Le Mois de Marie

de Notre Dame du Rosaire de Fatima

 

François, Jacinthe et Lucie

 

Deuxième jour


Lecture


La première impression passée, Lucie retrouva tout son courage. La « jeune dame » (elle appelait ainsi l’Apparition) était trop resplendissante de céleste clarté pour pouvoir faire du mal à des enfants sans défense. Mais de là à croire que ce fut la Sainte Vierge, l’enfant s’y refusait. « Pour voir la Reine du Ciel, il faut être tellement saint, pensait-elle, cependant ce doit être un envoyé céleste parce qu’il est trop beau et trop lumineux. En tout cas, ce n’est certainement pas un esprit malfaisant ».

Et Lucie se rassurait et s’enhardissait à converser avec l’Apparition. Elle lui posait des questions et la « jeune dame «  lui répondait avec un visage souriant, provoquant ainsi de nouvelles demandes, Enfin, le colloque ayant assez duré, pour la première rencontre, l’Apparition dit aux enfants : « Me promettez-vous de venir ici, pendant six mois de suite, le 13 de chaque mois et à la même heure ? Je vous promets de vous dire qui je suis et ce que je demande ».

Lucie fait signe qu’elle accepte la proposition, d’une inclination affirmative de la tête, et ajoute les paroles suivantes, en son nom et au nom de ses petits compagnons : « Nous vous promettons de venir tous les trois ».

Pauvres petits enfants, vous ne pouviez savoir, dans votre ingénuité, combien la malice humaine vous ferait payer cher cette promesse !…

L’Apparition regarda Lucie avec un sourire de satisfaction, puis, s’élançant vers le ciel, dans la même attitude, sans bouger les pieds, elle disparut du côté de l'Orient. Les enfants la suivirent du regard et remarquèrent qu’elle devenait de plus en plus petite, jusqu’au moment où la voûte céleste parut s’entrouvrir pour la recevoir. C’est ainsi qu’elle s’évanouit à leurs petits yeux émerveillés.

Les trois enfants demeurèrent un moment silencieux, puis se regardèrent les uns les autres, cherchant visiblement à se consoler, dans leur tristesse de voir s’évanouir tant de Beauté, Un sentiment de profonde solitude les envahissait et, tandis que le soleil brillait si vivement, il leur semblait que la nuit pesait déjà, sombre, sur leurs yeux, privés maintenant de cette lumière céleste qui les irradiait tantôt de sa clarté.

Et pourtant rien n’était changé autour d’eux, dans la nature. Le soleil continuait à briller et à répandre ses rayons brûlants sur la campagne. Les oiseaux psalmodiaient leurs gazouillis au Créateur. Les brebis, que les pastoureaux et les chiens n’inquiétaient plus, s'étaient jetées sur les gazons fleuris et paissaient à l’envi, pressées les unes contre les autres, à l’ombre courte des haies verdoyantes.

Lucie décida ses petits Compagnons à demeurer là, dans cet endroit, où les bêtes pouvaient brouter tranquillement. L’on rentrerait à la nuit tombante, comme à l’accoutumée. Il n’y avait aucune inquiétude à avoir, puisque l’on savait que les éclairs ne provenaient pas du tonnerre. Donc, plus d'orage à craindre, Il restait, bien entendu, qu’on ne soufflerait mot au village de ce qui venait de se passer tout à l’heure. À ce sujet, Lucie fut catégorique :

« Écoutez-moi bien, vous autres, dit-elle impérieusement, personne ne doit rien savoir de ce que nous avons vu et entendu, absolument rien, C’est compris, Jacinthe ? Toi aussi, François ? » Elle accompagnait ces paroles d’un geste impératif, en même temps qu’elle fixait tour à tour, sur ses deux interlocuteurs, pour accentuer son geste irrésistible, un regard de ses yeux noirs si expressifs. « Oh ! moi, se crut obligée de répondre Jacinthe, je ne dirai rien à personne. - Moi, non plus, acquiesça François, à personne ».

