10 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Onzième jour

Désintéressement des Soubirous, apparition du 25 février 1858, jaillissement de la source

 

I. « Eh bien, l'as-tu vue encore aujourd'hui, et que t'a-t-elle dit? » demanda le Curé de Lourdes, lorsque Bernadette se présenta chez lui en revenant de la Grotte, « J'ai vu la Vision, répondit l'enfant, et je lui ai dit: « Mr. le Curé vous demande de donner quelques preuves, par exemple de faire fleurir le rosier qui est sous vos pieds, parce que ma parole ne suffit pas aux prêtres et qu'ils ne veulent pas s'en rapporter à moi ». Alors Elle a souri, mais sans parler. Puis, Elle m'a dit de prier pour les pécheurs et m'a commandé de monter jusqu'au fond de la Grotte. Et Elle a crié par trois fois les mots: « Pénitence! pénitence! pénitence! » que j'ai répétés en me traînant sur mes genoux jusqu'au fond de la Grotte. Là, Elle m'a révélé encore un second secret qui m'est personnel. Puis, Elle a disparu ». « Et qu'est- ce que tu as trouvé au fond de la Grotte? » « J'ai regardé après qu'Elle a disparu (car pendant qu'elle est là je ne fais attention qu'à Elle, et Elle m'absorbe), et je n'ai vu que le rocher, et par terre quelques brins d'herbe qui poussaient au milieu de la poussière ». Le Curé demeura songeur. « Attendons », se dit-il. Bien qu'ils fussent quelque peu déconcertés en présence des conversions opérées le jour même aux Roches Massabielle par l'éclat extraordinaire de la transfiguration de Bernadette, les libres penseurs du lieu triomphaient singulièrement de l'échec éprouvé par les croyants, au sujet de l'humble et gracieuse preuve demandée par M. le curé Peyramale. Ils louaient ce dernier plus encore que la veille d'avoir exigé un Miracle: « Le Commissaire, disait-on, a été maladroit en voulant tuer l'Apparition: le Curé, bien plus habile, la force à se tuer elle-même ». Incapables de comprendre la loyale simplicité de cette impartiale sagesse qui, sans doute, voulait des preuves avant de croire , mais aussi avant de nier, ils appelaient ruse ce qui était prudence et ils voyaient un piège dans la naïve prière d'une âme droite, en quête de la vérité.

II. L'honorable Commissaire de police paraissait cependant s'en vouloir de n'avoir pas pris la fourberie en flagrant délit et détruit, à lui tout seul, cette naissante superstition. Il se creusait la tête pour deviner le mot de l'énigme, car il commençait à voir clairement, par la demande même du Curé de Lourdes, que le Clergé n'était pour rien dans cette affaire. Il n'avait donc en face de lui que cette petite fille et ses parents. Il ne doutait point, d'une façon ou d'une autre, d'en venir enfin à bout. Lorsque, par hasard, Bernadette sortait dans la rue, la foule s'empressait autour d'elle: on l'arrêtait à tout pas; chacun voulait entendre de sa bouche. le détail des Apparitions. Plusieurs, au nombre desquels M. Dufo, avocat, un des hommes éminents de ce pays, la firent venir et l'interrogèrent. Ils ne résistèrent pas à la secrète puissance que la Vérité vivante mettait en ses paroles. Beaucoup de personnes se rendirent dans la journée chez les Soubirous pour entendre les récits de Bernadette. Elle se prêtait en toute candeur et complaisance à ces incessantes interrogations: on voyait que rendre témoignage de ce qu'elle avait vu et entendu constituait désormais pour elle sa fonction particulière et son devoir. Dans un coin de la pièce où l'on pénétrait, une petite chapelle, ornée de fleurs, de médailles, d'images pieuses, et surmontée d'une statue de la Vierge, présentait une apparence de luxe et attestait la piété de cette famille. Tout le reste de la chambre offrait' le spectacle du plus douloureux dénûement: un grabat, quelques mauvaises chaises, une table boiteuse, formaient tout l'ameublement de ce logis où l'on venait s'informer des splendides secrets du ciel. La plupart des visiteurs étaient frappés et émus par la vue de cette extrême indigence écrite sur toutes choses, et ne résistaient pas à la douce tentation de laisser quelque souvenir, quelque aumône à ces pauvres gens. Mais l'enfant et les parents refusaient toujours, et de telle façon qu'on ne pouvait insister.

