Neuvaine à l'école de saint Dominique

Avec ses neuf manières de prier

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Introduction

 

En cette année du Jubilé de l’Ordre de Saint Dominique, nous vous proposons de le regarder prier. Le bienheureux Jourdain de Saxe disait de lui : « Il était comme l’olivier fécond et comme le cyprès qui s’élèvent vers les hauteurs. Il consumait ses jours et ses nuits se dédiant inlassablement à l’oraison ». Notre Père saint Dominique n’a pas laissé d’écrit, mais bien des frères l’ont vu prier et ont laissé de beaux souvenirs, dont un manuscrit d’un auteur inconnu, 1260-1288, écrit en catalan : Les neuf manières de prier de saint Dominique. C’est à partir d’extraits de cet opuscule, illustré avec de belles miniatures, que nous vivrons cette neuvaine. Il ne s’agit pas tant d’imiter tel quel saint Dominique dans ses gestes, mais de s’inspirer de l’esprit qui l’animait, pour stimuler notre ferveur et notre propre manière de prier. À la suite de chacune des manières de prier, une courte prière est formulée, pour alimenter notre prière personnelle.

01

Premier jour

Inclination

(la prière des inclinations)

 

La première manière était la suivante. Humblement prosterné devant l’autel, comme si Jésus-Christ, représenté par cet autel, lui était réellement et personnellement présent, et non pas seulement dans son symbole, il disait : « Mon Dieu, vous avez toujours eu pour agréable la prière des hommes humbles et doux » (Judith, IX, 16) (…) Après avoir prié de la sorte, le saint père se relevait, inclinait la tête, et considérant avec humilité son chef Jésus-Christ (…) il appliquait tout son être à lui manifester sa vénération. Il enseignait aux frères à faire de même quand ils passaient devant le crucifix, signe de l’humiliation de Jésus-Christ; (…) Cette sorte d’humilité, il la demandait aussi en l’honneur de la Sainte Trinité, lorsqu’on chantait le verset : « Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto ». Cette manière d’incliner profondément la tête, comme le montre la figure, était le point de départ de ses dévotions.

Avec Dominique qui se prosternait humblement devant le Crucifié, nous t’implorons, Seigneur : que Jésus crucifié, vainqueur du mal et de la mort, demeure toujours notre seule richesse.

02

Deuxième jour

Prostration

(La prière des prostrations)

 

Souvent aussi le bienheureux Dominique priait entièrement étendu la face contre terre. Il entretenait alors dans son cœur de vrais sentiments de [regret de ses fautes]. Il se rappelait les enseignements des divines Écritures, prononçant quelquefois, à voix assez haute pour être entendue, cette parole du saint Évangile : « Ô Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur » (Luc, XVIII, 13). Pieusement et avec une crainte respectueuse, il redisait ce verset de David : « C’est bien moi qui ai péché et accompli l’iniquité » (Ps L, 5) Alors il pleurait et poussait de grands gémissements. (…) Il exhortait aussi les plus jeunes en ces termes : « Si vous ne pouvez pleurer vos péchés parce que vous n’en avez pas, pensez au grand nombre de pécheurs qui peuvent être préparés à la miséricorde et à la charité. Pour eux les prophètes et les apôtres ont adressé au ciel leurs gémissements; pour eux aussi Jésus, qui les pénétrait de son regard, pleura douloureusement. »

Avec Dominique étendu à terre en signe de pénitence, nous t’implorons, Seigneur : pardonne à l’humanité ses égoïsmes de toutes sortes et son orgueil redoutable qui abîment sa première beauté et donne à tous la grâce de la charité qui refait toute chose nouvelle.

03

Troisième jour

Discipline

(La prière du sang)

 

Pour ce motif, comme suite naturelle de ce qui vient d’être dit (cf. 2e manière de prier, 2e jour de la neuvaine), il se relevait pour se donner la discipline avec une chaîne de fer, en disant : « Votre discipline m’a corrigé jusqu’à la fin » (Ps XVII, 36). C’est pourquoi l’ordre entier a statué que tous les frères, en mémoire de cet exemple de saint Dominique, (…) recevraient la discipline … pendant ce temps, ils réciteraient avec dévotion le Miserere ou le De Profundis. Ils feraient cette pénitence soit pour leurs propres fautes, soit pour celles des bienfaiteurs qui les font vivre de leurs aumônes. Aussi personne, si innocent qu’il puisse être, ne doit se soustraire à cet usage.

(N.B. : Si cet usage n’est plus en vigueur dans l’Ordre maintenant, l’obligation demeure cependant, et plus que jamais, de prier pour nos péchés et pour ceux du monde entier !)

