Le Mois du Très Saint Sacrement

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Quatrième jour

Le jour de la Fête du Très Saint Sacrement

 

Faites briller en nous Votre Lumière,

Répandez l'amour dans nos cœurs,

Soutenez la faiblesse de nos corps

Par Votre éternelle vigueur !

Je Vous salue Marie

 

Laissons parler le Disciple bien-aimé : « Le soir avant la Fête de Pâques, Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, après qu'il eût aimé les siens qui étaient dans ce monde, Il les aima Jusqu'à la fin ». Le Sauveur va passer de ce monde à son Père, par sa Mort, sa Résurrection et son Ascension, ce que signifie le mot même de Pâques, c'est-à-dire passage. Il avait aimé les Siens, et de quel amour !... Que n'avait-il pas fait pour eux depuis trente-trois ans ! Les Siens qui étaient dans le monde, Ses Apôtres, Ses Disciples, Ses amis, et dans leur personne, tous ceux qui, dans la suite des siècles, consentiront à être aussi Ses disciples, Ses Amis. Il les aima Jusqu'à la fin ! Jésus va étendre son amour jusqu'aux dernières limites où il semble que l'amour d'un Dieu puisse atteindre. Dans cet acte d'Amour incompréhensible, il embrassera tous les hommes de tous les pays jusqu'aux extrémités de l'univers, de tous les temps jusqu'à la consommation des siècles.

Maintenant écoutons Saint Paul, et avec lui Saint Mathieu, Saint Marc et Saint Luc : « J'ai appris du Seigneur ce que je vous ai enseigné, c'est que, dans la nuit même où Il devait être livré à la mort, le Seigneur Jésus prit du pain, et ayant rendu grâces, Il le rompit, et dit à ses Disciples : « Prenez et mangez, ceci est Mon Corps qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de Moi ». De même, après avoir soupé, Il prit le Calice, en disant : « Ce Calice est la nouvelle Alliance en Mon Sang ; faites ceci en mémoire de Moi, toutes les fois que vous le boirez ». Ah ! Le Prophète avait vu de loin ce prodige, et il s'était écrié : « Le Seigneur plein de Tendresse et de Miséricorde a établi un monument de toutes Ses merveilles, Il a donné nourriture à ceux qui le craignent. Sans doute, le Seigneur avait opéré de grandes merveilles depuis la création du monde jusqu'à la venue de Jésus-Christ. Ces merveilles ont eu pour objet de faire connaître Sa puissance, Sa Miséricorde, Sa Sagesse, Sa Justice. Les Miracles sont la voie par où Dieu se manifeste : mais Jésus-Christ en a laissé un permanent dans son Eglise, par lequel il se cache ; c'est celui de l'Eucharistie. Ceci est admirable. Dans l'Eucharistie je trouve le monument des merveilles de Jésus-Christ, puisque c'est la commémoration de sa mort, et le gage de la promesse qu'il a a faite aux fidèles de demeurer parmi eux , quoiqu'il dût remonter au Ciel, et qu'il y soit en effet remonté. Mais en même temps c'est le chef-d'œuvre de la puissance de Jésus-Christ, résolu de se cacher à nos sens pour exercer notre foi. Il nous rappelle, par l'Eucharistie, la mémoire de sa mort ; mais il se cache pour se communiquer à nous, et pour nous nourrir de sa propre substance. Ce Sacrement est tout à la fois le prodige de sa force toute divine, et le monument éternel de sa tendresse ».

Mais quelles sont les plus étonnantes merveilles de la Sagesse, de la Puissance, de l'Amour de Dieu envers les hommes ? Je les trouve dans l'union de la Divinité avec la nature humaine par le Mystère de l'Incarnation, dans le séjour qu'un Dieu a bien voulu faire parmi les hommes, conversant familièrement avec eux pendant trente-trois ans ; enfin, dans le Sacrifice et la mort de ce même Dieu immolé sur la Croix pour le salut des hommes. Or, ces trois grands Mystères ne sont-ils pas continués, et ne pourrait-on pas dire en quelque sorte qu'ils reçoivent comme une extension infinie par le Sacrement de l'Eucharistie ! O Prodige ! Ô Amour ! Ô Mystère ineffable ! Et c'est aujourd'hui que l'Eglise invite tous ses enfants à célébrer le grand jour de l'institution de cet Adorable Sacrement ! Je l'entends qui s'écrie dans le sentiment du plus juste enthousiasme: « Sion, loue ton Sauveur, célèbre dans tes Hymnes et tes Cantiques ton Pasteur et ton Roi. Aie le courage d'exalter son nom par toutes les puissances de ton être : il est au-dessus de toute louange, jamais tu ne pourras le louer assez ».

