04 avril 2020

La Semaine Sainte avec Darwin Ramos

La Semaine Sainte avec Darwin Ramos

 

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Dimanche des Rameaux et de la Passion

 

Evangile selon Saint Marc (11, 1-10).

 

Lorsqu’ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous dit : “Que faites-vous là ?”, répondez : “Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt.” » Ils partirent, trouvèrent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachèrent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire. Ils amenèrent le petit âne à Jésus, le couvrirent de leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! »

 

Dimanche 16 septembre 2012

 

- Mon Père, venez vite, Darwin ne va pas bien, il respire très mal. Je vais aux urgences.

Je raccroche mon téléphone portable et j’enfile rapidement un pantalon, l’esprit encore un peu embué par ce réveil brusque. Puis j’attrape les clés de ma petite moto et sors du presbytère. Je ne sais pas très bien l’heure qu’il est. Minuit ou une heure du matin peut-être. Peu importe d’ailleurs car il faut aller vite, je le sens. Joseph, l’aide-soignant de la fondation qui accompagne Darwin depuis plus de six ans avait une voix inquiète.

Il ne me faut pas plus d’une dizaine de minutes pour rejoindre l’hôpital en empruntant la grande avenue de Manille. Il y a peu de circulation. C’est un vrai petit miracle pour cette métropole de dix-huit millions d’habitants qui est en agitation constante de jour comme de nuit. Je roule vite, trop vite, je le sais bien, mais j’ai un mauvais pressentiment et je parle tout haut dans mon casque, l’angoisse me prenant aux tripes.

Je prie.

- Parle maintenant, Seigneur, s’il vous plaît. Pas encore. Je ne veux pas le perdre, mon Dieu. Je ne suis pas prêt.

Aux urgences, je gare rapidement mon deux-roues sur le parc de stationnement entre deux ambulances. Puis ignorant les appels du gardiens que je feins de ne pas voir, je m’engouffre parmi les nombreux badauds qui attendent l’appel de leur numéro. La liste est longue, le désordre parlable. C’est un hôpital pour enfants avec cette atmosphère comme un lieu. De nombreux dessins colorés jonchent les murs représentant des personnages de dessins animés. Les scènes joyeuses croquées sur les murs jurent un peu d’ailleurs avec les cris et les pleurs qui règnent dans cette cour des miracles où les parents tentent maladroitement de rassurer leur progéniture sans pour autant réussir à cacher leur propre inquiétude. Chacun s’observe sans rien dire, en échangeant un sourire gêné.

Je m’oriente immédiatement vers les soins intensifs, le ICU (Intensive Care Unit), me doutant bien que c’est là, dans cette grande pièce, que Darwin est soigné. Il est devenu un habitué du lieu. Les médecins le connaissent bien car il a vécu des mois dus à l’inexorable évolution de sa maladie.

Darwin est atteint de la myopathie de Duchenne, maladie incurable qui lui grignote petit à petit toutes ses forces musculaires. Depuis plusieurs années, inéluctablement son corps décline.

En entrant dans la grande salle, je suis pris à la gorge par cette émanation d’éther ou d’alcool qui couvre d’autres odeurs nauséabondes. Il y a une trentaine de lits installés côte à côte, tous occupés par des enfants, dont la plupart sont encore des bébés. Ils ont tous à leurs côtés l’un ou l’autre de leurs parents. Une maman essuie religieusement le front de son enfant endormi avec un sourire plein d’amour. Une autre essaie désespérément d’obtenir plus d’informations auprès d’infirmières dépassées par les événements. Un papa, quelques mètres plus loin, est endormi assis sur une chaise en plastique, son front posé sur ses bras en croix au coin du brancard où est allongé son fils d’une douzaine d’années qui semble dormir d’un sommeil agité.

Assez près de l’entrée, j’aperçois Darwin, seul, les yeux fermés. Les sourcils se froncent par moments, signe discret des intenses douleurs qu’il ressent. Il est allongé sur un lit dont le dossier a été relevé au maximum pour le maintenir dans une position assise. Amaigri par ces années de combat contre la maladie, ses muscles s’éteignent petit à petit. C’est un petit corps affaibli dont il ne reste que la peau sur les os.

