10 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Onzième jour

Mortification de Saint Vincent

 

Il n'y a rien de plus grand ni de plus relevé dans la vie du chrétien, (comme dit Saint Ambroise), que d'exercer son âme dans la pratique des vertus, et pour cet effet, afin qu'elle apprenne à se soumettre, et qu'elle se rende docile à la conduite de la raison, en sorte que nonobstant les travaux et les difficultés qu'elle peut ressentir dans cet exercice, elle ne laisse pas de se porter courageusement à l'exécution des bons désirs et des saintes résolutions qu'elle aura conçus dans son cœur. Et certes, ce n'est pas sans raison que ce Saint docteur a parlé de la sorte, car puisque selon le sentiment du Sage, c'est une chose bien glorieuse que de suivre le Seigneur et que le premier pas qu'il faut faire pour marcher à sa suite, comme lui6même le déclare dans l'Évangile, c'est de renoncer à soi-même et de porter sa croix, il s'ensuit que le chrétien, doit regarder l'abnégation et la mortification comme un titre de noblesse, et comme une marque, qu'on .a l'honneur d'appartenir à Jésus-Christ et d'être de sa suite. Or, Vincent ayant toujours une profession particulière de suivre ce divin Sauveur et de marcher sur les traces de ses exemples, il n'y a pas lieu de douter qu'il n'ait été honoré de ses plus chères livrées, et que, selon la parole de l'apôtre, il n'ait porté en son corps la mortification de Jésus-Christ ; en sorte que sa vie n'a été presque qu'un sacrifice continuel de son corps et de tous ses sens, de son âme et de ses puissances, et enfin de tous les désirs et mouvements de son cœur; et c'est de l'abondance de ce cœur parfaitement mortifié, que s'entretenant un jour avec les siens, sur ces paroles de Jésus-Christ dans l'évangile, si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive.

C'est-là, leur dit-il, le conseil que Notre Seigneur donne à ceux qui se présentent à lui pour le suivre ; il leur déclare que la première démarche qu'il doivent faire est de renoncer à eux-mêmes et ensuite de porter leur croix, et puis persévérer constamment en l'un et en l'autre jusqu'à la fin. Mais nous pouvons bien appliquer à ce sujet ce que ce divin Sauveur a dit en une autre occasion : qu'il y en a peu qui se donnent vraiment à Jésus-Christ pour le suivre sous ces conditions. De là est venu que de tant de milliers de personnes qui le suivaient pour l'entendre, presque toutes l'ont abandonné et se sont retirées parce qu'elles ne le suivaient pas préparées de la sorte que Notre Seigneur leur disait qu'il le fallait être, et qu'elles n'étaient pas dans la disposition de se mortifier et de porter leur croix. C'est donc une nécessité à quiconque veut être disciple de ce divin maître, de renoncer à son propre jugement, à sa volonté, à ses sens, à ses passions, etc.

Par le jugement on entend la science, l'intelligence et le raisonnement. Oh ! Quel avantage pour un chrétien de soumettre ses lumières et sa raison pour l'amour de Dieu! qu'est-ce que cela, sinon suivre et imiter Jésus-Christ et lui faire un sacrifice de son propre jugement? Par exemple, on met une question en avant, chacun en dit son avis, on aime à montrer ce qu'on en pense, or, pour renoncer à soi-même en une telle occasion, il ne faut pas refuser d'en dire son sentiment, ruais il faut se tenir dans la disposition de soumettre son jugement et sa raison, en sorte que l'on suive volontiers, et même que l'on préfère le jugement d'autrui au sien propre.

Pour ce qui est de renoncer à sa propre volonté, Notre Seigneur nous en a donné l'exemple pendant tout le cours de sa vie et jusqu'à la mort, s'étant continuellement étudié de faire non sa volonté, mais celle de son père et d'accomplir en toutes choses ce qu'il connaissait lui être agréable. Oh que s'il plaisait à Dieu de nous prévenir de tant de grâces, que nous demeurassions toujours dans l'accomplissement de sa volonté, obéissant à ses commandements, aux règles de notre état et aux ordres de l'obéissance, nous serions alors les vrais disciples de son Fils; mais tant que nous serons attachés à notre propre volonté nous n'aurons point de disposition pour le suivre, ni de mérite à porter nos peines, ni de part avec lui.

