16 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne12

 Dix-septième jour

Notre Dame des Anges

 

Pendant quelques années, bien longues, hélas ! Pour son amour, Marie demeura sur cette terre d’exil, après le départ de son Jésus ; et, comme nous le disions hier, elle se consolait de ne plus le voir et l‘entendre par de ferventes communions. Enfin, sonna l’heure de la délivrance et le ciel s’ouvrit pour recevoir sa Reine. C’est là que nous allons la suivre en étudiant Notre Dame des Anges.

Vous n'ignorez point que ce vocable rappelle une dévotion franciscaine et vous ne serez pas surpris d'apprendre, si vous ne le saviez déjà, que l'église des Capucins de la Fosse, dont l’enclos occupait le cours Chambronne et ses abords, était consacrée à Notre Dame des Anges. La première pierre en fut solennellement posée par l'évêque de Nantes, Philippe Cospéan, le dimanche 26 mars 1628. Trois ans plus tard, les religieux ensevelissaient dans son enceinte, avec le concours d’une foule immense de Nantais, un de leurs frères, le Père Archange, de Nantes, observateur très fidèle de la Reigle de sainct François et grand serviteur de la Bien-Heureuse Vierge Marie ». Vincent Charron, qui mentionne sa pieuse mort, ajoute : « Quelques religieux de son ordre mont asseuré que la glorieuse Vierge lui apparut avant sa mort, qu’aussi-tost il se mit en son séant sur sa couche, et joignant les mains il dit intelligiblement le Salma Regina, et que bien-tost après il rendit l'esprit ».

Il s‘agit donc pour vous d'une dévotion tout a fait locale ; et cela est d'autant plus vrai que la délicieuse chapelle, qui termine si heureusement l'abside de votre belle. église, est aussi dédiée à Notre Dame des Anges. Disons toutefois que le pays nantais n'avait pas attendu l'arrivée des Pères Capucins pour adopter cette dévotion, et qu'il la pratiquait depuis au moins deux siècles.

Connaissez-vous l'histoire de Saint François d'Assise ? Il s'éprend d'amour pour une toute petite chapelle, dite de Notre-Dame des Anges ou de la Portioncule, la restaure des dons de la Charité, s’établit à son ombre ; puis il obtient de Notre Seigneur ce que les siècles passés ont appelé le « grand pardon d‘Assise », ce que nous appelons, nous, l’indulgence de la Portioncule. Quiconque, à partir des secondes vêpres de la fête de saint Pierre-ès-liens jusqu’au soir du lendemain, pénétrera et priera dans la petite chapelle, gagnera autant de fois une indulgence plénière. La petite chapelle existe encore, et les foules s’y pressent toujours ; seulement elle est désormais à l’abri des intempéries, dans une superbe basilique, au-dessous d’une gigantesque coupole jetée là par la piété des siècles pour la protéger.

Tous ne pouvaient faire le voyage d'Assise, et, de bonne heure, les Souverains Poutifes étendirent l‘indulgence à d'autres sanctuaires. Un recteur d'Orvault forma le projet de procurer cette faveur à ses paroissiens. Il s'appelait Jean Bernard de la Grée et gouvernait cette paroisse dans la première moitié du XVe siècle. En l‘an de grâce 1436, il jeta les fondements d‘une chapelle ayant exactement la même forme et les mêmes dimensions que celle d'Assise et dédiée connue elle à Notre Dame des Anges. Bientôt la chapelle était achevée, pourvue par son fondateur d'ornements et de vases sacrés, enrichie enfin de la précieuse indulgence. Elle s’élevait, que dis-je ? elle s’élève encore, à un kilomètre environ au-delà de l’église paroissiale, sur un plateau d’où elle domine, connue une reine la reine de la contrée et le bourg, et la campagne environnante, et toute cette fraîche vallée du Gens, que nos pères baptisèrent, dit-on, du nom de Vallée d’Or, Aurea Vallis, Orvault.

Les fidèles de la paroisse en apprirent vite le chemin ; ceux du voisinage ne tardèrent pas à les suivre et, afin de satisfaire la dévotion de tous, les prêtres d’Orvault furent obligés de se rendre souvent au nouveau sanctuaire pour y célébrer le saint sacrifice de la messe.