Avec Dominique qui se donnait la discipline, nous t’implorons, Seigneur : veille particulièrement sur nos frères et sœurs qui œuvrent au Moyen-Orient. Aie pitié de tous ceux qui aujourd’hui et de tant de façons sont rejetés, torturés, et souviens-toi de ceux qui rejettent et torturent.

04

Quatrième jour

Génuflexions

(prière des regards)

 

Ensuite saint Dominique se rendait devant l’autel, ou bien au chapitre. Là, le regard fixé sur le crucifix, il le considérait avec une incomparable pénétration. Devant lui il faisait de nombreuses génuflexions. Parfois aussi, depuis complies jusqu’au milieu de la nuit, tantôt il se relevait, tantôt il s’agenouillait… (…) Il se formait alors dans notre père saint Dominique un grand sentiment de confiance dans la miséricorde de Dieu pour lui-même, pour tous les pécheurs, et pour la conservation des frères plus jeunes qu’il envoyait au milieu du monde prêcher l’évangile aux âmes. (…) Il restait parfois très longtemps en génuflexion, l’âme perdue dans le ravissement. Et quelquefois il semblait que dans cette sorte de regard son intelligence pénétrait le ciel, et tout aussitôt rempli d’une céleste joie, il essuyait les larmes qui coulaient de ses yeux. (…) Il était tellement habitué à fléchir les genoux que, même en voyage, dans les hôtelleries, après les fatigues de la route et jusque sur les chemins, pendant que ses compagnons dormaient ou se reposaient, il revenait à ses génuflexions comme à son art et à son ministère particuliers. Et par son exemple plus que par ses paroles, il enseignait aux frères cette manière de prier.

 

Avec Dominique qui, le regard tourné vers le ciel, se sentait attiré vers Dieu, nous t’implorons, Seigneur : regarde ceux qui cherchent une raison de vivre; que leur regard se tourne vers Jésus le chemin, la vérité et la vie.

05

Cinquième jour

Debout devant l’autel

(prière des mains)

 

Quand il était au couvent, le saint père Dominique se tenait aussi quelquefois debout devant l’autel, bien droit de tout son corps sur les pieds, sans se soutenir ou s’appuyer à quoi que ce fût, les mains étendues devant la poitrine à la façon d’un livre ouvert. Ainsi se comportait-il dans la manière de se tenir debout avec grand respect et dévotion, comme s’il eût fait sa lecture en la présence visible de Dieu. Alors plongé en oraison, on le voyait méditer la parole de Dieu, et comme se la redire à lui-même avec suavité. (…) Tantôt il joignait les mains et les tenait fortement unies devant ses yeux en se ramassant sur lui-même; tantôt il les élevait à la hauteur des épaules, comme le prêtre a coutume de le faire quand il célèbre la sainte messe. Il semblait vouloir tendre l’oreille pour mieux écouter quelque parole qui lui aurait été dite de l’autel. (…) Témoins de cet exemple, les frères étaient très impressionnés en présence de leur père et de leur maître; et, devenus plus fervents, ils se trouvaient merveilleusement entraînés à une prière admirable de piété et de constance.

Avec Dominique qui se tenait près de l’autel, les mains ouvertes comme un livre devant sa poitrine, nous t’implorons, Seigneur : que ta Parole aide les chrétiens à garder leur cœur ouvert pour aimer et servir comme ton Fils au soir de la Cène.

06

Sixième jour

Bras étendus

(prière de violence)

 

On a vu aussi d’autres fois le saint père Dominique prier les mains ouvertes, les bras fortement tendus en forme de croix, et debout, le corps bien droit autant qu’il le pouvait. C’est ainsi qu’il pria quand, sur sa prière, Dieu ressuscita le jeune Napoléon, dans la sacristie du couvent de Saint-Sixte, à Rome. (…) Le saint homme Dominique n’avait recours à cette manière de prier que dans les circonstances où, sous l’inspiration de Dieu, il savait que quelque chose de grand et de merveilleux allait se produire par la vertu de sa prière. S’il ne défendait pas aux frères de prier ainsi, il ne les y exhortait pas davantage. (…) Il prononçait avec lenteur, gravité et mûre réflexion les paroles du psautier qui font mention de ce genre de prière. (…) Ainsi tout homme pieux pouvait admirer à la fois et la dévotion et la science de notre père quand il priait de la sorte, soit qu’il voulût comme exercer sur Dieu une grande violence, par la vertu de son oraison ; soit plutôt que, sous l’effet d’une inspiration intérieure, il eût le sentiment que Dieu le poussait à demander quelque grâce singulière pour lui ou pour le prochain. Il puisait alors sa force dans la doctrine de David, dans le feu d’Élie, dans la charité du Christ, dans une dévotion toute divine.

Avec Dominique qui priait les bras en croix, nous t’implorons, Seigneur : donne-nous, à l’exemple de ton Fils Jésus, de porter notre croix avec amour afin de le suivre en vérité.

