16 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Dix-septième jour

Immuabilité de la Doctrine Évangélique

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

« Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Saint Matthieu 11, 3). Voilà le langage que semblent tenir certains philosophes de nos jours, je dirais même certains chrétiens peu éclairés des lumières de la Foi. Ils pensent que puisque la Loi Mosaïque donnée par Dieu lui-même n'était pas le dernier mot de la sagesse infinie, la Loi Évangélique étant venue apporter un perfectionnement qui place le Nouveau Testament bien au-dessus de l'Ancien ; de même aussi il pourrait se faire que l'Evangile fit place un jour à des croyances et à une morale plus parfaites, c'est-à-dire à des dogmes moins inaccessibles à la raison humaine, à une morale plus commode et plus en rapport avec la faiblesse de notre nature. Tout, dans ce monde, est à l'état de progrès et de perfectionnement, ajoutent-ils : n'y aurait-il donc que la doctrine évangélique qui restât stationnaire et immobile ? Ne doit-elle pas suivre le mouvement des peuples et les progrès de la civilisation ? Les dogmes, la morale et la forme de l'Eglise actuelle sont-ils tout ce que nous devions attendre de Dieu, ou bien devons-nous en attendre d'autres ?

I. Il n'est pas étonnant que la loi ancienne ou la Loi Judaïque ait été remplacée par une loi plus parfaite, par celle de l'Evangile. Tout dans la première annonçait qu'elle n'était que temporaire, qu'elle n'était que l'ébauche et le préambule d'une autre qui devait infailliblement la suivre. La promesse du Messie faite dès le premier âge du monde, la foi à l'avènement de ce Divin Rédempteur, sans laquelle personne ne pouvait être compté au nombre des justes, ni espérer de salut ; les prophéties qui annonçaient l'époque, le lieu où naîtrait le Sauveur, la famille même qui lui donnerait le jour : n'en était-ce pas assez pour montrer que la religion juive ne devait pas avoir une durée indéterminée, et qu'elle subirait immanquablement de la part du Céleste Législateur une transformation ! L'apôtre Saint Paul ne nous dit-il pas que « la fin que se proposait l'Ancienne Loi était le Christ ? » (Romains 10, 4). « La Loi, dit encore le même apôtre (Hébreux 10, 1), n'avait que l'ombre des biens à venir, et non l'image qui renferme la substance même des choses. Tout arrivait à cet ancien peuple en figure » (1 Corinthiens 10,11), et toutes ces choses n'étaient que l'ombre de tout ce qui se devait passer dans la loi nouvelle » (Colossiens 2, 17). « La Loi, dit à son tour Saint Jean (Jean, 1, 17), a été donnée par Moïse, et la grâce et la vérité ont été apportées par Jésus-Christ ». Il faudrait parcourir tout l'Ancien Testament, pour voir toutes ces figures expliquées en Jésus-Christ. On y voit, à chaque page. Dieu promettant à son peuple de le protéger constamment contre ses ennemis, promettant que le Sauveur du monde naîtrait de son sein ; mais nulle part nous ne voyons le Seigneur lui promettre que la synagogue subsisterait jusqu'à la consommation des siècles ; au contraire, nous lisons, au chapitre 21 de Saint Luc, que Jésus prédit aux Juifs la destruction complète de la Cité Sainte et du Temple, foyer de leur religion, et qu'il leur annonce que leur Nation sera dispersée, conduite en captivité sur tous les points de la terre, et foulée aux pieds jusqu'à ce que les peuples aient accompli leur destinée. Quelle comparaison pourrait-on donc établir entre l'Ancienne et la Nouvelle Loi ? Après la figure devait venir la réalité, mais après la réalité que peut-on attendre encore ? Parmi les prophéties, celles qui se rapportaient à la nation Juive, à sa religion et a l'avènement du Messie, se sont accomplies avec une exactitude telle, qu'elles ne laissent aucun doute sur l'accomplissement de celles qui touchent à la