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Le Carême avec la Vénérable Benoîte Rencurel

 

Mgr René Combal, actuel chapelain et ancien recteur du sanctuaire Notre-Dame du Laus, nous propose de vivre le Carême en compagnie de la Vénérable Benoîte Rencurel. A l'occasion de l'année jubilaire du 350e anniversaire des premières apparitions, afin de vivre le Carême, retrouvez, chaque jour de la sainte quarantaine, une méditation pour vous plonger dans la Grâce du Laus.

 

Troisième semaine de Carême

 

Troisième dimanche de Carême

Dimanche 8 mars

Suite de l’apparition du 29 août 1664 au Vallon des Fours

 

En ce dimanche de Carême nous continuons le récit de la dernière apparition au Vallon des Fours, le 29 août 1664 qui nous renvoie à la fin du récit de la Transfiguration. Voici venu l’instant décisif où ce mystère va peut-être s’éclairer : ce récit limpide en marque bien l’atmosphère religieuse :

« Tandis que je priais Dieu, mais ardemment et de toute l’étendue de mes forces, de me faire connaître sa sainte volonté, récitant l’office de la Sainte Vierge à genoux sur une pierre, distant seulement de cinq à six pas de notre bergère… elle m’avertit avec un ton de joye tout-à-fait extraordinaire, en me disant ces paroles : « Eh ! M. le Juge ! vous… la damoiselle… je la vois… venez vittement ! ». Il ne faut pas dire si je m’y rends à grands pas, où estant je lui dis : « Où est-elle ? Sur quoi ? ». Elle me répondit, regardant dans l’antre avec joye et estonnement tout ensemble : « Quoy ! Monsieur le Juge ! vous ne la voyez pas ? » Et sur ce que je lui dis que je n’étais pas homme de bien pour mériter un tel honneur, elle me dit : « Monsieur ! elle vous tend la main… ». Ce qui m’obligea le chapeau au poing et à genoux de tendre la main dans l’antre pour savoir si quelque chose d’invisible me toucherait. Mais la, vérité, je ne touchai rien. Et dans ce temps la bergère me dit que la demoiselle disparaissait et s’enfoncait dans l’antre ».

Ceci fait, je m’escartai encore un peu de notre bergère pour prier Dieu, et lui dit de demeurer encore là, et de prier aussi Dieu. Comme je continuais l’office de la Sainte Vierge, Dieu m’inspira de dire à Benoîte de demander à la demoiselle, qu’elle voyait, comment elle s’appelait. Elle le fit sur le champ, regardant dans l’antre, et elle me répondit d’abord [aussitôt] qu’Elle s’appelait « Dame Marie… et qu’elle ne la verrait de quelque temps ». Paroles qui me surprirent fort, et me confirmèrent tout à fait dans ma première croyance, savoir que la Sainte Vierge daignait bien paraître à cette pauvre et simple bergère. Et dès lors je conclus de très bonnes expériences de cette apparition et ceux que Dieu voulait favoriser, et celui de quelque grand bonheur. J’exhortai notre bergère de tout mon pouvoir de bien prier Dieu, et de se mettre en état de grâce, puisque la Sainte Vierge la comblait d’une faveur singulière. Comme Elle lui avait dit qu’Elle ne la verrait de quelque temps, notre bergère en estait inconsolable et fort affligée ; elle en pleurait même à chaudes larmes, parce que sa vue lui causait une joie inexprimable, ainsi que j’avais pu lire sur son visage estant au-devant de l’antre. »

La vision disparaît comme à la Transfiguration : « Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : relevez-vous, n’ayez pas peur ! Levant les yeux, ils ne virent plus que Lui, Jésus, seul ».

 

Troisième semaine de Carême

Lundi 9 mars

Nombre et importance des guérisons obtenues

 

En ce lundi de la 3e semaine de carême, la première lecture de la messe nous raconte la guérison de Naaman le Syrien, qui fut guéri de la lèpre en se plongeant sept fois dans le Jourdain, pour obéir à l’ordre d’Élisée. C’est l’occasion pour nous de parler du nombre et de l’importance des guérisons obtenues par l’intercession de Benoîte.

