01 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Nantes, Chapelle de l'Immaculée Conception 2

Deuxième jour

Notre Dame de l'Immaculée Conception

 

De tous les vocables sous lesquels on honore la très Sainte-Vierge, le plus populaire à notre époque, c’est bien celui de l’Immaculée Conception. C’est aussi le mystère qui, logiquement, se présente le premier a notre pensée.

Le 8 décembre 1854, après avoir consulté toutes les Eglises de la catholicité, Pie IX, entouré de 54 cardinaux, de 42 archevêques et de 92 évêques, venus de tous les points du monde, proclamait solennellement le dogme de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge. L’univers applaudit ; Rome donna le signal par des fêtes splendides et toutes les nations unirent leurs acclamations a celles de la Ville éternelle. Au premier rang se distingua la France, le royaume de Marie ; et parmi toutes les cités de notre pays se distingua la cité nantaise. L‘évêque d’alors écrivait, le 16 décembre 1854 : « On prépare pour demain la plus belle illumination que Nantes ait jamais vue ». C’était une prophétie, l’illumination fut belle, incomparable, féerique. Plusieurs peut être de ceux qui m’écoutent ce soir en ont gardé le souvenir. C’est la première fête a laquelle ait pris part votre basilique. Elle ne devait être livrée au culte que huit jours plus tard; mais elle était débarrassée déjà de ses échafaudages, et, sous la nuit embrasée, elle apparut toute blanche dans sa robe de pierre avec une ceinture de feux aux couleurs de la Vierge, symbole de celle qui devait apparaître bientôt sur les monts Pyrénéens dans la blancheur immaculée de ses voiles de lin et le bleu céleste de son écharpe. De cette fête, que je n’ai point vue, mais dont les échos sont venus jusqu’à moi, je ne veux retenir qu’un mot qui nous révèle, dans sa simplicité touchante, la foi naïve et délicate de l’âme populaire. « Apercevant au fond d’une cour misé able une pauvre vieille qui allumait quelques chandelles, une dame de charité s’écria : « Que faites-vous ? Vous êtes sans pain ! D’ailleurs, qui viendra ici ? » « Ah ! fit la vieille, ce n’est pas pour le monde que j'illumine, c'est pour ma bonne Mère du Ciel ».

Vingt cinq ans plus tard, Nantes célébrait avec le même enthousiasme le premier jubilé de la proclamation du dogme, et il nous souvient encore de l’effet magique produit par les feux de l’illumination sur le blanc manteau de neige dont le sol était revêtu..Je n’ai pas à vous apprendre, à vous qui vous pressiez naguère si nombreux et si recueillis dans les nefs de votre vaste église, pour célébrer la cinquantaine de l’Immaculée, que l'ardeur de la piété nantaise ne s’est pas refroidie.

Mais les catholiques n’avaient pas attendu le le XIXe siècle pour honorer la conception immaculée de leur Mère, et c’est bien le cas de répéter les paroles de Mgr Dupanloup : « Si l’Eglise n’en avait pas fait encore un dogme de foi, nos coeurs en avaient fait un dogme d’amour ».

L'Eglise grecque célébrait la fête de la Conception de Marie depuis le VIe siècle, l’Espagne dès le VIIIe, et nous Savons que l’Angleterre, à la suite d’un éclatant miracle, l‘adopta au Xie. Elle ne tarda point a passer le détroit et de la Normandie s’étendit a toute la France où l’on prit l'habitude de l’appeler « la fête aux Normands ».

On la trouve à Nantes, dès le XIe siècle ; toutefois, elle s'appela d’abord l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie, et plus tard, a raison de la période de l’année liturgique où elle tombait, elle fut surtout connue sous le nom de Notre-Dame des Avents. Plusieurs confréries, érigées en l’honneur de l’Immaculée Conception, s’abritaient sous ce titre ; il y en avait à Saint Saturnin, à Sainte Croix, à Saint Clément ; la plus célèbre était à Saint Similien. La fête patronale de cette dernière confrérie était célébrée avec le plus d‘éclat possible : la veille, ou chantait solennellement les premières vêpres ; le matin même de la fête, les matines et les landes suivies de la grand-messe, et il ne fallait pas moins de 1,600 livres de gâteaux pour le pain bénit des confrères.