doctrine évangélique, à son immutabilité surtout et à sa perpétuité. Puis, viennent les promesses que le Divin Fondateur de l'Eglise a faites à cette dernière de la manière la plus positive, en lui assurant son assistance jusqu'à la consommation des siècles. Enfin, Jésus-Christ n'a-t-il pas dit qu'il était la vérité et la vie ? Ne s'ensuit-il pas que les dogmes, les mystères et la morale qu'il a enseignés étaient, sont et seront toujours la vérité ? La vérité est immuable, et il n'y a rien à attendre, en fait de perfectionnement et de progrès, au-delà de la vérité. Aussi le législateur de l'Eglise Chrétienne n'a pas craint de dire avec cette autorité et cette solennité qui ne redoutent pas un démenti : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas ». (Saint Matthieu 24, 38.) Il n'y a donc aucun changement à attendre dans la Doctrine Évangélique ; c'est un rocher inébranlable et indestructible contre lequel toutes les erreurs se sont brisées depuis dix-huit siècles, et contre lequel elles continueront à se briser jusqu'à la consommation des temps. Il n'y a plus à attendre que Jésus-Christ venant à la fin du monde pour juger les nations sur le respect qu'elles auront professé pour sa doctrine, et sur l'usage qu'elles en auront fait dans leur conduite.

II. On parle beaucoup aujourd'hui des progrès de la civilisation moderne, de leur incompatibilité avec vieux dogmes et les vieilles lois de l'Eglise, et de 1a nécessité où se trouve celle-ci de faire des changements dans sa constitution pour la mettre au niveau de lumières de son siècle. C'est à peu près aussi raisonnable que si l'on voulait que Dieu réformât les lois de la nature, parce qu'elles sont surannées, et qu'elle ne sont plus en harmonie avec les besoins croissant des peuples et avec les progrès incessants de l'industrie. Ainsi, le soleil ne brille pas assez longtemps pour éclairer les travaux urgents entrepris par nos architectes et nos industriels. On comprend que cette périodicité des jours et des nuits fût suffisante pou: nos ancêtres, qui avaient la bonhomie de se reposer la nuit, comme le saint jour du dimanche ; mais aujourd'hui ce système n'est plus tolérable, parce qu'il ne saurait satisfaire l'activité dévorante de notre époque et les exigences de la société présente. On pourrait et dire autant de toutes les autres lois de la nature qui contrarient les vues orgueilleuses et les intérêts cupides de l'humanité. Mais ces lois sont immuables comme celui qui les a établies, et il faut bien que les hommes s'y soumettent et en prennent leur parti. Il en est de même des dogmes et des lois fondamentales de l'Eglise. Ils sont le soleil de justice qui éclaire le monde moral ; et, immuables comme l'astre des jours, placés comme lui à des hauteurs inaccessibles à toutes les puissances humaines. Dieu n'y changera rien, quelles que soient les aspirations nouvelles et les impatiences du siècle des lumières. La vérité est, ou n'est pas ; mais elle ne peut souffrir aucune modification. Et d'ailleurs, ne serait-il pas absurde que le souverain Seigneur fût obligé de toucher aux principes éternels que sa sagesse infinie a donnés au monde pour guider ses pas chancelants dans les voies de la vérité et du salut, selon le caprice et les exigences de ses misérables créatures ? Ne serait-ce pas le renversement de tout ordre et de subordination ? Eh ! Quoi ! l'homme serait introduit dans les conseils divins, et forcerait en quelque sorte le maître de l'univers et le sien à refaire et inscrire des lois selon son bon plaisir ! Non, ce pas Dieu qui pliera devant les sociétés humaines, quelque avancée que soit leur civilisation. Mais celles-ci auront à accepter les vérités que le Tout-Puissant impose, et à en subir les conséquences pratiques, à être un jour contraintes de rendre un compte e de leur résistance ou de leur mépris au