Les Treize Mardis de Saint Antoine de Padoue

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Dixième Mardi

Mort et Canonisation


En approchant de la fin, il nous semble que nous montons, que nous arrivons dans une région sereine où ne se font plus entendre les échos du monde. En effet, nous avons fait route avec un Saint, et un Saint s'élève sans cesse vers Dieu, et chaque pas de sa vie est un pas en avant vers les sommets resplendissants du Tabor. Après les labeurs dont nous avons parlé, sachant bien que l'heure n'était pas éloignée où il devait quitter la vie d'ici-bas, Antoine voulut se retirer dans la solitude pour entretenir dans son cœur un foyer plus intense d'amour de Dieu, pour contempler encore dans ses méditations les perfections divines, avant d'aller se plonger dans cet océan sans bornes et sans rivages.

Il demande à son Provincial la permission de se retirer à deux milles de Padoue, à Campo San Pietro, où un ami de l'ordre des Frères Mineurs le reçut avec bonheur et lui donna toute autorisation de choisir le lieu de sa retraite. Ce fut au fond d'un bois, sur le tronc et au milieu des branches d'un noyer séculaire qu'Antoine s'installa pour commencer à se séparer du monde. Comme il avait avec lui deux de ses frères, le Frère Luc et le Frère Roger, le gentilhomme de Campo San Pietro fit construire trois sortes de cabanes sur la puissante ramure de l'arbre géant. « Dans cette cellule, dit l'un des biographes du Saint, l'Homme de Dieu menait la vie érémitique, tout appliqué à de saintes méditations et à de ferventes prières, afin de purifier à fond son âme de toute poussière terrestre ».Chaque jour, le saint quittait sa retraite et se rendait dans un couvent de l'Ordre, qui se trouvait dans le voisinage, pour y prendre son repas.

Quinze jours avant sa mort, le 30 mai 1231, Antoine se trouvait sur le sommet d'une colline, qui domine Padoue. Il s'arrêta à contempler avec émotion cette ville, sa seconde patrie, sa patrie adoptive qu'il aimait. « Il contemplait Padoue avec sa forêt de blanches coupoles, ses palais de marbre, ses jardins embaumés et sa vaste plaine couverte de moissons jaunissantes ». Il contemplait Padoue, et le soleil versait ses flots d'or sur toutes les beautés qui s'étalaient à ses yeux, et alors dans son esprit se pressèrent en foule les souvenirs d'un passé qui n'était pas encore bien éloigné ; il revit le mouvement religieux qui avait remué le cœur de cette ville, il revit la marche ascendante de tout ce peuple de Padoue vers le bien, vers le beau, vers Dieu ; et l'avenir s'ouvrit à sa vue, et son cœur déborda en paroles d'amour et de reconnaissance, et étendant ses bras sur la ville, il la bénit en s'écriant : « O Padoue, sois bénie ! Sois bénie pour la beauté de ton site et pour la richesse de ta campagne ! Sois bénie aussi pour la gloire plus belle et plus riche encore que le ciel te prépare ! » Les témoins de cette scène furent profondément émus. Ils sentirent la grandeur de ce spectacle, mais ils n'en comprirent pas le sens prophétique.

Le jour suprême est arrivé. Ce fut un beau jour. Il fut beau pour Antoine qui, durant toute sa vie, n'avait eu qu'un but, celui de se rendre digne de posséder son Dieu à jamais ; il fut beau pour l'Ordre Séraphique qui compta dans le Ciel un protecteur de plus ; il fut beau pour l'Église qui put se réjouir en contemplant à son firmament une nouvelle gloire radieuse et pure. Suivons pieusement notre bien-aimé saint dans les derniers instants de sa vie mortelle.