Mais la première chose qui me frappe en le voyant, c’est la couleur inhabituelle de sa peau. Elle est jaunâtre. Je m’approche doucement de lui car je ne veux surtout pas le réveiller s’il dort. Je pose mon casque et enlève ma veste. Il ouvre les yeux, m’aperçoit et me fixe aussitôt de ses deux billes noires si expressives. Pas de sourire cette fois-ci. Darwin est grave et son regard inquiet. Surtout il semble respirer très difficilement et par toutes petites secousses. Ses poumons n’ont plus de force.

Joseph, l’aide-soignant, arrive juste après moi. Il revient de la petite pharmacie de l’hôpital où il est allé chercher les premiers médicaments prescrits par le médecin de garde. Il me salue rapidement et jette immédiatement un coup d’oeil complice à Darwin feignant de ne pas voir son inquiétude. Il s’intercale alors entre nous, puis lui tourne le dos et me dis d’une voix à peine audible pour éviter que notre jeune patient n’entende :

- Lorsque je suis arrivé dans le foyer cet après-midi, j’ai vu tout de suite que Darwin était très éteint, peu souriant. Et je le connais mon garçon, s’il ne me montre pas son grand sourire quand je viens le voir, c’est qu’il ne se sent pas bien.

- Tu l’as amené immédiatement ici ?

- Non, car Darwin m’assurait que tout allait bien. Un petite crise passagère seulement, disait-il. Mais, un peu plus tard, lorsque j’ai vu que ça ne s’améliorait pas, j’ai insisté. Je lui ai demandé s’il voulait aller à l’hôpital. Darwin n’a rien dit. Les yeux baissés, il a juste hoché la tête en signe d’acquiescement.

Darwin nous regarde fixement, avec une certaine inquiétude dans les yeux. Je vois bien qu’il cherche en même temps à capter mon regard mais je feins de l’ignorer pour laisser Joseph continuer. Je veux entendre son rapport jusqu’au bout car je crains d’entendre « »la » mauvaise nouvelle, la condamnation des médecins, comme un verdict qui tombe, une sentence sans appel.

- As-tu parlé aux médecins ? Que disent-ils de son état ?

- Ils ne savent pas encore, me répond Joseph. Ils ont fait plusieurs tests et prises de sang. Il essaient de comprendre où en est Darwin dans l’évolution de sa maladie, car il craignent tout de même une nouvelle étape dans sa dégradation. Probablement les poumons qui faiblissent.

Darwin continue inlassablement de remuer avec difficulté son corps affaibli pour attirer notre attention. Je m’approche de lui et lui prends la main, en faisant attention de ne pas toucher la perfusion qui l’alimente en dextrose. Sa main est chaude et il serre ses doigts sur la mienne sans me quitter des yeux, en esquissant, pour la première fois depuis mon arrivée depuis mon arrivée aux urgences, un petit sourire. Notre simple présence semble semble le soulager un peu.

Il ferme de temps en temps les yeux mais ne lâche pas ma main. Joseph s’approche des médecins de garde pour leur soutirer quelques informations supplémentaires mais cela devient un jeu de langages et les termes techniques utilisés, accessibles uniquement aux initiés, se multiplient et se compliquent pour finalement ne dire que l’impuissance des soignants. Il faut attendre le résultat des contrôles et l’avis du pneumologue qui ne reviendra que le lendemain.

Je regarde ce spectacle avec un certain étonnement mêlé de dégoût. Les palabres remplacent l’attention, la technique se substitue aux soins et un snobisme médico-intellectuel détrône petit à petit l’humanité de ces médecins qui semblent pourtant tenir la vie de notre enfant dans leurs mains. À chacun de leurs mots ou de leurs gestes, aussi futiles soient-ils, s’accroche notre espérance. « Ce n’est rien », « une petite infection passagère », « il va pouvoir rentrer très vite à la maison ». Des expressions de rien du tout dont rêvent tous les parents d’enfants malades. Quelques mots tout simples qui ne viennent pas. Il faut attendre. Le surveiller et attendre. Il restera à l’hôpital cette nuit.

