09 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne7

Dixième jour

Notre Dame de la Chandeleur

 

Missire Vincent Charron, chanoine de la Cathédrale, écrivait en 1637, dans son Calendrier historial de la glorieuse Vierge Mère de Dieu : « A Nantes, en Bretagne, il y a une très belle et très ancienne Confrairie érigée en l‘église parroissiale de Saint-Nicolas, sous le nom de Nostre-Dame de Chandeleur ». Guillaume Greslan, notable commerçant et prévôt en charge de cette Confrérie, renchérissait encore sur ces éloges, dans un mémoire rédigé vers 1727 : « La Confrairie de Notre Dame de la Chandeleur est, de toutes celles qui sont établies en l’honneur de la Sainte Vierge en la ville de Nantes, peut-être même dans le royaume, la plus célèbre par son ancienneté, par le sujet de son établissement et par le nombre de ses membres ». C’est de cette dévotion, si chère à vos ancêtres, que je voudrais vous entretenir ce soir.

Des actes authentiques prouvent que notre Confrérie existait déjà à l'aurore du XVe siècle (1402). E11c dut sa fondation a la pieuse initiative de quelques fidèles qui voulaient, comme son nom l’indique, honorer d’ une manière particulière le Mystère de la Purification de Marie et de la Présentation de Notre-Seigneur au temple, ainsi que la sainte joie du vieillard Siméon.

A sa tête se trouvaient deux prévôts, élus chaque année et choisis parmi « les gens solvables et sans reproche », l’un « pour la ville et paroisse », l'autre « pour la Fosse et le Bignon-Létard », c’est-à-dire le quartier qui s’étend aujourd’hui de la rue Crébillon a la rue du Calvaire. Ils étaient assistés, dans leur gestion, par six commissaires, trois de la ville et trois de la Fosse, élus aussi chaque année et choisis parmi les anciens prévôts résidant sur la paroisse. Enfin, le plus ancien prévôt était toujours commissaire-né et réputé syndic de la Confrérie ; en cette qualité, il était dépositaire d'une des trois clefs des archives et de la caisse. Un procureur pouvait, en outre, être chargé de surveiller l'entretien des immeubles sur lesquels étaient assises les fondations.

La Confrérie de Chandeleur comptait à Nantes parmi les plus cotées ; aussi les confrères, prêtres ou laïques, étaient-ils fort nombreux. Vincent Charron prétend que la plupart des habitants en faisaient partie. Cela peut sembler exagéré. Nous savons du moins que, au commencement du XVIIIe siècle, alors que la célèbre association commençait à déchoir, le nombre des confrères dépassait encore deux mille. Les paroissiens de Saint Nicolas tenaient à honneur d’en être prévôts, « ceux même qui y primaient par leur rang et par leur bien » ; et la liste de ceux qui occupèrent cette charge, bien qu’elle soit incomplète, pourrait constituer le livre d’or du haut commerce nantais. C'était une douce satisfaction, pour les anciens prévôts, d’occuper a l’église une place dans l’un des trois bancs marqués aux armes de la Confrérie. Le pape Paul V lui accorda des indulgences, en 1612, et la bulle en fut publiée l’année suivante, par mandement de l’évêque de Nantes. Ces pièces étaient conservées précieusement « dans l’armoire aux archives » et, à certains jours, une. traduction sur vélin en était affiché sur la porte du « chapitreau ».

La Purification était naturellement la fête patronale de la Confrérie. La veille, le bresteur ou bedeau, en surplis et dalmatique, s’en allait, avec sa cloche, annoncer la fête et ses indulgenes dans toutes les places publiques « de la ville et fauxbourgs, et au-devant des maisons des anciens prévôts ». Le jour même de la fête, on exposait, dès le matin, le Très Saint-Sacrement et l’on chantait matines et laudes. Toutefois, pour ne pas gêner la paroisse qui célébrait solennellement la Chandeleur et avait, comme toute l’Eglise, sa procession des cierges ; et sans doute aussi pour que sa propre procession ne passât point inaperçue, la Confrérie la transportait au dimanche suivant. Ce jour-là, donc, à l’issue de la grand’messe paroissiale, la « cloche de la Confrairie » sonnait en branle durant un quart d’heure. La cérémonie commençait par l’installation des prévôts entrants, dont les noms avaient été proclamés au salut, un des dimanches précédents. Les deux élus s’agenouillent à la balustrade de l’autel de la Confrérie. Un prêtre, revêtu de la chape blanche et assisté d’un diacre et d’un sous-diacre, se lient au-dedans. ll entonne le Veni Creator, puis a la strophe : « Accende lumen sensibus », il met dans la main droite des prévôts un cierge allumé, auquel est attachée une plaque d’argent représentant la Sainte-Vierge. Les récipiendaires lui baisent la main.

