Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Quinzième jour

Attitude des philosophes, apparition du 25 mars 1858, Immaculée Conception

 

I. La philosophie incroyante, irritée cependant par ces événements qu'elle semblait mépriser, et contre lesquels elle n'osait pas tenter l'épreuve décisive d'une enquête publique, cherchait d'autres moyens de se débarrasser de ces faits écrasants. Elle eut recours à une manœuvre d'une habileté profonde, qui indique toutes les ressources d'esprit que la haine du Surnaturel faisait déployer au groupe des Libres-Penseurs. Au lieu d'examiner les vrais miracles, ils en inventèrent de faux dont ils se réservaient plus tard de dévoiler l'imposture. A Tarbes et autres lieux, leurs journaux ne parlèrent ni de Louis Bourriette, ni de l'enfant de Croisine Ducouts, ni de Blaise Maumus, ni de la veuve Crozat, ni de Marie Daube, ni de Bernarde Soubie, ni de Fabien Baron, ni de Jeanne Crassus, ni d'Auguste Bordes, ni de cent autres. Mais ils fabriquèrent perfidement une légende imaginaire, espérant la propager par la voie de la presse et la réfuter ensuite à leur aise. Une telle assertion peut sembler étrange, aussi ne marchons-nous que preuves en mains. « Ne vous étonnez pas, disait le journal de la Préfecture, l'Ère impériale, s'il y a encore des gens qui persistent à soutenir que la jeune fille est prédestinée, et qu'elle est douée d'une puissance surnaturelle. Pour ces gens-là, il est avéré: 1° Qu'une colombe a plané avant-hier sur la tête de l'enfant pendant le temps qu'a duré son extase; 2° Que la jeune fille a soufflé sur les yeux d'une petite aveugle et lui a rendu la vue; 3° Qu'elle a guéri un autre enfant dont le bras était paralysé; 4° Enfin qu'un paysan de la vallée de Campan, ayant déclaré qu'il n'était pas dupe de ces scènes d'hallucination, la petite fille avait obtenu que les péchés de ce paysan fussent changés en serpents, lesquels serpents l'avaient dévoré sans qu'on ait trouvé trace des membres de l'irrévérencieux ». Quant aux vraies guérisons, quant aux faits miraculeux réellement constatés, quant au jaillissement de la Source, l'habile rédacteur se gardait bien d'en parler. Avec un art non moins grand, il ne donnait aucun nom, afin d'éviter les démentis. Placé au centre même des événements, et par suite se sentant moins hardi contre l'évidence, le pauvre Lavedan, journal de Lourdes, se sentait écrasé par les faits, et se taisait résolument. Son silence devait durer plusieurs semaines. Il ne disait pas un mot de ces choses inouïes et de cette affluence de peuple. On aurait cru volontiers qu'il était rédigé à l'autre bout du monde, s'il n'eût rempli ses colonnes d'articles empruntés çà et là dans les feuilles publiques et dirigés contre la Superstition en général.

II. Durant la période; des Apparitions, un temps magnifique avait favorisé le mouvement populaire. Il y avait eu une série non interrompue de beaux jours comme on n'en avait pas vu depuis plusieurs années. A partir du 5 mars, le temps changea et il tomba une neige épaisse. Les rigueurs de la saison ralentirent naturellement pendant quelques jours le concours à la Grotte. Les guérisons miraculeuses continuaient du reste à se produire. La dame Benoîte Cazeaux, de Lourdes, retenue depuis trois ans dans son lit par une fièvre lente qui se compliquait de point de côté et de douleurs, avait eu vainement recours à la science médicale: tout avait échoué. L'eau de la Grotte l'avait guérie subitement. Blaisette Soupenne avait vu de la même manière et avec la même soudaineté disparaître une maladie chronique des yeux, dont la médecine avait désespéré jusque-là. Les faits merveilleux se multipliaient. Dieu faisait son oeuvre. La sainte Vierge montrait sa toute-puissance.

