24 mai 2012

Les apparitions de Notre Dame de Lourdes 9/18

Les apparitions de Notre Dame de Lourdes

Neuvième apparition

25 février 1858

 

Journée sans apparition

26 février 1858

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Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-cinquième jour

Fin de la polémique, levée des interdits, enquête de la Commission Episcopale

 

I. La polémique de la presse au sujet de la, Grotte était épuisée. En France et à l'étranger, la conscience publique avait été mise à même de juger, non de la réalité des événements surnaturels, mais de l'oppression violente que subissaient, dans un coin de l'Empire, la liberté de croire et le droit d'examiner. Les misérables sophismes du fanatisme antichrétien et de l'intolérance, prétendue philosophique, n'avaient pas tenu devant la pressante logique des journaux catholiques. Les Débats, le Siècle, la Presse et la vile multitude des feuilles irréligieuses se taisaient, regrettant probablement d'avoir entrepris cette guerre malheureuse et fait un si grand bruit autour de ces faits extraordinaires. Ils n'avaient réussi qu'à propager et à répandre dans tous les pays la renommée de tant de miracles. De l'Italie, de l'Allemagne, de contrées plus lointaines encore, on écrivait à Lourdes pour se faire envoyer quelques gouttes de l'eau sacrée. Au Ministère des Cultes, M. Gustave R. s'obstinait à vouloir se mettre en travers de la plus sainte des libertés et à prétendre arrêter la force des choses. A la Grotte, Dominique et les Gardes persistaient à veiller jour et nuit, et à traduire les croyants devant les tribunaux. Le juge Jean D. condamnait toujours. Entre un tel Ministre pour le soutenir et de tels agents pour exécuter ses volontés, le baron Pardoux demeurait bravement dans l'illogique absolu de sa situation et se complaisait dans la toute-puissance de son arbitraire. De plus en plus exaspéré en se voyant enlever, par l'enquête épiscopale et par l'analyse de M. Filhol, les vains prétextes de Religion et d'ordre public dont il avait, à l'origine, voulu voiler son intolérance, il se livrait avec orgueil à la joie amère de faire de la tyrannie pure. Il restait sourd au cri unanime. A toutes les raisons, à l'évidence indéniable, il opposait sa volonté: « Ceci est mon bon plaisir ». Il lui était doux d'être plus fort, lui tout seul, que les multitudes, plus fort que l'Êvêque, plus fort que le bon sens, plus fort que les Miracles, plus fort que le Dieu de la. Grotte. Etiamsi omnes, ego non.

II. Ce fut dans ces circonstances que Mgr de Salinis, Archevêque d'Auch, et un autre personnage considérable, se rendirent auprès de l'Empereur, qui se trouvait en ce moment à Biarritz. Napoléon III reçut en même temps de divers côtés des pétitions demandant instamment, et réclamant, en vertu des droits les plus sacrés, le retrait des arbitraires et violentes mesures du baron Pardoux: « Sire, disait une de ces pétitions, nous ne prétendons décider en rien la question des Apparitions de la Vierge, bien que, sur la foi de miracles éclatants qu'ils disent avoir vus de leurs yeux, presque tous, en ces pays, croient à la réalité de ces manifestations surnaturelles. Ce qui est certain, et hors de toute contestation, c'est que cette Source qui a jailli tout a coup, et que l'on nous ferme malgré l'analyse scientifique qui en proclame l'innocuité absolue, n'a fait de mal à personne; ce qui est certain, c'est que, tout au contraire, un grand nombre déclare y avoir recouvré la santé. Au nom des droits de la conscience, indépendants de tout pouvoir humain, laissez les croyants aller y prier, si cela leur convient. Au nom de la plus simple humanité, laissez les malades aller y guérir, si telle est leur espérance. Au nom de la liberté des intelligences, laissez les esprits qui demandent la lumière à l'étude et à l'examen aller y découvrir l'erreur ou y trouver la vérité ».

L'Empereur, avons-nous dit plus haut, était désintéressé dans la question, ou plutôt il-avait intérêt à ne pas user sa force dans une stérile opposition à la marche des événements. Il avait intérêt à être équitable, et à ne pas froisser, par un arbitraire gratuit et un déni de justice évident, ceux qui croyaient après avoir vu, et ceux qui, ne croyant pas encore, revendiquaient le droit d'examiner publiquement les faits mystérieux qui préoccupaient la France entière. Les renseignements que M. Gustave R. avait dû donnera l'Empereur n'étaient guère faits pour éclairer ce dernier. La polémique des journaux, bien qu'elle eût triomphalement mis en lumière le droit des uns et l'inique intolérance des autres, n'avait pu lui donner une idée absolument nette de la situation. A Biarritz seulement, elle lui apparut tout entière, et il la connut dans tous les détails. Napoléon III était un monarque peu expansif; sa pensée se traduisait rarement par la parole. Elle se. manifestait par des actes. En apprenant les violences absurdes par desquelles le Ministre, le Préfet et leurs agents discréditaient à plaisir le Pouvoir, son œil terne s'illumina, dit-on, d'un éclat de froide colère; il haussa convulsivement les épaules, et le nuage d'un profond mécontentement passa sur son front. Il sonna violemment. « Portez ceci au télégraphe », dit-il. C'était une dépêche laconique pour le Préfet de Tarbes, ordonnant de la part de l'Empereur, de rapportera l'instant l'Arrêté sur la Grotte de Lourdes et de laisser libres les populations.

III. Ce télégramme fat pour le baron Pardoux un véritable coup de foudre. L'infortuné Préfet ne pouvait en croire la réalité. Plus il y pensait, et plus il lui semblait impossible de revenir sur ses pas, de se déjuger, de reculer publiquement. Il lui fallait cependant avaler ce breuvage amer, ou donner sa démission et rejeter loin de lui la coupe préfectorale. Fatale alternative. Le baron Pardoux n'avait qu'à choisir entre son orgueil et sa Préfecture. Il fit ce choix douloureux et il fut assez humble pour demeurer Préfet. Le Chef du Département se résigna donc à obéir. Toutefois, malgré les impératives dépêches du Maître, il essaya encore, non de lutter, ce qui était visiblement impossible, mais de masquer sa retraite et de ne pas rendre les armes publiquement. Par suite de quelques indiscrétions de bureau, peut-être aussi par le récit des personnages qui s'étaient rendus en ambassade auprès de l'Empereur, on savait déjà vaguement dans le public le sens des ordres venus de Biarritz. Ils faisaient l'objet de toutes les conversations. Le Préfet ne confirma ni ne démentit ces rumeurs. Il enjoignit à Dominique et à ses agents à ne plus faire de procès-verbaux et de cesser toute surveillance. Une telle abstention venant à la suite des bruits qui couraient sur les instructions de l'Empereur, devait suffire, suivant lui, pour que les choses reprissent d'elles-mêmes leur cours normal, et pour que l'Arrêté tombât, de fait, en désuétude, sans qu'il fût nécessaire de le rapporter. Il était même probable que les populations, rendues à la liberté, s'empresseraient d'arracher elles-mêmes et de jeter dans le Gave les poteaux qui portaient défense d'entrer sur le terrain communal et les barrières qui fermaient la Grotte.

M. Pardoux fut trompé dans ses calculs, assez plausibles d'ailleurs. Malgré l'abstention de la Police, malgré les bruits qui circulaient et qu'aucun personnage officiel ne démentait, peut-être même à cause de tout cela, les populations craignirent quelque piège. Elles continuèrent d'aller prier sur la rive gauche du Gave. Les infractions eurent généralement, comme auparavant, un caractère isolé. Nul ne toucha aux poteaux, ni aux barrières. Au lieu de tomber de lui-même, comme l'avait espéré le Préfet, le statu quo se maintenait obstinément. Etant donné le caractère de Napoléon III et la netteté des ordres expédiés de Biarritz, une pareille situation était périlleuse pour le Préfet. Le baron Pardons était trop intelligent pour ne pas le comprendre. A chaque instant, il devait craindre que l'Empereur ne fût instruit tout à coup de la façon dont il essayait de louvoyer. Il se trouva que, durant ces perplexités, M. Fould eut encore occasion de venir à Tarbes, et même de passer à Lourdes. Augmenta-t- il, en lui parlant du Maître, la terreur du Préfet? Le baron reçut-il quelque nouveau télégramme plus foudroyant que les deux autres? Nous ne savons. Toujours est-il que le 3 octobre, sous le coup de quelque cause inconnue, M. Pardoux devint souple comme un roseau foulé sous le pied d'un passant, et que sa raideur arrogante parut faire place à une prostration soudaine et complète. Le lendemain, au nom de l'Empereur, il donna ordre au maire de Lourdes de rapporter publiquement l'Arrêté et de faire enlever les poteaux et les barrières par Dominique.

IV. M. Anselme n'eut pas les inquiétudes de M. Pardoux. Une pareille solution le déchargeait du rude fardeau qu'avait l'ait peser sur lui le complexe désir de ménager le Préfet et les multitudes, les puissances célestes et le pouvoir humain. Par une illusion assez commune chez les natures indécises, il s'imagina toujours avoir été de l'avis qui prévalait, et il rédigea dans ce sens une proclamation: « Habitants de la ville de Lourdes, le jour tant désiré par nous est enfin arrivé; nous l'avons conquis par notre sagesse, par notre persévérance, par notre foi, par notre courage ». Tel était le sens et le ton de sa proclamation, dont, par malheur, le texte n'est point resté. La proclamation fut lue dans toute la ville au son de la trompette et du tambour. En même temps on affichait sur tous les murs le placard suivant: « Le Maire de la ville de Lourdes. Vu les instructions à lui adressées, arrête: L'Arrêté pris par lui le 8 juin 1858 est rapporté. Fait à Lourdes, en l'hôtel de la Mairie, le 5 octobre 1858. Signé: Le Maire, Anselme ». Pendant ce temps, Dominique et les Sergents de ville se rendaient à la Grotte pour enlever les barrières et les poteaux. La foule y était déjà, et elle grossissait à vue d'œil. Les uns priaient à genoux, et, faisant effort pour ne point se laisser distraire par les bruits extérieurs, remerciaient Dieu d'avoir mis fin au scandale et aux persécutions. D'autres se tenaient debout, causant à voix basse, attendant, non sans émotion, ce qui allait se passer. Des femmes, en grand nombre égrenaient leurs chapelets. Plusieurs tenaient une gourde à la main, voulant la remplir à l'en droit même où la Source jaillissait. On jetait des fleurs par-dessus les barrières, dans l'intérieur de la Grotte. A ces barrières, nul ne touchait. Il fallait que ceux qui les avaient mises publiquement, en se dressant contre la puissance de Dieu, vinssent les retirer publiquement, en se courbant devant la volonté d'un homme.

