18 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Dix-neuvième jour

La Catholicité de l'Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. L'Eglise est catholique ou universelle sous tous les points de vue. L'universalité est une conséquence nécessaire de sa nature même. L'Eglise, en effet, n'est autre chose que le gouvernement visible établi sur la terre par Dieu lui-même pour conduire les hommes à leur fin dernière, c'est-à-dire, pour leur apprendre à connaître, à aimer et à servir l'Etre suprême, leur Créateur, leur souverain Seigneur, et mériter par ce moyen les récompenses de la vie future et éternelle. Or, comme tous les hommes, sans exception, sont destinés à cette fin, et n'ont été créés que pour y parvenir, il en résulte que l'action de l'Eglise, ou du gouvernement visible de Dieu ici-bas, doit s'exercer sur tous les individus comme sur tous les peuples : l'Eglise doit donc être universelle ou catholique. On le voit, ce caractère est essentiel et inhérent à sa mission ; c'est pour cela que Jésus-Christ dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, et baptisez-les au Nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à pratiquer tout ce que je vous ai enseigné », (Matthieu 28, 19, 20). Dieu, notre souverain Maître, a le droit incontestable de dicter des lois à tous les hommes et à tous les peuples, et d'exercer sur eux une action universelle et sans limites ; l'Eglise, qui est son pouvoir exécutif, est donc revêtue de la même prérogative ; et c'est pour cela, qu'ayant le droit et même le devoir de se mêler à tous les actes humains, pour les soumettre à sa salutaire influence, comme nous le disions dans la cinquième méditation, elle est nécessairement catholique ou universelle. Les hommes, sans doute, peuvent résister à cette influence ; ils peuvent même secouer entièrement le joug que l'Eglise leur impose, et se révolter ouvertement contre elle, mais ils ne pourront jamais la dépouiller des droits qu'une autorité inattaquable, celle de Dieu-même, lui a conférés.

II. Aussi, comme l'action que Dieu a voulu exercer sur les hommes par son Eglise a commencé à se produire dès l'origine des temps, qu'elle s'est perpétuée sans interruption jusqu'à nous, d'abord par les patriarches, puis par Moïse, par les rois, par les juges, par les prophètes et par la hiérarchie établie définitivement sous la loi Evangélique ; et qu'elle continuera à s'exercer ainsi, malgré tous les efforts de l'impiété, jusqu'à la consommation des siècles, la catholicité de l'Eglise s'étend à tous les temps. L'Eglise est encore catholique en ce sens qu'elle enseigne toutes les vérités que Jésus-Christ lui-même a enseignées par ses apôtres, et qu'aucune de ces vérités n'a cessé d'être comptée au nombre de ses dogmes, depuis qu'elle en a reçu le dépôt ; parce que les hommes sont et seront toujours ce qu'ils ont été, c'est-à-dire, aussi sujets à l'erreur en ce qui regarde leurs intérêts éternels, aussi portés au mal et aussi faibles dans l'accomplissement de leurs devoirs ; et que, par conséquent, toujours il sera nécessaire de faire briller à leurs yeux la même lumière divine par laquelle le Seigneur daigne éclairer leurs pas dans la voie du salut. Enfin, l'Eglise est catholique quant aux lieux, en ce qu'elle est répandue simultanément, en vertu de la nature même de son institution, dans la plus grande partie des régions connues; en ce qu'elle est constamment plus répandue que chacune des sociétés séparées de sa communion. Jamais aucune secte n'a été et ne sera, nous ne disons pas plus nombreuse, mais aussi nombreuse que l'Eglise de Jésus-Christ ; les prophètes, le Sauveur du monde, les apôtres, les pères et les docteurs de tous les temps, s'accordent à nous représenter l'Eglise comme devant être constamment universelle sans cesser d'être une ; à  la différence des Protestants, qui, par Eglise catholique, entendent la réunion de toutes les sociétés chrétiennes qui admettent les articles fondamentaux réduits à leur plus simple expression, et qui diffèrent néanmoins entre elles sous une multitude de points de vue de la plus haute importance. Comment peut-on, d'ailleurs, appeler Eglise l'amas de plusieurs sectes, qui, loin d'avoir entre elles aucune union, se regardent les unes comme hérétiques, les autres comme idolâtres, et qui se disent toutes mutuellement anathème ?

III. L'universalité de l'Eglise quant aux lieux, c'est-à-dire son expansion simultanée dans la plus grande partie de l'univers connu, est une conséquence naturelle de son institution. Destinée à éclairer et à régir tous les peuples de la terre et toutes les générations qui se succèdent, elle devait, pour pouvoir atteindre ce but, trouver dans l'homme des dispositions naturelles qui fussent en harmonie avec l'organisation et la mission célestes qu'elle avait reçues de son Divin Fondateur. Le Sauveur, en effet, n'ayant fait son Eglise que pour le service de l'humanité et afin de la conduire au salut, a calqué en quelque sorte la nature même de sa hiérarchie et l'économie de ses fonctions, sur celle de la famille humaine. Lui-même a voulu être le père de la famille chrétienne, l'Eglise ou ses ministres en sont la mère, tous les fidèles sont des frères. Comme père, il impose des lois à ses enfants, la mère est chargée de les promulguer et de veiller à ce qu'elles soient fidèlement observées. Elle exhorte les fils rebelles au respect et à la soumission ; sans cesse elle remplit les fonctions de médiatrice entre les enfants ingrats et le père justement irrité. Elle plaide la cause des premiers, elle apaise par ses ferventes prières la sévérité de son Epoux, elle réconcilie et bénit. Elle s'efforce d'entretenir la plus tendre affection entre tous les membres de cette immense famille, en cimentant leur union par les liens de la Divine Charité. Comment s'étonner maintenant si l'Eglise réunit à tant d'autres caractères qui révèlent sa céleste origine, celui de l'universalité, puisque la nature de son organisation, et jusqu'aux sentiments les plus délicats et les plus généreux qui l'animent, se trouvent déjà universellement répandus dans la famille, et par conséquent dans toutes les sociétés qui couvrent la surface du globe ? C'est ce qui explique en partie, comment il a été plus facile à l'Eglise de Jésus-Christ, qu'à toutes les sectes qui s'en sont séparées, de l'emporter par le nombre de ses conquêtes, et de pouvoir revendiquer avec justice pour elle seule le titre divin de catholique.

 

Élévation sur la Catholicité de l'Eglise

 

I. Le péché d'origine avait jeté un voile funèbre sur toute la terre. Le soleil de la vérité s'était caché sous des nuées obscures et semblait s'être retiré à jamais dans le secret de son sanctuaire. L'ignorance la plus profonde régnait depuis quatre mille ans parmi les hommes, au point de vue de leurs intérêts éternels. La Judée seule, qui abritait le peuple que Dieu s'était choisi entre tous les peuples, avait conservé la connaissance du vrai Dieu, et nourrissait l'espérance de la rédemption future. Ses prophètes annonçaient avec joie le moment heureux où le genre humain tout entier recevrait les lumières divines et serait éclairé par le Sauveur, qui, semblable à l'astre des jours, devait inonder toute la terre de l'éclat de ses célestes rayons. « Le Messie, disait le Saint Roi David, aura les nations pour héritage, et les extrémités de la terre pour possession ». (Psaume 2) « Il dominera d'une mer jusqu'à l'autre, et du fleuve jusqu'aux limites de l'univers ». (Psaume 61). « Tous les rois de la terre l'adoreront ; toutes les nations lui obéiront ». « Tous les peuples de la terre se convertiront au Seigneur ; toutes les familles des nations se prosterneront devant lui ». (Psaume 21). Isaïe, parlant au nom de Dieu au Rédempteur du monde, s'écriait : « Voilà que je t'ai établi la lumière des nations, pour que tu portes le salut qui vient de moi jusqu'aux extrémités de la terre ». (Isaïe 49). Malachie, à son tour, donnait à entendre la diffusion de l'Eglise de Jésus-Christ sur toute la terre, par opposition avec l'Eglise Judaïque qui n'était que pour la Judée : « Je ne mets plus en vous ma volonté, disait aux Juifs le Seigneur des armées, et Je ne recevrai plus de dons par vos mains, car, du levant jusqu'au couchant, mon nom est glorifié par toutes les nations ; et en tout lieu on offre et on sacrifie en Mon Nom une oblation pure ». (Malachie 1). C'est ainsi, Seigneur, que Vous annonciez au monde étonné l'étendue de vos miséricordes, et comment votre Eglise, pour en être l'instrument, devait être catholique et établir son règne sur l'univers entier !

II. Vous-même, ô Divin Sauveur, vous rappeliez à vos apôtres que ces prophéties devaient s'accomplir en vous : « Ainsi il est écrit, leur disiez-vous, ainsi il a fallu que le Christ souffrit et qu'il ressuscitât le troisième jour d'entre les morts, et qu'en son nom la pénitence et la rémission des péchés fussent prêchées dans toutes les nations, en commençant par Jérusalem ». (Luc 24, 47). « Allez dans le monde entier ; prêchez l'Evangile à toute créature ». (Marc 16, 18.) « Vous recevrez la vertu de l'Esprit Saint, qui descendra sur vous ; et vous Me servirez de témoins dans Jérusalem, dans la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre ». (Actes des Apôtres 1, 8). Je comprends, après de semblables paroles, que les apôtres aient annoncé l'Evangile et établi des Eglises dans toutes les contrées qu'ils ont pu parcourir, sans distinction de peuples ou donations. Aussi, saint Paul écrivait-il aux Romains qu'il avait reçu la grâce de l'apostolat pour soumettre toutes les nations à la Foi, au nom de Jésus Christ (Romains 1, 5), ajoutant que la foi qu'il leur prêchait s'était répandue dans tout le monde. (Romains 8). Il fallait bien, en effet, que les apôtres eussent appris de vous, ô mon divin Maître, que votre Eglise devait être catholique, pour s'expliquer leur zèle, les nombreux voyages qu'ils ont entrepris, les dangers de toute espèce qu'ils ont courus sur terre et sur mer, tous les travaux en un mot qu'ils ont entrepris pour la propagation de l'Evangile. Et ce qui lèverait tous les doutes à ce sujet, s'il en pouvait exister, ce serait cet article qu'ils ont inséré dans le symbole de leur Foi, et dont ils exigeaient la profession de la part des premiers chrétiens : « Je crois à la Sainte Eglise catholique. C'est encore cette même foi à la catholicité de l'Eglise de Jésus-Christ qui me révèle le secret de cette ardeur infatigable qui n'a cessé d'animer dans tous les temps, depuis dix-huit siècles, des milliers d'ouvriers évangéliques, qui n'ont pas craint d'affronter toutes les souffrances et même la mort, pour aller porter dans les contrées les plus lointaines les bienfaits du christianisme.

III. Vos apôtres. Seigneur, avaient à peine rendu le dernier soupir au milieu des tourments du martyre, que déjà votre Eglise était répandue dans tout le monde connu : les uns avaient porté l'Evangile dans l'Orient et jusque dans les Indes, d'autres au sein de la civilisation grecque et Egyptienne, à Athènes, à Alexandrie ; Saint Pierre avait choisi l'Occident pour le champ de ses travaux et avait envoyé des missionnaires dans les Gaules, en Espagne et jusqu'en Afrique. Aussi Tertullien, qui vivait au troisième siècle depuis l'établissement du christianisme, disait-il dans son apologie de la religion chrétienne : « Les Maures, les Marcomans, les Parthes même, quelque nation que ce soit, renfermée dans ses limites, est-elle plus nombreuse qu'une nation qui n'en a d'autres que l'univers ? Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout ce qui est à vous, vos villes, vos îles, vos forteresses, vos colonies, vos bourgades, vos assemblées, vos camps, vos tribus, vos décuries, le palais ; le sénat, le forum ; nous ne vous laissons que vos temples ». O mon Dieu ! Qui ne reconnaîtrait la puissance de votre bras dans un changement si subit opéré sur la surface de la terre, sans force matérielle, sans le secours de la science humaine, par des hommes ignorants, appartenant aux classes infimes de la société ; sans autre moyen, en un mot, que la croix et la prédication des vérités, que leur avait enseignées leur Divin Maître. Comment ces païens vivant au sein du luxe, d'une vie molle et sensuelle, dans un siècle où les lettres, les sciences, les arts et la civilisation étaient parvenus à un si haut degré de perfection, ont-ils pu embrasser en foule une doctrine dont les principes fondamentaux étaient le détachement des richesses, la mortification de la chair et l'humilité, et dont l'auteur était un crucifié ? Comment surtout ont-ils été jusqu'à donner leur vie en si grand nombre, plutôt que de renoncer à la croire et à la pratiquer? Ah ! Seigneur, c'est que, selon votre promesse, vous étiez avec votre église, vous avez travaillé avec vos apôtres : vous parliez par leur bouche, ils étaient inspirés par votre Divin Esprit, votre Divine Charité les soutenait et les animait. Vous aviez promis que votre Eglise s'étendrait de l'orient à l'occident, et vous avez opéré cette révolution prodigieuse en quelques années, par le seul ministère de ces hommes simples que vous aviez revêtus de vos pouvoirs divins : votre Eglise est devenue Catholique, et ce seul caractère suffirait à prouver la divinité de son institution. Oui, mon Dieu, je le confesse et je le publie hautement : Je crois en l'Eglise catholique !...