souverain-juge des nations. On dira peut-être que l'Eglise, qui a reçu le dépôt de la doctrine évangélique, a été instituée précisément pour administrer ce dépôt sacré, et par conséquent pour le modifier et le mettre en rapport avec les besoins des temps. L'Eglise, sans doute, a reçu de son Divin Fondateur tous les pouvoirs nécessaires pour le gouvernement de la société chrétienne ; mais parmi ces pouvoirs ne se trouve pas celui de rien retrancher, de rien ajouter, de rien changer, en un mot, ni aux dogmes, ni à la morale de l'Evangile, ni aux Sacrements, parce que toutes ces choses étant immuables, ce pouvoir lui devenait inutile. Elle peut lorsqu'elle le juge prudent et utile, toucher à sa discipline, rappeler des lois qu'elle a faites, soit parce les circonstances à l'occasion desquelles elles ont été portées ont changé, soit parce qu'après avoir été pendant longtemps un moyen de sanctification, le relâchement des mœurs en fait une nouvelle source de désobéissance et de perdition. Elle aussi varier sa législation en cette matière selon les temps, les lieux, les dispositions et le génie de peuples. Mais jamais elle ne se croira autorisée à porter la main sur les révélations divines de son Céleste Fondateur. Dieu lui-même, qui seul aurait droit de modifier son propre ouvrage, ne peut rien y changer, parce qu'ayant tout prévu par sa science infinie, et étant la vérité par essence, aucun de ses oracles ne pourra jamais avoir besoin de la moindre modification.

 

Élévation sur l'immutabilité de la Doctrine Évangélique

 

I. Lorsque vous avez parlé, ô Divin Maître, pourquoi l'homme ne tombe-t-il pas à genoux pour adorer les vérités que votre bonté et votre Miséricorde daignent faire briller à ses yeux ? Son cœur ne devrait-il pas éclater en sentiments d'admiration et de reconnaissance pour un bienfait si considérable et si généreux ? L'immutabilité, qui est le sceau divin auquel on reconnaît vos célestes oracles, loin de devenir pour l'humanité un sujet de scandale, ne devrait-elle pas être pour elle une source inépuisable de consolation d'espérance et de paix ? Tout est mobile ici-bas : la fortune est inconstante, la santé est d'une fragilité dont nous faisons tous les jours la douloureuse expérience, l'amitié même, ce feu presque divin , n'est pas à l'abri de ces vicissitudes qui laissent souvent au cœur plus d'amertumes qu'il n'a goûté de joies. N'était-il pas indispensable pour le repos et le bonheur l'homme qu'il pût trouver, même ici-bas, un point d'appui solide, inébranlable, à l'abri des incertitude et de l'instabilité des choses de ce monde ? Oui, Seigneur, vous saviez que notre cœur serait continuellement inquiet, tant qu'il ne reposerait pas en vous; vous saviez que vous seul pouviez satisfaire les désirs insatiables et apaiser les ardeurs qui le dévorent ; et alors, ô mon Dieu, votre majesté suprême n'a pas craint de se révéler à nous d'une manière plus claire et plus expresse que sous l'Ancienne Loi, par les dogmes, les mystères et la morale célestes de votre Evangile. Et comment ces révélations pourraient-elles ne pas être immuables, puisqu'elles sont la manifestation de votre nature et de votre volonté Divines, inaccessibles et supérieures à toutes les vicissitudes humaines ? Ah ! Si les biens de ce monde sont périssables, s'ils peuvent nous être ravis, nous avons appris de vous, du moins, qu'il n'est pas de puissance assez forte pour nous enlever, malgré nous, les espérances fondées sur votre salutaire doctrine. Grâce à votre divine parole, je sais que, lors même que je serais ici-bas abandonné de tous les hommes, j'ai dans le ciel un Dieu qui sera toujours pour moi le meilleur des pères ; que sa providence veille avec une tendresse maternelle sur moi ; que les épreuves de la vie sont, si je veux les souffrir avec patience et résignation, une source de