08 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Neuvième jour

La prédiction de l'établissement de l'Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Ce n'était pas seulement un libérateur temporaire qu'il fallait à l'humanité pour la réhabiliter ; il lui fallait, pour opérer en elle une restauration profonde et durable, des lois nouvelles, une source permanente de secours qui soutint sa faiblesse de génération en génération, et un gouvernement capable de faire observer ces lois et de distribuer sagement ces secours. Il lui fallait, en un mot, l'Eglise. Aussi, les prophètes ne se bornèrent-ils pas à prédire le Messie ; mais ils annoncèrent encore l'Eglise, qui devait être le moyen employé par le Sauveur pour sauvegarder le fruit de ses travaux et pour en répandre les ressources infinies dans tous les temps et dans tous les lieux. Cette Eglise avait déjà  été annoncée, comme nous l'avons vu, par des figures. Saint Paul nous dit, en effet, que tout ce qui est arrivé chez les Juifs est la figure de ce qui s'accomplit chez les chrétiens. (1 Corinthiens 10, 1, 6 ; 2) Les saints Pères sont unanimes à regarder Jésus-Christ et l'Eglise comme symbolisés par tout l'Ancien Testament. Saint Augustin entre autres s'exprime ainsi : « Tout l'Ancien Testament est caché dans le Nouveau : les patriarches, leurs alliances, leurs paroles, leurs actions, leurs enfants, leur vie tout entière, étaient une prophétie continuelle de Jésus-Christ et de l'Eglise ; toute la nation Juive, son gouvernement tout entier était une grande prophétie de Jésus-Christ et du royaume chrétien ». Origène, Tertullien, saint Jean Chrysostome tiennent le même langage.

II. Le prophète Osée annonce que l'Eglise, le royaume de Jésus-Christ s'étendra sur toutes les nations, même sur celles qui jusqu'alors n'avaient pas fait partie du peuple de Dieu. (Osée, 2, 23, 25 et 1, 10.) Michée, à son tour, prédit que la génération du Rédempteur est éternelle ; qu'il convertira les nations ; que son empire n'aura pas de fin. (Michée 5, 4, 5.) « Il viendra un temps, dit Jérémie au nom du Messie, où Je ferai une nouvelle alliance avec la maison d'Israël et la maison de Juda ; alors J'écrirai mes lois dans leur cœur, et tous Me connaîtront depuis le plus petit jusqu'au plus grand, (Jérémie 31, 31.) Ezéchiel ajoute par la bouche du souverain pasteur : « Je ferai avec mes brebis une alliance de paix, mon alliance sera éternelle. Je les multiplierai, et j'établirai pour jamais Mon Sanctuaire au milieu d'elles. Mon Tabernacle sera chez elles ». (Ezéchiel, 37). Le prophète Aggée s'écrie au nom du Seigneur : « Encore un peu de temps et l'ébranlerai le ciel et la terre, la mer et tout l'univers ; j'ébranlerai tous les peuples et le Désiré des nations viendra ». (Aggée, 2, 8). Puis enfin, c'est Malachie qui s'exprime ainsi : « Voici ce que dit le Seigneur : Mon affection n'est pas pour vous (Israël) ; et je ne recevrai plus d'offrande de votre main ; car depuis l'Orient jusqu'à  l'Occident, mon nom est grand parmi les nations, et en tout lieu on m'offre un sacrifice et on présente une oblation pure en mon nom, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées. (Malachie, 1). A mesure qu'approchait l'avènement du Messie et de son Eglise, une lumière extraordinaire se répandait dans le monde. C'était comme les premiers rayons de l'Etoile de Jacob ; elle va paraître, et Cicéron, tout païen qu'il est, annonce une loi éternelle, universelle, la loi de toutes les nations et de tous les temps : un seul maître commun, qui serait Dieu même, dont le règne allait commencer.

III. Toutes ces prophéties annoncent évidemment que la nouvelle alliance que Dieu va former avec les hommes à l'avènement du Rédempteur aura ce caractère remarquable qui la distinguera de l'ancienne : c'est qu'elle embrassera toutes les nations, l'humanité tout entière, au lieu d'un seul peuple. Que ces nouveaux liens qui uniront l'homme à son Créateur ne seront plus temporaires comme sous l'ancienne loi; mais qu'ils seront sans fin. Elles proclament que les sacrifices du vieux testament cesseront et qu'une nouvelle victime d'une ineffable pureté sera désormais offerte, non plus comme autrefois dans le seul temple de Jérusalem, mais chez toutes les nations et sur toute la surface de la terre. Mais, quelle est cette loi qui sera écrite dans tous les cœurs et qui fera connaître le vrai Dieu à tous les hommes depuis le plus petit jusqu'au plus grand ? N'est-ce pas l'Evangile ! Quelle est cette société nouvelle qui va se former entre Dieu et toutes les nations qui couvrent la surface du globe, cette société universelle ? N'est-ce pas l'Eglise ! Quelle est cette victime sans tache, et ce sacrifice offert en tout lieu, de l'Orient à l'Occident ? n'est-ce pas le sacrifice par excellence de l'Eglise, le sacrifice eucharistique où s'immole Jésus-Christ, l'Agneau de Dieu ! L'établissement futur de la sainte Eglise a donc été prédit d'une manière surnaturelle et divine, sans qu'il puisse planer encore aucun doute sur ce sujet.

 

Élévation sur la prédiction de l'établissement de l'Eglise

 

I. Que de moyens admirables votre condescendance et votre bonté n'ont-elles pas mis en œuvre, ô mon Dieu, pour triompher de l'aveuglement des hommes ! Comment peut-il se faire qu'il y en ait encore qui puissent fermer les yeux à la vive lumière que vous n'avez cessé de faire briller pour vaincre leurs doutes et pour éclairer leurs ténèbres ? Votre divin esprit a fait incessamment entendre sa voix puissante pendant quatre mille ans. Il a parlé par des figures ; des signes et des prodiges ; il a choisi un peuple entier, le seul de l'antiquité dont on ait une histoire complète et authentique ; et l'existence de ce peuple a été une continuelle prophétie en action : l'Esprit, de Dieu a inspiré le plus grand de ses Rois, et sa voix éloquente a chanté les Miséricordes infinies de Dieu sur les hommes, le Messie promis dont il était lui-même la vive image, l'établissement du Règne de Dieu sur toutes les nations de la terre, c'est-à-dire de l'Eglise, et surtout les combats continuels qu'elle aurait à soutenir. Enfin, à mesure que les temps, où toutes ces solennelles promesses allaient s'accomplir, approchent, les nuages qui couvraient encore la réalité de leurs ombres mystérieuses se déchirent, le langage divin devient plus clair et plus explicite. Pendant plus de quatre cents ans, il eut pour organes une suite non interrompue d'hommes dont la sainteté éminente et le zèle ardent pour l'observation de la Loi et la gloire de Dieu, donnaient à leurs oracles un caractère de vérité qui ne pouvait laisser aucun doute dans les esprits. D'ailleurs, l'accomplissement exact de leurs prédictions relativement à des événements moins éloignés ne permettait pas la moindre incertitude sur ceux qu'ils avaient annoncés comme devant se réaliser à une époque plus reculée.

II. Il semble, que devant un pareil faisceau de lumières, que devant l'histoire d'un peuple dont la merveilleuse existence dure quatre mille ans : histoire où l'on remarque d'une manière si évidente le doigt de Dieu, dirigeant constamment et avec une logique invincible les événements qui la remplissent, vers un but unique, la venue du Messie et l'établissement de l'Eglise ; il semble, Seigneur, que les hommes qui restent encore assis dans leurs ténèbres et à l'ombre de la mort, se plaisent à former les yeux aux divines clartés que votre Miséricordieuse Charité a daigné faire briller d'un si grand éclat pour les instruire. Mais, ce qui les rend plus inexcusables encore, c'est que depuis dix-huit cents ans les prophéties de l'Ancien Testament continuent à s'accomplir à la lettre sous leurs yeux, et que leurs yeux continuent à ne pas voir la vérité. En vain, selon les oracles divins, le temple de Jérusalem a disparu et n'a jamais pu être relevé malgré les efforts d'un prince puissant et impie; en vain, l'Empire romain, malgré ses forces et son étendue gigantesques, est tombé devant le sang des martyrs ; et le trône pacifique de Saint Pierre s'est établi sur les ruines de celui des Césars ; en vain, l'Evangile est prêché à toutes les nations, et le sacrifice auguste de l'Agneau sans tache est offert du couchant à l'aurore, comme les prophètes l'avaient annoncé, rien ne peut vaincre l'obstination de leur aveuglement ! Ah ! Mon Dieu, c'est que la Foi n'est pas une pure conviction humaine : c'est un don de votre main que vous n'accordez qu'aux humbles et aux hommes de bonne volonté !

III. Qu'est-ce que l'homme, Seigneur, lorsque vous l'abandonnez à lui-même ? On dirait qu'en s'éloignant de vous toutes les admirables facultés dont vous l'avez doué se retirent de lui à leur tour, et le réduisent à l'état d'idiotisme au point de vue religieux. Son intelligence s'émousse, sa raison s'obscurcit. Mais, ce qui est plus déplorable encore, et ce qui rend son ignorance impardonnable, c'est que sa volonté s'est corrompue sous l'influence de ses sens qui la dominent et qui la tiennent dans l'esclavage. Il voudrait connaître la vérité, il sent une aspiration intime qui le porte à la chercher ; mais bientôt un amour désordonné de lui-même lui fait redouter de connaître trop clairement les sacrifices qui en sont la conséquence et qu'il n'a pas le courage de s'imposer. Il préfère alors un doute paresseux dont il ne tire aucune conséquence pratique qui puisse gêner son insouciante béatitude. Que les prophètes publient leurs oracles, que les faits les plus éclatants viennent les confirmer, qu'à  la voix de Dieu les empires les plus puissants disparaissent comme le sable des déserts ; que le Seigneur envoie des apôtres jusqu'aux extrémités de la terre pour y faire connaître le vrai Dieu et porter la civilisation aux peuples barbares : il ne voit en tout cela que l'oeuvre d'un aveugle destin, de la politique ou de la volonté humaines, et ses regards éteints dans un froid égoïsme ne lui permettent pas de porter sa vue au delà de l'étroit horizon qui l'entoure. Mais plus l'homme abuse des lumières que vous lui prodiguez, ô mon Dieu, plus il semble que votre longanimité s'accroisse, et déjà peut-être, avez-vous marqué le jour où les illusions s'évanouiront pour faire place à la vérité, et l'heure à laquelle le salut sonnera pour le malheureux indifférent et pour l'aveugle volontaire.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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07 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Huitième jour

