Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

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Huitième Mardi

Apostolat en Italie

 

Dans les premiers jours d'octobre 1226, Antoine apprit la mort de Saint François d'Assise. Assurément, au premier moment, la perte que faisait l'Ordre des Frères mineurs dut lui paraître bien grande, et de même que Jésus pleura devant le tombeau de son ami Lazare, de même Antoine dut laisser couler ses larmes sur cette tombe qui venait de se fermer. Mais bientôt il contempla le Saint Patriarche dans la gloire, il le vit au milieu des Anges et des Saints du Seigneur, auprès de son Divin Sauveur qu'il avait tant aimé, et il sentit alors une joie sainte et divine pénétrer dans son cœur. François d'Assise n'était plus, mais son esprit vivait toujours dans ses fils ; le Saint stigmatisé n'était plus, mais ses plaies, devenues glorieuses, restaient une prédication pour tous ses fils spirituels et devaient leur parler de la Croix, de l'amour des souffrances et de l'immolation pour Jésus-Christ ; l'amant de la Pauvreté n'était plus, mais ses enseignements restaient, et à l'oreille des frères, au fond de leur âme, devaient retentir sans cesse ces sublimes paroles de leur Père aimé et vénéré :

« Seigneur, ayez pitié de moi et de Madame la Pauvreté ! Voici qu'elle est assise sur le fumier, elle qui est la Reine des vertus. C'est elle qui Vous reçut dans l'étable et dans la Crèche, et qui, Vous accompagnant tout le long de la vie, prit soin que Vous n'eussiez pas où reposer la tête. Tandis que Votre Mère, à cause de la hauteur de la Croix, ne pouvait plus arriver jusqu'à Vous, en ce moment la Pauvreté Vous embrassa de plus près que jamais. Elle ne voulut point que Votre Croix fût travaillée avec soin, ni que les clous fussent en nombre suffisant, aiguisés et polis, mais elle n'en prépara que trois ; elle les fit durs et grossiers pour mieux servir les intentions de Votre Supplice. Et pendant que Vous mouriez de soif, elle eut soin qu'on vous refusât un peu d'eau, en sorte que ce fut dans les étroits embrassements de cette épouse que Vous rendîtes l'âme. Oh ! Qui n'aimerait pas Madame la Pauvreté ! »

La lettre qui donnait à Antoine la nouvelle de la mort de Saint François lui annonçait aussi que le chapitre général devait se réunir à Assise, six mois après, pour donner un successeur au Séraphique Patriarche dans le gouvernement de l'Ordre des Frères mineurs. Notre Saint dut donc prendre le chemin de la Provence pour se rendre en Italie. Il s'embarqua à Marseille, après avoir bénit une dernière fois la France, la patrie de ses ancêtres, et lui avoir dit adieu pour toujours. Ah ! disons-le maintenant. Antoine emportait de la France le plus doux souvenir. Non seulement il y avait converti des âmes, il y avait vaincu Satan, mais encore il y avait eu les plus suaves et les plus célestes consolations. Un soir, dans les environs de Limoges, il reçut l'hospitalité dans le castel du seigneur de Châteauneuf, et c'est là que Jésus l'attendait. Ce Divin Sauveur, sous la forme d'un Enfant, environné d'une éclatante lumière, s'approcha de Son serviteur qui priait, et l'humble Religieux reçut l'Enfant Dieu dans ses bras, et il y eut entre Jésus et Antoine un entretien que toute plume est impuissante à exprimer. Contemplez le tableau où le célèbre peintre espagnol Murillo a représenté cette apparition divine : Antoine semble triomphant dans sa modestie; chargé de son précieux fardeau, il paraît l'offrir à ceux qui le contemplent et leur dire : « Voyez et goûtez combien Jésus est doux ».

De Marseille, Antoine se rendit à Rome et il alla s'agenouiller aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ. Le Pontife qui occupait alors la Chaire de Saint Pierre était Grégoire IX. Antoine fut chargé de prêcher le Carême aux pèlerins venus à Rome, et au moment des fêtes de Pâques, alors que de tous les points de l'Italie et de toutes les contrées de l'Europe de nombreux fidèles étaient accourus au Tombeau des Saints Apôtres, Antoine fit entendre la Parole de Dieu et le miracle de la Pentecôte se renouvela. Chacun des pèlerins entendit le Saint missionnaire dans la langue de son pays. Après cela, on comprend les conversions nombreuses qui suivirent ces prédications, et on comprend aussi le titre glorieux que le Pontife romain décerna à notre saint, quand il l'appela « l'Arche du Testament ». En quittant Rome, Antoine se rendit à Assise, où se tint le chapitre qui élut Jean Parenti comme général de l'ordre des Frères mineurs. A la fin du chapitre, Antoine fut nommé provincial de Bologne.

