Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

Nativite-du-Christ

Quinzième jour

Autres adorateurs

 

Les pieux bergers, qui, avertis par l’Ange, étaient venus adorer l’Enfant Dieu, rapportèrent à leurs amis et connaissances ce qu’ils avaient vu et entendu. « Et tous furent dans l’admiration de ce qu’ils apprirent de la bouche des bergers, dit Saint Luc ; et plusieurs de ces derniers vinrent à leur tour adorer le Divin Enfant ».

Pour les trois bergers-chefs, ils étaient restés auprès de Joseph, et l’aidèrent tour à tour à tout disposer plus commodément dans la grotte de la Crèche et dans les grottes latérales. Il y avait aussi, près de la Sainte Vierge, plusieurs femmes pieuses qui lui rendaient divers services. C’étaient des Esséniennes qui demeuraient à peu de distance de la grotte de la Crèche, dans une gorge située au levant de la colline.

Elles habitaient, les unes près des autres, des espèces. de chambres creusées dans le roc à une assez grande hauteur. Elles avaient de petits jardins près de leurs demeures, et instruisaient des enfants de leur secte. C’était saint Joseph qui les avait fait venir. Il connaissait cette association depuis sa jeunesse ; car, lorsque, fuyant ses frères, il se réfugiait dans la grotte de la Crèche, il avait plus d’une fois visité ces pieuses femmes. Elles venaient tour à tour près de la sainte Vierge, apportaient de petites provisions et s’occupaient des soins du ménage de la sainte famille.

Mais le surlendemain de la naissance de l'Enfant, il se passa une scène très touchante dans la grotte de la Crèche : Joseph et Marie se tenaient près de la crèche et regardaient l’enfant Jésus avec un profond attendrissement. Tout à coup l’âne se jeta sur ses genoux et courbe sa tête jusqu’à terre. Marie et Joseph ne purent. retenir leurs larmes.

Le soir, on reçut des nouvelles de sainte Anne. Un homme âgé et la servante de sainte Anne, sa parente éloignée, arrivèrent de Bethléem, apportant à la sainte Vierge différents objets, soit nécessaires, soit utiles. Ils furent extraordinairement touchés à la vue de l’Enfant. Le vieux serviteur versa des larmes de joie. Il se remit bientôt en route pour porter des nouvelles à sainte Anne. La servante resta près de la Sainte Vierge.

Le jour suivant, la sainte Vierge, avec l’Enfant-Jésus et la servante, quitta la grotte de la Crèche, et pendant quelques heures, alla se cacher dans la grotte latérale où avait jailli une source après la naissance de Jésus-Christ. Elle resta environ quatre heures dans cette grotte, où plus tard elle devait passer deux jours. Le matin, de bonne heure, saint Joseph l’avait disposée pour que la sainte Vierge pût s’y tenir sans trop d’incommodité. Elle s’y retira pour obéir hutte inspiration divine, car quelques personnes vinrent aujourd’hui de Bethléem à la grotte de la Crèche. Ce devait-être des émissaires d’Hérode. Par suite des propos des bergers, le bruit s’était répandu que quelque chose de miraculeux avait eu lieu en cet endroit, lors de la naissance d’un enfant. Ces hommes échangèrent quelques paroles avec saint Joseph, qu’ils trouvèrent devant la grotte avec les bergers, et le quittèrent en ricanant, lorsqu’ils eurent vu sa pauvreté et sa simplicité. La Sainte Vierge, après être restée environ quatre heures dans la grotte latérale, revint à la crèche avec le divin Enfant.

Après cela, la grotte de la Crèche jouit d’une déli-cieuse tranquillité. Il n'y vient personne de Bethléem : les bergers seuls sont en rapport avec elle. Du reste, on ne s‘inquiète guère à Bethléem de ce qui s’y passe, car il y a beaucoup de mouvement et d’agitation dans la ville à :cause du grand nombre d'étrangers qui s’y trouvent. On vend et on tue beaucoup d‘animaux, parce que plusieurs étrangers paient leur impôt en bétail. Il y a aussi beaucoup de païens qui sont employés comme domestiques.