C'était le 13 juin et il était midi. Antoine s'était rendu auprès de ses Frères pour prendre son repas, lorsque tout à coup il chancela, se sentit défaillir et tomba dans les bras de ses Frères alarmés. Dieu le prévenait ainsi que le moment d'entrer dans la Patrie éternelle était venu. Antoine le comprit et appelant auprès de lui le Frère Roger, il lui demanda de le faire transporter à Padoue, au Monastère de Sainte Marie, au milieu de ses Frères, pour éviter bien des embarras à ceux de Campo San Pietro. On s'empressa d'obéir, et, un char ayant été préparé, on y plaça le malade et on se mit en route.

Arrivé aux portes de la ville, comme la faiblesse du saint avait augmenté et qu'il semblait impossible d'aller plus loin sans danger pour lui, on s'arrêta, et on le déposa chez les frères du couvent des Pauvres Dames, à l'Arcella. Là, il reçut avec une grande piété et une foi profonde les derniers sacrements. Alors son visage s'illumina d'un rayonnement tout céleste, un sourire de bonheur erra sur ses lèvres et ses yeux parurent fixés sur une apparition qui le ravissait. « Que voyez-vous ? », lui demandèrent ses Frères. « Je vois mon Dieu », répondit-il. C'était sans doute l'Enfant-Dieu qui revenait auprès de son grand serviteur pour lui donner comme un avant-goût du ciel ; c'était sans doute aussi la Vierge bénie, qu'il avait tant aimée, qui venait l'assister dans le passage du temps à l'éternité.

Toujours est-il qu'à ce moment solennel Antoine entonna, non d'une voix faible et mourante, mais d'une voix harmonieuse et retentissante, l'hymne favorite, l'hymne de son enfance, l'hymne qu'il avait coutume de chanter en l'honneur de la Reine du ciel : « O Gloriosa Domina ! » Quand il l'eut achevée, son corps devint d'une blancheur éclatante, son cœur cessa de battre et son âme partit pour le Ciel. Antoine avait trente-six ans.

A ce moment, les rues de Padoue retentirent de ce cri spontané : « Le Saint est mort ! » C'étaient les enfants de la ville qui publiaient la douloureuse nouvelle. A ces cris répétés, les cœurs se serrèrent et les larmes jaillirent de tous les yeux. Chacun sentait vivement la perte qu'il venait de faire. C'était un protecteur, c'était un ami, un père, un consolateur, une force, un Saint qui venait d'être enlevé aux habitants de Padoue. Puis la réflexion succédant à la première explosion de douleur, on faisait la remarque que du haut du Ciel le Saint veillerait mieux que jamais sur sa ville aimée, et on se précipitait vers le Couvent de l'Arcella pour y vénérer les restes de l'apôtre.

A peine Antoine avait-il rendu le dernier soupir qu'il apparut à son ami, l'abbé de Verceil, alors malade, lui rendit la santé et lui donna pour adieu cette parole : « J'ai laissé ma monture à Padoue et je retourne dans la patrie ». Après plusieurs jours passés et employés à calmer l'agitation et les revendications des habitants du quartier de l'Arcella, – car ces amis d'Antoine voulaient garder son corps auprès d'eux, – Padoue fit à son apôtre de magnifiques funérailles. Elles eurent lieu le mardi qui suivit la mort de notre Saint. Les notables et les magistrats de la ville portaient le cercueil sur leurs épaules ; les maisons étaient ornées de draperies, et les chemins et les rues étaient couverts d'un tapis de fleurs. L'évêque présidait accompagné de tout le Clergé régulier et séculier, de la magistrature, de la noblesse, de la bourgeoisie et d'une foule innombrable. Au passage du corps du saint, les miracles se produisaient et se multipliaient. « Tous ceux qui touchaient le cercueil, dit la chronique de Jean de Pécham, étaient immédiatement guéris de leurs infirmités ».