Dominique arriva. Bien que, malgré lui, un certain embarras se décelât dans sa personne un peu frémissante et qu'on devinât, à la pâleur de son visage, une profonde humiliation intérieure, il n'avait point, contrairement à l'attente générale, l'aspect morne d'un vaincu. Escorté de ses agents, armés de haches et de pioches, il s'avançait le front haut. Par une affectation qui parut singulière, il avait son costume officiel des grandes fêtes. Sa large écharpe tricolore ceignait ses reins, et flottait sur son épée de parade. Il traversa la foule, et vint se placer contre les barrières. Un tumulte vague, un sourd murmure, quelques cris isolés, sortaient de la multitude. Le Commissaire monta sur un fragment de rocher, et fit signe qu'il voulait parler. Tout le monde écouta: « Mes amis, se serait, dit-on, écrié Dominique, les barrières que voilà, et que, à mon grand regret, la municipalité avait reçu l'ordre de faire élever, vont tomber. Qui plus que moi a souffert de cet obstacle, dressé à rencontre de votre piété? Je suis religieux, moi aussi, mes amis, et je partage vos croyances. Mais le fonctionnaire, comme le soldat, n'a qu'une consigne: c'est le devoir, souvent bien cruel, d'obéir. La responsabilité n'en pèse pas sur lui. Eh bien! mes amis, lorsque j'ai été témoin de votre calme admirable, de votre respect du Pouvoir, de votre foi persévérante, j'en ai instruit les autorités supérieures. J'ai plaidé votre cause, mes amis. J'ai dit: « Pourquoi veut-on les empêcher de prier à la Grotte, de boire à la Source? Ce peuple est inoffensif ». Et c'est ainsi, mes amis, que toute défense a été levée, et c'est ainsi que M. le Préfet et moi nous avons résolu de renverser à jamais ces barrières, qui vous étaient si pénibles, et qui me l'étaient bien plus encore ». La foule garda un froid silence; Quelques jeunes gens chuchotaient et riaient. Dominique était visiblement troublé par son insuccès. Il donna ordre à ses agents d'enlever les clôtures. Ce fut fait assez promptement. On fit un tas de ces planches et de ces débris au bord de la Grotte, et la Police les vint chercher plus tard au commencement de la nuit. Une émotion immense remplissait la ville de Lourdes. Durant cette après-midi, la multitude allait et venait sur le chemin de la Grotte. Devant les Roches Massabielle, d'innombrables fidèles étaient a genoux. On chantait des cantiques, on récitait les litanies de la Vierge. « Virgo potens, ora pro nobis ». On se désaltérait à la Source. Les croyants étaient libres. Dieu avait vaincu.

V. Par suite des événements que nous avons racontés, M. Pardoux était devenu impossible dans le pays. L'Empereur ne tarda pas à l'envoyer à la première préfecture qui se trouva vacante dans l'Empire. Par une singularité digne de remarque, cette préfecture fut celle de Grenoble. La baron Pardoux ne s'éloigna de Notre-Dame de Lourdes que pour aller à Notre-Dame de la Salette. Dominique quitta également la contrée. On le nomma Commissaire de police dans un autre département. Replacé sur son terrain véritable, il contribua à découvrir avec une rare sagacité les ruses de quelques coquins dangereux, qui avaient déjoué les efforts de son prédécesseur, et les recherches les plus actives du Parquet. Il s'agissait d'un vol considérable, un vol de deux ou trois cent mille francs, commis au préjudice d'une Compagnie de chemin de fer. Ce lut le point de départ de sa fortune dans la Police, qui était sa véritable vocation. Ses aptitudes remarquables, très justement appréciées par ses chefs, devaient le conduire à un poste fort élevé. Le Procureur Impérial, M. Vital, ne larda point non plus à être appelé à d'autres fonctions. M. Anselme demeura Maire, et on doit apercevoir encore une fois ou deux sa vague silhouette dans les dernières pages de ce récit.

VI. Bien qu'il tût institué un tribunal d'enquête dès la fin de juillet, Mgr Laurence, avant de permettre qu'il entrât en fonctions, avait voulu qu'un certain apaisement se fit de lui-même dans les esprits. L'événement lui avait donné raison. Après les tumultueux débats de la presse française et les mesures violentes du baron Pardoux, la Grotte était devenue libre, et on n'avait plus à redouter le scandale de voir un agent de la police arrêter, sur le chemin des Roches Massabielle, la Commission épiscopale allant accomplir son œuvre et étudier, au lieu même de l'Apparition, les traces de la main de Dieu. Le 17 novembre, la Commission se rendit à Lourdes. Elle interrogea la Voyante. Elle visita les Roches Mastabielle. Elle vit de ses yeux l'énorme jaillissement de la Source divine. Elle constata, par l'unanime déclaration des hommes de ce pays, que la Source n'existait pas avant d'avoir surgi miraculeusement aux yeux de la multitude, sous la main de la Voyante en extase. A Lourdes et hors de Lourdes, elle fit une enquête approfondie sur les guérisons extraordinaires accomplies par l'eau de la Grotte. Pendant plusieurs mois, la Commission épiscopale se transporta de la sorte auprès de ceux que la notoriété publique et quelques renseignements préalables lui désignaient comme ayant été l'objet d'une de ces guérisons étonnantes dont elle avait à déterminer le caractère. Elle constata un grand nombre de Miracles. Parmi ceux-là, plusieurs ont déjà trouvé place dans le cours de ce récit. Deux d'entre eux étaient tout récents. Ils avaient eu lieu peu de temps api es le retrait de l'Arrêté préfectoral et la réouverture de la Grotte. L'un s'était accompli à Nay, l'autre à Tartas. Bien que les deux chrétiennes qui avaient été l'objet de la faveur céleste fussent inconnues l'une a l'autre, un lien mystérieux semblait unir ces événements. Racontons-les successivement tels que nous les avons nous-même étudiés et écrits sous l'impression des vivants témoignages que nous avons entendus.

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Prière pour le Gouvernement de la France

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, vous avez permis que, presque toujours aveugles ou égarées, et équitables seulement une fois, les puissances établies se trouvassent mêlées au drame merveilleux de vos Apparitions et de vos Miracles. O Marie, vous que l'humilité a faite Reine des Univers, envoyez quelques rayons de votre sagesse parmi ceux qui ont assumé sur leurs épaules ou reçu de la Providence la mission redoutable de gouverner les sociétés humaines. Depuis bientôt un siècle, nous voyons dans notre malheureux pays les pouvoirs les plus divers s'élever tout à coup, vivre ou briller un instant, pour aller s'effondrer ensuite dans une ruine commune. Depuis bientôt un siècle, les révolutions nous déchirent, les guerres nous accablent; et l'unique cause de nos malheurs est de nous être abandonnés à l'iniquité; d'avoir voulu nous passer de Dieu, et fonder en dehors de lui nos sociétés et nos gouvernements; d'avoir déserté le roc immuable de l'éternelle vérité pour aller bâtir follement sur le sable mouvant des opinions humaines et des changeantes philosophies. Et voilà, à Mère du Verbe, que, suivant la parole de votre Fils, l'orage s'est levé, que les fleuves ont débordé, que la trombe des vents a soufflé, et que, secoué de la sorte par la nature même des choses, l'imbécile édifice s'est alors écroulé avec fracas dans le sang et la boue, couvrant au loin la terre de raines immenses et d'innombrables débris. Il y a trois mille ans le Prophète avait dit: « Si Dieu ne garde la cité, vainement veillent sur elle ceux qui s'en disent les gardiens ». O Marie, priez pour ceux qui nous gouvernent. Obtenez pour eux les grandes vertus cardinales et rectrices. Que la Justice soit le principe de tous leurs actes. Que la Prudence préside à leur conduite. Que la Force les maintienne dans leur autorité et les défende contre les autres; que la Tempérance les arrête devant tout excès de pouvoir et les défende contre eux-mêmes. Priez pour les Magistrats, afin que l'équité absolue soit l'unique règle de leurs jugements, et qu'ils fassent régner la Justice ici-bas. Priez pour les Législateurs, afin que toutes leurs constitutions et leurs codes ne soient que l'application du commandement unique qui est à lui seul la Loi et les Prophètes. « Vous aimerez Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme vous-mêmes ». Priez pour ceux qui administrent, afin qu'ils accomplissent leur mission avec la fermeté qui se fait obéir, avec la douceur qui se fait aimer. Priez pour celui qui est investi de l'Autorité suprême: pour celui qui la détient aujourd'hui, pour celui qui la possédera demain. Que Dieu lui donne la Sagesse comme il la donna à ces grands pasteurs de peuples qui ont gouverné la terre sous les noms de patriarches ou de juges, sous les noms de princes, d'empereurs ou de rois, comme il la donna à Abraham, à Moïse, à Gédéon et à Josué ; à Salomon, à David et à Ézéchias; à saint Henri d'Allemagne et à saint Edouard d'Angleterre; comme il la donna à notre bienheureux Charlemagne et à notre grand saint Louis. Du fond de l'abîme où nous gémissons, aurions-nous la coupable audace de vouloir mêler nos idées humaines à l'indéfectible lumière de Celui qui règne dans les Cieux? Loin de nous, ô Reine de l'humilité, une si orgueilleuse prière. Dieu voit tout: Dieu peut tout. Qu'il établisse parmi nous le Gouvernement de son choix et l'Homme de son choix. Et que la France, se relevant enfin de tant de désastres, redevienne dans le monde la nation très-chrétienne et la fille aînée de l'Église. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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23 mai 2012

Les apparitions de Notre Dame de Lourdes 8/18

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes

Huitième apparition

24 février 1858

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Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-quatrième jour

La presse de France et de l'étranger, polémique, le Chef de l'État, Jean-Marie Tambourné

 

I. L'Ordonnance de l'Évêque constituant une Commission d'examen, et l'Analyse de M. Filhol enlevaient à M. le baron Pardoux, à M. Gustave R. et à M. Dominique tout prétexte de continuer la violence, tout prétexte de maintenir autour de la Grotte des prohibitions rigoureuses, des barrières et des Gardes. Pour justifier l'interdiction du terrain communal, on avait dit : « Considérant qu'il importe, dans l'intérêt de la Religion, de mettre nun terme aux scènes regrettables qui se passent à la Grotte de Massabielle... » Or, en déclarant les choses assez graves pour intervenir, et en prenant en main l'examen de tous ce qui importait « à l'intérêt de la Religion », l'Evêque désarmait le pouvoir civil de ce motif si hautement invoqué. Pour justifier l'interdiction d'aller boire à la Source jaillie sous les mains de Bernadette en extase, on avait dit : « Considérant que le devoir du Maire est de veiller à la santé publique ; considérant qu'il y a de sérieuses raisons de croire que cette eau contient des principes minéraux, et qu'il est prudent, avant d'en permettre l'usage, d'attendre qu'une analyse scientifique fasse connaître les applications qui en pourraient être faites par la Médecine... » Or, en déclarant que l'eau n'avait aucun principe minéral et en établissant qu'elle pouvait être bue sans inconvénient, M. Filhol anéantissait, au nom de la Science et de la Médecine, cette prétendue raison de la « santé publique ».

