20 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-et-unième jour

Foi persévérante et tranquillité des multitudes, protestation contre l'analyse de Trie, la Ville de Lourdes s'adresse à M. Filhol, première communion de Bernadette, marche irrésistible des événements, violences administratives, arrêtés du 8 juin: interdiction de boire à la Source et d'aller à la Grotte, le maire Anselme

 

I. La presse de Paris et de la province commençait à s'occuper des événements de Lourdes; et, bien au delà des contrées pyrénéennes, l'attention publique se tournait peu à peu vers la Grotte de Massabielle. Impuissant et dépité, M. le baron Pardoux voyait grandir et se généraliser ce soulèvement pacifique et prodigieux qui portait des multitudes chrétiennes, sans cesse renaissantes, à venir s'agenouiller et boire au pied d'une roche déserte. Contrairement à l'espérance des Libres Penseurs, à la crainte des Fidèles, à l'attente de tous, aucun désordre, absolument aucun, ne se produisait dans ce mouvement inouï d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, de croyants, d'incrédules, d'indifférents, de curieux. Une main invisible semblait protéger ces foules contre elles-mêmes, alors que, sans chefs et sans guides, elles se précipitaient chaque jour au nombre de plusieurs milliers de pèlerins vers la Source miraculeuse. Malgré les injonctions spoliatrices de M. le Préfet, la Grotte était souvent remplie de cierges allumés, de fleurs, d'ex-voto, et même de pièces d'argent ou d'or, pour, l'érection du monument demandé par la Vierge. De pieux fidèles voulaient en cela marquer à la Reine des dieux leur bonne volonté, même inutile, leur zèle et leur amour. Dominique et ses agents venaient tout enlever. Très-enhardi depuis qu'il avait échappé au péril du 4 mai, le Commissaire affectait les formes les plus dédaigneuses et les plus brutales, jetant parfois les objets dans le Gave, sous le regard scandalisé des croyants. Parfois aussi il se voyait contraint de conserver, malgré lui, leur air de fête à ces lieux bénis. C'était lorsque, l'ingénieuse piété des croyants ayant effeuillé des roses innombrables autour de la Grotte, il lui était impossible de ramasser les mille débris de fleurs et les pétales sans nombre de ce tapis éclatant et parfumé. Les foules agenouillées continuaient cependant de prier, sans rien répondre aux allures de provocation, et elles laissaient tout faire avec une de ces patiences extraordinaires comme Dieu seul peut en donner aux multitudes indignées. La population restant calme, le prétexte de faire de la rigueur au nom de l'ordre ne se présentait pas.

II. Le Préfet sentait de plus en plus tout moyen coercitif lui échapper par suite de cette tranquillité surprenante, de celte paix aussi irritante que merveilleuse, qui régnait d'elle-même parmi ces foules innombrables, Pas même un accident matériel. Rien. Il fallait retourner sur ses pas dans la voie suivie jusqu'alors et laisser franchement les populations libres, ou bien en venir purement et simplement à la violence et à la persécution et élever devant ces multitudes, en inventant un prétexte quelconque, des barrières arbitraires. Il fallait reculer ou aller plus avant. D'autre part, on contestait de tous côtés la rigueur de la décision scientifique portée par M. L. de Trie. Un chimiste du pays, M. Thomas Pujo, prétendait que celte eau n'était que de l'eau ordinaire et qu'elle n'avait par elle-même aucune propriété médicale. Plusieurs professeurs très-compétents de ces contrées confirmaient ces assertions. La Science commençait à déclarer entièrement erronée l'analyse de Trie. Ces rumeurs avaient pris une telle consistance que le Conseil municipal de Lourdes s'en émut. Le Maire ne put, devant le vœu unanime, se refuser à faire faire une seconde étude des eaux de la Source. Sans consulter le Préfet, ce qui lui sembla inutile (tant il était personnellement convaincu de l'exactitude des recherches de M. L. de Trie), il fit rendre par le Conseil municipal une délibération l'autorisant à charger un des grands chimistes de notre époque, M. le professeur Filhol, d'une nouvelle et définitive analyse. Le Conseil vota en même temps les fonds nécessaires pour les honoraires du célèbre savant. M. Filhol était un homme autorisé clans la science moderne, et son verdict devait évidemment être sans appel. Qu'allait être son Analyse ? M. le Préfet n'était point assez chimiste pour le savoir. Mais nous croyons, sans grande crainte de nous tromper, qu'il devait être inquiet. Le verdict de l'éminent professeur de chimie à la Faculté de Toulouse pouvait déranger en effet les combinaisons et les plans de M. Pardoux. Il était urgent de se presser. Là encore, il fallait reculer, ou aller plus avant.

III. Au milieu de ces passions si diverses et de ces multiples calculs, on n'avait point manqué de tenter sur Bernadette de nouvelles épreuves aussi inutiles que les précédentes. Elle se préparait à faire sa première communion, et elle la fit le 3 juin, jeudi de la Fête-Dieu. C'était le jour même où le Conseil municipal de Lourdes chargeait M. Filhol d'analyser la Source mystérieuse, jaillie naguère sous la main de la Voyante en extase. Dieu entrant dans ce cœur d'enfant et de jeune fille faisait aussi l'analyse d'une onde pure, et nous imaginons qu'il dut admirer et bénir, dans cette âme virginale, la source la plus fraîche et le plus limpide cristal. Malgré la retraite où elle eût aimé à se cacher et a se recueillir, on continuait à la visiter. Elle était toujours l'enfant innocente et simple dont nous avons essayé de tracer le portrait. Par sa candeur, par son éclatante bonne foi, par son parfum délicat de sainteté paisible, elle charmait tous ceux qui l'approchaient. Un jour, une dame, après s'être entretenue avec elle, voulut, dans un mouvement de vénération enthousiaste assez concevable pour ceux qui ont connu Bernadette, échanger son chapelet de pierres précieuses centre celui de l'enfant: « Gardez le vôtre madame, répondit-elle en montrant sen modeste instrument de prières. Voici le mien; et je ne veux point le changer. Il est pauvre comme moi et convient mieux à mon indigence ». Un ecclésiastique essaye de lui faire accepter une pièce d'argent. Elle refuse, il insiste. Nouveau refus, si formel, qu'une plus longue insistance semble inutile. Le prêtre pourtant ne se tient pas pour battu: « Prenez, dit-il: ce ne sera point pour vous, ce sera pour les pauvres, et vous aurez le plaisir de faire l'aumône ». « Faites-la de vos mains à mon intention, monsieur l'abbé; et cela vaudra mieux que si je la faisais moi-même », répondit l'enfant. La pauvre Bernadette entendait servir Dieu gratuitement, et remplir, sans sortir de sa noble pauvreté, la mission qu'elle avait reçue d'en haut. Et cependant, elle et sa famille manquaient quelquefois de pain. En ces jours-là, le traitement de M. le Préfet, baron Pardoux, fut élevé à 25 000 fr. Le Dominique reçut une gratification. Le Ministre des Cultes, dans une lettre qui fut communiquée à plusieurs fonctionnaires, témoignait au Préfet de sa haute satisfaction, et, le louant de tout ce qu'il avait fait jusque-là, il le pressait de prendre des mesures énergiques, et ajoutait qu'il fallait en finira tout prix avec la Grotte et les miracles de Lourdes. De ce côté-là, comme de tous les autres, il fallait reculer ou aller plus avant. Que restait-il à faire cependant? Il restait à se raidir contre l'évidence et à faire violence à la multitude.

IV. Au milieu de toutes ces péripéties, la question des écuries de la Préfecture s'était de plus en plus animée et avait porté à son comble l'exaspération du Préfet. On était arrivé au mois de juin. La saison des eaux thermales commençait: elle allait amener aux Pyrénées les baigneurs et les touristes de toute l'Europe, et les rendre témoins du scandale que faisait le Surnaturel dans le département administré par le baron Pardoux. Les instructions de M. Gustave R. devenaient des plus pressantes et poussaient aux coups d'autorité. Le 6 juin, M. Fould, ministre des Finances, se rendant à sa terre, s'arrêta à Tarbes et conféra longuement avec M. Pardoux. Le bruit courut que leur conférence avait eu pour .sujet les événements de la Grotte. Le fait d'aller boire à une Source en passant sur les communaux de la Ville n'avait cependant aucun caractère criminel aux yeux de la Loi. Le génie des adversaires de la Superstition devait donc, avant toutes choses, inventer un prétexte.

L'habile Préfet eut à ce sujet une inspiration aussi ingénieuse que simple, Le terrain des Roches Massabielle appartenant à la commune de Lourdes, le Maire, comme administrateur, pouvait défendre d'y entrer sous un motif quelconque ou même sans motifs, de même qu'un propriétaire interdit, quand il lui plaît, d'entrer sur sa terre et dans sa maison. Une telle défense, publiquement édictée, créait pour chaque visiteur un délit caractérisé, le délit de violation de propriété. Par cette très-habile mesure on transformait un acte, absolument innocent en lui-même, en un fait délictueux, passible des peines voulues par la Loi. Tout le plan du baron Pardoux gravita autour de cette idée. Ce plan une fois trouvé, le Préfet se décida à agir et à faire du despotisme. Le lendemain, le Maire de Lourdes reçut l'ordre de prendre l'arrêté suivant:

« Le Maire de la ville de Lourdes, Vu les instructions à lui adressées par l'Autorité supérieure; Vu les lois du 14-22 décembre 1789, du 16-24 août1790, du 19-22 juillet 1791, et celle du 18 juillet 1837, sur l'Administration Municipale; Considérant qu'il importe, dans l'intérêt de la Religion, de mettre un terme aux scènes regrettables qui se passent à la Grotte de Massabielle, sise à Lourdes, sur la rive gauche du Gave; Considérant, d'un autre côté, que le devoir du Maire est de veiller à la santé publique locale; Considérant qu'un grand nombre de ses administrés et de personnes étrangères à la commune viennent puiser de l'eau à une Source de ladite Grotte; Considérant qu'il y a de sérieuses raisons de penser que cette eau, contient des principes minéraux, et qu'il est prudent, avant d'en permettre l'usage, d'attendre qu'une analyse scientifique fasse connaître les applications qui en pourraient être faites par la Médecine; que d'ailleurs, la Loi soumet l'exploitation des Sources d'eau minérale à l'autorisation préalable du Gouvernement, Arrête : Article premier. Il est défendu de prendre de l'eau à ladite Source. Art. 2. Il est également interdit de passer sur le communal dit rive de Massabielle. Art. 3. Il sera établi à l'entrée de la Grotte une barrière pour en empêcher l'accès. Des poteaux seront également placés qui porteront ces mots: Il est défendu d'entrer dans cette propriété. Art. 4. Toute contravention au présent Arrêté sera poursuivie conformément à la Loi. Art. 5. M. le Commissaire de Police, La Gendarmerie, Les Gardes Champêtres, Et les Autorités de la commune. Demeurent chargés de l'exécution du présent Arrêté. Fait à Lourdes, en l'hôtel de la Mairie, le8 juin 1858. Le maire, Anselme. Vu et approuvé, Le préfet, Pardoux ».

V. Ce ne fut pas sans quelque hésitation que M. Anselme consentit a signer un pareil Arrêté et à se charger de l'exécution d'une semblable mesure. Sa nature un peu incertaine, amie du juste milieu et se plaisant à nager, comme l'on dit, entre deux eaux, devait s'effrayer d'un acte d'hostilité aussi accentué contre l'étrange puissance qui planait invisiblement sur tous les événements dont La Grotte de Lourdes était le centre. M. Anselme espéra tout concilier, en demandant, comme condition de sa signature, à M. le préfet Pardoux, d'insérer en tête de l'Arrêté et comme première phrase: « Vu les instructions à lui adressées par l' Autorité supérieure ». Une fois rassuré de la sorte, M. Anselme veilla à l'exécution de l'Arrêté préfectoral. Il le fit publier à son de trompe et afficher dans toute la Ville. Eu même temps, sous la protection de la force armée et sous la direction de Dominique, des barrières furent élevées autour des Roches Massabielle, de façon à empêcher complètement, à moins d'effraction ou d'escalade, tout accès à la Grotte et à la Source miraculeuse. Des poteaux avec des indications furent plantés çà et là, à tous les points par où on pouvait pénétrer sur le terrain communal qui entourait les Roches vénérées. Ils portaient défense d'entrer sur ce terrain sous peine de poursuite devant les tribunaux. Des Sergents de ville et des Gardes veillaient jour et nuit, se relevant d'heure en heure, et dressant des procès-verbaux contre quiconque franchissait les poteaux pour aller s'agenouiller aux environs de la Grotte.