III. Depuis le dernier jour de la Quinzaine, Bernadette était retournée plusieurs fois à la Grotte, mais un peu comme tout le monde, c'est-à-dire sans ouïr en elle-même cette voix intérieure qui l'appelait irrésistiblement. Cette voix, elle l'entendit de nouveau le 25 mars, dans la matinée, et elle prit aussitôt le chemin des Roches Massabielle. « Bernadette va à la Grotte! », s'écria-t-on de l'un à l'autre en la voyant passer. Et, en un instant, sortant de toutes les maisons, accourant par tous les sentiers, la foule se précipita dans la même direction et arriva en même temps que l'enfant. Dans la vallée, la neige avait fondu depuis deux ou trois jours, mais elle couronnait encore la crête des cimes environnantes, Il faisait un temps clair et beau. Pas une tache dans le bleu paisible du firmament. Le Soleil Roi semblait naître en ce moment au sein de ces blanches montagnes et faisait resplendir son berceau de neige. C'était l'anniversaire du jour où l'ange Gabriel était descendu vers la très pure Vierge de Nazareth et l'avait saluée au nom du Seigneur. L'Église célébrait la fête de l'Annonciation. Tandis que la multitude courait vers la Grotte, et qu'on remarquait par elle la plupart de ceux qui avaient été guéris, Louis Bourriette, la veuve Crozat, Blaisette Soupenne, Benoît Cazeaux, Auguste Bordes et vingt autres, l'Église catholique, sur la fin de son office matinal, chantait ces parole étonnantes: « En ce moment, les yeux des aveugles seront ouverts, les oreilles des sourds auront recouvré l'ouïe, le boiteux bondira comme un cerf, parce que les eaux ont surgi dans le désert et les torrents dans la solitude ».

IV. Dès que l'enfant fut tombée à genoux, l'Apparition se manifesta. Comme toujours rayonnait autour d'Elle d'une auréole ineffable, dont la splendeur était sans limites, dont la douceur était infinie: c'était comme la gloire éternelle de la paix absolue. Comme toujours, son voile et sa robe aux chastes plis avaient la blancheur des neiges éclatantes. Les deux roses qui fleurissaient sous ses pieds avaient la teinte jaune qu'a la base du ciel aux premières lueurs, de l'aube virginale. Sa ceinture était bleue comme le firmament. Bernadette en extase avait oublié la terre devant la Beauté sans tache. « Ma Dame, lui dit-elle, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votreNom? » La royale Apparition sourit et. ne répondit point. Mais en ce moment même, l'Église universelle, poursuivant les solennelles prières de son Office, s'écriait: « Sainte et immaculée Virginité, quelles louanges pourrai-je te donner? En vérité, je ne le sais, car tu as porté, enfermé dans ton sein, Celui que les Cieux ne peuvent contenir ».

Bernadette n'entendait point ces voix lointaines et ne pouvait soupçonner ces harmonies profondes. Devant le silence de la Vision, elle insista et reprit: « Ma Dame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre Nom? » L'Apparition parut rayonner davantage, comme si sa joie allait grandissant, et Elle ne répondit point encore à la demande de l'enfant. Mais l'Église, en toute la chrétienté, continuait ses prières et ses chants, et elle était arrivée à ces mots: « Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur, parce que, étant encore tout enfant, le Très-Haut m'a aimée: et de mes entrailles fut enfanté l'Homme -Dieu. Les générations me proclameront bienheureuse, parce que Dieu a daigné jeter son regard sur son humble servante: et de mes entrailles maternelles fut enfanté l'Homme-Dieu ». Bernadette redoubla ses instances et prononça pour la troisième fois ces paroles: « Ma Dame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre Nom? » L'Apparition semblait entrer de plus en plus dans la gloire bienheureuse; et, comme concentrée en sa félicité, Elle continua de ne point répondre. Mais, par une coïncidence inouïe, le chœur universel de l'Église faisait éclater à cette heure un chant d'allégresse et prononçait le nom terrestre de l'Apparition merveilleuse: « Je vous salue, Marie, pleines de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes ». Bernadette fit entendre encore une fois ces suppliantes paroles: « Ma Dame, je vous en prie, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est vôtre Nom? » L'Apparition avait les mains jointes avec ferveur et le visage dans le rayonnement splendide de la béatitude infinie. C'était l'Humilité dans la gloire. De même que Bernadette contemplait la Vision, la Vision, sans doute, contemplait, au sein de la Trinité divine. Dieu le père dont Elle était la Fille, Dieu le Saint-Esprit dont Elle était l'Épouse, Dieu le Fils dont Elle était la Mère. A la dernière question de l'enfant, Elle disjoignit les mains, faisant glisser sur son bras droit le chapelet au fil d'or et aux grains d'albâtre. Elle ouvrit alors ses deux bras et les inclina vers le sol comme pour montrer à 1a Terre ses mains virginales pleines de bénédictions. Puis, les élevant vers l'éternelle région d'où descendit, à pareil jour, le divin Messager de l'Annonciation, Elle les rejoignit avec ferveur, et, regardant le Ciel, avec le sentiment d'une indicible gratitude, Elle prononça ces paroles: « Je suis l'Immaculée Conception ». Ayant dit ces mots, la très-sainte Vierge disparut, et l'enfant se trouva, comme la multitude, en face d'un rocher désert.