La manière dont Dieu a réglé les événements de tous les siècles pour disposer les esprits à l'avènement du Messie, à la propagation de l'Evangile et à l'établissement de l'Eglise

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

I. Lorsqu'on étudie l'architecture d'un monument, ce n'est pas l'examen isolé de chaque pierre prise en particulier, qui peut nous donner une idée de l'ensemble ni de la destination de l'édifice. Mais lorsque nous en contemplons la forme générale, lorsque nous examinons les rapports de chaque partie avec le tout, nous voyons qu'une pensée mère y a présidé, que tous les détails convergent à un même but que l'on s'était proposé, et qu'une intelligence créatrice a tout disposé pour l'atteindre. C'est ainsi que nous devons étudier l'histoire. S'arrêter à des faits isolés sans s'inquiéter des rapports qu'ils ont entre eux ou avec l'événement principal dont ils ne sont que des matériaux ou des accessoires ; ne pas chercher à découvrir l'acte moral dont ces faits ne sont que la manifestation ou l'épanouissement ; ne pas élever ses pensées plus haut que la terre et que la politique humaine ; ce n'est pas étudier sérieusement l'histoire, ce n'est pas en vouloir connaître la vraie philosophie, ni le dernier mot. Aussi faut-il être chrétien pour voir autre chose dans l'histoire, que le combat perpétuel des passions humaines, leurs intrigues, leur fureur, leur tyrannie et trop souvent leur cruauté. Le chrétien qui sait que le souverain maître du ciel et de la terre manie les nations, les trônes et les Rois comme un enfant qui donne à la cire qu'il tient entre ses doigts la forme qu'il lui plaît, le chrétien, dis-je, ne s'arrête pas à la terre ; il demande humblement à Dieu le secret de ses conseils dans les événements qui se déroulent sous ses yeux, et il cherche des enseignements divins dans les œuvres des hommes. La foi en la Providence lui montre Dieu à la tête de tous les événements, dont il est, en dernière analyse, l'âme et le principal moteur.

II. Aussi, lorsque nous jetons un regard sérieux sur le spectacle qu'avait offert la terre jusqu'à l'époque de l'avènement du Messie, nous voyons que tout ce qui s'était passé jusqu'à ce moment dans le monde et que la situation politique et morale dans laquelle il se trouvait alors, avaient uniquement eu pour objet de disposer les esprits et les voies à l'accomplissement du plus grand événement que l'histoire ait jamais eu et qu'elle aura jamais à enregistrer : l'apparition du Rédempteur et du restaurateur de l'humanité, et l'établissement de son Eglise destinée à développer et à perpétuer son œuvre. Ici, ce ne sont pas des interprétations faites à plaisir ; Dieu, qui connaissait la perversité de l'esprit humain, a pris soin d'envoyer ses prophètes pour annoncer plusieurs siècles à l'avance tout ce qu'il ferait pour préparer les voies à Son Christ. C'est ainsi que, sans parler des prophéties antérieures qui n'avaient jamais cessé de se renouveler, depuis la chute de nos premiers parents, Isaïe prédit aux Juifs que les Assyriens les puniront de leur idolâtrie par les victoires qu'il remporteront sur eux et par la captivité de Babylone. Puis, lorsque le châtiment a atteint son but, Dieu brise le pouvoir des Assyriens, d'autant plus inutile dès lors à ses desseins, que cet empire voulait anéantir le peuple d'Israël. Isaïe annonce encore aux Juifs leur délivrance, et nomme Cyrus, roi des Perses, comme leur libérateur, deux cents ans avant la naissance de ce prince. Les Mèdes et les Perses renversent le trône d'assyrie, Jérusalem et son temple sont rebâtis, la prospérité et même un vif éclat sont rendus au peuple de Dieu. Mais, une prophétie de Daniel annonçait qu'après avoir rempli sa mission, l'empire des Perses céderait le sceptre à celui des Grecs, qui était destiné à faciliter la prédication de l'Evangile. Il y parvint en effet, en répandant au loin la connaissance de la langue grecque, en faisant connaître et en rendant célèbres parmi les Gentils les livres des Juifs et leur attente d'un libérateur tout-puissant, qui devait apporter le salut aux hommes et les réconcilier avec Dieu. Toutefois, d'après la prophétie de Daniel, l'empire Romain devait aussi apporter son concours à la gloire du Messie et à l'établissement de son règne. Il avait pour mission d'être le pionnier de l'Evangile, d'ouvrir et de faciliter aux prédicateurs de la loi nouvelle toutes les communications d'un bout du monde à l'autre, et c'est dans ce but que Dieu fit passer dans les mains des Romains la monarchie grecque, dès qu'elle eût accompli les conseils divins pour lesquels elle avait été établie. Telle fut et telle est encore la réalisation de cette parole du Prophète Royal : Reges eos in virgâ ferrea, et tanquàm vas figuli confringes eos, et nunc erudimini qui judicatis terram. Vous gouvernerez les nations avec un sceptre de fer, et vous les briserez comme un potier met en poussière ses vases d'argile. Et maintenant profitez de cette leçon, vous qui gouvernez les peuples de la terre ». L'Empire romain devenu maître de la Judée, devait encore servir à vérifier cette prophétie de Jacob, qui annonçait à son lit de mort, que le Messie viendrait lorsqu'un Roi étranger à  la nation juive serait assis sur le trône de Juda.

III. L'avènement d'un futur libérateur du genre humain était attendu, non-seulement par les Juifs, mais encore par les païens, qui, dans les rapports nombreux qu'ils avaient eu avec les descendants d'Abraham, soit pendant la captivité de Babylone, soit pendant la durée de l'Empire grec, avaient recueilli cette tradition qui devint presque générale dans l'univers entier ; voilà  pourquoi ce libérateur avait été proclamé par Malachie le « Désiré des nations ». Ce fut aussi par le même moyen, qu'un certain nombre de philosophes connurent non-seulement la promesse d'un envoyé de Dieu, qui devait réhabiliter l'homme, mais encore le péché originel, le mystère de la sainte Trinité et quelques autres vérités révélées au peuple de Dieu, dont on a à tort attribué la notion, à leur perspicacité, philosophique. Quoi qu'il en soit, vers l'époque où le Messie parut, cette croyance en son avènement était si vive, que suivant une tradition des Juifs, un grand nombre de Gentils se rendirent à Jérusalem, afin de voir le Sauveur du monde quand il viendrait racheter la maison de Jacob. Les Romains comme les autres nations partageaient ces convictions. Tacite écrivait : « Qu'on était généralement persuadé que les anciens livres des prêtres annonçaient qu'à cette époque l'Orient prévaudrait, et que de la Judée sortiraient les maîtres du monde ». Suétone à son tour l'affirme positivement : « Tout l'Orient, dit-il, retentissait de l'antique et constante opinion que les destins avaient arrêté, qu'à cette époque la Judée donnerait des maîtres à l'univers ». Virgile, interprète de l'attente générale, chantait la prochaine arrivée du Fils de Dieu, qui, descendant du Ciel, allait ramener l'âge d'or sur la terre, effacer le crime et faire périr le serpent. Enfin, la Sibylle de Cumes décrivait en même temps le règne du Messie, à peu près dans les mêmes termes que le prophète Isaïe. Il est vrai, que lors même que les prophéties eussent été inconnues, l'état général de corruption où étaient plongés tous les peuples, l'ignorance profonde dans laquelle vivaient toutes les nations au point de vue religieux, si l'on en excepte les Juifs ; l'idolâtrie répandue de manière à ne faire de l'univers entier qu'un vaste temple d'idoles, auraient suffi pour faire sentir la nécessité d'une régénération, d'une lumière surnaturelle et d'une puissance divine, afin de retirer le genre humain du matérialisme et de l'abaissement dans lequel il était tombé. Les peuples les plus civilisés, les plus habiles dans les arts, les sciences et lettres, tels que les Egyptiens, les Grecs et les Romains, s'étaient eux-mêmes précipités dans cet abîme ; et les philosophes, les sages, les législateurs les plus illustres, impuissants à les en retirer, devenaient encore les complices de leurs erreurs et de leurs désordres. Les Juifs, qui seuls avaient conservé la connaissance et le culte du vrai Dieu, mêlaient depuis longtemps dans la religion des superstitions indignes de la divinité. La lumière de la vérité ne brillait donc plus pour l'immense majorité des hommes, et elle ne jetait même pour le peuple que Dieu s'était choisi, qu'une pâle lueur qui semblait prête à s'évanouir pour toujours. Cependant, l'Empire romain, après une lutte longue et sanglante, embrassait dans son vaste sein presque toutes les nations connues ; Auguste, vainqueur de ses nombreux rivaux, était tranquillement assis sur le trône des Césars ; la terre entière reposait dans une paix profonde, lorsque Jésus, le Rédempteur du genre humain, le Désiré des nations, fit son entrée dans le monde, à Bethléem, dans le fond d'une étable.

 

Élévation sur le sujet précédent

 

I. Lorsque des hauteurs des cieux où vous régnez, Seigneur, avec tout l'éclat de votre majesté, vous abaissez vos regards jusque sur cette terre qui occupe si peu de place dans le vaste univers que votre main puissante a créé de rien, et qu'elle gouverne pour ainsi dire en se jouant, vous voyez les faibles mortels s'agiter, mettre en œuvre toutes les ressources de leur politique étroite et bornée, se faire la guerre pour monter sur un escabeau qu'ils décorent du nom de trône ; lorsque vous les voyez surtout attribuer à leur sagesse et à leur puissance les événements que vous avez préparés vous-même dans vos conseils et dont ils ne sont que les chétifs instruments; quelle pitié ne doivent pas vous inspirer leurs prétentions, leur orgueil et leur ambition ! Comment ne leur faites vous pas sentir plus souvent la pesanteur de votre bras, pour leur apprendre que c'est de vous que relèvent les empires, les nations, les sceptres et les couronnes ? Mais non ; vous êtes un Dieu patient, miséricordieux et plein de longanimité : Vous ne voulez pas la mort du pécheur, mais qu'il vive. Puis, votre justice se réserve l'éternité, où elle rendra alors à chacun selon ses œuvres, et où personne ne pourra échapper à sa sévérité, quel que soit le rôle qu'il ait joué, ou le rang qu'il aura occupé ici-bas.