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Prière pour demander l'amour de l'Eucharistie

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, tandis que le prêtre enseignait à Bernadette le catéchisme et le dogme, c'est vous-même, dans le silence de la pensée solitaire, qui prépariez cœur à cœur votre enfant privilégiée à recevoir le corps sacré de Jésus-Christ. Faites sur nous tous, ô très-sainte Mère, faites sur chacun de nous un semblable travail, si digne, en vérité, de votre compatissante tendresse pour nous et de votre amour infini pour l'Hôte divin qui vient nous visiter. Préparez en nos âmes une demeure aussi digne de Lui qu'il est possible à une créature d'être digne du Créateur. Donnez- nous, ô Vierge incomparable, les sentiments que vous eûtes vous-même lorsque, pour la première fois, Dieu incarné descendit en ce monde et que vous reçûtes dans votre sein Celui que les cieux ne peuvent contenir. Apprenez-nous à faire le discernement du corps infiniment saint de Notre- Seigneur. Embrasez nos cœurs de l'amour de l'Eucharistie. Faites-nous comprendre, quand nous sommes faibles, que là est la force; quand nous sommes lâches, que là est le courage; quand nous sommes dans les souillures du péché, que là est la pureté ; quand nous sommes malheureux, que là est la consolation; quand nous sommés pauvres, que là est la richesse; quand nous sommes esclaves, que là est la délivrance; quand nous sommes égarés, que là est la voie; quand nous sommes dans les tâtonnantes ténèbres de l'esprit, que là est la vérité; quand nous sommes morts, que là est la résurrection et la vie. Donnez-nous d'aimer, comme il mérite d'être aimé, ce pain des Anges, cette chair et ce sang de Dieu. Que, sans ce pain vivant, tout nous soit fade: tendresse partagée, plaisirs et joies, ambitions réalisées, fortune conquise. Qu'avec lui toute amertume nous soit douce; qu'il donne à toutes choses sa saveur divine: au travail pénible, au devoir difficile, à l'injure reçue, à l'humiliation subie, à tout ce qui répugne ici-bas. O Marie! donnez-nous d'aimer le corps de Jésus-Christ, l'âme de Jésus-Christ, la divinité de Jésus-Christ. Donnez-nous d'aimer l'Eucharistie. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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19 mai 2012

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes 4/18

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes

Quatrième apparition

19 février 1858

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Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingtième jour

Nouvelle attitude des incroyants, les explications médicales, analyse L. de Trie, Catherine Latapie Chonat

 

I. Les ennemis de la superstition avaient perdu un terrain considérable dans leur lutte désespérée contre les événements qui, depuis dix ou douze semaines, scandalisaient leur philosophie aux abois. De même qu'il était devenu impossible de nier la Source, dont les limpides flots s'écoulaient magnifiques aux yeux des populations émerveillées, de même il devenait impossible de nier plus longtemps les guérisons qui s'effectuaient, à toute heure et partout, par l'usage de cette eau mystérieuse. Ces Messieurs comprirent alors qu'à moins de rendre les armes ou de nier la pleine évidence, il devenait urgent de procéder à une évolution rapide, et d'imaginer une autre tactique. Renonçant à invoquer devant ces guérisons le thème banal de l'imagination, ils les attribuèrent hautement aux vertus naturelles que possédait indubitablement cette eau singulière, nouvellement jaillie par le plus grand des hasards. Ils la comparaient, mais en la déclarant beaucoup plus forte, aux sources de Barèges et de Cauterets. Cette explication une fois admise et proclamée pour certaine, les médecins furent moins revêches à constater les guérisons opérées par l'eau de la Grotte; et, dès ce moment, ils se mirent a généraliser leur thèse et à l'appliquer presque indistinctement à tous les cas, même à ceux qui avaient un caractère de soudaineté en quelque sorte foudroyant, caractère assez peu conciliable pourtant avec l'action ordinaire des eaux minérales. Les doctes personnages du lieu se tiraient de ce mauvais pas en prêtant à l'eau de la Grotte des qualités d'une extrême puissance, d'une puissance inconnue jusque-là. Il se trouvait parmi les croyants quelques esprits taquins qui troublaient par des réflexions importunes les explications et les théories de la coterie incrédule.

« Comment se fait-il, venaient-ils objecter, que cette source minérale, si exceptionnellement puissante qu'elle opère des guérisons soudaines, ait été précisément découverte par Bernadette en état d'extase, à la suite de prétendues Visions célestes, et comme preuve de ces Apparitions surnaturelles? Comment se fait-il d'abord que cette Source ait jailli juste au moment où Bernadette croyait entendre la Voix divine lui dire d'aller boire et se laver? Comment se fait-il ensuite que cette Source, surgie soudainement, au vu et su de toute la population, dans des conditions si prodigieusement étonnantes, donne, non pas de l'eau ordinaire, mais une eau qui, de votre propre aveu, a guéri déjà tant de malades désespérés, lesquels y ont eu recours sans aucune direction médicale, et par simple esprit de foi religieuse? » Ces objections, répétées sous mille formes différentes, agaçaient outre mesure les Libres Penseurs, les Philosophes et les Savants, et les poussaient à trancher la question par des actes d'intolérance. « Si ces eaux sont minérales, commençaient-ils à dire, elles relèvent de l'État ou de la municipalité: on ne doit y aller qu'avec une ordonnance de la Faculté; et ce qu'il faut y construire, c'est un établissement de bains et non une chapelle ». La science de Lourdes, forcée de convenir des faits, en était arrivée à cette situation d'esprit et à ces dispositions intellectuelles, lorsque survinrent les mesures du Préfet, relatives aux objets déposés à la Grotte, et cette tentative d'incarcération de Bernadette sous prétexte de folie, tentative avortée par suite de l'intervention inattendue de M. le curé Peyramale.

II. A toutes ces thèses de la secte médicale aux abois, il manquait un point d'appui certain et officiel. M. Pardoux avait déjà songé à demander ce point d'appui à l'une des sciences les plus admirables et les plus incontestées de notre temps : la Chimie. Dans ce but il s'était adressé, par l'intermédiaire du maire de Lourdes, à un chimiste assez renommé dans le département, M. L. de Trie. Faire constater, non en détail par l'examen de chaque cas particulier, mais en général et en bloc, que toutes ces guérisons qui se multipliaient et se dressaient comme des objections formidables étaient absolument naturelles de par la constitution intime de la Source nouvelle, lui parut un coup de maître; et il crut en cela bien mériter de la Science, de la Philosophie, et, pour ne rien oublier, de l'Administration supérieure, représentée par le ministre Gustave R.

Le chimiste de la Préfecture se mit donc à l'œuvre pour faire cette précieuse étude de l'eau jaillie à Massabielle, et, avec une conscience entière, sinon avec une science complète, il trouva au fond de ses cornues une solution absolument conforme aux explications des médecins, aux thèses des philosophes et aux désirs de M. le Préfet. Il terminait en ces termes son rapport officiel: « Nous ne croyons pas trop préjuger en disant, vu l'ensemble et la qualité des substances qui constituent l'eau de la Grotte de Lourdes, que la science médicale ne tardera peut-être pas à lui reconnaître des vertus curatives spéciales qui pourront la faire classer au nombre des eaux qui forment la richesse minérale de notre département. Daignez agréer, etc. A. L de Trie ». M. le baron Pardoux était un homme actif. Le 4 mai, vers midi, il avait fait son discours aux maires du canton de Lourdes et donné ses ordres. Le 4 mai, au soir, la Grotte avait été dépouillée des offrandes et des ex-voto. Le 5 mai, au matin, il avait appris l'impossibilité d'arrêter la Voyante, et renoncé à cette mesure. Le 6 mai, au soir, il avait en main l'Analyse de son chimiste. Muni de cette dernière et importante pièce, il attendait les événements. Qu'allait-il se passer à Lourdes? Qu'adviendrait-il à la Grotte? Que ferait Bernadette dont les moindres pas étaient épiés par les yeux d'argus de Dominique et de ses agents? Avec les chaleurs qui commençaient à arriver, l'eau de la Grotte, comme plusieurs le disaient, ne viendrait-elle pas à tarir, ce qui couperait court à toutes choses? Quelle attitude allaient avoir les populations? Telles étaient les préoccupations, les espérances et les inquiétudes de M. le baron Pardoux, préfet de l'Empire.

III. A la Grotte, la Fontaine miraculeuse coulait toujours, abondante et limpide, avec ce caractère de pérennité tranquille que l'on remarque dans les belles sources qui jaillissent des rochers. L'Apparition surnaturelle ne cessait de s'affirmer et de se prouver par des bienfaits. Tantôt rapide comme l'éclair qui fend la nue, tantôt lente comme la lumière de l'aurore qui se lève et grandit rayon par rayon, la grâce de Dieu continuait de descendre visiblement et invisiblement sur les multitudes. Nous ne pouvons parler que des grâces visibles.

A six ou sept kilomètres de Lourdes, à Loubajac, vivait une brave femme, une paysanne, jadis rude au travail, qu'un accident avait condamnée depuis dix-huit mois à la plus pénible inaction. Elle se nommait Catherine Latapie-Chouat. En octobre 1856, étant montée sur un chêne pour abattre des glands, elle avait perdu l'équilibre et fait une chute violente qui avait causé une forte luxation au bras droit et surtout à la main. La réduction, disent le compte rendu et le procès-verbal que nous avons sous les yeux, la réduction, opérée immédiatement et avec succès par un habile médecin, avait à peu près rétabli le bras dans l'état normal sans pouvoir cependant le guérir d'une extrême faiblesse. Mais les soins les plus intelligents et les plus suivis échouèrent contre la rigidité des trois doigts les plus importants de la main. Le pouce, l'index et le médius demeurèrent absolument recourbés et paralysés, sans qu'il fût possible, ni de les redresser, ni de leur faire faire un seul mouvement. La malheureuse paysanne, encore jeune, car elle avait à peine trente-huit ans, ne pouvait ni coudre, ni filer, ni tricoter, ni vaquer aux soins du ménage, Après l'avoir inutilement traitée pendant très-longtemps, le docteur lui avait dit qu'elle était incurable et qu'elle devait se résigner à ne plus se servir de sa main. Un tel arrêt, d'une bouche si compétente, était pour cette infortunée l'annonce d'un irréparable malheur. Les pauvres n'ont d'autres ressources que le- travail: pour eux l'inaction forcée, c'est la misère inévitable.

Dix-huit mois environ s'étaient écoulés dans cette situation désespérée. D'autres douleurs lui étaient venues. Elle était malade et marchait difficilement. La tristesse de cette malheureuse était des plus poignantes et vainement elle cherchait en son âme à concevoir une espérance. C'était à l'époque où venaient de s'accomplir les divers événements de Massabielle et où le souffle de Dieu avait passé sur ces contrées. Une nuit, Catherine se sent éveillée tout à coup comme par une idée soudaine. « Un Esprit intérieur, racontait-elle à l'auteur de ce livre, un Esprit intérieur me disait en moi-même avec une force irrésistible: « Va à la Grotte! Va à la Grotte, tu seras guérie! » Quel était cet être mystérieux qui parlait de la sorte, et que cette paysanne ignorante, ignorante du moins de tout savoir humain, nommait « un Esprit? » L'Ange Gardien sait sans doute ce secret. Il était trois heures du matin. Catherine appelle ses deux enfants pour l'accompagner. « Reste au travail, dit-elle à son mari; je vais à la Grotte ». « Dans cet état de maladie, c'est impossible, reprend-il: aller à Lourdes et revenir, c'est une course de trois fortes lieues ». « Tout est possible. Je vais guérir ». Nulle objection ne la put retenir. Elle partit avec ses deux enfants. Il faisait un beau clair de lune. Le silence redoutable de la nuit, troublé de moment en moment par les bruits inconnus, la solitude profonde des campagnes, vaguement éclairées et peuplées de formes indécises, effrayaient les enfants. Ils tremblaient et s'arrêtaient à chaque pas, mais Catherine les rassurait. Elle n'avait nulle peur et sentait qu'elle marchait vers la Vie.

Elle arriva à Lourdes à la naissance du jour. Elle rencontra Bernadette. Quelqu'un lui dit que c'était la Voyante. Catherine ne répondit point; mais, s'avançant vers l'enfant bénie du Seigneur et aimée de Marie, elle lui toucha humblement la robe. Puis elle continua son chemin vers les Roches Massabielle, où, malgré l'heure matinale, une multitude de pèlerins se trouvaient réunis et agenouillés. Catherine et ses enfants s'agenouillent aussi et prient. Et, après avoir prié, Catherine se lève et va baigner paisiblement sa main dans l'eau merveilleuse. Et aussitôt ses doigts se redressent. Et aussitôt ses doigts s'assouplissent et revivent. La Vierge divine venait de guérir l'incurable. Que fait Catherine? Catherine n'est pas surprise, Catherine ne pousse pas un cri, mais elle retombe à genoux et rend grâces a Marie et à Dieu. Pour la première fois depuis dix-huit mois, elle prie à mains jointes, et croise avec ses autres doigts ses doigts ressuscites. Elle resta ainsi longtemps, absorbée dans un acte de reconnaissance. De tels moments sont doux; l'âme se complaît à s'y oublier, et il semble que l'on soit dans le Paradis retrouvé. Il fallut cependant s'arracher à cette prière. « Levons-nous maintenant et partons », dit Catherine à ses deux enfants. Et voilà qu'elle reprend, en les tenant par la main, le chemin de Loubajac. Heureuse, plus que nous ne saurions le dire, elle parcourut paisiblement et sans se hâter la longue route et les mauvais chemins qui la séparaient de sa maison. Les deux enfants n'avaient plus peur comme durant la nuit: le soleil s'était levé et leur mère était guérie. A la même époque, une femme de Lamarque, Marianne Garrot, avait vu disparaître en moins de dix jours, par de simples lotions d'eau de la Grotte, une dartre laiteuse qui lui couvrait entièrement le visage et qui, depuis deux années, résistait à tous les traitements. Le docteur Amadou, de Pontacq, son médecin, avait constaté le fait et en fut plus tard l'irrécusable témoin devant la Commission épiscopale.