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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17 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Dix-huitième jour

L'infaillibilité de l'Eglise

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. De toutes les prérogatives de l'Eglise, celle qui révolte, qui irrite le plus l'égalité, la liberté et l'indépendance absolues auxquelles notre siècle aspire vainement, et cependant avec une incomparable ardeur, est assurément son infaillibilité. Il est évident que lorsqu'on ne veut voir dans l'Eglise qu'une institution purement humaine, son infaillibilité apparaît naturellement comme une prétention exorbitante, et les conséquences qui en découlent prennent un caractère d'intolérance qui blesse la raison. Toutefois, ne faut-il pas admettre que toutes les souverainetés possibles ne peuvent exister qu'à  la condition d'agir comme si elles étaient infaillibles ? N'y a-t-il pas, et ne faut-il pas qu'il y ait dans tous les gouvernements une voix qui parle en dernier ressort, et dont les décisions soient sans appel ? Car, du moment où l'on pourrait sans cesse remettre en question toute espèce d'arrêt, sous prétexte d'erreurs ou d'injustice, une incertitude funeste planerait sur les droits les mieux acquis, toute direction des affaires deviendrait impossible. L'Eglise, étant le gouvernement de la société chrétienne, a d'autant plus de titres à ce droit commun de l'infaillibilité, que sa juridiction est plus étendue que celle de toutes les autres souverainetés, puisqu'elle embrasse l'univers entier, et que plus le territoire d'un gouvernement est vaste, plus il est nécessaire que les incertitudes en se multipliant ne viennent pas affaiblir l'autorité, ni compliquer l'administration de la  chose publique. Mais ce qui lui donne surtout plus de droit à cette infaillibilité commune à tous les gouvernements, c'est d'abord que l'Eglise restreint son infaillibilité et ne s'en prévaut qu'en matière de religion, telle que la définition des articles de foi, la règle des mœurs, la discipline générale, les constitutions monastiques, la liturgie, la canonisation des saints ; et qu'après dix-huit siècles d'exercice de sa puissance, personne ne pourrait la convaincre de s'être jamais trompée dans son enseignement, qui est encore aujourd'hui le même que celui des apôtres. Depuis dix-huit cents ans ses lois fondamentales n'ont pas subi le moindre changement, et c'est précisément cette immutabilité qui est la source des reproches qu'on lui adresse en l'accusant de rester immobile pendant que les peuples sont, dit-on, dans la voie du progrès. Mais outre cet accord constant avec elle-même, pendant le cours de tant de siècles, accord qui contraste d'une manière frappante avec les variations perpétuelles opérées dans les législations de tous les empires, l'Eglise a toujours eu pour la gouverner des hommes qui réunissaient au plus haut degré les qualités qui peuvent le mieux assurer ici-bas l'infaillibilité des conseils et des décisions. Qui oserait, en effet, contester d'abord aux Pontifes, aux Evêques, aux Pères et aux docteurs qui ont administré et qui administrent encore les affaires de l'Eglise, cette science profonde des livres saints et de la tradition dont ils ont su faire respecter l'intégrité depuis les apôtres jusqu'à nous, et qui n'a cessé de vérifier cet oracle de Malachie : « Les lèvres des prêtres seront les gardiennes de la science, et c'est à la bouche du sacerdoce que l'on demandera la connaissance de la loi » (2, 7) ? Où trouverait-on ensuite plus de sagesse, de prudence, de maturité, de connaissance pratique du cœur humain pour porter et prononcer des jugements ? Y a-t-il jamais eu enfin d'autorité plus indépendante de la pression qu'exercent ordinairement sur les conseils les passions du dehors et celles du dedans ? Jamais, d'une part, l'autorité ecclésiastique n'a cédé Contre sa conscience ni aux menaces, ni à la force brutale des puissances du siècle, elle a préféré le martyre ; et de l'autre, destinée à combattre les inclinations perverses de l'humanité, elle s'en est affranchie elle-même, autant qu'il est permis à la faiblesse de notre nature d'y parvenir, et jamais elle n'a pris de décision importante sous leur influence. Ainsi, une science profonde des choses saintes ; l'expérience et la maturité ; enfin, toute l'indépendance possible ici-bas, pour éviter l'influence des passions : telles sont les garanties qui mettent les décisions de l'Eglise à l'abri de l'erreur, et qui lui assurent déjà  un degré d'infaillibilité supérieur à celui que s'attribuent les autres gouvernements.

II. Mais outre cette infaillibilité de droit commun et de raison, l'Eglise possède encore une infaillibilité absolue et divine, à  laquelle aucune autre ne peut être comparée. Le Verbe s'était fait homme pour apportera Vérité sur la terre, et pour arracher ainsi l'intelligence et la raison humaines au dédale inextricable d'erreurs dans lequel elles s'étaient plongées. Mais, pour que la vérité ne fit pas elle-même naufrage dans 1a suite des temps, et pour qu'elle pût parvenir intacte aux générations les plus reculées au milieu du déluge des fausses doctrines et des subtilités de l'esprit de mensonge, il fallait d'abord que ce dépôt sacré fût confié à des mains sûres, qui non-seulement le garderaient avec intégrité, mais qui en répandraient encore les richesses de siècle en siècle dans l'univers entier. Il fallait ensuite un tribunal suprême et sans appel, dont les décisions fussent revêtues d'une infaillibilité sanctionnée par la parole d'un Dieu, afin de trancher toutes les difficultés, et de dissiper tous les doutes qui pouvaient obscurcir de leurs voiles trompeurs l'éclat des vérités célestes, que le Sauveur voulait faire briller aux yeux de tout homme venant en ce monde. Les apôtres et leurs successeurs furent en effet choisis par Jésus-Christ pour remplir cette double mission. Ils reçurent le dépôt de la vérité ou de la doctrine de l'Evangile ; ils furent chargés de l'enseigner à toutes les nations, et le Sauveur leur promit d'être avec eux, c'est-à-dire de les assister jusqu'à la consommation des siècles : « Allez, leur dit-il, enseignez toutes les nations, baptisez-les au Nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit : enseignez-leur à observer tout ce que Je vous ai commandé : voici que Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles ». (Matthieu 28, 29, 20). Ainsi, les apôtres enseignant avec l'assistance de Jésus-Christ, jusqu'à la fin des temps, ne pouvaient donc jamais annoncer une doctrine erronée, et devenaient par conséquent toujours infaillibles dans leur enseignement. Mais le divin Maître voulut leur donner une garantie plus positive encore de cette prérogative toute divine et de cet insigne privilège, et il leur assura que jamais les portes de l'enfer, c'est-à-dire l'erreur et le mensonge qui ouvrent l'entrée de l'enfer, ne pourraient triompher de l'Eglise ; en d'autres termes, que l'Eglise serait toujours à l'abri de l'erreur, dépositaire de la vérité et infaillible dans sa doctrine : « Et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ». (Matthieu 16, 18). Or, comme ces promesses du Sauveur n'ont été faites qu'aux apôtres et à leurs successeurs, c'est-à-dire à l'Eglise Catholique, apostolique et romaine, ce qui sera démontré dans la suite de ces méditations, il en résulte que l'Eglise catholique possède seule la vérité et l'infaillibilité, à  l'exclusion de toute autre société religieuse. Si c'est être intolérant d'admettre que l'Eglise est seule dépositaire de la vérité infaillible qui réduit à néant toute autre doctrine opposée à la sienne ; qui éclaire, échauffe et donne la vie au monde entier des esprits, par l'effusion de ses divins rayons ; pourquoi ne serait-on pas également intolérant lorsqu'on affirme que le soleil est, comme l'indique son nom « Solus », le seul astre qui possède une lumière qui lui soit propre, que tous les autres corps célestes pâlissent devant lui et ne font que refléter quelques rayons empruntés à son immense foyer ; enfin, que le soleil seul éclaire, échauffe et donne la vie au monde physique ? L'un comme l'autre ne sont-ils pas des faits incontestables ; et celui qui a créé un soleil à l'usage, des corps et du temps, pouvait-il négliger d'en créer un à l'usage des âmes et de l'éternité ?

III. Cependant, l'infaillibilité de l'Eglise une fois reconnue, il importe de savoir quel en est le siège. Il est évident que cet insigne privilège devait être réservé à ceux qui ont été chargés spécialement du dépôt de la Foi et du soin d'enseigner les fidèles, c'est-à-dire, au souverain Pontife et aux Evêques ; car ce sont eux qui forment uniquement l'Eglise enseignante. Les pasteurs du second ordre, c'est-à-dire les curés et les autres Prêtres, ne sont que des délégués des évêques, qui portent de leur part aux fidèles l'enseignement qu'ils ont eux-mêmes reçu des premiers pasteurs. Ils n'ont pas la plénitude du Sacerdoce, et par la même ils ne sont pas juges de la foi : l'infaillibilité n'était donc pas nécessaire à l'accomplissement de leurs fonctions. La promesse de l'infaillibilité fut faite par Jésus-Christ, d'abord à Pierre seul, et, dans sa personne, à ses successeurs légitimes. Un an environ avant la passion, et pendant la troisième année de sa prédication, le Divin Maître étant avec ses disciples auprès de la ville de Césarée de Philippe, les interrogea et leur dit : « Qui dites-vous que Je suis ? » Simon-Pierre répondit : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Jésus lui répondit à son tour, et lui dit : « Vous êtes heureux, Simon Bar-Jona, parce que ce n'est point la chair et le sang qui vous ont révélé ceci, mais Mon Père, qui est dans les Cieux. Et moi aussi Je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre Je bâtirai mon Eglise ; et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Et Je vous donnerai les clefs du Royaume des Cieux ; et tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans les Cieux ; et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans les Cieux ». (Matthieu 26, 15-19). Nous lisons encore, dans l'Evangile de Saint Luc, qu'après l'institution du sacrement de l'Eucharistie, et qu'après avoir conféré à ses apôtres l'épiscopat, le Sauveur dit à Pierre au moment où il allait se rendre au jardin des Oliviers : « Simon, Simon, Satan était dévoré du désir de vous cribler, comme on crible le froment : mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas : et lorsque tu seras converti, affermis tes frères ». (Luc 22, 31, 32.) D'après ces paroles du texte sacré, nous sommes en droit de conclure que celui qui est la pierre fondamentale de l'Eglise ne saurait chanceler ; car alors il entraînerait dans sa chute la ruine complète de l'édifice sacré qu'il soutient, et contre lequel pourtant les portes de l'enfer ne peuvent prévaloir. Si le chef de l'Eglise pouvait tomber dans l'erreur, ce serait en vain que Jésus-Christ lui-même aurait prié pour que la Foi de Pierre ne défaillît pas, et qu'il aurait confié au chef des apôtres le soin d'affermir ses frères dans la foi. Après sa résurrection, le Divin Maître s'adressant encore spécialement à Saint Pierre, exige de lui une triple profession d'amour et de dévouement, et lui dit solennellement : « Paissez mes agneaux, paissez mes brebis », (Jean 21, 16, 17). Mais, si Pierre n'est pas infaillible dans sa doctrine, comment pourra-t-il conduire les agneaux et les brebis, c'est-à-dire les fidèles et les pasteurs, dans les divins pâturages de la vérité ? Enfin, au moment de remonter au ciel, Jésus dit à tous les apôtres réunis à saint Pierre : « Toute puissance M'a été donnée dans le Ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations... Voici que Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles ». (Matthieu 28, 19, 20.) Cette nouvelle promesse, loin d'infirmer les trois premières, les corrobore ; car le Sauveur ne promet ici d'être avec ses apôtres jusqu'à la fin des temps , c'est-à-dire d'être infaillibles comme lui-même, qu'à la condition qu'ils seront unis à Pierre, donc, cette prérogative est tellement propre au chef de l'Eglise, qu'elle cesse d'être partagée par les évêques et même par les Conciles, dès qu'ils se séparent du souverain Pontife. Qu'y a-t-il d'étonnant que celui qui est à la tête de l'Eglise ait reçu de Jésus-Christ des privilèges si sublimes et si singuliers ? Dans notre corps mortel, auquel Saint Paul compare la sainte Eglise (Romains, 12, 4), la tête n'a-t-elle pas été plus avantageusement partagée que les autres membres ? N'est-elle pas comme le centre auquel convergent toutes les relations des sens et des autres organes de la vie ? N'est-elle pas le siège principal de l'intelligence, de la volonté et du gouvernement de notre être tout entier ? Aussi, en revendiquant pour le chef de l'Eglise les prérogatives nécessaires et assurées à l'exercice des importantes fonctions dont il est revêtu, nous n'entendons point l'isoler des membres avec lesquels il forme un même corps. Dans un corps, il y a un ensemble d'action, auquel les parties qui le composent prennent une part proportionnée au rôle qu'elles ont à jouer. C'est, en effet, ce qui a lieu dans le gouvernement de la société chrétienne. Quoique les papes ne se soient jamais trompés lorsqu'ils ont prononcé comme souverains juges sur un point de dogme, sur une question de droit, sur les affaires publiques de l'Eglise, et quoiqu'ils aient reçu la promesse qu'en pareille circonstance, l'assistance du Saint Esprit ne leur ferait jamais défaut, ils n'en sont pas moins obligés d'employer tous les moyens convenables pour éclairer leurs jugements. D'autre part, ce n'est pas sans raison que Jésus-Christ a établi les successeurs des apôtres ou les évêques juges de la Foi, et qu'il leur a aussi promis l'infaillibilité lorsqu'ils se tiendraient unis aux souverains Pontifes. C'est ce qui explique pourquoi le chef de l'Eglise a recours, soit aux conciles, soit aux évêques dispersés dans l'univers chrétien, quand il a à prendre quelque décision importante. Mais, comme ni les conciles, ni les évêques séparés du souverain Pontife ne sauraient être infaillibles, nous sommes en droit de conclure que c'est principalement dans le successeur de Saint Pierre que réside l'infaillibilité de l'Eglise.

