Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Quatrième jour

L'Eglise militante, nécessité de son existence

 

I. Le Créateur du monde et le fondateur de l'empire des âmes a établi pour le ciel et pour le purgatoire un trop bel ordre, pour négliger ensuite de donner aussi à la terre des lois et un gouvernement propres à la mettre en harmonie avec le reste du plan général et magnifique qu'il se proposait. La terre devait être le berceau des âmes, le lieu de leur éducation et de leurs épreuves ; le ciel n'avait d'autre but que d'être tout à la fois la source des secours divins et la récompense des âmes qui combattent sur la terre : il supposait donc l'existence d'une société première, qui devait être pour ainsi dire la pépinière des élus. Le purgatoire supposait à son tour, d'un côté, la terre et ses fragilités qu'il fait expier, et, de l'autre, le ciel auquel il rend purs et sans tache les saints qu'il ne tenait captifs que pour un temps. Tout dans le plan divin se tient et s'enchaîne. Mais cette société que le Créateur a répandue sur la surface de la terre, pouvait-elle seule rester livrée à elle-même et à ses caprices, sans avoir aucune règle, aucune lumière, aucun gouvernement de nature à la conduire sûrement à son but ?

II. La sagesse divine ne l'a pas voulu : elle a donné des lois à l'homme et à la société, et elle a constitué un gouvernement pour faire observer ces lois. Le royaume de Dieu n'est pas de ce monde, son empire des âmes est tout spirituel, et néanmoins les lois et le gouvernement qu'il a établis, étant destinés à régler et à diriger non-seulement les actes intérieurs, mais aussi les actes extérieurs des hommes, qui eux-mêmes ont un corps et une âme, ces lois et ce gouvernement ne devaient pas être uniquement spirituels, mais participer a la nature des êtres à l'utilité desquels ils étaient destinés. Voilà pourquoi la loi divine ne se contente pas de commander l'adoration en esprit et en vérité, mais encore le culte extérieur; elle prescrit aussi, pour la conservation de l'ordre et de l'harmonie dans la société, certains devoirs que les hommes ont à accomplir les uns envers les autres, et même des règles de conduite personnelle. C'est encore pour cela que Dieu a voulu que le chef du gouvernement spirituel qu'il constituait fût un homme, et que les ministres destinés à le seconder dans sa sage et importante administration le fussent aussi. Faut-il être surpris maintenant, si les moyens employés dans ce gouvernement tiennent tout à la fois du temporel et du spirituel, et s'ils ont quelque chose d'humain, tout en ayant un but surnaturel ?

III. Telles sont, en effet, les bases sur lesquelles la sagesse divine a établi ici-bas son Église; et depuis l'éternité bienheureuse ; c'est-à-dire encore qu'on ne peut arriver à cet heureux terme qu'en prenant des moyens diamétralement opposés avec ceux dont l'on se sert dans le monde pour parvenir à la félicité terrestre. Cela ne veut point dire, comme le prétendent un grand nombre de faux interprètes, que Jésus-Christ ait défendu à son Église de se servir d'aucun moyen extérieur et matériel, lui-même ayant donné l'exemple du contraire en prenant un corps pour sauver les hommes, et en instituant les sacrements qui sont des signes sensibles. l'origine des temps elle a su maintenir dans un admirable équilibre ce mélange si opposé à la sagesse humaine, de l'esprit avec la matière, de ce qui est céleste avec ce qui est humain et terrestre. Le but de la vie de l'homme n'étant autre chose que de se servir des choses temporelles et matérielles, pour les surnaturaliser et les spiritualiser par ses vertus, et de devenir ainsi lui-même un homme céleste, un élu, et digne un jour d'être uni à jamais à Dieu qui est esprit par excellence : il en résulte que l'Église, qui doit conduire l'homme et le soutenir dans celte voie, doit se servir aussi des moyens matériels et spirituels tout à la fois, soit pour agir sur ses sens et arriver ainsi jusqu'à son âme, soit pour l'aider et lui apprendre à vaincre et à dominer sa chair ou ce qui la flatte, et le faire parvenir ainsi à vivre de la vie chrétienne ou spirituelle. Les moyens, en effet, ne doivent-ils pas être en rapport avec la nature de ceux auprès desquels on les emploie, et du but que l'on se propose d'atteindre ?