IV. A Bordères, près de Nay, la veuve Marie Lanou-Domengé, âgée de quatre-vingts ans, était depuis trois années atteinte dans tout le côté gauche d'une paralysie incomplète. Elle ne pouvait faire un pas sans un secours étranger, et elle était, par suite de son infirmité, incapable de tout travail. M. le docteur Poueymiroo, de Mirepoix, après avoir inutilement employé quelques remèdes pour ramener la vie dans les membres atrophiés, avait cessé de la soigner, tout en continuant à la voir. L'espérance s'en va pourtant difficilement de l'esprit des malades. « Quand donc guérirai-je? » disait la bonne femme à M. Poueymiroo, toutes les fois qu'elle le rencontrait. « Vous guérirez quand le bon Dieu voudra », répondait invariablement le docteur, qui était loin de se douter, en s'exprimant ainsi, qu'il prononçait un mot prophétique. « Pourquoi ne croirais-je pas cette parole et ne m'adresserais-je pas à la bonté divine? » se dit un jour la vieille paysanne, en entendant parler de la Source de Massabielle.

Elle envoya quelqu'un à Lourdes chercher à la Source même un peu de celte eau qui guérissait. Lorsqu'on la lui apporta, elle fut prise d'une grande émotion. « Sortez-moi de mon lit, dit-elle, et tenez-moi debout ». On la leva, on l'habilla en toute hâte, presque fiévreusement. Les spectateurs et les acteurs de cette scène étaient troublés. Deux personnes la soulevèrent et la tinrent debout en la soutenant sous les épaules. On lui présenta un verre d'eau de la Grotte. Marie étendit sa main tremblante vers l'eau libératrice, et y plongea ses doigts. Puis elle fit sur elle-même un grand signe de Croix, après lequel elle porta le verre à ses lèvres et en but lentement le contenu, absorbée sans doute en quelque fervente prière qu'elle faisait tout bas. Elle était pâle, si pâle qu'on crut un instant qu'elle allait s'évanouir. Mais tandis qu'on faisait effort pour prévenir une chute, elle se redressa, tressaillit et regarda autour d'elle. Puis elle poussa comme un cri de joie triomphale: « Lâchez-moi! lâchez-moi vite! Je suis guérie ». Ceux qui la soutenaient retirèrent leurs bras à moitié et en hésitant. Marie s'élança aussitôt et se mit à marcher avec assurance, comme si elle n'eût jamais été malade. Quelqu'un qui conservait, malgré tout, quelque crainte, lui présenta un bâton pour s'appuyer. Marie regarda le bâton en souriant. Puis elle le prit, et, d'un geste dédaigneux, elle le jeta au loin, comme un objet désormais inutile. A partir de ce jour, elle retourna aux rudes travaux des champs. Quelques visiteurs, étant venus la voir pour vérifier le fait, lui demandèrent si elle pourrait marcher en leur présence. « Marcher? messieurs, s'écria-t-elle; mais je vais courir! » Et, disant ces mots, elle prit sa course devant eux. Ceci se passait au mois de mai. Au mois de juillet suivant, on se montrait, de l'un à l'autre, comme un phénomène, Marie, la vigoureuse octogénaire, qui fauchait vaillamment les blés et qui était loin d'être la dernière dans la fatigante besogne des moissonneurs. Son médecin, l'honorable docteur Poueymiroo, louait Dieu de ce miracle évident, et plus tard, il signait, avec la Commission d'examen, le procès-verbal des faits extraordinaires que nous venons de raconter, et devant lesquels il n'hésitait pas à reconnaître « l'action directe et évidente de la puissance divine ».

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Prière pour la conversion de la Science

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Qu'il était beau dans les desseins de Dieu, qu'il était sublime, ô Notre-Dame de Lourdes, le rôles de la Science humaine! La Science, n'est-ce point en effet l'esprit fini de la créature, pénétrant de plus en plus, par son travail, dans l'esprit infini du Créateur ? La Science, n'est-ce point comme une révélation progressive à laquelle l'homme coopère par son propre effort? Chaque pas qu'il fait dans la Science lui découvre de plus en plus l'incommensurable sagesse de Celui qui a tout créé, tout fondé, tout établi, tout prévu, et qui, de toute éternité, règle dans les profondeurs des cieux le mouvements des étoiles, des soleils et de,s univers, comme il dirige ici-bas la vie éphémère de l'insecte et l'humble végétation du brin d'herbe. Chaque progrès de l'homme dans l'étude des la nature lui apprend quelque nouveau mystère de la puissance de Dieu, quelque secret de sa bonté, quelque calcul admirable de son intelligence suprême, quelque invention merveilleuse de son insondable génie. O Marie, la Science n'a-t-elle pas pour mission de nous faire de plus en plus tomber à genoux, pénétrés à la fois de cette double pensée d'humilité et d'adoration, que nous ne sommes rien, et que Dieu seul est tout? Et cependant, ô notre Mère, au lieu d'admirer, dans les harmonies et dans les lois de la nature, l'Auteur et le Législateur de l'Univers, voilà que l'homme coupable, l'homme insensé, ne songe, par un renversement de toute justice, qu'à s'admirer lui-même du très faible mérite d'avoir découvert ces lois et reconnu ces harmonies. Poussant jusqu'à la déraison la plus extrême et à l'ingratitude la plus inouïe l'orgueilleuse perversité de son cœur, il essaye de tourner les vérités relatives que la Science lui révèle contre la Vérité absolue dont elles ne sont qu'un rayon détaché, et il s'efforce d'employer le bienfait universel contre le bienfaiteur souverain. Et c'est ainsi, ô Notre-Dame de Lourdes, qu'apparaissant en ce monde et guérissant les malades, vous avez vu aussitôt la Science humaine se. dresser contre Vous. O notre Mère, guérissez ce délire d'orgueil et de méchanceté qui, réparant ces hommes de Dieu, de Dieu, l'unité de tout, les sépare d'eux-mêmes par une conséquence rigoureuse, et fiait par les jeter les uns contre les autres dans des révolutions sanglantes, dans des guerres et des mêlées affreuses dont la confusion de Babel semble dans le passé comme un premier pressentiment et une lointaine prophétie. La Science, ayant renié Dieu, ne pouvait que devenir homicide et s'employer, comme elle le fait aujourd'hui, à inventer par-dessus toutes choses des engins de guerre et des machines de destruction pour exterminer le genre humain.... O notre Mère! regardez ce spectacle navrant de l'humanité dans sa chute. Tournez vers Dieu vos mains suppliantes et priez-le pour la conversion de la Science. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous! Ainsi soit-il.

 

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18 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Dix-neuvième jour

Dépouillement de la Grotte

 

I. Le bruit que le Préfet avait donné l'ordre de spolier la Grotte s'était répandu rapidement et avait jeté l'agitation dans toute la ville. La population tout entière était consternée comme en présence d'un sacrilège monstrueux. « La très Sainte Vierge a daigné descendre chez nous, disait-on, et y opérer des miracles, et voilà comment on la reçoit! Il y a de quoi attirer la colère du Ciel ! » Les âmes les plus froides étaient émues; une sourde effervescence se manifestait peu à peu dans la population et allait grandissant. Dès les premiers moments et avant l'entrevue que nous venons de raconter, le curé Peyramale et les Prêtres de la ville avaient fait entendre au uns et aux autres des paroles de paix, et tâché de calmer les plus irrités. « Mes amis, disait le Clergé, ne compromettez pas votre cause par des désordres; subissez la loi, même mauvaise. Si la sainte Vierge est en tout cela, elle saura bien tourner les choses à sa gloire; et vos violences, si vous vous en permettiez, seraient à son égard un manque de foi, une injure à sa toute-puissance. Voyez les martyrs: se sont-ils révoltés contre les empereurs? Et ils ont triomphé par cela même qu'ils n'ont pas combattu ». L'autorité morale du Curé était grande, mais les têtes étaient ardentes et les cœurs indignés. On était à la merci d'un hasard. Les objets et les ex-voto déposés à la Grotte formaient une masse considérable, et qui ne pouvait être transportée à main d'homme, M. Dominique se rendit à la Poste, chez M. Barioge, pour demander une charrette et des chevaux. « Je ne prête point mes chevaux pour de pareilles choses », répondit le Maître de poste. « Mais vous ne pouvez refuser vos chevaux à qui les paye », s'écria M. Dominique. « Mes chevaux sont faits pour le service de la Poste et non pour cette besogne. Je ne veux être pour rien en ce qui va se commettre. Faites-moi un procès si cela vous convient. Je refuse mes chevaux ». Le Commissaire alla ailleurs. Dans tous les hôtels, chez tous les loueurs de chevaux, assez nombreux à Lourdes à cause du voisinage des eaux~thermales, chez lès particuliers, auxquels il s'adressa en désespoir de cause, il rencontra les mêmes refus. Sa situation était des plus cruelles. La population, troublée et frémissante, le voyait ainsi aller inutilement de maison en maison, suivi des Sergents de ville, et assistait à ses déceptions successives. Il entendait les murmures, les rires, les paroles dures de la foule. Le poids de tous les regards tombait sur lui, en cette course pénible et infructueuse qu'il faisait à travers les places et les rues de la ville. Il avait vainement augmenté successivement la somme d'argent qu'il offrait pour le prêt d'une charrette et d'un cheval. Les plus pauvres avaient refusé, bien qu'il eût offert jusqu'à trente francs et que la course ne fût que de quelques centaines de mètres. La foule, entendant ce chiffre de trente francs, le comparait aux trente deniers.

Enfin, il trouva chez un maréchal ferrant une fille qui, pour cette somme, lui prêta ce dont il avait besoin. Quand on le vit sortir de cette maison avec une charrette attelée, la multitude fut d'autant plus indignée que nulle misère urgente n'avait pu déterminer la complaisance vénale des propriétaires du chariot. Ces gens n'étaient point pauvres. Dominique se dirigea vers la Grotte. Les Sergents de ville conduisaient la charrette. Une foule immense les suivait, silencieuse, sombre, inquiète, sentant s'amonceler en elle la terrible électricité des orages. On arriva ainsi devant les Roches Massabielle. La charrette, ne pouvant parvenir jusque là, stationna à quelque distance. Sous la voûte de la Grotte brûlaient çà et là des cierges, portés sur des chandeliers ornés de mousse et de rubans. Des croix, des statues de la Vierge, des tableaux religieux, des chapelets, des colliers, des bijoux reposaient sur le sol ou dans les anfractuosités du rocher. A certaines places, sous les images de la Mère de Dieu, on avait étendu des tapis. Des milliers de bouquets avaient été portés là en l'honneur de Marie par de pieuses mains, et les prémices du mois des fleurs embaumaient ce sanctuaire champêtre. Dans une ou deux corbeilles d'osier et sur le sol brillaient des pièces de cuivre, d'argent ou d'or dont le tout formait quelques milliers de francs, premier don spontané des fidèles pour l'érection, en ce lieu, d'un temple à la Vierge sans tache, pieuse offrande, dont le caractère sacré avait frappé de respect l'audace même des malfaiteurs et sur laquelle, malgré la facilité de la solitude et des nuits, nul n'avait osé jusque-là porter une main sacrilège. M. Dominique franchit la balustrade construite par les ouvriers et entra dans la Grotte. Il paraissait troublé. Les Sergents de ville étaient près de lui; la foule qui l'avait suivi le regardait, mais sans pousser une clameur. La tranquillité extérieure de cette multitude avait quelque chose d'effrayant.

Le Commissaire commença d'abord par s'assurer de l'argent. Puis, éteignant les cierges un à un, ramassant les chapelets, les croix, les tapis, les divers objets qui remplissaient la Grotte, il les remettait au fur et à mesure aux Sergents de ville pour les porter sur la charrette. Ces pauvres gens paraissaient souffrir de la besogne qu'ils faisaient, et c'était avec un visible sentiment de tristesse et de respect qu'ils portaient sur le chariot tout ce dont le Commissaire dépouillait la Grotte, honorée et sanctifiée naguère par la visite de la Mère de Dieu, parle jaillissement de la Source, par la guérison des malades. A cause de la distance de la charrette, tout cela se faisait assez lentement. M. Dominique appela un petit garçon qui se trouvai4 là, un peu en avant de la foule. « Tiens, prends ce tableau et porte-le à la charrette ». Le petit garçon tendit les mains pour prendre le cadre. Un autre enfant, à côté de lui, lui cria: « Malheureux! Que vas-tu faire? Le bon Dieu te punirait! » L'enfant, effrayé, recula alors, et aucun appel nouveau du Commissaire ne put le déterminer à avancer.