 

Élévation sur l'infaillibilité de l'Eglise

 

I. Grâces vous soient rendues, Seigneur, d'avoir assuré le dépôt des vérités saintes que vous avez confié à votre Eglise, par le don d'infaillibilité que vous n'avez accordé qu'à elle seule ! Au milieu des erreurs, des systèmes séduisants et des sophismes de toute espèce qui surgissent à chaque instant au sein de la société, comment aurions-nous pu, sans ce secours puissant, discerner les divins oracles d'avec les illusions répandues par l'esprit de mensonge ! Il fallait à l'homme sur la terre, comme autrefois au peuple de Dieu dans le désert, une nuée mystérieuse, qui soutînt sa Foi durant le voyage de la vie, même pendant le jour, c'est-à-dire, lors même que l'Eglise jouirait d'une paix profonde ; il lui fallait surtout pendant la nuit, c'est-à-dire, au milieu des contradictions et des persécutions que devait soutenir l'Epouse de Jésus-Christ, à l'exemple du Divin Maître, une colonne de feu, une lumière éclatante, qui ne laissât aucun doute sur la route à suivre pour arriver au salut éternel. Pourquoi, sous la loi de grâce, serions-nous moins favorisés que les Juifs sous la loi de crainte ? Vous serait-il plus difficile, ô mon Dieu, vous le Tout-Puissant, de faire un miracle qui se perpétuât jusqu'à la fin des temps, que d'en faire un qui a duré pendant quarante ans ? Qu'y a-t-il de surprenant qu'ayant choisi des hommes pour continuer sur la terre l'oeuvre de la rédemption, vous ayez donné à celui que vous avez établi le chef souverain de vos ministres et votre vicaire ici-bas, le don d'infaillibilité ? N'avez-vous pas revêtu tous vos prêtres de pouvoirs bien autrement étonnants, tels que ceux par lesquels ils remettent les péchés et par lesquels ils consacrent le corps adorable de votre divin Fils ? Oui, Seigneur, je crois à l'infaillibilité de votre Eglise et en particulier à celle de son chef ; j'y crois d'une foi aussi vive qu'à tous les autres Dogmes du christianisme, puisque c'est la même autorité qui me l'affirme, et qu'elle repose sur les mêmes oracles.

II. Quelle paix, quelle tranquillité parfaite pour une âme d'être assurée qu'elle possède la vérité ! Pour le comprendre, il faudrait avoir été témoin des luttes affreuses et des désespoirs qui sont le fruit du doute. Aussi, ô mon Dieu, soyez à jamais béni de m'avoir donné cette lumière divine de l'infaillibilité de votre Eglise pour dissiper toutes mes ténèbres, et pour diriger mes pas dans l'étroit sentier qui conduit à la vie véritable de l'éternité. Oui, mon Dieu, Votre Eglise et son vénérable chef n'ont qu'à parler, et aussitôt mon intelligence et ma raison s'inclineront devant eux, comme si votre adorable Fils eût fait entendre lui-même celle voix céleste qui est venue apporter la vérité dans le monde : je m'écrierai alors avec le grand saint Augustin : « Rome a parlé, tout doute a disparu ». Tout doit se taire devant la sagesse infinie dont elle est l'infaillible organe : la sagesse, la prudence, la science humaines ne sont, devant cette éclatante lumière, que des lueurs incertaines qui ne sauraient qu'égarer les imprudents qui les prendraient pour guides. Eh ! La raison de l'homme qu'est-elle donc, pour oser se poser en juge devant les promesses de l'infaillibilité que vous avez faites à votre Eglise et à votre représentant sur la terre ? Cette raison si fragile, si incertaine, qui se trompe à chaque instant lors même qu'il s'agit de choses temporelles et palpables, aurait l'audace de disputer avec les oracles sacrés qui assurent à la société chrétienne la possession absolue et exclusive de la vérité, et qui depuis dix-huit cents ans n'ont jamais été démentis ? Je le sais, Seigneur, cet insigne privilège fait frémir l'erreur ; elle crie à l'intolérance, et elle ne voit pas pourquoi l'Eglise catholique réclame pour elle seule le bénéfice d'une faveur qui paraît exorbitante en présence de la faiblesse humaine. Mais l'erreur est aveugle ; elle ne sait pas voir dans le Saint Evangile que Jésus-Christ n'ayant accordé l'infaillibilité qu'à l'Eglise, dont il est lui-même le fondateur, personne autre ne saurait se l'attribuer, sans faire violence au Texte Sacré, ni sans forfaire aux règles les plus vulgaires du sens commun. Comment d'ailleurs celui qui affirme une chose comme celui qui la nie pourraient-ils être également infaillibles ? O mon Dieu ! Dès que l'homme cesse d'être docile à votre voix, dès que son orgueil le conduit à n'avoir d'autre guide que son propre jugement, il se perd, il marche d'égarement en égarement, il finit par être absurde ; et cette raison dont il était si fier l'abandonne et le livre au ridicule, ou plutôt à la pitié. C'est la chute de Lucifer qui se perpétue sur la terre à différents degrés, depuis Luther et Lamennais jusqu'à l'artisan le plus ignorant et le plus grossier qui voudrait aussi à son tour jouer l'esprit-fort et pouvoir se dire infaillible !

III. Oh ! Sainte Eglise de Jésus-Christ ! Oh ! Pontife suprême. Père vénérable de toute la chrétienté ! Je me prosterne à vos pieds ; je me soumets pour l'avenir, comme pour le présent et le passé, à toutes les décisions, à tous les jugements que vous avez prononcés, ou que vous prononcerez pour éclairer ma Foi. Je ne mets aucune différence entre votre voix et celle de Dieu, qui vous a promis son assistance jusqu'à la consommation des siècles. Mon respect le plus profond, ma docilité la plus parfaite, ma reconnaissance et mon amour sincères, sont des devoirs sacrés que je remplirai fidèlement envers vous jusqu'à mon dernier soupir. Que l'infaillibilité de vos divines lumières ne cesse jamais un instant de briller à mes yeux, jusqu'à ce que la foi et l'espérance cédant leur place à la charité, j'arrive à cette cité sainte qui est l'Eglise du ciel, où je verrai Dieu face à face, et où toutes les splendeurs de la vérité viendront remplir mon âme d'inénarrables délices. Ainsi soit-il.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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16 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Dix-septième jour

Immuabilité de la Doctrine Évangélique

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

« Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Saint Matthieu 11, 3). Voilà le langage que semblent tenir certains philosophes de nos jours, je dirais même certains chrétiens peu éclairés des lumières de la Foi. Ils pensent que puisque la Loi Mosaïque donnée par Dieu lui-même n'était pas le dernier mot de la sagesse infinie, la Loi Évangélique étant venue apporter un perfectionnement qui place le Nouveau Testament bien au-dessus de l'Ancien ; de même aussi il pourrait se faire que l'Evangile fit place un jour à des croyances et à une morale plus parfaites, c'est-à-dire à des dogmes moins inaccessibles à la raison humaine, à une morale plus commode et plus en rapport avec la faiblesse de notre nature. Tout, dans ce monde, est à l'état de progrès et de perfectionnement, ajoutent-ils : n'y aurait-il donc que la doctrine évangélique qui restât stationnaire et immobile ? Ne doit-elle pas suivre le mouvement des peuples et les progrès de la civilisation ? Les dogmes, la morale et la forme de l'Eglise actuelle sont-ils tout ce que nous devions attendre de Dieu, ou bien devons-nous en attendre d'autres ?

I. Il n'est pas étonnant que la loi ancienne ou la Loi Judaïque ait été remplacée par une loi plus parfaite, par celle de l'Evangile. Tout dans la première annonçait qu'elle n'était que temporaire, qu'elle n'était que l'ébauche et le préambule d'une autre qui devait infailliblement la suivre. La promesse du Messie faite dès le premier âge du monde, la foi à l'avènement de ce Divin Rédempteur, sans laquelle personne ne pouvait être compté au nombre des justes, ni espérer de salut ; les prophéties qui annonçaient l'époque, le lieu où naîtrait le Sauveur, la famille même qui lui donnerait le jour : n'en était-ce pas assez pour montrer que la religion juive ne devait pas avoir une durée indéterminée, et qu'elle subirait immanquablement de la part du Céleste Législateur une transformation ! L'apôtre Saint Paul ne nous dit-il pas que « la fin que se proposait l'Ancienne Loi était le Christ ? » (Romains 10, 4). « La Loi, dit encore le même apôtre (Hébreux 10, 1), n'avait que l'ombre des biens à venir, et non l'image qui renferme la substance même des choses. Tout arrivait à cet ancien peuple en figure » (1 Corinthiens 10,11), et toutes ces choses n'étaient que l'ombre de tout ce qui se devait passer dans la loi nouvelle » (Colossiens 2, 17). « La Loi, dit à son tour Saint Jean (Jean, 1, 17), a été donnée par Moïse, et la grâce et la vérité ont été apportées par Jésus-Christ ». Il faudrait parcourir tout l'Ancien Testament, pour voir toutes ces figures expliquées en Jésus-Christ. On y voit, à chaque page. Dieu promettant à son peuple de le protéger constamment contre ses ennemis, promettant que le Sauveur du monde naîtrait de son sein ; mais nulle part nous ne voyons le Seigneur lui promettre que la synagogue subsisterait jusqu'à la consommation des siècles ; au contraire, nous lisons, au chapitre 21 de Saint Luc, que Jésus prédit aux Juifs la destruction complète de la Cité Sainte et du Temple, foyer de leur religion, et qu'il leur annonce que leur Nation sera dispersée, conduite en captivité sur tous les points de la terre, et foulée aux pieds jusqu'à ce que les peuples aient accompli leur destinée. Quelle comparaison pourrait-on donc établir entre l'Ancienne et la Nouvelle Loi ? Après la figure devait venir la réalité, mais après la réalité que peut-on attendre encore ? Parmi les prophéties, celles qui se rapportaient à la nation Juive, à sa religion et a l'avènement du Messie, se sont accomplies avec une exactitude telle, qu'elles ne laissent aucun doute sur l'accomplissement de celles qui touchent à la doctrine évangélique, à son immutabilité surtout et à sa perpétuité. Puis, viennent les promesses que le Divin Fondateur de l'Eglise a faites à cette dernière de la manière la plus positive, en lui assurant son assistance jusqu'à la consommation des siècles. Enfin, Jésus-Christ n'a-t-il pas dit qu'il était la vérité et la vie ? Ne s'ensuit-il pas que les dogmes, les mystères et la morale qu'il a enseignés étaient, sont et seront toujours la vérité ? La vérité est immuable, et il n'y a rien à attendre, en fait de perfectionnement et de progrès, au-delà de la vérité. Aussi le législateur de l'Eglise Chrétienne n'a pas craint de dire avec cette autorité et cette solennité qui ne redoutent pas un démenti : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas ». (Saint Matthieu 24, 38.) Il n'y a donc aucun changement à attendre dans la Doctrine Évangélique ; c'est un rocher inébranlable et indestructible contre lequel toutes les erreurs se sont brisées depuis dix-huit siècles, et contre lequel elles continueront à se briser jusqu'à la consommation des temps. Il n'y a plus à attendre que Jésus-Christ venant à la fin du monde pour juger les nations sur le respect qu'elles auront professé pour sa doctrine, et sur l'usage qu'elles en auront fait dans leur conduite.

II. On parle beaucoup aujourd'hui des progrès de la civilisation moderne, de leur incompatibilité avec vieux dogmes et les vieilles lois de l'Eglise, et de 1a nécessité où se trouve celle-ci de faire des changements dans sa constitution pour la mettre au niveau de lumières de son siècle. C'est à peu près aussi raisonnable que si l'on voulait que Dieu réformât les lois de la nature, parce qu'elles sont surannées, et qu'elle ne sont plus en harmonie avec les besoins croissant des peuples et avec les progrès incessants de l'industrie. Ainsi, le soleil ne brille pas assez longtemps pour éclairer les travaux urgents entrepris par nos architectes et nos industriels. On comprend que cette périodicité des jours et des nuits fût suffisante pou: nos ancêtres, qui avaient la bonhomie de se reposer la nuit, comme le saint jour du dimanche ; mais aujourd'hui ce système n'est plus tolérable, parce qu'il ne saurait satisfaire l'activité dévorante de notre époque et les exigences de la société présente. On pourrait et dire autant de toutes les autres lois de la nature qui contrarient les vues orgueilleuses et les intérêts cupides de l'humanité. Mais ces lois sont immuables comme celui qui les a établies, et il faut bien que les hommes s'y soumettent et en prennent leur parti. Il en est de même des dogmes et des lois fondamentales de l'Eglise. Ils sont le soleil de justice qui éclaire le monde moral ; et, immuables comme l'astre des jours, placés comme lui à des hauteurs inaccessibles à toutes les puissances humaines. Dieu n'y changera rien, quelles que soient les aspirations nouvelles et les impatiences du siècle des lumières. La vérité est, ou n'est pas ; mais elle ne peut souffrir aucune modification. Et d'ailleurs, ne serait-il pas absurde que le souverain Seigneur fût obligé de toucher aux principes éternels que sa sagesse infinie a donnés au monde pour guider ses pas chancelants dans les voies de la vérité et du salut, selon le caprice et les exigences de ses misérables créatures ? Ne serait-ce pas le renversement de tout ordre et de subordination ? Eh ! Quoi ! l'homme serait introduit dans les conseils divins, et forcerait en quelque sorte le maître de l'univers et le sien à refaire et inscrire des lois selon son bon plaisir ! Non, ce pas Dieu qui pliera devant les sociétés humaines, quelque avancée que soit leur civilisation. Mais celles-ci auront à accepter les vérités que le Tout-Puissant impose, et à en subir les conséquences pratiques, à être un jour contraintes de rendre un compte e de leur résistance ou de leur mépris au souverain-juge des nations. On dira peut-être que l'Eglise, qui a reçu le dépôt de la doctrine évangélique, a été instituée précisément pour administrer ce dépôt sacré, et par conséquent pour le modifier et le mettre en rapport avec les besoins des temps. L'Eglise, sans doute, a reçu de son Divin Fondateur tous les pouvoirs nécessaires pour le gouvernement de la société chrétienne ; mais parmi ces pouvoirs ne se trouve pas celui de rien retrancher, de rien ajouter, de rien changer, en un mot, ni aux dogmes, ni à la morale de l'Evangile, ni aux Sacrements, parce que toutes ces choses étant immuables, ce pouvoir lui devenait inutile. Elle peut lorsqu'elle le juge prudent et utile, toucher à sa discipline, rappeler des lois qu'elle a faites, soit parce les circonstances à l'occasion desquelles elles ont été portées ont changé, soit parce qu'après avoir été pendant longtemps un moyen de sanctification, le relâchement des mœurs en fait une nouvelle source de désobéissance et de perdition. Elle aussi varier sa législation en cette matière selon les temps, les lieux, les dispositions et le génie de peuples. Mais jamais elle ne se croira autorisée à porter la main sur les révélations divines de son Céleste Fondateur. Dieu lui-même, qui seul aurait droit de modifier son propre ouvrage, ne peut rien y changer, parce qu'ayant tout prévu par sa science infinie, et étant la vérité par essence, aucun de ses oracles ne pourra jamais avoir besoin de la moindre modification.