Ensuite, les pastoureaux se mirent à parler de choses sérieuses avec une gravité qui contrastait avec les éclats de rire de la matinée, tandis qu’on construisait de petites maisons ou qu'on se lançait les uns aux autres des mottes de terre. C’est que le départ de la lumineuse apparition avait opéré un grand vide et laissé, dans ces petits cœurs, une profonde tristesse.

Comme la nuit s’approchait, il fallait abandonner ces lieux témoins de tant de merveilles. Encore une fois, Lucie répéta à ses petits compagnons la défense de ne rien dire, à âme qui vive, de l'apparition, et leur donna rendez-vous pour le 13 du mois prochain, dans ce même endroit. Puis le troupeau de brebis se mit en marche vers Aljustrel, suivi des trois petits bergers. Seul, le piétinement des brebis sur le chemin, faisant rouler les cailloux, troublait le silence de cette fin de dimanche. Ainsi s’achevait, dans la banalité d’un retour à la bergerie, une journée embellie de splendeurs célestes.


Réflexions


Notre-Seigneur est notre Maître et notre modèle, Dans les litanies, en l'honneur de la Très Sainte Vierge, nous invoquons Marie « Miroir de justice » priez pour nous. Dans les litanies du saint Nom de Jésus nous supplions ce divin « Soleil de justice » d’avoir pitié de nous. Puisque Marie est le miroir de la justice divine, elle reflète parfaitement cette justice plus éblouissante que l’astre du jour.

Première leçon : La délicatesse. Notre Seigneur s’est toujours montré d’une délicatesse infinie à travers tous les récits de l'Evangile. Notre Dame reflète bien cette même délicatesse. Elle aurait pu commander aux enfants de venir à la Cova d’iria, pendant six mois à pareil jour, à pareille heure, et c’eût été même un très grand honneur pour les enfants. Or elle n’impose rien. Elle interroge plutôt : « Me promettez-vous ? »

Comme cela nous change des procédés durs et souvent injustes dont on use envers les pauvres gens. La Vierge Marie nous rappelle cette délicatesse, à Fatima, Politesse, serviabilité, amabilité sont des vertus humaines et sociales que nous devons observer en premier lieu, car elles conditionnent la pratique des vertus surnaturelles. « Je veux, disait une Russe convertie (Mme Swetchine) que mon chrétien soit d’abord et superlativement une créature humaine ».

Deuxième leçon : Le respect de la liberté humaine. Marie, comme Jésus, ne veut forcer personne et ne désire à son service que le libre choix de l’amour. Le Créateur a donné à l’homme le privilège incomparable de la liberté, même avec ses risques inévitables. « Si quelqu'un veut marcher à ma suite, dit Jésus qu'il se renonce lui-même et qu’il me suive ». (Luc 9, 23). Notre Dame a voulu « essayer le cœur » de ceux qu'Elle prépare déjà à un douloureux chemin de croix. Ils ont accédé à sa demande de venir à la Cova d’Iria pendant six mois consécutifs, Ce service, pleinement consenti ne sera pas sans risques, Car « le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur » (Matt., 10, 24). La malice des hommes va bientôt leur montrer que le service de la Très Sainte Vierge n’est pas de tout repos.

Troisième leçon : La joie profonde d'une âme unie à Jésus et à Marie. Cette joie n’est pas celle des plaisirs du monde, toujours trompeurs et laissant un arrière-goût d’amertume à ceux qui s’en repaissent. C’est la joie des célestes contemplations réservées dans l’Au-delà, et dont Lucie Jacinthe et François viennent d'avoir un avant-goût délicieux. L’Apôtre l’a écrit : « L’œil n’a pas vu, l’oreille n'a pas entendu, le cœur n’a pas senti, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Cor., 2, 9). L’on partage la tristesse de ces enfants d’avoir vu s’évanouir tant de splendeur ravissante, et s’éteindre tant de lumineuse beauté. La véritable joie, l’âme en état de grâce la possède. Elle est « gracieuse » et agréable à Dieu. La joie d’une bonne conscience est un bonheur incomparable.


(On peut réciter les litanies de N.D. de Fatima ou simplement l’oraison et, ainsi, terminer chaque exercice)

 

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