Les mouvements du Commissaire avaient je ne sais quoi de convulsif. Quand il ramassa le premier bouquet, il voulut, le considérant comme une non-valeur, le jeter dans le Gave, mais un vague murmure de la foule arrêta son geste commencé. Il parut comprendre que la mesure de la patience populaire était comble et que le moindre incident pouvait la faire déborder. Les bouquets furent alors, avec tout le reste, transportés sur le chariot. Un instant après, une statuette de la Vierge se brisa entre les mains du Commissaire, et ce petit fait produisit encore dans la foule un mouvement redoutable. Quand la Grotte fut dépouillée de tout, M. Dominique voulut encore enlever la balustrade. Il lui manquait une hache. Des gens qui taillaient du bois à une scierie annexée au moulin de M. de Laffitte lui refusèrent successivement celles dont ils se servaient. Un autre ouvrier, qui travaillait un peu à l'écart des autres, n'osa pas lui résister et laissa prendre la sienne. M. Dominique mit lui-même la main à l'œuvre, et donna quelques coups de hache sur la balustrade qui était peu solide et qui céda presque aussitôt. La vue de cet acte de violence matérielle, le spectacle de cet homme frappant le bois à coups de hache, fit plus d'effet sur la multitude que tout le reste, et il y eut une explosion menaçante. La Gave était là, rapide et profond; et il suffisait de quelques instants d'égarement pour que le malheureux Commissaire y fut précipité, dans un de ces irrésistibles mouvements de colère comme les foules en ont parfois. Dominique se retourna et montra son visage pâle et bouleversé. « Ce que je fais; dit-il avec une apparente tristesse, je ne le fais pas de moi-même, et c'est avec le plus grand regret que je me vois forcé de l'exécuter. J'agis d'après les ordres de M. le Préfet. Il faut que j'obéisse, quoi qu'il m'en coûte, à l'autorité supérieure. Je ne suis point responsable, et il ne faut pas s'en prendre à moi ». Des voix dans la foule s'écrièrent: « Demeurons calmes, pas de violence; laissons tout à la main de Dieu ». Les conseils et l'activité du Clergé portaient leurs fruits, et il n'y eut aucun désordre. Le Commissaire et les Sergents de ville conduisirent sans obstacle la charrette à la mairie, où ils déposèrent tous les objets recueillis à la Grotte. L'argent fut remis à M. le Maire.

II. Le soir, pour protester contre les mesures du Préfet, une foule innombrable se rendit à la Grotte, qui fut soudainement remplie de fleurs et illuminée. Seulement, pour éviter que la Police vînt saisir les cierges, chacun tenait, le sien à la main; et, au retour, le remportait chez lui. Le lendemain, deux faits eurent lieu qui impressionnèrent vivement la population. La fille qui avait loué le cheval et le chariot à M. Dominique tomba du haut d'un grenier et se brisa une côte. Le même jour, l'homme qui avait prêté la hache au Commissaire pour renverser la balustrade de la Grotte eut les deux pieds écrasés par la chute d'un madrier qu'il voulait placer lui-même sur un établi. Les Libres Penseurs virent là une coïncidence irritante et malencontreuse. La multitude considéra ce double événement comme une punition céleste. M. le Préfet était peu troublé par ces menus incidents. Il ne croyait pas plus aux maladies qu'aux guérisons venant du Ciel. L'attitude, non point menaçante, mais inflexible, de l'abbé Peyramale, la détermination prise par ce dernier d'intervenir de sa personne pour protéger Bernadette contre l'arrestation projetée, le préoccupaient bien plus que les marques du courroux céleste. Dieu, en un mot, l'inquiétait moins que le Curé.

Le refus de M. Anselme de procéder à cette violente mesure; sa démission offerte, circonstance très-étrange de la part de ce fonctionnaire timide; le visible mécontentement des maires du canton au discours du conseil de révision; les symptômes de grave effervescence qui avait accueilli l'enlèvement des ex-voto de la Grotte; l'incertitude où l'on était peut-être de la passive obéissance des Gendarmes et des Soldats, lesquels partageaient à l'égard de Bernadette l'enthousiasme et la vénération populaires, lui donnèrent également à réfléchir. Il comprit que, dans un tel ensemble de conjonctures, l'incarcération de la Voyante pourrait avoir les conséquences les plus désastreuses. Ce n'est point qu'il n'eût bravé volontiers une émeute. Quelques-uns des détails que nous avons racontés donneraient à penser qu'il l'avait secrètement désirée. Mais un soulèvement des populations précédé de la démission du Maire, compliqué de l'intervention d'un des prêtres les plus respectés du diocèse, suivi, selon toute probabilité, d'une plainte au Conseil d'État pour séquestration arbitraire, accompagnée d'une énergique protestation de la presse catholique ou simplement indépendante, avait un caractère de gravité qui ne pouvait manquer de frapper vivement un homme aussi intelligent et aussi attaché à ses fonctions que M. le baron Pardoux.

Il devait pourtant en coûter singulièrement à l'orgueilleux Préfet de s'arrêter dans l'exécution de cette mesure radicale qu'il avait si publiquement annoncée la veille au conseil de révision; et assurément il n'eût point agi de la sorte si le rapport des médecins, au lieu d'être une simple et hésitante hypothèse, peu sûre d'elle-même, avait constaté la folie ou l'hallucination de la Voyante. Que Bernadette eût été réellement atteinte d'aliénation mentale, rien n'était plus facile au Préfet que d'ordonner un second examen: rien de plus aisé que de faire constater le trouble cérébral de l'enfant par deux autres docteurs, choisis parmi les notabilités scientifiques du pays, et assez autorisés comme gens de savoir et d'honneur pour imposer leur décision à l'opinion publique. Mais M. Pardoux., au courant de tous les interrogatoires de Bernadette, comprit qu'il ne se trouverait pas un médecin sérieux qui ne reconnût et ne proclamât avec tout le monde la pleine raison, la droite intelligence et la bonne foi de l'enfant. Devant l'évidence d'une telle situation, en présence des impossibilités morales, presque matérielles, qui se dressaient inopinément devant lui, le sage Préfet, malgré son entêtement proverbial, se vit forcé de s'arrêter net et de ne pas aller plus avant. Il était condamné à l'inaction par la force des choses. Quant à retourner complètement sur ses pas et à révoquer les mesures déjà exécutées publiquement par Dominique aux Roches Massabielle, une telle solution ne pouvait même pas aborder la pensée du baron Pardoux. L'enlèvement des objets de la Grotte, étant un fait accompli, fut maintenu. Mais la Voyante demeura, libre, ignorant sans doute, entre ses prières du matin et celles du soir, l'orage qui venait de passer sur elle et qui n'avait point éclaté.

L'autorité civile, par cette tentative avortée et non reprise, constatait elle-même l'impossibilité absolus de convaincre Bernadette du moindre trouble cérébral. En laissant la Voyante libre, après avoir tenté de l'enfermer, le Pouvoir officiel rendait, malgré lui, un public hommage à la pleine intégrité de cette raison et de cette intelligence. L'incrédulité, par de tels coups mal dirigés, se blessait avec ses propres armes et servait précisément la cause qu'elle prétendait attaquer. Ne l'accusons pourtant pas de maladresse. Il doit être difficile de lutter contre l'évidence, et, en un tel combat, les fautes les plus lourdes sont inévitables. Toutefois, si M. Pardoux modifiait en quelques circonstances la forme de ses projets, il s'obstinait invinciblement dans le fond même de ses desseins. L'unique concession qu'il consentait parfois à faire aux événements, c'était d'abandonner un moyen reconnu inutile ou périlleux pour en prendre quelque autre d'une apparence plus efficace, et de tourner les obstacles, quand il était impossible de les briser ou de les franchir. En un mot, s'il changeait de tactique, il ne changeait jamais ses résolutions. Il ne reculait pas, il évoluait. Or, l'incarcération de Bernadette n'était qu'un moyen. Le principe premier et le but suprême, c'était le renverraient radical de la superstition et la défaite définitive au Surnaturel.

M. Pardoux ne perdit en rien l'espérance. Il avait « là Certitude, disait-il hautement, de venir bientôt à bout des difficultés grandissantes de la situation. Être vaincu, lui préfet de l'Empire, lui baron, lui Pardoux, par les contes bleus d'une enfantine bergère, terrassé parle fantôme d'une Apparition chimérique eût été insupportable à son orgueil et paraissait impossible à son génie. Donc, s'il dut renoncer, malgré sou discours du 4 mai, à faire enfermer la pauvre Bernadette comme folle, il n'en lut que plus acharné à mettre un terme d'une façon ou d'une autre aux envahissements du fanatisme. Les doctrines et les explications qui, depuis quelques jours, étaient devenues le thème favori des libres penseurs de ces contrées méridionales, suggérèrent à son esprit, déjà embarrassé, un moyen nouveau qui lui sembla véritablement décisif. Pour bien comprendre comment le Préfet en vint à changer de la sorte son plan d'attaque, il est bon de jeter un coup d'oeil sur ce qui se passait en ce moment dans le camp des intelligences antichrétiennes.

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Prière pour la réforme des Caractères

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, à mesure que nous avançons dans les événements divins et humains dont se compose votre histoire, nous remarquons toute la gravité qu'a, dans la direction de la vie, ce fond mystérieux de notre nature que l'on appelle « le caractère ». Le Préfet, l'Évêque, le Maire, l'Homme de police, le Curé de Lourdes agissent si différemment, plus encore par la divergence de leur caractère que par l'opposition de leurs idées. Obtenez-nous, ô Marie, de faire un sérieux retour sur nous-mêmes, et de connaître notre propre caractère, afin d'en réformer les travers et d'en maîtriser les caprices. Les entêtés, les susceptibles, les boudeurs, les malveillants, les renfermés et les taciturnes, les jaloux, les faibles, les grondeurs, les contredisants, tous les caractères mauvais font leur malheur propre et le malheur d'autrui; et la déplorable constance de leur façon d'être est certainement de plus désastreuse conséquence que telle faute matérielle, grossière, palpable, que tout le monde flétrit, et dont la conscience se garde avec horreur. C'est que, contrairement à l'opinion du monde, s'abandonner aux fâcheuses pentes du caractère constitue, pour chacun de nous, plus qu'une faute, même grave. C'est là un crime, ô Mère de toute perfection, un crime permanent, un état des plus coupables, sur lequel nous nous aveuglons, parce que, au lieu de voir son ensemble effrayant, nous n'en considérons chaque fois que le minime détail. Éclairez-nous, Reine de la lumière, sur ce côté ténébreux et ignoré de nous-mêmes, et donnez-nous la force de nous corriger. Faites comprendre aux boudeurs, aux grondeurs, aux susceptibles, aux gens tourmentants, que donner à chaque instant des coups d'épingle n'est pas moins abominable que donner une fois un coup de poignard. Qui n'aimerait mieux, en effet, recevoir une fois un coup de poignard que des coups d'épingle toute sa vie? Apprenez aux malveillants que, dans la comptabilité de Dieu, le total de leurs petites haines accumulées pourrait bien dépasser parfois en gravité la fureur horrible, mais momentanée, de celui qui a commis un meurtre. Apprenez aux jaloux et aux taciturnes que notre prochain en général, et notre famille plus particulièrement, a un droit absolu à notre cordialité, à notre affabilité, à l'ouverture de notre cœur, et que le leur enlever, c'est se rendre aussi coupable que l'avare, devenu voleur, qui enfouirait l'argent d'autrui et refuserait déloyalement de le rendre à qui il appartient. Enseignez aux obstinés que ne point vouloir accepter par entêtement la vérité venant de la bouche d'autrui, est peut-être aussi condamnable que de combattre la vérité connue. Les Juifs, qui ont crucifié Jésus-Christ et volontairement fermé les yeux à l'évidence pour s'en tenir avec fureur à leurs idées, étaient des entêtés. Dites aux caractères faibles qu'être faible, c'est trahir, et que la faiblesse est inexcusable quand on peut avoir pour appui la grâce et la force même de Dieu. Illuminez chacun de nous sur ces choses intimes que les autres voient souvent si bien, et desquelles nous essayons de détourner nos propres regards, afin de ne pas faire d'efforts. Éclairez-nous et donnez-nous de profiter de la lumière, afin que, heureux nous-mêmes en étant dans le bien, nous rendions les autres heureux, et fassions en nos personnes aimer le nom de Chrétien. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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17 mai 2012

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes 3/18

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes

Troisième apparition

le 18 février 1858

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Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

 Anselme_Lacadé

Dix-huitième jour

Le Conseil de révision : le discours du Préfet, Tentative de séquestration

 

I. En apprenant que la Vierge était apparue de nouveau et avait dit son nom à Bernadette, M. le Préfet envoya chez les Soubirous une Commission composée de deux Médecins. Il les prit parmi ceux qui n'admettaient pas plus que lui le Surnaturel, parmi ceux qui avaient leurs conclusions écrites d'avance dans leur prétendue philosophie médicale. Ces deux Médecins qui étaient de Lourdes et dont l'un était l'ami particulier du Procureur impérial, s'épuisaient depuis trois semaines à soutenir toutes sortes de théories sur la catalepsie, le somnambulisme, l'hallucination, et se débattaient exaspérés contre l'inexplicable rayonnement de l'extase, contre le jaillissement de la Source, contre les guérisons soudaines qui venaient à chaque instant battre en brèche les doctrines qu'ils avaient rapportées de Paris. Ce fut à ces hommes et dans ces circonstances que M. le Préfet jugea bon de confier l'examen de Bernadette. Ces messieurs palpèrent la tête de l'enfant et n'y trouvèrent aucune lésion, aucun signe qui indiquât la folie. Les réponses de l'enfant étaient sensées, sans contradictions, sans bizarrerie. Rien d'exagéré dans le système nerveux: tout au contraire, un plein équilibre et je ne sais quoi de profondément calme. Un asthme fatiguait souvent la poitrine de la petite fille; mais cette infirmité n'avait aucune liaison avec un dérangement du cerveau.