Après l’oraison, deux prêtres entonnent les Litanies de la Sainte Vierge auxquelles le choeur. et les assistants répondent. À « Sancta Maria », le bresteur, en surplis et dalmatique blanche, annonce le départ de la procession avec sa cloche qu’il fait sonner de temps en temps durant tout le parcours.

Alors, sous les regards Curieux de la foule, défile le cortège. En tête, les quatre grosses torches de la Confrérie, portées par des laïques en surplis ; puis, le bresteur agitant sa cloche ; le crucigêre assisté de deux enfants de choeur heureux d’arborer les grands chandeliers d’argent de la Confrérie, avec des cierges ornés de plaques aussi d’argent, à l’effigie de la Vierge; le clergé, cierges en main ; le célébrant, assisté de ses ministres et portant la statue d’argent de la Sainte Vierge, du poids de vingt-trois marcs, onze livres et demie, chef d’oeuvre d’un artiste nantais du XVIIe siècle, Thomas Jus, dont la Confrérie de la Chandeleur est si justement fière ; enfin, derrière le célébrant, les prévôts anciens et nouveaux, en habit noir, et tous les membres de la Confrérie, tous avec des cierges, tous rangés sur deux lignes.

On se rend à la chapelle Saint Julien, au centre de la place actuelle du commerce, et l’on y chante l’antienne de la fête avec les verset et oraison. Puis on revient dans le même ordre à Saint-Nicolas, où est célébrée, à l’autel de la Confrérie, une messe solennelle de la Purification. À l’offertoire, tous les prévôts avertis, chacun, par un coup de cloche du bresteur, vont baiser la paix que le célébrant leur présente. Enfin, on distribue a tous le pain bénit. La veille de l’Octave de la Fête-Dieu, le bresteur fait encore sa ronde. En outre, les prévôts en charge envoient aux anciens prévôts et à des confrères, « gens de probité, pour remplir le nombre de 70, des billets dattez et signez d’un d’eux pour les inviter de se trouver en habit noir ledit jour d’Oclave, a cinq heures après midi, au chapitreau, pour y recevoir de leurs mains une torche et marcher a la procession du Très Saint Sacrement qui se fait à six heures, de l’église de Saint-Nicolas a la chapelle de Saint-Julien ».

La Confrérie n'honorait pas seulement le Saint-Sacrement et Notre-Dame, elle songeait aussi à honorer et à soulager ses membres défunts. Après le décès de chaque confrère, le bresteur, revêtu d’un surplis et d'une dalmatique noire, s'en allait par les rues de la ville annoncer ses obsèques, comme il faisait pour les indulgences. On portait à la cérémonie funèbre les quatre grosses torches jaunes de la Confrérie. On y voyait aussi la « quarrée », ou catafalque de l’Association, avec ses quarante cierges, et, s’ils étaient demandés, ses ornements de velours aux riches garnitures d’argent, ornements blancs pour les garçons et les filles, noirs pour les autres défunts. Mais cet appareil n’était transporté que dans les églises paroissiales et dans les chapelles de Toussaints, de l’Hôtel Dieu et du Sanitat. De plus, les prévôts faisaient célébrer, à l’autel de la Confrérie, un service et trente messes basses pour le repos de son âme.

La Confrérie avait beaucoup d’autres exercices que le temps ne me permet pas d’énumérer ; par exemple, tous les dimanches et fêtes de Notre Dame, un Salut de la Sainte-Vierge, où l’on chantait l’Ave Maris Stella, ou un autre hymne, suivant le temps, avec trois fois l’Ave Maria. Pourtant il est une touchante pratique qui ne peut être passée sous silence, c’est la messe de « la porte ouvrante ». L’église de Saint Nicolas attenait aux remparts dont on peut voir encore quelques restes a deux pas d’ici, et la porte du même nom était proche. Elle s’ouvrait a 4 heures du matin en été, il 5 en hiver. Pour procurer « une messe sûre aux voyageurs, artisans et ouvriers sans attendre », la Confrérie en faisait célébrer une aussitôt l’ouverture. C’était « la messe de la porte ouvrante », et elle était offerte pour les confrères défunts.