mérites pour la vie future ; je puis sur cette terre trouver des cœurs insensibles à mes gémissements et à mes larmes, qui n'aient ni le temps ni la volonté de m'écouter; mais vous, ô mon Dieu, toujours vous serez prêt à écouter la prière de votre enfant, et à l'exaucer. Je sais, ô mon aimable Sauveur, que vous êtes descendu des hauteurs du ciel, et que vous avez épousé ma nature afin de la réhabiliter, de l'ennoblir et surtout de l'éclairer par vos pieux enseignements et par vos sublimes exemples ; je sais que vous avez expié mes péchés en mourant pour moi sur une croix, et en m'appliquant les mérites infinis de votre précieux sang par le moyen des sacrements. Je sais, enfin, qu'une fois justifié, une fois dans votre grâce, le divin Esprit habite en moi comme dans un temple; que, si je suis fidèle à ses inspirations et docile à sa voix, il sera pour moi un guide assuré dans la route, périlleuse qui conduit au salut ; il sera ma force dans les combats, ma consolation dans mes afflictions et dans mes peines ; je sais que l'amour divin dont il embrasera mon âme soutiendra mon courage et mon dévouement au milieu des plus grands sacrifices. Que j'aie été, ici-bas, riche ou pauvre, heureux ou malheureux selon le monde, considéré ou méprisé, qu'importe ! Ma vie n'est qu'un pèlerinage, le temps de la lutte et de l'épreuve ; mais le repos, un bonheur sans nuage et sans fin, m'attendent dans l'éternité pour prix de mes travaux. Que pourrait-il y avoir à changer dans cette admirable et consolante doctrine ? Qu'est-ce que les hommes pourraient trouver de plus beau, de plus grand, de plus généreux pour le substituer à ces dogmes, à ces mystères, à cette morale descendus des cieux ? Ah ! Seigneur, mais n'est-ce pas précisément parce que vos enseignements sont immuables, que ma confiance est sans bornes ! Si je pouvais seulement douter que ce que vous m'assurez être aujourd'hui la vérité, pût ne l'être plus demain, quelle fidélité, seriez-vous en droit d'attendre de ma part ? Non, vous, ne seriez plus un Dieu, vous seriez semblable à ces hommes légers et inconstants qui défont un jour ce qu'ils ont fait la veille. Impatients de porter votre joug, qu'ils trouvent trop pesant pour leur délicatesse. ils voudraient, au lieu de vous servir, vous mettre à la remorque de leurs prétendus progrès et disposer, selon leur caprice, de vos conseils et de votre volonté.

II. Que votre immutabilité, ô mon Dieu, soit exactement le contraire de cette mobilité de nos sociétés modernes qui ne rêvent que progrès, c'est chose facile à concevoir. Vous êtes l'Etre souverainement et infiniment parfait, la beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, selon l'éloquent langage de Saint Augustin ; comment pourrait-on établir une comparaison quelconque entre vous et des êtres chétifs qui sont vos créatures, qui ont tout reçu de vous, et qui ne s'aperçoivent pas que s'il appartient à leur nature de progresser, ce n'est que parce qu'ils sont encore loin de la perfection à laquelle ils aspirent, mais à laquelle ils n'atteindront jamais en cette vie ? Qu'ils vous connaissent peu. Seigneur, et qu'ils sont injustes ceux qui vous croient l'ennemi du progrès, parce que vous êtes immuable ; comme si votre divinité ne devait pas avoir des attributs différents de ceux de l'humanité ! Ils ignorent, sans doute, que vous avez dit vous-même aux hommes : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matt., 5, 48) ; c'est-à-dire, faites des progrès, faites des efforts, tendez sans cesse à la perfection ; mais la perfection est le terme du progrès; et comme vous seul, ô mon Dieu, êtes la perfection absolue, vous ne sauriez faire de progrès et n'avez pas à en faire. Et c'est parce que votre Eglise professe cette vérité, à savoir, l'immutabilité de votre nature, et par conséquent de vos dogmes, de vos mystères et de