III. Parmi ces visiteurs, plusieurs étaient étrangers à la ville. L'un de ces derniers vint un soir, alors que le va-et-vient de la journée était un peu calmé et qu'il n'y avait plus là qu'une voisine assise au foyer. Il interrogea soigneusement Bernadette, ne voulant qu'elle omît aucun détail et paraissant prendre un intérêt extraordinaire au récit de l'enfant. Son enthousiasme et sa foi se trahissaient à chaque instant par des exclamations pleines d'attendrissement. Il félicita Bernadette d'avoir reçu une si grande faveur du ciel, puis il s'apitoya sur la misère dont il voyait les marques autour de lui: « Je suis riche, dit-il, permettez-moi de vous venir en aide ». Et sa main déposa sur la table une bourse qu'il entr'ouvrit et qu'il laissa voir pleine d'or. La, rougeur de l'indignation monta au visage de Bernadette. « Je ne veux rien, Monsieur, fit-elle vivement. Reprenez cela ». Et elle repoussa vers l'inconnu la bourse déposée sur la table. « Ce n'est point pour vous, mon enfant, c'est pour vos parents qui sont dans le besoin, et que vous ne pouvez vouloir m'empêcher de secourir ». Ni Bernadette ni nous, nous ne voulons rien, dirent le père et la mère. « Vous êtes pauvres, continua l'étranger en insistant, je vous ai dérangés, je m'intéresse à vous. C'est donc par orgueil que vous refusez? » « Non, Monsieur, mais nous ne voulons rien recevoir, absolument rien. Remportez votre or ». L'inconnu reprit sa bourse et sortit, ne parvenant point à dissimuler une physionomie des plus contrariées. D'où venait cet homme et qui était -il? Était-ce un bienfaiteur compatissant, était-ce un tentateur habile? Nous l'ignorons. La police était si bien faite à Lourdes que M. Dominique, plus heureux que nous, savait peut-être ce secret, et, mieux que personne, connaissais le mot de l'énigme. Le chef de la police de Lourdes n'était pas homme à reculer pour quelques échecs, et il attendait avec confiance les événements, ne doutant nullement qu'ils ne lui réservassent un triomphe, d'autant plus glorieux qu'il aurait été plus. hérissé, dès l'abord, de difficultés et d'obstacles.

IV. La nuit cependant avait mis fin aux agitations de tant d'esprits si divers, les uns croyant à la réalité de l'Apparition, les autres restant dans le doute, un certain nombre niant résolument. L'aurore allait se lever, et l'Église universelle, sur toute la surface du globe, murmurait au fond des temples, dans le silence des presbytères déserts, dans l'ombre peuplée des Cloîtres, sous la voûte des Abbayes, des Monastères et des Couvents, ces paroles du Psalmiste dans l'office des Matines: « Tu es Deus qui facis mirabilia. Notam fecisti in populis virtulem tuam... Viderunt te aquae, Deus, viderunt te aquae, et timuerunt, et turbutae sunt abyssi. Vous êtes le Dieu qui faites des merveilles. Vous avez montré votre puissance au milieu des multitudes... Les eaux vous ont aperçu, Seigneur, les eaux vous ont aperçu, et elles ont tressailli en votre présence, et les abîmes en ont été troublés ». Bernadette, arrivée devant les Roches Massabielle, venait de s'agenouiller. Une multitude innombrable l'avait précédée à la Grotte, et se pressait autour d'elle. Bien qu'il y eût là bon nombre de sceptiques, de négateurs et de simples curieux, un religieux silence s'était fait tout à coup dès qu'on avait aperçu l'enfant. Un frisson, une commotion étrange avait passé sur cette foule. Tous, par un instinct unanime, les incrédules comme les croyants, s'étaient découverts le front. Plusieurs s'étaient agenouillés en même temps que la fille du meunier.

En ce moment l'Apparition divine se manifestait à Bernadette, ravie soudainement en son extase merveilleuse. Comme toujours, la Vierge lumineuse se tenait dans l'excavation ovale du rocher, et ses pieds foulaient le rosier sauvage. Bernadette la contemplait avec un sentiment d'amour indicible, un sentiment doux et profond, qui inondait son âme de délices sans troubler en rien son esprit et sans lui faire oublier qu'elle était encore sur la terre. La Mère de Dieu aimait cette enfant innocente. Elle voulut, par une intimité de plus en plus étroite, la presser davantage sur sa poitrine; elle voulut fortifier encore le lien qui l'unissait à l'humble bergère, afin que cette dernière, au milieu des agitations de ce monde, sentît, pour ainsi dire, à tout instant, que la Reine des cieux la tenait invisiblement par la main.