Je sens que Darwin me serre la main entre son pouce et son index. Je le regarde et il semble vouloir me dire quelque chose. Ses lèvres bougent un peu. Il parle difficilement à cause de sa respiration irrégulière et je n’entends pas grand-chose mais ses yeux grands ouverts m’interpellent. Il fronce les sourcils comme pour me supplier. Il doit avoir besoin de quelque chose, il a soif peut-être, ou bien mal. J’approche mon oreille de sa bouche pour entendre la voix faible de mon petit bonhomme et ce qu’il veut me dire.

Darwin prend une grande respiration, ce qui lui demande un réel effort afin de sortir un son audible car il est à bout de souffle. Et forcissant un peu le son de sa voix saccadée par la douleur, il me dit lentement pour que je comprenne chacun de ses mots :

- Mon Père, un immense merci pour tout.

Merci. C’est tout. Il voulait me dire merci.

Darwin résumait ainsi sa vie en un mot. Une action de grâce. Ce mot « merci », il ne cessait de le répéter : lorsqu’on venait le voir au Centre, lorsqu’un éducateur passait devant lui, lorsqu’il était poussé par ses camarades ou encore si on lui présentait des invités de la Fondation. Darwin manquait profondément tous ceux qui le rencontraient par son sourire et ses mots affectueux. Ce soir-là, alors que commence la dernière étape de sa passion, il ne déroge pas à la règle. Bien que prononcer ces mots est une véritable épreuve pour lui. Il veut dire ce mot « merci ».

Ce n’est donc ni une plainte qu’il veut exprimer, ni un besoin qu’il veut nous signifier. Il déploie tous ces efforts simplement pour dire « merci ». Ce mot gratuit, petit clin d’oeil du coeur.

Expiration divine.

Merci.

Darwin est en souffrance et pourtant ne s’apitoie pas sur lui-même. Il lui faut aimer encore et toujours, dans chacun de ses actes, de ses paroles, à tout moment, même dans la souffrance, surtout dans la souffrance.

Je lui dois tant et c’est lui qui me dit merci.

Mes larmes montent mais j’essaie tant bien que mal de les lui cacher. Je veux lui imposer de se taire, de garder ses forces et de me dire plutôt ce dont il a besoin, ce qui peut l’apaiser. Mais aucun son ne sort de sa bouche. Darwin esquisse à nouveau laborieusement un petit sourire. C’est tout ce qu’il veut me dire.

Merci.

Darwin est comme ce petit âne attaché que l’on amène à Jésus au matin du dimanche des Rameaux. Monture de roi qui accompagne noblement Celui qui à sonné sa vie entièrement.

Il ferme ses yeux doucement, et s’endort.

 

Extrait de « Plus fort que les ténèbres », Père Matthieu Dauchez, Editions Artège, 2015.

 

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Le Serviteur de Dieu Darwin Ramos

Le petit Philippin maître de joie

(1994-2012)

 

Darwin Ramos naît le 17 décembre 1994 dans une famille très pauvre de Manille (Philippines). Il est contraint de mendier dans la rue pour subvenir aux besoins de sa famille, malgré une maladie qui atrophie ses muscles et qui l’empêche rapidement de se tenir debout.

En 2006, il est accueilli par l’association ANAK-Tnk qui œuvre pour les enfants de la rue. Il est baptisé le 23 décembre, puis reçoit la Première Communion et la Confirmation un an plus tard. Darwin fait preuve d’une foi simple mais profonde, ancrée dans la prière et l’action de grâce. Il vit sa maladie dans une réelle union avec le Christ en Croix et dans une grande espérance. Il rayonne de joie et réconforte les enfants de ANAK-Tnk.

Le 16 septembre 2012, sa maladie s’aggrave. Il vit alors une véritable Semaine Sainte : le jeudi, un combat spirituel, le vendredi, il écrit dans une grande paix : « Un immense merci. Je suis très heureux ». Après un samedi silencieux, il meurt le dimanche 23 septembre 2012.