Le prieuré de Pennebé honorait l’Immaculée Conception dès le XIe siècle. Une église du diocèse, celle de Bouée, autrefois trêve de Savenay, est aussi depuis longtemps dédiée à Marie sous ce vocable. Mais, mes Frères, et il me plaît de vous le dire, c’est la circonscription paroissiale de Saint Nicolas qui posséda le premier sanctuaire consacré, dans la ville de Nantes, a l’Immaculée.

Le jour de la Chandeleur de l’année 1623, les religieuses bénédictines du Calvaire, que venait de fonder l’ami de Richelieu, le célèbre Père Joseph, arrivaient a Nantes et tentaient de s’y établir. Mais de graves difficultés surgirent. Alors elles tirent un vœu a la Sainte Vierge, promettant de dédier leur église à Son immaculée conception, si elle aplanissait les obstacles. Peu de jours après, ces obstacles tombèrent et les religieuses signaient le contrat qui les rendait propriétaires de « la motte de Ballüe ». C’étaient les terrains occupés aujourd’hui par le quartier Delorme, et la rue du Calvaire marque l’allée qui conduisait au nouveau cloître.

Telle fut l’origine de la première chapelle de l'Immaculée Conception dans notre cité : plus de deux siècles devaient s’écouler avant que Nantes en possédât une seconde.

C’était en 1845, le jour même de la fête instituée par l’Eglise pour honorer le mystère de l’Immaculée Conception. Un saint prêtre, M. l’abbé Lusson, ancien curé de Saint-Jacques, forma le projet de donner une église à Marie. Il était en prières dans la chapelle de la Retraite quand la pensée lui vint que « sa bonne Mère n’avait à Nantes qu’un pied a terre et qu’il fallait lui consacrer une chapelle ». Celle de l’Oratoire était en vente, il résolut de l’acquérir. Une pieuse dame, ravie de cette entreprise, lui promit 6000 fr. Encouragé par ce premier succès, le vaillant prêtre multiplia les démarches. Hélas ! ce fut en vain. L’autorité ecclésiastique ne lui prêtait point son concours ; un jour même, le vicaire général Vrignaud, fatigué de ses instances, lui répondit brusquement: « Quand vous aurez 25,000 francs, vous pourrez commencer votre oeuvre ». M. Lusson n’en avait que 7,000. La protection de Marie lui procura le reste. L’infatigable quêteur de Notre Dame priait un jour dans l’oratoire de Saint Vincent-de-Paul. Tout à coup, connue inspiré du Ciel, il étend les bras vers la statue de la Sainte-Vierge : « Ma bonne Mère, donnez moi a l’instant ces 18,000 francs. Vous-même ou bien indiquez-moi la personne qui me les procurera ». Un nom lui vint à la pensée ; le lendemain, il heurtait a la porte d’une demeure dont il n’avait jamais franchi le seuil, et, naïvement, racontait son histoire. On lui donna les 18,000 francs.

D’autres obstacles se dressent devant lui. Mais qu’était-ce que des obstacles humains devant cette foi obstinée? M. Lusson part bientôt pour Paris ; le 20 février 1848, il obtient une audience du Ministre ; le 22, les dernières formalités doivent être remplies, et, le 22 février, Paris se réveille au bruit de l’émeute ..... Tout semble bien fini à cette fois, et d’autant plus irrémédiablement que l’Oratoire est vendu. Mais non, l’oeuvre va s’accomplir, le rêve du saint homme va se réaliser enfin !

Mgr Jaquemet vient d’arriver a Nantes, il encourage l’entreprise de l’abbé Lusson et celui-ci se remet à l’oeuvre avec plus d’ardeur que jamais. L’Oratoire est vendu, c’est vrai, mais l’église des Minimes est la. Toutefois, il faut se hâter, car elle vient d’être adjugée aux enchères publiques. Vite on met une surenchère et, le 19 septembre 1849, la vieille église devient propriété de l’Evêque de Nantes.

C’était l’antique chapelle bâtie par François II, à l’entrée des jardins du château, et dédiée pendant plus de trois siècles a saint Antoine-de-Pade. La Révolution l'avait profanée, et le vieux sanctuaire ducal, tour à tour atelier de serrurerie et magasin a fourrages, était bien déchu de sa splendeur première. Toutefois, l’oeuvre vive était intacte ; une réparation sommaire, reprise magnifiquement plus tard, lui rendit la décence convenable et, le 8 décembre 1840, la piété nantaise en reprenait possession et l’offrait, gage de filial amour, a l’Immaculée Conception.