Pour dire le nombre et l’importance des guérisons miraculeuses qui ont eu lieu durant la vie de Benoîte, il suffit de prendre en main la copie de Galvin (1850) qui retranscrit les quatre manuscrits originaux des XVIIe et XVIIIe siècles : ceux du juge Grimaud, de Jean Peythieu, du frère Aubin et de Pierre Gaillard, auteur de « la grande histoire ».

Si nous prenons en main la copie du manuscrit du juge Grimaud datant de 1665, que remarquons-nous ? Sur les dix-sept pages de cette copie, onze pages sont consacrées à la relation des guérisons. Nous avons deux pages d’introduction, une page et demi qui relatent les apparitions du début du mois de mai au 29 août 1664 au Vallon des Fours, l’apparition de Pindreau et celle de la chapelle de Bon Rencontre, ensuite une demi-page qui évoque le mouvement des foules de Pentecôte 1665 à janvier 1667 affluant vers le Laus. C’est tout. Tout le reste est consacré au récit des guérisons.

 

Troisième semaine de Carême

Mardi 10 mars

L’Annonciation

 

« L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph. Et le nom de la jeune fille était Marie. » En ce jour nous allons méditer sur l’Annonciation de l’Ange à Marie nous pouvons faire mémoire d’une annonciation dont bénéficia Benoîte : celle des apparitions de la Vierge. Cette annonciation eut lieu sur la « montagne de Saint Maurice » au-dessus du village de Valserres : le saint lui-même, qui était vénéré en ce lieu, annonce à Benoîte au début du mois de mai 1664, que le lendemain, au lieu appelé « Vallon des Fours », elle verra la Mère de Dieu.

Voici le texte : « Elle vit un vieillard tout blanc habillé de rouge, une bonne mine, une longue barbe, une belle taille… Le vieillard lui apparaît, s’approche d’elle, lui demande ce qu’elle fait :« Je garde mes moutons, prie Dieu, cherche de l’eau à boire. » Elle prend son pain et l’invite à manger ; il répond qu’il n’en a pas besoin. « Il faut bien que vous mangiez », dit-elle. « Non ma fille, je ne vis pas du pain terrestre, je ne mange que du pain céleste… Je suis Maurice… » Et il lui dit qu’elle aille dans le vallon qu’il lui montre, qui est au-dessus de Saint-Étienne, où elle verra la mère de Dieu. » Le lendemain, au Vallon des Fours, Benoîte rencontre pour la première fois la « Belle Dame » qui va lui apparaître en ce lieu durant quatre mois, presque tous les jours, « du matin aux étoiles, jusqu’au soir aux étoiles. »

 

Troisième semaine de Carême

Mercredi 11 mars

Premières guérisons

 

Nous avons évoqué lundi le nombre et l’importance des guérisons qui se sont opérées au Laus au temps de Benoîte. Aujourd’hui nous rapporterons quelques exemples significatifs et la première gerbe de guérisons.

La première guérison du Laus est celle d’un estropié du village de Lazer qui a lieu durant le premier pèlerinage, en avril 1665. Le juge Grimaud nous fournit un abrégé des procès-verbaux de dix-huit guérisons, survenues entre le dimanche 28 juin 1665 et le 8 septembre, et consignés par lui-même du 12 août au 8 septembre. Il les transcrit, nous dit-il, dans le but apologétique de confirmer les fidèles dans leur confiance envers la Vierge du Laus, et aussi de faire réfléchir les calvinistes : « nous pouvons dire qu’un grand nombre sont ébranlés dans leur âme, quelque mine qu’ils fassent ». Cette liste de guérisons, Grimaud la poursuit jusqu’à fin juin 1667 dans le compte rendu qu’il a préparé pour Monseigneur d’Aubusson, l’Archevêque d’Embrun alors à Madrid, et dont le texte se trouve aux archives du Laus.