 

Prière pour la béatification du Serviteur de Dieu Darwin Ramos

 

Ô DIEU de toute Joie, Père, Fils et Saint Esprit, Tu ne laisses jamais seuls ceux qui sont dans l’épreuve. Nous Te rendons grâce de nous avoir donné, en Darwin Ramos, enfant de la rue, un modèle lumineux de vie chrétienne. Dans sa brève existence, Tu lui as donné la grâce d’une foi simple et inébranlable, d’une espérance joyeuse dans la maladie, d’une charité constante pour le prochain. Nous Te demandons la glorifi cation sur terre de ton serviteur Darwin, afi n que les jeunes et les malades puissent trouver en lui un maître de Joie. Par son intercession, exauce notre prière (la formuler ici…). Nous Te le demandons par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen. Notre Père/Je vous salue Marie/Gloire au Père.

 

Imprimatur : Mgr. Honesto F. Ongtioco, évêque de Cubao (22 novembre 2018).

 

Pour plus d’infos, relations de grâces

https://darwin-ramos.org

 Facebook : @DarwinRamosAssociation

 

 


Le Serviteur de Dieu Darwin Ramos

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Le Serviteur de Dieu Darwin Ramos

Enfant des rues, pauvre et maître de Joie

(1994-2012)

 

Darwin Ramos naît le 17 décembre 1994 à Doña Marta Maternity Hospital, à Pasay City, dans le Sud de Manille (Philippines). Il passe les premières années de sa vie avec sa famille dans un bidonville de Pasay City. Darwin est le deuxième enfant d’une famille très pauvre qui en compte neuf. Sa mère fait des lessives pour nourrir toute la famille, mais son père sombre dans l’alcool. Afin d’aider sa famille, Darwin commence à trier les déchets, avec sa petite sœur Marimar qui a 2 ans de moins que lui. Les journées consistent à fouiller les poubelles pour récupérer les petits bouts de plastique afin de les revendre pour quelques pesos. L’urgence étant de se nourrir, aller à l’école est impossible.

 

Les débuts de la maladie

 

Darwin a environ 6 ans lorsque les premiers symptômes de ce qui sera diagnostiqué plus tard comme une myopathie de Duchenne apparaissent. Cela commence par une faiblesse musculaire au niveau des jambes : sa mère observe que Darwin chute de plus en plus souvent. Progressivement, Darwin ne peut plus se tenir debout et ses forces diminuent.

 

La pauvreté

 

L’immense pauvreté contraint la famille à quitter le bidonville pour vivre sur les trottoirs. Le père profite de la maladie de Darwin et, sans scrupule, il le dépose tous les matins à la station de métro Libertad pour mendier en apitoyant les passants. Malgré la terrible honte ressentie, Darwin gagne de l’argent, mais son père en récupère une grosse partie pour acheter de l’alcool. Darwin ne dit rien tant qu’il sait qu’une partie suffisante est utilisée pour nourrir ses frères et sœurs.

 

L’accueil à l’association ANAK-Tnk

 

En 2006, une équipe d’éducateurs de rue de l’association ANAK-Tnk (Tulay ng Kabataan, « un pont pour les enfants » en Tagalog, association qui accueille les enfants des rues de Manille) rencontre Darwin à la station de métro Libertad. L’enfant, qui ne peut plus se tenir debout mais peut encore utiliser ses mains et se tenir assis sans aide, accepte d’aller vivre à la Fondation. À l’association ANAK-Tnk, Darwin est accueilli dans une maison avec des garçons et des filles en situation de handicap.

 

La vie spirituelle

 

Darwin est un enfant totalement rempli de Dieu. Nul ne sait d’où cela vient, puisqu’il n’a probablement rien reçu de sa famille. À l’association ANAK-Tnk, il découvre la foi catholique. Le 23 décembre 2006, il est baptisé au Sanctuaire Notre-Dame d’EDSA (appelé couramment par les Philippins EDSA Shrine et construit sur les lieux de la révolution philippine de 1986). Un an après, il reçoit la première communion et la confirmation des mains de Mgr Broderick Pabillo, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Manille.

