Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

 

281_001

 

Huitième jour

Sur l’importance du Salut

 

I. Sauvons notre âme à quelque prix que ce soit. Dans la guerre continuelle que nous avons à soutenir ici-bas, exposons nos biens au pillage ; prodiguons notre santé, n’épargnons ni notre corps, ni nos vies, ni rien de ce qui est périssable : mais nos âmes, ces images vivantes de la divinité, sauvons-les en sacrifiant tout le reste. Notre Divin Maître nous a ordonné de ne pas craindre la rage de ceux qui ne peuvent nous ôter que la vie du corps, mais de craindre et de craindre uniquement celui qui veut précipiter le corps et l’âme dans l’enfer. Imitons Joseph : laissons à nos ennemis nos manteaux pour sauver notre innocence. Souffrons la privation des biens de la terre pour obtenir les biens du Ciel. Sacrifions, s’il le faut, une vie périssable pour mériter la jouissance d’une vie éternelle.

II. Ne jugeons pas de notre âme par la bassesse de notre corps où elle est renfermée, comme un prince chargé de fers et couvert de haillons dans un cachot ténébreux. La pauvreté, les afflictions, les maladies peuvent rendre le corps hideux sans que l’âme perde de sa noblesse. C’est un diamant d’un prix inestimable caché dans un amas de fumier. Le prince sortira du cachot où il languissait, et n’en paraîtra qu’avec plus de gloire. Le diamant sera tiré de l’ordure qui l’obscurcissait, en n’en brillera qu’avec plus d’éclat.

III. Jésus-Christ a vécut sur la terre dans l’état le plus pauvre et le plus humble. Il a paru parmi les hommes comme le dernier d’entre eux. Il est né dans une étable, il a vécu sous un humble toit du travail de ses mains ; son corps a été maltraité jusqu’à ne rien conserver de la figure humaine. Qui aurait dit, en ne jugeant de Lui que par le rapport des sens, que sous ces viles apparences était caché le Roi des Anges, le Sauveur des hommes et le Dieu de Majesté ? Qui dirait de même, sur le rapport trompeur de nos sens, que dans de faibles enfants, qui ont à peine le souffle de la vie ; que dans ces pauvres qui sont couverts de haillons et d’ordures ; que dans ces malades qui pourrissent dans la misère ; que sous ces images hideuses, et dans des corps si misérables, il y eût des âmes plus grandes que dans le Ciel et la terre, et qui ont été estimées aussi précieuses que la vie même de l’Homme-Dieu ? Est-il un malheur égal à celui de la perdre éternellement ?

IV. Cette considération réglera, l’estime que je dois faire de mon corps, qui est périssable et dois rentrer à la terre d’où il est sorti, et de mon âme qui est immortelle et doit retourner à Dieu, qui est son principe. Les richesses, les biens de la terre qui flattent les sens, la pompe des grands, l’éclat des honneurs, tout cela est pour le corps, et ne mérite pas plus d’estime que lui. La Charité, la patience, l’humilité, la parole de Dieu, les Sacrements qui sont la source de la vie, voilà les biens de l’âme ; voilà ce que je rechercherai, ce que j’aimerai, au mépris de tout ce qui ne peut qu’éblouir nos yeux et flatter mes sens.

V. Si Jésus-Christ montre tant d’inquiétude pour le Salut de mon âme, ne dois-je pas m’en inquiéter moi-même ? Ne doit-elle pas m’être encore plus chère qu’à lui ?

Hélas ! Si je la perds, tout est perdu pour moi. Que dis-je, tout est perdu ? Je ne me prive pas seulement d’un bonheur éternel, je m’attire un malheur infini et dans sa rigueur et dans sa durée. Si j’avais deux âmes, le salut de l’une pourrait me dédommager de la perte de l’autre ; mais je n’en ai qu’une, et il dépend de moi de la rendre heureuse ou éternellement malheureuse.

VI. Avons-nous jamais compris quel est le malheur d’une éternelle damnation ? Tâchons de le comprendre en méditant au pied de la Croix ces paroles de notre Divin Maître : « Que servira à l’homme de gagner le monde entier, s’il a le malheur de perdre son âme ? Que peut-il prétendre, s’il s’attire la mort éternelle ? Ou que donnera-t-il pour se racheter, qu’aura-t-il pour se dédommager quand il aura perdu son âme ? » Méditez cette vérité, vous qui connaissez si bien le prix des choses périssables et qui, de tout ce qui vous intéresse, ne négligez que le soin de votre âme.

VII. Quand nous voyons les heureux du siècle au comble des richesses et des honneurs nager dans les plaisirs et les délices, gardons-nous d’admirer ou d’envier leur prospérité. Ce n’est qu’un songe que la mort dissipera bientôt, et dans l’éternité ils seront dépouillés de tout, et plongés dans l’abîme du malheur. Si nous avons part à la pauvreté de Jésus-Christ ; si nous participons à ses souffrances et à ses opprobres, réjouissons-nous : nos maux seront bientôt passés, et la bienheureuse éternité qui nous attend ne passera pas.

VIII. Ô éternité ! Qui me donnera de pénétrer ta profondeur ? Qui me fera comprendre l’importance d’un bonheur ou d’un malheur éternel ? Je ne trouve rien ni dans ce monde ni dans tous les biens ni dans tous les maux du monde qui soit capable de m’en donner l’idée. Croix de mon Sauveur, vous seule pouvez me l’apprendre. Que le bonheur du Ciel est grand puisque pour l’acheter il a fallu tout le Sang de l’Homme-Dieu répandu sur la Croix ? Que la damnation est horrible, que l’enfer est affreux, puisqu’il a fallu que l’Homme-Dieu se chargeât de la malédiction de la terre et du Ciel pour en fermer l’entrée et nous sauver !

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

232_001

 

Pour recevoir les méditations du Mois de la Passion dans votre boite mail,

abonnez-vous à la newsletter d’Images Saintes