Les huit premiers cas concernent des familles gapençaises bien connues. Les autres se répartissent dans le Bas-Champsaur, les cantons de Chorges et de Savines. « Le premier est arrivé le 28 juin, en la personne du fils de messire Anthoine de Cazeneuve, chirurgien de Gap, appelé Pierre, âgé d’environ onze ans ; il avait sept ulcères à la jambe gauche, trois à la cuisse et quatre depuis le genou jusqu’en bas ; Cela durait depuis environ quinze mois. Une grande fluxion sous l’œil gauche, lui enlevait de temps en temps la vue. Son père, voyant que tous les remèdes de son art de chirurgien étaient comme inutiles, se résolut avec sa femme à le vouer à Notre Dame du Laus. L’ayant mené avec beaucoup de peine, et ayant fait leur dévotion, au sortir de la chapelle l’enfant dit qu’il était guéri. Il revint en effet dans la ville de Gap tout seul, marchant sans douleur, et en moins de trois jours les ulcères furent tout consolidés sans rien y faire et il fut aussi guéri de la fluxion, au grand étonnement de tous ceux qui l’avaient vu en pitoyable état. Le père et la mère l’ont déclaré et signé le 12 août 1665 ».

Le Carême est un temps de guérison. Voilà pourquoi dans les jours suivants nous continueront ces récits de guérisons obtenues par l’intercession de la mère de Dieu, par la foi des pèlerins et l’intervention de Benoîte.

 

Troisième semaine de Carême

Jeudi 12 mars

D’autres guérisons

 

En ce jeudi 27 mars, Jésus expulse un démon qui rend un homme muet… et il proclame : « Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est survenu pour vous ». Le vicaire général Antoine Lambert, après la guérison de Catherine Vial qui avait retrouvé l’usage de ses jambes, s’était écrié à plus de vingt reprises : « le doigt de Dieu est là, le doigt de Dieu est là ! »

À deux reprises, dans les manuscrits du Laus, on voit Benoîte participer à la délivrance de deux personnes possédées en septembre 1710 et en octobre 1716. Il s’agit de Madeleine Petet de Saint Martin de Queyrières (Hautes-Alpes). Nous avons le procès-verbal fait au Laus le 8 septembre 1710 à deux heures de l’après midi, signé par Gaillard qui est prêtre et deux autres personnes. Madeleine était victime d’un maléfice. Le 7 septembre 1710, elle arrive au Laus sur les huit heures du matin. « Elle aboit comme un chien, si fort que les prêtres la firent sortir de l’église parce qu’elle empêchait tous le monde de prier Dieu. Après ma messe, la sœur Benoîte prie les assistants de dire les Litanies de Notre Dame pour elle. Sitôt après, cette bonne femme se trouve délivrée de ce maléfice et elle parle comme auparavant. » On est en droit de penser que cette délivrance subite est due à la qualité de la foi et de la prière de Benoîte qui rejaillit sur l’assistance.

On trouve le même type de délivrance avec Catherine Hermite, la possédée de Seynes les Alpes que Benoîte accueillit et fit entrer dans la basilique. Elle est guérie en mangeant du pain béni à la sacristie et par une confession générale qui la libère complètement. Benoîte la fit diner avec elle et elle repartit calme et paisible. À Seynes les Alpes, les gens étaient dans l’admiration de la retrouver dans cet état. Ils exprimèrent leur confiance et leur vénération envers la Vierge du Laus et sa messagère.

Ce récit est le dernier où Benoîte apparaît en action auprès des pèlerins. C’est elle qui aurait encouragé cette fille à faire une confession générale. Ce trait final manifeste clairement son charisme et de sa mission.

 

Troisième semaine de Carême

Vendredi 13 mars

Les guérisons d’un chartreux et d’un archevêque

 

En ce vendredi de la troisième semaine de carême, nous mentionnons les guérisons étonnantes de Jean Barthélémy, prieur de la Chartreuse de Durbon, et celles de l’archevêque d’Embrun, Monseigneur d’Aubusson de la Feuillade.

« Jean Barthélémy, prieur de la Chartreuse de Durbon, était fort incommodé des jambes depuis longtemps, sans pouvoir s’en soutenir. Un de ses religieux lui dit de se vouer à Notre Dame du Laus, qui faisait tant de miracles. Il répondit qu’il leur était interdit de faire aucun vœu, mais que si néanmoins il plaisait à Dieu que l’intercession de sa Sainte Mère le soulage de son mal, il s’en irait célébrer la Sainte Messe dans son oratoire du Laus, dès qu’il pourrait monter à cheval. La veille de la Saint Martin, il eut la pensée que la Vierge lui disait de se lever, et qu’il était guéri. Il se lève, tout étonné de ne point sentir de mal à ses jambes ; il croit rêver, marche par sa chambre librement et sans bâton, appelle ses religieux, les avertit du miracle arrivé en sa personne, les conjure de rendre grâces à Dieu et à la Sainte Vierge d’un tel bienfait et fait dire l’office De Beata. Puis il fait préparer un cheval pour partir au Laus. Il rencontre en chemin le sieur Bonnet, médecin de Gap, qui venait avec un plein panier de drogues pour le soulager ; il lui dit qu’il avait trouvé un autre médecin que lui ! Le lendemain, deuxième jour de la foire de Saint Martin, il quitte Gap pour le Laus où il vient célébrer la messe, et revient coucher à Gap. Il témoigne de toute sa guérison en place publique, en présence d’un grand nombre de notables et de représentants de la religion calviniste. »