Donc le Pouvoir civil n'avait qu'à lever toutes ses défenses, toutes ces prohibitions, toutes ses barrières : il n'avait qu'à laisser les peuples absolument libres de boire à cette Source, dont la parfaite innocuité était proclamée par la Science ; il n'avait qu'à reconnaître leur droit d'aller s'agenouiller au pied de ces Roches mystérieuses, où désormais l'Eglise veillait. Il n'en fut pas ainsi. A cette solution, si clairement indiquée par la logique et par la conscience, il y avait un obstacle puissant : l'orgueil. L'orgueil régnait du bas en hait de l'échelle, depuis Dominique et Vital jusqu'au Ministre, en passant par le baron Pardoux et par toute la secte philosophante. Il leur semblait dur de reculer et de rendre les armes. L'orgueil ne se soumet jamais. Il aime mieux se camper audacieux dans l'illogique, que de s'incliner devant l'autorité de la raison. Furieux, hors de lui-même, absurde, il se dresse contre l'évidence. Il résiste, il refuse de plier, il se raidit, jusqu'à ce que tout à coup la force survienne et le brise violemment, non sans dédain.

II. Il restait aux ennemis officiels de la Supersition une dernière arme à employer, une suprême lutte à essayer. Si la bataille semblait définitivement perdue dans les Pyrénées, peut-être pouvait-on reconquérir la position à Paris, et s'emparer, en France et en Europe, de l'opinion publique, avant que le peuple cosmopolite des touristes et des baigneurs, en retournant dans ses foyers, eût répandu partout ses impressions fâcheuses et ses sévères jugements. On le tenta. Une campagne formidable fût organisée par la presse irréligieuse de Paris, de la province et de l'étranger, contre les événements de Lourdes et l'ordonnance de l'Evêque. Pendant que les généraux de la Libre Pensée livraient sur ce vaste terrain le combat décisif, le Préfet des Hautes Pyrénées, comme Kellermann à Valmy, eut pour consigne de maintenir, quoi qu'il advint, sa ligne d'opération, de ne pas reculer d'une semelle et de ne capituler à aucun prix devant l'ennemi. On connaissait l'intrépidité du baron Pardoux et on n'ignorait point que les arguments, ni la raison, ni les considérations morales, ni le spectacle des Miracles les plus éclatants ne triompheraient de sa fermeté invincible. Il tiendrait bon sur son terrain effondré.

L'absurde était bien défendu. Le Journal des Débats, le Siècle, la Presse, l'Indépendance Belge et plusieurs feuilles étrangères donnèrent à la fois et attaquèrent avec violence. Les plus petits journaux des plus petits pays tinrent à l'honneur de figurer dans cette levée de bouclier contre le Surnaturel. Les uns, comme la Presse ou le Siècle, attaquaient le Miracle en principe, déclarant qu'il avait fait son temps, qu'on ne discutait pas avec lui, et que, dans une question déjà jugée a priori par les lumières de la philosophie, examiner n'était pas de la dignité du Libre examen. D'autres journaux s'employaient vaillamment à défigurer les faits. En même temps qu'il attaquait le Miracle en principe, le Siècle, malgré l'évidence des choses et l'énorme jaillissement d'une Source de cent et quelques mille litres d'eau par jour, en était encore, en sa qualité de journal avancé, à la thèse arriérée de l'hallucination et du suintement. « Il nous semble difficile, disait-il doctoralement, que d'une hallucination, vraie ou fausse, d'une fillette de quatorze ans et d'un suintement d'eau pure dans une grotte, on parvienne à faire un miracle ». Quant aux guérisons miraculeuses, on s'en débarrassait d'un seul mot : « Les hydropathes aussi prétendent faire les cures les plus brillantes avec l'eau pure, mais il n'ont pas encore crié sur les toits qu'ils font des miracles ».

En dehors des événements eux-mêmes et du Miracle, le centre d'attaque était l'ordonnance de l'Evêque de Tarbes. La philosophie, au nom de l'infaillibilité de ses dogmes, s'indignait contre l'examen, contre l'étude scientifique, contre l'expérience. « Il n'y a pas lieu à une enquête quand il s'agit de miracle. Examiner les faits surnaturels, ce serait les admettre comme possibles et renier par là même ses propres principes. En de telles matières, les preuves et les témoignages ne sont rien. On ne discute pas avec l'impossible, on hausse les épaules et tout est dit ». Tel était le thème sur lequel roulait, en mille variations diverses, la polémique ardente et irritée de la presse irréligieuse. Vainement, elle s'obstinait à nier ou à dénaturer, elle avait peur de l'examen, devinant, avec un instinct très sûr que la défaite l'y attendait. Dans cette lutte désespérée contre l'évidence des faits et les droits de la raison, quelques uns invitaient le Gouvernement à empêcher cette enquête au nom de l'ordre public. Dans les départements, les journaux se faisaient l'écho des feuilles parisiennes. La bataille se livrait partout et par tous. A Tarbes, l'Ere Impériale, inspirée par le Préfet, bourrait son escopette des arguments venus de Paris, et tirait à bout portant, tous les deux jours, contre le Surnaturel. Le Petit Lavedan, lui-même avait retrouvé quelques brins de poudre, fortement mouillés, il est vrai, par l'eau de la Grotte, et il s'efforçait, aidé, disait-on, par Dominique, de diriger contre le Miracle son pistolet hebdomadaire qui ratait tous les sept jours.

III. L'univers, l'Union, la plupart des journaux Catholiques soutinrent vaillamment le choc universel. De puissants talents se mirent au service de la Vérité, plus puissante encore. La presse chrétienne rétablit la réalité de l'histoire et dissipa les misérables arguties du fanatisme philosophique. « Devant les faits inexpliqués auxquels la Foi ou la crédulité de la multitude attribue un caractère surnaturel, l'Autorité civile, disait M. Louis Veuillot, a tranché, sans information, mais aussi sans succès, par la négative. L'Autorité spirituelle intervient à son tour ; c'est son droit et son devoir. Avant de juger, elle informe. Elle institue une Commission, une sorte de tribunal d'enquête pour rechercher les faits, pour les étudier, pour en déterminer le caractère. S'ils sont vrais, et s'ils ont un caractère surnaturel, la Commission le dira. S'ils sont faux, ou s'ils n'ont qu'un caractère naturel, elle le dira de même. Que peuvent désirer de plus nos adversaires ? Veulent-ils que l'Evêque s'abstienne, au risque de méconnaître une grâce que Dieu daignerait accorder à son Diocèse ou, dans le second cas, de laisser s'enraciner une superstition ? Quant à empêcher la Commission épiscopale de fonctionner, nous doutons qu'il y ait des lois qui donnent ce pouvoir à l'Etat ; et, s'il y en a, la sagesse de l'Etat devrait s'abstenir d'en user. D'une part, rien ne saurait davantage favoriser la Superstition. Sans l'enquête épiscopale, la crédulité populaire s'égarerait comme elle le voudrait, car il n'y a pas de loi qui puisse obliger l'Evêque à prononcer sur un fait qu'il n'a pu connaître et qu'on lui interdit même de connaître... Les ennemis de la Superstition n'ont qu'une chose à faire, c'est d'instituer eux-mêmes une Commision, de faire une contre-enquête et de publier le résultat, dans le cas bien entendu où l'enquête épiscopale conclurait au miracle. Car si elle conclut que les faits sont faux, ou qu'il y a illusion, tout sera dit ». Avec une réserve véritablement admirable au milieu de l'animation des esprits, la presse Catholique se refusa à se prononcer sur le fond même des événements. Elle ne voulut prématurer en rien l'avis de la Comission épiscopale. Elle se borna à redresser les calomnies, les fables grossières, les sophismes, à maintenir la grande thèse historique du Surnaturel, et à revendiquer, au nom de la raison, les droits de l'examen et la liberté de la lumière. « Le fait de Lourdes, disait l'Univers, n'est encore ni vérifié ni caractérisé. Il peut y avoir là un Miracle, il peut n'y avoir qu'une illusion. C'est la décision de l'Evêque qui tranchera le débat ».

IV. On le voit, dans la vaste polémique qui s'agitait sur cette illustre question des Miracles au sujet des événements de Lourdes, les deux camps étaient absolument tranchés. D'un côté les catholiques faisaient appel à un loyal examen ; de l'autre les pseudo-philosophes tremblaient devant la lumière. Les premiers disaient: « Qu'on ouvre une enquête », les seconds s'écriaient: « Qu'on coupe court à tout débat ». Ceux-là avaient pour devise la liberté de conscience; ceux-ci conjuraient César d'opprimer violemment ce mouvement religieux et de l'étouffer, non par la puissance des arguments, mais par la brutalité de la force. Tout esprit impartial, placé par. ses idées ou par sa position en dehors de la mêlée, ne pouvait s'empêcher de voir avec la dernière évidence que la justice, la vérité, Ja raison étaient du côté des catholiques. Il suffisait pour cela de ne pas être aveuglé par la fureur de la lutte ou par un parti pris absolu. Bien que, dans la personne d'un Commissaire, d'un Préfet et d'un Ministre, l'Administration eût malheureusement pris en cette grave affaire un rôle des plus passionnés, il existait un homme puissant qui n'avait agi en rien et qui se trouvait, quelles que fussent ses idées religieuses, philosophiques et politiques, dans les conditions d'une parfaite impartialité. Que le Surnaturel se fût manifesté ou non aux portes de Lourdes, cela était indifférent aux plans de sa pensée et à la marche de ses affaires. Ni son ambition, ni son amour-propre, ni ses doctrines, ni ses antécédents n'étaient engagés en cette question. Quelle est l'intelligence qui, dans de telles conditions, ne soit équitable et ne donne raison à la justice et à la vérité? On ne viole la Justice et on n'outrage la Vérité que lorsqu'on croit utile de les fouler aux pieds, en vue de quelque puissant intérêt de fortune, d'ambition ou d'orgueil. L'homme dont nous parlons s'appelait Napoléon III et était, d'aventure, Empereur des Français. Impassible, suivant sa coutume , muet comme les sphinx de granit qui veillent aux portes de Thèbes, il suivait la polémique, regardant osciller la bataille et attendant que la conscience publique lui dictât, pour ainsi dire, sa décision.

V. Pendant que Dieu livrait ainsi son œuvre aux disputes humaines, il ne cessait d'accorder des grâces visibles aux âmes humbles et croyantes qui venaient à la Source miraculeuse implorer la souveraine puissance de la Vierge-Mère. Un enfant de Saint-Justin, dans le département du Gers, Jean-Marie Tambourné, était .depuis quelques mois absolument infirme de la jambe droite. Il y ressentait des douleurs tellement aiguës qu'elles avaient tordu les membres violemment et que le pied, complètement tourné en dehors par ces crises de souffrance, en était venu à former un angle droit avec l'autre pied. La santé générale avait été promptement altérée et désorganisée par cet état de douleur continuelle qui enlevait à l'enfant le sommeil comme l'appétit. Jean-Marie dépérissait. Ses parents, qui étaient dans une certaine aisance, avaient épuisé pour le guérir tous les traitements indiqués par les médecins du pays. Rien n'avait pu Vaincre ce mal invétéré. On avait eu recours aux eaux de Blousson et à des bains médicinaux. Tout avait à peu près échoué. Les très-légères améliorations momentanées aboutissaient constamment à des rechutes désastreuses. Les parents en étaient venus à perdre toute confiance dans les moyens scientifiques. Dégoûtés de la médecine, ils tournèrent leurs espérances vers la mère de miséricorde qui, disait-on, était apparue aux Roches Massabielle. Le 23 septembre 1858, la femme Tambourné conduisit Jean-Marie à Lourdes par la voiture publique. La distance était longue. Elle est d'environ 50 kilomètres.