 

Élévation sur la nécessité de l'existence de l'Eglise militante

 

I. Que l'esprit de l'homme me paraît étroit, et la sagesse prétendue du monde ténébreuse et bornée, lorsque je contemple les vastes plans et la sagesse profonde de celui qui a fondé l'Eglise ! Quel autre que vous, ô mon Dieu, aurait pu former un pareil dessein, et établir d'aussi harmonieuses proportions entre ces trois parties de l'Eglise universelle : le ciel, le purgatoire et la terre ? Mais aussi, quelle autre intelligence que la vôtre aurait pu trouver les moyens admirables par lesquels vous savez élever l'homme de la terre au ciel ? Soyez àjamais béni, Seigneur, de n'avoir pas dédaigné votre faible créature, et d'avoir abaissé votre grandeur et votre majesté infinies jusqu'à elle, pour lui apprendre comment elle pourrait se dégager des liens qui rattachent à la terre et à ses sens, afin de prendre pour ainsi dire son vol, et d'arriver jusqu'à vous au plus haut des cieux.

II. Sans doute, ce qui reste à l'homme de son ancienne dignité avant le péché du premier père suffisait pour lui faire comprendre que son état présent, que l'esclavage des sens et la séduction que les objets matériels opèrent sur eux, étaient un châtiment, une situation anormale dont il fallait sortir. Il sentait bien qu'ici-bas rien ne pouvait satisfaire l'ardeur de ses désirs. Ses nobles aspirations tendaient à l'élever au-dessus des instincts grossiers de sa chair ; mais les ténèbres de son intelligence l'empêchaient d'entrevoir même les moyens de sortir de son déplorable abaissement ; et encore que par ses propres lumières il fût parvenu à connaître ces moyens, sa faiblesse extrême et l'entraînement de ses passions terrestres auraient été un obstacle insurmontable à les réduire en pratique. Vous avez eu pitié de l'homme déchu, ô mon Dieu, et vous avez daigné lui donner une mère pour éclairer ses pas, pour soutenir sa marche défaillante, pour le défendre contre ses ennemis : vous lui avez donné des lois qui sont sa lumière, un gouvernement plein de Charité qui le fortifie et lui tend sans cesse la main pour le guider, l'assister et le protéger dans le dangereux et pénible voyage de la vie, jusqu'à ce qu'il soit arrivé jusqu'à sa fin dernière, au bonheur suprême : vous lui avez donné la sainte Eglise.

III. Ici ce n'est plus seulement mon âme qui s'exhale en sentiments de reconnaissance et d'amour, c'est ma raison qui s'égare et qui se perd dans l'océan sans bornes de votre sagesse et de votre puissance infinies. Vous aviez déjà, en créant l'homme, opéré un miracle permanent, un mystère où la science humaine a toujours échoué lorsqu'elle a voulu l'approfondir : vous aviez uni de la manière la plus intime une substance spirituelle à une substance matérielle, une âme à un corps. Union telle que jamais l'une de ses substances n'est impressionnée sans que le contre-coup n'en soit ressenti par l'autre. Depuis la chute primordiale, l'âme autrefois souveraine était devenue l'esclave du corps et de la matière, il fallait lui rendre sa couronne et son sceptre : qu'avez-vous fait pour lui restituer son ancienne dignité et sa première autorité ? Vous avez opéré un miracle et un prodige plus grands encore que ne l'était l'union de l'âme avec le corps. Votre divin esprit est descendu sur la terre, il a parlé aux hommes dans la loi naturelle du haut du Sinaï, et plus tard, par le Verbe incarné ; il a daigné accorder ses inspirations célestes aux patriarches, aux législateurs de votre peuple, à ses juges, à ses rois, à la tribu de Lévi et enfin aux pontifes de la loi nouvelle. En un mot, la divinité s'est communiquée à l'humanité, et elle a su trouver les moyens d'éclairer, de soutenir et de protéger l'homme et la société tout entière, pour rendre à l'esprit sur la matière le domaine souverain qu'il avait perdu. Ah ! Je commence, Seigneur, à entrevoir, grâce à vos divines lumières, votre admirable plan. Oui, il fallait que vous vous servissiez des hommes et des choses temporelles pour agir sur des êtres matériels, quoique spirituels en même temps, et je vois comment, en animant ces hommes et ces choses temporelles de votre divin esprit, vous avez pu parvenir à rendre à l'âme humaine sa première énergie, son ancienne autorité sur le corps et sur les sens, et finir parfaire de l'homme un être spirituel et surnaturel. Oui, Seigneur, je crois comprendre maintenant combien il était nécessaire aux hommes d'avoir un guide sûr, un soutien tout-puissant, des lois et un gouvernement qui fussent en rapport avec leur nature ; d'avoir à leur portée un secours humain et matériel pour qu'ils pussent le saisir et en être saisis ; divin, pour qu'il pût les élever jusqu'à vous ; une Eglise enfin, tendre, charitable et divine, telle que vous nous l'avez donnée !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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