 

Élévation sur l'immutabilité de la Doctrine Évangélique

 

I. Lorsque vous avez parlé, ô Divin Maître, pourquoi l'homme ne tombe-t-il pas à genoux pour adorer les vérités que votre bonté et votre Miséricorde daignent faire briller à ses yeux ? Son cœur ne devrait-il pas éclater en sentiments d'admiration et de reconnaissance pour un bienfait si considérable et si généreux ? L'immutabilité, qui est le sceau divin auquel on reconnaît vos célestes oracles, loin de devenir pour l'humanité un sujet de scandale, ne devrait-elle pas être pour elle une source inépuisable de consolation d'espérance et de paix ? Tout est mobile ici-bas : la fortune est inconstante, la santé est d'une fragilité dont nous faisons tous les jours la douloureuse expérience, l'amitié même, ce feu presque divin , n'est pas à l'abri de ces vicissitudes qui laissent souvent au cœur plus d'amertumes qu'il n'a goûté de joies. N'était-il pas indispensable pour le repos et le bonheur l'homme qu'il pût trouver, même ici-bas, un point d'appui solide, inébranlable, à l'abri des incertitude et de l'instabilité des choses de ce monde ? Oui, Seigneur, vous saviez que notre cœur serait continuellement inquiet, tant qu'il ne reposerait pas en vous; vous saviez que vous seul pouviez satisfaire les désirs insatiables et apaiser les ardeurs qui le dévorent ; et alors, ô mon Dieu, votre majesté suprême n'a pas craint de se révéler à nous d'une manière plus claire et plus expresse que sous l'Ancienne Loi, par les dogmes, les mystères et la morale célestes de votre Evangile. Et comment ces révélations pourraient-elles ne pas être immuables, puisqu'elles sont la manifestation de votre nature et de votre volonté Divines, inaccessibles et supérieures à toutes les vicissitudes humaines ? Ah ! Si les biens de ce monde sont périssables, s'ils peuvent nous être ravis, nous avons appris de vous, du moins, qu'il n'est pas de puissance assez forte pour nous enlever, malgré nous, les espérances fondées sur votre salutaire doctrine. Grâce à votre divine parole, je sais que, lors même que je serais ici-bas abandonné de tous les hommes, j'ai dans le ciel un Dieu qui sera toujours pour moi le meilleur des pères ; que sa providence veille avec une tendresse maternelle sur moi ; que les épreuves de la vie sont, si je veux les souffrir avec patience et résignation, une source de mérites pour la vie future ; je puis sur cette terre trouver des cœurs insensibles à mes gémissements et à mes larmes, qui n'aient ni le temps ni la volonté de m'écouter; mais vous, ô mon Dieu, toujours vous serez prêt à écouter la prière de votre enfant, et à l'exaucer. Je sais, ô mon aimable Sauveur, que vous êtes descendu des hauteurs du ciel, et que vous avez épousé ma nature afin de la réhabiliter, de l'ennoblir et surtout de l'éclairer par vos pieux enseignements et par vos sublimes exemples ; je sais que vous avez expié mes péchés en mourant pour moi sur une croix, et en m'appliquant les mérites infinis de votre précieux sang par le moyen des sacrements. Je sais, enfin, qu'une fois justifié, une fois dans votre grâce, le divin Esprit habite en moi comme dans un temple; que, si je suis fidèle à ses inspirations et docile à sa voix, il sera pour moi un guide assuré dans la route, périlleuse qui conduit au salut ; il sera ma force dans les combats, ma consolation dans mes afflictions et dans mes peines ; je sais que l'amour divin dont il embrasera mon âme soutiendra mon courage et mon dévouement au milieu des plus grands sacrifices. Que j'aie été, ici-bas, riche ou pauvre, heureux ou malheureux selon le monde, considéré ou méprisé, qu'importe ! Ma vie n'est qu'un pèlerinage, le temps de la lutte et de l'épreuve ; mais le repos, un bonheur sans nuage et sans fin, m'attendent dans l'éternité pour prix de mes travaux. Que pourrait-il y avoir à changer dans cette admirable et consolante doctrine ? Qu'est-ce que les hommes pourraient trouver de plus beau, de plus grand, de plus généreux pour le substituer à ces dogmes, à ces mystères, à cette morale descendus des cieux ? Ah ! Seigneur, mais n'est-ce pas précisément parce que vos enseignements sont immuables, que ma confiance est sans bornes ! Si je pouvais seulement douter que ce que vous m'assurez être aujourd'hui la vérité, pût ne l'être plus demain, quelle fidélité, seriez-vous en droit d'attendre de ma part ? Non, vous, ne seriez plus un Dieu, vous seriez semblable à ces hommes légers et inconstants qui défont un jour ce qu'ils ont fait la veille. Impatients de porter votre joug, qu'ils trouvent trop pesant pour leur délicatesse. ils voudraient, au lieu de vous servir, vous mettre à la remorque de leurs prétendus progrès et disposer, selon leur caprice, de vos conseils et de votre volonté.

II. Que votre immutabilité, ô mon Dieu, soit exactement le contraire de cette mobilité de nos sociétés modernes qui ne rêvent que progrès, c'est chose facile à concevoir. Vous êtes l'Etre souverainement et infiniment parfait, la beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, selon l'éloquent langage de Saint Augustin ; comment pourrait-on établir une comparaison quelconque entre vous et des êtres chétifs qui sont vos créatures, qui ont tout reçu de vous, et qui ne s'aperçoivent pas que s'il appartient à leur nature de progresser, ce n'est que parce qu'ils sont encore loin de la perfection à laquelle ils aspirent, mais à laquelle ils n'atteindront jamais en cette vie ? Qu'ils vous connaissent peu. Seigneur, et qu'ils sont injustes ceux qui vous croient l'ennemi du progrès, parce que vous êtes immuable ; comme si votre divinité ne devait pas avoir des attributs différents de ceux de l'humanité ! Ils ignorent, sans doute, que vous avez dit vous-même aux hommes : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matt., 5, 48) ; c'est-à-dire, faites des progrès, faites des efforts, tendez sans cesse à la perfection ; mais la perfection est le terme du progrès; et comme vous seul, ô mon Dieu, êtes la perfection absolue, vous ne sauriez faire de progrès et n'avez pas à en faire. Et c'est parce que votre Eglise professe cette vérité, à savoir, l'immutabilité de votre nature, et par conséquent de vos dogmes, de vos mystères et de votre morale, qu'ils l'accusent de s'opposer aux progrès de l'humanité, en refusant de sortir de son immobilité ! Sans doute, tant qu'il s'agira de la foi, de tout ce qui en relève et de tout ce qui s y attache, elle s'opposera toujours à toute nouveauté, parce qu'il n'a jamais existé, qu'il n'y a au monde et qu'il ne surgira jamais de sage, ni de philosophe, qui puisse enseigner une doctrine qui l'emporte sur celle dont votre adorable Fils lui a confié le dépôt sacré, et que par conséquent y changer quelque chose ne serait pas progresser. Mais il y a loin entre l'immobilité des croyances et les progrès pratiques. L'astre des jours peut bien rester dans une immobilité relative sans empêcher les corps célestes qui l'entourent de faire leurs révolutions autour de lui, puisqu'il y concourt au contraire par sa puissante attraction, et sans cesser lui-même de les vivifier et de les féconder par sa lumière et sa chaleur ; pourquoi n'en serait-il pas ainsi dans l'ordre moral ? Et c'est en effet, Seigneur, l'ordre merveilleux que vous y avez établi, et qui est ainsi reflété dans toute la nature physique. Les enseignements de votre foi sont le centre autour duquel doivent graviter tous les actes humains, toutes les civilisations et les progrès des sociétés. Ce centre doit donc être immuable ; mais les êtres libres qui sont placés sous son influence peuvent et doivent même progresser en tendant à la perfection. Ils s'en rapprocheront d'autant plus qu'ils obéiront plus fidèlement à la force attractive de leur centre qui est cette même foi. Aussi, votre Eglise, chargée de continuer sur la terre la mission que vous étiez venu y commencer comme réparateur de l'humanité, ne cesse de répéter aux hommes : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Elle s'efforce d'exciter dans leurs âmes la faim et la soif de la justice, c'est-à-dire une noble ardeur pour le progrès moral; c'est le but de tous ses travaux et de toutes ses sollicitudes. Mais, de même, ô mon Dieu, que tout ce que renferme cet admirable univers est un hymne perpétuel qui s'élève du sein même des créatures inertes pour célébrer votre puissance et votre majesté ; ainsi toutes les facultés de l'homme, et toutes les œuvres qui en sont les fruits, sont-elles convoquées par votre Eglise à un progrès incessant vers la perfection, afin de publier tous les jours votre gloire avec plus d'éclat et de magnificence. De tout temps aussi, avons-nous vu la société chrétienne marchant à la tête de tous les progrès. Les ouvrages immortels des Pères témoignent assez que la philosophie, la littérature, l'art oratoire et les langues orientales étaient l'objet des plus sérieuses études de la part des chrétiens des premiers siècles. Plus tard, les sciences et les arts menacés par la barbarie ne trouvèrent bien longtemps d'autre asile que les monastères. D'ailleurs, qui n'admirerait les proportions gigantesques de nos vieilles basiliques, la hardiesse et l'élégance de leurs voûtes, la finesse et la légèreté de ces ornementations où la pierre le dispute à nos tissus les plus délicats ? Que fait-on de nos jours qui puisse y être comparé, si ce n'est de faibles imitations sur des dimensions étroites et mesquines ? Existe-t-il dans l'histoire moderne un seul siècle, un seul règne comparables à ceux du pape Léon X, sous le rapport du progrès des lettres et des arts ? C'est, en effet, alors que fleurirent l'Arioste, Accolti, Alamanni, Frascator, Sannazar, Vida, Bembo, Machiavel, Guichardin, Sadolet, Michel-Ange, Raphaël, André del Sarto, le Caravage, Jules Romain , etc. Et c'est aussi à cette époque que fut achevée la plus grande et la plus belle Eglise du monde, Saint-Pierre de Rome. Tout le monde connaît nos grands orateurs : Bossuet, Fénelon, Massillon, Bourdaloue, qui ont porté notre langue à son plus haut degré de perfection. De nos jours n'avions-nous pas à Rome un phénomène de linguistique dans un cardinal qui parlait parfaitement quarante langues sans compter les idiomes populaires ? et ne voyait-on pas, parmi les religieux, des physiciens, des astronomes, des archéologues qui pouvaient le disputer à nos savants français et étrangers les plus éminents ? La vapeur et l'électricité jouent sans doute le rôle le plus important dans nos découvertes modernes ; mais je ne sache pas que l'Eglise ait rien fait pour en entraver les progrès ; n'a-t-elle pas, au contraire, à chaque instant répandu sur elles ses bénédictions ? Quant à la vapeur, au reste M. Arago a démontré que Hiéron d'Alexandrie, cent vingt ans avant notre ère ; Blasco de Garay, en 1543 ; Salomon de Gaus, en 1615 ; et Branca, en 1629, avaient décrit les principaux effets de la vapeur, et imaginé des procédés pour l'employer comme force motrice. Puis, c'est un moine d'Angleterre qui, dans la solitude de son couvent et au milieu de ses éludes profondes, annonce, près de deux cents ans avant l'événement, que la vapeur portera les hommes au bout du monde avec une rapidité inouïe, et qu'ils pourront se communiquer leurs pensées a des distances incommensurables avec la promptitude de l'éclair. Enfin, c'est le célèbre Ampère, chrétien aussi accompli qu'il fut savant physicien, qui découvre toute la théorie des télégraphes électriques. Si les bornes que nous nous sommes prescrites ne nous empêchaient de nous étendre davantage, nous montrerions facilement la part immense qu'a prise l'Eglise et qu'elle prend encore dans la civilisation des peuples en les moralisant, en adoucissant leur caractère farouche, en les organisant, en y établissant les œuvres de bienfaisance inspirées par sa charité ; car l'industrie et les arts peuvent bien jusqu'à un certain point concourir à la prospérité matérielle des nations et au développement de leur intelligence ; mais ils ne tardent pas à engendrer la corruption et l'impiété, dès qu'ils cessent d'être animés par le souffle vivifiant de la foi ; et alors, au lieu de la civilisation, c'est la démoralisation qu'ils répandent. N'était-ce pas un progrès, même sur la bienfaisance officielle et civile de notre siècle, que cette multitude d'institutions charitables et d'hôpitaux fondés par l'Eglise ? Entre les mains de cette tendre mère, le dévouement désintéressé de la charité chrétienne suffisait à l'administration de tous ces établissements ; l'honneur et le bonheur de servir les membres souffrants de Jésus-Christ payaient assez les sacrifices et les peines de ceux qui se consacraient à ce pieux ministère ; aujourd'hui le laïcisme stérile ne sait faire autre chose que de s'emparer de ces inventions admirables de l'Eglise, de ces asiles qu'elle avait bâtis pour les pauvres, et d'y établir une pépinière de fonctionnaires dûment rétribués aux dépens de la charité publique : sous son ingrate influence, le dévouement est devenu mercenaire. Oh ! Seigneur, que les hommes sont injustes lorsque la passion les aveugle ! Le progrès, pour un grand nombre, est uniquement l'affranchissement toujours croissant de toute loi divine et humaine. Ils ne combattent votre Eglise, et ne l'accusent d'immobilité, que parce qu'elle tient d'une main ferme le frein qu'elle oppose à leurs désordres et à une liberté désastreuse. Mais, ô mon Dieu, votre bras puissant qui la soutient triomphera sans peine de leurs vains efforts, et rendra tout son éclat à l'auréole de gloire dont vous avez orné son auguste front, en la prenant pour votre épouse bien-aimée : cette auréole divine peut bien pâlir un instant aux yeux de la multitude sous les coups de l'épreuve ; mais ce n'est que pour apparaître ensuite plus resplendissante, après de nombreuses victoires.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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15 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Seizième jour

La Doctrine Évangélique, ses dogmes, ses mystères, sa morale

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Jésus-Christ et le Saint-Esprit sont la source de la vie de l'Eglise. Mais il fallait des moyens pour que la vie découlât de cette Source sacrée dans chacun des membres pour les vivifier. Le premier moyen employé dans ce but, par le Divin Législateur, fut la révélation faite aux hommes par le Verbe incarné d'un certain nombre de vérités surnaturelles et fondamentales réunies en un corps de doctrine dans les Saints Évangiles ; car « l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », (Saint Matthieu 4, 4.) Or, cette doctrine renferme des dogmes, des mystères et des règles de morale.