Arrivée à la ville, la mère, portant dans ses bras son malheureux fils, se rendit à la Grotte. Elle le baigna dans l'eau miraculeuse, priant avec ferveur Celle qui a voulu être nommée dans le Rosaire la « Santé des Infirmes ». L'enfant était tombé dans une sorte d'état extatique. Ses yeux étaient grands ouverts, sa bouche demi-béante. Il semblait contempler quelque spectacle inconnu. « Qu'as-tu? » lui dit sa mère. « Je vois le bon Dieu et la Sainte Vierge », répondit-il. La pauvre femme, à ces mots, éprouva une commotion profonde en l'intime de son cœur. Une sueur étrange mouilla son visage. L'enfant était revenu à lui. « Mère, s'écria-t-il, mon mal est parti. Je ne souffre plus. Je puis marcher. Je me sens fort comme autrefois ». Jean-Marie disait vrai: Jean-Marie était guéri. Il rentra à pied à Lourdes. Il y mangea, il y dormit. En même temps que la douleur et l'infirmité s'en étaient allées, l'appétit et le sommeil étaient revenus. Le lendemain la femme Tambourné retourna baigner encore son fils à la Grotte et y fit célébrer dans l'église de Lourdes une messe d'actions de grâces. Puis ils repartirent tous deux, non plus en voiture, mais à pied. Lorsque, après avoir couché en route, ils arrivèrent à Saint-Justin, l'enfant aperçut son père qui se tenait sur la route, regardant sans doute si quelque voiture ne lui ramenait pas les pèlerins. Jean-Marie, le reconnaissant de loin, quitta la main de sa mère et se mit à courir. Le père, à ce spectacle, manqua défaillir. Mais son enfant bien-aimé était déjà dans ses bras. « Père! s'écriait-t-il, la sainte Vierge m'a guéri ». Le bruit de cet événement se répandit bien vite dans le bourg où tout le monde connaissait Jean-Marie. De tous côtés on accourait pour le voir. Ces guérisons et beaucoup d'autres continuaient d'attester, d'une façon irrécusable, l'intervention directe de Dieu. Dieu manifestait sa puissance en rendant la santé aux malades, et il était évident que, s'il avait permis la persécution, cela était nécessaire à la conduite de ses desseins. Il dépendait de Lui de la faire cesser, et, pour cela, d'incliner comme il lui plaisait la volonté des grands ce la terre.

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Prière pour la presse

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, vous avez livré votre œuvre aux disputes humaines et vous avez voulu qu'elle sortit triomphante des attaques furieuses de cette puissance, redoutable entre toutes qu'on appelle la Presse et qui, depuis qu'elle existe, a égaré tant de consciences et accumulé tant de ruines. Qu'elles sont sages, ô Marie, les prescriptions, aujourd'hui si méconnues, de l'Église notre Mère, qui refusent très-justement au mensonge, à l'immoralité, à l'irréligion, le droit d'employer la Presse pour tromper et corrompre les peuples, comme on refuse aux scélérats le droit de prendre les armes, de se réunir en bandes et d'attaquer la société. La Presse ne devrait être qu'un instrument admirable pour la propagation du bien, de la justice, de la vérité parmi les hommes; et voilà que, par la faiblesse insensée ou parla complicité coupable des pouvoirs publics, elle s'est retournée contre son but véritable et semble avoir pris pour mission monstrueuse de répandre dans tout l'univers l'impiété de l'esprit, la dépravation des mœurs, l'iniquité des consciences, l'erreur, la haine, les révolutions, la mort. Très Sainte Vierge Marie, dont les lèvres infiniment pures, loin de profaner le don de Dieu, ne se sont jamais ouvertes que pour la prière, pour la charité, pour les louanges du Seigneur et l'édification des hommes, Très-Sainte Vierge Marie, considérez les multitudes envahies par ce déluge, et venez à notre secours! Envoyez vos plus puissantes bénédictions aux écrivains qui servent Dieu, qui servent l'Église, qui servent les hommes, qui défendent le vrai contre le faux, le beau contre le laid, le bien contre le mal, et qui essayent d'opposer quelque digue aux flots mortels qui envahissent la terre. Donnez-leur le don de convaincre, de persuader, de convertir. Que dans la grande mêlée des esprits, l'Archange saint Michel les inspire, les soutienne, combatte avec eux, afin que, comme lui et avec lui, ils mettent enfin en déroute l'armée de Satan et de ses anges, et que, sur la terre transfigurée, comme dans les profondeurs du Ciel, on n'entende plus qu'un seul cri, que la Presse regénérée fera retentir à tous les coins du monde: « Qui est comme Dieu? Vive le Seigneur! » Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit il.

 

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22 mai 2012

Les Apparitions de Notre Dame de Lourdes 7/18

Les apparitions de Notre Dame de Lourdes

Dix-huitième apparition

23 février 1858

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Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-troisième jour

La saison des eaux, le public européen, dernière Apparition, visiteurs illustres, ordonnance de l'Evêque constituant une Commission, lettre du Ministre des Cultes à l'Évêque de Tarbes, réponse de ce dernier, analyse définitive du professeur

 

I. A mesure que juin s'inclinait vers son terme, on entrait cependant dans la grande période des eaux pyrénéennes. Bernadette était retournée à Lourdes chez ses parents. De tous côtés arrivaient aux stations thermales des baigneurs, des touristes, des curieux, des voyageurs, des explorateurs, des savants venus des mille chemins de l'Europe. Ces sévères montagnes, solitaires et sauvages durant tout le reste de l'année, se peuplaient peu à peu de tout un monde, appartenant généralement à la haute société des grandes villes. A partir de juillet, les Pyrénées sont un faubourg de Paris, de Londres, de Rome, de Berlin. Dieu suivait ses plans éternels. De même qu'autrefois, à Bethléem, il s'était montré aux bergers, bien avant de se montrer aux Rois Mages; de même, à Lourdes, il avait d'abord appelé les humbles et les petits, les montagnards et les pauvres; et c'était seulement après ceux-là qu'il convoquait- le monde riche et brillant, les souverains de la fortune, de l'intelligence et de l'art, au spectacle de son œuvre. De Cauterets, de Baréges, de Luz, de Saint-Sauveur, des Eaux-Bonnes, de Bagnères-de-Bigorre, les étrangers accouraient à Lourdes. La ville était sillonnée par des équipages étincelants, traînés, comme c'est l'usage dans ces pays, par quatre vigoureux chevaux, harnachés et fanfreluches de couleurs voyantes et de grelots sonores. La plupart des pèlerins ou des voyageurs se gardaient bien de respecter les consignes et les barrières. Ils bravaient les procès-verbaux et se rendaient à la Grotte; les uns, par Un sentiment de foi religieuse; les autres, par un vif sentiment de curiosité. Bernadette recevait d'innombrables visites. On voulait voir et on voyait les personnes guéries. Dans les mille salons des eaux thermales, les événements que nous avons racontés étaient l'objet de toutes les conversations. Peu à peu se formait l'opinion publique, non plus l'opinion de ce petit coin de terre de quarante à soixante lieues qui s'étend a la base des Pyrénées, depuis Bayonne jusqu'à Toulouse ou à Foix, mais l'opinion de la France et de l'Europe, représentées en ce moment au milieu des montagnes par des visiteurs de toutes les classes, de toutes les idées et de tous les pays.

Les violences du baron Pardoux, aussi vexatoires pour la curiosité des uns que pour la piété des autres, étaient hautement blâmées par tous les partis. Ceux-ci les déclaraient illégales, ceux-là les trouvaient inopportunes; tous s'accordaient pour les proclamer absolument impuissantes à vaincre le prodigieux mouvement dont la Grotte et la Source miraculeuse étaient le centre. Il était des circonstances où le zèle de la Police et le courage civil de Dominique lui-même étaient mis à de rudes épreuves. D'illustres personnages violaient la clôture. Grave embarras. Un jour, on arrête brusquement un homme, un étranger aux traits accentués et puissants, qui, arrivait vers le poteau avec la visible intention d'aller aux Roches Massabielle. « On ne passe pas ». « Vous allez voir que l'on passe », répond vivement l'inconnu, en entrant sans se troubler sur le terrain communal et se dirigeant vers le lieu de l'Apparition. « Votre nom? Je vous dresse procès -verbal ». « Je me nomme Louis Veuillot », répondit l'étranger.

Pendant qu'on verbalisait contre le célèbre écrivain, une dame avait franchi la limite à quelques pas en arrière, et était allée s'agenouiller contre la barrière de planches qui fermait la Grotte. A travers les fissures de cette palissade, elle regardait couler la Source miraculeuse et priait Que demandait-elle à Dieu? Son âme se tournait-elle vers le présent ou vers l'avenir? Priait-elle pour elle-même, ou pour d'autres, qui lui étaient chers et dont la destinée lui était confiée? Implorait-elle les bénédictions et la protection du Ciel pour une personne ou pour une famille? Il n'importe. Cette femme en prières n'avait pas échappé aux yeux vigilants qui représentaient la politique préfectorale, la magistrature et la police. L'Argus quitte M. Veuillot et court vers cette femme à genoux. « Madame, dit- il, il n'est pas permis de prier ici. Vous êtes prise en flagrant délit; vous aurez à en répondre devant M. le Juge de Paix, jugeant au correctionnel et en dernier ressort. Au nom de la Loi; je vous dresse procès-verbal. Votre nom? » « Volontiers, dit la dame: je suis Madame l'Amirale Bruat, Gouvernante de son Altesse le Prince Impérial ». Le terrible Dominique avait plus que personne le sentiment des hiérarchies sociales et le respect des puissances établies. Il ne verbalisa point. De telles scènes se renouvelaient souvent. Certains procès-verbaux effrayaient les agents du Préfet et eussent probablement effrayé le Préfet lui-même. Chose déplorable: l'Arrêté était violé impunément par les puissants, tandis qu'on sévissait contre les faibles. On avait deux poids et deux mesures.

