12 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Treizième jour

Trouble des libres penseurs, le clergé et l'administration, tentative d'intimidation, le dernier jour de la quinzaine, les immenses multitudes

 

I. Toutes ces guérisons miraculeuses, et notamment celle de Bourriette, jetèrent le trouble dans le camp des incroyants, qui essayèrent vainement de les expliquer, comme ils tentaient sans plus de succès, d'expliquer le jaillissement de la Source. Quelques-uns se convertirent, d'autres s'obstinèrent. Durant ce jour si chargé d'événements, Bernadette avait été appelée dans la chambre du Tribunal, avant ou après l'audience, et la dialectique exercée du Procureur Impérial, du Substitut et des Juges avait été aussi impuissante à la faire varier ou se contredire que l'avait été le génie policier de M. Dominique. Lors du jaillissement de la Source, l'Apparition n'avait point réitéré à Bernadette l'ordre d'aller demander aux prêtres l'élévation d'une chapelle. Le lendemain, comme nous l'avons raconté, la Vision ne s'était point manifestée, de sorte que, depuis ce moment, Bernadette n'avait point paru au presbytère. Le Clergé, malgré la marée montante de la foi populaire, malgré les croissantes rumeurs de miracles qui s'élevaient de la foule, le Clergé continuait de demeurer étranger à toutes les manifestations enthousiastes qui se faisaient autour de la Grotte. « Attendons », disait-il. Dans les choses humaines, c'est assez d'être une fois prudent. Il faut l'être septante fois dans les choses de Dieu. Pas un prêtre n'apparaissait en conséquence dans l'incessante procession qui se rendait à la Source miraculeuse.

II. A la Grotte, malgré cet immense concours de peuple, tout continuait de se passer avec le plus grand ordre. On puisait à la Source, on chantait des cantiques, on priait. Les soldats de la garnison, émus comme tout le peuple de ces pays, avaient demandé au Commandant du fort la permission d'aller, eux aussi, aux Roches de Massabielle. Avec l'instinct de discipline développé en eux par le régime militaire, ils veillaient d'eux-mêmes à éviter l'encombrement, à laisser libres certains passages, à empêcher la foule de se trop avancer sur les rives périlleuses du Gave; ils s'employaient de côté et d'autre, prenant spontanément une certaine autorité que personne, avec raison, ne songeait à leur contester. Quelques jours s'écoulèrent ainsi, pendant lesquels l'Apparition se manifesta sans aucune particularité nouvelle, sinon que la Source grandissait toujours et que les guérisons miraculeuses se multipliaient de plus en plus. Il y eut dans le camp de la Libre Pensée un moment de stupeur profonde. Les faits devenaient si nombreux, si constatés, si patents, qu'à chaque instant des défections avaient lieu parmi les incrédules. Les meilleurs et les plus droits se laissaient gagner par l'évidence. Toutefois, il restait un indestructible noyau d'esprits se disant forts, et dont la force consistait à se roidir contre les preuves et à refuser de se rendre à la vérité. Cela semblerait impossible si l'univers entier ne savait qu'une grande partie du peuple juif a résisté aux miracles même de Jésus-Christ et des Apôtres, et qu'il a fallu quatre siècles de prodiges pour ouvrir complètement les yeux du monde païen.

III. Le 2 mars, Bernadette se rendit de nouveau auprès de M. le Curé de Lourdes, et lui parla une seconde fois au nom de l'Apparition. « Elle veut qu'on construise une chapelle, et qu'on fasse à la Grotte des processions », dit l'enfant. Les faits avaient marché, la Source avait jailli, les guérisons avaient eu lieu, les miracles étaient venus témoigner au nom de Dieu de la véracité de Bernadette. Le prêtre n'avait plus de preuves à demander: il n'en demanda point. Sa conviction était faite. Le doute ne pouvait désormais effleurer sa foi. La « Dame » invisible de la Grotte n'avait point dit son nom. Mais l'homme de Dieu l'avait déjà reconnue à ses bienfaits maternels, et peut-être ajoutait-il déjà à ses oraisons du matin et du soir: « Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous ». « Je te crois, dit-il à Bernadette, lorsqu'elle se présenta de nouveau devant lui. Mais ce que tu me demandes au nom de l'Apparition ne dépend pas de moi. Cela dépend de Mgr l'Évêque, que j'ai déjà instruit de ce qui se passe. Je vais me rendre auprès de lui et lui faire part de cette nouvelle démarche. C'est à lui seul qu'il appartient d'agir ». M. l'abbé Peyramale se rendit donc à Tarbes et exposa à l'Évêque les faits surprenants dont la Grotte de Massabielle et la ville de Lourdes étaient le théâtre depuis bientôt trois semaines. Il raconta les extases et les visions de Bernadette, les paroles de l'Apparition, le jaillissement de la Source, les guérisons soudaines, l'émotion universelle. L'Évêque, homme des plus prudents, ne se prononça point. Il maintint la défense faite au Clergé de se rendre à la Grotte. Mais en même temps, de concert avec M. le Curé de Lourdes, il prit toutes sortes de mesures pour se faire renseigner chaque jour, par des témoins d'une loyauté à toute épreuve et d'une capacité reconnue, sur tout ce qui se passerait aux Roches Massabielle, et sur toutes les guérisons vraies ou fausses qui pourraient encore avoir lieu.