 

La mission

 

Darwin subit des crises d’asphyxie fréquentes qui nécessitent de nombreuses hospitalisations. Malgré cela, le personnel de l’association ANAK-Tnk et les autres enfants sont édifiés par la façon dont Darwin vit malgré sa maladie. Il répète constamment « Merci » (action de grâces) et « Je t’aime » (amour de Charité). Il ne se plaint jamais et sourit en permanence même dans les moments difficiles. Il est attentif à chacun et apporte son soutien aux autres enfants de l’association ANAK-Tnk quand ils vivent des épreuves ou des coups durs. Quand il parle de sa maladie, il ne parle jamais de sa myopathie mais de ce qu’il appelle sa mission : « Il ne parlait pas de sa maladie mais de la mission que le Christ lui avait donnée. Il a passé sa vie à dire merci et je t’aime » (un témoin).

Il prend l’habitude d’offrir ses souffrances. Un jour, il dit au prêtre de l’association ANAK-Tnk : « Vous savez, mon Père, je crois que Jésus veut que je tienne jusqu’au bout, comme lui ». Darwin développe une relation personnelle et une profonde intimité avec le Christ. Pas un jour ne passe sans que le jeune garçon ne prenne du temps pour prier et se confier à Jésus. Un aide-soignant de l’association témoigne : « Un jour, alors que Darwin était fiévreux, il a insisté pour être sorti de son lit et rejoindre les enfants de la Maison pour la prière du soir. C’était Jésus avant tout ». Sa vie est illuminée par son attachement au Christ.

 

La Semaine Sainte de Darwin

 

Le dimanche 16 septembre 2012, Darwin a de plus en plus de difficultés pour respirer. L’infirmier de l’association ANAK-Tnk décide de le conduire aux urgences de l’hôpital PCMC (Philippine Children’s Medical Center à Quezon City). Quand le prêtre de l’association arrive à ses côtés, Darwin commence d’abord par s’excuser de lui créer des soucis. Cherchant son souffle, il ajoute péniblement : « Mon Père, un immense merci pour tout ». Le lendemain, Darwin est intubé. Il n’est plus capable de parler, mais il est encore possible de lire sur ses lèvres pour le comprendre. Il peut aussi écrire sur un petit cahier. Commence alors « la Semaine Sainte de Darwin » à l’image de la Passion du Christ :

 

Le Jeudi, Darwin fait l’expérience d’un combat spirituel :

Darwin : « Il faut prier »

Prêtre : « Entendu Darwin, mais pourquoi ressens-tu le besoin de prier ? »

Darwin : « Parce que je me bats »

Prêtre : « Tu te bats contre la maladie ? »

Darwin : « Je me bats contre le démon »

Il reçoit alors l’onction des malades.

 

Le Vendredi, Darwin semble en paix et montre un large sourire. Il écrit péniblement ses deux dernières phrases sur un cahier : « Un immense merci » et « Je suis très heureux » comme le signe d’une bataille gagnée. C’est un véritable résumé de sa vie, un testament spirituel, car la vie de Darwin n’était que Joie et action de grâces. Darwin, intimement uni avec le Seigneur dans ses souffrances, partage déjà cette Joie de la victoire.

 

Le Samedi, Darwin entre dans un grand silence mais garde toute sa conscience.

 

Il meurt le Dimanche 23 septembre 2012 à l’hôpital (dans le diocèse de Cubao) : il est 5h30 du matin, le soleil se lève, au moment où le Christ ressuscité sort du tombeau.

 

Les funérailles

 

La messe de funérailles est célébrée dans une église comble, en présence de tous les enfants de l’association ANAK-Tnk habillés en blanc. Darwin est enterré dans le cimetière de Pasay City où de nombreuses personnes continuent de venir se recueillir aujourd’hui pour demander des grâces par son intercession.

Sa cause de béatification a été ouverte publiquement par Mgr Honesto Ongtioco en la cathédrale de l'Immaculée Conception de Cubao le 28 août 2019.

 

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Le message de Darwin Ramos

 

Darwin Ramos n’a rien fait d’extraordinaire. C’est dans l’ordinaire de sa vie qu’il a vécu la simplissime voie de la sainteté. Il a connu la pauvreté des rues de Manille et les souffrances d’une maladie dégénérative, mais sa vie a été totalement illuminée par son attachement au Christ. Jeune, pauvre et malade, il a vécu dans la Joie.