Les deux Médecins, très consciencieux d'ailleurs malgré leurs préventions, consignèrent toutes ces choses dans leur rapport, et constatèrent l'état très sain et très normal de l'enfant. Toutefois, comme sur la question des Apparitions, elle persistait invariablement dans son récit, ces messieurs, qui ne croyaient point à la possibilité de pareilles visions, crurent pouvoir mettre à ce sujet dans leur rapport que Bernadette pourrait bien être hallucinée. Ils n'osèrent dire un mot de plus. Mais M. le Préfet n'y regardait pas de si près, et ce Rapport lui parut suffisant. Muni de cette pièce, et en vertu de la loi du 30 juin 1838, il résolut de faire arrêter Bernadette et de la faire conduire à Tarbes pour être internée provisoirement à l'hospice, et ensuite, sans doute, dans une maison de fous. Frapper cette enfant n'était pas tout: il fallait opposer enfin une digue à ce mouvement extraordinaire de la population. Le Ministre l'avait insinué dans sa lettre au Préfet, cela était possible sans sortir de la légalité. Il n'y avait pour cela qu'à considérer la Grotte comme un oratoire, et à la faire dépouiller des ex-voto et des offrandes des croyants. Si les croyants opposaient de la résistance, un escadron de cavalerie se tiendrait à Tarbes, prêt à tout événement. Une émeute eût comblé bien des vœux secrets. Restait à faire exécuter, contre Bernadette et contre la population, ces diverses mesures, dont l'infaillibilité préfectorale avait reconnu la nécessité et l'urgence pour parer à l'invasion croissante du surnaturel.

II. C'était l'époque du Conseil de révision. M. le Préfet eut dans cette circonstance l'occasion de se rendre à Lourdes, d'y voir tous les Maires du canton et de leur adresser un discours officiel. Il prétendit que les événements de la Grotte ne pouvaient que jeter de la défaveur sur la Religion entendue à sa manière. « Le fait de la création d'un oratoire à la Grotte, fait suffisamment constitué par le dépôt d'emblèmes religieux et de cierges, est d'ailleurs, ajouta-t-il, une atteinte a portée à l'autorité ecclésiastique et civile, une illégalité qu'il est du devoir de l'Administration de faire cesser, puisque, aux termes de la Loi, aucune chapelle publique ou oratoire ne peut être fondée sans l'autorisation du Gouvernement, sur l'avis de l'Évêque diocésain. Aussi ne serez-vous point surpris d'apprendre, Messieurs, que j'ai donné l'ordre au Commissaire de Police d'enlever et de transporter à la Mairie, où ils seront mis à la disposition de ceux qui les ont déposés, les objets placés dans la Grotte. J'ai prescrit, en outre, d'arrêter et de conduire à Tarbes, pour y être traitées comme malades, aux frais du Département, les personnes qui se diraient visionnaires, et je ferai poursuivre, comme propagateurs de fausses nouvelles, .tous ceux qui auraient contribué a mettre en circulation les bruits absurdes que l'on fait courir ». Ceci se passait le 4 mai. C'est ainsi que le très-religieux préfet inaugurait son Mois de Marie. Immédiatement après son discours, le Chef du Département avait quitté la ville, laissant s'exécuter hors de sa présence ce qu'il avait ordonné.

III. Les mesures de M. le Préfet se complétaient l'une par l'autre. Par l'arrestation de Bernadette, il atteignait la cause; par l'enlèvement des objets de la Grotte, il atteignait l'effet. Si, comme c'était probable, ces ardentes populations, blessées dans la liberté de leurs croyance, dans leur droit de prier, dans leur religion, essayaient quelque résistance ou se livraient à quelque désordre, l'escadron de cavalerie, mandé par dépêche, accourait à bride abattue, et, mettant toutes choses au régime de l'état de siège, réfutait la Superstition par le tout-puissant argument du sabre. De même qu'il venait de transformer une question religieuse en question administrative, M. Pardoux était prêt à transformer la question administrative en question militaire. Le Maire et le Commissaire de Police étaient chargés, chacun selon ce qui les concernait, d'exécuter les volontés du Préfet. Le premier avait ordre de faire arrêter Bernadette; le second, de se rendre aux Roches Massabielle et de dépouiller la Grotte de tout ce que la piété ou la reconnaissance des fidèles y avait déposé. Suivons-les tous les deux, et commençons par le Maire, ainsi que Je veut la hiérarchie.

IV. Bien que M. Anselme L., Maire de Lourdes, évitât de se prononcer sur les événements extraordinaires qui se passaient, il en était fortement impressionné, et ce ne fut point sans une certaine terreur qu'il vit l'Administration entrer dans cette voie de violences. Il était fort perplexe. Il ignorait quelle attitude allaient prendre les populations; il est vrai que M. le Préfet annonçait l'envoi possible d'un escadron de cavalerie pour maintenir la tranquillité, dans la ville de Lourdes à la suite de l'arrestation; mais cela même ne laissait pas que de l'inquiéter fortement. Le côté surnaturel et les Miracles l'alarmaient aussi. Il ne savait que faire entre l'autorité du Préfet, la force du peuple et les puissances d'en haut. Il aurait voulu ménager la terre et le ciel. Il s'adressa pour soutenir son courage, au Procureur impérial, M. Vital; et, tous deux ensemble, ils se rendirent chez M. le Curé de Lourdes pour lui communiquer l'ordre d'arrestation émané de la Préfecture. Ils expliquèrent à l'abbé Peyramale comment, d'après le texte de la loi du 30 juin 1838, le Préfet agissait dans la plénitude de son droit légal. Le Prêtre ne put contenir l'explosion de son indignation devant la cruelle iniquité d'une telle mesure, fût-elle à là rigueur possible d'après quelqu'une des innombrables lois enfantées un jour ou l'autre, par les Lycurgues d'occasion que le flux ou le reflux de nos douze à quinze révolutions politiques ont jetés sur la grève du Palais-Bourbon.

« Cette enfant est innocente! s'écria-t-il; et la preuve, monsieur le Procureur impérial, c'est que, comme Magistrat, vous n'avez pu, malgré vos interrogatoires de toute sorte, trouver un prétexte à la moindre poursuite. Vous savez qu'il n'y a pas un tribunal en France qui ne reconnût cette innocence, éclatante comme le soleil; qu'il n'y a pas un Procureur général qui, en de telles circonstances, ne déclarât monstrueuse et ne fit cesser, non-seulement une arrestation, mais une simple action judiciaire ». « Aussi la Magistrature n'agit-elle pas, répondait M. Vital. M. le Préfet, sur le rapport des médecins, fait enfermer Bernadette comme atteinte de démence, et cela dans son intérêt, pour la guérir. C'est une simple mesure administrative qui ne touche en rien à la Religion, puisque ni l'Évêque ni le Clergé ne se sont prononcés sur tous ces faits, qui se passent en dehors d'eux ». « Une telle mesure, reprit le Prêtre en s'animant de plus en plus, serait la plus odieuse des persécutions; d'autant plus odieuse, qu'elle prend un masque hypocrite, qu'elle affecte de vouloir protéger, qu'elle se cache sous le manteau delà légalité, et qu'elle a pour objet de frapper un pauvre être sans défense. Si l'Évêque, si le Clergé, si moi-même nous attendons qu'une lumière de plus en plus grande se fasse sur ces événements pour nous prononcer sur leur caractère surnaturel, nous en savons assez pour juger de la sincérité de Bernadette et de l'intégrité de ses facultés intellectuelles. Et dès qu'ils ne constatent aucune lésion cérébrale, en quoi vos deux Médecins seraient-ils plus compétents pour juger de la folie ou du bon sens que l'un quelconque des mille visiteurs qui ont interrogé cette enfant, et qui ont admiré la pleine lucidité et le caractère normal de son 'intelligence? Vos médecins eux-mêmes n'osent affirmer et ne concluent que par une hypothèse. M. le Préfet ne peut, à aucun titre, faire arrêter Bernadette ». « C'est légal ». « C'est illégitime. Prêtre, Curé-Doyen de la ville de Lourdes, je me dois à tous, et en particulier aux plus faibles. Si je voyais un homme armé attaquer un enfant, je défendrais l'enfant au péril de ma vie, car je sais le devoir de protection qui incombe au boa Pasteur. Sachez que j'agirai de même quand bien même cet homme serait un Préfet et que son arme serait le mauvais article d'une mauvaise loi. Allez donc dire à M. Pardoux que ses Gendarmes me trouveront sur le seuil de la porte de cette pauvre famille, et qu'ils auront à me renverser, à me passer sur le corps, à me fouler aux pieds avant de toucher à un cheveu de la tête de cette petite fille ». « Cependant.... » « Il n'y a pas de cependant. Examinez, faites des enquêtes, vous êtes libres, et tout le monde vous y convie. Mais si, au lieu de cela, vous voulez persécuter, à vous voulez frapper les innocents, sachez bien qu'avant d'atteindre le dernier et le plus petit dans mon troupeau, c'est par moi qu'il faudra commencer ».

Le Prêtre s'était levé. Sa haute taille, sa tête aux traits puissants, la plénitude de force qui éclatait en lui, son geste résolu, son visage ardent d'émotion, commentaient ses paroles et leur donnaient toute leur physionomie. Le Procureur et le Maire se turent un instant. Puis ils parlèrent des mesures relatives à la Grotte. « Quant à la Grotte, reprit le Prêtre, si M. le Préfet veut, au nom des lois de la Nation et au nom de sa piété particulière, la dépouiller des objets que d'innombrables visiteurs y ont déposés en l'honneur de la sainte Vierge, qu'il le fasse. Les croyants seront attristés et même indignés. Mais qu'il se rassure, les habitants de ce pays savent respecter l'Autorité, même quand elle s'égare. On dit qu'à Tarbes un escadron est en selle, attendant pour accourir à Lourdes un signal du Préfet. Que l'escadron mette pied à terre. Quelque ardentes que soient les têtes, quelque ulcérés que soient les cœurs, on écoute ma voix et je réponds, sans la force armée, de la tranquillité de mon peuple. Avec la force armée, je n'en réponds plus ».

V. L'attitude énergique prise par M. le Curé de Lourdes, que l'on savait incapable de plier dans tout ce qu'il considérait comme son devoir, introduisait dans la question un élément imprévu quoique très-aisé à prévoir. Le Procureur impérial, dès qu'il s'agissait d'une mesure administrative, n'avait point à intervenir; et ce n'était qu'officieusement que M. Vital avait accompagné M. Anselme au presbytère. Tout le poids de la décision à prendre portait donc sûr ce dernier. M. Anselme avait la certitude que le Curé de Lourdes ferait infailliblement ce qu'il avait dit. Quant à opérer par surprise et à arrêter brusquement Bernadette à l'insu du Pasteur, il n'y fallait point songer, maintenant que l'abbé Peyramale était prévenu et qu'il avait l'œil ouvert. Nous avons dit tout à l'heure les impressions que ressentait le Maire en présence du Surnaturel surgissant tout à coup sous ses yeux. L'apparente impassibilité du magistrat municipal cachait un homme très anxieux et très agité. Il fit part au Préfet de la conversation que M. Vital et lui venaient d'avoir avec le Curé-Doyen, de l'attitude et des paroles de l'homme de Dieu. L'arrestation de Bernadette, ajoutait-il, pourrait, en outre, dans l'état des esprits, soulever la ville et provoquer une révolte indignée contre les autorités constituées. Quant à lui, devant, la détermination si formellement exprimée par M. le Curé et en présence de si redoutables éventualités, il se Voyait à regret obligé de se refuser, fallût-il résigner les honneurs de la Mairie, à faire exécuter personnellement une pareille mesure. C'était au Préfet, s'il le jugeait bon, d'agir directement et de faire opérer l'arrestation par un ordre direct à la Gendarmerie. Pendant que le sort et la liberté de Bernadette étaient soumis à ces incertitudes, M. Dominique, en grande tenue et revêtu de son écharpe, se préparait à exécuter, aux Roches Massabielle, lès mesures prescrites par M. Pardoux.