Pendant des siècles, la Confrérie fut florissante et riche. C’est alors qu’elle acquit ces pièces d’orfèvrerie et ces magnifiques ornements qu'elle était fière d’étaler aux yeux de toute la ville et qu’elle gardait avec un soin jaloux. Elle était fière aussi et jalouse de sa cloche, la plus grosse de Saint Nicolas, peut-être de la ville, qui pesait plus de 2,000 livres. Surtout, elle était fière de ses tapisseries. Elles avaient été faites, en 1649, par un artiste nantais, Gabriel Pierron. Brodées en soie et dessinées avec art, elles étaient vraiment splendides. Huit grandes pièces représentaient la Nativité de Marie, sa Présentation, l’Annonciation, la Nativité de Notre Seigneur, la Purification, l’Adoration des Mages, le Retour des Bergers, l’Assomption ; elles décoraient le choeur dans l’ordre où je viens de les énumérer. Une neuvième pièce, plus petite, représentait la Fuite en Egypte : elle était placée entre le maître-autel et celui de la Confrérie. Les marguillers de Saint-Nicolas avaient l‘autorisation de s’en servir, ainsi que de la cloche et quelquefois de l’argenterie, mais il une condition, « que messieurs les nouveaux fabriqueurs fassent, au commencement de leur charge, civilité à ce sujet aux prévôts » de la Confrérie.

Aux jours de sa splendeur, la Confrérie savait se montrer généreuse: elle vient en aide aux hôpitaux dans les épidémies ; elle accorde d’importants secours aux victimes des incendies ; elle contribue à la construction d’une salle de catéchisme à Saint Nicolas, « la seule paroisse du diocèse que l’on sache avoir un lieu destiné a cela » ; elle paie un riche vitrail à l’église paroissiale ; enfin, elle offre, pendant de longues années, un don de 60 livres au prédicateur du carême.

Hélas ! avec le XVIIIe siècle vint la décadence : la dépréciation de l‘argent réduisit considérablement la valeur des fondations, alors que, d’un autre côté, les honoraires des services étaient augmentés ; puis ce fut la perturbation amenée dans les affaires par la banque de Law. Les cotisations diminuèrent et toutes les ressources décrurent : ce fut le déficit. Des prévôts intelligents et dévoués firent des réformes, rédigèrrnt des statuts, tinrent la main a la bonne gestion des finances et réussirent à conserver un peu de vie a leur chère Confrérie. Toutefois, elle ne revit plus les beaux jours d’antan et elle ne faisait guère que végéter quand la Révolution lui porta le dernier coup.

 

Le cierge de la Chandeleur symbolise Jésus-Christ, et c’est la Sainte-Vierge qui nous donne Jésus Christ : c’est elle qui, dans le mystère adorable de l’Incarnation, a été choisie de Dieu pour le donner a la terre ; c’est elle qui, depuis dix-neuf siècles, continue et, jusqu’à la fin des temps, continuera de nous le donner. « Il n’est route, en effet, ni plus sûre ni plus facile que Marie pour aller à Jésus et pour obtenir, moyennant Jésus, cette parfaite adoption des fils, qui rend saint et sans tache sous le regard de Dieu ». Qui, mieux que Marie possède la connaissance de notre divin Sauveur, qu’elle a porté dans son sein, qu’elle a suivi d’un regard maternel pendant toute sa vie, dont elle a médité sans cesse les mystères ? Qui, par conséquent, est plus capable de nous mener à la connaissance de Notre Seigneur Jésus-Christ ? L’Evangile fait la remarque que le miracle de Cana fut le premier accompli par Jésus et qu’à sa vue, ses apôtres crurent en lui ; or, c’est Marie qui l‘avait obtenu ; d’où nous pouvons conclure que c‘est Marie qui procura aux apôtres la vraie connaissance de Jésus. C’est le.premier acte du rôle qu’elle remplit a travers les âges.

Nous pouvons le dire, ce qui manque le plus au monde, particulièrement à cette époque, c’est la connaissance de Jésus-Christ. Elle manque aux infidèles qui couvrent les trois quarts de notre globe ; elle manque aux hérétiques qui ont déchiré la robe sans couture de l’Eglise en se séparant d’elle ; elle manque aux catholiques apostats et rebelles, qui se multiplient tous les jours ; elle manque aux indifférents et aux mondains qui sont la foule ; elle manque même aux bons catholiques, qui ne savent pas comprendre le Maître ou qui n’ont pas le courage de le suivre.

Demandons à Marie de nous montrer, comme autrefois à Siméon, « cette lumière venue pour éclairer les nations ». Et répétons la prière de nos ancêtres : « Notre Dame de la Chandeleur, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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