Le Mois de Saint Joseph

Avec la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich

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Vingt-septième jour

Mataréa

 

Après un séjour d’à peu près dix-huit mois, Jésus ayant environ deux ans, la Sainte Famille quitta Héliopolis par suite du manque d’ouvrage et de beaucoup de persécutions. Ils se dirigèrent au midi, vers Memphis. Comme ils passaient par une petite ville peu éloignée d’Héliopolis, et qu’ils se reposaient dans le vestibule d’un temple d’idoles, l’idole tomba et se brisa. Elle avait une tête de bœuf, avec trois cornes, et dans le corps plusieurs ouvertures dans lesquelles on déposait et on brûlait les victimes. Il s’ensuivit un grand tumulte parmi les prêtres idolâtres, qui arrêtèrent la Sainte Famille et la menacèrent. Mais l’un d‘entre eux représenta aux autres qu’il valait mieux se recommander au Dieu de ces gens, et rappela les fléaux qui avaient frappé leurs ancêtres lorsqu’ils avaient persécuté le peuple auquel-ceux-ci appartenaient, notamment la mort des premiers-nés de chaque famille dans la nuit qui avait précédé la sortie de ce peuple. Sur ces observations, on laissa aller la Sainte Famille sans lui faire de mal.

Ils allèrent alors jusqu’à Troya, endroit situé sur la rive orientale du Nil, en face de Memphis. C’était un bourg considérable, Où il y avait beaucoup de boue. Ils avaient l'idée de s’y fixer, mais on ne les reçut nulle part. On refusa même de leur donner de l’eau à boire et quelques dattes qu’ils demandaient. Memphis était située sur l’autre rive du Nil. Le fleuve était large en cet endroit, et il y avait quelques îles. Une partie de la ville était aussi de ce côté du Nil. Il s’y trouvait du temps de Pharaon un grand palais avec des jardins et une haute tour, sur laquelle montait souvent la fille de Pharaon. On y voyait aussi la place où Moïse enfant avait été trouvé au milieu des roseaux. Memphis formait comme trois villes des deux côtés du Nil, et il semblait que Babylone, une ville placée sur la rive orientale, plus en aval du fleuve, en fit aussi partie. Du reste, à l’époque de Pharaon, la contrée du Nil entre Héliopolis, Babylone et Memphis, était tellement couverte de hautes dignes de pierres, de canaux et d’édifices voisins les uns des autres, que tout cet ensemble ne paraissait faire qu’une seule ville. Au temps de la Sainte Famille, ces mêmes villes étaient isolées et même séparées par des ruines immenses.

De Troya, les saints exilés revinrent au nord, en descendant le cours du fleuve, dans la direction de Babylone, qui était dépeuplée, mal bâtie et fangeuse. Ils la contournèrent, passèrent entre le Nil et la ville, et firent un peu de chemin dans la direction opposée à celle qu’ils avaient d’abord prise. Ils suivirent, en descendant le Nil, une chaussée sur laquelle Jésus passa plus tard lorsqu’il alla en Arabie et en Egypte après la résurrection de Lazare, avant de rejoindre ses disciples à Sichar, près du puits de Jacob.

Ils firent environ deux lieues le long du Nil. La route était bordée çà et là de bâtisses en ruines. Il leur fallut traverser encore un canal et un petit bras du fleuve, et ils arrivèrent à un endroit qui plus tard s’appela Mataréa. Il était voisin d’Héliopolis. Cet endroit, situé sur une langue de terre, en sorte que l’eau le bordait de deux côtés, était assez dépeuplé ; les habitations y étaient très dispersées et mal bâties ; elles étaient faites avec du bois de dattier et du limon desséché, et couvertes en roseaux. Joseph y trouva de l’ouvrage. Il bâtit des maisons plus solides en branches entrelacées, et construisit au-dessus des galeries où l’on pouvait se promener.

Ils se logèrent en cet endroit sous une voûte sombre, dans un lieu isolé, à peu de distance de la porte par laquelle ils étaient entrés. Joseph disposa en outre une construction légère en avant de cette voûte. Ici aussi une idole, qui était dans un petit temple, tomba à leur arrivée, et plus tard toutes les idoles de l’endroit. Ce fut encore un prêtre qui calma le peuple en rappelant le souvenir des plaies d’Egypte. Plus tard, quand une petite communauté de Juifs et de païens convertis se fut rassemblée autour d’eux, les prêtres leur abandonnèrent le petit temple dont l‘idole était tombée à leur entrée, et Saint Joseph en fit une synagogue. Il devint comme le père de la communauté et leur apprit à chanter régulièrement les psaumes, car ils avaient oublié en grande partie le culte de leurs pères.