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Prière pour demander la vertu de Courage et la vraie Charité

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes! Que le noble spectacle de résistance à l'iniquité, donné par un pasteur vigilant, par un prêtre plein de zèle et de charité pour toute brebis de son troupeau, ne soit pas perdu pour nos âmes! Obtenez-nous cette mâle vigueur, trop rare, hélas! parmi les chrétiens dégénérés de notre siècle. Si aujourd'hui les méchants dominent dans le monde, c'est moins encore par leur propre énergie que par l'inconcevable faiblesse des bons, par la lâcheté des gens d'ordre qui ne savent ni se concerter, ni s'unir, ni se lever, ni se défendre. Chacun s'enfermant dans son indolence ou dans son intérêt du moment, déserte la cause publique. Et, par un juste châtiment qui punit l'égoïsme par où il pèche, cette prudence à courte vue amène la ruine et la perte de tous. Et ainsi se réalise, ô Marie! cette parole de votre Fils: « Celui qui aime sa vie la perdra ». En présence des périls inouïs dont les pervers menacent le monde, donnez-nous, ô Mère des Chrétiens, donnez-nous de comprendre par l'esprit, de comprendre surtout par le cœur, cette absolue solidarité qui doit unir les uns aux autres tous les frères de la grande famille et n'en faire qu'une seule volonté, qu'une seule âme, qu'un seul troupeau. Ah! si l'amour nous unissait de la sorte, nous serions invincibles, et l'armée des scélérats le verrait elle-même si clairement qu'elle n'oserait nous attaquer. Mais qui donc embrasera nos âmes de cette charité mutuelle, si effacée, hélas! de nos mœurs qu'elle semble un rêve irréalisable? Qui nous unira les uns aux autres? Qui donc fera naître dans les cœurs ce sentiment de solidarité chrétienne qui semble à la fois, et si nécessaire à nos maux, et si impossible à nos natures déchues? O Mère très-sainte, mieux que personne vous savez le moyen! Obtenez-nous d'aimer Jésus-Christ, de l'aimer véritablement, sincèrement, droitement, par-dessus tout; et, rentrant ainsi dans l'ordre éternel, nous sentirons nos cœurs s'ouvrir à la charité fraternelle et nous aimerons notre prochain comme nous-mêmes. Jésus est l'unité du monde. Il est l'unité intime de ceux qui l'aiment, et c'est par Lui et en Lui qu'ils s'aiment entre eux. Il est l'unité factice de ceux qui le haïssent et qui se coalisent contre Lui. Quand Jésus cesse d'être leur centre d'attaque, ces misérables s'entre-déchirent. Dieu soit loué, ô Mère du Christ, nous n'avons pas la haine de Jésus! mais malheureusement nous n'en avons pas l'amour véritable; et la preuve en est dans ce manque de force, d'unité et de cohésion qui livre le monde à la violence des méchants. Donnez-nous d'aimer Jésus, ô Marie, et nous nous aimerons les uns les autres, et nous serons courageux, et nous serons unis, et nous serons forts et inexpugnables. Donnez-nous d'aimer Jésus, et le monde sera sauvé. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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16 mai 2012

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes 2/18

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes

Deuxième Apparition

Le 14 février 1858

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Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Dix-septième jour

Henri Busquet, Les écuries de la Préfecture, à l'épreuve, La loi du 30 juin 1858

 

I. Il y avait à Nay, dans les Basses-Pyrénées, un enfant de quinze ans nommé Henri Busquet dont la santé était perdue. Il avait eu, en 1856, une violente et longue fièvre typhoïde à la suite de laquelle s'était formé au côté droit du cou un abcès qui avait gagné insensiblement le haut de la poitrine et le bas de la joue. Cet abcès était gros comme le poing. L'enfant souffrait à se rouler par terre. Le médecin, M. le docteur Subervielle, très-renommé en ce pays, perça cet abcès, quatre mois environ après sa formation, et il en sortit une énorme quantité de matière séro-purulente. Mais Henri ne guérit point. Après plusieurs médications impuissantes, le docteur songea aux eaux de Cauterets. En 1857, dans le courant du mois d'octobre, époque de l'année où, les riches baigneurs étant déjà partis, les indigents se rendent à ces thermes célèbres, le jeune Busquet y prit une quinzaine de bains. Ils furent plus nuisibles qu'utiles et avivèrent ses plaies. La maladie s'aggravait malgré des soulagements momentanés. Le malheureux enfant avait aux régions que nous venons d'indiquer un ulcère étendu, béant, fournissant une suppuration abondante, couvrant le haut de la poitrine, tout un côté du cou, et menaçant le visage. En outre, deux nouveaux engorgements glandulaires très prononcés s'étaient déclarés à côté de cet affreux ulcère. Tel était l'état de ce pauvre enfant lorsque, entendant parler des effets merveilleux de l'eau de la Grotte, il pensa à y avoir recours. Il voulait partir et faire à pied son pèlerinage aux Roches Massabielle; mais il présumait trop de ses forces et ses parents refusèrent de l'y conduire.

Henri, qui était très pieux, était poursuivi par l'idée que la Vierge apparue à Bernadette le guérirait. Il demanda à une voisine qui allait à Lourdes de puiser pour lui un peu d'eau à la Soirée. Elle lui en apporta une bouteille dans la soirée du mercredi 28 avril, fête du Patronage de saint Joseph. Vers les huit heures du soir, au moment de se coucher, l'enfant s'agenouille, et adresse sa prière à la Très-Sainte Vierge. Sa. famille priait avec lui: son père, sa mère, plusieurs frères et sœurs. C'étaient de très-braves gens, simples et croyants: l'une des filles est aujourd'hui religieuse chez les sœurs de Saint André. Henri se met au lit. Le docteur Subervielle lui avait souvent recommandé de ne se jamais servir d'eau froide sous peine d'une complication fâcheuse de son mal; mais, en ce moment, Henri pensait à toute autre chose qu'aux prescriptions de la Médecine. Il enlève les bandages et la charpie qui couvrent son ulcère et ses tumeurs, et, à l'aide d'un linge qu'il imbibe dans l'eau de la Grotte, il baigne et lave ses plaies avec l'onde miraculeuse. La toi ne lui manquait point. « Il est impossible, pensait- il, que la sainte Vierge ne me guérisse pas ». Il s'endort sur cette espérance. Un sommeil profond .s'empare de lui. Au réveil, son espérance était une réalité: toutes ses douleurs avaient cessé, toutes ses plaies étaient fermées; les glandes avaient disparu; l'ulcère n'était plus qu'une cicatrice solide, aussi solide que si la main du temps l'avait fermée lentement. La puissance éternelle qui était intervenue, et qui avait guéri, avait fait en quelques instants l'œuvre de plusieurs mois ou de plusieurs années. La guérison avait été complète, soudaine et sans convalescence.

Le Rapport des médecins adressé à la Commission s'inclinait devant le Miracle manifeste survenu en cet enfant, et déclarait que ce fait s'écartait entièrement de l'ordre de la nature. « Nous le rangeons, disait-il, parmi les faits qui possèdent. pleinement et d'une manière évidente le caractère surnaturel ». Le médecin ordinaire du malade, M. le docteur Subervielle, déclarait merveilleuse et divine, comme tout le monde, cette soudaine guérison; mais le scepticisme inquiet qu'il y a souvent au fond de l'esprit des disciples de la Faculté, attendait la grande épreuve du temps. « Qui sait, disait souvent M. Subervielle, si, à dix-huit ans, ceci ne reviendra pas? Jusque-là, je serai toujours tourmenté ». L'éminent médecin qui parlait ainsi ne devait pas avoir la joie de voir cette guérison confirmée par le temps. Le pays eut le malheur de le perdre; il mourut quelque temps après. Quant au jeune Henri Basquet, l'auteur de ce livre, suivant sa coutume de vérifier par lui-même, a voulu le voir et l'entendre.

Henri nous a dit son histoire, que nous connaissions déjà par les rapports officiels et par plusieurs témoins. Il nous l'a racontée comme une chose toute simple, sans stupeur et sans surprise. Pour le ferme bon sens de ces chrétiens du peuple, dont les sophismes n'ont pas égaré l'esprit, le Surnaturel ne paraît point extraordinaire, et moins encore contraire à là raison. Ils le trouvent conforme aux vraies notions du sens commun. S'ils sont surpris parfois qu'un médecin leur rende la santé, ils ne sont jamais étonnés que Dieu, qui a été assez puissant pour créer l'homme, soit assez bon pour le guérir. Ils voient d'un regard très droit, que le Miracle, loin de troubler l'ordre, est au contraire une des lois de l'ordre éternel. Si Dieu, dans sa miséricorde, a donné à Certaines eaux la vertu d'enlever telles maladies, s'il guérit indirectement ceux qui usent, suivant certaines conditions, de ces choses matérielles, combien, à plus forte raison, saura-t-il guérir directement ceux qui, directement, s'adressent à Lui? Ainsi raisonne le peuple chrétien, et le peuple chrétien raisonne justement. Nous avons voulu voir de nos yeux et toucher de nos mains les traces de cette terrible plaie, si miraculeusement guérie. Une vaste cicatrice marque la place où était l'ulcère. Il y a longtemps que l'enfant a franchi la crise de la dix-huitième année, et rien n'a reparu de sa cruelle maladie. Nulle souffrance, nul écoulement, nulle tendance aux engorgements glandulaires. La santé est parfaite. Henri Busquet est aujourd'hui un homme de vingt-cinq ans, plein de vie et de force. Il exerce comme son père l'état de plâtrier. Le dimanche, à la fanfare de l'Orphéon, il remplit, non sans talent, sa partie de trombone parmi les instruments de cuivre. Il a une voix superbe. Si jamais vous allez dans la ville de Nay, vous l'entendrez sûrement à travers les fenêtres de quelque maison en construction ou en réparation, car, sur ces échafaudages, il a coutume de chanter à plein cœur, depuis l'aurore jusqu'au soir. Vous pouvez écouter sans crainte que vos oreilles soient blessées par quelque chanson grossière. Ce sont de gais et d'innocents couplets, parfois même des cantiques que module cette voix charmante. Celui qui chante n'a pas oublié que c'est a la sainte Vierge qu'il doit la vie.

II. Tandis que tous ces Miracles s'accomplissaient de divers côtés, il survint un incident, en apparence très étranger à l'objet de cette histoire, mais qui devait avoir, tout insignifiant qu'il parût, les conséquences les plus décisives sur la marche des événements. M. le Préfet des Hautes-Pyrénées trouva vers cette époque que ses chevaux de selle et de voiture étaient assez mal logés, et qu'il convenait de leur faire élever des écuries spacieuses et élégantes. Malheureusement le terrain faisait un peu défaut. Or, M. Pardoux tenait, avant toutes choses, à ne point défigurer par ces constructions, soit sa cour, soit son jardin. La Préfecture de Tarbes est toute voisine de la Cathédrale. Entre les deux édifices se trouvait l'ancien cimetière des prêtres et chanoines de cette Église. La tradition rapportait que plusieurs nobles familles de ce pays y avaient eu des caveaux et que là reposaient des cendres illustres. M. le Préfet se dit en lui-même que cet emplacement conviendrait parfaitement pour ses écuries et remises. De l'idée à l'exécution, il n'y avait jamais loin chez le baron Pardoux. Il fit donc creuser les fondations parmi les pierres et les ossements, et l'on vit bientôt s'élever sur le cimetière lès constructions nécessaires aux chevaux officiels. M. le Préfet plaça ses bâtiments juste en face de l'une des anciennes portes de la Cathédrale, à trois mètres au plus, de sorte que le brouhaha de l'écurie devait forcément retentir jusque dans le temple.