II. Que vous êtes grand, ô mon Dieu ! Et que nous sommes petits ! Lors même que vous nous révélez le secret de vos desseins, et que nous les voyons ensuite se dérouler au grand jour sous nos yeux, notre faible intelligence en est encore éblouie, et ne peut y croire sans un secours de votre grâce. Je comprends maintenant cette parole du prophète Royal qui affirme que mille années devant vos yeux sont comme le jour d'hier, qui s'est déjà  évanoui, (Psaume 89). Quarante siècles se sont écoulés entre la promesse du Messie et son avènement, et l'histoire des temps primitifs, de l'accroissement de la population sur la terre, de l'établissement des nations et de la succession des grands empires qui se sont disputés le pouvoir suprême, ne nous apparaît encore qu'à travers d'épais nuages, malgré les traditions et les monuments nombreux qui nous sont restés. Pour vous. Seigneur, tout est resplendissant de lumière, et vous enchaînez tous ces nombreux événements pour les faire servir à l'accomplissement de vos plans divins, avec autant de facilité que l'enfant tresse des fleurs pour en former une couronne ! Votre sagesse infinie a tout prévu, votre infaillibilité n'a jamais hésité, votre toute-puissance n'a jamais connu d'obstacle. Vous avez dit, et tout a été fait selon votre volonté. Les hommes reconnaissent votre existence à la magnificence de vos œuvres, et ils refusent d'admettre l'action de votre divine Providence sur eux-mêmes et sur leurs entreprises ?

III. Pouviez-vous, pourtant, leur fournir de plus vives lumières ? Vos prophètes annoncent dans les plus grands détails les destinées du peuple juif, leurs châtiments, l'établissement et la destruction des empires, l'époque précise de la chute du royaume de Juda. Ils prédisent les circonstances les plus minutieuses de la vie du Messie promis, le moment, le lieu de sa naissance, le genre de mort par lequel il expiera les péchés du monde ; la ruine de Jérusalem et de son temple qui ne doivent plus être le centre de la vraie religion, ni survivre à l'ancienne loi à laquelle Jésus-Christ a substitué l'Evangile, dont la consolante et lumineuse doctrine sera prêchée à toutes les nations ; la dispersion de ce peuple que Dieu s'était choisi et qui, devenu déicide, sera condamné comme Caïn a errer sur la terre et à porter sur son front la flétrissure de son crime ; vous multipliez les figures pour rendre plus palpables et plus frappants les événements que vous faites annoncer ; vous imprimez à l'univers entier le sentiment intime du besoin d'un Sauveur et d'un libérateur ; les païens eux-mêmes et leurs oracles le publient ; et malgré l'accomplissement ponctuel de tant de prophéties, malgré la réalisation de tant de figures, malgré cette voix solennelle de la conscience publique qui est l'organe infaillible de la vérité, malgré les aveux mêmes des ennemis jurés du Christ, les hommes s'obstinent dans leur aveuglement ! Ils refusent de voir et d'entendre ; et ne veulent pas reconnaître que c'est vous, Seigneur, qui, dans une pensée de miséricorde et d'amour, avez dirigé cette longue série d'événements divers destinés à préparer les esprits et les cœurs à la venue du Messie ! Pardonnez-leur, ô mon Dieu, car ils ne savent ce qu'ils font ; et après avoir prodigué en leur faveur les miracles et les prodiges de tout genre, opérez encore celui d'ouvrir leurs yeux à la vérité.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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06 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

Santi Pietro e Paolo

Septième jour

L'histoire du Peuple Juif, considérée comme préparation, figure et ébauche de l'Eglise de Jésus-Christ

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Tout se tient dans le plan divin, comme nous l'avons déjà dit, et si les trois Eglises ont entre elles les rapports les plus étroits, comment l'ancien et le nouveau Testament, qui sont pour ainsi dire l'enfance et l'âge mûr de l'Eglise militante n'en auraient-ils pas ? A peine nos premiers parents eurent-ils été chassés du paradis de délices, que, pour les consoler dans leur infortune, Dieu leur promit un Sauveur. Dès lors, les regards et les cœurs de tous les hommes qui conservèrent quelques principes religieux, se tournèrent vers ce libérateur futur. Plusieurs fois Dieu renouvela cette promesse, et elle devint le dogme principal et fondamental de la foi, sous l'ancienne Loi ; de telle sorte qu'il n'y avait alors de salut possible qu'à la condition d'une confiance sans bornes à la venue du Messie. Aussi, le Seigneur suscita-t-il souvent des prophètes pour réveiller et affermir dans son peuple cette importante croyance : et il les multiplia surtout pendant les derniers siècles qui précédèrent la naissance du Sauveur. Plus on en approchait, plus les détails se multipliaient ; à ce sujet, et plus les prédictions prenaient un caractère de précision tel, qu'il a fait dire aux Pères de l'Eglise qu'elles étaient plutôt des narrations historiques que des prophéties.

II. Le divin modérateur des peuples et des événements humains devait donc coordonner avec ce but capital de l'avènement du Rédempteur, la direction qu'il leur imprimait ; il devait en préoccuper les esprits pour y entretenir le souvenir des promesses solennelles qu'il avait faites, et en soutenir la foi par des prodiges et des miracles, qui, dans l'ordre physique devaient être le symbole de ce qu'il se proposait d'opérer plus tard dans l'ordre moral et surnaturel. On devait croire facilement, en effet, que celui qui avait délivré le peuple juif de l'esclavage des Égyptiens par les plaies qu'il envoya à ses oppresseurs puissants, d'une manière si miraculeuse, si publique et si éclatante, devait pouvoir aussi délivrer le genre humain de l'esclavage de l'ignorance et des passions. On devait aisément être convaincu que celui qui avait nourri un peuple entier pendant quarante années dans le désert en faisant descendre tous les jours du ciel, le sabbat excepté, une nourriture merveilleuse, substantielle, qui convenait à tous les goûts et à tous les besoins, la manne; et qui avait fait jaillir une source abondante des flancs d'un rocher aride, saurait trouver un jour une nourriture céleste propre à nourrir les âmes et à les soutenir dans toutes leurs faiblesses et leurs misères. Enfin il était facile de persuader les esprits les plus sceptiques que le même Dieu qui avait fait apparaître une colonne de fumée pendant le jour, et une colonne de feu pendant la nuit pour diriger les pas des Israélites dans les solitudes du désert, avait entre ses mains une puissance suffisante pour établir une Église, c'est-a-dire pour susciter des hommes dont les lumières et la sainteté pussent conduire sûrement la société humaine dans les voies du salut éternel, Après avoir donné à son peuple Abraham, Moïse, David, Salomon et les prophètes, il pouvait bien donner à son Eglise saint Pierre et ses successeurs. Et après avoir fait de Jérusalem la ville sainte et y avoir fait bâtir son temple, il lui était facile de disposer de Rome pour en faire la ville éternelle, et pour y placer le trône impérissable de la catholicité.

III. Au reste, les rapports qui existent entre l'ancien et le nouveau Testament nous montrent à l'évidence que le premier, comme le dit saint Paul (1 Corinthien 10, 11), n'était que la figure du second ; et que l'histoire de l'ancien n'a été écrite que pour nous instruire et nous préparer aux événements du nouveau. C'est ainsi que l'arche de Noë devait être pour nous la figure de l'Église : il n'y a que ceux qui y entrent qui peuvent espérer d'être sauvés. Le sacrifice d'Abraham, et Isaac portant sur la montagne le bois sur lequel il devait être immolé, ne sont-ils pas une vive image de Dieu le Père sacrifiant son Fils unique, et de Jésus-Christ portant sa croix sur le Calvaire, où il devait donner sa vie pour nous ? Plus tard, c'est Joseph vendu par ses frères, qui devient ensuite la source de leur salut et de la protection spéciale que Pharaon leur accorde. Puis, c'est l'agneau immolé, dont le sang a marqué toutes les maisons des Juifs, pour les soustraire aux coups de l'ange exterminateur, et les délivrer de la captivité d'Egypte. N'est-ce pas encore là, trait pour trait, l'histoire même du Sauveur vendu par l'un de ses apôtres, et qui, après avoir versé son sang jusqu'à la dernière goutte pour le salut des hommes, les marque tous de ce sceau précieux au saint baptême pour les délivrer de l'esclavage du péché ! Le peuple de Dieu au milieu, du désert, exposé aux fatigues et aux dangers d'un long voyage, et ayant sans cesse à combattre de redoutables ennemis pour parvenir à la terre promise ; l'arche d'alliance, le tabernacle et son sanctuaire ; enfin le temple de Jérusalem où était l'unique autel sur lequel il fût permis aux Juifs d'offrir des sacrifices : toutes ces choses et tous ces événements nous révèlent clairement l'Église de Dieu traversant les épreuves du désert de cette vie où elle est voyageuse ; les combats nombreux qu'elle a à livrer contre les ennemis du salut avant d'arriver à la félicité éternelle qui lui est promise ; puis, ses temples, ses sanctuaires ; et enfin cette Eglise hors de laquelle on ne saurait offrir à Dieu un sacrifice d'agréable odeur. Dieu pouvait-il mieux disposer l'esprit humain au nouvel ordre de choses qu'il voulait créer par l'établissement de l'Église chrétienne ?

 

Élévation sur l'histoire des Juifs, considérée comme préparation, figure et ébauche de l'Eglise de Jésus-Christ

 

I. Pourquoi, ô mon Dieu, les hommes sont-ils assez aveugles ou assez ingrats pour ne vouloir jamais tenir aucun compte de votre intervention dans les événements humains ? Pourquoi exclure ainsi la puissante influence de celui qui a créé l'univers entier, qui le tient entre ses mains, qui dispose de la vie et de la mort des nations et des peuples comme de celle des hommes et des plus petits insectes ? Tout me révèle ici-bas votre existence, votre grandeur, votre puissance, votre sagesse, votre providence ; d'où viendrait donc que vous qui veillez encore chaque jour à la création de ces milliers d'êtres qui se succèdent ; que vous qui présidez sans cesse à la conservation de l'ordre dans ce vaste univers, vous dédaignassiez pourtant de vous occuper du chef-d'œuvre de vos mains, de celui que vous avez assez honoré pour le créer à votre image et ressemblance et pour le racheter au prix du sang de votre divin fils ? Quoi ! Vous seriez tellement étranger à cette créature privilégiée, tellement indifférent à sa conduite, que vous ne vous préoccuperiez en rien de ses œuvres ? Toutes vos créatures ont ici bas une mission à remplir, et vous les forcez à se plier à vos volontés ; et parce que vous avez fait aux hommes l'honneur de leur donner une intelligence et une volonté libre, eux seuls les plus parfaits et les plus éclairés des êtres créés, n'auraient aucune raison d'existence, aucun but, n'occuperaient aucune place dans vos desseins, si ce n'est de pourvoir à leurs intérêts matériels et à leur bien-être personnel ici-bas ? Seuls ils seraient indépendants de vous et en dehors des plans mystérieux et profonds que votre sagesse infinie a médités de toute éternité ?

