Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Dix-septième jour

De la bonté de Dieu en général pour nous exciter à la confiance

 

I. Pour accoutumer nos yeux à la lumière, et de crainte qu’ils ne soient éblouis en fixant tout à coup l’élégante Charité de Dieu qui a paru sur la Croix, tournons nos regards vers des objets qui soient plus à notre portée, et dont l’éclat soit plus tempéré ; considérons la Miséricorde et la bonté de Dieu en général : puis nous élèverons les yeux sur la Croix pour y contempler le soleil d’amour dans tout l’éclat de sa lumière dans l’excès de son ardeur.

II. Rentre en toi-même, ô mon âme, sonde les replis de ton coeur. Si tu te sentais coupable de quelque péché secret, ne les détesterais-tu pas ? N’en ferais-tu pas l’aveu sincère aux ministres que Jésus-Christ a établis pour t’absoudre ? Pour l’expier et l’effacer, épargnerais-tu tes regrets et tes larmes ? Non sans doute. Si ta conscience ne te reproche ni d’attache criminelle à laquelle tu n’aies renoncé en vue de ton salut, ni de haine secrète de ton prochain que tu n’aies étouffée, ni d’injustice que tu n’aies réparée ; si elle répond que tu aimes ton Dieu, que tu aimes ton prochain ; sois tranquille : ne redoute ni la mort, ni les jugements de Dieu ; Il ne peut te juger que dans Sa Miséricorde ; Il veut te sauver, puisqu’il t’inspire Lui-même des sentiments de pénitence et qu’Il t’accorde le secours de Ses Sacrements, qui sont les sources de Sa grâce. Les péchés sont moins la cause de damnation que la défiance qui fait mourir les pécheurs dans l’impénitence.

III. Quelques péchés que nous ayons eu le malheur de commettre dans le cours de notre vie, si, pour les effacer, nous avons mêlé nos larmes au Sang de l’Agneau, qui coule dans nos âmes par les Sacrements, ne nous figurons pas que nous allons paraître devant Dieu souillé de ces péchés : ils sont effacés, il n’en reste pas de vertige ; nous sommes revêtus de Jésus-Christ et enrichis de ses mérites. Mourir dans les Sacrements, c’est mourir dans le Sang de Jésus-Christ, et personne ne peut faire naufrage dans ce bain salutaire, à moins qu’il ne s’y plonge avec la perfidie de Judas ou l’impiété des hébreux déicides.

IV. Ne crains pas, mon âme, d’être traînée devant le tribunal de la Justice Divine : ta pénitence sanctifiée par les mérites de ton Sauveur, ayant couvert la multitude de tes péchés, la Justice de Dieu s’est changée pour toi en Miséricorde. Dieu te regarde comme un esclave dont le sont Fils, aux dépens de sa vie, a acheté la liberté, comme une conquête qu’Il a arrachée à l’enfer : ton salut intéresse sa propre gloire. Ne crains rien, Il a répandu sa colère loin de toi sur des peuples rebelles et sur des âmes qu’Il n’a pas attendues à pénitence, ou qui s’obstinent à mourir dans leurs péchés.

V. Dieu est juste, Il n’est que bonté et Miséricorde. Pleurons les péchés où notre faiblesse, et peut-être notre malice nous a entraînés ; renonçons au monde, qui nous est étranger, renonçons à tout ce qui déplaît à Dieu, nous n’aurons rien à craindre de la Justice Divine, qui n’exerce ses rigueurs que contre ceux qui sont obstinément rebelles à sa grâce ; nous lèverons tous les obstacles qui arrêtaient le cours de son infinie bonté ; et notre âme, que nous remettrons entre ses mains au sortir de la prison de son corps, passera dans le sein de Sa Miséricorde, et entrera dans la joie du Seigneur. Dieu n’est que Charité, que bonté et le propre de sa bonté est de se communiquer ; par un effet de cette bonté, il nous a communiqué son être en quelque sorte, lorsqu’il nous a tirés du néant ; par un effet de la même bonté, Il veut nous communiquer Son bonheur. Il est notre Père ; Il préfère que dans nos prières nous Lui donnions ce tendre nom redoutable de Souverain Seigneur ; et que ne fait pas un bon père pour le Salut et le bonheur e ses enfants, de ceux qui l’ont affligé par leur mauvaise conduite ?

VI. Dieu est si bon lorsqu’il proteste que la punition des pécheurs est un œuvre qui lui est comme étrangère, à laquelle il ne se porte qu’à regret, et que ses plus chers délices sont de faire du bien à tous les hommes ; Il imprime au coeur de ses saints la même inclination de bienfaisance et de Charité ; et n’avoue pour ses enfants que ceux qu’une Charité bienfaisante rend semblables à Lui. Dieu ne serait-il pas pour nous, quelque misérables que nous rendent nos péchés, ce qu’il nous ordonne d’être les uns pour les autres, bienfaisant, compatissant à nos misères, patient à supporter nos injures, disposé à nous pardonner et à nous rendre le bien pour le mal ? Serait-il moins miséricordieux que nous ne devons l’être ? Non, l’immense Charité dont il pénètre le coeur de ses Saints, n’est qu’un ruisseau qui coule de l’océan de Sa Miséricorde infinie. Ne croirions-nous pas notre salut en sûreté, s’il dépendait de la Charité de ces hommes apostoliques que Dieu emploie à la conversion des pécheurs ? Qu’avons-nous donc à craindre, si, morts au monde que nous allons quitter, la Foi nous découvre que notre Salut est entre les mains de Dieu même ?

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

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