Il y avait là quelques Juifs très pauvres, vivant dans des fosses et des trous creusés dans la terre. Dans le village juif situé entre On et le Nil demeuraient, au contraire, beaucoup d’Israélites qui avaient un temple à eux, mais qui étaient tombés dans l’idolâtrie : ils avaient un veau d’or, une figure avec une tête de bœuf, et à l’entour de petites figures d‘animaux ressemblant à des putois, avec de petits baldaquins au-dessus. Ce sont des animaux qui défendent l’homme contre les crocodiles, des ichneumons.

Ils avaient aussi une imitation de l’Arche d'alliance, dans laquelle étaient d’affreuses choses. Ils pratiquaient un culte abominable, qu’ils exerçaient en se livrant à toutes sortes d’impuretés dans un passage souterrain, croyant amener par là la venue du Messie. Ils étaient très endurcis et ne voulaient pas entendre parler d’amendement. Plus tard, plusieurs d’entre eux vinrent ici de cet endroit, qui était éloigné de deux lieues au plus. Ils ne pouvaient pas venir directement, a cause des canaux et des chaussées, mais il leur fallait faire un détour autour d‘Héliopolis.

Ces Juifs du pays de Gessen avaient déjà fait connaissance avec la Sainte Famille lorsqu’elle était à On, et Marie faisait pour eux tentes sortes d’ouvrages de femme, comme du tricot et des broderies. Elle ne voulait pas faire des choses inutiles et des objets de luxe, mais seulement des choses d'un usage habituel et des habits qu’on mettait pour prier. Lorsque certaines femmes lui commandaient des ornements a la mode pour satisfaire leur vanité, Marie les refusait, quelque besoin qu’elle eût d’avoir de l’ouvrage, et malgré les injures qu’elles pouvaient lui dire.

Au commencement, la position des fugitifs fut pénible à Mataréa. Il n’y avait là ni bois ni eau potable. Les habitants brûlaient de l’herbe. desséchée ou des roseaux. La sainte Famille ne mangeait la plupart du temps que des aliments froids. Joseph trouva du travail ; il mit les cabanes en meilleur état. Seulement les gens du pays le traitaient presque comme un esclave ; ils lui donnaient ce qu’ils voulaient ; quelques fois il recevait un salaire pour son travail, quelquefois il ne recevait rien. Les habitants étaient très peu industrieux dans la construction de leurs cabanes. Il n’y avait pas de bois en cet endroit, sauf quelques souches que l’on rencontrait çà et là ; mais ils n’avaient pas d’instruments pour les façonner. La plupart n’avaient que des couteaux de pierre ou d’os. Ils gagnaient leur vie à extraire de la tourbe. Joseph avait apporté, lui, les plus indispensables de ses outils.

La sainte Famille s’installa bientôt assez bien. Joseph divise son habitation en compartiments à l’aide de cloisons en clayonnage ; il disposa un foyer et fabriqua des escabeaux et de petites tables. Les gens du lieu prenaient leur repas par terre.

La Sainte Famille vécut là plusieurs années, dans cette habitation ainsi disposée. Dans le mur de la voûte où Marie prenait son repos, Joseph avait pratiqué une cavité où était le lit de Jésus. Marie dormait a côté, et priait souvent la nuit à genoux devant la couche de l’Enfant. Joseph dormait dans un autre endroit.

Il y avait aussi un oratoire disposé par Saint Joseph dans l’habitation. Il était dans un couloir séparé. Joseph et la sainte Vierge y avaient leurs places distinctes ; il y avait aussi pour l’Enfant Jésus un petit coin où il priait debout, assis ou agenouillé. La sainte Vierge avait une espèce de petit autel devant lequel elle priait : c’était une sorte de table couverte en blanc et en rouge ; on la tirait comme d'un compartiment pratiqué dans le mur et qui pouvait se fermer. Il y avait dans l’enfoncement du mur une espèce de reliquaire, avec de petits bouquets dans des vases en forme de calice, et de plus le bout du bâton de saint Joseph, avec la fleur qui l’avait fait désigner dans le Temple comme Epoux de Marie. Il y avait une autre relique, mais on ne peut bien préciser ce que c‘était, dans une boîte transparente, comme cinq petits bâtons blancs de la grosseur d’un fort tuyau de paille; ils étaient croisés les uns sur les autres et comme attachés par le milieu; ils paraissaient plus larges et arrondis par en haut : c’était comme une petite gerbe.