I. Les dogmes sont les principes qui servent de base à toute la religion chrétienne ; ce sont des vérités capitales que Dieu nous a fait connaître par Jésus-Christ, et qui nous donnent la clef d'une infinité de mystères sur lesquels les philosophes avaient disputé vainement jusqu'à la venue du Sauveur, tels que la sainte Trinité, la chute de l'homme, sa réparation par l'incarnation du Fils de Dieu et par le sacrifice qu'il a offert, etc. Sans doute, Dieu en se faisant connaître ici bas à l'humanité, n'a pas déchiré tous les voiles qui couvrent sa face auguste, il a laissé certaines obscurités qui servent à exercer notre Foi ; puisque la Foi consiste précisément à croire ce qu'on ne voit pas et ce qu'on ne comprend pas ; mais tout ce qu'il a daigné nous révéler est tellement rationnel, si logiquement ordonné, que si l'on veut rompre un seul anneau de chaîne de nos dogmes, on met à leur place une chaîne d'erreurs des plus absurdes. Ces dogmes ne sont ne pas uniquement des vérités spéculatives destinées à mettre notre Foi à l'épreuve, puisque, au contraire, ils nous font comprendre une partie de ce que nous ignorons avant de les connaître : que d'erreurs, en effet, enfantait l'intelligence des philosophes et des plus grands génies, sur la nature de la divinité, sur le mélange du bien et du mal qui se rencontre dans homme ! Dans nos dogmes, il n'y a pas une seule vérité qui ne contribue à nous donner une idée incomplète assurément, mais au moins juste de notre Dieu, ou qui ne contribue à nous faire comprendre la dignité de notre nature ; quelle est la source de nos mauvais penchants ; l'immortalité et le prix de notre âme; la volonté sincère que Dieu a de nous sauver, et ce que nous devons faire pour y correspondre. Enfin, ce qui démontre mieux que tous les raisonnements l'utilité pratique de nos dogmes, c'est que la croyance de ces vérités a fait éclore des vertus dont la nature humaine ne paraissait pas capable, et des mœurs dont la régularité ne se trouve point ailleurs que chez les Nations Chrétiennes : quelle valeur peuvent avoir toutes les allégations possibles contre un fait incontestable? La révélation de ces dogmes est un fait historique, dont le livre le plus authentique qui existe au monde, l'Evangile, fait foi ; le fait de son utilité est public et frappe tous les regards. Après cela, n'est-il pas absurde d'élever encore quelque doute sur ce point, ou de venir demander à quoi ils servent ?

II. Le second élément que renferme la Doctrine Évangélique a pour objet les mystères de la Vie de Jésus-Christ, qui ne sont autre chose que les dogmes et la morale chrétienne mis en quelque sorte en action dans les faits les plus saillants de la vie du Sauveur. C'était un moyen de rendre palpables des vérités en apparence purement spéculatives, et de les mettre à la portée de toutes les intelligences en les liant à des faits historiques accomplis devant un certain nombre de témoins, et souvent même en public. C'est ainsi que le dogme de la Sainte Trinité et celui de l'Incarnation sont manifestés, au premier chapitre de Saint Luc, dans cette ambassade solennelle envoyée à Marie par Dieu le Père, où l'archange Gabriel annonce à  la Très Sainte Vierge qu'elle concevra par l'opération du Saint-Esprit, et qu'elle enfantera un fils qu'elle nommera Jésus, Nous voyons encore apparaître d'une manière sensible la Trinité Sainte au baptême de Jésus-Christ et à sa Transfiguration sur le Tabor. Tous les mystères de la vie de Notre-Seigneur, pendant trente-trois ans, sont une preuve continuelle que le Verbe, le Fils éternel de Dieu, s'est bien véritablement fait chair, et que Jésus-Christ était bien réellement Dieu et homme tout à la fois. Tous ces mystères sont encore une source intarissable de lumières pour la pratique des plus éminentes vertus, c'est-à-dire de la morale chrétienne, dont le divin Maître nous a donné l'exemple pendant tout le temps qu'il a passé sur la terre. Il nous apprend, par sa naissance, le détachement des biens périssables de ce monde ; par sa circoncision, il nous enseigne l'humilité, et ce que nous devons retrancher dans notre conduite pour être des adorateurs de son Père en esprit et en vérité ; sa Présentation au Temple est pour nous un modèle de l'obéissance que nous devons à la Loi de Dieu, et sa Fuite en Egypte nous annonce que, si nous sommes ses disciples, nous serons persécutés comme Lui. Sa vie cachée passée dans l'obscurité de la ville de Nazareth jusqu'à l'âge de trente ans, est une leçon consolante pour la plupart des chrétiens qui sont appelés à mener une vie commune et même méprisable aux yeux du monde. Enfin, son jeûne et sa tentation dans le désert ne nous enseignent-ils pas la nécessité de la mortification de notre chair, et la manière dont nous devons combattre les tentations ? Pendant sa vie publique, Jésus-Christ opère un grand nombre de miracles de premier ordre assurément pour faire voir qu'Il était envoyé de la part de son Père, pour confirmer sa doctrine, ou pour prouver sa divinité : vérités fondamentales de la religion, qu'il était absolument nécessaire de bien établir ; mais aussi pour apprendre que ce qu'il a opéré sur les corps, il le fera désormais tous les jours sur nos âmes : c'est pour cela qu'il se plaît à guérir pendant sa vie les aveugles, les sourds, les boiteux, les paralytiques et toute espèce d'infirmités, et qu'il rend même la vie aux morts. Il touche enfin au terme de son séjour sur la terre, et il veut, par un excès d'amour pour les hommes, laver leurs iniquités dans son sang, en offrant à son Père le plus grand de tous les sacrifices, celui de sa vie, pour payer ainsi la rançon des pécheurs. C'est ainsi qu'il rattache au drame le plus frappant et le plus étonnant le mystère de la Rédemption, et qu'il y résume les exemples les plus sublimes des vertus qu'il avait enseignées dans toutes ses prédications.

III. Comme tout se tient, comme tout s'enchaîne dans cette admirable Doctrine ! Les dogmes, les mystères, la morale sont unis d'une manière inextricable : on ne peut toucher à rien sans tout ébranler. On ne comprend pas tout, et il le faut pour que Dieu en soit l'auteur et l'objet, et cependant rien n'est plus rationnel, ni plus satisfaisant pour l'esprit. Ce n'est pourtant pas un système qui dessèche l'âme par des combinaisons arides et au-dessus de la portée du vulgaire, bien loin de là : non-seulement on voit, on touche pour ainsi dire les vérités les plus élevées, qui se rattachent si bien à des faits ; mais le cœur, et le cœur surtout, y trouve un aliment inépuisable à sa sensibilité. Tout, en effet, dans la morale chrétienne, qui est la dernière conséquence des dogmes et des mystères dont elle découle tout naturellement, tout se résume, comme nous l'enseigne le divin Maître, dans ce seul mot : « aimer ». Aimer Dieu par-dessus toute chose, parce qu'il est plus que toute chose et qu'il est le souverain bien : par conséquent, lui immoler tout ce qui est contraire à sa volonté manifestée par sa loi sainte ; lui sacrifier même tout ce qui peut nous porter à lui être infidèles : ainsi, faire la guerre à nos sens par la mortification, à notre orgueil par l'exercice de l'humilité, à l'attachement désordonné aux richesses par l'esprit de pauvreté. Aimer le prochain comme nous-mêmes, non pour ses qualités personnelles, mais pour plaire à Dieu notre dernière fin, et par là même aimer, c'est-à-dire secourir selon notre pouvoir nos semblables quels qu'ils soient, et même nos ennemis ; nous dévouer à leur service parce qu'ils sont nos frères en Jésus-Christ, et que Dieu est notre père commun. Et enfin, faire toutes ces choses par des motifs nobles, élevés, par des sentiments que la nature a gravés dans tous les cœurs, la reconnaissance et la générosité : car Dieu nous a aimés le premier. Un autre qu'un Dieu pouvait-il trouver une morale plus simple, plus belle, plus digne de l'humanité et plus capable de la régénérer ? Telle est pourtant la morale de l'Evangile. Ces dogmes, ces mystères, cette morale qui forment l'ensemble de la doctrine Evangélique, sont l'incomparable trésor que Jésus-Christ a laissé et confié à son Eglise pour renouveler le monde, lui apporter et lui communiquer la vie !

 

Élévation sur la Doctrine Évangélique

 

I. Quelles actions de grâce n'avons-nous pas à vous rendre, ô mon Dieu, pour nous avoir révélé des vérités, que les hommes ont vainement cherché à découvrir pendant quatre mille ans ? Est-il étonnant que l'homme dont les facultés sont si bornées n'ait pas su s'élever jusqu'à vous, et pénétrer les mystères de votre nature divine ? Sans doute le flambeau céleste de la Foi ne s'était pas complètement éteint à la suite de la chute originelle ; votre peuple était resté dépositaire des dogmes sacrés qui ont toujours été la base de la vraie religion ; mais il n'en avait lui-même qu'une idée vague et confuse, et tout le reste de l'humanité était plongé dans les plus épaisses ténèbres. Une idolâtrie absurde et révoltante, les mœurs les plus dissolues, une cruauté qui ne reculait devant aucune barbarie, faisaient tous les frais des religions diverses sous le joug desquelles se courbaient honteusement les peuples les plus civilisés et les plus policés. C'est donc vous, Seigneur, qui, dans votre Miséricorde, avez jeté un regard de compassion sur cet homme que vous aviez créé à  l'image de votre adorable Fils, que vous aviez inondé de vos divines lumières avant son péché, et qui ensuite était tombé si bas, victime des ténèbres de son intelligence et de ses plus brutales passions. Vous avez daigné faire briller de nouveau à ses yeux les clartés divines de la Foi, vous avez soufflé sur cette étincelle prête à s'éteindre ; vous y avez ranimé le Feu Sacré, par la révélation de vos dogmes, en envoyant votre Verbe les proclamer et les développer lui-même devant toutes les nations, sous une forme plus précise et plus lumineuse que vous ne l'aviez fait pour votre peuple de prédilection.

II. Oui, votre aimable Fils a pris une chair semblable à la nôtre, il a voulu et daigné unir sa divinité à notre humanité, pour nous montrer que vos dogmes et vos mystères renferment, comme sa personne adorable, un côté divin que la faiblesse de notre esprit ne saurait saisir complètement, et un côté que nous pourrions dire humain, parce que l'homme en est assez frappé pour en constater la réalité. C'était, Seigneur, l'accomplissement de cette bénédiction que vous aviez donnée à Jacob dans ce sommeil mystérieux, où il aperçut une échelle dont une extrémité touchait au Ciel, tandis que l'autre reposait sur la terre ; le Ciel et la terre allaient être réconciliés, et Jésus-Christ devait être le lien destiné à rétablir les rapports presque entièrement interrompus entre votre majesté infinie et vos créatures rebelles. Des anges descendaient des Cieux pour venir dévoiler à l'humanité mourante les secrets de la vie surnaturelle, et lui apporter vos secours divins, et d'autres esprits célestes remontaient vers la cité sainte pour engager les hommes par leur exemple à se détacher de la terre et à s'élever jusqu'à vous. Image frappante de l'auguste mission que vous êtes venu remplir ici-bas, ô mon Sauveur, en descendant du sein de votre Père pour nous ouvrir les portes de la bienheureuse éternité, et nous offrir les moyens d'y parvenir ! Comment répondre. Seigneur, à des desseins si miséricordieux, si ce n'est en méditant sérieusement vos adorables mystères, et en soumettant notre orgueilleuse raison à ce qu'elle ne saurait comprendre ? Oui, mon Dieu, nous croyons fermement tout ce que la Doctrine Évangélique nous enseigne ; et nous ferons plier sous le joug de votre parole sacrée toutes les révoltes et les répugnances qui ne sont que le fruit de notre imbécillité et de nos ténèbres.