II. Oh ! Si nous étions assez malheureux pour partager ces déplorables principes, aussi faux qu'ils sont dangereux, et qui pourtant servent aujourd'hui de règle et de point de départ à tout ce qui se dit, ce qui s'écrit, ce qui se fait dans notre société moderne, au nom des libertés soi-disant conquises par la révolution ; nous n'avons qu'à jeter un coup d'œil rapide sur l'histoire de ce peuple primitif où la foi s'est conservée jusqu'à l'avènement du Messie promis, et nous y verrons l'action continuelle de Dieu sur les hommes ; les lois et le gouvernement qu'il leur donne lui-même. Tantôt ce sont des personnages éminents qu'il suscite pour accomplir une importante mission, comme Noé, Abraham, Joseph, Moïse, David, Salomon, les Macchabées, les Prophètes, etc ; tantôt ce sont des nations ou des rois qui lui servent d'instrument pour châtier son peuple infidèle ; mais, c'est toujours Dieu qui tient la chaîne des événements et qui la déroule selon les vues de sa providence, et c'est toujours l'homme qu'il emploie pour accomplir ses desseins. Sans doute le Tout-Puissant pourrait tout opérer par lui-même,et n'aurait pas besoin de l'homme comme auxiliaire ; s'il lui accorde cet honneur, c'est qu'il veut lui montrer l'estime qu'il fait de lui et lui rappeler sa céleste origine, et que, d'ailleurs, telle est sa volonté, dont il n'a aucun compte à nous rendre.

III. En élevant ainsi mes pensées, Seigneur, les rapports étroits que je remarque entre la destinée du peuple que vous vous étiez choisi, et celle que vous avez faite à votre Église, n'ont plus rien qui m'étonnent. J'y vois au contraire une preuve de plus de votre tendre sollicitude et de votre amour infini pour les hommes. Il s'agissait de faire comprendre à des intelligences devenues charnelles et matérielles par le domaine malheureux que le corps avait conquis sur l'esprit, une institution où tout est spirituel et surnaturel, quoique très positif et très réel. Vous vous servez donc alors de faits qui sont visibles et palpables, de signes et de figures qui frappent les sens, pour faire entendre des choses spirituelles, invisibles, et l'action qu'elles doivent exercer sur l'âme, afin de lui rendre sa dignité et son autorité premières. Pour nous aider dans ces rapprochements lumineux, et pour nous montrer qu'ils ne sont pas le fruit d'un jeu d'esprit plus ou moins ingénieux, vous daignez, ô divin Sauveur, nous en donner pour ainsi dire la clef, en multipliant vous-mêmes dans vos célestes leçons les allusions à l'ancienne loi et les applications que nous devons en faire à la loi évangélique ; à chaque instant, vous nous citez à l'appui de la doctrine nouvelle et sublime que vous nous apportez, les textes des livres sacrés du vieux testament, pour mieux nous faire entendre comment les faits qu'ils racontent, et les principes qu'ils établissent ont une admirable analogie, une connexion intime avec les vérités que vous proclamez, et comment ce gouvernement ébauché et imparfait, suffisant pour un peuple grossier et charnel se perfectionne enfin entre vos mains et devient la loi chrétienne et l'Église de Jésus-Christ, destinées à créer et à régir un peuple nouveau dont l'esprit dominera la chair et dont les vues élevées, surnaturelles et éternelles triompheront des intérêts abjects de la matière et du temps.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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05 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Sixième jour

L'histoire des faits confirme les indications de la raison

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous!

 

I. Dieu n'a jamais laissé l'homme libre d'agir selon ses caprices : il a toujours exigé qu'il reconnût le souverain domaine qu'il avait et qu'il voulait conserver sur lui ; aussi lui a-t-il toujours fourni les moyens de connaître la vérité, d'être instruit de sa volonté et de l'accomplir. D'abord, dès qu'il l'eut créé, il lui révéla les choses surnaturelles, et il mit son obéissance à l'épreuve en lui défendant de toucher à l'arbre de la science du bien et du mal ; ensuite il lui donna la tradition, sous la garde des patriarches qui conservèrent ainsi fidèlement certaines vérités qui avaient survécu à l'ignorance à laquelle fut condamné notre premier père. Le petit nombre des hommes répandus sur la terre, et le respect qui régnait alors pour les chefs de famille, rendirent ce moyen suffisant pour cette époque ; d'autant plus qu'alors Dieu s'adressait souvent aux hommes, ou directement, ou par le ministère des anges, lorsqu'il avait à leur faire connaître ses volontés. Adam, Abel, Seth, Enos, Hénoch, Mathusalem, Noé, Héber, furent jusqu'à Abraham les représentants principaux du gouvernement spirituel primitif. Ce n'est pas qu'il n'y eût dès lors,comme toujours, des hommes rebelles à la volonté divine, et que les passions égaraient : témoins Caïn, ses descendants et ceux qui furent exterminés par le déluge. Mais le sanctuaire de la vérité et de la vertu n'en resta pas moins inviolable et intact.

II. A mesure que les traditions religieuses étaient plus exposées à l'altération, et que les pratiques fondées sur la Foi pouvaient plus facilement s'effacer des mœurs, soit par la multiplication des Juifs, soit par leurs rapports avec les peuples qui leur étaient étrangers, on remarque le soin tout particulier qu'apporte le Seigneur pour conserver toujours dans leur pureté primitive les croyances et le culte divin. Bientôt après la dispersion des enfants de Noé, l'idolâtrie s'était répandue sur la terre. Ce fut alors que Dieu choisit, parmi les descendants de Sem, un homme destiné à être le chef de tous les croyants, afin de conserver parmi eux la vraie religion. Cet homme fut Abraham, et dès ce moment les Juifs qui furent ses descendants formèrent un peuple à part. Ce peuple merveilleux reçut le nom auguste de peuple de Dieu, et fut chargé d'entretenir le feu sacré des lumières divines, d'en répandre l'éclat autour de lui et de perpétuer le culte du vrai Dieu ainsi que la confiance en la venue du Messie promis à nos premiers parents aussitôt après leur déplorable chute. L'importance de la mission confiée à cet illustre patriarche nous explique la solennité des promesses que lui fit le Seigneur dans cette grave circonstance. Plus tard, le peuple juif est entouré d'idolâtres et dominé par eux dans la captivité d'Egypte, et Dieu lui envoie Moïse qui devient tout à la fois son libérateur et son législateur. Il le délivre de la tyrannie égyptienne, fait en sa faveur plusieurs signalés prodiges, le retient pendant quarante ans dans le désert, loin de toutes les autres nations, pour qu'il ait le temps de se retremper dans ses anciennes traditions, et enfin il lui donne du haut du mont Sinaï, avec un appareil majestueux et terrible, une loi courte et substantielle, qui résume tout ce que la loi naturelle, la tradition et l'autorité des patriarches avaient enseigné jusqu'alors, et où se trouvent en germe tous les préceptes de la loi nouvelle. Gravé sur des tables de pierre, le Décalogue n'était plus exposé à périr au milieu de l'oubli, de l'erreur et des égarements des passions humaines.

III. A dater de ce moment, le culte extérieur qui n'avait encore rien eu de régulier, et qui s'était borné à quelques sacrifices offerts au milieu des campagnes, comme ceux d'Abel, d'Abraham et de Noé, reçut de Moïse des formes précises et liturgiques. Celui-ci, en effet, fit fabriquer une tente ou tabernacle d'après l'ordre qu'il en reçut de Dieu ; c'était un temple portatif, en rapport avec la situation du peuple hébreu qui devait être voyageur jusqu'à son entrée dans la terre promise. Le tabernacle était divisé en deux parties : la première, par laquelle on entrait, renfermait le chandelier d'or à sept branches, la table avec les pains de proposition ou d'offrande, et l'autel par lequel on brûlait les parfums ; la seconde partie, séparée de la première par un voile mystérieux, était le sanctuaire : on y avait placé l'Arche d'Alliance dans laquelle on conservait précieusement les tables de la loi ; et où l'on mit également plus tard la manne du désert et la verge fleurie d'Aaron. La tribu de Lévi fut choisie pour être consacrée au service des autels. Moïse développa dans le Pentateuque, sur l'ordre que Dieu lui en avait donné, les lois morales prescrites par le Décalogue, et il y ajouta les lois cérémonielles et judiciaires spéciales à la nation juive. Enfin, depuis l'entrée des Hébreux dans la terre promise jusqu'à l'arrivée du Messie attendu, sous les Juges comme sous les Rois, dans leurs épreuves comme dans leur prospérité, l'action du gouvernement divin se montra toujours d'une manière évidente sur le peuple qu'il s'était choisi : tantôt par la lecture des livres saints et par leur explication qui avait lieu dans les synagogues ; tantôt par les cérémonies qui se pratiquaient à Jérusalem dans le temple ; tantôt encore par les prophètes que Dieu suscita, surtout vers les derniers siècles. Avant la naissance du Sauveur, et jusqu'à  la descente du Saint-Esprit, sur les apôtres, la loi de Moïse et la synagogue conservèrent toute leur autorité divine, au point que Jésus-Christ Lui-même s'y soumit pendant toute sa vie et qu'il y renvoyait ses propres disciples en leur disant : « Faites tout ce que vous diront ceux qui occupent la place de Moïse ; mais n'imitez pas leurs œuvres ». (Matthieu 23, 3). C'est ainsi que, même avant la prédication de l'Evangile, il y a toujours eu une autorité religieuse chargée par Dieu même de conserver les vérités révélées et d'exercer son influence pour faire accomplir les lois qui en étaient la conséquence.

 

Élévation sur le même sujet

 

I. Que vos Miséricordes sont grandes, Seigneur ! L'homme après avoir été comblé de vos bienfaits, après avoir été éclairé de vos divines lumières, après avoir reçu de vos mains une compagne digne de lui, est encore placé par vous dans un lieu de délices ; et malgré tant de faveurs, l'orgueil et la sensualité l'ont emporté sur la reconnaissance ! L'homme a bravé votre volonté, il a voulu être indépendant, il vous a désobéi ! Que n'avait-il pas alors à attendre de votre indignation, de votre justice et de votre toute-puissance ? Vous pouviez le réduire en poussière et l'anéantir. Mais non, votre infinie bonté s'est contentée d'un châtiment temporaire, elle lui a laissé la vie pour éprouver de nouveau sa fidélité et lui rendre l'espérance. Elle a fait plus encore, elle lui a accordé des lumières et des secours surnaturels pour l'aider à triompher dans cette épreuve décisive. Vous avez daigné veiller sur ses destinées futures avec une tendresse paternelle et l'entourer de toute la sollicitude de votre bienveillante providence.