II. La question soulevée par les faits surnaturels, par les Apparitions vraies ou fausses de la Vierge, par le jaillissement de la Source, par les miraculeuses guérisons, réelles ou controuvées, ne pouvait cependant, de l'avis de tous, demeurer éternellement en suspens. Il était nécessaire que toutes choses fussent soumises à un examen compétent et sévère. Les croyants, devant l'évidence des faits miraculeux, se considéraient comme certains d'un jugement solennel, en faveur de leur foi. Un très-grand nombre parmi les étrangers n'avaient point de conviction ou de parti arrêté, et demandaient à être tirés de leur incertitude par une enquête définitive. « A quoi sert l'Autorité religieuse, disaient-ils, si ce n'est à juger de pareils débats et à fixer la foi de ceux qui, à cause de la distance, du manque de documents ou de toute autre chose, ne peuvent examiner et décider par eux-mêmes? » D'incessantes réclamations arrivaient de la sorte à l'Evêché. Au murmure des multitudes se joignait la voix des classes qu'on a coutume d'appeler éclairées, bien que, souvent, les petites lumières de la terre leur fassent perdre de vue la Grande Lumière des Cieux. De toutes parts on demandait une enquête. Les cures surnaturelles continuaient à se produire. De tous côtés on adressait à l'Evêché les procès-verbaux authentiques de ces guérisons miraculeuses, signes par de nombreux témoins. Le 16 juillet, fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, Bernadette avait entendu en elle-même la voix qui s'était tue depuis quelques mois et qui l'appelait, non plus aux Roches Massabielle, alors fermées et gardées, mais sur la rive droite du Gave, dans ces prairies où la foule se rassemblait et priait, à l'abri des procès-verbaux et des vexations de la Police. Il était huit heures du soir. A peine l'enfant se fut-elle agenouillée et eut-elle commencé la récitation du chapelet, que la très-sainte Mère de Jésus-Christ lui apparut. Le Gave, qui séparait Bernadette de la Grotte, avait en quelque sorte cessé d'exister aux yeux de l'extatique. Elle ne voyait devant elle que la Roche bénie, dont il lui semblait être aussi près qu'autrefois, et la Vierge Immaculée q û lui souriait doucement, comme pour confirmer tout le passé et illuminer tout l'avenir. Aucune parole ne sortit des lèvres divines. A un Certain moment, Elle inclina la tête vers l'enfant, comme pour lui dire un « Au revoir » très-lointain ou un adieu suprême. Puis , Elle disparut et rentra dans les cieux. Ce fut la dix-huitième Apparition: ce devait être la dernière.

III. Des hommes considérables dans le monde chrétien, tels que Mgr de Salinis, archevêque d'Auch; Mgr Thibaud, évêque de Montpellier; Mgr de Garsignies, évêque de Soissons; M. Louis Veuillot, rédacteur en chef du journal l'Univers; des personnages moins connus, mais d'une haute notabilité, M. de Rességuier, ancien député; M. Vène, Ingénieur en chef des Mines, Inspecteur général des eaux thermales de la chaîne des Pyrénées, et un grand nombre de catholiques éminents, se trouvaient alors dans ces contrées. Tous avaient étudié les faits extraordinaires qui font l'objet de cette histoire; tous avaient vu ou interrogé Bernadette; tous avaient cru ou inclinaient à croire. On citait un évêque, des plus vénérés, qui n'avait pu contenir son émotion au récit si vivant, si naïf et si éclatant de vérité, de la jeune Voyante. En contemplant cette petite enfant sur le front de laquelle l'ineffable Vierge, Mère de Dieu, avait reposé ses regards, le Prélat n'avait point su résister au premier mouvement de son cœur attendri. Il s'était prosterné, lui prince de l'Église, devant la majesté de cette humble paysanne. « Priez pour moi, bénissez-moi, moi et mon troupeau », lui dit-il d'une voix étouffée, et se troublant au point de plier les genoux. « Relevez-vous, Monseigneur! C'est à vous de bénir cette enfant », s'écria le Curé de Lourdes, présent a cette scène, et prenant vivement l'Évêque par là main pour l'aider à se remettre debout. Quelque brusque et rapide qu'ait été le mouvement du prêtre, Bernadette l'avait déjà devancé; et, toute confuse en son humilité, elle courbait la tête sous la main du Prélat. L'Évêque la bénit, non sans verser des larmes.

IV. L' ensemble des événements, le témoignage de tant d'hommes graves, le spectacle de leur conviction après examen, étaient faits pour frapper vivement l'esprit clair et sagace de l'Évêque de Tarbes. Mgr Laurence jugea que l'heure était venue de parler, et il sortit enfin de son silence. Le 28 juillet, il rendit une Ordonnance, qui fut immédiatement connue dans tout le diocèse, et qui produisit une immense émotion; car chacun comprit que la situation extraordinaire dont on était préoccupé depuis si longtemps allait enfin marcher vers sa solution. Par son Ordonnance, en effet, Monseigneur nommait officiellement une Commission d'enquête pour examiner ces faits extraordinaires et préparer la décision qu'il devait rendre lui-même plus tard. Monseigneur venait à peine de rendre cette Ordonnance qu'une lettre de M. Gustave R., ministre des Cultes, arriva à i'Évêché. Le ministre niait en bloc Apparitions et Miracles, et, désespérant de réussir- par ses agents à maîtriser la situation, appelait en quelque sorte le Prélat à son secours. Son Excellence conjurait Sa Grandeur d'intervenir, d'arrêter le mouvement, et de porter une condamnation contre les événements de la Grotte. Bien qu'il dût être singulièrement étonné et indigné devant l'étrange démarche du ministre, l'Évêque sut répondre avec mesure à la lettre de Son Excellence. Sans se prononcer encore sur le fond même des choses, dont il ne voulait, en sa prudence, prématurer en rien la solution, il répondit en signalant la gravité de ces faits extraordinaires, et en même temps il exposa avec une grande netteté de franchise la ligne de conduite qu'il avait suivie et fait suivre au Clergé, jusqu'à ce que le flot montant des événements l'eût enfin obligé d'intervenir et de nommer une Commission d'enquête. Au Ministre qui, sans rien connaître et sans rien étudier, lui disait: « Condamnez », il répondait: « J'examine ». Telle fut la lettre de Mgr Laurence à M. Gustave R. Elle était claire, elle était concluante; il n'y avait rien à y répondre. Le Ministre des Cultes ne répliqua point. Il rentra dans le silence : cela était sage. Peut-être eût-il été plus sage encore de ne pas en sortir.

V. Au moment où Mgr Laurence venait, au nom de la Religion, d'ordonner l'examen de ces faits étranges, que l'autorité civile avait condamnés, persécutés et voulu étouffer a priori, sans daigner même les étudier et les discuter; le jour même où partait pour le Ministère des Cultes, la lettre du Prélat, M. Filhol, l'illustre professeur de chimie de la Faculté de Toulouse, rendait sur l'eau de la Grotte de Lourdes le verdict définitif de la Science. Le consciencieux et très-complet travail du grand chimiste réduisait à néant l'analyse officielle de M. L. de Trie, ce savant de la Préfecture dont M. le baron Pardoux avait fait tant de bruit. « Cette eau, disait le rapport de M. Filhol, ne renferme aucune substance active capable de lui donner des propriétés thérapeutiques marquées. Les effets extraordinaires qu'on assure avoir obtenus à la suite de cette Eau, ne peuvent pas, au moins dans l'état actuel de la science, être expliqués par la nature des sels dont l'Analyse y décèle l'existence. Elle peut être bue sans inconvénient ». Ainsi s'écroulait devant l'examen du célèbre chimiste tout l'échafaudage pseudo-scientifique, sur lequel les Libres Penseurs, les doctes et le Préfet avaient péniblement construit leur théorie des guérisons extraordinaires. De par la vraie Science, l'eau de la Grotte n'était point minérale; de par la vraie Science, elle n'avait aucune vertu curative, Et cependant elle guérissait. Il ne restait à ceux qui avaient audacieusement mis en avant ces explications imaginaires que la confusion de leur tentative, et l'impossibilité de retirer désormais l'aveu public qu'ils avaient fait des guérisons accomplies. Le mensonge ou l'erreur s'étaient pris dans leurs propres filets.

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Prière pour demander la rénovation chrétienne de l'Enseignement

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, le nom du Professeur illustre qui fut chargé de prononcer le verdict de la Science sur l'eau miraculeuse de la Grotte de Lourdes, amène notre pensée vers les Professeurs et les Maîtres, vers tous ceux qui sont chargés de la grave mission d'instruire la jeunesse, et c'est pour eux que nous vous prions aujourd'hui, pour eux et pour les générations qu'ils préparent à l'avenir. Hélas! si les doctrines les plus funestes et les mœurs les plus déplorables trouvent un accès si facile dans l'âme affaiblie les hommes de notre temps; si la Société, sans base, sans foi, sans loi, s'agite dans les convulsions les plus douloureuses, n'est-ce point, ô Notre Mère, parce que, dès la jeunesse et l'enfance, une éducation antichrétienne a présidé à notre entrée dans la vie, et, en ôtant Dieu de nos cœurs, nous a préparés à toutes les défaillances du caractère, à tous les dérèglements de l'esprit, à tous les égoïsmes et à toutes les dépravations ? Arrêtez, ô Marie, ce satanique travail d'un enseignement impie et scélérat. Arrêtez les grands coupables qui corrompent l'Humanité dans les écoles ou dans les collèges, et qui jettent du poison dans toutes les sources où vient s'abreuver l'âme sacrée des enfants. On demande aux grands de la terre, aux chefs, aux gouvernants, aux législateurs, la réforme de l'enseignement. C'est à vous-même que nous la demandons, ô toute puissante Reine de la Terre et du Ciel. Faites souffler l'Esprit de Dieu sur nos sociétés corrompues, et qu'il chasse de toutes les chaires les indignes et les pervers. O Marie, au nom du genre humain dont vous êtes la Mère, obtenez-nous de la Providence divine, le véritable enseignement chrétien; cet enseignement qui formera des âmes religieuses, des âmes honnêtes et droites, bonnes et vertueuses, en même. temps que des intelligences instruites et des esprits éclairés. Que le jour se lève enfin sur le monde où la sublime fonction d'élever les enfants sera l'apanage des plus parfaits, des meilleurs, des plus sages, afin que dans l'ordre du bien, le point d'arrivée de la génération qui finit soit le point de départ de la génération qui commence. Hélas! ô Très-Sainte Vierge, en présence de ce qui existe et au milieu de cet effroyable courant de décadence qui nous emporte, un tel idéal nous semblerait insensé et irréalisable, si nous ne connaissions la miséricorde de Dieu et si nous ne pensions à la toute-bonté et à la toute-puissance de Notre Mère qui est au Cieux. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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21 mai 2012

Les apparitions de Notre Dame de Lourdes 6/18

Les apparitions de Notre Dame de Lourdes

Sixième apparition

21 février 1858

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Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

 Bertrand-Sévère_Laurence

Vingt-deuxième jour

Le juge Jean D, réserve de l'Êvêque, murmures des multitudes, fermentation populaire

 

I. Il y avait à Lourdes un Juge de Paix. Cet homme se nommait Jean D. Il était aussi acharné contre la Superstition que les Dominique, les Pardoux, les Vital et autres autorités constituées. Ce juge, ne pouvant en telles circonstances condamner les délinquants qu'à une amende minime, imagina un moyen détourné de rendre l'amende énorme et véritablement redoutable pour les pauvres gens qui, de tous côtés, venaient prier devant la Grotte et demander à la Vierge, celui-ci, le retour d'une santé perdue; celui-là, la guérison d'un enfant bien-aimé; un troisième, quelque grâce spirituelle, quelque consolation à une grande douleur. M. Jean D., agissant au correctionnel, condamnait ces malfaiteurs à cinq francs d'amende. Mais, par une conception digne de son génie, il englobait en un seul jugement tous ceux, qui avaient violé la défense préfectorale soit en faisant partie de la même foule, soit même, paraît-il, en se rendant à la Grotte dans le cours de la même journée. Et il prononçait, contre eux tous, une condamnation solidaire aux dépens. De sorte que, pour peu que cent ou deux cents personnes se rendissent ainsi aux Roches Massabielle, chacune d'elles se trouvait exposée à payer non seulement pour elle-même, mais pour les autres, c'est-à-dire à verser une somme de 500 à 1000 francs. Et cependant, comme la condamnation individuelle et principale n'était que de cinq francs, la décision de ce magistrat était sans appel devant un tribunal supérieur et il n'y avait aucun moyen de la faire réformer. Le juge Jean D. était tout-puissant, et c'est ainsi qu'il usait de sa toute-puissance.

