13 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Quatorzième jour

Croisine et Justin Bouhohorts, guérisons diverses

 

I. A l'époque des Apparitions, plus encore peut-être qu'aujourd'hui, un va-et-vient perpétuel avait lieu sur le chemin de cette Grotte, désormais célèbre, que chacun examinait en tous sens, devant laquelle on priait, dont quelques-uns détachaient des fragments pour en faire de pieux souvenirs. Ce jour-là, vers quatre heures, il y avait encore cinq ou six cents personnes, stationnant de la sorte sur les rives du Gave. En ce même moment, une scène déchirante se passait autour d'un berceau dans une pauvre maison de Lourdes où demeurait une famille de journaliers, Jean Bouhohorts et Croisine Ducouts, sa femme. Dans ce berceau gisait un enfant de deux ans environ, infirme, mal constitué, n'ayant jamais pu marcher, constamment malade et épuisé depuis sa naissance par une fièvre lente, une fièvre de consomption, que rien n'avait pu vaincre. Malgré les soins éclairés d'un médecin du pays, M. Peyrus, l'enfant touchait à son heure dernière. La mort étendait ses teintes livides sur ce visage que de si longues souffrances avaient rendu d'une maigreur effrayante. Le père, calme dans sa douleur, la mère au désespoir le regardaient mourir. Une voisine, Françonnette Gozos, s'occupait déjà de préparer des linges pour ensevelir le corps,, et, en même temps, elle s'efforçait de faire entendre à la mère des paroles de consolation. Celle-ci était éperdue de douleur. Elle suivait avec anxiété les progresse l'agonie. L'œil était devenu vitreux, les membres étaient dans une immobilité absolue, la respiration avait cessé d'être sensible. « Il est mort », dit le père. « S'il n'est pas mort, dit la voisine, il va mourir, ma pauvre amie. Allez pleurer auprès du feu pendant que, tout à l'heure, je le plierai dans ce linceul ». Croisine Ducouts (c'était le nom de la mère) semblait ne pas entendre. Une idée soudaine venait de s'emparer de son âme, et ses larmes s'étaient arrêtées: « Il n'est pas mort, s'écria-t-elle, et la sainte Vierge de la Grotte va me le guérir », « La douleur la rend folle », dit tristement Bouhohorts. La voisine et lui essayèrent vainement de détourner la mère de son projet. Celle-ci venait de tirer du berceau le corps, déjà immobile, de l'enfant et l'avait enveloppé dans son tablier. « Je cours à la Vierge », s'écria-t-elle en se dirigeant vers la porte. « Mais, ma bonne Croisine, lui disaient son mari et Françonnette, si notre Justin n'est pas entièrement mort, tu vas le tuer tout à fait. La Mère, comme hors d'elle-même, ne voulut rien entendre. « Qu'il meure ici ou qu'il meure à la Grotte, qu'importe! Laissez-moi implorer la Mère de Dieu ». Et elle sortit, emportant son enfant.

II. Comme elle l'avait dit, « elle courait à la Vierge ». Elle marchait avec rapidité, priant à haute voix, invoquant Marie, et ayant, aux yeux de ceux qui la voyaient passer, les allures d'une insensée. Il était près de cinq heures. Quelques centaines de personnes se tenaient devant les Roches Massabielle. Chargée de son précieux fardeau, la pauvre mère perça la foule. A l'entrée de la Grotte, elle se prosterna et pria. Puis elle se traîna à genoux vers la Source miraculeuse. Sa figure était ardente, ses yeux animés et pleins de larmes, toute sa personne en un certain désordre occasionné par l'extrême douleur. Elle était arrivée près du bassin creusé par les carriers. Le froid était glacial. « Que va-t-elle faire? », se disait-on. Croisine tire de son tablier le corps tout nu de son enfant à l'agonie. Elle fait sur elle-même et sur lui le signe de la Croix. Et puis, sans hésiter, d'un mouvement rapide et déterminé , elle le plonge tout entier, sauf la tête, dans l'eau glacée de la Source. Un cri d'effroi, un murmure d'indignation sort de la foule. « Cette femme est folle! » s'écrie-t-on de toutes parts. Et on se presse autour d'elle pour l'empêcher. « Vous voulez donc tuer votre enfant? » lui dit brutalement quelqu'un. Il semblait qu'elle fût sourde. Elle demeurait comme une statue, la statue de la Douleur, de la Prière et de la Foi. L'un des assistants lui toucha l'épaule. La Mère se retourna alors, tenant toujours son enfant dans l'eau du bassin. « Laissez-moi, laissez-moi! dit-elle d'une voix à la fois énergique et suppliante. Je veux faire ce que je pourrai: le bon, Dieu et la sainte Vierge feront le reste ». Plusieurs remarquèrent la complète immobilité de l'enfant et sa physionomie cadavérique. « L'enfant est déjà mort, dirent-ils. Laissons-la faire: c'est une mère que la douleur égare ».