II. Aussi, malgré ses ingratitudes et ses infidélités continuelles, vous n'avez jamais cessé de l'assister. Les patriarches ont d'abord été vos interprètes et l'ont éclairé sur le sens de cette Loi intérieure que vous aviez gravée dans son âme ; puis, vous-même avez écrit votre Loi sainte sur des tables de pierre pour la rendre plus claire et ineffaçable ; vous avez suscité Moïse pour la développer et pour prescrire aux Juifs les moyens les plus propres à ne l'oublier jamais. Vous avez choisi un peuple destiné à en conserver le précieux dépôt, et vous avez permis qu'il subît de longues captivités chez des nations étrangères, afin de répandre dans leur sein les lumières de la Vérité. Enfin, vous avez nettement fixé le culte qui vous est dû, et le respect que l'on devait aux décisions dogmatiques de la synagogue, pour que l'erreur ne pût jamais triompher de la vérité, et pour que celle-ci éclairât sans cesse les peuples de ses divins rayons. Aussi trouvons-nous dans les pays les plus lointains, dans les philosophes les plus célèbres, et même dans l'Islamisme, des débris défigurés de ces principes si sages que Vous aviez révélés à votre peuple, et dont la connaissance confuse s'était répandue par les rapports que les Juifs esclaves ou voyageurs avaient eus avec les hommes qui habitaient sous d'autres climats.

III. C'est ainsi, Seigneur, que vous vous vengez des outrages dont les hommes ne cessent de vous abreuver. Et qui le croirait pourtant, si ce n'était un fait malheureusement trop public, et qui se perpétue tous les jours à la face du soleil ? Les hommes, au lieu de reconnaître et d'adorer cette bonté infinie, qui daigne du haut du trône de sa suprême majesté entourer leurs intérêts éternels de ses soins les plus assidus, refusent d'ouvrir les yeux à la lumière ; ils blasphèment les vérités qui ne leur sont révélées que pour devenir la source de leur salut, ils les méprisent, et proclament hautement, comme un triomphe remporté sur la divinité, leur indépendance et leur liberté ; ils vont même jusqu'à  prendre en pitié ceux qui, disent-ils, sont assez simples pour croire les oracles divins, et le sacerdoce chargé de les publier. Hélas ! Si quelqu'un méritait ici quelque pitié, ne serait-ce pas plutôt ces pauvres malheureux qui ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas ; qui ont une langue qui ne se délie jamais pour la prière, ni pour chanter les louanges de leur Créateur ? Cependant, le temps marche, marche toujours impitoyablement, l'heure dernière approche, et après le jugement ! Quel réveil ! Et que deviendra leur indépendance et leur liberté lorsqu'ils tomberont entre les mains du Dieu vivant ?

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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04 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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 Cinquième jour

Nécessité de l'influence de l'Eglise sur tous les actes de l'homme et de la Société

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous!

 

I. L'Eglise est l'intermédiaire par lequel Dieu, le soleil de justice, veut diriger tout homme qui apparaît dans ce monde. Elle n'a été instituée par son divin auteur que dans le but unique de guider et de soutenir l'homme et la société dans le voyage de la vie et de les conduire, par la réhabilitation du domaine de l'esprit sur la matière, à la félicité spirituelle et suprême du ciel. C'est l'Eglise qui, saisissant les âmes à leur entrée dans ce monde par le saint baptême, fait ensuite leur éducation spirituelle en leur apprenant à dompter la chair et à faire plier les choses temporelles sous le joug des espérances et des promesses éternelles. C'est là  la seule raison d'être de son établissement ; or, quel est l'homme, quelle est la société qui, soucieux de parvenir à la fin pour laquelle ils ont été créés, c'est-à-dire, d'arriver au souverain bonheur après le pèlerinage de cette vie, pourraient raisonnablement se soustraire à l'action de l'Eglise sur eux, pour suivre leurs propres lumières, ou celles que réprouvent la loi et le gouvernement donnés par Dieu lui-même ?

II. Mais, comme tous les actes privés de l'homme, et à plus forte raison les actes collectifs de la société, ont une portée positive, faible ou puissante, peu importe, sur le développement ou l'atrophie de l'esprit relativement au domaine qu'il doit avoir sur la matière, et qu'aucun de ces actes ne peut rester indifférent, puisque ne pas gagner de terrain dans une pareille situation, c'est en perdre ; il faut nécessairement en conclure que tous les actes humains, quelle que soit d'ailleurs leur importance, doivent subir l'influence salutaire de l'Eglise établie de Dieu, précisément pour les diriger vers le but qu'il s'est proposé, et pour soutenir la faiblesse humaine, jusqu'à ce qu'ils l'aient atteint.

III. De là, l'obligation rigoureuse où sont tous les hommes et la société tout entière de se conformer à  la volonté divine, en se soumettant à ses lois et au gouvernement de l'Eglise qu'il a fondée, sous peine de vivre ici-bas sous le joug tyrannique de la force brutale, et sous l'esclavage humiliant de la matière et des passions, sans autre perspective pour l'avenir que les redoutables châtiments que Dieu réserve, comme sanction de ses lois et de ses institutions, à ceux qui les auront méprisées, ou qui du moins auront agi selon leurs caprices et leur commodité, sans tenir le moindre compte de ses volontés. Hélas ! Le nombre de ces aveugles est grand ; car l'élément matériel de notre être est frappé plus vivement par les jouissances temporelles et présentes, que notre âme ne l'est par les promesses du souverain bonheur futur et éternel. Prions Dieu de ne pas partager cette folie et ce malheur.

 

Élévation touchant la nécessité de l'influence de l'Eglise sur tous les actes de l'homme et de la société

 

I. Que vous êtes bon, Seigneur, d'avoir jeté un regard plein de Miséricorde sur l'homme, qui, en vous désobéissant, avait perdu toutes les prérogatives de sa dignité originelle, et de lui avoir fourni les moyens nécessaires pour reconquérir ses titres de noblesse et de gloire. Comment pourrions-nous regarder comme une servitude la soumission aux lois et au gouvernement établis précisément pour nous arracher à l'esclavage de la chair, des sens et de la matière ? Comment, au contraire, tous les hommes ne conforment-ils pas leurs pensées, leurs projets, leurs actions, leur conduite et leur vie tout entière, aux règles si sages que vous leur avez tracées de votre propre main ? comment ne se laissent-ils pas diriger par cette autorité paternelle et salutaire que vous leur avez donnée pour les guider et les soutenir dans les voies de la vérité et de la félicité éternelles ?

II. Quels pourraient donc être les motifs qui sembleraient autoriser l'homme à se soustraire à l'influence de l'Eglise ! Serait-ce que l'humanité dont les vues sont si courtes, la science si bornée, le jugement si exposé aux illusions, remporterait en capacité sur Dieu et sur le gouvernement qu'il a établi pour diriger lui-même ses créatures vers le bien à travers le labyrinthe d'erreurs et l'aveuglement des passions qui inondent le monde ? Mais une semblable présomption serait le comble de l'absurdité et de la folie. L'homme réclamerait-il au nom de sa liberté ? Voudrait-il soutenir qu'il ne relève que de ses convictions et de sa volonté personnelle ? D'abord, qu'est-ce qu'une conviction qui peut produire et abriter la bonne foi ? C'est la conséquence d'une étude approfondie et sérieuse, et ceux qui se permettent de semblables allégations n'ont le plus souvent envisagé la question religieuse que d'une manière fort superficielle, si toutefois ils s'en sont jamais occupés. Dieu, d'ailleurs serait-il juste s'il n'avait promis et assuré à chacun de nous les grâces et les lumières suffisantes pour discerner la vérité et la faire luire dans notre cœur ? Ensuite ne relever que de sa volonté serait ne pas reconnaître le souverain domaine de celui qui est l'arbitre de nos destinées et qui tient notre vie et notre mort entre ses mains. Dieu, ne permettez pas que de semblables inepties abusent la faiblesse de ma raison ! Non, je le reconnais, vous ne portez aucune atteinte à ma liberté en daignant m'indiquer la route que je dois prendre pour arriver au bonheur suprême, ni en me donnant un guide charitable pour m'y conduire.

III. Oh ! Seigneur, vous êtes mon Créateur, mon Maître et mon Père, je vous appartiens donc comme l'ouvrage de vos mains, je suis votre serviteur et votre enfant ; quoi donc de plus raisonnable que de subir votre influence ou celle de votre gouvernement, c'est-à-dire de votre Eglise, dans mes pensées, mes projets, mes actes importants ou non ? Vous êtes mon Maître, donc rien ne m'appartient ; vous êtes mon Père, vous avez donc droit à tout mon amour ; et c'est parce que je vous aime que je vous soumettrai librement tout mon être, mon intelligence, ma volonté, mon cœur tout entier, ma conduite et ma vie. Qu'il s'agisse de mes intérêts matériels ou de ceux qui regardent mon âme ; de mes devoirs envers moi-même, ou de ceux qui lient les hommes entre eux au sein de la société ; que les questions les plus graves que puissent agiter les peuples et les empires soient en jeu, ou qu'on ne traite que d'une simple pratique de piété, tout relève de vous seul, ô mon Dieu, et par conséquent de l'autorité de vos lois et de votre Eglise, et je m'y soumets avec amour et respect.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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03 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Quatrième jour

L'Eglise militante, nécessité de son existence

 

I. Le Créateur du monde et le fondateur de l'empire des âmes a établi pour le ciel et pour le purgatoire un trop bel ordre, pour négliger ensuite de donner aussi à la terre des lois et un gouvernement propres à la mettre en harmonie avec le reste du plan général et magnifique qu'il se proposait. La terre devait être le berceau des âmes, le lieu de leur éducation et de leurs épreuves ; le ciel n'avait d'autre but que d'être tout à la fois la source des secours divins et la récompense des âmes qui combattent sur la terre : il supposait donc l'existence d'une société première, qui devait être pour ainsi dire la pépinière des élus. Le purgatoire supposait à son tour, d'un côté, la terre et ses fragilités qu'il fait expier, et, de l'autre, le ciel auquel il rend purs et sans tache les saints qu'il ne tenait captifs que pour un temps. Tout dans le plan divin se tient et s'enchaîne. Mais cette société que le Créateur a répandue sur la surface de la terre, pouvait-elle seule rester livrée à elle-même et à ses caprices, sans avoir aucune règle, aucune lumière, aucun gouvernement de nature à la conduire sûrement à son but ?