II. Le Clergé continuait à ne pas se rendre, à la Grotte et à se tenir entièrement en dehors du mouvement. Les ordres de Mgr Laurence à ce sujet étaient strictement observés dans tout le diocèse. Les populations, cruellement agitées par les persécutions administratives, se tournaient avec anxiété vers les autorités ecclésiastiques chargées par Dieu de la conduite et de la défense des Fidèles, et elles s'attendaient à voir l'Évêque protester énergiquement contre la violence faite à leur liberté religieuse. Attente vaine. Monseigneur gardait un silence absolu, et laissait faire le Préfet. Bien plus, M. Pardoux faisait imprimer dans ses journaux qu'il agissait de concert avec l'autorité ecclésiastique, et, à la stupéfaction générale, l'Evêque ne démentait point une telle assertion. L'âme des peuples était troublée. Déjà, dès les commencements, la foi ardente des multitudes avait peu compris l'extrême prudence du Clergé. Au point où en étaient les événements, après tant de preuves de la réalité des Apparitions de la Vierge, après le jaillissement de la Source, après tant de guérisons et de miracles, cette réserve excessive de l'Ëvêque en présence d'un Pouvoir persécuteur leur paraissait une inexplicable défection. Le respect qu'on avait pour son caractère ou pour sa personne ne suffisait pas complètement pour contenir l'expression des murmures populaires. Pourquoi ne pas se prononcer sur le fait, alors que les éléments de certitude affluaient de toute part? Pourquoi au moins ne pas ordonner une enquête, une étude de la question, un examen quelconque pour guider la foi de tous et l'empêcher de s'égarer? Les événements qui suffisaient pour bouleverser le Pouvoir civil et pour soulever d'innombrables populations n'étaient-ils donc pas dignes de l'attention de l'Évêque? Par la logique des événements et la pente naturelle du cœur humain, ce vaste mouvement d'hommes et d'idées, si essentiellement religieux dans son principe, menaçait de devenir anti ecclésiastique. Les multitudes s'irritaient de plus en plus contre l'abstention si prolongée du Clergé Mgr Laurence continuait cependant de demeurer dans son immobile réserve. Quelles étaient les raisons du prélat pour résister à cette voix du peuple qui est quelquefois la voix du Ciel? Était-ce prudence divine? Était-ce prudence humaine? Était-ce sagesse? Était-ce faiblesse?

III. Croire n'est pas facile. Malgré tant de preuves éclatantes, Mgr Laurence conservait encore des doutes et hésitait à agir. Sa foi très- savante n'allait pas aussi vite que la foi des simples. Comme l'apôtre Thomas, refusant de croire aux témoignages des autres Disciples et des saintes Femmes, Mgr Laurence aurait voulu voir toutes choses de ses yeux et les toucher de ses mains. Bien que, par moments, il fût vivement frappé de tant d'événements extraordinaires, il craignait tellement d'affirmer légèrement le Surnaturel, qu'il eût peut être risqué de le méconnaître ou de ne le confesser que trop tard, si la grâce de Dieu n'eût tempéré en lui et renfermé dans les limites d'une juste mesure cette pente native que nous venons d'indiquer. Non-seulement Mgr Laurence hésitait à se prononcer, mais il hésitait même à ordonner une enquête officielle. Evêque catholique, fortement pénétré de la dignité extérieure de l'Église, il avait quelque peur de compromettre la gravité de cette mère du genre humain, en l'engageant prématurément dans le solennel examen de tous ces faits singuliers dont il n'avait pas une connaissance personnelle suffisante, et qui pouvaient, après tout, n'avoir pour base que les enfantillages d'une petite bergère et les vaines illusions de pauvres, âmes fanatisées. Dans cet esprit de prudence et d'expectative, l'Evêque ordonna au Clergé diocésain de prêcher hautement le calme aux populations, et d'employer son influence à les faire se soumettre à l'Arrêté du Préfet. Éviter tout désordre matériel, ne créer aucun embarras nouveau, favoriser même, par respect pour le principe d'Autorité, l'exécution des mesures prises au nom du Pouvoir et voir venir les événements, paraissait à l'Évêque le plus sage de tous les partis. Peut-être, un autre en sa place eût-il raisonné d'autre sorte. Mais il était bon qu'il raisonnât et qu'il agît ainsi; il était bon qu'il ne crût pas encore.

Plus l'Évêque se tenait en dehors du mouvement, plus il était rebelle ou même un peu hostile a la foi populaire, et plus l'œuvre surnaturelle montrait sa force en triomphant sans aucune aide extérieure, par elle-même, par sa vérité intrinsèque, par sa puissance propre, et malgré l'animosité ou l'abstention de tout ce qui, en ce monde, porte le nom de Pouvoir. La Providence avait résolu qu'il en fût ainsi, et que le grand fait de l'Apparition de la Très-Sainte Vierge au dix-neuvième siècle, traversât, comme le Christianisme naissant, les épreuves et les persécutions. Elle voulait que la foi universelle commençât par les petits et les humbles, de façon que là, comme au Royaume du Ciel, les derniers fussent les premiers et les premiers les derniers. Il était donc nécessaire, dans la pensée divine, que l'Évêque, bien loin d'avoir l'initiative, fût des plus longs, j'allais dire des plus durs à se rendre, pour ne céder enfin, après tous les autres, qu'à la gravité irrécusable des témoignages et à l'irrésistible évidence des faits. Et voilà pourquoi il avait plu à Dieu de ne pas donner tout d'abord à Mgr Laurence la foi en l'Apparition et de le maintenir dans le doute, malgré tant de faits éclatants.

IV. Moins calmes et moins patientes que l'Évêque, emportées par l'enthousiasme des grandes choses qui se passaient sous leurs yeux, et^par l'émouvant spectacle des guérisons miraculeuses qui se multipliaient, les populations, cependant, ne se laissaient nullement arrêter par les mesures violentes de l'Administration. Les plus intrépides, bravant les tribunaux et leurs amendes, franchissaient les barrières et venaient prier devant la Grotte, après avoir jeté leur nom aux Gardes qui veillaient à l'entrée du terrain communal. Parmi ces Gardes, plusieurs croyaient comme la foule et commençaient, en arrivant, et avant de se mettre en faction, par s'agenouiller à l'entrée du lieu vénéré. Placés entre le morceau de pain que leur donnait leur modeste emploi de Sergent de ville ou de Cantonnier et la besogne répugnante qu'on leur imposait, ces pauvres gens, dans leur prière à la Mère des indigents et des faibles, rejetaient la responsabilité de la douloureuse consigne qu'ils exécutaient sur les Autorités qui les forçaient d'agir. Malgré cela, ils remplissaient strictement leur tâche et verbalisaient régulièrement contre les délinquants.

Bien que, dans leur zèle impétueux, beaucoup de croyants s'exposassent volontiers au péril pour aller publiquement invoquer la Vierge au lieu de l'Apparition, la jurisprudence de M. Jean D. dont l'amende, en apparence de 5 francs, pouvait s'élever, ainsi que nous l'avons expliqué, à des sommes énormes, était faite pour effrayer la multitude. Pour un grand nombre, pour tous ceux du menu peuple, une telle condamnation eût été une ruine complète. Aussi, la plupart essayaient-ils d'échapper à la rigoureuse surveillance du Pouvoir persécuteur. Parfois les croyants, respectant les barrières, où stationnaient les Gardes à la frontière du terrain communal, parvenaient à la Grotte par des chemins détournés. Quelqu'un d'entre eux, laissé en arrière, faisait le guet et prévenait, par un signal convenu, de l'arrivée de la Police. Des malades furent ainsi péniblement transportés jusqu'à la Source miraculeuse. L'autorité officielle, informée de ces infractions, doubla les postes, et intercepta tous les sentiers. On en vit alors, malgré la violence des eaux, traverser le Gave à la nage pour venir prier devant la Grotte et boire à la sainte Fontaine. La nuit favorisait de telles infractions qui se multipliaient de plus en plus, en dépit du bon vouloir et de l'activité des Agents.

L'influence du Clergé était diminuée, presque compromise, par les raisons que nous avons exposées. Malgré les efforts qu'ils faisaient pour se conformer aux injonctions de l'Évêque, les prêtres étaient impuissants à cal- mer les esprits agités et à faire comprendre que les actes, mêmes arbitraires, du Pouvoir devaient être respectés. L'ascendant personnel du Curé de Lourdes, si aimé et si vénéré, commençait à échouer devant l'irritation populaire. L'ordre était menacé par les mesures mêmes que l'on avait prises sous prétexte de le maintenir. Les populations, froissées dans leurs croyances les plus chères, oscillaient entre la soumission et la violence. Si, d'un côté, on signait dans toutes les maisons des pétitions à l'Empereur pour demander, au nom de la liberté de conscience, le retrait de l'Arrêté préfectoral, de l'autre, à trois ou quatre reprises, les planches qui fermaient la Grotte furent brisées nuitamment et jetées dans le Gave. Dominique s'efforça en vain de découvrir les croyants, peu respectueux pour l'Autorité, qui se livraient à ce délit jusqu'ici inconnu dans nos Codes: la prière nocturne, avec effraction et bris de clôtures.

Un jour la foule plus nombreuse que de coutume ne put se contenir et franchit Ta barrière en niasse compacte, sais rien répondre aux interpellations et aux cris effarés des agents. La Police, se troublant devant ces milliers d'hommes, recula et laissa passer le torrent. Le lendemain, les ordres et les remontrances du Préfet vinrent réconforter la Police et prescrire une surveillance de plus en plus sévère. On augmenta les forces: on fit entendre aux agents le mot de destitution. La rigueur. redoubla. Des bruits sinistres, absolument faux mais habilement répandus et facilement acceptés par les multitudes, parlaient de prison pour les délinquants. La pénalité réelle ne suffisant pas, on essayait de faire naître dans l'âme des croyants une sorte de terreur par des menaces imaginaires. D'une façon ou d'une autre, on parvint à empêcher pendant quelques jours le renouvellement des infractions ouvertes. Parfois, des malheureux, venus de loin, des infortunés en proie à la paralysie, à la cécité, à quelqu'une de ces tristes infirmités que la médecine abandonne, et que Dieu seul a le secret de guérir, arrivaient chez le Maire, et ils suppliaient à mains jointes de leur permettre d'aller chercher une suprême chance de salut à la Source miraculeuse. Le Maire, obstiné dans la consigne préfectorale, et montrant, dans l'exécution des mesures prises, cette énergie de détail par laquelle les natures faibles se trompent elles-mêmes, le Maire refusait, au nom de l'Autorité supérieure, la permission demandée.