Non! sa douleur ne l'égarait point. Elle la conduisait au contraire dans le chemin de la foi la plus haute, de cette foi absolue, sans hésitation et sans défaillance, à laquelle Dieu a promis solennellement de ne jamais résister. La Mère de la terre sentait au fond d'elle-même qu'elle s'adressait au cœur de la Mère qui est au ciel. De là, cette confiance sans bornes, dominant la terrible réalité de ce corps moribond qu'elle tenait en ses mains. Sans doute, tout aussi bien que la multitude, elle voyait qu'une eau glaciale comme celle où elle plongeait son enfant était faite, suivant les lois ordinaires, pour tuer infailliblement ce pauvre petit être bien-aimé et achever soudainement cette agonie par le coup de la mort. N'importe! son bras demeurait ferme et sa Foi ne faiblissait point. Pendant un long quart d'heure, aux yeux stupéfaits de la multitude, au milieu des cris, des objurgations et des injures que la foule groupée autour d'elle ne cessait de lui adresser, elle tint son enfant dans cette eau mystérieuse, jaillie naguère sur un geste de la Mère toute-puissante du Dieu mort et ressuscité. Spectacle sublime de la foi catholique! Cette, femme précipitait son fils agonisant dans le plus imminent des périls terrestres, pour y chercher, au nom de la Vierge Marie la guérison venant du ciel. Elle le poussait naturellement vers la Mort pour le conduire surnaturellement à la Vie! Jésus loua la foi du centenier. En vérité, celle de cette mère nous paraît plus admirable encore. Devant cet acte de foi, si simple et si grand, le cœur de Dieu ne pouvait point ne pas être ému. Notre Père, ce Père si invisible et si manifeste, se penchait sans doute en même temps que la Vierge sainte sur cette touchante et religieuse scène, et II bénissait cette Chrétienne, cette croyante des premiers temps.

III. L'enfant, durant cette longue immersion, avait gardé immobilité du cadavre. La Mère le replia dans son tablier rentra chez elle en toute hâte. Le corps était glacé. « Tu vois bien qu'il est mort, dit le Père ». « Non, dit Croisine, il n'est pas mort! La sainte Vierge le guérira ». Et la pauvre femme coucha l'enfant dans son berceau. Il y était à peine depuis quelques instants, que l'oreille attentive de la Mère s'étant penchée sur lui: « Il respire! » s'écria-t-elle. Bouhohorts se précipita et écouta à son tour. Le petit Justin respirait en effet. Ses yeux étaient fermés, et il dormait d'un profond et paisible sommeil. La Mère, elle, ne dormit point. Le soir et pendant la nuit, elle venait à tout instant écouter cette respiration de plus en plus forte et régulière, et elle attendait avec anxiété le moment du réveil. Il eut lieu à la naissance du jour. La maigreur de l'enfant n'avait point disparu, mais son teint était coloré, et ses traits reposés. Dans ses yeux souriants, tournés vers sa mère, brillaient les doux rayons de la vie. Pendant ce sommeil, profond comme celui que Dieu avait envoyé à Adam, la main mystérieuse et toute-puissante de qui tout bien découle avait réparé et animé, nous n'osons dire ressuscité, ce corps, naguère encore immobile et glacé. L'enfant demanda le sein de sa mère, et il but à longs traits. Lui, qui n'avait jamais marché, il voulut se lever et se promener par la chambre. Mais Croisine, si courageuse la veille et si pleine de foi, n'osait croire à la guérison et tremblait à la pensée du danger disparu. Elle résista aux sollicitations réitérées de l'enfant et se refusa à le retirer de sa couche. Le jour se passa ainsi. A tout instant l'enfant demandai le sein maternel. La nuit vint et fut paisible comma la précédente. Le père et la mère sortirent dès l'aube pour aller au travail. Leur Justin dormait encore dans son berceau.