Cependant les adorateurs arrivent à la crèche. C’est d’abord l’excellent maître de la dernière hôtellerie où Marie et Joseph ont passé la nuit qui envoie a la grotte un serviteur avec des présents. Lui-même est venu dans la journée pour rendre ses hommages à l‘Enfant. L’apparition de l’Ange aux bergers a l’heure de la naissance de Jésus est cause que tous les braves gens des vallées ont entendu parler du merveilleux Enfant de la promesse ; ils viennent maintenant pour honorer l'Enfant.

Ils se succèdent donc les uns aux autres, et la veille du sabbat, entre autres jours, plusieurs bergers et d’autres braves gens vinrent à la grotte de la Crèche et honorèrent l’Enfant Jésus avec beaucoup d’émotion. Ils étaient en habits de fête et allaient à Bethléem pour le sabbat. Parmi ces gens, était la femme qui, le septième jour du voyage de Nazareth a Bethléem, avait réparé la grossièreté de son mari envers les saints voyageurs en leur offrant l’hospitalité. Elle aurait pu aller pour le sabbat à Jérusalem qui était près de chez elle ; mais elle fit un détour jusqu’à Bethléem, afin de pouvoir honorer l’Enfant et ses bons parents. Elle se sentit toute heureuse de leur avoir donné cette marque d'affection.

L’on vit aussi dans l’après-midi un parent de Saint Joseph près de la demeure duquel la Sainte Famille avait passé lé nuit du neuvième jour, venir à la Crèche et vénérer l’Enfant. C’était le père de Jonadab, qui, lors du crucifiement, porta à Jésus un drap pour se couvrir. Il avait su que Joseph avait passé près de chez lui et avait entendu parler des miracles qui avaient signalé la naissance de l’Enfant, et, comme il allait à Bethléem pour le Sabbat, il était venu à la Crèche apporter des présents. Il salua Marie et rendit hommage à l’Enfant. Joseph le reçut très amicalement, mais il ne voulut rien recevoir de lui ; seulement il lui emprunta de l’argent et lui remit en gage la jeune ânesse, à condition de pouvoir la reprendre quand il le rembourserait. Joseph avait besoin de cet argent pour les présents à faire et les repas à donner lors de la cérémonie de la circoncision de l’Enfant.

Quand tout ce monde fut parti pour la synagogue de Bethléem, Saint Joseph prépara dans la grotte la lampe du Sabbat, qui avait sept mèches, l’alluma, et plaça au-dessous une petite table sur laquelle étaient les rouleaux qui contenaient les prières. Ce fut sous cette lampe qu’il célébra le Sabbat avec la Sainte Vierge et la servante de Sainte Anne. Deux bergers se tenaient un peu en arrière de la grotte. Les Esseniènnes étaient aussi là.

Ce même jour encore, avant le Sabbat, les Esseniènnes et la servante préparèrent des aliments. Elles firent rôtir des oiseaux à une branche placée au-dessus du feu. Elles les roulèrent aussi dans une espèce de farine faite avec des grains qui viennent des épis sur une plante semblable au roseau : on la trouve à l’état sauvage dans les endroits humides et marécageux du pays ; on la cultive dans plusieurs lieux ; elle vient souvent sans culture près de Bethléem et d’Hébron. Les pâtres de la tour des bergers en avaient amené à Joseph. Ces femmes firent aussi avec ces grains une espèce de crème blanche assez épaisse et pétrirent des gâteaux avec de la farine. La Sainte Famille ne garda pour son usage qu’une très petite quantité des nombreuses provisions que les bergers avaient apportés. Le reste fut donné en présents et surtout distribué aux pauvres. Le lendemain surtout l’on doit faire d’abondantes distributions à l’occasion du repas de la Circoncision.

 

Considération

Saint Joseph d’après Monsieur Boudon

 

Le vénérable Monsieur Boudon, gloire de l’Église d’Evreux, voilà encore un grand amant de Saint Joseph, d’autant plus sincère qu’il fut l’un des plus fidèles imitateurs du Saint Patriarche dans sa vie cachée. C’est pour cela qu’il en parle si éloquemment. Malheureusement, nous sommes obligés de beaucoup omettre.