Un tel oubli des convenances ne pouvait qu'émouvoir et affliger vivement l'Évêché. Mgr Laurence essaya inutilement de faire comprendre à M. Pardoux que ce sol était sacré, qu'il appartenait à l'Église, et que le pied des chevaux ne devait troubler, ni la paix des morts, ni la prière des vivants. M. le Préfet, nous l'avons dit, ne savait pas reculer. Congédier les ouvriers, choisir un autre emplacement, c'eût été reconnaître qu'il avait eu tort. Aussi, malgré le désir très vif qu'il pouvait avoir de ménager l'Evêque, ne tint-il aucun compte des observations du prélat. Il maintint sur l'ancien cimetière les travailleurs qui construisaient ses écuries. Devant cette persistante violation des tombeaux, Mgr Laurence sortit de sa réserve, et Sa Grandeur fit entendre une protestation énergique. Elle s'adressa directement au Ministre pour qu'il eût à faire détruire ces bâtisses inconvenantes et scandaleuses. Le Préfet fut vivement blessé de l'attitude très ferme et très digne prise par l'Evêque. Suivant sa coutume, il s'obstina, de plus en plus. Il courut à Paris pour argumenter auprès du Ministre; il tâcha de mettre dans son parti le Conseil général; il se fit faire des consultations juridiques: bref, il se livra à une lutte désespérée dont il serait sans intérêt de raconter ici les épisodes: cette question devait durer plusieurs mois, pour être finalement décidée conformément aux très-sages réclamations de Mgr Laurence. Sur le terrain de ces écuries démolies, l'herbe croît aujourd'hui, et un arbre funéraire, placé au milieu, marque qu'en cet endroit repose la cendre des morts. Mais du jour où l'Évêque fit entendre sa protestation, l'harmonie qui existait jusque-là entre le chef du Département et le chef du Diocèse fut à jamais rompue. A cette harmonie succéda dans le cœur du Préfet un vif sentiment d'irritation. Il cessa d'être disposé aux ménagements: tout au contraire peut-être. De même qu'il voulait envahir sur le terrain de l'Église dans cette misérable question des écuries, de même, dans la question des Apparitions, il se sentit désormais plus porté qu'auparavant à empiéter violemment sur le domaine spirituel de l'Évêque. Le frein qui l'avait arrêté jusqu'à ce moment venait de se briser. Les petites causes produisent parfois de grands effets.

III. Dans le courant de ces mois de mars et d'avril, avant comme après la lettre du Ministre; M. le Préfet avait employé sa vive intelligence à trouver en dehors du Surnaturel la clef de ces étranges affaires de Lourdes. Les interrogatoires avaient été inutilement renouvelés par le parquet et par Dominique. Ni le Commissaire de Police ni le Procureur impérial n'avaient pu prendre l'enfant en défaut. Cette petite bergère de treize ou quatorze ans, ignorante et ne sachant ni lire, ni écrire, ni même parler français, déconcertait par sa simplicité profonde les habiles et les prudents. On avait appris qu'une famille étrangère et immensément riche ayant, comme tout le monde, subi le charme de Bernadette, lui avait proposé de l'adopter en offrant aux parents une fortune, cent mille francs, avec la faculté de rester auprès de leur enfant. Le désintéressement de ces braves gens n'avait pas même été tenté, et ils avaient voulu rester pauvres. Tout échouait, les pièges de la ruse, les offres de l'enthousiasme, la dialectique des esprits les plus déliés. Quelle que fût son horreur pour le fanatisme, M. la Procureur impérial ne pouvait trouver ni dans le Code d'Instruction Criminelle, ni dans le Code Pénal, aucun texte qui l'autorisât à sévir contre Bernadette et à la faire incarcérer. Une arrestation de cette nature eût été illégale au premier chef et aurait pu avoir pour le magistrat qui l'eût ordonnée des conséquences fâcheuse. Aux yeux de la loi pénale, Bernadette était innocente.

IV. M. le Préfet, avec sa très grande netteté d'esprit, se rendit compte de tout cela. Il songea alors à arriver au même résultat à l'aide d'un autre moyen, et à procéder par mesure administrative à cet emprisonnement qui lui semblait utile et dont la Magistrature, les codes à la main, ne se croyait pas le droit de prendre l'initiative. Il y a dans l'immense arsenal de nos lois et règlements une arme redoutable, imprudemment créée à notre avis dans la pensée très-louable de protéger l'individu contre lui-même, mais qui peut, entre les mains de la malveillance ou de l'aveuglement, donner lieu à la plus épouvantable des tyrannies, c'est-à-dire à la séquestration arbitraire et sans appel d'un innocent. Nous voulons parler de la„loi sur les Aliénés. Sans débat public, sans dépense possible, sur le certificat d'un ou deux médecins le déclarant atteint de trouble mental, un malheureux peut être saisi brusquement, par simple mesure administrative, et jeté dans la plus terrible, des prisons, dans le cabanon d'une maison de fous. Convaincu comme il l'était de l'impossibilité actuelle du Surnaturel, M. le Préfet Pardoux n'hésita pas dans l'impuissance où se trouvait la Magistrature, à chercher dans cette loi redoutable une solution à la question extraordinaire qui venait de surgir tout à coup dans son département.

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Prière pour les morts

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Dans le cours de votre histoire, ô Notre-Dame de Lourdes, vous avez voulu nous faire rencontrer le lieu que nous ne devrions jamais oublier; le lieu mélancolique où nous ont précédé tant d'êtres si chers et si regrettés; le lieu redoutable où Dieu lui-même nous attend: le Cimetière vers lequel nous marchons tous ci-bas. O Marie! Mère du Christ mort et ressuscité, Mère du divin Jésus qui descendit dans les domaines du trépas pour y chercher l'âme des justes, ayez pitié de ceux que nous avons aimés, et qui. privés de la contemplation de Dieu, souffrent encore dans ces sombres régions. Nous ne les voyons plus, ô Marie! nous ne les entendons plus; mais vous les voyez de vos yeux, Reine suprême des vivants et des morts, et vous entendez, tout aussi bien que nos propres paroles, l'accent de leurs supplications et le cri de leur repentir. Que l'ardente prière que nous vous adressons pour eux et que nous vous prions de porter auprès du Trône du Seigneur, que cette pieuse prière de notre cœur, tout rempli de leur souvenir, retentisse dans le lieu de leur peine! Miséricordieuse Mère du souverain Juge, intercédez auprès de Dieu, afin que, leur appliquant une nouvelle part des infinis mérites de Jésus-Christ, il termine pour eux le temps de l'expiation et les reçoive dans le séjour de la vie éternelle et de la félicité sans limites. Et vous, morts bénis et bien-aimés qui êtes déjà dans le Paradis, souvenez-vous de ceux qui voyagent encore sur la terre; intercédez pour nous et avec nous, pour que cous parvenions aussi au Ciel où vous régnez dans la gloire; et unissez-vous à nous quand nous disons: « Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous! » Ainsi soit-il.

 

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Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes 1/18

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes

Première apparition

11 février 1858

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15 mai 2012

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

Procureur_de_Lourdes_Dutour 

Seizième jour

Le ministre Gustave R., Prudence de l'Evêque, apparition du lundi de Pâques, le cierge, Les ex-voto, deux trimestres judiciaires, Bernadette et les visiteurs

 

I. La question qui était montée du Commissaire au Préfet avait continué son mouvement ascensionnel et était arrivés jusqu'au Ministre. Le 12 et le 26 mars, M. le Préfet avait fait ses rapports à Son Excellence, en se bornant, jusqu'à sa réponse, aux mesures que nous avons dites. M. Gustave R. était ministre. Ancien Procureur général et alors Ministre de l'Instruction publique, ce haut personnage était en grand ce que le Commissaire et le Préfet étaient en petit. II ne pouvait admettre un seul instant la réalité des Visions et des Miracles de Lourdes. Donc, à deux cent cinquante lieues des événements, sans autres documents que deux lettres préfectorales, il trancha net la question avec ce ton décisif qui do me le dernier mot des choses sans Saigner même les discuter. Malgré les conseils de prudence qu'il donnait au Préfet, il laissait voir son parti pris de ne pas tolérer les Apparitions et les Miracles. Comme toujours, en pareille circonstance, le Ministre se posait d'ailleurs en défenseur de la Religion. « Il importe, à mon avis, écrivit-il au Préfet, de mettre un terme à des actes qui finiraient par compromettre les véritables intérêts du Catholicisme et affaiblir le sentiment religieux dans les populations. En droit, nul ne peut constituer un oratoire ou lieu public de culte, sans la double autorisation du pouvoir civil et du pouvoir ecclésiastique. On serait donc fondé, dans la rigueur des principes, à fermer immédiatement la Grotte, qui a été transformée en une sorte de chapelle. Mais il y aurait vraisemblablement des inconvénients graves à vouloir user brusquement de ce droit. Il convient de se borner à empêcher la jeune fille visionnaire de retourner à la Grotte, et à prendre les mesures qui pourront insensiblement détourner l'attention du public en rendant chaque jour les visites moins fréquentes. Il sera indispensable que vous vous concertiez avec le Clergé, mais je ne saurais trop vous engager à traiter directement cette affaire délicate avec Mgr l'évêque de Tarbes, et je vous autorise à dire, en mon nom, au prélat, que je suis d'avis de ne pas laisser un libre cours à un état de choses qui ne manquerait pas de servir de prétexte à de nouvelles attaques contre le Clergé et la Religion ».

II. Sur cette lettre, le Préfet s'adressa à l'Évêque pour le prier de faire interdire formellement à Bernadette tout voyage à la Grotte. Il mit tout naturellement en avant l'intérêt de la Religion compromis pat ces hallucination? ou ces supercheries, et l'effet déplorable que de semblables choses produisaient sur tous les esprits sérieux, qui cherchaient en toute bonne foi à concilier le Catholicisme avec la saine philosophie et avec les idées modernes. Quant a l'hypothèse que les Apparitions fussent réelles, M. le baron Pardoux, pas pins que M. Gustave R., ne daignait s'y arrêter. Le Préfet et le Ministre avaient un égal dédain pour de telles superstitions. Le Préfet était habile, mais l'Évêque était sagace, et il était malaisé de lui cacher le fond sous la forme. Il comprit qu'il fallait, d'un côté, se refuser énergiquement à la pression du pouvoir temporel, et d'autre part, ne le point irriter; repousser ses exigences inadmissibles, et en même temps maintenir la bonne harmonie. Entre ces diverses difficultés, Mgr Laurence sut se tenir dans une sage mesure. Dans ces circonstances, défendre formellement à Bernadette d'aller à la Grotte quand elle s'y sentait appelée par une voix d'en haut, c'eût été attenter à la liberté la plus sacrée de l'âme, et les hommes de l'Église savent la respecter, même chez une enfant: mais user de la voix du conseil et engager Bernadette à ne point se rendre aux Roches Massabielle en dehors de cette irrésistible impulsion, c'est ce que l'Évêque crut prudent d'ordonner au curé de Lourdes, afin d'empêcher autant qu'il était en lui, le pouvoir civil d'entrer dans cette voie dangereuse des persécutions vers laquelle, avec sa très-grande sûreté de coup d'œil, il le voyait incliner. Mgr Laurence, ainsi que nous l'avons dit, était d'ailleurs dans le doute au sujet du jugement à porter sur les événements de Lourdes. N'étant point sur les lieux, ne voyant point directement les merveilles qui s'accomplissaient, ne les connaissant même que d'après les rapports d'ecclésiastiques qui n'en étaient point les témoins immédiats, il n'avait pas encore formé sa conviction. Il attendait.

III. Le jour de Pâques était arrivé. Malgré les pieuses appréhensions de M. le Ministre des Cultes, les merveilles accomplies à Lourdes n'avaient point « affaibli le sentiment religieux des populations ». Des conversions sans nombre avaient eu lieu: les confessionnaux étaient assiégés de monde. Des usuriers ou des voleurs avaient restitué: beaucoup de scandales avaient cessé. Les Fidèles se pressaient autour de la Table Sainte. Le lundi de Pâques, 5 avril, c'est-à-dire le jour même où le Préfet était allé chez Sa Grandeur, la Mère de Dieu avait fait de nouveau entendre un appel intérieur a la fille du meunier; et l'enfant, bientôt suivie d'une foule immense, s'était rendue à la Grotte où, comme précédemment, le ciel s'était ouvert devant elle et lui avait laissé voir la Vierge Marie dans sa gloire. Ce jour-là, aux yeux émerveillés de la multitude, s'accomplit un fait fort étrange. Le cierge que Bernadette avait apporté ou qu'on lui avait donné était très-grand, et elle l'avait appuyé par terre en le soutenant par le bout entre les doigts de ses mains à demi jointes. La Vierge lui apparut. Et voilà que, par un instinctif mouvement d'adoration, la Voyante, tombant en extase devant la Beauté immaculée, éleva un peu les mains et les laissa reposer doucement et sans y songer sur le bout du cierge allumé. Et alors la flamme se mit à passer entre ses doigts légèrement entr' ouverts et à s'élever au-dessus, oscillant çà et là, suivant le faible souffle du vent. Bernadette pourtant demeurait immobile et abîmée dans la céleste contemplation, ne s'apercevant même pas du phénomène qui faisait autour d'elle la stupéfaction de la multitude. Les témoins se pressaient les uns sur les autres pour mieux voir. M. Dozous, dès les premiers moments, avait tiré sa montre : cet état extraordinaire dura un peu plus qu'un quart d'heure. Tout à coup, un léger frissonnement se produit dans le corps de Bernadette. Ses traits redescendent. La Vision avait cessé et l'enfant était revenue à son état naturel. On lui prend la main, rien que de normal n'y apparaissait. La flamme avait respecté la chair de la Voyante en extase devant Marie. La foule, non sans raison, criait au miracle. L'un des spectateurs cependant, voulant faire la contre-épreuve, avait pris ce cierge encore allumé, et, sans qu'elle y fit attention, il l'approcha de la main de Bernadette. « Ah! monsieur, s'écria-t-elle en se retirant vivement, vous me brûlez! » Les événements de Lourdes avaient produit une telle commotion dans le pays et l'affluence des étrangers était telle que ce jour-là, bien qu'on ne fût point, comme dans la Quinzaine, prévenu à l'avance, la multitude réunie un instant autour de Bernadette s'était élevée à près de dix mille personnes.

