Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Troisième jour

Le purgatoire, ou l'Eglise souffrante

 

I. Pour entrer dans le ciel, le sanctuaire de la sainte Eglise ; pour être admis au sein de cette élite des purs esprits, il faut avoir obtenu ici-bas un triomphe complet sur la chair et sur les sens ; il faut être entièrement libre de toute affection terrestre et matérielle, et ne plus vivre pour ainsi dire que par l'âme ; cap elle seule peut faire partie de ce royaume divin des esprits, et si le corps y a quelque part, ce n'est qu'autant qu'il aura été en quelque sorte vaincu et spiritualisé par le souverain domaine que l'âme aura exercé sur lui. Il faut pour entrer dans la gloire, après s'être souillé par le péché, avoir passé par les douleurs d'une complète expiation ; mais, parmi les chrétiens, et même parmi les justes, il en est bien peu qui, à leur heure dernière, réunissent ces indispensables conditions. Leur âme n'est digne à ce moment suprême, ni du bonheur éternel, ni des supplices sans fin. La justice divine doit donc achever de les purifier pour leur ouvrir ensuite ses célestes tabernacles. Cette doctrine est tellement en harmonie avec la nature humaine, que, depuis le jour où l'homme a commencé à mourir, on a vu commencer aussi une sorte de culte pour les tombeaux, et la prière pour les morts. En tout temps, en tout lieu, dans toutes les religions, tous les peuples de l'univers ont cru que ceux qui ont cessé de vivre étaient soulagés par les suffrages des vivants. Cette croyance, qui fut d'abord celle des Juifs, devint ensuite celle des Chrétiens de tous les siècles. Voilà  pourquoi le saint concile de Trente a pu dire en toute vérité : « L'Eglise catholique, instruite par l'Esprit saint et par les Saintes Ecritures, et par l'antique tradition des Pères, enseigne qu'il y a un Purgatoire, et que les âmes qui y sont détenues sont soulagées par les suffrages des fidèles ».

II. Toutefois, tandis que ces élus sont éprouvés pour la dernière fois, ils ne sont pas délaissés ; et si, la justice ne peut céder entièrement ses droits à la Charité infinie, celle-ci sera assez ingénieuse pour découvrir des moyens de satisfaire l'une et l'autre. Quoique partagée en trois provinces distinctes, l'Eglise universelle n'en forme pas moins un immense et unique empire, dont Dieu est le chef, et dont Jésus-Christ est le médiateur et le lien ; c'est, en effet, le Sang adorable du Sauveur qui cimente toutes les parties de ce gigantesque édifice, et c'est sa grâce et son amour qui unissent entre eux tous ceux qui en sont les éléments. Mais, comme cet amour n'est pas un simple sentiment, et qu'il est vrai et sincère, il ne s'en tient pas à déplorer les souffrances des âmes soumises à l'expiation, ni à gémir sur leurs douleurs ; il met encore tout en œuvre pour les soulager. « Par une admirable économie, dit le P. Ventura, la sagesse et la bonté divines ont réuni en nous et par nous, pauvres voyageurs de la terre, comme par une pierre angulaire mystérieuse, le sublime palais du ciel et la prison profonde du purgatoire, pour en former un seul édifice et une seule maison. C'est pour cela que, placés entre l'Eglise qui règne et qui triomphe dans les cieux, et l'Eglise qui souffre et qui est humiliée, dans le lieu de l'expiation, la même Foi, la même espérance, la même Charité qui nous rendent les concitoyens des saints, les familiers, les alliés et les enfants de Dieu, font encore mieux de nous les associés, les compagnons et les amis des âmes du purgatoire : de même que nous sommes en communication directe avec le ciel, de même aussi nous le sommes, et plus étroitement encore, avec le purgatoire. Voilà  pourquoi, tandis que nous recevons les secours de l'intercession des saints qui jouissent du bonheur céleste, nous soulageons par nos suffrages, quoique voyageurs sur la terre, les âmes soumises à l'expiation ; et pendant que la Divine Miséricorde daigne, à la prière des saints, descendre jusqu'à  nous ici-bas, pour pardonner nos fautes et pour soutenir notre faiblesse ; le Sang de Jésus-Christ, appliqué par nos suffrages, pénètre jusque dans l'abîme, et se répand sur les âmes du purgatoire pour effacer leurs souillures et pour adoucir leurs souffrances. C'est ainsi que nous devenons en quelque sorte le mur mitoyen, la pierre angulaire et principale, au moyen desquels se réunissent entre eux le ciel, la terre et le purgatoire ; c'est ainsi que les vrais chrétiens, qui ont la même foi, que les enfants de la véritable Eglise, qui sont en état de grâce, quoique séparés par des distances incommensurables, sont en communication et en société entre eux, et forment une seule et unique Eglise, un seul corps mystique dont Jésus-Christ est le chef, un seul édifice dont Jésus-Christ est le fondement ». (l'Ecole de Miracles, P. Ventura)

