Le Mois du Très Saint Sacrement

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Deuxième jour

Le Mardi après la Trinité

 

Venez en nous, Père des pauvres,

venez, Dispensateur des dons,

venez, Lumière de nos cœurs.

Je Vous salue Marie...


Nous lisons dans le second chapitre de la Genèse les paroles suivantes : « Un fleuve sortait de ce lieu de délices pour arroser le Paradis ». C'était à ce fleuve que Dieu avait donné la propriété d'entretenir la fraîcheur dans le Paradis terrestre, de lui communiquer sa fécondité. Tout ce qu'il y avait de riches productions dans ce lieu de délices était dû aux eaux abondantes de ce fleuve; la beauté et la multitude des fruits, l'éclat et les innombrables Variétés des fleurs. Cette source qui se divisait en plusieurs fleuves pour embrasser dans leurs cours, toute la vaste étendue du Paradis, était, suivant Saint Jean Chrysostôme, une figure de la Sainte Eucharistie, fontaine de grâces qui se répand en plusieurs fleuves spirituels, pour répandre sur le champ de l'Eglise la fécondité la plus merveilleuse.

Le Saint Esprit emploie fréquemment, dans l'Ecriture, cette comparaison d'un fleuve ou d'une source d'eau vive pour nous faire comprendre les effets de la grâce que Dieu répand sur les hommes. Tantôt c'est une faible source qui devient un grand fleuve, et qui répand partout ses eaux abondantes. Tantôt le Seigneur promet de répandre la sagesse, comme le Tigre répand ses eaux aux jours des nouveaux fruits ; l'intelligence, comme les eaux de l'Euphrate ; la science qui s'étendra comme le Gehon au jour de la vendange; une autre fois il s'écrie : « Je suis sorti du Paradis, je suis comme le ruisseau d'un fleuve aux eaux immenses, comme l'écoulement d'une rivière, comme le canal qui conduit les eaux ». Nous lisons dans Isaïe : « Un chemin traversera le désert, et je ferai couler des fleuves dans une terre inaccessible ; a tous se désaltéreront dans les eaux que je répandrai à travers le désert, dans les fleuves que je ferai couler à travers la solitude, pour éteindre la soif de mon peuple, du peuple que j'ai choisi ».

Oh! comme elles parlent éloquemment ces figures! L'Eglise, tous les jours, rend au Ciel mille actions de grâces, en reconnaissant que tous ces prodiges de miséricorde s'accomplissent en sa faveur par la Sainte Eucharistie. Elle voit dans cet adorable mystère ce fleuve de Dieu aux eaux magnifiques et abondantes. Elle tressaille d'allégresse parce qu'il lui a été dit : « Le Fleuve de Dieu a été rempli d'eaux ». « L'abondance des eaux du fleuve réjouit la cité de Dieu ». Lorsque Moïse eut conduit le peuple d'Israël dans le désert, l'eau vint à manquer, le peuple murmura. Alors Dieu dit à Moïse : « Frappe la pierre d'Horeb, l'eau en jaillira, et le peuple sera désaltéré ». Moïse obéit, et les eaux abondantes sorties de cette pierre, coulèrent tout le temps que le peuple y demeura. « Le Seigneur, s'écrie David, avait changé la pierre en une source d'eaux abondantes ». Il est bien certain que toutes ces choses étaient pour annoncer les grands mystères de Jésus-Christ et les faveurs dont il devait combler son Eglise. Ecoutons Saint Paul : « Nos pères ont bu le même breuvage spirituel ; ils buvaient de l'eau de la pierre mystérieuse, eau qui les suivait dans le désert ; et cette pierre était Jésus-Christ. Toutes ces choses étaient des figures de ce qui nous regarde ».

Quelle est donc cette Eau spirituelle et mystérieuse qui sort de la pierre comme une source magnifique ! Cette eau destinée à désaltérer le chrétien qui voyage et qui combat, en se dirigeant vers la véritable terre promise, qui est le Ciel ? Où est la source de ces eaux abondantes de la grâce ? Mon Dieu ! Serait-il possible de ne pas voir, sous ces figures, la Divine Eucharistie. Le disciple bien-aimé nous dit dans son Apocalypse : « L'Ange me transporta en esprit sur une montagne grande et élevée, et il me montra Jérusalem, la Cité Sainte qui descendait du Ciel venant de Dieu, et il me montra un fleuve d'eau vive qui sortait du trône de Dieu et de l'Agneau ». Nous la connaissons, cette Jérusalem nouvelle, la Cité Sainte qui vient de Dieu. C'est l'Eglise. Eh bien ! Portons nos regards sur le trône de l'Agneau, sur l'autel du Dieu vivant, où Jésus-Christ, l'Agneau sans tâche, a établi sa demeure. De ce trône d'amour jaillit une fontaine dont les eaux majestueuses se répandant sur toute l'Eglise, vont porter jusqu'aux extrémités du monde, l'abondance des célestes bénédictions.

O mon Dieu ! Qui me donnera de bien comprendre et surtout d'apprécier ce don inestimable ? Qui me découvrira toutes les richesses que répand sur l'Eglise et sur chacun de ses enfants ce fleuve d'eau vive qui a sa source dans la Divine Eucharistie, et qui communique à l'Epouse du Sauveur une fécondité toujours nouvelle ?