07

Septième jour

Tendu comme une flèche

(prière d’imploration)

 

On le voyait souvent aussi se dresser de toute sa taille vers le ciel, à la manière d’une flèche qu’un arc bien tendu aurait lancée droit dans l’azur. Il élevait au-dessus de la tête les mains fortement tendues, jointes l’une contre l’autre, ou légèrement ouvertes comme pour recevoir quelque chose du ciel. On croit qu’il était alors l’objet d’un accroissement de grâce et que, ravi à lui-même, il obtenait de Dieu, pour l’ordre dont il avait jeté les fondements, les dons du Saint-Esprit; pour lui-même et pour les frères, un peu de la suavité délectable qui se trouve dans les actes des béatitudes et qui fait qu’on s’estime heureux dans les rigueurs de la pauvreté, l’amertume de la douleur, la violence de la persécution, la faim et la soif de la justice, les étreintes de la miséricorde, et qu’on se maintient dans une joyeuse ferveur, pour l’observance des préceptes et la pratique des conseils évangéliques. Dans ces moments, le saint père semblait entrer comme à la dérobée dans le Saint des Saints, et jusqu’au troisième ciel. (…) Par sa parole et son saint exemple, il ne cessait d’enseigner les frères à prier de même…

Avec Dominique qui priait le corps tendu vers toi comme une flèche, nous t’implorons, Seigneur : qu’en vrais fils et filles de saint Dominique nous vivions plus intensément de la joie de l’Évangile au cœur de l’Église et du monde.

08

Huitième jour

Étudiant la Parole de Dieu

(prière d’intimité)

 

Notre père saint Dominique avait encore une autre manière de prier, toute pleine de beauté, de dévotion et de charme. Il s’y livrait après les heures canoniales et après l’action de grâces commune qui suit les repas. Ce bon père, admirable de sobriété et débordant de l’esprit de dévotion, qu’il avait puisé dans les divines paroles qui se chantaient au chœur ou au réfectoire, se mettait bien vite dans un endroit solitaire, en cellule ou ailleurs, pour lire et prier, recueilli en lui-même et fixé en Dieu. Paisiblement il s’asseyait, et après avoir fait le signe de la croix, il lisait dans quelque livre ouvert devant lui : son âme éprouvait alors une douce émotion, comme s’il eût entendu le Seigneur lui-même lui adresser la parole… (…) il paraissait tantôt ne pouvoir contenir ses paroles et sa pensée, tantôt écouter paisiblement, discuter et lutter. On le voyait rire et pleurer tour à tour, regarder fixement et baisser les yeux, puis se parler bas et se frapper la poitrine. (…) Et tandis qu’il lisait ainsi dans la solitude, il vénérait son livre; et, s’inclinant vers lui, le baisait avec amour, surtout quand c’était le livre des Évangiles, et qu’il lisait les paroles que Jésus-Christ avait daigné prononcer de sa bouche.

Avec Dominique qui s’assoyait pour lire et prier, nous t’implorons, Seigneur : qu’au rythme des liturgies, les consacrés du monde entier accueillent de façon renouvelée ta Parole vivifiante et se laissent convertir par elle afin que le monde croie.

09

Neuvième jour

En voyage

(prière en chemin)

 

Il gardait ces pratiques de dévotion quand il voyageait d’un pays à un autre, surtout s’il se trouvait en quelque région solitaire. Toute sa joie était de se livrer à ses méditations, de retrouver sa contemplation. Tout en cheminant il disait parfois à son compagnon : « Il est écrit dans le prophète Osée : ‘Je conduirai mon épouse au désert et lui parlerai au cœur’ (Os. II, 14). Aussi bien s’écartait-il de son compagnon, le devançant ou mieux le suivant à distance. Ainsi il cheminait seul et priait; et le feu de sa charité puisait dans sa méditation un surcroît d’ardeur. (…) il se munissait souvent du signe de la croix.

Avec Dominique qui priait sans cesse en chemin, nous t’implorons, Seigneur : qu’à son exemple, nous parlions de Dieu ou avec Dieu et ayons l’audace d’annoncer par toute notre vie l’Évangile de la miséricorde.

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Prière du Jubilé

 

Dieu de Miséricorde, dans ta sagesse éternelle, tu as appelé ton serviteur Dominique à se mettre en route dans la foi, comme pèlerin itinérant et prédicateur de la grâce. En commémorant ce Jubilé, nous te demandons d’insuffler de nouveau en nous l’Esprit du Christ Ressuscité, pour que nous puissions proclamer fidèlement et joyeusement l’Évangile de la paix, par ce même Jésus Christ notre Seigneur. Amen.

 

D'après un texte extrait du site http://op-dma.com

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