III. Mais, surtout, nous serons dociles à votre voix, ô Divin Maître, lorsqu'il s'agira de vous prouver notre fidélité dans l'accomplissement de votre loi sainte. Vous ne nous l'avez tracée avec tant de soin et de détail, que pour éclairer nos pas à travers les nuages de notre ignorance et le torrent des passions qui nous entraînent à notre perte. Nous n'oublierons pas que notre amour pour vous doit être l'âme de toutes nos œuvres ; et si quelquefois notre nature récalcitrante murmure contre le frein que vous lui imposez, si la violence et les sacrifices deviennent nécessaires, nous nous rappellerons tout ce que vous avez fait pour nous, tout ce que vous a coûté notre âme : les sueurs, les souffrances, le sang par lesquels vous l'avez rachetée. Nous serons doux et charitables pour notre prochain, parce qu'il a été comme nous l'objet de votre amour et de toutes vos sollicitudes, parce que, quels que soient nos jugements si souvent injustes, il est peut-être plus agréable à vos yeux que nous ne le sommes nous-mêmes ; parce qu'enfin vous nous avez assuré que tout ce que nous ferions pour le plus petit des vôtres, vous le regarderiez comme fait à vous-même. Non, nous ne vous aimerions pas sincèrement, si nous n'aimions pas nos frères, si nous n'étions pas prêts à nous dévouer à leur service ; et cependant, ô mon Sauveur, permettez-nous de vous le dire avec Pierre le chef de vos apôtres, vous qui connaissez toute chose, vous savez que nous vous aimons, ou du moins que nous voulons vous aimer ; et puisque vous êtes descendu des cieux pour nous secourir, aidez-nous à vous le prouver par nos œuvres. Ainsi soit-il.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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14 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Quinzième jour

La manière dont Jésus-Christ et le Saint Esprit continuent à entretenir la vie dans la Sainte Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. « Dieu le Père, dit saint Paul, a soumis toutes choses à Jésus-Christ son Fils, et il l'a donné pour chef suprême à toute son Eglise, qui est son corps », (Ephésiens, 1, 22, 23.) Jésus-Christ, quoique assis dans la gloire à la droite de son Père, n'en reste donc pas moins le chef invisible, mais non inactif de son Eglise. Il demeure et demeurera jusqu'à la consommation des siècles la tête et le cœur de ce grand Corps, dont chaque chrétien est un membre. De même que la tête occupe le premier rang dans le corps humain, que c'est de là que l'âme anime tout le corps ; de même, Jésus-Christ a la première place dans son corps mystique qui est l'Eglise ; c'est en lui que l'esprit et l'âme, qui animent tout ce corps, résident ; c'est de là que tous les membres reçoivent la vie et la sainteté. Comme la tête est très étroitement unie au corps, de même Jésus-Christ est si étroitement uni au corps de son Eglise, qu'il ne pourra jamais s'en séparer, ni cesser de la gouverner par les influences de son esprit. Mais, comment Jésus-Christ est-il le chef et par conséquent la vie de son Eglise ? Nous sommes conduits ainsi à étudier l'organisation intime de ce corps et le jeu de ses différents ressorts. La vie de l'Eglise, c'est l'union de l'Eglise avec Jésus-Christ, des membres avec leur chef : voyons donc comment s'opère et s'entretient cette union. Cette merveilleuse union se forme : 1° par le Saint-Esprit que Jésus-Christ possède dans sa plénitude, et qu'il communique à tous ses membres, selon la mesure qui leur est propre ; cet esprit est comme l'âme de ce grand corps qu'il anime et qu'il fait vivre. Il n'y a pas deux esprits dans ce corps : le même esprit qui est dans le chef est dans tout le corps et dans chaque membre en particulier : Il n'y a qu'un esprit, dit l'apôtre, de même qu'il n'y a qu'un corps, et nous avons tous été baptisés dans le même esprit, pour n'être tous ensemble qu'un même corps, soit Juifs ou Gentils, soit esclaves ou libres. (1Corinthiens 12, 15.) De même encore que le Saint-Esprit unit le Père et le Fils, et qu'il leur est uni par sa Charité substantielle, de même cet Esprit saint, répandu du chef dans les membres, étant le même, unit les fidèles à Jésus-Christ, afin qu'ils ne fassent plus qu'un corps, et comme un seul homme, et qu'ils n'aient tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme : afin qu'ils soient un comme nous, ainsi que le demandait Jésus à son Père. (Saint Jean, 27, 11).

Cette admirable union se forme encore au moyen de la prière qui, par la foi, l'espérance et la Charité, établit des rapports intimes entre Dieu et nous. Elle se forme aussi par la parole divine qui pénètre nos cœurs et leur fait entendre la voix de l'Esprit-Saint. C'est ainsi que peu à peu l'âme sainte de Jésus-Christ s'insinue en quelque sorte dans la nôtre, s'identifie à elle et la fait vivre de sa vie.

Mais c'est surtout par les sacrements que cette union si féconde pour nos âmes s'établit entre le Sauveur et nous : les sacrements sont comme les artères et les canaux qui portent le sang, l'esprit et la vie de Jésus-Christ dans chaque membre, pour les mettre en état d'accomplir leurs fonctions particulières, comme on le voit plus spécialement dans le baptême, la pénitence, l'Eucharistie, le mariage et le sacerdoce ; c'est encore la doctrine de saint Paul : « C'est, dit-il, de Jésus-Christ que tout le corps bien formé et bien uni dans toutes ses parties par les liens qui communiquent la vie, reçoit son accroissement, en vertu d'une opération efficace, selon la mesure qui est propre à chacun des membres, pour que chacun d'eux se développe par la Charité ». (Ephésiens, 4, 16). En effet, tous les Sacrements sont institués pour commencer à nous unir à Jésus-Christ, ou pour perfectionner cette union déjà commencée : le baptême et la pénitence nous arrachent au corps du démon pour nous rendre membres du corps de Jésus-Christ, selon l'âme et selon le corps. Les autres Sacrements augmentent et perfectionnent cette union, surtout la Sainte Eucharistie, par laquelle, selon le langage des saints Pères, nous devenons un même corps et une même âme avec Jésus-Christ et avec tous les autres fidèles ; et ce qui est digne de remarque, c'est que le corps mystique se nourrit de Jésus-Christ même son chef, comme Jésus-Christ se nourrit de Dieu même. C'est la même nourriture pour le chef et pour les membres. Rien n'est capable de rassasier ce grand corps, de le fortifier, de le faire croître, d'entretenir, en un mot, la vie en lui, que le pain vivant descendu du ciel. Le sacrement de mariage inocule, pour ainsi dire, cette vie divine aux générations qui se succèdent, et le sacerdoce qui administre les sacrements, qui prie au nom de tout le corps et qui le nourrit de la parole sacrée, veille à l'entretien de toutes ces sources de vitalité.

II. Méditons maintenant les conséquences lumineuses et pratiques qui découlent tout naturellement de ces principes. Si nous sommes unis à Jésus-Christ comme les membres le sont à leur chef, dès lors nous ne faisons qu'un seul homme avec lui, et la vie des membres doit être la même que celle du chef, c'est-à-dire que nous devons vivre comme Jésus-Christ a vécu, et l'imiter autant que notre faiblesse le permet.

Tous les membres ne faisant avec Jésus-Christ qu'un seul homme, ils participent à toutes les prérogatives de leur chef dans une certaine mesure : nous sommes donc avec lui prêtres, victimes, rois, fils de Dieu, et nous avons droit avec lui à l'héritage céleste.

Tous les membres partagent avec le chef tous les biens et tous les avantages qu'il possède lui-même : ses mérites, ses souffrances, ses humiliations et sa gloire : « Je vous ai donné, disait Jésus-Christ, tout ce que mon Père m'a donné » ; il fait part à tous ses membres de tout ce qu'il a reçu de son Père, c'est-à-dire de sa divinité et de son humanité.

Il suit encore de ce principe capital que tout le bien et le mal qu'on fait au moindre de ses membres, on le lui fait à lui-même, ce qui explique admirablement cette parole du Sauveur : « En vérité, Je vous le dis, toutes les fois que vous aurez fait quelque chose pour le moindre des miens, c'est pour Moi-même que vous l'aurez fait. Et toutes les fois que vous aurez refusé de faire quelque chose pour le dernier des miens, c'est à Moi que vous l'aurez refusé ». (Saint Matthieu 25, 40, 45.) C'est pourquoi l'on peut dire que Jésus-Christ souffre avec ceux qui souffrent ; qu'il est humilié, maltraité, méprisé, persécuté avec ceux de ses membres qui sont éprouvés par tous ces maux. Aussi, criait-il du haut du ciel à Saül qui persécutait son Eglise naissante : « Saül, Saül, pourquoi me persécutez-vous ? » Jésus-Christ porte même bien plus d'amour à son corps mystique qu'à son corps naturel, puisqu'il a laissé immoler celui-ci pour sauver celui-là.

On peut encore conclure que Jésus-Christ étant, comme chef, intimement uni à ses membres, c'est lui qui fait en eux et avec eux tout le bien qu'ils font : c'est lui qui prie, qui pleure, qui agit en eux, qui les fait mériter, et qui les rend dignes de la gloire.

Comme tous les chrétiens qui vivent de l'esprit de Jésus-Christ leur chef sont membres les uns des autres, il en résulte que, quoiqu'ils, n'aient pas tous les mêmes fonctions, ils agissent tous pour l'utilité commune de tout le corps, et participent à tout ce qui lui arrive ; de telle sorte que si un membre souffre, les autres souffrent aussi ; s'il est dans la joie, les autres y sont de même, selon l'admirable comparaison de saint Paul : « l'oeil ne voit pas seulement pour lui-même, mais pour tout le corps ; la main agit et combat, les pieds marchent, la langue parle, l'oreille écoute... tous ces membres font leurs fonctions, et pour eux-mêmes, et pour tout le corps : il suit de là que nous ne pouvons mépriser personne, quelle que soit sa position ; car, dit encore saint Paul, aucun membre ne peut dire à un autre : 'Je n'ai pas besoin de votre secours' ». (1 Corinthiens, 12, 21.)

L'unité d'après laquelle l'Esprit-Saint régit ce corps fait que tous les dons surnaturels et tous les autres biens spirituels qui sont conférés à ce corps profitent à tous les membres ; de sorte que non-seulement ils participent aux mérites de Jésus-Christ, duquel, comme du chef, vient tout le bien et tout le mérite qui se trouve dans le corps ; mais encore, qu'il y a une communauté de prières, de bonnes œuvres et de mérites entre tous les membres de l'Eglise universelle, c'est-à-dire que nous participons d'abord à tout le bien que font actuellement les justes sur la terre, et ensuite à tout celui qui a été fait depuis l'origine dos temps par les saints qui composent l'Eglise triomphante, et par ceux qui font partie de l'Eglise souffrante ; car, ne l'oublions pas, ces trois Eglises ne font qu'un même corps, sont animées par le même esprit de Charité qui les unit, et n'ont qu'un seul et même chef, qui est Jésus-Christ.

Toutefois, tous les membres de ce corps ne participent aux mérites de leur chef et à ceux des autres membres qu'à proportion de leur foi, de leur Charité et de leur union avec Jésus-Christ, comme dans une société où l'on fait de grands bénéfices, ceux qui ont fourni des fonds plus considérables retirent des fruits plus abondants. Or, Jésus-Christ, qui est le chef, le lien et le maître de cette société spirituelle, en distribue les biens et les profits selon les mérites de chacun ; or les mérites sont en rapport avec le degré de notre union à notre chef.

Enfin, il suit des principes que nous avons établis, que tous ceux qui ne sont pas unis à Jésus-Christ par la grâce, ne font point partie du corps mystique de l'Eglise ; puisque, d'après la parole même du Sauveur, toute branche séparée du tronc ne participe pas à la vie du cep et ne saurait porter de fruit. Ainsi, ceux qui se sont placés dans ce malheureux état ne participent en rien aux bienfaits que reçoivent les membres de cet admirable corps. Pour la même raison, tous les corps et toutes les sociétés qui n'ont cas Jésus-Christ pour chef, et qui ne lui sont pas unis, sont des corps sans âme et sans vie surnaturelle. Telles sont les sources intarissables de vie de l'Eglise de Jésus-Christ, et les raisons intimes de son immortalité.

 

Élévation sur la manière dont Jésus-Christ et le Saint-Esprit continuent à entretenir la vie dans la Sainte Eglise

 

I. Je vous rends grâces, ô mon Dieu, de m'avoir fait connaître cette admirable économie et cette sage ordonnance de votre Eglise. Comme tout y est grand et élevé, et cependant simple et à la portée de toutes les intelligences ! Comme tout y est logique, raisonnable, mesuré ! Tout y est prévu, tous les droits y sont ménagés, les sociétés comme les individus y trouvent les lumières et les secours qui leur sont nécessaires pour atteindre leur fin dernière. Vous y apparaissez, Seigneur, selon qu'il convenait à votre majesté souveraine, comme le maître et le chef du royaume des âmes ; comme celui qui, après les avoir créées, leur fournit les moyens d'entretenir la vie en elles, en leur offrant de vous unir à elles, et en vous constituant la source où elles peuvent puiser les éléments de cette vie divine. Vous rendez à l'homme déchu, à l'homme qui s'est avili en se matérialisant, sa dignité première : il avait été créé à votre image, et vous le faites membre d'un corps dont vous êtes l'âme et le chef : vous renouvelez et vous ennoblissez ainsi le sang qui coule dans ses veines. Vous établissez par la prière des rapports d'autant plus honorables pour lui qu'elle le met en contact direct avec votre majesté infinie, et qu'il en recueille des faveurs inappréciables. Vous daignez lui adresser même la parole par la voix de vos ministres pour l'éclairer sur ses devoirs. Puis, comme vous êtes la lumière du monde, vous ne vous contentez pas de la faire briller aux yeux des individus, mais vous répandez encore son éclat sur les sociétés, pour leur apprendre qu'elles relèvent de vous, et que la meilleure garantie qu'elles peuvent se donner, quant à leur durée et à leur prospérité, c'est le respect qu'elles montreront pour votre loi sainte, en en faisant la règle des leurs. Vous vous plaisez encore, dans cette merveilleuse organisation de votre Eglise, à manifester votre bonté sans borne pour ces âmes vos humbles sujettes. Vous voulez même descendre à une sorte de familiarité avec elles, vous voulez qu'elles vous regardent comme un père toujours prêt à pardonner lorsqu'on se repent avec sincérité ; et votre amour pour elles, le désir ardent que vous avez de les voir s'unir à vous de la manière la plus intime, suffisent pour vous décider à vous incarner, en quelque sorte, de nouveau, et à leur donner pour nourriture votre corps, votre sang, votre âme et même votre divinité. Enfin, pour apprendre aux hommes que leur vie entière vous appartient, et qu'ils doivent vous la consacrer sans interruption, depuis le jour où ils ouvrent les yeux à la lumière, jusqu'à  celui où ils les ferment pour la dernière fois ; pour leur manifester aussi l'intérêt plein de Charité que le chef porte à tous ses membres, vous leur représentez votre Eglise comme une tendre mère, que vous avez chargée de veiller sur eux dès leur entrée dans ce monde, jusqu'à leur dernier soupir. C'est pour cela qu'elle baptise les nouveau-nés, et qu'elle se hâte de les faire entrer dans le corps mystique de Jésus-Christ ; qu'elle renoue par le sacrement de Pénitence les liens qui unissaient l'homme à celui qui seul donne la vie, et que le péché avait brisés ; qu'elle nourrit ses enfants du lait de la parole sainte et de la chair adorable du Sauveur pour entretenir et fortifier cette union et cette vie; qu'elle fait descendre les bénédictions du Ciel sur les époux, et qu'elle préside ainsi à l'un des actes les plus solennels de la vie humaine ; c'est encore pour cela qu'elle est au chevet des moribonds, afin qu'à ce moment décisif pour l'éternité, elle ait la joie de les unir à Jésus-Christ pour toujours. Et lorsque tout ici-bas semble consommé, lorsque l'homme a disparu de la scène de ce monde, l'Eglise, dans sa sollicitude, après avoir béni sa tombe, l'accompagne encore de ses suffrages, pour hâter et assurer davantage son repos éternel.