Dans la Bulle par laquelle le Pape Urbain IV enjoint à toute l'Eglise de célébrer la Fête du Très Saint Sacrement avec la même pompe que les quatre principales Fêtes de l'année, ce Saint Pape s'exprime de la sorte : « Nous versons des larmes de joie dans cette sainte commémoration ; le cœur tressaillant d'allégresse et inondé de consolations, les fait couler de nos yeux en abondance. O immensité du Divin amour ! O débordement de la Divine bonté ! O générosité sans mesure de notre Dieu ! Il nous avait donné déjà toutes choses ; il nous avait faits maîtres de toutes les créatures sur la terre ; il nous avait élevés, ennoblis, jusqu'à commettre un ange pour nous garder et nous assister dans toutes nos voies, jusqu'à l'envoyer pour servir de guide et de conseil à tous ceux qui recevront l'héritage du Salut. Non content d'avoir tant fait pour nous, il a voulu déployer encore les richesses de sa bonté en notre faveur. Pressé par la charité immense qu'il nous porte, il s'est donné lui-même à nous, et mettant le comble à tous les autres prodiges de sa libéralité, par un Miracle que jamais l'amour n'aurait imaginé, il se fait notre nourriture. O bonté singulière et admirable ! Il est tout à la fois le donateur et le don. C'est un prodige de générosité dans un homme, et surtout dans un homme du plus haut rang, de se livrer pour un autre homme : ici c'est notre Dieu lui-même, la Souveraine Grandeur, qui se donne à l'homme jusqu'à lui servir d'aliment, afin que celui qui a trouvé la mort dans le fruit qu'il a mangé autrefois contre la défense de son Créateur, pût retrouver la vie dans une nouvelle nourriture faite de la Chair et du Sang de son Rédempteur. L'homme est tombé après avoir mangé un fruit de mort ; et il s'est relevé en mangeant du fruit de l'Arbre de Vie. Sur le premier Arbre, pendait le morceau fatal qui a perdu Adam avec toute sa postérité ; celui-ci nous a porté l'Antidote Céleste et Divin qui donne l'immortalité. La tentation de goûter celui-là nous a précipités dans l'abîme ; c'est en goûtant celui-ci que nous sommes assurés de notre Salut. Voyez comme par où le mal est entré, le remède lui-même nous est parvenu, et comme d'où la mort est sortie, la bonté du Seigneur en a fuit sortir la vie. Il est écrit du premier aliment : « Au jour où vous en mangerez, vous mourrez »; et il est dit du second : « Ce lui qui mange de ce pain vivra éternellement ». O excellence de ce Sacrement ! O Sacrement digne d'être adoré, respecté, glorifié, honoré, exalté par les plus pures louanges ; d'être célébré par les plus vives acclamations, reçu dans les cœurs les plus chastes ! » Ainsi parle l'Eglise par la bouche du Pasteur Suprême, le Vicaire de Jésus-Christ.

O mon Dieu ! Pénétrez mon cœur des sentiments que Jésus-Christ attend de moi dans ce jour mémorable.

 

Premier point

En quoi consiste le don que Jésus-Christ fait à son Eglise, en instituant le Sacrement de la Divine Eucharistie ?

 

Jésus-Christ se donne Lui-même. Il voulait donner beaucoup, il voulait être généreux à l'excès; il voulait aimer immensément. Il se livre lui-même : Il laisse aux Siens sa personne adorable, Dieu et homme tout ensemble, Jésus laisse à son Eglise sa Divinité et son Humanité, le Dieu-Homme, l'Emmanuel, le Dieu avec nous. Voilà le don inestimable qui nous est fait aujourd'hui Nous le possédons avec toutes ses perfections, il sera avec nous Plein de grâce et de vérité ! Le Verbe qui s'est fait chair dans le sein de Marie, la plus pure des Vierges ; que Marie a porté pendant neuf mois, aujourd'hui, change le pain en son Corps, le vin en son Sang, pour continuer à vivre au milieu des hommes...

Cette Chair Divine dont le Fils de Dieu s'est revêtu au moment de l'Incarnation, cette Chair devenue le prix de notre Rédemption ; cette même Chair dont le Sauveur était revêtu lorsqu'Il passait parmi les peuples en répandant mille Bénédictions ; cette Chair dans laquelle un Dieu a voulu souffrir les tourments les plus affreux pour nous ouvrir le Ciel ; cette même Chair placée glorieusement dans le Ciel depuis le jour de l'Ascension, couronnée d'honneur et de gloire, et dont la vue réjouit les Anges et les Saints ; voilà ce que Jésus-Christ me donne aujourd'hui. Les apparences du pain dérobent Jésus aux yeux de mon corps, comme dans la Crèche et sur la Croix, l'Humanité cachait le Dieu; mais Il est là. Je l'entends qui s'écrie : « Ceci est Mon Corps ».