Le plus grand nombre allait alors sur la rive droite du Gave en face de la Grotte. Il y avait là, à certains jours, un peuple innombrable, sur lequel on n'avait aucune prise; car le terrain que foulaient ces multitudes appartenait à des particuliers, qui croyaient attirer sur eux la bénédiction du ciel en autorisant les pèlerins à venir s'agenouiller dans ces prairies, et à y prier les yeux tournés vers le lieu des Apparitions et la Fontaine des Miracles. Durant ce concours prodigieux, la jeune Bernadette, épuisée par son asthme, fatiguée sans doute aussi partant de visiteurs, qui voulaient la voir et l'entendre, tomba malade. Dans son vif désir de calmer les esprits et d'éloigner toute cause d'agitation, Monseigneur profita de cette circonstance pour faire conseiller aux parents d'envoyer Bernadette aux eaux de Gauterets qui sont toutes voisines de Lourdes. C'était un moyen de soustraire la Voyante à ces dialogues, à ces interrogations, à ces récits de l'Apparition dont tout le monde était avide et qui entretenaient l'émotion populaire. Les Soubirous, inquiets de l'état de Bernadette et trouvant, de leur côté, que ces perpétuelles visites la brisaient, la confièrent a une tante qui allait elle-même à Cauterets et qui se chargea gratuitement des menues dépenses de ce voyage, d'ailleurs très-peu coûteux à cette époque de l'année où les thermes sont encore presque déserts. Les privilégiés et les riches n'y viennent qu'un peu plus tard et il n'y a guère à Cauterets, pendant le mois de juin, que quelques pauvres gens de la Montagne. Malade, cherchant le silence et le repos, essayant de se soustraire le plus possible à la curiosité publique, Bernadette y prit les eaux pendant deux ou trois semaines.

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Prière pour les Evêques

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Qu'elle est grande, ô Notre-Dame de Lourdes, la responsabilité qui pèse sur les Évêques du monde chrétien! Et combien ils ont besoin de grâces particulières et surabondantes pour accomplir dignement leur charge redoutable. Ne sont-ils pas parmi la grande multitude des âmes, attaquées par Satan et ses anges, ce que sont les généraux dans une armée en bataille. Leurs vertus, leur vigilance, leur savoir, leur courage sont le salut des peuples; leurs fautes, même légères, leurs négligences, leurs défaillances devant un devoir ont des conséquences incalculables, et compromettent invisiblement tantôt quelques êtres isolés, tantôt des groupes considérables, tantôt le troupeau tout entier confié à leurs soins, et dont ils répondent âme pour âme. Les hommes voient chaque jour de tels désastres s'accomplir à la lettre dans les armées où il s'agit du salut matériel. Dieu les voit s'accomplir mystérieusement dans le sein de l'Église, où il s'agit du salut moral et de l'éternelle vie. O notre Mère, qu'elle est terrible la responsabilité qui pèse sur les Évêques! Priez pour eux. Priez pour eux, Épouse du Saint-Esprit, et faites pénétrer jusqu'en la substance de leur âme les sept Dons divins qu'au sacrement de Confirmation leurs mains épiscopales ont le pouvoir de faire descendre sur le Fidèle agenouillé. Obtenez-leur le don de Sagesse afin que, n'aimant en ce monde que la volonté de Dieu, et ne trouvant de saveur qu'aux joies de la vertu, ils gouvernent la terre avec une âme toute céleste. Obtenez -leur le don d'Intelligence pour qu'ils comprennent la Vérité, qui est Dieu même, et qu'ils sachent la préserver de toute attaque, violente ou captieuse, de tout piège inventé par la malice des hommes. Obtenez-leur le don de Conseil, afin que, pénétrés de la gravité de chacun de leurs actes, ils s'inspirent toujours d'une prudence divine quand il s'agit du choix des hommes ou de la direction des choses. Qu'ils ne se laissent abuser, ni par les ruses des habiles, ni par l'intrigue des ambitieux, ni par les sophismes profanes qui essayeraient de mêler les scories de la terre à l'Église de Jésus-Christ. Qu'ils ne fassent que des œuvres saintes, qu'ils les fassent saintement, et qu'ils ne les confient qu'à des saints. Obtenez-leur le don de Force. Qu'à l'extérieur, nulle puissance ne les intimide quand il s'agit de défendre les droits de Dieu et de son Église. Qu'à l'intérieur nul abus ne les trouve faibles, que nulle influence, nulle considération humaine, nulle difficulté, nul obstacle ne les arrêtent quand il faut arracher les méchantes herbes, et émonder les mauvais rameaux dans la vigne de Jésus-Christ. Obtenez-leur le don de Science, afin que leurs paroles et leurs écrits soient, au milieu de nos ténèbres, comme des lampes ardentes éclairant toute la maison. Obtenez-leur le don de Piété, afin que leurs âmes étant continuellement en commerce avec Notre-Seigneur, ils ne vivent plus de leur vie propre, mais que, comme dans le cœur de saint Paul, ce soit Jésus-Christ lui-même qui vive en eux. Obtenez-leur le don de la Crainte de Dieu, afin qu'ils ne redoutent rien en ce monde, sinon de manquer en quoi que ce soit à leur devoir et d'encourir les jugements du Seigneur. Priez pour les Évêques, ô Marie, surtout en ces temps difficiles, pleins d'embûches et de périls. Ils sont Je sel de la terre: ne permettez jamais qu'il s'affadisse. En ce siècle d'incrédulité, de désolation et d'égoïsme, qu'ils soient des hommes de Foi, des hommes d'Espérance, des hommes de Charité. Que l'Évêque n'aime que Jésus-Christ, ne comprenne que Jésus-Christ, ne consulte que Jésus-Christ, ne sache que Jésus-Christ, n'adore que Jésus-Christ, ne craigne que Jésus-Christ, ne croie que Jésus-Christ, n'espère que Jésus-Christ et, encore une fois, à la fin comme au commencement, au point d'arrivée comme appoint de départ, n'aime que Jésus-Christ. Que chaque matin l'Evêque se dise: « Ce que Jésus-Christ ferait aujourd'hui à ma place, je le ferai ». Que chaque soir il puisse se dire: « Ce que Jésus-Christ aurait fait à ma place, je l'ai fait ». Ô Marie, Reine des Apôtres, bénissez les Evêques. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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20 mai 2012

Les apparitions de Notre Dame de Lourdes 5/18

Les apparitions de Notre Dame de Lourdes

Cinquième apparition

20 février 1858

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Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes

Henri Lasserre

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Vingt-et-unième jour

Foi persévérante et tranquillité des multitudes, protestation contre l'analyse de Trie, la Ville de Lourdes s'adresse à M. Filhol, première communion de Bernadette, marche irrésistible des événements, violences administratives, arrêtés du 8 juin: interdiction de boire à la Source et d'aller à la Grotte, le maire Anselme

 

I. La presse de Paris et de la province commençait à s'occuper des événements de Lourdes; et, bien au delà des contrées pyrénéennes, l'attention publique se tournait peu à peu vers la Grotte de Massabielle. Impuissant et dépité, M. le baron Pardoux voyait grandir et se généraliser ce soulèvement pacifique et prodigieux qui portait des multitudes chrétiennes, sans cesse renaissantes, à venir s'agenouiller et boire au pied d'une roche déserte. Contrairement à l'espérance des Libres Penseurs, à la crainte des Fidèles, à l'attente de tous, aucun désordre, absolument aucun, ne se produisait dans ce mouvement inouï d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, de croyants, d'incrédules, d'indifférents, de curieux. Une main invisible semblait protéger ces foules contre elles-mêmes, alors que, sans chefs et sans guides, elles se précipitaient chaque jour au nombre de plusieurs milliers de pèlerins vers la Source miraculeuse. Malgré les injonctions spoliatrices de M. le Préfet, la Grotte était souvent remplie de cierges allumés, de fleurs, d'ex-voto, et même de pièces d'argent ou d'or, pour, l'érection du monument demandé par la Vierge. De pieux fidèles voulaient en cela marquer à la Reine des dieux leur bonne volonté, même inutile, leur zèle et leur amour. Dominique et ses agents venaient tout enlever. Très-enhardi depuis qu'il avait échappé au péril du 4 mai, le Commissaire affectait les formes les plus dédaigneuses et les plus brutales, jetant parfois les objets dans le Gave, sous le regard scandalisé des croyants. Parfois aussi il se voyait contraint de conserver, malgré lui, leur air de fête à ces lieux bénis. C'était lorsque, l'ingénieuse piété des croyants ayant effeuillé des roses innombrables autour de la Grotte, il lui était impossible de ramasser les mille débris de fleurs et les pétales sans nombre de ce tapis éclatant et parfumé. Les foules agenouillées continuaient cependant de prier, sans rien répondre aux allures de provocation, et elles laissaient tout faire avec une de ces patiences extraordinaires comme Dieu seul peut en donner aux multitudes indignées. La population restant calme, le prétexte de faire de la rigueur au nom de l'ordre ne se présentait pas.

II. Le Préfet sentait de plus en plus tout moyen coercitif lui échapper par suite de cette tranquillité surprenante, de celte paix aussi irritante que merveilleuse, qui régnait d'elle-même parmi ces foules innombrables, Pas même un accident matériel. Rien. Il fallait retourner sur ses pas dans la voie suivie jusqu'alors et laisser franchement les populations libres, ou bien en venir purement et simplement à la violence et à la persécution et élever devant ces multitudes, en inventant un prétexte quelconque, des barrières arbitraires. Il fallait reculer ou aller plus avant. D'autre part, on contestait de tous côtés la rigueur de la décision scientifique portée par M. L. de Trie. Un chimiste du pays, M. Thomas Pujo, prétendait que celte eau n'était que de l'eau ordinaire et qu'elle n'avait par elle-même aucune propriété médicale. Plusieurs professeurs très-compétents de ces contrées confirmaient ces assertions. La Science commençait à déclarer entièrement erronée l'analyse de Trie. Ces rumeurs avaient pris une telle consistance que le Conseil municipal de Lourdes s'en émut. Le Maire ne put, devant le vœu unanime, se refuser à faire faire une seconde étude des eaux de la Source. Sans consulter le Préfet, ce qui lui sembla inutile (tant il était personnellement convaincu de l'exactitude des recherches de M. L. de Trie), il fit rendre par le Conseil municipal une délibération l'autorisant à charger un des grands chimistes de notre époque, M. le professeur Filhol, d'une nouvelle et définitive analyse. Le Conseil vota en même temps les fonds nécessaires pour les honoraires du célèbre savant. M. Filhol était un homme autorisé clans la science moderne, et son verdict devait évidemment être sans appel. Qu'allait être son Analyse ? M. le Préfet n'était point assez chimiste pour le savoir. Mais nous croyons, sans grande crainte de nous tromper, qu'il devait être inquiet. Le verdict de l'éminent professeur de chimie à la Faculté de Toulouse pouvait déranger en effet les combinaisons et les plans de M. Pardoux. Il était urgent de se presser. Là encore, il fallait reculer, ou aller plus avant.