 

Premier Point

La Sainte Eucharistie donne à l'âme chrétienne la fécondité

 

Les merveilles opérées dans l'Eglise par les torrents de grâces que la Divine Eucharistie répand sur elle, je dois les considérer dans l'âme fidèle qui a le bonheur de recourir à cette source de tous les biens. L'âme chrétienne est comme une terre qui doit produire des fruits dignes de Dieu. Elle est, dit le prophète, comme un arbre planté sur le bord des eaux, et qui donne son fruit au temps qui lui est marqué. Combien de cœurs fidèles qui se sont ouverts pour recevoir ce principe d'une fécondité admirable, et dont les fruits sont beaux et excellents ! Hélas ! Souvent notre âme, semblable à une terre desséchée et brûlée par l'ardeur dévorante des passions, sent le besoin d'être arrosée, rafraîchie et fécondée par les eaux salutaires de la grâce !Pourquoi demeure-t-elle dans cet état d'aridité qui la rend semblable à cet arbre maudit par Jésus-Christ dans le Saint Evangile ?

David s'était plaint à Dieu de l'aridité de son âme qu'il comparait à une terre déserte, où l'eau ne coule pas. Tout-à-coup le Saint-Esprit ouvre devant lui les trésors divins de la grâce, et le prophète s'écrie : « Vous avez visité la terre, et vous l'avez comme enivrée de vos pluies. Le fleuve de Dieu a été rempli d'eau ; et vous avez par là préparé de quoi nourrir les habitants de la terre. Enivrez d'eau ses sillons ; multipliez ses productions; et elle semblera se réjouir de l'abondance de ses rosées par les fruits qu'elle produira ».

Où donc les âmes ferventes puisent-elles ces sentiments de vertu qui se traduisent en actions souvent héroïques ; les prodiges que la Charité enfante tous les jours; la patience inaltérable au milieu des épreuves les plus cruelles; la pureté sans tâche, parmi les moyens de séduction employés par le monde; où en chercherons-nous le principe ? « Ah ! La timide colombe, nous dit le Saint-Esprit, attache son regard vers les ruisseaux mystérieux ». Et ailleurs : « Les eaux des fontaines ont coulé.... et les âmes sont devenues comme un olivier verdoyant, comme le lys qui croit sur le bord des eaux, comme la rose du printemps ». O vous qui n'êtes que des arbres infructueux, dont le cœur est toujours semblable à une terre sans eau ; levez les yeux, voyez la fontaine aux eaux vives et abondantes. Venez, inclinez votre cœur vers la Sainte Eucharistie, portez sur elle toutes vos pensées ; bientôt vous comprendrez ce que devient une âme fécondée par cette source divine.

 

Deuxième point

La Divine Eucharistie répare les forces

 

Quand le voyageur est accablé de lassitude, quand il a marché longtemps dans un lieu désert, ses forces semblent renaître à la vue d'une source d'eau vive qui sort de la montagne. Lorsque après un combat opiniâtre, un homme couvert de poussière, ses membres étant brisés par des efforts longs et persévérants, vient à rencontrer un torrent, il s'arrête, il bénit Dieu. Bientôt il sent comme une vigueur nouvelle communiquée à tout son corps. Ce voyageur si souvent fatigué, ce combattant dont les forces s'épuisent, n'est-ce pas le fidèle qui gravit la Montagne du Salut, qui rencontre à chaque instant, sur son chemin, des ennemis nombreux dont les attaques multipliées et perfides exigent des efforts persévérants qui épuisent bientôt ses forces ?

Hélas ! Je comprends bien ces choses ! et surtout, je connais depuis longtemps ma faiblesse ! Mais j'entends une voix, c'est celle d'un homme qui a connu , comme moi, toutes les fatigues du désert, et toute la force des ennemis de son salut. Il crie vers le Ciel, et tout-à-coup son cœur se fond en reconnaissance : « C'est le Seigneur qui me conduit ; rien ne pourra me manquer ; il m'a établi dans un lieu « abondant en pâturages ; il m'a amené près d'une fontaine fortifiante. Que mon Calice qui à la force d'enivrer, est a admirable !... »

Cette eau qui répare les forces épuisées, Jésus-Christ en avait parlé à la Samaritaine. « Si vous saviez quel est Celui qui vous a dit : « Donnez-Moi à boire », vous Lui en auriez demandé vous-même, et Il vous aurait donné de l'eau vive ». Le Disciple Bien-aimé n'a-t-il pas entendu le Divin Maître s'écrier : « Je serai leur Pasteur, Je les conduirai aux fontaines des eaux vivantes » ; et encore : « Je donnerai gratuitement à boire de la Source d'Eau Vive à celui qui a soif ». Cette source d'Eau Vive n'est-ce pas la Divine Eucharistie ? Quand Isaïe s'écriait : « Vous deviendrez comme un jardin toujours arrosé, et comme une fontaine dont les eaux ne sèchent jamais ». Ne voyait-il pas de loin l'âme fidèle qui puise continuellement à cette source intarissable du souverain bien ? Ne semblait-il pas apercevoir à travers la nuit des siècles le Sacrement d'amour quand il disait : « C'est là qu'est la fontaine et le puits des eaux vivantes qui coulent avec impétuosité ».