A Mataréa encore, où les habitants n‘avaient d’autre eau potable que l'eau trouble du Nil, Marie, en priant, trouva une fontaine. Ils souffriront donc d‘abord de grandes privations, n’ayant que des fruits à manger et de mauvaise eau à boire. Il y avait longtemps qu’ils n’avaient eu de bonne eau, et Joseph voulait aller avec son âne en chercher dans le désert, à la fontaine du jardin de Baume, lorsque la sainte Vierge, étant en prière, vit un Ange qui lui dit qu’elle trouverait une source derrière sa demeure. Elle alla alors de l’autre côté du mur, où était son habitation, jusqu’à un espace libre placé plus bas, parmi des décombres où se trouvait un vieil arbre très gros. Elle avait à la main un bâton au bout duquel était une petite pelle, comme en portent souvent dans ce pays les gens qui voyagent ; elle en frappa la terre au pied de l’arbre, et il en sortit aussitôt un filet d’eau limpide. Pleine de joie, elle appela aussitôt Saint Joseph, qui, creusant la terre en cet endroit, découvrit la source qui avait été autrefois maçonnée, et qui depuis avait été bouchée et encombrée. Joseph la dégagea et la restaure à merveille. Il y avait aussi près de cette fontaine, du côté par où Marie était venue, une grande pierre assez semblable à un autel, et qui avait dû en servir autrefois.

Ce fut là que la sainte Vierge, par la suite, lava souvent et fit sécher au soleil les vêtements et les linges de l’Enfant Jésus. Cette fontaine resta inconnue et fut exclusivement à l’usage de la Sainte Famille jusqu'au temps où Jésus fut assez grand pour rendre divers petits services, comme de puiser de l’eau pour sa mère. Il amena une fois d’autres enfants à la fontaine, et leur donna à boire dans le creux d’une grande feuille. Les enfants ayant raconté cela à leurs parents, d’autres personnes vinrent à la source, qui pourtant resta principalement à l’usage des familles juives.

Un jour que Marie priait à genoux sur la route où elle habitait, Jésus se glissa jusqu’à la fontaine avec une entre, et y puisa de l’eau ; c’était la première fois. Marie fut profondément émue lorsqu’elle le vit revenir, et, toujours agenouillée, elle le pria de ne plus faire cela, pour ne pas courir le risque de tomber dans l’eau. Jésus lui dit qu’il prendrait garde, mais qu’il désirait puiser de l’eau pour elle toutes les fois qu'elle en aurait besoin.

Le petit Jésus rendait à ses parents des services de tente espèce, et il se montrait très attentif et très soigneux. Ainsi le voyait-on, quand Joseph ne travaillait pas trop loin de la maison, lui porter l’outil qu’il pouvait avoir oublié. Il faisait attention à tout, et la joie qu’il leur donnait compensait, et bien au delà, tout ce qu’ils avaient à souffrir. Plus d’une fois aussi, Jésus alla au village des Juifs, qui était bien à un mille de Malaréa, porter l’ouvrage de sa mère et rapporter du pain. Les vilaines bêtes qui se rencontrent fréquemment dans ce pays ne lui faisaient pas de mal et se montraient familières avec lui. On l’a même vu jouer avec des serpents.

La première fois qu’il alla seul au village des Juifs, dans sa cinquième ou dans sa septième année, il portait une petite robe brune, bordée de fleurs jaunes, que la Sainte Vierge lui avait faite. Il s’agenouilla pour prier sur le chemin, et deux Anges lui apparurent et lui annoncèrent la mort d'Hérode. Il ne le dit pas à ses parents, soit par humilité, soit parce que les Anges lui dirent de n’en rien faire, soit parce qu’il savait qu’ils ne devaient pas encore quitter l’Egypte. Une autre fois il alla au même village avec d’autres enfants juifs ; et lorsqu’il revint à la maison, il pleura amèrement sur l’état de dégradation où étaient tombés les Israélites qui habitaient ce lieu.

