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Les vendredis de Saint Vincent Ferrier


Au pieux lecteur


A mon sens, rien ne peut mieux exciter une âme dévouée à Saint Vincent Ferrier, que les quinze degrés de perfection enseignés par le Saint lui-même dans son Traité de la vie spirituelle. Ne vous effrayez pas, pieux lecteur, en entendant prononcer ce mot de perfection ; car si la chose était aussi difficile qu'on se le figure, Notre-Seigneur Jésus-Christ ne l'aurait pas recommandée à la foule lorsqu'il dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». (Matthieu 5 : 48) La pratique en est sans doute un peu difficile, je ne le nie pas ; mais la vertu est un bien si grand que, pour l'acquérir, il est juste de surmonter toutes les difficultés qui l'entourent. D'ailleurs, si vous cherchez à y arriver par l'échelle royale dressée par le Saint, vous trouverez cet exercice si suave, qu'il vous semblera voir l'âme monter au ciel par un chemin semé de roses.

Le saint, votre avocat, a agi en cela comme fait ordinairement une bonne mère pour son petit enfant ; afin de l'habituer à manger du pain, elle le lui taille en petits morceaux. De même saint Vincent : pour donner le pain de la perfection, cette nourriture si forte, aux plus faibles et aux plus petits dans la vertu, l'économe de Dieu l'a partagé en quinze degrés, tels qu'ils vous sont proposés en ces vendredis. C'est donc un très utile exercice pour acquérir, conjointement avec la protection d'un si grand saint, la perfection elle-même. Voici l'ordre que vous pourrez suivre. Premièrement, vous ferez sur chaque perfection successive une courte lecture, littéralement tirée du chapitre 18 du Traité de la vie spirituelle, composé par le saint. Pour la plus grande consolation des personnes simples, on a accompagné le texte d'une explication brève, mais très solide. Secondement, vous ferez une prière au saint, pour obtenir par son intercession le degré de perfection qu'il vous enseigne. En dernier lieu, pour vous animer efficacement à mettre en lui votre confiance, vous lirez un court entretien sur quelques miracles opérés par le saint. Vous terminerez le tout par une dévote prière, comme sept Pater et sept Ave, ou les litanies du saint.

En tout temps de l'année on peut célébrer les vendredis en l'honneur de saint Vincent, selon les besoins temporels et spirituels de chacun. Mais ceux qui ont une dévotion particulière à ce saint sont dans l'habitude de célébrer les sept vendredis avant sa fête, et les sept vendredis après. Tous les vendredis on fera bien de visiter la chapelle du saint, ou quelqu'une de ses images; on fera bien aussi de jeûner le même jour, si l'on peut; et quand on ne le pourra pas, il faudra y suppléer par quelque œuvre pieuse, d'après l'avis de son confesseur. Le même jour on devra se confesser et faire la sainte communion, pour gagner les indulgences accordées par le grand pontife Benoît XIII, et renouvelées par Pie VII. On devra faire une demi-heure d'oraison mentale, soit en une fois, soit en la partageant en un quart d'heure le matin et autant le soir.

Il faudra méditer les explications et les pratiques sur les perfections de la Vie spirituelle, proposées par le saint. Enfin on récitera sept Pater, sept Ave et sept Gloria Patri en l'honneur des sept dons de l'Esprit-Saint dont fut grandement enrichi notre saint.

Outre l'exercice des sept vendredis avant et après la fête du saint, je vous en propose un autre plus court et plus profitable : tous les vendredis de l'année, qui sont en l'honneur du saint, choisissez une vertu pratiquée par lui, et excitez-la en vous; par exemple : la charité, l'humilité, la mansuétude, l'obéissance, la modestie, la chasteté, la patience, la résignation, etc. ; et cela non pas d'une manière faible et passagère, mais constante et ferme, vous excitant à pratiquer la même vertu; la patience, par exemple, pendant plusieurs vendredis et autres jours, jusqu'à ce que vous la possédiez, et que pas à pas vous puissiez arriver à les pratiquer toutes. En cela, en effet, consiste la vraie dévotion au saint : l'imitation de ses vertus.

 

Pieuse oraison à Saint Vincent Ferrier à dire chaque vendredis de sa dévotion, pour obtenir sa protection et son assistance tous nos besoins et nécessités.

 

O glorieux apôtre de l'Espagne, miséricordieux thaumaturge saint Vincent Ferrier, me voici à vos pieds, misérable que je suis, pour vous supplier de me prendre sous votre puissante protection. Aujourd'hui donc et pour toujours, je vous choisis pour mon avocat particulier. Obtenez-moi de la divine clémence la grâce de m'enrichir par l'imitation de vos vertus. Je désire avoir en mon cœur un amour qui me consacre tout à Dieu et me rende fidèle à l'aimer souverainement et à le servir de tout mon cœur. Je désire que cet amour me porte à me consacrer au service de mon prochain, à l'aider et à le soulager dans ses nécessités. Je désire avoir une humilité qui me soumette à tous, et qui, m'éclairant sur ma misère, me dispose à me mettre au-dessous de tous. Je désire posséder une patience qui me rende fort dans l'adversité, humble dans les offenses, tranquille dans les calamités, sans emportement dans les infirmités, et résigné en tout à la volonté divine. Je désire enfin avoir un zèle véritable par lequel, en opérant comme je le dois pour le salut de mon âme, je me garde toujours d'être une occasion de chutes pour les autres.

Toutes ces vertus et les autres qui me sont nécessaires pour l'entier accomplissement des devoirs de mon état, obtenez-les moi, cher saint Vincent, afin qu'imitant en partie vos innombrables vertus, je puisse, par votre intercession, rester fidèle à mon Dieu. Je vous recommande, comme à mon protecteur, tout mon être : sous les yeux très-doux de votre compassion, je mets tous mes besoins spirituels et temporels, et tous ceux de mes parents, de mes amis et de mes ennemis, comme aussi de tous ceux qui se confient en Dieu et en vous. Ah! très-puissant saint, obtenez-nous aujourd'hui et pour toujours la grâce que vous connaissez être la plus nécessaire à notre avancement spirituel, et celle qui pourra mieux nous servir pour arriver à l'éternelle béatitude. Fortifiez-nous contre les ruses du démon, défendez-nous contre les ennemis de notre salut, délivrez-nous des périls de l'âme et du corps, et obtenez-nous la grâce de vivre avec Dieu sur la terre, afin de pouvoir arriver à jouir de lui avec vous dans le ciel. Ainsi soit-il.

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