II. La sagesse divine ne l'a pas voulu : elle a donné des lois à l'homme et à la société, et elle a constitué un gouvernement pour faire observer ces lois. Le royaume de Dieu n'est pas de ce monde, son empire des âmes est tout spirituel, et néanmoins les lois et le gouvernement qu'il a établis, étant destinés à régler et à diriger non-seulement les actes intérieurs, mais aussi les actes extérieurs des hommes, qui eux-mêmes ont un corps et une âme, ces lois et ce gouvernement ne devaient pas être uniquement spirituels, mais participer a la nature des êtres à l'utilité desquels ils étaient destinés. Voilà pourquoi la loi divine ne se contente pas de commander l'adoration en esprit et en vérité, mais encore le culte extérieur; elle prescrit aussi, pour la conservation de l'ordre et de l'harmonie dans la société, certains devoirs que les hommes ont à accomplir les uns envers les autres, et même des règles de conduite personnelle. C'est encore pour cela que Dieu a voulu que le chef du gouvernement spirituel qu'il constituait fût un homme, et que les ministres destinés à le seconder dans sa sage et importante administration le fussent aussi. Faut-il être surpris maintenant, si les moyens employés dans ce gouvernement tiennent tout à la fois du temporel et du spirituel, et s'ils ont quelque chose d'humain, tout en ayant un but surnaturel ?

III. Telles sont, en effet, les bases sur lesquelles la sagesse divine a établi ici-bas son Église; et depuis l'éternité bienheureuse ; c'est-à-dire encore qu'on ne peut arriver à cet heureux terme qu'en prenant des moyens diamétralement opposés avec ceux dont l'on se sert dans le monde pour parvenir à la félicité terrestre. Cela ne veut point dire, comme le prétendent un grand nombre de faux interprètes, que Jésus-Christ ait défendu à son Église de se servir d'aucun moyen extérieur et matériel, lui-même ayant donné l'exemple du contraire en prenant un corps pour sauver les hommes, et en instituant les sacrements qui sont des signes sensibles. l'origine des temps elle a su maintenir dans un admirable équilibre ce mélange si opposé à la sagesse humaine, de l'esprit avec la matière, de ce qui est céleste avec ce qui est humain et terrestre. Le but de la vie de l'homme n'étant autre chose que de se servir des choses temporelles et matérielles, pour les surnaturaliser et les spiritualiser par ses vertus, et de devenir ainsi lui-même un homme céleste, un élu, et digne un jour d'être uni à jamais à Dieu qui est esprit par excellence : il en résulte que l'Église, qui doit conduire l'homme et le soutenir dans celte voie, doit se servir aussi des moyens matériels et spirituels tout à la fois, soit pour agir sur ses sens et arriver ainsi jusqu'à son âme, soit pour l'aider et lui apprendre à vaincre et à dominer sa chair ou ce qui la flatte, et le faire parvenir ainsi à vivre de la vie chrétienne ou spirituelle. Les moyens, en effet, ne doivent-ils pas être en rapport avec la nature de ceux auprès desquels on les emploie, et du but que l'on se propose d'atteindre ?

 

Élévation sur la nécessité de l'existence de l'Eglise militante

 

I. Que l'esprit de l'homme me paraît étroit, et la sagesse prétendue du monde ténébreuse et bornée, lorsque je contemple les vastes plans et la sagesse profonde de celui qui a fondé l'Eglise ! Quel autre que vous, ô mon Dieu, aurait pu former un pareil dessein, et établir d'aussi harmonieuses proportions entre ces trois parties de l'Eglise universelle : le ciel, le purgatoire et la terre ? Mais aussi, quelle autre intelligence que la vôtre aurait pu trouver les moyens admirables par lesquels vous savez élever l'homme de la terre au ciel ? Soyez àjamais béni, Seigneur, de n'avoir pas dédaigné votre faible créature, et d'avoir abaissé votre grandeur et votre majesté infinies jusqu'à elle, pour lui apprendre comment elle pourrait se dégager des liens qui rattachent à la terre et à ses sens, afin de prendre pour ainsi dire son vol, et d'arriver jusqu'à vous au plus haut des cieux.

II. Sans doute, ce qui reste à l'homme de son ancienne dignité avant le péché du premier père suffisait pour lui faire comprendre que son état présent, que l'esclavage des sens et la séduction que les objets matériels opèrent sur eux, étaient un châtiment, une situation anormale dont il fallait sortir. Il sentait bien qu'ici-bas rien ne pouvait satisfaire l'ardeur de ses désirs. Ses nobles aspirations tendaient à l'élever au-dessus des instincts grossiers de sa chair ; mais les ténèbres de son intelligence l'empêchaient d'entrevoir même les moyens de sortir de son déplorable abaissement ; et encore que par ses propres lumières il fût parvenu à connaître ces moyens, sa faiblesse extrême et l'entraînement de ses passions terrestres auraient été un obstacle insurmontable à les réduire en pratique. Vous avez eu pitié de l'homme déchu, ô mon Dieu, et vous avez daigné lui donner une mère pour éclairer ses pas, pour soutenir sa marche défaillante, pour le défendre contre ses ennemis : vous lui avez donné des lois qui sont sa lumière, un gouvernement plein de Charité qui le fortifie et lui tend sans cesse la main pour le guider, l'assister et le protéger dans le dangereux et pénible voyage de la vie, jusqu'à ce qu'il soit arrivé jusqu'à sa fin dernière, au bonheur suprême : vous lui avez donné la sainte Eglise.

III. Ici ce n'est plus seulement mon âme qui s'exhale en sentiments de reconnaissance et d'amour, c'est ma raison qui s'égare et qui se perd dans l'océan sans bornes de votre sagesse et de votre puissance infinies. Vous aviez déjà, en créant l'homme, opéré un miracle permanent, un mystère où la science humaine a toujours échoué lorsqu'elle a voulu l'approfondir : vous aviez uni de la manière la plus intime une substance spirituelle à une substance matérielle, une âme à un corps. Union telle que jamais l'une de ses substances n'est impressionnée sans que le contre-coup n'en soit ressenti par l'autre. Depuis la chute primordiale, l'âme autrefois souveraine était devenue l'esclave du corps et de la matière, il fallait lui rendre sa couronne et son sceptre : qu'avez-vous fait pour lui restituer son ancienne dignité et sa première autorité ? Vous avez opéré un miracle et un prodige plus grands encore que ne l'était l'union de l'âme avec le corps. Votre divin esprit est descendu sur la terre, il a parlé aux hommes dans la loi naturelle du haut du Sinaï, et plus tard, par le Verbe incarné ; il a daigné accorder ses inspirations célestes aux patriarches, aux législateurs de votre peuple, à ses juges, à ses rois, à la tribu de Lévi et enfin aux pontifes de la loi nouvelle. En un mot, la divinité s'est communiquée à l'humanité, et elle a su trouver les moyens d'éclairer, de soutenir et de protéger l'homme et la société tout entière, pour rendre à l'esprit sur la matière le domaine souverain qu'il avait perdu. Ah ! Je commence, Seigneur, à entrevoir, grâce à vos divines lumières, votre admirable plan. Oui, il fallait que vous vous servissiez des hommes et des choses temporelles pour agir sur des êtres matériels, quoique spirituels en même temps, et je vois comment, en animant ces hommes et ces choses temporelles de votre divin esprit, vous avez pu parvenir à rendre à l'âme humaine sa première énergie, son ancienne autorité sur le corps et sur les sens, et finir parfaire de l'homme un être spirituel et surnaturel. Oui, Seigneur, je crois comprendre maintenant combien il était nécessaire aux hommes d'avoir un guide sûr, un soutien tout-puissant, des lois et un gouvernement qui fussent en rapport avec leur nature ; d'avoir à leur portée un secours humain et matériel pour qu'ils pussent le saisir et en être saisis ; divin, pour qu'il pût les élever jusqu'à vous ; une Eglise enfin, tendre, charitable et divine, telle que vous nous l'avez donnée !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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02 juin 2014

Notre Dame de Buglose et le Berceau de Saint Vincent de Paul

 

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Notre Dame de Buglose et le Berceau de Saint Vincent de Paul

 

Il y a quelques semaines, au début du mois de mai, je suis allé, à l'occasion du rassemblement régional des Franciscains du Sud Ouest, visiter les Sanctuaires de Notre Dame de Buglose et du Berceau de Saint Vincent de Paul, voici donc, pour vous, quelques photos des lieux... F.M.

 

 

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Troisième jour

Le purgatoire, ou l'Eglise souffrante

 

I. Pour entrer dans le ciel, le sanctuaire de la sainte Eglise ; pour être admis au sein de cette élite des purs esprits, il faut avoir obtenu ici-bas un triomphe complet sur la chair et sur les sens ; il faut être entièrement libre de toute affection terrestre et matérielle, et ne plus vivre pour ainsi dire que par l'âme ; cap elle seule peut faire partie de ce royaume divin des esprits, et si le corps y a quelque part, ce n'est qu'autant qu'il aura été en quelque sorte vaincu et spiritualisé par le souverain domaine que l'âme aura exercé sur lui. Il faut pour entrer dans la gloire, après s'être souillé par le péché, avoir passé par les douleurs d'une complète expiation ; mais, parmi les chrétiens, et même parmi les justes, il en est bien peu qui, à leur heure dernière, réunissent ces indispensables conditions. Leur âme n'est digne à ce moment suprême, ni du bonheur éternel, ni des supplices sans fin. La justice divine doit donc achever de les purifier pour leur ouvrir ensuite ses célestes tabernacles. Cette doctrine est tellement en harmonie avec la nature humaine, que, depuis le jour où l'homme a commencé à mourir, on a vu commencer aussi une sorte de culte pour les tombeaux, et la prière pour les morts. En tout temps, en tout lieu, dans toutes les religions, tous les peuples de l'univers ont cru que ceux qui ont cessé de vivre étaient soulagés par les suffrages des vivants. Cette croyance, qui fut d'abord celle des Juifs, devint ensuite celle des Chrétiens de tous les siècles. Voilà  pourquoi le saint concile de Trente a pu dire en toute vérité : « L'Eglise catholique, instruite par l'Esprit saint et par les Saintes Ecritures, et par l'antique tradition des Pères, enseigne qu'il y a un Purgatoire, et que les âmes qui y sont détenues sont soulagées par les suffrages des fidèles ».