IV. Quand la Mère en rentrant ouvrit la porte, un spectacle se présenta tout à coup à elle, qui manqua la faire défaillir. Le berceau était vide. Justin s'était levé tout seul de sa couche, il était debout et il allait ça et là, touchant les meubles et dérangeant les chaises. Le petit paralytique marchait. Quel cri de joie poussa Croisine à cette vue, le cœur des mères peut seul le deviner. Elle voulut s'élancer, mais elle ne le put, tant elle était saisie. Ses jambes tremblaient. Elle était sans force contre son bonheur, elle s'appuya contre la porte. Une vague terreur se mêlait toutefois, malgré elle, à sa rayonnante allégresse! « Prends garde! tu vas tomber », cria-t-elle avec anxiété. Il ne tomba point; sa marche était assurée, et il courut se jeter dans les bras de sa mère, qui l'embrassa en pleurant. « Il était guéri depuis hier, pensait-elle, puisqu'il voulait se lever et marcher, et moi, comme une impie, dans mon manque de foi, je l'ai empêché ». « Tu vois bien qu'il n'était pas mort et que la sainte Vierge l'a sauvé », dit-elle à son mari lorsqu'il rentra. Ainsi parlait cette mère bienheureuse. Françonnette Gozos, celle qui avait assisté l'avant-veille à l'agonie et préparé le linceul pour l'ensevelissement du petit Justin, était survenue et en croyait à peine ses yeux. Elle ne pouvait se lasser de regarder l'enfant comme si elle eût voulu s'assurer de son identité. « C'est bien lui! s'écriait-elle. C'est bien pourtant lui! pauvre petit Justin! » Ils se mirent à genoux. La Mère joignit, pour les retourner vers le ciel, les deux mains de son enfant; et tous ensemble, ils remercièrent la Mère des miséricordes. La maladie ne revint pas. Justin grandit et n'eut point, de rechute. Voilà de cela onze ans. Celui qui a écrit ces pages a voulu le voir ces jours derniers. Il est fart, il est bien portant; seulement sa mère se désole de ce qu'il fait parfois l'école buissonnière, et elle lui reproche d'aimer trop à courir.

V. M. Peyrus, le médecin qui avait soigné l'enfant, convint avec la plus entière bonne foi de l'impuissance radicale de la Médecine à expliquer l'événement extraordinaire qui venait de s'accomplir. M.M. les docteurs Vergez et Dozous examinèrent séparément ce fait, d'un si haut intérêt pour la science et pour la vérité/et, pas plus que M. Peyrus, ils n'y purent voir autre chose que l'action toute-puissante de Dieu. D'autres faits miraculeux s'étaient produits. Le restaurateur Blaise Maumus avait vu guérir subitement et se fondre, en plongeant la main dans la Source, une loupe énorme qu'il avait à l'articulation du poignet. La veuve Grozat, sourde depuis vingt années, à ne pas entendre les offices, avait soudainement recouvré l'ouïe en faisant usage de cette eau. Auguste Bordes, boiteux depuis longtemps à la suite d'un accident, avait été favorisa d'un semblable prodige : sa jambe s'était redressée tout à coup et avait repris sa force et sa forme naturelles. Tous les gens que nous venons de nommer étaient de Lourdes, et chacun pouvait se rendre compte de ces faits extraordinaires. Devant les guérisons surnaturelles qui s'accomplissaient de toutes parts, l'incrédulité se refusa à tout examen et n'osa pas se hasarder à des enquêtes. Malgré les invitations qui lui furent faites, malgré les railleries des croyants, elle fit la sourde oreille à tout ce qui tendait à ouvrir un débat public sur ces cures miraculeuses. Elle affecta de ne pas s'occuper de ces éclatants et divins phénomènes qui tombaient sous les sens, qui étaient notoires, qui s'imposaient à l'attention universelle, qui étaient faciles à étudier, pour continuer de produire des théories sur les hallucinations, terrain vague et couvert de brumes, où l'on pouvait parler et déclamer à son aise sans être, comme pour le reste, terrassé par la brutalité d'un fait visible, palpable, manifeste, et impossible à renverser. Donc, le Surnaturel offrait le débat, le débat suprême et capital. Le Libre Examen le refusa et battit en retraite. C'était sa défaite et sa condamnation.