Ce fut vraiment une marche triomphale. Enfin on déposa le corps du thaumaturge dans l'église Sainte Marie, où, d'après quelques auteurs, un sarcophage fut trouvé miraculeusement préparé pour recevoir ces précieuses reliques. Alors il y eut une affluence extraordinaire autour de ce tombeau, et les chroniqueurs nous donnent à ce sujet des détails nombreux et intéressants. « On vit accourir les Vénitiens, les habitants de Trévise et de Vicence, les Lombards et les Esclavons, les Allemands et les Hongrois, qui, tous, voyant de leurs yeux les miracles, louaient et glorifiaient la toute-puissance du Créateur ». Cette puissance divine s'était manifestée, d'une manière éclatante et merveilleuse, durant la vie d'Antoine ; elle se manifestait encore davantage après sa mort. Dieu voulait montrer à tous, avec la dernière évidence, la sainteté de son grand serviteur, en multipliant les miracles sur la tombe qui recouvrait ses restes. De plus, ces nombreux miracles étaient publics et attestés par une multitude de témoins oculaires.

Il n'est donc pas étonnant que la ville de Padoue tout entière, vivant dans cette atmosphère où le surnaturel et le divin surabondaient, n'eût qu'un désir : celui de voir Antoine mis au nombre des Saints et placé sur les autels par l'Église. Une députation, composée des principaux citoyens de Padoue, fut envoyée à Rome, au Souverain Pontife Grégoire IX. Ce pape avait connu notre Saint, l'avait aimé, l'avait apprécié pour la grandeur de son zèle, la beauté de son âme et la profonde connaissance qu'il avait des Saintes Écritures. Touché par cette démonstration spontanée de tout un peuple, le Pontife ordonna aussitôt une enquête canonique et chargea des commissions d'examiner la cause.

Le résultat fut celui qu'on avait prévu et qu'on attendait, celui que les enfants de Padoue avaient annoncé le jour de la mort de Saint Antoine, celui qui était dans tous les cœurs et sur toutes les lèvres : « Antoine est un Saint ». Le Souverain Pontife fixa les fêtes de la canonisation au 30 mai 1232, jour de la Pentecôte, moins d'un an après la mort d'Antoine. Ce fut à Spolète qu'eut lieu la solennité. Le Pape, entouré de tous les Cardinaux, déclara, après avoir invoqué la Sainte Trinité, au nom des apôtres Pierre et Paul, qu'Antoine, de l'ordre des Frères Mineurs, était inscrit au catalogue des Saints et qu'il devait être honoré comme tel. Aussitôt on chanta le Te Deum, et le Pape entonna lui-même l'antienne suivante : « O Docteur sublime, lumière de la Sainte Eglise, Bienheureux Antoine, qui avez aimé la Loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu ! »

 

Prières : Notre Père, je Vous salue, Si Quaeris, Trois Gloire soir au Père, suivis de l'invocation : « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ».

 

Oraison


O grand Saint Antoine, vous dont le cœur est si plein de bonté, et qui avez reçu de Dieu le don de faire des miracles, secourez-moi en ce moment, afin que, par votre assistance, j'obtienne la grâce que je demande (nommer la grâce), et que je puisse ainsi glorifier de plus en plus le Seigneur qui opère par vous de si grandes merveilles.

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Hymne


Célébrons le bonheur de saint Antoine de Padoue, jeune encore il est entré dans le Ciel.

Réjouissez-vous, Antoine, serviteur du Christ, de ce que, dès votre enfance, la grâce du Seigneur vous a conduit vers le Ciel.

Réjouissez-vous, car vous avez désiré le martyre avec une telle ardeur que vous avez changé de Monastère pour aller à la mort.

Réjouissez-vous, car votre science était telle que vous avez mérite d'être appelé par le Pape l'Arche du Nouveau Testament.

Réjouissez-vous, car vous avez brillé par le don de faire des miracles. Vous avez ainsi ramené à Dieu grand nombre de cœurs pervertis.

Réjouissez-vous, car vous avez possédé le don de prophétie ; l'Esprit qui voit l'avenir vous inspirait.

Réjouissez-vous, car vous êtes auprès de Dieu, vous êtes couronné de gloire auprès de Jésus-Christ, et vous êtes là, à votre place pour toujours. Ainsi soit-il.

 

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