D'où vient qu'un si grand nombre de Chrétiens tombent en défaillance comme ceux dont parlait Saint Paul, quand il disait : « Parmi vous il y en a beaucoup qui sont faibles et malades, d'où vient « que plusieurs meurent par suite de cette faiblesse ? » Ah ! s'écrie un prophète : « Ce peuple a rejeté les eaux de Siloë ! » « Ils m'ont abandonné, dit Jérémie, moi qui suis la fontaine d'eau vive ». Pauvres aveugles qui ne voient pas cette source d'eau vive où l'âme fidèle vient à chaque instant se plonger pour en sortir avec une nouvelle vigueur. C'est là que l'aigle fatigué par la rapidité de son vol vient renouveler sa jeunesse : c'est là que l'âme humiliée par des chutes fréquentes vient laver ses iniquités et chercher l'innocence. Le prophète Zacharie l'avait annoncé. « En ce jour-là, dit-il, il y aura une fontaine ouverte aux habitants de Jérusalem, pour y laver les souillures du pécheur ».

O Jésus ! J'ai cherché partout le remède à mes maux et j'ai souvent oublié la Sainte Eucharistie ! Quelle folie ! Il y a dans cet oubli, qui porte un si grand préjudice aux âmes, quelque chose de surnaturel. Le démon seul peut en être l'auteur ; car il n'ignore pas que les grâces puisées dans cette Source Divine, me rendraient invincible.

 

Troisième point

La Sainte Eucharistie apaise la soif

 

Notre âme est dévorée par la soif du bonheur. Il y a au fond de notre nature un principe de tristesse et d'ennui qui nous accompagne partout et nous empêche de trouver ici-bas une véritable félicité. Et, cependant, nous la cherchons la félicité. Elle est notre fin. Mais ou rencontrer des jouissances capables de nous rendre heureux ? C'est en vain que l'homme s'agite, il ne trouvera qu'un grand vide au milieu des plaisirs qu'il a si longtemps désirés ! O mon âme, où iras-tu te désaltérer ? La soif te dévore. Il faut que tu aimes, il faut que tu jouisses ; c'est un besoin pour ta nature.

J'entends le prophète Isaïe : « Vous puiserez avec joie des eaux dans les Fontaines du Sauveur ». « Il y a une eau, avait dit le sage, qui éteint la soif la plus dévorante ». « Si vous avez soif, buvez l'eau dont mes serviteurs boivent ». « La fontaine de tes jardins, dit l'époux à l'épouse, est une source d'eau vive ». « Allez au-devant de ceux qui sont altérés, et portez leur de l'eau, s'écrie le prophète Isaïe ». Enfin, nous lisons dans l'Apocalypse : « Je donnerai gratuitement à boire de la source d'eau vive à celui qui a soif ». Mais que dis-je ? j'entends une voix qui sort du Tabernacle : « Si Quelqu'un à soif, qu'il vienne à Moi et qu'il boive ». La voici cette eau qui rafraîchit les âmes altérées. Tous les élus de Dieu en ont connu la source. C'est la Divine Eucharistie !

L'Eglise emprunte au prophète ces paroles puissantes : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux ; hâtez-vous ; achetez sans argent et sans aucun échange le vin et le lait ». Je comprends, maintenant, pourquoi mon Jésus a dit : « Heureux ceux qui sont altérés de la justice ! » Oui, elle sera désaltérée, l'âme qui soupire après la Justice et la Sainteté, en venant a la source de tous les biens. Qui dira les douceurs dont certaines âmes sont inondées au pied des Saints Autels ! Ah ! Je n'ai que trop aimé les créatures ! Insensé ! Je ne comprenais pas qu'en buvant à la coupe des plaisirs et des jouissances mondaines, la soif qui me dévore ne pouvait que s'accroître. Désormais je dirai avec le serviteur d'Abraham : « Voilà que je me tiens au pied de cette fontaine ; et je l'appellerai volontiers, comme Josué, « La fontaine du soleil ». L'âme qui vient s'y désaltérer n'est-elle pas inondée de lumières ?

C'est donc à Vous seul, ô mon Sauveur, que j'aurai recours pour rassasier mes insatiables désirs ! Le Sanctuaire, l'Autel, le divin Tabernacle, la Table Eucharistique, voilà mon Trésor !... Ouvrez-vous, Fontaines Sacrées, je veux me désaltérer à Vos Sources Divines ! O Jésus ! O Jésus !

 

Jesu, quem velatum nunc aspicio,

Oro fiat illud quod tam sitio ;

Ut te revelata cernens facie,

Visu sim beatus tuae gloriae.

 

Jésus, que sous un voile, à présent, je regarde,

Je Vous en prie, que se réalise ce dont j'ai tant soif ;

Vous contempler, la face dévoilée,

Que je sois bienheureux, à la vue de Votre gloire.

 

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