« Tout ce qu’il y a de plus saint dans le ciel, dit-il tout ce qu'il y a de plus grand dans l’Empyrée, tout ce qu’il y a de plus beau dans le Paradis, tout ce qu’il y a de plus éminent dans la gloire, tout ce qu’il y a de plus relevé, de plus glorieux, de plus charmant, de plus éclatant, de plus aimable et de plus admirable dans la belle éternité, est tout ce qu’il y a de plus caché avec Jésus-Christ en Dieu, en telle sorte que c’est une vérité indubitable que ceux-là sont les plus grands en l’autre vie, qui ont été les plus cachés en Dieu avec Jésus, pendant qu'ils vivaient ici-bas sur la terre.... Aussi que l’on dise de saint Joseph qu‘il est le Père putatif de l’adorable Jésus, c’est vrai ; que l’on soutienne qu’il est le chaste Epoux de la très Sainte Mère de Dieu, je l’avoue ; mais si saint Augustin a si bien dit que la glorieuse Vierge a été plus heureuse d‘avoir coupa Jésus dans son cœur que de l’avoir porté dans ses chastes entrailles, je puis avancer avec raison que cette qualité de Père putatif de Jésus aurait servi de peu au glorieux saint Joseph, si sa vie n’avait été cachée encelle de Jésus son Dieu... Sa vie a été cachée avec Jésus en Dieu. Voilà toute la vie de Saint Joseph, voilà toutes ses grandeurs, tous ses mérites. C’est là sa vie véritable... Vie, non de paroles, mais d’oraison et d‘admiration, d‘admiration et d'adoration.

Ô quels profonds secrets et quelles merveilles les esprits de Marie et de Joseph n’ont-ils pas pénétrés et sondés dans les abîmes de cette vie ! Quelles lumières n’ont-ils pas reçues de leur soleil qui leur était toujours présent ! Les âmes allaient en enfer, Jésus était venu pour y remédier, il quittait tout pour se tenir caché avec Marie et avec Joseph. Ce que Jésus pouvait faire en ce temps-là et qu’il n’a pas fait, tous les effets qu’il pouvait opérer et qu’il a suspendus, il les a tous produits ; avec une singulière éminence, en Marie et Joseph et il a amplement compensé en eux toutes les privations et suspensions de ses grandes et saintes opérations ; car il était occupé en eux, les sanctifiant et les élevant, de moment en moment, par de nouveau accroissements de grâce et de sainteté.

Et d’ailleurs, quelles communications mutuelles, quelle rencontre de ces lumières du paradis en se regardant de leur cœur, en s’entretenant de leurs volontés et affections Si la communication d‘’n saint avec Dieu,ou sa très Sainte Mère, nous étonne et nous produit véritablement des effets prodigieux de grâce dans l’âme, que devons-nous penser de celle qu’a eue Saint Joseph avec Jésus continuellement pendant environ trente ans ? Que ne peut point faire un regard de Dieu, une parole ? Par une seule parole de Dieu, tout le monde a été fait. Je vous prie, que n’a point opéré l'entretien de Jésus avec Joseph pendant un si long temps ? Qui pourrait expliquer les chastes embrasements, les saints baisers de saint Joseph avec Jésus, avec un Dieu? Y a-t-il un Séraphin qui puisse nous déclarer la grandeur de saint Joseph qui commande à un Dieu ? Et erat subditus illis. Tout ce que le Saint Esprit déclare de la vie cachée de Jésus est qu‘il était sujet à Marie et à Joseph. Voilà ses merveilles, voilà ses grandeurs, voilà ses miracles, voilà ses opérations, voilà la meilleure partie de la vie d’un Dieu. Joseph appelait Dieu, Jésus répondait ; Joseph commandait, Jésus obéissait ; Jésus était envoyé, et Jésus allait, un Dieu aidant au saint à exercer le métier de charpentier. Il balayait et nettoyait la maison, et faisait quantité d’autres choses domestiques, et tout cela pour moi, pour nous : et un Dieu ? Vous pouvez voir de là la facilité que Saint Joseph avait pour l’oraison et sa grande solitude intérieure au milieu de toutes les choses créées ; car quand il aidait Jésus, qu’il lui apportait quelque morceau de bois, il ne cessait de prier Dieu ; quand il mangeait, quand il se reposait, toujours avec Jésus, Dieu incarné, et avec la Reine de tous les Saints du Paradis. Il recevait par la continuelle présence de Jésus et de Marie, tant de rayons d’éclats de lumière du Saint Esprit et de si grands embrasements d’amour en son âme, qu’il ne pouvait plus vivre ni converser avec les hommes sur la terre, qu’il ne pouvait plus rien voir et aimer de toutes les choses créées. Il était toujours en la présence de Dieu, et c’est ce qui le séparait des créatures… et le mettait dans une telle solitude intérieure, qu’il vivait séparé de tout le reste de ces créatures, qu’aucune n’y pouvait avoir de part. Car, comme en la solitude de Jésus personne n’y entre, à cause des charmes ineffables qui résultent de l’union personnelle : non plus dans celle de la Sainte Vierge, à cause de sa maternité divine ; de même Saint Joseph est incommunicable, à cause des qualités de Père de Jésus et d’époux de la très pure Marie.