III. C'est, en effet, un touchant spectacle que celui des rapports intimes de foi et d'affection qui existent entre la terre et le purgatoire. Voyez la tendre sollicitude dont la sainte Eglise militante entoure comme une bonne mère ses enfants au delà  du temps, jusque dans l'éternité ! Après les avoir assistés toute leur vie, après avoir sanctifié et recueilli leur dernier soupir, elle veut encore que ceux mêmes qui restent dans l'exil, qui sont incertains de leur destinée, qui sont renfermés dans la prison de leur corps et enchaînés à la terre, s'efforcent par leurs prières d'introduire leurs frères défunts dans la Patrie, de leur assurer la félicité éternelle, de renverser le mur qui les sépare de Dieu et de briser les liens qui les empêchent de s'envoler aux cieux. Elle leur ouvre aussi, après leur mort, le riche trésor spirituel dont Jésus-Christ, son divin époux, lui a confié l'administration. Elle offre pour eux l'adorable sacrifice, le propre sang de son divin époux ; elle leur applique les satisfactions surabondantes du Sauveur et des saints au moyen des indulgences ; elle exhorte avec ardeur les fidèles qui sont encore sur la terre à se mortifier, à faire l'aumône et toute espèce de bonnes œuvres, pour acquitter au plus tôt les dettes de ces âmes impuissantes désormais à se libérer, puisque après le temps de l'épreuve on ne peut plus mériter ni démériter ; car ces âmes désolées n'ont d'autre espérance que celle que leur offrent nos suffrages, et ne peuvent attendre de secours que de nous, leur sort est uniquement entre nos mains. (P. Ventura). Admirable sagesse, admirable charité de l'Eglise qui, toute pourvoyant au soulagement et à la délivrance de ces pauvres prisonnières de la Justice divine, fournit aussi à ceux qui sont encore voyageurs ici-bas des moyens aussi ingénieux qu'efficaces de travailler à leur propre sanctification.

 

Élévation sur le Purgatoire, ou l'Eglise souffrante

 

I. L'Eglise m'exhorte à demander pour vous, mes parents, mes amis et mes frères, un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix ! Vous subissez donc, dans ce lieu consacré à l'expiation, les tortures du feu; vous êtes donc plongés dans d'affreuses ténèbres, dans des angoisses pires encore que celles qui ont peut-être présidé à votre agonie ! Les démons, selon toute probabilité, ne viennent pas attiser le feu qui vous dévore, ni vous jeter leurs cris de désespoir. La main seule de la Justice divine s'appesantit sur vous, mais elle suffit bien à vous faire endurer des peines dont celles de cette vie ne peuvent nous donner qu'une faible idée. Hélas ! Malgré les révélations de la foi, vous n'aviez jamais pu comprendre à quel degré des fautes que nous appelons comparativement légères pouvaient outrager la sainteté infinie de Dieu, et exiger une telle réparation ! Vous n'aviez pas assez compris la puissance d'une vie mortifiée, ni tout ce qu'un acte de pénitence, même peu important, pouvait avoir de valeur pour vous faire échapper au moins à une partie des supplices affreux dont vous êtes aujourd'hui victimes ! Demandez pour moi cette intelligence, et comptez sur mon dévouement pour vous.

II. Ô Seigneur ! Qu'est-ce que la justice des hommes à côté de la vôtre ? elle regarde comme une faiblesse pardonnable ce qui est à vos yeux un crime digne des tourments les plus rigoureux. Les plus grands coupables échappent souvent encore à ses plus laborieuses investigations. Puis, tantôt elle exagère le châtiment, et tantôt au contraire elle reste au-dessous de ce que mériterait l'infraction des lois. Elle décèle à chaque instant son incapacité et son impuissance. Mais au souverain modérateur de l'immense empire des âmes, rien ne saurait échapper. Il sonde les reins et les cœurs, sa sagesse infinie pèse tout dans la balance de son infaillible justice. Aucune faute, aucune faiblesse ne peut se dissimuler, aucune âme, malgré sa subtilité, ne réussirait à se dérober à sa puissance sans bornes. « Où fuir, en effet ? comme dit admirablement le Prophète royal. Si je monte jusqu'au Ciel, c'est le lieu de votre demeure ; si je descends dans les entrailles de la terre, je vous y trouve ; si je prends mon vol dès le point du jour et que je franchisse les mers, c'est votre main qui m'a conduit et votre droite qui m'a soutenu. J'ai dit : Je me plongerai dans les ténèbres, et peut-être me cacheront-elles à ses yeux ; mais les ténèbres sont sans obscurité pour vous, et la nuit n'est pas plus sombre à vos yeux que le jour le plus éclatant, car les replis les plus cachés de ma conscience vous sont connus, depuis que je suis sorti du sein de ma mère ». (Ps. 138).

III. Toutefois, ô mon Dieu, si votre justice est terrible, votre Charité est infinie, et vous avez daigné ne pas rompre même par la mort les liens d'affection qui nous unissaient ici-bas à nos proches, à nos amis, à nos frères en Jésus-Christ. Grâce à nos prières, à nos bonnes œuvres et à quelques sacrifices que nous saurons nous imposer, nous pourrons les soulager : nos expiations pourront solder leurs dettes ; nous pourrons hâter leur entrée dans la gloire. Non, tout ne sera pas fini entre eux et nous après l'heure fatale de la mort; un abîme infranchissable n'existe pas dès lors entre nous et ceux qui nous sont chers ; nous pouvons continuer à avoir des rapports avec eux, et même leur être utiles Quel admirable plan ! Quelles sublimes consolations ! Soyez-en, Seigneur, à jamais béni !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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