 

Vous savez, mes Frères, en quoi consiste le mystère de l’Immaculée Conception. Tous les hommes, enfants d’Adam et Eve, enveloppés avec eux dans la malédiction qui suivit leur chute, reçoivent avec la vie la marque du péché et naissent enfants de colère. Marie seule fait exception. Dieu suspendit, pour cette créature privilégiée, l’universelle loi portée par sa justice et lui appliqua par avance les mérites de son Fils. Il est de foi qu’au moment même où Dieu unit l’âme de Marie au corps qu’elle devait animer, cette âme a jamais bénie, non seulement ne contracta point la tache originelle, mais fut remplie de grâces et de vertus. Bien plus, la sainte enfant était, conséquence naturelle, soustraite par la même à toutes les suites du péché, mise à l’abri des entraînements de la concupiscence et des attaques de la tentation, si bien que, durant tout le cours de sa vie, elle ne contracta pas, elle ne put pas contracter la moindre souillure.

Privilège unique et incomparable, mais privilège nécessaire, sans lequel on ne conçoit pas la Rédemption. Ainsi l’exigu1it le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. La bonté de la mère, en effet, rejaillit sur l’enfant, et pour Dieu, le Saint par excellence, il n’est pas de honte comparable au péché : est-il donc croyable que la Mère de Jésus, que la Mère de Dieu ait subi cette honte ?

Ainsi l’exigeait l’amour de Jésus pour Marie. N’est-il pas vrai que l’enfant bien né rêve pour sa mère toutes les perfections et toutes les gloires, et que si, par impossible, Dieu nous avait consultés avant d'appeler notre mère à la vie, nous l’aurions supplié de déposer toutes les vertus et tous les dons dans son berceau ? Le Fils de Marie est en même temps Fils de Dieu, il pouvait ce qui nous est impossible a nous, pauvres mortels: comment donc eût-il permis que celle qu’il entourait de tant d’amour et prédestinait a tant de grandeur fût courbée, même un seul instant, sous le joug flétrissant du démon ?

Ainsi l’exigeait l’oeuvre même de la Rédemption. Future mère de celui qui venait détruire le péché, chargée d’infuser dans ses veines le sang qui allait purifier le monde en coulant sur la croix, Marie de fait être pure et sans tache, Marie devait être immaculée dans sa conception.

Marie est aussi notre mère et notre modèle. À l’exemple de ces fils qui redisent sans cesse les gloires de leurs aïeux, aimons à redire les gloires de notre Mère et a la saluer du beau titre d’Immaculée. À l’exemple de ces fils qui, non seulement Se glorifient des exploits et des hautes dignités de leurs ancêtres, mais qui lâchent de s’en montrer dignes, ne soyons pas seulement fiers des grandeurs de notre Mère et, dans la mesure du possible, efforçons nous de lui ressembler.

Je le sais bien, nous sommes venus au monde honteusement souillés par le péché. Mais, avec l’eau sainte du baptême, le sang du Rédempteur a coulé sur nos fronts, nos âmes ont été purifiées, nous sommes devenus frères de Jésus-Christ, enfants bien-aimés du Très Haut. Dans cette naissance nouvelle, qui s’appelle le baptême, naissance à la vie de chrétien, naissance à la grâce, à l’amitié de Dieu, à l’espérance du Ciel, nous aussi, nous sommes immaculés, et de ce titre nous devons être fiers.

Ce n’est pas tout et Dieu veut autre chose : Immaculée dans sa conception, Marie le fut encore durant tout le cours de sa vie. À son exemple, nous aussi, immaculés dans notre baptême, nous aurions dû le rester toujours. Nous le pouvions, car Dieu, s’il n’avait pas éteint complètement en nous les feux de la concupiscence, en avait tempéré les ardeurs ; nous le pouvions, car Dieu, s’il ne nous avait pas soustraits aux attaques des tentations, nous avait donné des armes pour les vaincre ; nous le pouvions, car Dieu, s’il nous avait laissés faibles et peccables, nous avait cependant, en nous dispensant largement sa grâce, fait participer à sa force divine.

Hélas ! Malgré tout, nous avons péché ! Jetons-nous donc aux pieds de l’Immaculée Conception ; demandons-lui de nous aider a redevenir immaculés comme elle et promettons-lui de le rester toujours.

 

ND de Nantes

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