« Ma fille, dit-elle, je veux vous confier, toujours pour vous seule et concernant vous seule, un dernier secret que, pas plus que les deux autres, vous ne révélerez à personne au monde ». Bernadette, en la joie de son cœur, écoutait cependant l'ineffable musique de cette parole si douce, si maternelle et si tendre qui charmait, il y a dix-huit cents ans, les oreilles filiales de l'Enfant-Dieu. « Et maintenant, reprit la Vierge après un silence, allez boire et vous laver à la Fontaine, et mangez l'herbe qui pousse à côté ». Bernadette, à ce mot de « Fontaine », regarda autour d'elle. Nulle source n'existait et n'avait jamais existé en cet endroit.. L'enfant, sans perdre la Vierge de vue, se dirigea donc tout naturellement vers le Gave, dont les eaux tumultueuses couraient à quelques pas de là, à travers les cailloux et les roches brisées. Une parole et un geste de l'Apparition l'arrêtèrent dans sa marche: « N'allez point là, disait la Vierge; je n'ai point dit de boire au Gave, allez à la Fontaine, elle est ici ». Et étendant sa main, cette main délicate et puissante à laquelle la nature est soumise, Elle montra du doigt à l'enfant, au côté droit de la Grotte, ce même coin desséché vers lequel, la veille au matin, Elle l'avait déjà fait monter à genoux. Bien qu'elle ne vît à l'endroit indiqué rien qui semblât voir rapport aux paroles de l'Être divin, Bernadette obéit à l'ordre de la Vision céleste. La voûte delà Grotte allait en s'abaissant de ce côté, et la petite fille gravit sur ses genoux l'espace qu'elle avait à parcourir. Arrivée au terme, elle n'aperçut devant elle nulle; apparence de fontaine. Tout contre le roc poussaient çà et là quelques touffes de cette herbe, de la famille des saxifragées, que l'on nomme la Dorine. Soit sur un nouveau signe de l'Apparition, soit par un mouvement intérieur de son âme, Bernadette, avec cette foi simple qui plaît tant au cœur de Dieu, se baissa, et, grattant le sol de ses petites mains, se mit à creuser la terre.

Les innombrables spectateurs de cette scène, n'entendant ni ne voyant l'Apparition, ne savaient que penser du singulier travail de l'enfant. Déjà plusieurs commençaient à sourire et à croire à quelque dérangement dans le cerveau de la pauvre bergère. Qu'il faut peu de chose pour ébranler la foi! Tout à coup, le fond de cette petite cavité, creusée par l'enfant, devint humide. Arrivant de profondeurs inconnues, à travers les roches de marbre et les épaisseurs de la terre, une eau mystérieuse se mit à sourdre goutte à goutte sous les mains de Bernadette, et à remplir ce creux, de la grandeur d'un verre, qu'elle avait achevé de former. Cette eau nouvelle venue, se mêlant à la terre brisée, ne fit tout d'abord que de la boue. Bernadette, par trois fois, essaya de porter à ses lèvres ce liquide bourbeux; mais, par trois fois, son dégoût fut si fort qu'elle le rejeta, sans se sentir la force de l'avaler. Toutefois elle voulait, avant tout, obéir à l'Apparition rayonnante qui dominait cette scène étrange; et, à la quatrième fois, dans un suprême effort, elle surmonta sa répugnance. Elle but, elle se lava, elle mangea une pincée de la plante champêtre qui poussait au pied du rocher. En ce moment l'eau de la Source franchit les bords du petit réservoir creusé par l'enfant, et se mit à couler en un mince filet, plus exigu peut-être qu'une paille, vers la foule qui se pressait sur le devant de la Grotte. Ce filet était si minime que, pendant un long temps, c'est-à-dire jusqu'à la fin de ce jour, la terre- desséchée l'absorba tout entier au passage, et qu'on ne devinait sa marche progressive que par le ruban humide tracé sur le sol, et qui, s'allongeant peu à peu, s'avançait avec une lenteur extrême vers le Gave.