Nous devons encore mortifier nos sens et veiller continuellement sur eux, pour les assujettir à Dieu! Oh ! Que la curiosité de voir et d'écouter est dangereuse, et qu'elle a de force pour détourner notre esprit de Dieu ! Que nous devons beaucoup prier Notre Seigneur, afin qu'il nous fasse la grâce de renoncer à cette curiosité qui a été la cause de la perte de nos premiers parents.

Jusqu'ici ce sont les paroles de Vincent que nous avons rapportées comme des fidèles expressions, non-seulement des pensées de son esprit, mais encore plus des affections et dispositions de son cœur, touchant cette vertu de mortification que l'on peut dire avoir été une de celles, qu'il a le plus universellement et constamment pratiquée pendant tout le cours de sa vie, et jusqu'à son dernier soupir. Il est vrai qu'il ne faisait pas paraître au-dehors une vie fort austère, estimant qu'une vie commune en apparence était la plus convenable pour réussir au service des peuples et des ecclésiastiques, auxquels Dieu l'avait destiné ; étant aussi la plus rapportante à la vie de Jésus-Christ et des Saints Apôtres, sur le modèle de laquelle il voulait élever les missionnaires de sa congrégation : et, par conséquent, il se croyait obligé de leur en donner l'exemple, se conformant à eux, pour l'extérieur d'une vie bien réglée, qui n'est ni trop large, ni trop étroite, ni trop douce, ni trop rigoureuse; mais, en son particulier, il se traitait fort âprement, faisant souffrir son corps en diverses manières, mortifiant sans cesse son intérieur, pour tenir l'un et l'autre parfaitement soumis aux volontés de Dieu : et cela d'une manière d'autant plus excellente et plus sainte, qu'elle paraissait moins aux yeux des hommes : en quoi il s'est rendu semblable à ce grain de froment dont parle Jésus-Christ dans l'Évangile, lequel, plus il est caché et enfoncé en terre, plus aussi il pousse ses tiges et multiplie ses fruits.

Il a mortifié cet amour de l'honneur et de la propre estime qui est si naturel à tous les hommes, et qui leur fait cacher avec tant de soin tout ce qui peut leur causerie moindre mépris ; car ce Saint Prêtre, réprimant cette inclination naturelle, ne laissait échapper aucune occasion de s'humilier, en parlant de sa basse naissance et de la pauvre condition de ses parents, qu'il ne l'embrassât très volontiers. Voici ce qu'il écrivit en l'année 1633 à l'un de ses prêtres. « Oh ! Monsieur, que nous sommes heureux de ce que nous honorons la parenté pauvre de Jésus par la nôtre pauvre et chétive! Je disais avec consolation ces jours passés, en prêchant à une communauté, que je suis le fils d'un pauvre paysan, et à une autre, que j'ai gardé les pourceaux. Croiriez-vous bien, Monsieur, que je crains d'en avoir de la vaine satisfaction, à cause de la peine que la nature en souffre ? Il est vrai, que le diable est bien fin et bien rusé ; mais certes celui-là l'est encore davantage, qui se tient honoré de la pauvre condition de l'enfant de Bethléem et de celle de ses saints parents ».

Vincent a aussi mortifié l'affection qu'il avait pour ses parents ; car ayant un très bon naturel, il aimait tendrement les siens, ainsi que lui-même l'a avoué, et néanmoins il a su fort bien mortifier cette affection et en faire un sacrifice à Jésus-Christ ; à ce sujet parlant un jour à sa communauté de l'éloignement des parents ordonné par ce divin Sauveur à ceux qui veulent le suivre : « il leur dit que plusieurs qui sont retournés en leur pays sont entrés dans les intérêts de leur famille et dans leurs sentiments de tristesse et de joie et qu'ils s'y sont fort embarrassés comme les mouches qui tombent dans les toiles d'une araignée d'où elles ne se peuvent tirer ».