votre morale, qu'ils l'accusent de s'opposer aux progrès de l'humanité, en refusant de sortir de son immobilité ! Sans doute, tant qu'il s'agira de la foi, de tout ce qui en relève et de tout ce qui s y attache, elle s'opposera toujours à toute nouveauté, parce qu'il n'a jamais existé, qu'il n'y a au monde et qu'il ne surgira jamais de sage, ni de philosophe, qui puisse enseigner une doctrine qui l'emporte sur celle dont votre adorable Fils lui a confié le dépôt sacré, et que par conséquent y changer quelque chose ne serait pas progresser. Mais il y a loin entre l'immobilité des croyances et les progrès pratiques. L'astre des jours peut bien rester dans une immobilité relative sans empêcher les corps célestes qui l'entourent de faire leurs révolutions autour de lui, puisqu'il y concourt au contraire par sa puissante attraction, et sans cesser lui-même de les vivifier et de les féconder par sa lumière et sa chaleur ; pourquoi n'en serait-il pas ainsi dans l'ordre moral ? Et c'est en effet, Seigneur, l'ordre merveilleux que vous y avez établi, et qui est ainsi reflété dans toute la nature physique. Les enseignements de votre foi sont le centre autour duquel doivent graviter tous les actes humains, toutes les civilisations et les progrès des sociétés. Ce centre doit donc être immuable ; mais les êtres libres qui sont placés sous son influence peuvent et doivent même progresser en tendant à la perfection. Ils s'en rapprocheront d'autant plus qu'ils obéiront plus fidèlement à la force attractive de leur centre qui est cette même foi. Aussi, votre Eglise, chargée de continuer sur la terre la mission que vous étiez venu y commencer comme réparateur de l'humanité, ne cesse de répéter aux hommes : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Elle s'efforce d'exciter dans leurs âmes la faim et la soif de la justice, c'est-à-dire une noble ardeur pour le progrès moral; c'est le but de tous ses travaux et de toutes ses sollicitudes. Mais, de même, ô mon Dieu, que tout ce que renferme cet admirable univers est un hymne perpétuel qui s'élève du sein même des créatures inertes pour célébrer votre puissance et votre majesté ; ainsi toutes les facultés de l'homme, et toutes les œuvres qui en sont les fruits, sont-elles convoquées par votre Eglise à un progrès incessant vers la perfection, afin de publier tous les jours votre gloire avec plus d'éclat et de magnificence. De tout temps aussi, avons-nous vu la société chrétienne marchant à la tête de tous les progrès. Les ouvrages immortels des Pères témoignent assez que la philosophie, la littérature, l'art oratoire et les langues orientales étaient l'objet des plus sérieuses études de la part des chrétiens des premiers siècles. Plus tard, les sciences et les arts menacés par la barbarie ne trouvèrent bien longtemps d'autre asile que les monastères. D'ailleurs, qui n'admirerait les proportions gigantesques de nos vieilles basiliques, la hardiesse et l'élégance de leurs voûtes, la finesse et la légèreté de ces ornementations où la pierre le dispute à nos tissus les plus délicats ? Que fait-on de nos jours qui puisse y être comparé, si ce n'est de faibles imitations sur des dimensions étroites et mesquines ? Existe-t-il dans l'histoire moderne un seul siècle, un seul règne comparables à ceux du pape Léon X, sous le rapport du progrès des lettres et des arts ? C'est, en effet, alors que fleurirent l'Arioste, Accolti, Alamanni, Frascator, Sannazar, Vida, Bembo, Machiavel, Guichardin, Sadolet, Michel-Ange, Raphaël, André del Sarto, le Caravage, Jules Romain , etc. Et c'est aussi à cette époque que fut achevée la plus grande et la plus belle Eglise du monde, Saint-Pierre de Rome. Tout le monde connaît nos grands orateurs : Bossuet, Fénelon, Massillon, Bourdaloue, qui ont porté notre langue à son plus haut degré de perfection. De nos jours