IV. Le concours continuait sur le chemin des Roches Massabielle. Pas un cri tumultueux dans cette foule, pas une agitation dans ce fleuve populaire dont les flots se renouvelaient sans cessé. Des cantiques, des litanies, des vivats en l'honneur de la Vierge, voilà tout ce qu'on entendait, voilà tout ce que M.Dominique et sa police pouvaient enregistrer dans leurs Rapports C'était plus que l'ordre, c'était le recueillement. Les ouvriers de Lourdes avaient élargi le sentier, tracé depuis quinze ou vingt jours par les carriers sur les pentes de Massabielle; ils avaient fait jouer la mine et taillé le rocher en maint endroit; de sorte qu'ils avaient créé sur ces coteaux abrupts un chemin assez large et très praticable. C'était un travail considérable qui avait demandé de la peine, du temps, des frais. Ces braves gens accomplissaient ce labeur dans la soirée, en revenant des chantiers où ils étaient occupés du matin au soir. Ils se reposaient des fatigues de leur rude journée en travaillant à ce chemin qui conduisait à Dieu: « In labore requies ». Vers la tombée de la nuit, on les voyait attachés comme une fourmilière au flanc du tertre rapide, piochant, brouettant, creusant le roc, y mettant de la poudre et faisant voler en éclats le marbre ou le granit. « Qui vous payera? » leur disait-on. « La sainte Vierge », répondaient-ils. Avant de se retirer, ils descendaient tous ensemble à la Grotte et faisaient la prière en commun. Au milieu de cette superbe nature, sous ce beau ciel étoile, ces scènes chrétiennes avaient une simplicité et une grandeur primitives.

V. La Grotte changeait peu à peu d'aspect. Jusque-là, on y avait fait brûler des cierges en signe de vénération. On y déposa vers cette époque des vases de fleurs, naturelles ou découpées par de pieuses mains, des statues de la Vierge, des ex-voto en signe de reconnaissance. Les ouvriers avaient fait une petite balustrade pour protéger ces objets fragiles contre les involontaires accidents qu'aurait pu occasionner l'empressement de la multitude. Plusieurs personnes ayant reçu quelque grâce singulière par l'intervention de Notre-Dame de Lourdes, apportèrent comme un hommage au lieu de la Vision leur petite croix d'or avec la chaîne, confiant la garde de leur pieuse offrande à la foi publique. Comme dès ce moment tout le pays s'écriait qu'il fallait obéir à l'Apparition et construire une chapelle, on se mit également à jeter de l'argent dans la Grotte. Les sommes considérables, quelques milliers de francs, se trouvèrent ainsi exposés en plein air, sans nulle défense extérieure, durant la nuit et durait le jour; et, tel était le respect qu'inspirait ce lieu, naguère inconnu, tel était l'effet moral produit sur les âmes, qu'il ne se trouva pas un seul malfaiteur dans tout le pays pour commettre un larcin sacrilège. Et cela est d'autant plus merveilleux, que, quelques mois auparavant, plusieurs églises avaient été dévalisées. La Vierge ne voulait point que le moindre souvenir criminel se mêlât à l'origine du Pèlerinage qu'elle voulait établir.

VI. Une circonstance singulière qui passa peut-être inaperçue à cette époque fut relevée par la suite et frappa beaucoup de personnes. Nous ne pouvons nous empêcher de la faire remarquer. Un des plus beaux privilèges de la Souveraineté, c'est le droit de faire grâce, et quand un roi veut fêter son avènement, il amnistie les coupables. La Reine du Ciel pouvait plus et fit plus. Elle voulut qu'il n'y eût pas même de coupables. Les Apparitions qui avaient eu lieu déjà et celles qui eurent lieu plus tard se trouvèrent réparties sur deux trimestres judiciaires. Or, pendant ces deux trimestres, il n'y eut dans le Département, ni un seul crime commis, ni un seul criminel condamné. C'est un fait peut-être sans précédent La session des assises de mars n'eut à examiner qu'une seule affaire antérieure à la période des Apparitions, et qui se termina par un acquittement. La session suivante, qui devait avoir lieu en juin, n'eut que deux affaires à juger, l'une et Vautre relatives à des événements antérieurs à cette même période. Cette coïncidence étonnante, cette marque mystérieuse de l'invisible influence qui planait sur toute la contrée, cette preuve tout extérieure, ce prodige moral, ce miracle diocésain, nous semblent faits pour donner à réfléchir aux esprits les plus frivoles. Comment, pendant un aussi long temps, les criminels ont-ils eu le bras arrêté? Est-ce imposture, hallucination ou catalepsie? Comment le glaive de la justice n'a-t-il pas eu à sévir? D'où venait cette paix, cette trêve de Dieu, précisément en ce moment? En dehors de la raison que nous indiquons, nous invitons l'incroyance à essayer de trouver la cause de ce fait surprenant et de cette étrange coïncidence. Elle le tentera vainement. La Reine du ciel avait passé, la Reine du ciel avait béni.

VII. Bernadette était constamment visitée par les innombrables étrangers, que la piété ou la curiosité faisaient affluer à Lourdes. Il y en avait de toutes les classes, de toutes les professions, de toutes les philosophies. Nul ne prit en défaut cette parole simple et loyale; nul, après avoir vu et entendu la Voyante, n'osa dire qu'elle mentait. Au milieu des partis agités et des discussions sans nombre, cette petite enfant, par un privilège inconcevable, inspirait à tous le respect, et elle ne fut pas une seule fois en butte à la calomnie. L'éclat de cette innocence était tel, que sa personne ne fut ni atteinte ni attaquée: une invisible égide la protégeait. D'une intelligence très-ordinaire en toutes choses, Bernadette était au-dessus d'elle-même toutes les fois qu'elle avait à rendre témoignage de l'Apparilion. Aucune objection ne la troublait. Elle avait des réponses profondes. M. de Rességuier, conseiller général et ancien député des Basses-Pyrénées, vint la voir : il était accompagné de plusieurs dames de sa famille. Il se fit raconter les Visions dans le plus grand détail. Lorsque Bernadette lui dit que l'Apparition s'exprimait en patois béarnais, il se récria: « Tu ne dis point la vérité, mon enfant! Le bon Dieu et la sainte Vierge ne comprennent pas ton patois et ils ne savent pas ce misérable langage ». « S'ils ne le savaient pas, monsieur, répondit-elle, comment le saurions-nous nous-mêmes? Et s'ils ne le comprenaient pas, qui nous rendrait capables de le comprendre? » Elle avait des reparties spirituelles. « Comment la sainte Vierge a-t-elle pu t'ordonner de manger de l'herbe? Elle te prenait donc pour une bête? » lui disait un jour, un sceptique. « Est-ce que vous pensez cela de vous quand vous mangez de la salade? » lui répliqua-t-elle en souriant finement. Elle avait des réponses naïves. Ce même M. de Rességuier lui parlait de la beauté de l'Apparition de la Grotte : « Était-elle aussi belle que les personnes que voici? » lui demanda-t-il. Bernadette promena son regard sur le cercle charmant des jeunes filles et des dames qui avaient accompagné le visiteur, puis elle eut comme une moue de dédain: « Oh! c'était bien autre chose que tout cela! » fit-elle. Tout cela, c'était l'élite de la société de Pau. Elle déconcertait les subtilités de l'esprit par lesquelles on cherchait à l'embarrasser. « Si M. le Curé vous défendait formellement d'aller à la Grotte, que feriez-vous? » lui disait quelqu'un. « Je lui obéirais ». « Mais si vous receviez en même temps de l'Apparition l'ordre d'y aller, que feriez-vous alors entre ces deux ordres contraires? » L'enfant tout aussitôt, sans hésiter le moins du monde, répondit: « J'irais demander la permission à Monsieur le Curé ».

Rien, ni à cette époque ni plus tard, ne lui fit perdre sa simplicité pleine de grâce. Jamais, à moins d'être interrogée, elle ne parlait de l'Apparition. Elle se considérait toujours comme la dernière à l'école des Sœurs. On avait de la peine à lui apprendre à lire et à écrire. L'esprit de cette enfant était ailleurs, et, si nous osions pénétrer dans cette nature exquise et visitée par la grâce, nous dirions peut-être que son âme, peu curieuse sans doute de ce savoir humain, faisait l'école buissonnière dans les halliers du Paradis. Aux récréations, elle se confondait avec ses compagnes. Elle aimait à jouer. Quelquefois un visiteur, un étranger venu de loin demandait aux Sœurs de lui montrer cette Voyante, cette privilégiée du Seigneur, cette bien-aimée de la Vierge, cette Bernadette dont le nom était déjà si célèbre. « La voilà », disait la Sœur en la désignant du doigt parmi les autres enfants. Le visiteur regardait, et il voyait une petite fille chétive et misérablement vêtue, jouant aux barres, à cache-cache, à pigeon vole, sautant à la corde, tout entière aux innocents plaisirs de l'enfance. Mais ce qu'elle préférait à tout, c'était de figurer, elle la trentième ou la quarantième, dans une de ces rondes immenses que les enfants font en chantant et en se tenant par la main. La Mère de Dieu, en apparaissant à Bernadette, en lui donnant le rôle d'un témoin des choses célestes, en faisant d'elle le centre d'un concours innombrable et comme un objet de pèlerinage, avait protégé, par un miracle plus grand que tout autre, sa simplicité et sa candeur, et elle lui avait fait le don extraordinaire, le don divin de demeurer une enfant.

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Prière pour le salut du monde

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes qui avez, durant la période de vos Apparitions, arrêté, sur toute retendue d'un diocèse, le bras menaçant des criminels, étendez, étendez votre main protectrice sur la terre entière, sur ce globe qui vous doit être cher, car il fut votre passagère patrie, et vos pieds l'ont foulé jadis pendant les jours de votre pèlerinage mortel; sur ce globe qui est-devenu sacré depuis qu'y- fut plantée la Croix du Rédempteur et qu'il fut arrosé du sang de Jésus-Christ. Regardez, ô fille d'Adam et mère de Dieu, regardez les crimes et les forfaits qui couvrent les continents et les îles. Regardez régner en ce monde le vil amour de l'argent qui a envahi tous les cœurs; le dur égoïsme et la basse envie qui dissolvent tant de familles et qui divisent toutes les classes; les colères abominables qui les mettent aux prises en des procès sacrilèges ou de fratricides combats; l'orgueil, l'ambition, la fureur de dominer qui ensanglantent la terre de leurs honteuses révolutions et de leurs hideuses batailles; la luxure homicide qui corrompt ou tarit en leur source sacrée les principes mêmes de la vie; la lâche paresse qui dévore sans produire et qui n'a pas honte de voler de la sorte le patrimoine du genre humain; l'immonde gourmandise, l'ivrognerie, la sensualité des mets et des liqueurs qui abêtit les intelligences et ravale l'homme au-dessous des brutes. Au lieu de la Foi, l'incroyance; au lieu de la Charité, la haine; au lieu de l'Espérance, les rages sourdes et désolées des infortunes sans issue; au lieu de la paix, promise aux hommes de bonne volonté, partout les dissensions, les luttes, les insurrections et les guerres sortant des volontés coupables. Partout le nom sacré de Dieu blasphémé, partout son saint jour profané.... O Marie! est-il donc difficile de guérir de tels maux à Celui qui créa l'Univers, qui ressuscita Lazare déjà en proie à la corruption, et qui fera un jour surgir de son tombeau la race humaine ensevelie? Non! non! ce n'est pas de votre bouche; non, ce n'est pas du Ciel que nous viendra le mot « impossible »! « Impossible » n'est pas maternel; « impossible » n'est pas divin. De la part du Dieu tout-puissant, « impossible » n'est pas possible.... O notre Mère! depuis déjà des siècles, des âmes saintes que l'Église vénère ont répandu dans la chrétienté le pressentiment que c'est par Vous, Marie Immaculée, que le salut viendrait à nos temps malheureux! Elles ont cru que vous seriez l'aurore dès jours de Dieu sur notre terre régénérée. Étoile du matin, nous vous prions de justifier leur foi! Nous vous prions de réaliser nos espérances ! Comment cela se fera-t-il, ô Marie? Qu'importe ! si cela se fait. Un tel miracle, un si prodigieux renversement de ce qui existe, une telle fondation d'un ordre nouveau n'est ni au-dessus de votre bonté, ni au-dessus de votre puissance. Ayez donc pitié, ô notre Mère! Notre-Dame de Lourdes, délivrez-nous du péché, le seul mal d'ici-bas! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous! Ainsi soit-il.

 

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