La fontaine de Mataréa existait avant la sainte Vierge, qui l’a seulement retrouvée. Elle était cachée sous des décombres, mais la maçonnerie ancienne existait encore. Job, qui vint en Egypte avant Abraham et qui habita précisément en ce lieu, avait découvert cette source et sacrifié sur la grosse pierre qui se trouvait auprès. Abraham, lors de son séjour en Egypte, planta aussi ses tentes près de cette fontaine, et y instruisit le peuple.

Déjà à l’époque de la Sainte Famille, les lépreux faisaient usage de son eau comme ayant une vertu particulière. Beaucoup plus tard, lorsque déjà on avait élevé sur l’habitation de Marie une petite église chrétienne, avec une entrée près du maître-autel pour descendre dans le caveau où avait longtemps demeuré la Sainte Famille, on vit la fontaine entourée d’habitations, et son eau employée comme remède contre différentes espèces de lèpre. On vit aussi des gens qui s’y baignaient pour être délivrés de certaines maladies de peau. Cela avait encore lieu lorsque les mahométans furent maîtres du pays. On vit aussi les Turcs entretenir une lampe toujours allumée dans l’église qui avait servi de demeure à Marie. Ils craignaient qu’il ne leur arrivât malheur s’ils négligeaient de l’entretenir. Dans les temps modernes, la source resta isolée, à une assez grande distance des habitations. Il n’y avait plus de ville en cet endroit, et l’on n’y voyait plus que des arbres à fruits sauvages.

 

Considération

Saint Joseph d’après M. Pierre Pradié

 

M. Pierre Pradié, l’un de nos Représentants catholiques, est avant tout un philosophe chrétien qui, en 1863, à la vue de notre société en décomposition, disons le mot, en vraie putréfaction, publia sort Monde nouveau, ou le Monde de Jésus-Christ. Il intitule un des chapitres de son livre : Ou le Monde nouveau, ou la Fin du Monde. Il eût pu donner ce titre à tout le livre, puisque c’est l’inévitable alternative dans laquelle il nous voit comme fatalement placés ; qu’il discute avec autant de foi que de science ; et dont l’issue lui paraît remise entre nos mains, en ce sens que le Christianisme ne peut pas avoir accompli toutes ses destinées, et que, si les catholiques ont confiance en Dieu et travaillent en conséquence, ils peuvent encore sauver le monde et amener l’apparition du Monde nouveau. Monde nouveau, dans lequel saint Joseph occupera la place qui lui convient, et à l’occasion duquel M. Pradié nous a donné sur lui de magnifiques pages, que nous sommes heureux de reproduire ici.

« Saint Joseph, le charpentier, dit-il, est le père du Monde nouveau, dont Marie est la mère, et Jésus le grand monarque. Cela veut dire que le Monde nouveau sera le monde de l’artisan affranchi par le travail, le sacrifice et l’amour : par le travail, Saint Joseph ; par le sacrifice, Jésus ; par l’amour, la Vierge.

Jésus entre Joseph et Marie. Le travail, le sacrifice, l’amour. Le travail du peuple, le sacrifice du riche, l’amour de tous. Jésus-Christ donnant son cœur à tous, et devenant par ce don du cœur l‘époux de l’humanité et le grand monarque, le monarque pacifique, régnant par le cœur sur tous, entre Joseph et Marie, entre le travail et l’amour par le sacrifice. Tout est dans ces quelques mots !

C'est le règne du Père, du Fils et du Saint Esprit, avec un caractère spécial, le caractère de l’amour, ou du Saint Esprit qui, étant l’expression de toutes les tendances divines, sera plus spécialement l’expression du monde des derniers temps, ou l’expression des dernières tendances divines à l’égard de l’humanité. Ce sera l'accomplissement de la prière que l’humanité fait tousles jours à Dieu depuis près de deux mille ans : Que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Ce sera le triomphe !