Quand Bernadette eut accompli, ainsi que nous venons de le raconter, tous les ordres qu'elle avait reçus, la Vierge arrêta sur elle un regard satisfait, et, un instant après, Elle disparut à ses yeux. L'émotion de la multitude fat grande devant ce prodige. Dès que Bernadette fut sortie de l'extase, on se précipita vers la Grotte. Chacun voulait voir de ses yeux le creux où l'eau venait de surgir sous la main de l'enfant. Chacun voulait y plonger son mouchoir et en porter une goutte à ses lèvres; De sorte que cette source naissante, dont on agrandissait peu à peu le terreux réservoir, prit bientôt l'aspect d'une flaque d'eau ou d'un amas liquide de boue détrempée. La Source cependant, à mesure qu'on y puisait, devenait de plus en plus abondante. L'orifice par où elle arrivait des abîmes s'élargissait insensiblement.

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Prière pour demander la grâce de Dieu

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, enseignez-nous, à nous aussi, à ne point aller boire aux fleuves de la terre, à ce Gave qui passe, écumeux et désordonné, à ces passions éphémères qui mentent en disant « toujours », à la vie apparente des sens qui n'est qu'une mort; à ces joies de la matière qui tuent l'esprit; à ces eaux qui irritent la soif au lieu de l'apaiser, à ces eaux impuissantes qui donnent à peine l'illusion d'un instant et qui laissent à l'homme tous ses maux, toutes ses douleurs, toutes ses misères! Donnez-nous de quitter ces ondes tumultueuses et agitées, de tourner le dos à ces flots qui s'enfuient, à ces torrents qui se précipitent à l'abîme. Conduisez-nous à la Source qui désaltère et qui calme, qui guérit et qui ressuscite. Conduisez-nous à la Fontaine de la vraie joie et de la vraie vie, à cette Fontaine qui sort du Roc immuable sur lequel l'Église a posé ses fondements éternels. Bien plus, ô Marie! A travers la dureté de nos cœurs, à travers les impuretés de notre nature, faites-la sourdre du fond de nos âmes, cette Fontaine de grâces qui doit peu à peu surmonter toutes nos résistances, purifier toutes nos souillures, guérir nos maux invétérés. Qu'un geste de votre main, qu'une parole de votre bouche la fassent enfin naître et grandir en nous-mêmes, cette Source bénie dont Jésus parlait à la Samaritaine, cette Source d'eau vive, jaillissant en vie éternelle... Hélas! Hélas! Ô notre Mère, que nous en avons besoin! Et qu'il faut que ces eaux soient abondantes pour laver nos iniquités! Ce siècle est dur: il ne connaît pas la pitié; ce siècle est cruel: et ses mains sont rouges de sang. Ce siècle est plongé dans toutes les fanges de la terre, et la fumée de ses luxures obscurcit le ciel étoilé. Vierge de toute tendresse et de toute pureté, touchez ce cœur de marbre ou de granit. Touchez-le, et que les larmes jaillissent! et que l'onde sacrée éteigne ces flammes immondes, lave ce sang et nettoie cette boue! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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Saint Joseph-Marie Gambaro

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Saint Joseph-Marie Gambaro

Franciscain Martyr de la persécution des Boxers

1869-1900

Fête le 8 juillet

 

Saint-Joseph-Marie Gambaro est né en Italie, à Galliate, ville piémontaise de la province de Novare, le 7 Août 1986. A l'âge de 14 ans, il entre chez les Franciscains du Couvent de Monte. Il est ordonné prêtre en 1892, puis est nommé directeur du nouveau couvent franciscain d'Ornavasso, en Décembre de 1895, il obtient de partir pour les missions de la Chine. Arrivé dans le Hunan, Monseigneur Fantosati, le nomme professeur et directeur du Séminaire de Sce-fan-tan. A Pâques 1900, le Père Gambaro se voit attribuer une mission Tciu-Yen et, après la Pentecôte, quand la révolte des Boxers fait rage, il accompagne Monseigneur Fantosati pendant dans sa visite à la Communauté persécutée. Il est martyrisé pendant ce voyage, à Hengyang, le 7 juillet 1900. Béatifié le 24 novembre 1946, il a été canonisé le 1er octobre 2000 avec les 120 martyrs de Chine.

 

Prière

 

Seigneur, Vous voulez que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité ; faites qu'à la prière de Saint Joseph-Marie Gambaro et de ses compagnons, tous les peuples Vous connaissent, seul vrai Dieu, et Celui que Vous avez envoyé, Jésus, le Christ, Votre Fils, notre Seigneur et Notre Dieu. Lui qui vit et règne avec Vous, dans l'Unité du Saint Esprit, un seul Dieu, maintenant et toujours et pour les siècles et les siècles. Amen.