à notre âme des paroles intimes qui semblaient sortir de nous-mêmes, et qui n'étaient que votre voix mystérieuse, retentissant dans le fond de nos cœurs. Ainsi, vous nous avez parlé en votre sollicitude, ô Mère vénérable du genre humain, ainsi vous nous avez parlé lorsque en présence des tentations mauvaises ou des devoirs difficiles, nous avons entendu dans l'écho de nos consciences le conseil pressant de suivre le bon chemin: « Mon enfant, résiste à la colère! Mon enfant, sois chaste! Mon enfant, sois désintéressé! Mon enfant, sois charitable! Mon enfant, sois vertueux! » C'était vous-même qui parliez, ô notre Mère bien aimée. A nous aussi vous avez dit: « Va trouver le Prêtre, afin qu'un temple s'élève en ce lieu. Va trouver l'homme qui est dépositaire des grâces de Dieu, l'homme qui peut, au nom du Très-Haut, absoudre tous les péchés, déblayer tous les obstacles, et faire place nette à l'édifice nouveau. Va trouver le Prêtre, et dans les sacrements que sa main distribue, tu recevras, avec L'intelligence et la force, tout ce qui est nécessaire pour le travail que j'attends de toi. Et ce travail, ô mon fils, et ce travail, ô ma fille, c'est d'élever en ton âme un temple invisible, le temple auguste de la vertu, pour que mon Jésus en fasse son tabernacle, pour que j'y descende avec lui et que le Ciel entier mette ses complaisances dans ce séjour de la terre ». Ainsi vous nous avez parlé, ô Marie. Ainsi vous nous parlez encore, mais notre oreille inattentive se laisse distraire par d'autres accents; et, moins dociles que la bergère de Lourdes, nous ne prenons point pour règle les paroles de votre bouche. Humblement prosternés à vos pieds, ô Vierge Marie, nous gémissons de notre ingratitude et de la dureté de nos cœurs. Pardonnez-nous, ô Mère offensée, pardonnez-nous et guérissez-nous. Ne soyez pas sourde à notre prière comme nous avons été nous-mêmes rebelles à votre voix, et montrez-vous aujourd'hui ce que vous avez toujours été: le Refuge des pécheurs et le Secours des Chrétiens. Sans un tel refuge nous sommes perdus, sans un tel secours nous ne pouvons, rien. Notre âme n'est, hélas! jusqu'ici qu'une hôtellerie profane où passent et repassent les passions coupables, les idées terrestres et la multitude des vains désirs. Obtenez-nous de la changer enfin, suivant vos inspirations et avec la force des sacrements. Obtenez-nous d'en faire un Temple saint dont la Foi aura formé les colonnes, dont l'Espérance sera la lumière dont la Charité sera l'encens, un Temple digne de vous et digne de Dieu. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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