La piété généreuse des habitants pourvoyait à l'entretien de la chapelle et du vestiaire ; on donnait des calices, des ornements, du linge et des nappes d’autel, voire même « une robe, des guimpes, et tout l'ensemble dés habillements nécessaires pour orner, selon le goût du temps, l'image vénérée de Notre-Dame des Anges ». On y faisait aussi de pieuses fondations de messes, de services, des processions. Enfin, la foule des pèlerins déposait d'abondantes offrandes sur l'autel de Notre Dame. Est-ce pour cela que les seigneurs du pays se crurent, ou du moins se prétendireut, seigneurs-fondateurs de la chapelle ? Peut-être. Il y avait à cela honneur, sinon profit. À trois reprises, dans l’espace d‘un siècle, ils tentèrent d’imposer leurs prétentions. Mais les marguilliers veillaient, stimulés au besoin par les parents et héritiers du véritable fondateur ; et la Cour des Régaires maintint dans leurs droits séculaires les paroissiens et les recteurs d’Orvault.

Au XVIIe siècle, l’un de ces derniers établit dans la petite chapelle une confrérie de Notre Dame des Anges et, le 5 juillet 1661, parut une ordonnance de l’Evêque de Nantes approuvant ses statuts et publiant une indulgence accordée par le Pape a la confrérie et « même au prédicateur ».

Le but de cette pieuse association était d‘honorer la sainte Vierge comme les anges l’honorent dans le ciel. Aussi multipliait-elle les hommages rendus à Marie. A toutes les fêtes gardées de Notre-Dame, les confrères devaient prendre part a une procession qui partait de l’église paroissiale pour se rendre à la chapelle, en chantant des hymnes et des cantiques ; assister à la grand'messe solennelle dans ce dernier sanctuaire ; réciter, enfin, sept Pater et sept Ave Maria en mémoire des sept allégresses dont la Vierge jouit dans le ciel. indépendamment de ces exercices particuliers, les membres de la confrérie prenaient part également a sept autres processions et grand'messes célébrées à la chapelle pour satisfaire les pèlerins des paroisses voisines. A la mort de chaque confrère, les prévôts faisaient célébrer, a N. D. des Anges, un service précédé de l’office de la Vierge et sept messes basses, pour le repos de son âme ; s'il était prêtre, ses confrères dans le sacerdoce devaient, en outre, dire ou faire dire pour lui une messe au même lieu.

On peut juger par ces détails du courant de dévotion qui entraînait toute la région à Notre Dame des Anges. Tous ces pèlerinages étaient bien suivis, l‘un d’eux pourtant l’emportait sur les autres, celui-du lundi de la Pentecôte. La foule s’y portait de toutes les bourgades d'alentour et même de la ville de Nantes : les boutiquiers et les baladins s'y rendaient aussi ; le pèlerinage dégénéra en assemblée profane et l’on y vit bientôt, hélas ! Les désordres trop ordinaires dans ces réunions.

À la Révolution, les paysans voisins enterrèrent la cloche et cachèrent soigneusement les ornements de leur chapelle. Leur dévotion à Notre Dame, obligée de se dissimuler, ne se ralentit pas, et Notre Dame ne cessa point de les protéger. L'un d'eux. Louis Corbar, tombé malheureusement sous les roues d'un chariot, eut les deux jambes affreusement écrasées. Il promit une neuvaine à Notre Dame, sa bonne voisine. D’abord il lui fallut se l'aire porter à la chapelle ; bientôt, aidé d’un bâton, il fit à pied les trois ou quatre cents pas qui l’en séparaient. Un jour, pendant qu’il y priait, il entendit un grand bruit au dehors, mais continua pieusement ses oraisons. Quand il reporta la clef à son gardien, celui-ci lui demanda s’il n’avait rien entendu. Alors il remarqua dans la cour un grand feu où achevait de brûler la croix de bois qui se dressait sur un des murs de l’enclos, et les débris de la croix de pierre qui surmontait l'autre. Des soldats patriotes avaient passé par la ; mais aucun d'eux n’avait en la pensée de pénétrer dans la chapelle : Marie gardait son serviteur. Elle le guérit complètement : cinquante ans plus tard, Louis Corbar montrait encore les cicatrices de ses plaies : le doigt s'y cachait tout entier, et jamais depuis il n'avait ressenti la moindre douleur.