Ô vie ineffable et cachée en Jésus ! Joseph possédait Jésus et était possédé de Jésus. »

 

Pratique

Œuvres de piété et de miséricorde

 

Notre Seigneur nous a promis de ne point laisser sans récompense le verre d’eau froide donné en son Nom et pour son amour. Ainsi en est-il de la très Sainte Vierge, avec laquelle ses fidèles serviteurs ne sont jamais sans retour. Ainsi en est-il avec Saint Joseph, qui a souvent récompensé des plus insignes faveurs les moindres œuvres que l’on avait faites pour lui. Si donc nous voulons nous le rendre de plus en plus favorable, ne nous contentons pas de le glorifier et de l’invoquer, mais faisons quelques bonnes œuvres en son honneur, et surtout de ces œuvres, soit de piété, soit de charité, soit de miséricorde, dans lesquelles nous rencontrerons des sacrifices à imposer à notre amour-propre, à notre vanité, à notre paresse, à notre amour de nos aises, à nos satisfactions, des œuvres enfin qui nous coûterons à un point e vie ou à un autre.

C’est sans doute pour encourager cette pratique que Pie VII, par un rescrit du 13 juin 1813, a accordé à celui qui donne à manger à trois pauvres en souvenir de Jésus, Marie et Joseph, une Indulgence de sept ans et sept quarantaines chaque fois, et même une Indulgence plénière, si ce même jour il se confesse et communie.

Ceux de la famille qui contribuent à cette œuvre de miséricorde par leurs service, ou même par leur seule présence, gagnent également cent jours d’Indulgence.

 

Prière

Tirée de Monsieur Boudon

 

Grand Saint, le miracle et l’étonnement de tous les Saints, dont la grandeur de la grâce s’élève en sa hauteur incomparablement au dessus de tout ce qu’il y a de plus éminent parmi les saints. Homme plus qu’homme, homme plus qu'Ange, le sujet des admirations de ces esprits sublimes, de ces pures intelligences du ciel, aussi bien que des âmes les plus élevées de la terre, car où est l’Ange dont on puisse dire qu’il a eu la Mère d‘un Dieu pour épouse ; qu’il a été le Père putatif d’un Dieu-Homme ; qu’il l’a nourri, élevé, porté entre ses bras et sauvé de la mort ; et enfin qu’un Dieu lui a été sujet ?

Mais comment, incomparable Saint, peut-on penser aux assistances que vous avez rendues a la Reine du ciel et au petit Enfant Jésus, sans vous en remercier, sans en être touché ? Comment peut-on penser et à l'amour que vous avez eu pour Jésus et Marie, et à l’amour que Jésus et Marie ont eu pour vous, sans en être tout d’amour pour vous ? Je vous aime donc, ô le grand Saint de ma dévotion, le grand Saint que je désire de tout mon cœur honorer le reste de mes jours par un culte très particulier, et que je voudrais faire connaître a tout le monde comme le non-pareil dans ses faveurs, l‘incomparable dans son crédit auprès de Dieu, l’admirable dans ses bontés et miséricordes. Je vous conjure, bienheureux Saint, par la part que vous avez eue au mystère de l’Incarnation, de m’obtenir un vrai et fidèle amour pour le tout aimable Jésus, un amour qui me lie à cet adorable Sauveur inséparablement et pour jamais. Et pour cette fin, impétrez-moi de ses grandes miséricordes la grâce finale, le don de la persévérance. Je vous demande cette grâce, ô Jésus, par les services que le glorieux saint Joseph, votre Père putatif, vous a rendus autrefois sur la terre.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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