Son testament spirituel tient en deux phrases minuscules, pourtant d’une immense richesse. Alors qu’il sait qu’il va mourir, Darwin écrit : « Un immense merci. Je suis très heureux. » Ce n’est pas un merci de politesse, mais c’est un remerciement profond d’action de grâces. Il en est de même lorsqu’il écrit qu’il est heureux quelques heures avant sa mort : il a vécu tellement en union avec le Christ qu’il a atteint le niveau le plus profond de la Joie. Il a trouvé sa Joie dans celle du Christ.

Darwin est aujourd’hui un maître de Joie pour les jeunes, les pauvres et les malades. Il n’a rien fait d’extraordinaire ; il est pour nous un exemple extraordinaire.

 

Un maître de Joie pour tous les jeunes

 

Darwin est mort très jeune, à l’âge de 17 ans. Mais chaque jour de sa vie fut intense. Et sa courte vie fut fructueuse.

Il avait la générosité de l’enfance. Tout petit, il mendiait pour nourrir sa famille. Il savait bien que son père prenait une large part de ce qu’il gagnait pour acheter de l’alcool. Darwin ne s’en plaignait jamais. Même s’il avait honte, il acceptait de tendre la main parce qu’il savait que ce qu’il restait suffisait à nourrir ses frères et sœurs. Cela faisait sa Joie.

Plus grand, les amitiés étaient très importantes. Les enfants de l’association ANAK-Tnk étaient ses amis, et ceux de son centre étaient ses frères, comme une famille. Il s’agissait de vraies amitiés ancrées dans la fidélité et la charité, pas des amitiés virtuelles des réseaux sociaux comme Facebook ou Instagram, pourtant si prisées aux Philippines. Ses amis témoignent encore aujourd’hui de la façon dont Darwin les a marqués et édifiés. Il avait toujours une attention à chacun et savait les réconforter lorsqu’ils en avaient besoin. Il savait transmettre sa Joie car il la puisait dans les profondeurs de sa vie spirituelle.

Les enfants disent toujours : « Quand je serai grand, je deviendrai… ». Ils disent alors le métier qui les rendrait heureux plus tard. Mais le bonheur n’est pas dans l’avenir. La Joie n’est pas un rêve. Darwin n’a pas reporté au lendemain la Joie de sa vie. Il l’a vécue dans le moment présent, dans le quotidien. Il a vécu la Joie extraordinaire de l’ordinaire.

Les jeunes du monde entier sont capables d’une vie belle et grande. Darwin en est un exemple extraordinaire : il vécut la vertu de charité, l’amour de Dieu pour les hommes.

 

Un maître de Joie pour tous les pauvres

 

La famille Ramos est très pauvre. Au moment de la naissance de Darwin, ses parents habitent un bidonville misérable de Manille. Mais très vite, à cause de la pauvreté grandissante, ils sont contraints d’aller vivre dans la rue. Darwin devient alors un enfant des rues qui trie les poubelles pour récupérer de la nourriture et revendre le bois, les métaux et le plastique dur. Puis il est forcé par son père à mendier à la station de métro Libertad.

Très souvent, il ressent la faim. Mais il comprend que « l’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). En expérimentant la faim et le manque, il apprend à se laisser remplir de Dieu. Ceux qui ont tout n’ont plus besoin de rien, ils en viennent à oublier Dieu. Ils ont l’impression de se suffire à eux-mêmes. Mais ceux qui n’ont rien ont besoin de tout, ils ont toujours une place libre pour Dieu dans leur cœur. Darwin dévora Dieu par amour, pour en nourrir chaque partie de son corps.

La misère déshumanise. Mais la pauvreté, parfois, permet de laisser à Dieu sa juste place. Car le pauvre ne se laisse pas encombrer par ce qui peut faire obstacle à Dieu.

Les pauvres du monde entier sont capables de Dieu. Darwin en est un exemple extraordinaire : il vécut la vertu de foi, il mettait toute sa confiance en Dieu.