Après la Révolution, le cher monument réparé sommairement revit les beaux jours d'autrefois : Marie continua d'y prodiguer ses grâces, et même, assure-t-on, d'y faire éclater des miracles.

En 1851, la chapelle, qui s'écroulait sous le poids de quatre siècles, fut reconstruite, plus grande, plus belle aussi, mais dans d'autres proportions et sous une autre forme que le petit sanctuaire tant vénéré d'Assise. La vieille statue, portée d’abord triomphalement à l’église paroissiale, fut habilement restaurée, puis exposée de nouveau, dans sa chapelle neuve, à la vénération des fidèles. Elle y est encore, toujours visitée et toujours aimée. Deux fois par an, au soir de la première communion et le jour de l'Assomption, la paroisse s'y rend processionnellement ; et quand revient le grand pardon du deux août, tous les fervents chrétiens du voisinage s’y donnent rendez-vous : plusieurs messes sont célébrées a la chapelle, et, si la fête tombe un dimanche, le clergé paroissial vient y chanter les vêpres.

Depuis quelques années, la ville de Nantes possède un nouveau sanctuaire dédié à Notre Dame des Anges, c'est la chapelle d'un pensionnat de jeunes filles pieusement abritées sous ce gracieux patronage ; mais le peuple, fidèle aux traditions du passé, va de préférence chercher Notre-Dame des Anges a la chapelle d’Orvault.


Lorsque vous penserez à Notre Dame des Anges, rappelez-vous l'engagement pris autrefois par les membres de sa confrérie : « honorer la sainte Vierge sur la terre, comme les anges l‘honorent dans le ciel ».

Les anges sont dans le ciel les chanteurs de Notre Dame. Sans doute,comme jadis au-dessus de la pauvre grotte de Bethléem, ils chantent encore : « Gloria in Allissimis Deo ! Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » Sans doute ils accordent leurs lyres et leurs voix-pour exalter les grandeurs du Fils ; mais ils célèbrent en même temps les louanges de la Mère et, sous la conduite de Gabriel, ils s'inclinent respectueusement devant elle, en murmurant, dans une ravissante harmonie : « Je vous salue, pleine de grâce, Ave, gratia plena ! » Toutefois, remarquez-le bien, si ces louanges font battre délicieusement le cœur de Marie, c’est parce que les esprits célestes qui les chantent sont des êtres très purs ; c’est parce qu’ils n’ont jamais rien fait qui put contrister son Jésus ; c'est parce que, flammes immortelles, ils brûlent constamment d’amour pour le Très-Haut ; c'est parce qu‘ils chantent avant tout et par dessus tout la gloire de l’Eternel !

Vous aussi, mes Frères, soyez ici-bas les chanteurs de Notre Dame. Chantez ses louanges en unissant vos voix dans des antiques pieux et des hymnes d'amour ; chantez ses louanges en apprenant a ceux qui les ignorent ses grandeurs et ses bontés ; chantez ses louanges en visitant ses sanctuaires et en vous mêlant à la foule de ses pèlerins ; chantez ses louanges en vous enrôlant dans ses confréries et en vous montrant fiers d'être ses enfants; chantez ses louanges en célébrant ses fêtes et en donnant de la splendeur à ses temples, des fleurs à ses autels ; chantez ses louanges en égrenant votre rosaire et en jetant a tous les échos de la terre et du ciel vos Ave Maria !

Mais n’oubliez pas que vos louanges et vos prières ne seront agréables à Marie qu’autant que, jusqu'au bout, vous ressemblerez aux anges. Elle veut que ses chanteurs de la terre, comme ses chanteurs du ciel, disent ses louanges avec des lèvres pures ; elle veut que ses chanteurs de la terre, connue ses chanteurs du ciel, toujours fidèles au devoir, ne fassent pas couler les pleurs de son Jésus ; elle veut que ses chanteurs de la terre, connue ses chanteurs du ciel, fassent monter vers Dieu l’encens de leur prière et lui paient tout d'abord le tribut d’un éternel amour.

 

ND de Nantes

 

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