« Dieu, dit-il plus bas, premier type des êtres, s’est constitué en famille et en société, dans le temps et dans l’éternité. Dans l’éternité, sa famille est le Père, le Verbe et l’Esprit. Dans le temps, sa famille est Joseph, Marie et Jésus-Christ. Sa société céleste, c'est l’Eglise des Anges et des Saints dans la gloire ; et sa société terrestre , c’est l’Eglise marchant vers la gloire.

Ces divers éléments, premiers types du monde, sont fortement liés et combinés entre eux. Le Père est, dans les profondeurs de l’Etre divin, ce qu’est Joseph dans les profondeurs de la famille de Dieu sur la terre. Le Père est le grand inconnu de la famille divine dans le ciel; Joseph est le grand inconnu de la famille divine sur la terre. Qui pourrait souder les profondeurs mystiques d’un époux-vierge, gardien de la plus belle et de la plus pure des vierges, vivant dans l‘intimité de cette créature privilégiée entre toutes les créatures ; pénétrant au fond de son être par une méditation permanente, constamment éclairée des lumières de la grâce ; s'associant, sans rien dire, au rôle divin de la Mère de Dieu; souffrant des labours de la multitude, la nourrissant du produit de ses sueurs, toujours sans rien dire; ayant toutes les gloires du dévouement et de l’esprit de sacrifice de la multitude, vivant et mourant, comme elle, sous le poids de ses vertus, inconnu à tout autre qu’à Dieu ?

Joseph, le charpentier, est donc le premier type et le modèle du prolétaire, de l‘homme du peuple, mourant, tout aussi inconnu sur les champs de bataille ou sur son grabat, plein de gloire souvent, mais d'une gloire que tout le monde ignore, excepté Celui qui voit tout, et qui, sur tout, ne perd jamais de vue le pauvre.

Mais si, du côté de la terre, Joseph, le charpentier, est le modèle du peuple, de l’artisan, du prolétaire, il est, du côté du ciel, l’Epoux de la Mère de Dieu, et le Père adoptif de Celui qui relie toutes les créatures entre elles et à Dieu.

Comme père et chef de la famille divine, Joseph est le chef et le père des hommes, le père et le chef des multitudes.

La Vierge est le premier type et le modèle de l’autre moitié de l’humanité, et se relie à Dieu comme Fille du Père, Epouse du Saint-Esprit, Mère du Verbe. Mère du Fils de l’homme, elle est la mère des hommes ; fille, épouse, mère de l’homme ; fille, épouse, mère de Dieu.

Entre ces deux personnages divins, le Christ nous apparaît, les dépassant de toute la hauteur de sa personne divine ; si, comme homme, il leur est soumis, le Christ, Fils de Dieu, fils de l’homme, ayant le corps et l’âme de l’homme unis à la personne de Dieu, relie la terre au ciel, la matière à l’esprit, l’homme a la femme, Joseph à Marie, centre de la famille divine, centre de la famille humaine, trait d’union entre le Père et le Saint-Esprit, entre Joseph et Marie, le Christ est le trait d’union de tous les êtres, ou le médiateur, par le sacrifice, de toutes les unions naturelles et surnaturelles.

Et ces deux familles, la famille de Dieu dans le ciel, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et la famille de Dieu sur la terre, Joseph, Marie, Jésus, sont le premier type de l’Eglise, épouse mystique de Jésus-Christ, premier type elle-même de toutes les autres sociétés ».

Mais le Monde nouveau que M. Pradié appelle de toutes ses espérances et de tous ses vœux, et qui doit être « le monde de saint Joseph, le monde du charpentier..., modelé sur le type de la sainte Famille..., où tout sera constitué sur ce type de la sainte Famille, Joseph, Marie, Jésus..., » quand surgira-t-il ? Puisse-t-il se lever bientôt sur nos têtes et nous apparaître à tous dans la merveilleuse splendeur de ses réalités ? En l’attendant, et le bâtant de toutes les aspirations de nos âmes et de nos besoins, retenons toujours les magnifiques enseignements qu’on vient de nous donner sur le glorieux saint Joseph.

 

Pratique

Saint Joseph, patron de la bonne mort

 

Il est dans notre vie un moment suprême, moment qui ne se présente qu’une fois, moment qui décide de notre sort éternel ; c’est le moment de notre mort. Mais si nous voulons être efficacement assistés dans ce terrible moment, adressons-nous à saint Joseph, qui, ayant eu la faveur insigne de mourir entouré des soins de Jésus et de Marie, entre leurs bras, dans leurs divines mains, qui lui fermèrent les yeux et lui rendirent les derniers devoirs, a fait la plus précieuse mort qui fût et qui sera jamais, et qui par suite a reçu de Dieu grâce particulière pour aider les mourants, secourir les agonisants, et obtenir à tous une sainte mort.