« Dès lors, il reprend sa croix de missionnaire et son bâton d'apôtre. Un nouveau champ est ouvert à son zèle brûlant. Il voit l'Italie aux prises avec l'hérésie, le relâchement des mœurs et les discordes politiques. Il se jette dans la mêlée avec une ardeur nouvelle. Les miracles continuent à marquer la trace de ses pas ». Le voici à Rimini. Le peuple est indifférent à sa voix et les cœurs sont endurcis et fermés. Antoine ne perd pas courage. Le sang rédempteur aura-t-il donc coulé en vain pour ces âmes, et deviendront-t-elles la proie de l'enfer? Non, non, notre saint ne peut se résoudre à les abandonner, et s'il faut un miracle pour les toucher et les convertir, il le fera avec la grâce de Dieu. Et, en effet, Antoine convoque les habitants de Rimini au bord de la mer, à l'embouchure de la Marecchia.

Les Fioretti racontent en ces termes leur miracle qui fut accompli en ce lieu : « Antoine se plaça entre le fleuve et la mer. Il commença à parler comme s'il prêchait de la part de Dieu aux poissons, et il dit : « Ecoutez la Parole de Dieu, vous, poissons de la mer et du fleuve, puisque les infidèles hérétiques dédaignent de l'entendre ». Dès qu'il eut parlé, les poissons accoururent en si grand nombre vers le rivage où était le saint, que jamais, dans cette mer et dans ce fleuve, on n'en avait vu une si grande quantité. Antoine leur adressa la parole, et comme les poissons donnaient des signes manifestes d'attention et de respect, il termina ainsi : « Béni soit Dieu éternel, parce que les poissons l'honorent mieux que ne font les hommes hérétiques, et les animaux sans raison écoutent mieux sa parole que les hommes infidèles ». A ce miracle, continuent les Fioretti, le peuple de la cité fut ému, et tous se jetèrent aux pieds de Saint Antoine pour entendre sa parole ». Les hérétiques se convertirent, les âmes s'ouvrirent à la lumière divine, les cœurs s'élevèrent à Dieu sous la parole inspirée de l'apôtre.

A la vue de ces prodiges, l'enfer frémit et il inspira les pensées les plus noires et les desseins les plus criminels aux sectaires qui avaient résisté à la grâce de Dieu. Quelques-uns d'entre eux attentèrent aux jours de notre saint; ils l'invitèrent à dîner sous prétexte de controverse, et lui firent servir un plat empoisonné. Antoine lut dans leur âme la noirceur de leur projet, et faisant le signe de la croix, il mangea ce qu'on lui présentait et n'en éprouva aucun mal. Ce miracle fut suivi de nouvelles et nombreuses conversions.

En quittant Rimini, Antoine alla sur les côtes d'Illyrie et visita Goritz, Gémona et Conégliano. La fondation du couvent de Gémona fut marquée par un célèbre miracle. Comme notre saint travaillait au milieu des ouvriers, il aperçut un paysan qui conduisait une charrette et il lui demanda de l'aider à transporter quelques briques : « Impossible, dit l'homme avec une feinte tristesse, je transporte un mort ». Le prétendu mort n'était autre que son fils endormi dans la charrette. Antoine n'insista pas, et le charretier s'étant éloigné se mit en devoir d'éveiller le jeune homme pour lui raconter la plaisante aventure. Quelle ne fut pas son épouvante, quand, après avoir secoué son fils à plusieurs reprises, le paysan s'aperçut qu'il était mort. N'écoutant que sa douleur et son désespoir, il abandonna sa charrette et revint sur ses pas: Il se prosterna devant Antoine, et avouant son mensonge, avec larmes, il le conjura de lui rendre son enfant. Antoine, ému et touché d'une vive compassion à la vue d'une telle douleur et d'un tel repentir, se rendit auprès de la charrette, pria quelques instants, fit le signe de la croix sur le cadavre et le rendit à la vie.

Et maintenant, ô Antoine ! faites entendre la parole de Dieu à Trévise et à Venise, répandez votre zèle de missionnaire à Florence et à Milan, gagnez des âmes à Jésus-Christ partout où vous passez, montrez la puissance de Dieu par vos miracles, mais réservez les forces de vos derniers jours, l'ardeur apostolique de vos dernières années pour cette ville, heureuse entre toutes de vous posséder, pour cette ville qui doit être votre seconde patrie, pour Padoue, qui sera glorieuse par vous, ô Antoine ! Puisqu'elle doit être la gardienne de votre tombeau.


Prières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.


Hymne à Saint Antoine


Seigneur, gloire à vous qui inondez vos saints de joie; vous êtes la récompense des vaillants et vous vous donnez à Antoine comme prix de ses travaux.

Antoine, homme admirable, vous avez, durant votre vie, reçu, comme gage de la gloire qui vous était réservée, le Christ Jésus dans vos bras.

Après votre dernier soupir, on s'agite avec raison, autour de vos restes, dont la possession est une gloire et un honneur.

 

S

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