IV. Le Préfet des Hautes Pyrénées, tenu au courant des événements de Lourdes par les rapports de M. Dominique en qui il avait une foi véritablement aveugle, n'imita pas la sage réserve de l'Évêque. Il se laissa aller à sa première impression; et, ne croyant en rien à la possibilité de telles Apparitions et de tels Miracles, s'imaginant en lui-même qu'il pourrait arrêter dès qu'il lui plairait ce débordement populaire, il se prononça nettement, et résolut d'étouffer dans son berceau cette superstition nouvelle qui, à peine née, semblait menacer de grandir si rapidement. Le 3 mars, d'après les ordres venus de la Préfecture, le Maire de Lourdes écrivit au Commandant du Fort de mettre à sa disposition les troupes de la garnison, et de les tenir dès le lendemain prêtes à tout événement. Les soldats, en armes, devaient occuper le chemin et les abords de la Grotte. La Gendarmerie locale et tous les Officiers de Police avaient reçu de semblables instructions. En dépit de l'attitude inquiète et ombrageuse du monde officiel, la renommée de ces faits, merveilleux s'était propagée cependant dans toutes les contrées environnantes avec une électrique rapidité. Toute la Bigorre et tout le Béarn, déjà agités par les premiers bruits de l'Apparition, étaient entrés dans un profond émoi à la nouvelle du jaillissement de la Source et des guérisons miraculeuses. Toutes les routes du département étaient couvertes de voyageurs, accourant en, grande hâte. A tout instant, de tous les côtés, par tous les chemins, par tous les sentiers qui aboutissent à Lourdes, arrivaient en foule et pêle-mêle des véhicules de toute sorte, calèches, charrettes, chars à bancs, des cavaliers, des piétons. Il devint presque impossible d'héberger les nouvelles foules qui survenaient. On passait la nuit en prière devant la Grotte illuminée, afin de se trouver le lendemain plus, près de la Voyante.

V. Le jeudi 4 mars était le dernier jour de la quinzaine. Lorsque l'aurore commença, à blanchir l'horizon, une multitude plus prodigieuse encore que les jours précédents inondait les abords de la Grotte. La foule était telle que beaucoup de pèlerins et de curieux, pour échapper à la pression de ces masses humaines, étaient grimpés sur les arbres. Quelques militaires, appartenant au régiment de cavalerie de Tarbes ou au dépôt de Lourdes, étaient venus à cheval et se tenaient hors du tohu-bohu, dans le courant du Gave. Et, autour de ces têtes isolées qui dominaient les autres et ressortaient vivement, tous les champs, toutes les prairies, tous les chemins, tous les coteaux, tous les tertres, toutes les roches d'où on pouvait avoir vue sur la Grotte étaient littéralement couverts d'une multitude innombrable d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, de gens du monde, d'ouvriers, de paysans, de soldats, agités, pressés et ondoyants comme les épis mûrs. Les costumes pittoresques de ces pays se détachaient en voyantes couleurs aux premiers rayons du soleil, dont le disque commençait à paraître derrière les cimes du Jer. De loin, des coteaux de Vizens, par exemple, les capulets des femmes, les uns d'un blanc de neige, les autres d'un rouge flamboyant, les grands bérets bleus des paysans béarnais éclataient comme des marguerites, des coquelicots et des bleuets au milieu de cette moisson humaine. Les casques des cavaliers campés dans le Gave étincelaient à la naissante lueur qui venait de l'Orient. Il y avait bien là plus de vingt mille hommes répandus sur les rives du Gave, et cette multitude grossissait incessamment par l'arrivée de nouveaux pèlerins qui débouchaient de tous les côtés.