Saint Jean Damascène, ravi d'admiration à la vue de cette merveille, prend un style tout de feu, et s'écrie : « Le Dieu bon, le Dieu très bon, le Dieu infiniment bon, le Dieu de toute bonté, a voulu répandre sur nous comme un débordement des richesses de son amour pour les hommes ». Oui, c'est vrai, je le crois, ô mon Dieu ! Je le sens ! Je le goûte, ce grand Mystère d'amour !... Je vous adore !... Je vous aime !...

 

Deuxième point

A qui le Sauveur fait-il ce don précieux de Son Corps et de son Sang ?

 

Aux Siens ! C'est Saint Jean qui le dit. Aux Siens qui sont autour de Lui, Aux Siens de tous les temps, de tous les lieux. Donc à nous qui vivons maintenant. O Eglise Catholique, ô ma mère, en t'appartenant, j'ai droit, oui, un droit incontestable à ce bien précieux. Jésus-Christ est à moi, son corps, son sang, son âme, sa divinité ! Alors, quand le Sauveur prit du pain, le bénit et le distribua à ses Disciples en disant : « Ceci est Mon Corps, prenez et mangez, tous » ; Il s'adressait à moi, Il me voyait de loin, il consacrait le pain et le vin pour moi ! O Jésus, il y a donc dix-huit siècles que vous m'attendez dans le Saint Tabernacle ; Vous saviez l'époque où je vivrais, et Vous étiez là dans le Sacrement d'Amour afin que je ne fusse pas un instant sur la terre sans Vous. En venant au monde je Vous y ai trouvé, et je jouis de Votre présence, et je suis en possession de tous les biens qui en découlent§... O amour ! Je veux aujourd'hui goûter, savourer ces paroles : « Après avoir aimé les Siens, Il les aima jusqu'à la fin ! » Ceux qui s'aiment bien se promettent réciproquement de ne s'oublier jamais. Or, voilà ce que Jésus-Christ ne dédaigne pas de me recommander à son égard : « Faites ceci en mémoire de Moi ». Quant à lui, oh ! Il n'oubliera jamais les Siens ! « Voila Mon Corps ! Je suis avec vous tous les jours ! Ah ! Je comprends le langage de l'Eglise:

 

Sit laus plena, sit sonora ;

Sit jucunda, sit decora

mentis jubilatio.

 

Que notre louange soit pleine, qu’elle soit sonore ;

qu’elle soit joyeuse, qu’elle soit belle

la jubilation de nos cœurs.

 

Troisième Point

Dans quelles circonstances Jésus-Christ donne-t-il aux hommes cette marque d'amour ?

 

C'était la veille de Sa mort. Le Démon avait déjà mis dans le cœur de Judas le dessein de le trahir. Le pacte était fait. Encore quelques heures, et la puissance des ténèbres va se déchaîner contre le Juste par excellence. Quelle nuit pour Jésus-Christ que celle qui commence ! Il est à table avec ses Apôtres. J'ai désiré, dit-il, d'un ardent désir de manger cette Pâque avec vous ». Je comprends pourquoi ce désir, ô adorable Jésus ! L'Amour qui Vous brûle a besoin de se faire jour et de se manifester. Il se lève, quitte ses vêtements, lave les pieds à ses Disciples. Toutes ses paroles sont solennelles. Il parle de l'amour. « Désormais Je ne vous appellerai plus Mes serviteurs, mais Je vous appellerai Mes amis. Vous êtes Mes amis ». Dans ce moment le Disciple bien-aimé repose sur la poitrine de son maître. O Dieu ! Quelle admirable scène, quel tableau délicieux pour l'âme pieuse qui le contemple ! Je me tiens en esprit dans un coin du Cénacle; je prête une oreille attentive, je regarde Jésus ; il y a dans tout son extérieur quelque chose de si grand ! La joie, la douleur, l'amour, tous ces sentiments, je les vois dans son regard. C'en est fait, l'Agneau de la nouvelle Loi est substitué à la Pâque ancienne. Le sacrifice de l'autel, la Communion, la vie Eucharistique de Jésus, tout est institué ! Et Judas s'en va, tandis que le Cantique d'action de grâces étant fini, le Sauveur va commencer sa douloureuse passion.

O mon Dieu ! Que de Mystères !.... O triomphe de la Charité Divine !.... Quoi ! Je pourrais aujourd'hui avoir d'autres pensées ! Disons avec une foi vive:

 

« In supremœ nocte cœnae,

Recumbens cum fratribus

Observatà lege plene

Cibis in legalibus,

Cibum turbae. Duodenae,

Sedat suis manibus.

 

« Dans la nuit de la dernière cène,

Se trouvant à table avec ses frères,

Après avoir observé la loi,

En mangeant les viandes qu'elle ordonnait,

Il se donna Lui-même,

Et de Ses propres mains,

A ses douze Apôtres pour être leur Nourriture ».

 

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