II. Pourquoi, ô mon Dieu, le monde est-il assez aveugle et assez ingrat, pour ne pas reconnaître votre puissance, votre sagesse et surtout votre bonté infinie dans cet ordre admirable et dans ces dispositions miséricordieuses qui ont présidé à l'établissement de votre Eglise ? Hélas ! Nous devons l'avouer, la rougeur au front : c'est que pour être membre vivant de ce corps dont Jésus-Christ est le chef, il faut être uni à ce divin Sauveur comme les membres le sont à la tête. Or, pour arriver à cette union intime, il faudrait, Seigneur, que notre vie eût du moins quelque ressemblance avec la vôtre ; il faudrait que l'Esprit-Saint fût l'âme de nos œuvres. Sans doute, par la grâce du Saint Baptême, nous nous trouvons membres du corps visible de votre Eglise ; mais n'avons-nous pas lieu de craindre que nous n'en soyons des membres morts, et par conséquent exclus de la participation aux avantages que n'en recueillent que les membres vivants ? Quels efforts faisons-nous pour vivre de la vie de notre chef ? Méditons-nous cette sainte vie pour pouvoir ensuite y conformer la nôtre ? Est-ce là notre grande préoccupation, la pensée dominante de notre existence ? Sommes-nous dans la grâce de Dieu et unis à lui par la charité ? Il le faut pourtant pour que la sève de son Divin Esprit circule dans nos veines. Quelle est notre humilité, notre mortification, notre détachement des biens de la terre, la foi qui inspire nos œuvres ? Ce n'est pas assurément que vous exigiez que, pour vous être unis, ô Divin Maître, il soit nécessaire que nous soyons parvenus à la perfection de ces vertus ; mais, il faut au moins que nous travaillions à les acquérir, et notre union sera d'autant plus intime que nous les posséderons à un degré plus élevé. Hélas ! Il faut le confesser, notre horreur pour tout ce qui nous impose quelque gène, quelque contrainte ; pour tout ce qui mot un frein à nos passions, qui contrarie nos sens, nos penchants et nos goûts, nous fait renoncer, Seigneur, à cette bienheureuse union et à tous les avantages qui en découlent ; car, pour y parvenir, il faut savoir se renoncer,s'immoler soi-même, selon votre divin oracle : « Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix tous les jours, et qu'il Me suive », (Saint Luc 9, 23). Quel bonheur pour ceux qui ont le courage d'être dociles à cette sainte et lumineuse exhortation, et qui parviennent ainsi à vous être unis ! quel trésor de grâces et de faveurs spirituelles y trouvent tous les membres vivants de votre Eglise ! Les derniers comme les premiers ; les plus vils et les plus méprisables selon le monde, comme ceux qui sont les plus honorés, chacun à proportion de sa capacité et de ses besoins ! C'est le même esprit, la même vie qui les animent tous, quoique leurs fonctions soient différentes. C'est dans ce corps mystique, dans ce royaume des âmes, que se trouve cette égalité si rêvée, et qu'il est impossible de réaliser ici-bas, dans les gouvernements temporels des états. Aussi, importe-t-il peu aux membres de cette association spirituelle d'y occuper telle ou telle place, puisque, quelles que soient leurs fonctions, ils participent aux mêmes avantages, et qu'ils ont droit aux mêmes récompenses. Quelle consolation pour tous de savoir que, s'ils vous sont unis par la charité, ô mon aimable Maître, ils sont unis en même temps à tous les membres de votre corps, quelque grand que soit l'espace des lieux qui les séparent les uns des autres ! Par une suite nécessaire, ils ont part aux travaux, aux œuvres, aux prières, à tout ce que font ces membres disséminés sur toute la surface de la terre ; c'est de vous, ô Divin Chef, que toutes ces choses prennent leur mérite. C'est de la vertu de votre sang, qui circule dans tout ce grand corps, qu'elles prennent leur beauté et leur sainteté. Quelle importance pour nous, Seigneur Jésus, d'appartenir comme membres vivants à votre corps ! C'est la vie ou la mort. Ne permettez donc pas que j'en sois jamais séparé en cessant d'être uni avec vous par la grâce ; car vous l'avez dit, on ne peut servir deux maîtres : celui qui n'est pas avec vous est contre vous, et le démon devient son chef ; il lui est en quelque sorte incorporé, soumis à sa domination, et il agit par son esprit. Voilà malheureusement ce qu'est le monde, et ce que tous les mondains aux yeux de la Foi. Arracher les âmes à la puissance du prince des ténèbres pour unir à votre corps, telle est précisément la mission de votre Eglise, qui ne fait que continuer ici-bas, votre conduite, la régénération de l'humanité que êtes venu commencer pendant votre vie mortelle, et qui ne peut s'opérer que par la réunion des membres avec leur chef.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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13 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Quatorzième jour

L'installation solennelle de l'Eglise le jour de la Pentecôte

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Les apôtres, sur la parole de leur Maître, étaient retournés à Jérusalem après avoir été témoins de son ascension ; ils y attendaient dans le silence et la retraite le Saint-Esprit que le Sauveur leur avait promis, et qui devait donner l'âme et la vie à cette nouvelle institution dont tous les éléments et l'organisation avaient été si habilement préparés, c'est-à-dire, à l'Eglise. Les préparatifs en avaient été faits dans l'ombre de la vie modeste et commune que Jésus-Christ avait menée sur la terre, au milieu des opprobres dont il avait été l'objet, et des souffrances de toute espèce auxquelles il s'était soumis, jusqu'à mourir sur une croix. Mais il ne s'agit plus ici de préparatifs, il n'est plus question maintenant que de faire recueillir à l'humanité tout entière les fruits du sang répandu par le régénérateur du monde, et ceux de la victoire qu'il avait remportée sur le péché et sur la mort. Aussi, le Saint-Esprit qui devait annoncer à l'univers ce triomphe éclatant, et qui allait commencer sa mission de vie en renouvelant la face de la terre, ne choisit pas comme le Verbe fait chair un hameau pour l'accomplir. Ce ne sera plus à Bethléem, mais dans la ville sainte, dans la ville la plus illustre de la Judée, dans celle qui a été témoin des humiliations du Fils de Dieu, qu'il descendra solennellement des cieux sur l'Eglise naissante, pour l'embraser de ses feux divins, pour lui donner une âme vivante. dont la généreuse activité ne s'arrêtera qu'à la consommation des siècles. Le temps du silence, de l'obscurité, des révélations faites en secret à quelques hommes seulement ou à une nation privilégiée, est passé. Un grand bruit se fait entendre, ou croirait une tempête, un vent impétueux ; des langues de feu apparaissent en plein jour et vont se reposer avec majesté sur tous ceux qui attendaient dans le cénacle le Paraclet promis. Le moment choisi par la providence divine pour ce grand événement est celui où une foule innombrable de Juifs et de peuples, de toute sorte de pays, se trouvent réunis pour la célébration de la Pentecôte, époque à laquelle on solennisait chez les Juifs l'anniversaire du jour où la loi avait été donnée sur le mont Sinaï. Il y avait alors à Jérusalem, dit le texte sacré (Act. des apôtres 2, 9 et ss), des Parthes, des Mèdes, des Élamites, des habitants de la Mésopotamie, de la Judée, de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie. On y voyait encore des hommes venus de la Phrygie, de la  Pamphylie, de l'Egypte et du côté de la Libye qui est près de Cyrène ; il y avait même des étrangers, tels que des Romains, des Crétois et des Arabes. Il était impossible d'installer avec plus de pompe l'Eglise de Jésus-Christ, et de promulguer avec plus de publicité et d'éclat la Loi Évangélique, qui allait devenir Catholique, et s'étendre par conséquent non plus seulement à la Judée, comme la loi mosaïque, mais à l'univers entier.

II. Aussi, à peine le prodige est-il opéré, que les apôtres, ces hommes jusqu'alors timides, grossiers et ignorants, se mettent tout à coup à parler les langues de tous les peuples divers accourus à la métropole du Judaïsme, de telle sorte que tous s'en étonnent et se disent les uns aux autres : « Comment ces hommes peuvent-ils nous parler à chacun dans la langue de notre pays ? Ne sont-ils pourtant pas tous Galiléens ? Qu'est-ce que cela signifie ? Il y en avait pourtant qui s'en moquaient, et qui disaient : « Ce sont des misérables qui sont ivres ». ». Ce fut alors que Pierre, à la tête des autres apôtres, commença à exercer pour la première fois l'éminente fonction de chef de l'Eglise. Il se plaça sur un lieu élevé, prit la parole au nom du collège apostolique ; et comme la multitude de ceux auxquels il voulait se faire entendre était considérable, il s'écria d'une voix forte et solennelle (Actes des Apôtres 2) : « Hommes de la Judée, et vous tous qui habitez Jérusalem, écoutez ceci, et prêtez une oreille attentive à mes paroles : ces gens ne sont point ivres comme vous le croyez, puisqu'il n'est encore que la troisième heure du jour. Ce dont vous êtes témoins est l'accomplissement de la prédiction du prophète Joël, qui a dit que, dans les derniers jours de l'existence de la synagogue, le Seigneur répandrait son esprit sur toutes les générations, et en particulier sur ses apôtres, auxquels il accorderait des dons surnaturels. La Loi Évangélique qui sera promulguée alors, sera la dernière qui sera annoncée aux hommes jusqu'au jour où des prodiges apparaîtront dans le Ciel et sur la terre pour annoncer le jugement dernier ; et il n'y aura que ceux qui se seront soumis à cette Loi sainte qui seront sauvés. Israélites, écoutez encore ces paroles : Jésus de Nazareth, cet homme en faveur duquel Dieu a rendu un si éclatant témoignage pour votre salut, en opérant par lui sous vos yeux, comme vous le savez, tant de miracles, de prodiges et de choses merveilleuses ; ce Jésus, qui a été livré entre vos mains par les desseins arrêtés dans les divins conseils et par la prescience de Dieu, vous lui avez donné la mort en le faisant crucifier par des hommes impies. Mais il a vaincu la mort, et par sa puissance divine et par sa seule volonté il a été rendu à la vie, comme David l'avait clairement annoncé. Or, ce même Jésus après être ressuscité (comme nous en sommes tous témoins, puisque depuis nous l'avons vu, nous lui avons parlé, et nous l'avons touché plusieurs fois) est monté au Ciel, où il est assis plein de gloire à la droite de Dieu ; et selon la promesse qu'il en avait reçue de son Père céleste, il a envoyé et répandu sur nous le Saint-Esprit ; et c'est ce divin Esprit qui a opéré les merveilles dont vous êtes témoins, et qui nous a inspiré les paroles que vous venez d'entendre. Que la maison d'Israël sache donc bien que Dieu a établi et proclamé Seigneur du monde entier et Roi de son peuple ce Jésus que vous avez fait mourir sur une croix ». C'est au milieu de Jérusalem, devant cet immense auditoire, en face des scribes, des pharisiens et des prêtres qui se trouvaient sans doute dans la foule, que Pierre a le courage de parler ainsi, lui qui naguère tremblait à la voix d'une femme. La vertu du divin Esprit, qui l'avait pénétré en descendant sur lui, donna une si grande autorité à sa parole, qu'aussitôt cette multitude qui l'écoutait se sentit le cœur profondément touché de componction, et se prit à s'écrier, en s'adressant à Pierre et aux autres apôtres : « Frères, frères, que faut-il que nous fassions ? » Pierre leur répondit alors : « Faites pénitence, recevez le baptême au nom de Jésus-Christ pour recevoir le pardon de vos péchés, et vous recevrez les dons du Saint-Esprit ». Trois mille hommes se présentèrent à l'instant même et furent baptisés. Tels furent les fruits de la première prédication faite dès le jour de la prise de possession de l'Eglise chrétienne.

III. Si, comme le dit l'Evangile, on reconnaît l'arbre à ses fruits, comment ne pas reconnaître la main de Dieu dans l'établissement de l'Eglise, à la vue de ces changements miraculeux opérés dans le cœur de cette multitude ? N'est-ce pas un prodige insigne que de voir Pierre convertir et gagner en un seul jour, et par un seul discours, plus d'âmes à Jésus-Christ que le Précurseur du Sauveur pendant plusieurs années, et que le Sauveur lui-même pendant les trois ans de sa mission divine dans toute la Judée ? Mais ce qui met le comble à l'étonnement, c'est qu'à la voix du premier chef visible de l'Eglise, et dans une seule instruction, trois mille personnes aient été non pas seulement transportées d'un enthousiasme passager, mais assez profondément convaincues et touchées, pour changer entièrement de mœurs et de vie. On les voit aussitôt affamées de cette doctrine nouvelle qu'elles entendent sortir de la bouche des apôtres, quoiqu'elles l'eussent dédaignée alors que le divin Maître s'efforçait de la leur enseigner ; elles ne trouvent de vrai bonheur qu'à se réunir pour adresser ensemble à Dieu de ferventes prières ; pour assister en commun, non plus aux sacrifices sanglants de l'Ancien Testament, mais à l'oblation pure du divin Agneau, et pour participer avec les prêtres de la nouvelle loi à la victime eucharistique, au pain des anges. Tous les anciens sentiments d'égoïsme et d'intérêt personnels, qui étaient leur caractère dominant et le cachet spécial de leur nation, ont disparu et ont fait place au feu céleste du zèle et de la Charité. Ces premiers chrétiens ne font plus qu'un cœur et qu'une âme ; ils se dépouillent même de leurs biens, il vont jusqu'à vendre leurs maisons et leurs champs, et à en porter le prix aux pieds des apôtres, afin de venir en aide aux pauvres, à chacun selon leurs besoins. Les Actes des apôtres citent eux-mêmes avec admiration la généreuse libéralité d'un Juif de la tribu de Lévi, natif de Chypre, qui vendit son champ, c'est-à-dire, d'après le moine Alexandre qui écrivit sa Vie, une terre considérable avec des constructions magnifiques, et qui en réalisa le prix pour venir au secours des indigents. Il s'appelait Joseph ; il mérita d'être élevé plus tard à l'apostolat à la place du prévaricateur Judas, et on lui donna alors le nom de Barnabé, qui signifie fils de consolation. Ce qui montre, de la manière la plus évidente, que, dès la naissance de l'Eglise, Pierre lui-même, le premier des souverains pontifes, avait un temporel, qui devint tellement considérable que les apôtres ne pouvant plus suffire à l'administrer, établirent des diacres pour les charger de ce soin. (Actes des Apôtres 6). Voilà l'Eglise militante telle qu'elle est encore aujourd'hui, et telle que l'Esprit-Saint l'a faite, en fécondant par sa vertu divine les éléments établis par le Sauveur du monde.