 

Un maître de Joie pour tous les malades

 

Dès l’âge de 6 ans, la mère de Darwin constate qu’il chute de plus en plus souvent. Les premiers symptômes de ce qui se révèlera être une myopathie apparaissent. Darwin est atteint de cette maladie dégénérative qui atteint les muscles et se retrouve rapidement en fauteuil roulant. Pire, il souffre de fréquentes crises d’asphyxie. Il souffre beaucoup. Mais Darwin reste dans la Joie.

Le plus simple serait de dire que Darwin reste dans la joie malgré sa maladie et malgré ses souffrances. Mais non ! En vérité, ce n’est pas « malgré » la maladie, mais « dans » et « par » sa maladie que Darwin trouve la Joie. C’est dans ses souffrances qu’il rencontre le Christ. Darwin prend l’habitude d’offrir ses souffrances. Il dit : « Je crois que Jésus veut que je tienne jusqu’au bout, comme lui. » Darwin vit tellement uni au Christ qu’il en arrive à mettre ses pas dans ceux du Christ sur le chemin de la Croix, et à porter la Croix du Christ sur ses propres épaules comme Simon de Cyrène. Darwin vit jusque dans sa chair les paroles si mystérieuses du Nouveau Testament : « Réjouissez-vous de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous soyez aussi dans la joie et dans l’allégresse lorsque sa gloire apparaîtra » (1P 4, 13).

Darwin ne parle jamais de sa maladie mais toujours de sa « mission ». Il vit sa maladie comme une mission confiée par le Christ pour témoigner de sa Joie dans les épreuves et les souffrances.

Darwin est tellement configuré au Christ souffrant que la dernière semaine de sa vie est à l’image de la Passion du Christ. Sa Semaine Sainte commence par un dimanche où il est hospitalisé en urgence : c’est comme un dimanche des Rameaux, le nom de famille Ramos venant de l’espagnol « rameaux ». Son Jeudi Saint est marqué par un combat spirituel contre le diable. Son Vendredi Saint est dominé par un large sourire révélant la Joie de la victoire. Son Samedi Saint est silencieux, comme celui de la Vierge Marie qui attend. Il meurt un dimanche matin, au lever du soleil, au moment où le Christ ressuscite le matin de Pâques, lui, le Soleil de Justice.

Les malades du monde entier sont capables de vivre de la Joie du Christ et d’espérer la vie après la mort. Darwin en est un exemple extraordinaire : il vécut la vertu d’espérance, il était tout tendu vers Dieu.

Darwin est donc un maître de Joie. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle joie. Il ne s’agit pas de la joie éphémère de partager un moment entre amis ou de la joie de recevoir un cadeau. C’est plus profond que cela. Il ne s’agit même pas de la joie de donner, plus profonde que celle de recevoir. C’est encore plus profond que cela. Il s’agit de la Joie spirituelle, la joie la plus profonde et la plus vraie qui soit, car elle est la Joie du Christ lui-même. Voilà pourquoi Darwin est un maître de Joie, car sa Joie n’est autre que celle du Christ. La vie de Darwin est comme un dimanche de Laetare en plein Carême : un moment de Joie dans un temps d’épreuves.

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Prière pour demander la béatification de Darwin Ramos

 

« Ô Dieu de toute Joie, Père, Fils et Saint Esprit, Tu ne laisses jamais seuls ceux qui sont dans l’épreuve. Nous Te rendons grâce de nous avoir donné, en Darwin Ramos, enfant de la rue, un modèle lumineux de vie chrétienne. Dans sa brève existence, Tu lui as donné la grâce d’une foi simple et inébranlable, d’une espérance joyeuse dans la maladie, d’une charité constante pour le prochain. Nous Te demandons la glorification sur terre de ton serviteur Darwin, afin que les jeunes et les malades puissent trouver en lui un maître de Joie. Par son intercession, exauce notre prière (la formuler ici…). Nous Te le demandons par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen. »

 

Imprimatur, Mgr Honesto Ongtioco (en),

évêque de Cubao (Philippines),

le 22 novembre 2018.

 

Relations de grâces et plus d'infos

https://darwin-ramos.org

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