II. Toutefois, tandis que ces élus sont éprouvés pour la dernière fois, ils ne sont pas délaissés ; et si, la justice ne peut céder entièrement ses droits à la Charité infinie, celle-ci sera assez ingénieuse pour découvrir des moyens de satisfaire l'une et l'autre. Quoique partagée en trois provinces distinctes, l'Eglise universelle n'en forme pas moins un immense et unique empire, dont Dieu est le chef, et dont Jésus-Christ est le médiateur et le lien ; c'est, en effet, le Sang adorable du Sauveur qui cimente toutes les parties de ce gigantesque édifice, et c'est sa grâce et son amour qui unissent entre eux tous ceux qui en sont les éléments. Mais, comme cet amour n'est pas un simple sentiment, et qu'il est vrai et sincère, il ne s'en tient pas à déplorer les souffrances des âmes soumises à l'expiation, ni à gémir sur leurs douleurs ; il met encore tout en œuvre pour les soulager. « Par une admirable économie, dit le P. Ventura, la sagesse et la bonté divines ont réuni en nous et par nous, pauvres voyageurs de la terre, comme par une pierre angulaire mystérieuse, le sublime palais du ciel et la prison profonde du purgatoire, pour en former un seul édifice et une seule maison. C'est pour cela que, placés entre l'Eglise qui règne et qui triomphe dans les cieux, et l'Eglise qui souffre et qui est humiliée, dans le lieu de l'expiation, la même Foi, la même espérance, la même Charité qui nous rendent les concitoyens des saints, les familiers, les alliés et les enfants de Dieu, font encore mieux de nous les associés, les compagnons et les amis des âmes du purgatoire : de même que nous sommes en communication directe avec le ciel, de même aussi nous le sommes, et plus étroitement encore, avec le purgatoire. Voilà  pourquoi, tandis que nous recevons les secours de l'intercession des saints qui jouissent du bonheur céleste, nous soulageons par nos suffrages, quoique voyageurs sur la terre, les âmes soumises à l'expiation ; et pendant que la Divine Miséricorde daigne, à la prière des saints, descendre jusqu'à  nous ici-bas, pour pardonner nos fautes et pour soutenir notre faiblesse ; le Sang de Jésus-Christ, appliqué par nos suffrages, pénètre jusque dans l'abîme, et se répand sur les âmes du purgatoire pour effacer leurs souillures et pour adoucir leurs souffrances. C'est ainsi que nous devenons en quelque sorte le mur mitoyen, la pierre angulaire et principale, au moyen desquels se réunissent entre eux le ciel, la terre et le purgatoire ; c'est ainsi que les vrais chrétiens, qui ont la même foi, que les enfants de la véritable Eglise, qui sont en état de grâce, quoique séparés par des distances incommensurables, sont en communication et en société entre eux, et forment une seule et unique Eglise, un seul corps mystique dont Jésus-Christ est le chef, un seul édifice dont Jésus-Christ est le fondement ». (l'Ecole de Miracles, P. Ventura)

III. C'est, en effet, un touchant spectacle que celui des rapports intimes de foi et d'affection qui existent entre la terre et le purgatoire. Voyez la tendre sollicitude dont la sainte Eglise militante entoure comme une bonne mère ses enfants au delà  du temps, jusque dans l'éternité ! Après les avoir assistés toute leur vie, après avoir sanctifié et recueilli leur dernier soupir, elle veut encore que ceux mêmes qui restent dans l'exil, qui sont incertains de leur destinée, qui sont renfermés dans la prison de leur corps et enchaînés à la terre, s'efforcent par leurs prières d'introduire leurs frères défunts dans la Patrie, de leur assurer la félicité éternelle, de renverser le mur qui les sépare de Dieu et de briser les liens qui les empêchent de s'envoler aux cieux. Elle leur ouvre aussi, après leur mort, le riche trésor spirituel dont Jésus-Christ, son divin époux, lui a confié l'administration. Elle offre pour eux l'adorable sacrifice, le propre sang de son divin époux ; elle leur applique les satisfactions surabondantes du Sauveur et des saints au moyen des indulgences ; elle exhorte avec ardeur les fidèles qui sont encore sur la terre à se mortifier, à faire l'aumône et toute espèce de bonnes œuvres, pour acquitter au plus tôt les dettes de ces âmes impuissantes désormais à se libérer, puisque après le temps de l'épreuve on ne peut plus mériter ni démériter ; car ces âmes désolées n'ont d'autre espérance que celle que leur offrent nos suffrages, et ne peuvent attendre de secours que de nous, leur sort est uniquement entre nos mains. (P. Ventura). Admirable sagesse, admirable charité de l'Eglise qui, toute pourvoyant au soulagement et à la délivrance de ces pauvres prisonnières de la Justice divine, fournit aussi à ceux qui sont encore voyageurs ici-bas des moyens aussi ingénieux qu'efficaces de travailler à leur propre sanctification.

 

Élévation sur le Purgatoire, ou l'Eglise souffrante

 

I. L'Eglise m'exhorte à demander pour vous, mes parents, mes amis et mes frères, un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix ! Vous subissez donc, dans ce lieu consacré à l'expiation, les tortures du feu; vous êtes donc plongés dans d'affreuses ténèbres, dans des angoisses pires encore que celles qui ont peut-être présidé à votre agonie ! Les démons, selon toute probabilité, ne viennent pas attiser le feu qui vous dévore, ni vous jeter leurs cris de désespoir. La main seule de la Justice divine s'appesantit sur vous, mais elle suffit bien à vous faire endurer des peines dont celles de cette vie ne peuvent nous donner qu'une faible idée. Hélas ! Malgré les révélations de la foi, vous n'aviez jamais pu comprendre à quel degré des fautes que nous appelons comparativement légères pouvaient outrager la sainteté infinie de Dieu, et exiger une telle réparation ! Vous n'aviez pas assez compris la puissance d'une vie mortifiée, ni tout ce qu'un acte de pénitence, même peu important, pouvait avoir de valeur pour vous faire échapper au moins à une partie des supplices affreux dont vous êtes aujourd'hui victimes ! Demandez pour moi cette intelligence, et comptez sur mon dévouement pour vous.

II. Ô Seigneur ! Qu'est-ce que la justice des hommes à côté de la vôtre ? elle regarde comme une faiblesse pardonnable ce qui est à vos yeux un crime digne des tourments les plus rigoureux. Les plus grands coupables échappent souvent encore à ses plus laborieuses investigations. Puis, tantôt elle exagère le châtiment, et tantôt au contraire elle reste au-dessous de ce que mériterait l'infraction des lois. Elle décèle à chaque instant son incapacité et son impuissance. Mais au souverain modérateur de l'immense empire des âmes, rien ne saurait échapper. Il sonde les reins et les cœurs, sa sagesse infinie pèse tout dans la balance de son infaillible justice. Aucune faute, aucune faiblesse ne peut se dissimuler, aucune âme, malgré sa subtilité, ne réussirait à se dérober à sa puissance sans bornes. « Où fuir, en effet ? comme dit admirablement le Prophète royal. Si je monte jusqu'au Ciel, c'est le lieu de votre demeure ; si je descends dans les entrailles de la terre, je vous y trouve ; si je prends mon vol dès le point du jour et que je franchisse les mers, c'est votre main qui m'a conduit et votre droite qui m'a soutenu. J'ai dit : Je me plongerai dans les ténèbres, et peut-être me cacheront-elles à ses yeux ; mais les ténèbres sont sans obscurité pour vous, et la nuit n'est pas plus sombre à vos yeux que le jour le plus éclatant, car les replis les plus cachés de ma conscience vous sont connus, depuis que je suis sorti du sein de ma mère ». (Ps. 138).

III. Toutefois, ô mon Dieu, si votre justice est terrible, votre Charité est infinie, et vous avez daigné ne pas rompre même par la mort les liens d'affection qui nous unissaient ici-bas à nos proches, à nos amis, à nos frères en Jésus-Christ. Grâce à nos prières, à nos bonnes œuvres et à quelques sacrifices que nous saurons nous imposer, nous pourrons les soulager : nos expiations pourront solder leurs dettes ; nous pourrons hâter leur entrée dans la gloire. Non, tout ne sera pas fini entre eux et nous après l'heure fatale de la mort; un abîme infranchissable n'existe pas dès lors entre nous et ceux qui nous sont chers ; nous pouvons continuer à avoir des rapports avec eux, et même leur être utiles Quel admirable plan ! Quelles sublimes consolations ! Soyez-en, Seigneur, à jamais béni !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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01 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Deuxième jour

Le Ciel, ou l'Eglise triomphante

 

I. C'est la plus vaste, la plus belle et la plus riche province de cet immense Empire : c'est pour ainsi dire la capitale, le palais, le trône même du Roi des rois. Rien ici-bas n'en peut donner une idée, puisque la loi des sens et celles qui régissent le monde matériel sont abolies là où tout est surnaturel. Au ciel, tout est esprit et gouverné par une législation céleste, qui ne peut avoir aucun rapport avec celle qui a été établie pour notre infirmité terrestre : qu'elle proportion pourrait-il y avoir entre l'exil et la patrie, entre le châtiment et la gloire ? Le ciel ! c'est le trône de Dieu le Père, qui ne cesse pas pour cela d'être partout, puisqu'il est l'atmosphère universelle dans laquelle et par laquelle tout vit et tout se meut; le ciel ! C'est la résidence glorieuse de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, qui l'a ouvert et acquis par l'effusion de son sang adorable ; c'est le temple spécial de l'Esprit saint, qui l'éclaire de ses divines lumières et l'embrase du feu sacré de son saint amour. C'est là que règne Marie, la mère de Dieu, la plus pure, la plus parfaite des créatures, la Reine des anges et des saints ; c'est le lieu qu'habitent ces célestes intelligences dont la sublime hiérarchie compte jusqu'à neuf degrés divers ; c'est enfin l'endroit où Dieu réunit les âmes les plus innocentes, les plus héroïques, aux sentiments les plus nobles, les plus élevés et les plus généreux qui existèrent jamais ; où toutes ont accès, quel que soit le rang qu'elles aient occupé sur la terre, et où chacune est récompensée selon ses mérites. C'est un lieu, en un mot, où il n'y a plus ni mort, ni deuil, ni douleur, ni larmes, ni inquiétude, mais une gloire et un bonheur sans mélange et sans fin !

II. Le ciel ! C'est le centre d'où rayonnent et vont se répandre sur l'Église universelle tous les secours célestes, toutes les lumières divines, toutes les faveurs spirituelles, tout le bonheur dont la source inépuisable est Dieu lui-même ; c'est le centre de tous les pouvoirs suprêmes, de toutes les protections, de toutes les grâces et de toutes les miséricordes. Que de mystères de charité et de bonté infinies, de secours inattendus, de prévenances incompréhensibles, d'oubli des outrages passés, de glorification du repentir et de la pénitence, brillent d'un éclat divin dans ce lieu de délices, où il y a plus de joie pour la conversion d'un pécheur que pour la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes! Que ne pouvons-nous entendre le concert de louanges et de reconnaissance entonné par Dismas le bon larron, par Marie-Madeleine, types des pécheurs pénitents, auquel répondent tous les cœurs convertis par la miséricorde infinie de Dieu !