Autour de cette foule et sur le chemin couraient, allaient, venaient, criaient dans une sorte d'effarement les Sergents de ville et les Gendarmes. L'adjoint, revêtu de son écharpe, se tenait immobile. Attentifs à toutes choses et prêts à sévir au moindre désordre, on remarquait sur une petite hauteur M. Dominique et le Procureur Impérial. Une rumeur énorme, vague, multiple, confuse, indescriptible, composée de mille bruits divers, .de paroles, de conversations, de prières, de cris, sortait de cette multitude et ressemblait à l'inapaisable tumulte des flots. Tout à coup une clameur vole sur toutes les bouches, « Voilà la Sainte! voilà la Sainte ! » s'écrie-t-on de toutes parts, et une agitation extraordinaire se fait au milieu de cette foule. Tous les cœurs, même les plus froids, sont émus, toutes les têtes se dressent, tous les yeux se fixent sur le même point; instinctivement tous les fronts se découvrent. Bernadette, accompagnée de sa mère, venait de paraître sur le sentier que la Confrérie des carriers avait tracé les jours précédents, et descendait paisiblement vers cet Océan humain. Les Gendarmes cependant étaient accourus, et perçant la foule devant Bernadette, formaient une escorte à l'enfant et lui faisaient un passage jusqu'à la Grotte. Ces braves gens, de même que les Soldats, étaient croyants, et leur attitude sympathique, émue, religieuse, avait empêché la foule de s'irriter de ce déploiement de la force armée et trompé le calcul des habiles, qui avaient compté, par cet appareil menaçant, provoquer quelque explosion populaire. Les mille rumeurs de la multitude s'étaient tues peu à peu, et il s'était fait un grand silence. Quand Bernadette se prosterna, tout ce peuple, d'un mouvement unanime, tomba à genoux. Presque aussitôt les rayons surhumains de l'extase illuminèrent les traits transfigurés de l'enfant. Nous ne décrirons pas une fois de plus ce spectacle merveilleux, dont, à plusieurs reprises déjà, nous avons tâché de donner une idée au lecteur. L'Apparition, comme les jours précédents, avait commandé à l'enfant d'aller boire et se laver à la Fontaine, et de manger de cette herbe dont nous avons parlé; puis elle lui avait de nouveau ordonné de se rendre vers les prêtres et de leur dire qu'elle voulait une chapelle et des processions en ce lieu. L'enfant avait prié l'Apparition de lui dire son nom. Mais la « Dame » rayonnante n'avait point répondu à cette question. Le moment n'était point encore venu. D'autres guérisons continuaient à se produire de tous côtés.

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Prière pour les soldats

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, parmi le peuple prosterné devant Vous à l'heure mystérieuse de vos Apparitions, nous voyons se détacher le costume de nos Soldats. Nous vous invoquons, ô Marie, pour nos frères et nos enfants qui bivouaquent loin de nous, au service de notre France, risquant leur vie pour son salut. Nous vous prions pour ces armées, qui défendent la patrie contre les ennemis du dehors et contre ceux du dedans, contre l'invasion et contre l'anarchie. Protégez-les, ô Marie, contre tous les périls : gardez leurs corps contre le fer et le feu des batailles; gardez leur âme contre la séduction des hommes de désordre, contre l'oisiveté et la corruption des camps. Qu'au lieu de se perdre, comme cela arrive si souvent, au milieu des villes et des casernes, ils se maintiennent purs, religieux, honnêtes ; et qu'ils puisent, dans l'habitude de la discipline, dans les privations subies, dans les dangers affrontés, une vertu plus mâle, plus énergique et plus haute. Que pour eux, l'accomplissement du devoir soit infiniment préférable à la conservation de la vie. Qu'ils sachent mourir, pleinement assurés de trouver dans le sein de Dieu, la récompense qui ne manque jamais aux dévouements d'ici-bas. Qu'au lieu de se préparer des désastres et des déroute, par l'existence délétère des garnisons, ils se préparent à la victoire par la religion comprise et pratiquée, par la sobriété, par une vie chaste, parle travail, par ce triple et glorieux travail que Dieu a imposé à notre race: le travail du corps qui donne la force, le travail de l'esprit qui donne le savoir, le travail de l'âme qui donne la vertu. Qu'ils soient doux dans la paix et terribles dans la guerre, semblables en tout aux saints et héroïques soldats de l'illustre légion Thébaine. Que chacun d'eux, ô Notre-Dame de Lourdes, vous considère comme sa Mère et se fasse gloire d'être votre enfant. Bénissez ceux qui périssent pour le devoir; ouvrez-leur les portes du ciel et recevez-les à côté des martyrs. O Marie, Reine sublime de ces Royaumes bienheureux dont les neuf chœurs des Anges forment l'innombrable milice, donnez à la terre des armées chrétiennes jusqu'au jour béni, où la terre, enfin convertie, sera elle-même assez chrétienne pour pouvoir se passer d'armées. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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