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Prière pour les mères

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, ô suprême Modèle de toute Maternité; ô Mère qui avez tant souffert, lorsque pauvre et sans asile, vous portiez à travers les chemins de l'hiver le fruit béni de vos entrailles; Mère qui avez tant souffert, quand vous n'avez trouvé pour recevoir votre Fils et votre Dieu d'autre retraite qu'une grotte sauvage et d'autre berceau qu'une crèche; Mère qui avez tant souffert, quand vous protégiez de la Judée à l'Egypte, l'enfance persécutée et indigente du Créateur de l'Univers; Mère qui avez tant souffert, lorsqu'au milieu de la haine des princes, des pharisiens et des prêtres, le Messie que vous aviez mis au monde, accomplissait sur la terre le pénible travail de son Apostolat; Mère qui avez tant souffert, lorsque vous avez assisté à la Passion de Jésus, et vu expirer sur la croix Celui qui était né de vous-même et qui avait sucé votre lait; Mère qui avez tant souffert, prenez en pitié ici-bas les souffrances de toutes les mères! Venez à leur aide dans leurs peines, comme vous avez se- couru le désespoir plein de foi de la pauvre Croisine. Portez auprès du trône de Dieu, les prières qu'un si grand nombre d'entre elles vous adressent pour la santé, pour la conversion, pour la persévérance de leurs filles ou de leurs fils. Donnez-leur, ô Mère de toute sagesse, les grâces nécessaires pour élever dans la vertu ceux qu'elles ont engendrés à la vie. Apprenez-leur que le crime de faiblesse, qui consiste à gâter un enfant, c'est-à-dire dans le sens rigoureux des mots à pourrir une âme, est plus funeste que le crime de malice qui consisterait à l'empoisonner. Au lieu d'obéir à tout caprice de leurs enfants avec une complaisance servile et d'être esclaves de leurs défauts; au lieu d'avoir pour eux une adoration imbécile et de flatter tous leurs égoïsmes; au lieu de- les parer d'ajustements frivoles et de les former pour la vanité; au lieu de n'avoir pour règle d'éducation que l'humeur changeante du moment, tantôt faible, tantôt impatiente, tantôt colère et injuste; au lieu de préparer de la sorte pour la société des êtres violents, despotiques, paresseux, pleins d'eux-mêmes, incapables de se dominer, et par suite très-malheureux, donner à toutes les mères de comprendre et de remplir chrétiennement et sérieusement, tous les devoirs de leur fonction auguste. Que leur amour ne soit pas aveugle, mais clairvoyant, qu'il soit égal et patient, qu'il soit toujours doux et ferme comme celui que Dieu a pour nous. Que, dès le berceau de l'enfant, elles sachent résister invinciblement à tout ce qui est mal, et déposer en leur cœur avec une constante sollicitude, le germe de tout ce qui est bien; qu'elles ornent ces jeunes âmes de qualités, de vertus, de bonnes habitudes; et qu'elles forment ainsi, pour la régénération de notre patrie, des races chrétiennes, des races fortes et saines, honnêtes et laborieuses, dévouées et vaillantes, des races heureuses dès ici-bas. Tel est l'esprit que nous vous prions, ô Vierge féconde, de faire dépendre et de maintenir à jamais dans le cœur de toutes les mères. Mais en vous demandant ainsi vos grâces pour toute maternité humaine, chacun- de nous, ô très-pieuse fille d'Anne et de Joachim, vous prie en particulier pour sa propre mère. Bénissez, ô Marie, celle qui nous a donné le jour! Bénissez-la, qu'elle ait ou non failli par faiblesse, à tel ou tel des devoirs que nous venons de marquer; bénissez-la, qu'elle soit encore ici-bas, ou qu'elle ait quitté cette terre. Bénissez notre mère, et qu'un jour, dans le Paradis, son époux et leur descendance, réunis à elle, goûtent ensemble, groupés autour de vous, ô Reine du Ciel, l'ineffable bonheur qui ne doit point finir. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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