V. A côté d'elle , la miraculeuse Fontaine, tombant par une rigole de bois dans son bassin rustique, faisait entendre le murmure paisible de ses flots. C'était le jour et c'était l'heure où la sainte Église entonnait en son office l'hymne magnifique: « La plus glorieuse des Vierges, éclatante parmi les astres.... » La Vierge, en ce moment, avait voulu attester par sa présence et par ses miracles le dernier dogme qu'a défini l'Église et qu'a proclamé saint Pierre, parlant par la voix de Pie IX. La petite bergère, à laquelle la Vierge divine venait d'apparaître, entendait pour la première fois ces mots: « Immaculée Conception ». Et, ne les comprenant point, elle faisait, en retournant à Lourdes, tous ses efforts pour les retenir. « Je les répétais en moi-même tout le long du chemin pour ne les 'point oublier, nous racontait-elle un jour; et, jusqu'au presbytère où j'allais, je disais: « Immaculée Conception, Immaculée Conception », à chaque pas que je faisais, parce que je voulais porter à M. le Curé les paroles de la Vision, afin que la chapelle se bâtit ».

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Prière à Marie Immaculée

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Que vous dire? ô Notre-Dame de Lourdes, en souvenir de ce jour, où, vous montrant dans votre gloire, vous avez révélé votre Nom, et prononcé ces paroles: « Je suis l'Immaculée Conception. » Que vous dire? sinon tomber à vos pieds et contempler votre Beauté sans tache qui a charmé, de toute éternité, le cœur même du Dieu Tout-Puissant. En vous voyant, ô Splendeur ineffable de la créature sans péché, la Trinité Sainte s'est émue dans les immuables profondeurs de l'immensité ; et, d'un pôle à l'autre des deux infinis, a retenti un cri d'admiration, de respect et d'amour, un cri triple et un, le cri de Dieu. Dieu le Père a dit: « Voilà ma Fille ». Dieu le Saint-Esprit a dit: « Voilà mon Epouse ». Dieu le Fils a dit: « Voilà ma Mère ». Et nous aussi, ô Vierge idéale, Archétype parachevé de l'Humanité sans souillure, de l'Humanité resplendissant dans la Gloire, nous aussi que Jésus a choisis pour frères au prix de son sang, nous qu'il vous a légués sur la Croix, nous osons vous dire avec une confiance filiale que vous ne trompâtes jamais: « Vierge Marie, Vous êtes notre Mère ». Venez donc à notre secours! Venez, Vous qui êtes née sans péché, qui avez vécu sans péché, qui êtes morte sans péché! Venez, Innocence absolue, Sainteté indéfinie, guérir la pauvre race humaine, toute couverte, hélas! de la lèpre du mal. Qui nous sauvera, ô Marie, si ce n'est Celle qui a enfanté le Sauveur? Qui aura assez de compatissance et de tendresse, si ce n'est notre Mère à tous? Qui aura encore assez de force et de puissance, si ce n'est la Fille de Dieu, l'Épouse de Dieu, la Mère de Dieu? Immaculée Conception, Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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