On dit communément que comme du mouvement bien compassé de l'aiguille d'un cadran, il est aisé de connaître l'ajustement des roues et des autres pièces qui composent l'horloge, et qu'ainsi, de la bonne conduite de la langue on peut juger du bon état de tout le reste de l'intérieur, puisque les affections et les passions du cœur sont comme les maîtres ressorts qui lui donnent ordinairement le mouvement, et qui forment et animent ses paroles. Et certes, quand nous n'aurions point d'autres preuves de la mortification intérieure de Vincent, que cet empire absolu qu'il avait sur la conduite de sa langue, cela suffirait pour nous faire connaître qu'il a possédé cette vertu à un très haut degré de perfection, puisque selon la doctrine de l'apôtre Saint Jacques, celui qui ne pèche point en cette matière, peut-être appelé un homme parfait. Il s'était rendu tellement maître de sa langue, que le même apôtre appelle partie indomptable, qu'il ne lui échappait point ou très-peu de paroles inutiles ou superflues, et jamais de celles qui ressentent la médisance, la vanterie, la vanité, la flatterie, le mépris, la moquerie, l'impatience, ou autres semblables saillies d'une passion émue et déréglée.

Quand pour l'entretenir ou lui donner quelque satisfaction on lui rapportait quelque nouveauté ou quelque autre chose extraordinaire qu'il savait déjà, il l'écoutait avec attention, sans témoigner qu'il en eût aucune connaissance, tant pour mortifier l'amour-propre qui est toujours bien aise de faire paraître qu'il n'ignore pas ce que les autres savent, que pour ne point priver ceux qui lui parlait de la satisfaction qu'ils pouvaient ressentir de lui avoir appris quelque chose de nouveau. 11 savait surtout bien retenir sa langue, et lui imposer un rigoureux silence, lorsqu'on lui faisait des reproches, ou que par des emportements on le chargeait d'outrages et d'injures; car, quoique dans ces occasions la nature désire ardemment de se justifier et de repousser l'injure qui lui est faite, néanmoins, à l'imitation de son divin Maître, il se recueillait en lui-même, et mettait toute sa force dans le silence et dans la patience, bénissant en son cœur ceux qui le maudissaient, et priant pour ceux qui l'outrageaient.

Il a encore fait connaître combien il était mortifié en sa langue et quel empire il avait acquis sur cette partie si mal aisée à conduire, en ce que s'étant présenté une infinité d'occasions, qui l'invitaient et même qui semblaient l'obliger de parler de son esclavage de Tunis, étant une chose douce à la nature de raconter les périls et les accidents plus fâcheux, desquels on s'est heureusement dégagé, et particulièrement lorsque cela fait connaître quelque vertu qui est en nous, et que le succès peut tourner à notre propre louange; néanmoins, c'est une chose merveilleuse qu'en quelque rencontre que ce fût, on ne lui a jamais ouï dire un seul mot de son esclavage, ni de ce qu'il avait fait ou dit pour convertir celui qui le tenait captif, et pour se sauver avec lui des mains des infidèles.

Il parlait volontiers des sujets d'humiliation qui lui étaient arrivés, mais jamais de ce qui pouvait directement ou indirectement donner sujet de le foire estimer. Or, il est certain qu'il n'eût pu acquérir un tel empire sur sa langue, s'il ne se fût rendu maître absolu de ses sentiments et de ses mouvements intérieurs par une continuelle pratique de la mortification : il l'estimait d'une belle nécessité non-seulement pour la perfection, mais même pour le salut, que pour l'exprimer, il disait: que si une personne qui aurait déjà comme un pied dans le Ciel, venait à quitter l'exercice de cette vertu dans l'intervalle du temps qu'il faudrait pour y mettre l'autre, elle serait en péril de se perdre.

C'est le sujet pour lequel il a toujours tâché d'inspirer à ceux de sa compagnie un esprit de mortification intérieure, un grand dénuement et détachement de toutes choses, et une mort universelle à tous les sens, à tous les mouvements de la nature, à tout intérêt particulier, à tout amour-propre et recherche de soi-même, pour ne vivre que de la vie de l'esprit.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Pour faire des progrès dans la vertu, il ne s'agit pas tant de se mortifier, que de choisir les meilleures mortifications. Ces mortifications sont celles qui sont plus opposées à nos inclinations naturelles ». (Saint François de Sales).

« Plus on mortifie ses inclinations naturelles, plus on se rend capable de recevoir des inspirations divines, et plus on fait des progrès dans la vertu ». (Saint François de Sales).

Pratique : Ne donnez aujourd'hui rien à l'amour-propre. Priez pour les personnes remplies d'elles-mêmes.

 

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