III. Au milieu de ces passions si diverses et de ces multiples calculs, on n'avait point manqué de tenter sur Bernadette de nouvelles épreuves aussi inutiles que les précédentes. Elle se préparait à faire sa première communion, et elle la fit le 3 juin, jeudi de la Fête-Dieu. C'était le jour même où le Conseil municipal de Lourdes chargeait M. Filhol d'analyser la Source mystérieuse, jaillie naguère sous la main de la Voyante en extase. Dieu entrant dans ce cœur d'enfant et de jeune fille faisait aussi l'analyse d'une onde pure, et nous imaginons qu'il dut admirer et bénir, dans cette âme virginale, la source la plus fraîche et le plus limpide cristal. Malgré la retraite où elle eût aimé à se cacher et a se recueillir, on continuait à la visiter. Elle était toujours l'enfant innocente et simple dont nous avons essayé de tracer le portrait. Par sa candeur, par son éclatante bonne foi, par son parfum délicat de sainteté paisible, elle charmait tous ceux qui l'approchaient. Un jour, une dame, après s'être entretenue avec elle, voulut, dans un mouvement de vénération enthousiaste assez concevable pour ceux qui ont connu Bernadette, échanger son chapelet de pierres précieuses centre celui de l'enfant: « Gardez le vôtre madame, répondit-elle en montrant sen modeste instrument de prières. Voici le mien; et je ne veux point le changer. Il est pauvre comme moi et convient mieux à mon indigence ». Un ecclésiastique essaye de lui faire accepter une pièce d'argent. Elle refuse, il insiste. Nouveau refus, si formel, qu'une plus longue insistance semble inutile. Le prêtre pourtant ne se tient pas pour battu: « Prenez, dit-il: ce ne sera point pour vous, ce sera pour les pauvres, et vous aurez le plaisir de faire l'aumône ». « Faites-la de vos mains à mon intention, monsieur l'abbé; et cela vaudra mieux que si je la faisais moi-même », répondit l'enfant. La pauvre Bernadette entendait servir Dieu gratuitement, et remplir, sans sortir de sa noble pauvreté, la mission qu'elle avait reçue d'en haut. Et cependant, elle et sa famille manquaient quelquefois de pain. En ces jours-là, le traitement de M. le Préfet, baron Pardoux, fut élevé à 25 000 fr. Le Dominique reçut une gratification. Le Ministre des Cultes, dans une lettre qui fut communiquée à plusieurs fonctionnaires, témoignait au Préfet de sa haute satisfaction, et, le louant de tout ce qu'il avait fait jusque-là, il le pressait de prendre des mesures énergiques, et ajoutait qu'il fallait en finira tout prix avec la Grotte et les miracles de Lourdes. De ce côté-là, comme de tous les autres, il fallait reculer ou aller plus avant. Que restait-il à faire cependant? Il restait à se raidir contre l'évidence et à faire violence à la multitude.

IV. Au milieu de toutes ces péripéties, la question des écuries de la Préfecture s'était de plus en plus animée et avait porté à son comble l'exaspération du Préfet. On était arrivé au mois de juin. La saison des eaux thermales commençait: elle allait amener aux Pyrénées les baigneurs et les touristes de toute l'Europe, et les rendre témoins du scandale que faisait le Surnaturel dans le département administré par le baron Pardoux. Les instructions de M. Gustave R. devenaient des plus pressantes et poussaient aux coups d'autorité. Le 6 juin, M. Fould, ministre des Finances, se rendant à sa terre, s'arrêta à Tarbes et conféra longuement avec M. Pardoux. Le bruit courut que leur conférence avait eu pour .sujet les événements de la Grotte. Le fait d'aller boire à une Source en passant sur les communaux de la Ville n'avait cependant aucun caractère criminel aux yeux de la Loi. Le génie des adversaires de la Superstition devait donc, avant toutes choses, inventer un prétexte.

L'habile Préfet eut à ce sujet une inspiration aussi ingénieuse que simple, Le terrain des Roches Massabielle appartenant à la commune de Lourdes, le Maire, comme administrateur, pouvait défendre d'y entrer sous un motif quelconque ou même sans motifs, de même qu'un propriétaire interdit, quand il lui plaît, d'entrer sur sa terre et dans sa maison. Une telle défense, publiquement édictée, créait pour chaque visiteur un délit caractérisé, le délit de violation de propriété. Par cette très-habile mesure on transformait un acte, absolument innocent en lui-même, en un fait délictueux, passible des peines voulues par la Loi. Tout le plan du baron Pardoux gravita autour de cette idée. Ce plan une fois trouvé, le Préfet se décida à agir et à faire du despotisme. Le lendemain, le Maire de Lourdes reçut l'ordre de prendre l'arrêté suivant:

« Le Maire de la ville de Lourdes, Vu les instructions à lui adressées par l'Autorité supérieure; Vu les lois du 14-22 décembre 1789, du 16-24 août1790, du 19-22 juillet 1791, et celle du 18 juillet 1837, sur l'Administration Municipale; Considérant qu'il importe, dans l'intérêt de la Religion, de mettre un terme aux scènes regrettables qui se passent à la Grotte de Massabielle, sise à Lourdes, sur la rive gauche du Gave; Considérant, d'un autre côté, que le devoir du Maire est de veiller à la santé publique locale; Considérant qu'un grand nombre de ses administrés et de personnes étrangères à la commune viennent puiser de l'eau à une Source de ladite Grotte; Considérant qu'il y a de sérieuses raisons de penser que cette eau, contient des principes minéraux, et qu'il est prudent, avant d'en permettre l'usage, d'attendre qu'une analyse scientifique fasse connaître les applications qui en pourraient être faites par la Médecine; que d'ailleurs, la Loi soumet l'exploitation des Sources d'eau minérale à l'autorisation préalable du Gouvernement, Arrête : Article premier. Il est défendu de prendre de l'eau à ladite Source. Art. 2. Il est également interdit de passer sur le communal dit rive de Massabielle. Art. 3. Il sera établi à l'entrée de la Grotte une barrière pour en empêcher l'accès. Des poteaux seront également placés qui porteront ces mots: Il est défendu d'entrer dans cette propriété. Art. 4. Toute contravention au présent Arrêté sera poursuivie conformément à la Loi. Art. 5. M. le Commissaire de Police, La Gendarmerie, Les Gardes Champêtres, Et les Autorités de la commune. Demeurent chargés de l'exécution du présent Arrêté. Fait à Lourdes, en l'hôtel de la Mairie, le8 juin 1858. Le maire, Anselme. Vu et approuvé, Le préfet, Pardoux ».

V. Ce ne fut pas sans quelque hésitation que M. Anselme consentit a signer un pareil Arrêté et à se charger de l'exécution d'une semblable mesure. Sa nature un peu incertaine, amie du juste milieu et se plaisant à nager, comme l'on dit, entre deux eaux, devait s'effrayer d'un acte d'hostilité aussi accentué contre l'étrange puissance qui planait invisiblement sur tous les événements dont La Grotte de Lourdes était le centre. M. Anselme espéra tout concilier, en demandant, comme condition de sa signature, à M. le préfet Pardoux, d'insérer en tête de l'Arrêté et comme première phrase: « Vu les instructions à lui adressées par l' Autorité supérieure ». Une fois rassuré de la sorte, M. Anselme veilla à l'exécution de l'Arrêté préfectoral. Il le fit publier à son de trompe et afficher dans toute la Ville. Eu même temps, sous la protection de la force armée et sous la direction de Dominique, des barrières furent élevées autour des Roches Massabielle, de façon à empêcher complètement, à moins d'effraction ou d'escalade, tout accès à la Grotte et à la Source miraculeuse. Des poteaux avec des indications furent plantés çà et là, à tous les points par où on pouvait pénétrer sur le terrain communal qui entourait les Roches vénérées. Ils portaient défense d'entrer sur ce terrain sous peine de poursuite devant les tribunaux. Des Sergents de ville et des Gardes veillaient jour et nuit, se relevant d'heure en heure, et dressant des procès-verbaux contre quiconque franchissait les poteaux pour aller s'agenouiller aux environs de la Grotte.

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Prière pour demander l'amour de l'Eucharistie

 

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Notre-Dame de Lourdes, tandis que le prêtre enseignait à Bernadette le catéchisme et le dogme, c'est vous-même, dans le silence de la pensée solitaire, qui prépariez cœur à cœur votre enfant privilégiée à recevoir le corps sacré de Jésus-Christ. Faites sur nous tous, ô très-sainte Mère, faites sur chacun de nous un semblable travail, si digne, en vérité, de votre compatissante tendresse pour nous et de votre amour infini pour l'Hôte divin qui vient nous visiter. Préparez en nos âmes une demeure aussi digne de Lui qu'il est possible à une créature d'être digne du Créateur. Donnez- nous, ô Vierge incomparable, les sentiments que vous eûtes vous-même lorsque, pour la première fois, Dieu incarné descendit en ce monde et que vous reçûtes dans votre sein Celui que les cieux ne peuvent contenir. Apprenez-nous à faire le discernement du corps infiniment saint de Notre- Seigneur. Embrasez nos cœurs de l'amour de l'Eucharistie. Faites-nous comprendre, quand nous sommes faibles, que là est la force; quand nous sommes lâches, que là est le courage; quand nous sommes dans les souillures du péché, que là est la pureté ; quand nous sommes malheureux, que là est la consolation; quand nous sommés pauvres, que là est la richesse; quand nous sommes esclaves, que là est la délivrance; quand nous sommes égarés, que là est la voie; quand nous sommes dans les tâtonnantes ténèbres de l'esprit, que là est la vérité; quand nous sommes morts, que là est la résurrection et la vie. Donnez-nous d'aimer, comme il mérite d'être aimé, ce pain des Anges, cette chair et ce sang de Dieu. Que, sans ce pain vivant, tout nous soit fade: tendresse partagée, plaisirs et joies, ambitions réalisées, fortune conquise. Qu'avec lui toute amertume nous soit douce; qu'il donne à toutes choses sa saveur divine: au travail pénible, au devoir difficile, à l'injure reçue, à l'humiliation subie, à tout ce qui répugne ici-bas. O Marie! donnez-nous d'aimer le corps de Jésus-Christ, l'âme de Jésus-Christ, la divinité de Jésus-Christ. Donnez-nous d'aimer l'Eucharistie. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. Ainsi soit-il.

 

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