N’est-il pas, d’ailleurs, le Père de notre Juge, et n’a-t-il pas tout pouvoir pour adoucir la rigueur de ses arrêts ? D’autant plus que, si le souverain Juge prononce en toute justice, il prononce aussi en toute miséricorde, cherchant avant tout à la faire prévaloir sur la justice. Ils sont donc bien heureux, ceux qui mettent saint Joseph dans leurs intérêts et qui l’ont pour avocat auprès de Jésus. Ils peuvent avoir la confiance de n’être pas condamnés.

Telles sont les grandes raisons qui ont porté les fidèles à invoquer saint Joseph comme patron de la bonne mort. La grâce d‘une bonne mort, c’est l’objectif, on dirait, de toutes nos dévotions envers lui. C’est ce que tous les auteurs qui ont écrit sur le saint Patriarche nous recommandent toujours à la fin de lui demander. C’est ce que nous lui demandons nous-mêmes, comme d’instinct, en terminant nos divers exercices en son honneur. C’est ce que toutes ses Confréries et Associations se proposent ordinairement comme but principal, de même que toutes les Associations pour la bonne mort ont choisi saint Joseph pour leur principal patron.

Invoquons-le donc, implorons-le, conjurons-le, afin qu’il nous obtienne et nous procure une bonne mort. Prions le tous les jours à cette intention. Enrôlons-nous dans les Associations instituées à cet effet ; et si nous l’avons bien prié, invoqué et servi pendant la vie, soyons persuadés que, loin de nous abandonner, il viendra puissamment, au contraire, à notre secours, à l’heure de la mort.

 

Prière pour obtenir la grâce d’une bonne mort

 

Bienheureux Joseph, ce n’est pas sans raison que, de préférence à tant d’autres saints ; on vous honore comme patron des agonisants, comme protecteur Spécial de tous ceux qui veulent faire une bonne mort. La vôtre a été si douce, si belle, si précieuse, qu’elle est l’objet de l’envie de tout ce qu’il y a de justes sur la terre. Vous aviez continuellement à votre chevet Jésus et Marie, Jésus soutenant de sa main divine votre tête languissante, Marie essuyant la sueur qui baignait votre front pâle et décoloré, tous deux empressés à vous rendre les services que vous leur aviez prodigués pendant votre vie. Ah ! Pouviez-vous ne pas mourir d’amour en vous voyant, dans votre agonie, soutenu par un Dieu qui s’était fait votre fils, consolé par la Mère d’un Dieu dont vous étiez l’époux? Puis donc, ô Saint Patriarche, que votre mort a été si douce, si glorieuse, si précieuse aux yeux de Dieu, j’implore aujourd’hui votre protection pour l’heure de la mienne. Obtenez-moi, je vous en conjure, pour ce moment si redoutable au pécheur, de détester sincèrement tous les péchés de ma vie ; d'espérer fermement en la miséricorde infinie de ce Dieu sauveur qui, pour mon salut, a commencé par la crèche et fini par la croix ; enfin, de mettre ma confiance en Marie et en vous.

J’avoue, mon tout-puissant protecteur, que par mes péchés je me suis rendu indigne de la grâce que je vous demande. Vous, vous aviez bien droit à une sainte mort, puisque toute votre vie avait été sainte ; moi, j’aurais bien droit de ne m’attendre qu’à une mort malheureuse, puisque je l’ai méritée par ma mauvaise vie ; mais si vous me défendez, je ne puis me perdre. Non-seulement vous avez été le grand ami de mon Juge, mais encore son gardien et son père nourricier ; si vous me recommandez à lui, il ne pourra pas me condamner. Il ne me condamnera donc pas, et c’est à vous et à votre puissante intercession que je devrai mon salut et ma bienheureuse éternité. Ainsi soit-il.

 

Extrait du « Mois de Saint Joseph ou Vie de Saint Joseph d’après Anne-Catherine Emmerich » par C.F. Fouet. Saint Dizier, Paris, 1872

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