« Monseigneur l’Archevêque d’Embrun, ambassadeur pour le Roy en Espagne, a été guéri instantanément  d’une très grave maladie à laquelle il n’espérait point réchapper. Cela sur l’avis qui lui avait été donné qu’une nouvelle dévotion arrivait dans son diocèse et après s’être voué à la Vierge du Laus : ceci l’obligea de donner ordre de faire dire une neuvaine de messes en action de grâce, de faire présent à ladite chapelle de 300 livres pour la bâtisse en attendant ses plus grandes libéralités ».

 

Troisième semaine de Carême

Samedi 14 mars

La nature de ces guérisons

 

En ce samedi de la troisième semaine de Carême, nous évoquons la nature des guérisons opérées en deux ans du temps de Benoîte. Nous citerons d’abord en synthèse un texte de l’historien Juvénis, contemporain de Benoîte, dans sa chronique historique : « On y faisait des vœux, des processions et des offrandes. Les ulcéreux, les phtisiques, les perclus, les impotents, les autres malades y recevaient la guérison. Les pécheurs invétérés et rebelles y trouvaient par des confessions très douloureuses une salutaire pénitence ».

Le Père de Labriolle note que, de l’automne 1665 à l’hiver 1669, les guérisons des yeux sont les plus fréquentes avec celle des ulcères ; puis ce sont les paralysies des membres, les cas dits désespérés ; ensuite les maladies digestives ou nerveuses et enfin les grosses fièvres et les surdités. Pierre Gaillard note entre 1701 et 1703 : « ceux qui ont mal aux yeux offrent des cœurs d’argent après leur guérison ; ceux qui sont guéris de chancre au nez, au visage, au sein, etc… offrent aussi des présents. »

En 1669 et 1684, des guérisons nombreuses et variées sont signalées chaque année par Gaillard. Également en 1673, 74, 75, 76 ; après avoir énuméré six cas de guérison, il ajoute : « qu’on juge des autres miracles par ce petit nombre cité en si peu de temps, par les autres guérisons dont on n’a pas parlé et qui sont continuelles. » En 1677 et 1678 il cite une nouvelle liste de guérisons ; en 1679 une autre guérison est signalée ; et presque chaque année dans son manuscrit, Gaillard répète comme un refrain : « quel dommage qu’on ait recueilli que quelques miettes. »

Peythieu n’avait-il pas écrit en 1671 : « je m’accuse de négliger à recueillir les guérisons qu’on m’a rapportées, aussi extraordinaires qu’on pourrait imaginer, parce que dans les commencements je n’avais pas assez de piété pour les croire. » Nous relevons vingt-huit guérisons en 1684 et 1685 et seize dans les trois années suivantes. En tout, cinquante et une guérisons durant ces cinq années. Neuf autres cas sont signalés de 1701 à 1703. Le Père de Labriolle relève dans le manuscrit de Gaillard neuf guérisons de 1709 à 1711.

Si nous revenons un peu en arrière pour prendre conscience du nombre de guérisons, nous avons un total de quatre-vingt guérisons signalées du printemps 1665 à la fin de l’année 1669, donc presque une centaine de guérisons en moins de cinq ans. Et Gaillard fait remarquer qu’il y en a eu une infinité d’autres qu’on n’a pas eu le soin d’observer ou d’écrire. On a, en effet, consigné par écrit surtout les guérisons des gens du voisinage, mais il y en a sûrement eu d’autres, de gens plus éloignés qui n’ont pas été rapportées, non seulement de la France mais des pays étrangers.

 

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