n'avions-nous pas à Rome un phénomène de linguistique dans un cardinal qui parlait parfaitement quarante langues sans compter les idiomes populaires ? et ne voyait-on pas, parmi les religieux, des physiciens, des astronomes, des archéologues qui pouvaient le disputer à nos savants français et étrangers les plus éminents ? La vapeur et l'électricité jouent sans doute le rôle le plus important dans nos découvertes modernes ; mais je ne sache pas que l'Eglise ait rien fait pour en entraver les progrès ; n'a-t-elle pas, au contraire, à chaque instant répandu sur elles ses bénédictions ? Quant à la vapeur, au reste M. Arago a démontré que Hiéron d'Alexandrie, cent vingt ans avant notre ère ; Blasco de Garay, en 1543 ; Salomon de Gaus, en 1615 ; et Branca, en 1629, avaient décrit les principaux effets de la vapeur, et imaginé des procédés pour l'employer comme force motrice. Puis, c'est un moine d'Angleterre qui, dans la solitude de son couvent et au milieu de ses éludes profondes, annonce, près de deux cents ans avant l'événement, que la vapeur portera les hommes au bout du monde avec une rapidité inouïe, et qu'ils pourront se communiquer leurs pensées a des distances incommensurables avec la promptitude de l'éclair. Enfin, c'est le célèbre Ampère, chrétien aussi accompli qu'il fut savant physicien, qui découvre toute la théorie des télégraphes électriques. Si les bornes que nous nous sommes prescrites ne nous empêchaient de nous étendre davantage, nous montrerions facilement la part immense qu'a prise l'Eglise et qu'elle prend encore dans la civilisation des peuples en les moralisant, en adoucissant leur caractère farouche, en les organisant, en y établissant les œuvres de bienfaisance inspirées par sa charité ; car l'industrie et les arts peuvent bien jusqu'à un certain point concourir à la prospérité matérielle des nations et au développement de leur intelligence ; mais ils ne tardent pas à engendrer la corruption et l'impiété, dès qu'ils cessent d'être animés par le souffle vivifiant de la foi ; et alors, au lieu de la civilisation, c'est la démoralisation qu'ils répandent. N'était-ce pas un progrès, même sur la bienfaisance officielle et civile de notre siècle, que cette multitude d'institutions charitables et d'hôpitaux fondés par l'Eglise ? Entre les mains de cette tendre mère, le dévouement désintéressé de la charité chrétienne suffisait à l'administration de tous ces établissements ; l'honneur et le bonheur de servir les membres souffrants de Jésus-Christ payaient assez les sacrifices et les peines de ceux qui se consacraient à ce pieux ministère ; aujourd'hui le laïcisme stérile ne sait faire autre chose que de s'emparer de ces inventions admirables de l'Eglise, de ces asiles qu'elle avait bâtis pour les pauvres, et d'y établir une pépinière de fonctionnaires dûment rétribués aux dépens de la charité publique : sous son ingrate influence, le dévouement est devenu mercenaire. Oh ! Seigneur, que les hommes sont injustes lorsque la passion les aveugle ! Le progrès, pour un grand nombre, est uniquement l'affranchissement toujours croissant de toute loi divine et humaine. Ils ne combattent votre Eglise, et ne l'accusent d'immobilité, que parce qu'elle tient d'une main ferme le frein qu'elle oppose à leurs désordres et à une liberté désastreuse. Mais, ô mon Dieu, votre bras puissant qui la soutient triomphera sans peine de leurs vains efforts, et rendra tout son éclat à l'auréole de gloire dont vous avez orné son auguste front, en la prenant pour votre épouse bien-aimée : cette auréole divine peut bien pâlir un instant aux yeux de la multitude sous les coups de l'épreuve ; mais ce n'est que pour apparaître ensuite plus resplendissante, après de nombreuses victoires.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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