III. Si toutes les grâces partent du ciel,tous les soupirs embrasés, tous les vœux les plus ardents, toutes les prières les plus ferventes, les espérances les mieux fondées de l'humanité, y convergent et y aboutissent. Le ciel envoie ses inspirations et sa force à la terre, et celle-ci lui rapporte en échange ses sacrifices généreux et ses vertus héroïques ; le ciel sème et répand sur elle la rosée de ses faveurs, et la terre produit les riches moissons de bonnes œuvres destinées à remplir les greniers du père de famille. La perspective de ces magnifiques récompenses fait mépriser les travaux du temps, pour le repos bienheureux de l'éternité. Sage et admirable centralisation de l'Église universelle, de ce royaume spirituel qui exalte la gloire du Très-Haut, et qui est la source de la félicité sans bornes et sans mesure à laquelle le Seigneur a destiné les âmes ! Adorons cette admirable économie de la sagesse infinie, et efforçons-nous d'entrer dans ses miséricordieux desseins.

 

Élévation sur le Ciel, ou l'Église triomphante

 

I. Que vos tabernacles sont ravissants, Seigneur, quels transports de reconnaissance et d'amour ils excitent dans mon cœur ! Oui, je le reconnais, vous nous avez créés pour le ciel, et pour vous, ô mon Dieu, car le ciel c'est vous ; vous qui en êtes la vie, la joie et la gloire. Aussi bien, vous seul pouviez suffire à satisfaire ce besoin infini que j'ai d'aimer, et que vous avez mis pour cela dans mon cœur. Sans doute, Marie, les Anges et les Saints contribuent à enrichir ce séjour de la félicité suprême par l'éclat de leur beauté et de la gloire qui les environnent ; mais, Seigneur, cette beauté, cette gloire elle est votre ouvrage, et ce n'est encore qu'un faible reflet de cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, de cette infinie majesté qui est l'un de vos attributs essentiels. Oh ! que je ne le perde jamais de vue : « Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur restera toujours inquiet jusqu'à ce qu'il repose à jamais en vous ». (S. Augustin).

II. N'est-ce pas vous, en effet, ô mon Dieu, qui avez créé mon âme ? Ne vient-elle pas du ciel ? Sa nourriture n'est-elle pas la grâce, les saintes inspirations de votre divin esprit ? votre Verbe ou votre parole sacrée, et surtout le pain eucharistique, le pain descendu du ciel ? Pourquoi votre adorable Fils est-il descendu des hauteurs infinies de la gloire pour se faire homme et pour honorer la terre de sa présence; et pourquoi, après l'avoir enrichie du trésor incomparable des sacrements, qui renferment la nourriture la plus précieuse des âmes, est-il remonté au ciel pour nous y préparer une place ? N'était-ce pas nous dire assez clairement qu'ici-bas n'est pas notre demeure permanente, et que le viatique qu'il nous a préparé n'est qu'un secours temporaire pour soutenir nos forces défaillantes, jusqu'à ce que nous arrivions au terme du voyage qui est la patrie, le ciel ? Si Dieu nous a dit en la personne d'Adam prévaricateur: Souviens-toi, ô homme, que tu n'es que poussière et que tu retourneras en poussière ! Il aurait bien pu nous dire aussi : « Souviens-toi, ô âme chrétienne, que tu viens du ciel, que ta nourriture descend du ciel, et que si tu es fidèle tu retourneras au ciel ».

III. Comment maintenant ne tournerais-je pas sans cesse mes regards vers ce beau ciel ? comment ne serait-il pas l'unique, ou, du moins, l'objet dominant de mes pensées, de mes affections, de mes vœux ? Le ciel est le sein d'où mon âme est sortie ; si, pendant le pèlerinage de cette vie, j'ai des combats à livrer, des épreuves à soutenir, si mon âme est languissante, si les dangers l'entourent de toute part, si ses ennemis l'accablent, ne doit-elle pas s'écrier avec le prophète : Je lèverai mes yeux vers les montagnes éternelles, d'où me viendront tous les secours dont j'ai besoin ? La vue de ce poids de la gloire éternelle m'aidera à supporter avec courage et résignation les tribulations comparativement si légères et si fugitives de cette courte vie. Soyez à jamais béni, Seigneur, d'avoir ainsi uni le ciel à la terre, d'en avoir fait le sanctuaire et la source de vos grâces, et surtout de nous y avoir préparé un trône et une couronne pour toute l'éternité.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous!

 

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31 mai 2014

Le Mois de Saint Pierre

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Le Mois de Saint Pierre

Ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

 

Premier jour

L'Eglise universelle

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous!

 

I. Lorsque l'on considère le Créateur de toute chose, l'Esprit de Dieu planant avec son infinie majesté et sa toute-puissance sur les espaces et les abîmes ; lorsqu'on le voit faisant sortir du néant l'univers entier par la seule force de sa parole féconde, on tombe prosterné devant lui, et on l'adore. Si ensuite, entrant dans les détails de ce chef-d'œuvre, on étudie l'admirable harmonie qu'il a établie entre les différents corps qui le constituent, comment pourrait-on être surpris qu'après avoir créé aussi le monde des esprits, dont la dignité et la noblesse l'emportent autant sur celles du monde matériel que le ciel l'emporte sur la terre, le souverain Maître ait voulu en coordonner également les éléments, et les unir entre eux par un lien indissoluble, le lien divin de la charité ! Ce monde spirituel, ainsi organisé par la main même du Créateur, c'est l'Église universelle.

II. « Que vos œuvres sont magnifiques ! s'écriait le Roi-Prophète en méditant sur les merveilles de la création des êtres matériels : elles portent toutes le cachet de votre sublime sagesse ! » Pour nous, élevons notre âme plus haut encore, et contemplons avec admiration la ravissante ordonnance que Dieu a établie dans cette incomparable société des esprits. Les uns sont sur la terre, chargés encore du poids importun d'une chair rebelle, et s'exercent dans les combats; d'autres souffrent dans un lieu transitoire pour y expier leurs faiblesses ; les autres, enfin, jouissent dans la gloire des cieux du bonheur suprême, fruit de leurs travaux et de leurs victoires. Mais tous ne forment pourtant qu'une seule et même famille, dont Dieu est le Père; tous n'ont qu'un seul et même but qui est d'exalter la gloire du Très-Haut; tous sont unis entre eux par un seul lien, le plus doux et le plus fort, qui est la charité.

III. Que notre âme quitte donc un instant la terre, que notre cœur se dilate, à la pensée de ce royaume des esprits, immense et sans limites, où règne cependant l'ordre le plus parfait ; où se manifestent à la fois toutes les perfections divines de celui qui l'a fondé, sa grandeur, sa toute-puissance, sa sagesse, sa justice et son amour. Prions le Seigneur qu'il nous donne lui-même l'intelligence de cette œuvre de ses mains : car, sans son aide, comment pourrions-nous embrasser cet horizon sans bornes, et comprendre ce céleste ouvrage dont Dieu et l'éternelle béatitude sont l'unique objet et la dernière fin ? Pour contempler les choses divines, il faut un secours divin ; sans lui, notre faiblesse et les liens malheureux qui nous attachent à la terre nous empêcheraient de nous élever assez haut pour entrevoir au moins ces sublimes vérités.

 

Élévation sur l'Église universelle

 

I. Si, du haut des montagnes les plus élevées du globe, je jette un regard autour de moi, quel vaste horizon se déploie sous mes yeux ! et je m'écrie avec admiration : Que vous êtes grand, ô mon Dieu ! Si en parcourant les falaises qui bordent l'immensité des mers, je contemple l'Océan, ma vue s'y égare et s'y perd, je crois avoir une idée de l'infini, je reconnais, Seigneur, votre ineffable majesté, et l'ouvrage de votre toute-puissance. Mais, qu'est-ce que ces imposants spectacles à côté de celui que m'offre l'Église de Dieu, le royaume des esprits ? qu'est-ce que la terre en face de l'immensité des cieux ?

II. Oh non! l'Église n'est pas seulement la réunion de ces âmes fidèles qui combattent sur la terre les combats du Seigneur, ce n'est pas seulement ce Pontife suprême présidant aux destinées éternelles des peuples et du monde entier, à l'aide de cette majestueuse hiérarchie et de ces généreux apôtres qui sont la voix qui prêche dans le désert et qui prépare les voies à la vérité ; ils n'en forment qu'un bien faible élément et la moindre partie. — L'Église! ce n'est pas seulement encore cette assemblée sainte des âmes embellies de toutes les vertus, enrichies des trophées de leurs nombreuses victoires, parvenues à une difficile perfectionnais auxquelles, avant d'entrer dans la gloire, il reste quelques légères taches à effacer, quelques faibles dettes à acquitter par les travaux de l'expiation. C'est bien là un des peuples les plus parfaits qui concourent à former le royaume des esprits, c'est une des plus belles provinces de cet immense empire; mais ce n'est pas encore l'Église universelle.

III. C'est au ciel, ô mon Dieu, que je dois monter; c'est de ces hauteurs que je dois contempler le royaume des âmes, si je veux en avoir au moins une faible idée; c'est jusqu'au pied du trône de votre infinie majesté que je dois m'élever, et de là plonger mon regard sous ces voûtes azurées et resplendissantes de vos divines clartés. Je verrai alors cet innombrable sénat composé des saints de tous les siècles, ce lieu de délices ineffables , récompense des plus généreux combats, espérance suprême des âmes qui n'ont pas achevé de se purifier, ou qui travaillent encore dans la vigne du père de famille. Je serai témoin surtout de ces rapports intimes de la terre avec le séjour de l'expiation, et de l'une et l'autre avec les cieux. Mon œil verra ces légions d'anges qui apportent en foule les messages des pauvres âmes qui gémissent encore sous le poids des souffrances de l'expiation et des labeurs de la vie passagère de l'épreuve, ou qui retournent et descendent vers le lieu de l'exil chargés des secours célestes que la miséricorde infinie daigne répandre par leurs mains sur ceux qui la prient. Saintes et douces communication que la charité divine a établies entre l'Église militante, l'Église souffrante et l'Eglise triomphante pour n'en faire qu'un seul et gigantesque Empire, digne d'être l'oeuvre de sa sagesse et de sa toute-puissance ! Ah ! si le génie de l'homme, surprenant l'un des secrets du Créateur, peut faire parvenir sa pensée jusqu'aux extrémités de la terre avec la rapidité de l'éclair, comment votre toute-puissance, votre ineffable bonté, ô mon Dieu, aurait-elle pu être arrêtée par la distance qui sépare le ciel de la terre ? Soyez mille fois béni. Seigneur, de ces liens étroits que vous avez su former entre eux !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous!

 

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