 

Élévation sur l'installation solennelle de l'Eglise le jour de la Pentecôte

 

I. Enfin, Seigneur, votre œuvre est consommée ! Le jour est arrivé où le souffle de votre divin Esprit va donner la vie à cette Eglise prédite et annoncée par tant de figures et de prodiges depuis quatre mille ans ; à cette Eglise l'objet des travaux incessants du Verbe incarné pendant les trente-trois années qu'il a passées sur la terre ! Que votre puissance est grande ! Ô divin Esprit ! Quelles merveilles elle opère dans les cœurs ! Les apôtres, malgré tous les soins du Sauveur, malgré les lumières célestes qu'ils avaient reçues à son école et les nombreux miracles dont ils avaient été témoins, n'avaient encore qu'une foi chancelante ; ils étaient d'une faiblesse dont ils n'avaient donné que trop de preuves pendant les jours critiques de la passion de leur bon Maître ; leur ignorance extrême, leur intelligence bornée qui ne saisissait rien de ce qui n'était pas matériel ou palpable, tout en eux semblait les rendre incapables d'accomplir la mission sublime qui leur avait été confiée par le Sauveur. Mais ils étaient humbles, aveuglément dociles, et pleins de cette bonne volonté à laquelle Dieu a promis la paix, et par conséquent la victoire. Aussi, quoique ne comprenant guère encore la portée de la promesse que Jésus-Christ leur avait faite, de leur envoyer son Esprit consolateur, ils retournent néanmoins à Jérusalem aussitôt après l'Ascension de leur divin Maître ; et là, ils passent dix jours dans la retraite et la prière. Saints fondateurs de notre foi ! Quel admirable exemple vous nous avez laissé pour ces moments d'épreuve. Où les clartés de la Foi semblent disparaître à nos yeux, pour faire place aux plus épaisses ténèbres ! Mais aussi quel a été le prix de votre héroïque constance ! L'Esprit-Saint est descendu sur vous avec tous ses dons, et a fait de vous en un instant des hommes nouveaux. Tout à coup votre foi est devenue inébranlable ; votre timidité naturelle s'est changée en cette force invincible qui ne craint ni les menaces, ni la puissance des hommes, lorsqu'il s'agit de la gloire de Dieu et du salut des âmes ; votre dévouement est sans bornes, et le divin Esprit a tellement illuminé vos âmes, que toutes vos paroles portent la lumière et l'onction de la grâce dans le cœur de ceux qui vous écoutent, et les convertissent par milliers. Vos écrits eux-mêmes, quoique sortis de votre plume depuis plus de dix-huit siècles, sont encore tout brûlants du Feu divin qui les a dictés, et renferment des leçons de philosophie et de métaphysique si sublimes, que, malgré les progrès si vantés des lumières, elles laissent bien loin derrière elles tout ce que les hommes les plus profonds et les plus savants ont enfanté jusqu'à ce jour. Bien plus, vos successeurs n'ont pas craint d'associer vos œuvres à l'Evangile lui-même, comme en étant le commentaire et le développement les plus parfaits ; ils en ont fait un même livre, dont chaque mot est entouré d'un tel respect, que l'Eglise entière en fait la règle de sa Foi. Enfin, avant de vous séparer pour aller porter la bonne nouvelle du salut aux nations dispersées dans l'univers entier, vous avez su, sous l'inspiration du Saint-Esprit descendu sur vous dans toute sa plénitude, vous avez su, dis-je, renfermer en douze phrases ou douze articles tous les principes fondamentaux de la  foi chrétienne; et votre symbole a été si accompli du premier jet, que, depuis plus de dix-huit cents ans, l'Eglise n'a jamais rien eu à y retrancher ou à y ajouter.

II. Vous aviez dit, ô mon Sauveur, que votre Père ne cessait d'agir, et que par conséquent vous qui lui étiez égal par nature, vous agissiez aussi sans cesse (Saint Jean, 5, 17) ; l'action et la vie, en effet, ne sont qu'un ; et puisque vous êtes la vie par excellence et la source première de tout ce qui a vie, il est évident que vous ne pouviez rester dans l'inaction. Aussi, en fondant votre Eglise, en lui donnant la vie par l'effusion du Saint-Esprit qui en pénètre et en anime tous les membres, vous avez voulu qu'elle partageât avec vous ce caractère divin de la vitalité, qui est l'action. Jusqu'alors vos apôtres, calmes et retenus, s'étaient contentés de recueillir avec docilité vos leçons ; ils les méditaient dans le fond de leur cœur, et ils s'en tenaient au rôle de disciples. Mais à peine l'Esprit de vie est-il descendu sur eux, qu'aussitôt, à l'instant même, ils ne peuvent plus contenir dans leur sein embrasé les vérités qu'ils y tenaient captives depuis trois ans ; ils prennent la parole, ils exhortent à temps et à contre-temps, comme disait Saint Paul ; la verge des persécuteurs, les chaînes, les prisons, les tourments les plus cruels, rien ne peut leur fermer la bouche ; et ils ne cesseront d'annoncer l'Evangile, même malgré toutes les puissances de la terre, qu'après la consommation des siècles. Depuis que l'Eglise a reçu cette vie divine, le repos ne lui est plus possible : les passions se récrieront, les efforts de l'impiété se réuniront pour arrêter sa marche,pour lui imposer silence, pour paralyser ses œuvres, mais rien ne pourra ni l'arrêter, ni la faire taire. Semblable à ces fleuves majestueux auxquels on veut imposer des digues, mais qui renversent en un jour les travaux de plusieurs années ; ou bien, qui peuvent changer de lit pour féconder d'autres contrées, sans que pour cela leurs flots cessent de couler avec la même abondance : l'Eglise de Jésus-Christ brisera sans effort tous les obstacles qu'elle rencontrera sur sa route ; et si les décrets divins, auxquels seuls elle obéit, l'obligent à quitter des régions ingrates, ce sera pour porter se bienfaits à des peuples qui en seront plus dignes, et pour faire connaître dans l'univers entier le nom de Jésus-Christ, qui, en la fondant, lui a communiqué son esprit, sa vie et son immortalité.

III. Comment s'étonnerait-on, ô Divin Esprit, de la puissance et de la vitalité de l'Eglise, lorsque vous-même en êtes devenu l'âme, lorsque vous l'avez embrasée du Feu sacré de la Charité ? Vous qui êtes l'amour consubstantiel du Père et du Fils, le baiser du Père éternel et de son Fils unique (comme le dit saint Bernard), le lien indissoluble de l'indivisible Trinité, ne deviez-vous pas, en effet, allumer ce sentiment divin dans les cœurs que vous aviez remplis de votre céleste essence ? L'amour de Dieu et de nos semblables n'est-il pas le premier fruit de votre présence dans une âme ? On connaît tout ce dont est capable l'amour profane, et l'on pourrait s'étonner de la puissance de l'amour divin ? « L'amour de Jésus-Christ, dit le pieux auteur de l'lmitation (livre 3, 5), est plein de noblesse, et il inspire l'accomplissement des grands desseins. Il n'y a rien au ciel et sur la terre de plus doux que cet amour ; il n'y a rien de plus fort, de plus élevé, qui dilate autant le cœur, qui le remplisse de plus de bonheur, gui le satisfasse plus entièrement ; il n'y a rien, en un mot, de meilleur ; car l'amour est né de Dieu, et il ne peut trouver de repos qu'en Dieu, c'est-à-dire en l'aimant plus que tout ce qu'il a créé. Celui qui aime vole et court avec joie Rien ne pèse à l'amour, il ne tient aucun compte du travail ; il entreprend plus qu'il ne peut ; à ses yeux rien n'est impossible, parce qu'il croit que tout lui est possible et permis. Aussi il est capable de tout ; et tandis que celui qui n'aime pas se laisse aller à l'abattement et au découragement, celui qui aime fait et achève beaucoup de choses... L'amour veille, et il ne dort pas pendant son sommeil ; quoique las, jamais il n'est fatigué ; l'affliction ne lui resserre pas le cœur, la crainte ne le trouble pas ; mais comme une vive flamme, comme un flambeau ardent, il s'élance dans les régions supérieures, et s'y élève sans obstacle. Celui qui aime connaît tout ce qui se trouve renfermé dans ce mot : Amour... » Je m'explique maintenant, ô Divin Esprit, ce zèle ardent qui n'a cessé d'animer la sainte Eglise pour la propagation de la foi au prix de tant de fatigues, de souffrances et même du martyre. Je m'explique cette Charité ardente qui met sur ses lèvres dès les premières paroles qu'elle adresse aux hommes, le nom si doux de frères, nom qui devient la qualification générale de tous ceux qui sont unis en Dieu par la même Foi et par le même amour. C'est encore dans ce sentiment sublime et céleste, dont vous embrasez tous les cœurs vraiment chrétiens, que je trouve la source de toutes ces œuvres instituées par l'Eglise pour voler au secours de ceux qui souffrent, et qui ont besoin d'une assistance quelconque ; au point que les païens eux-mêmes s'écriaient on parlant des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s'aiment ! » Oui, ô Esprit d'amour, il n'y a que vous qui puissiez inspirer cette Charité intelligente, désintéressée et délicate, qui est plus heureuses de se sacrifier pour des frères, que ne le sont ceux-ci en se voyant entourés de ses soins et de ses dévouements.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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12 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Treizième jour

L'établissement définitif de l'Eglise par Jésus-Christ

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Tous les éléments de l'Eglise étaient prêts ; le sang du Sauveur qui avait coulé était comme le ciment destiné à unir étroitement toutes les parties de l'édifice de l'Eglise et à le rendre indestructible ; le prodige de la résurrection de celui qui l'avait fondée lui promettait l'immortalité ; il ne restait donc plus qu'à faire un seul tout de ces matériaux épars, et à les lier étroitement avec la pierre angulaire, qui était Jésus-Christ. Mais Jésus-Christ, tout en restant la pierre angulaire de l'Eglise universelle, allait quitter la terre pour s'élever au plus haut des cieux, et pour rester à jamais dans le séjour de la gloire. Il fallait donc à l'Eglise militante un chef visible, représentant et vicaire du Sauveur du monde, revêtu comme lui de pouvoirs célestes qui lui permissent de continuer l'oeuvre du divin Fondateur. Depuis longtemps celui-ci avait jeté les yeux sur Simon, pour remplir ces sublimes fonctions ; il avait même habitué peu à peu les autres apôtres à le regarder comme devant un jour marcher à leur tête. La foi vive de Simon, son zèle et son amour ardent, son énergie et sa douceur le signalaient sans doute à l'attention du Sauveur, et avaient déterminé son choix. Aussi, dans le cours de ses prédications, lorsque Jésus-Christ cherche une barque pour parler au peuple, c'est dans celle de Simon qu'il monte de préférence ; c'est dans cette même barque qu'il opère une pêche miraculeuse-, c'est encore à Simon qu'il s'adresse directement lorsqu'il veut interroger ses apôtres, comme c'est aussi Simon qui prend la parole pour répondre au nom de ses collègues ; c'est Simon d'abord, et après lui Jacques et Jean, que Jésus prend avec lui pour monter au Tabor, et plus tard, pour l'accompagner sur la montagne des Oliviers la veille de sa mort : enfin, il prélude au choix définitif qu'il doit faire de Simon, avant de monter au Ciel pour l'établir son lieutenant sur la terre et le chef de son Eglise, lorsque, après l'avoir considéré attentivement le jour où il lui fut présenté pour la première fois, il lui dit : « Tu es Simon, fils de Jean, tu t'appelleras Kephas, ce qui veut dire Pierre » (S. Jean, 1, 42) ; et lorsqu'il lui adresse ces mémorables paroles. l'année qui précéda celle de sa Passion : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des Ceux. Et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux ». (Matthieu 16, 18 et SS) Puis, la veille du jour où il devait consommer son sacrifice, Jésus-Christ lui dit encore après la cène : « Simon, Simon, voilà que Satan demande à vous cribler comme le froment. Mais, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et lorsque tu seras revenu, tu affermiras tes frères ». (Luc 23, 31 et SS).

II. Ce ne fut, toutefois, que peu de jours avant de remonter au ciel, que le Sauveur proclama solennellement et d'une manière définitive l'élection de Saint Pierre comme devant être désormais le chef de son Eglise, et qu'il constitua irrévocablement celle-ci pour continuer son œuvre jusqu'à la fin des temps. Jésus-Christ, se trouvant au milieu de ses Apôtre, le sixième jour après sa résurrection, jeta un regard plein de bonté sur Simon-Pierre, et lui adressa ces mystérieuses paroles rapportées par l'Evangéliste Saint Jean (21, 18 et ss) : « Simon, fils de Jean, m'aimez-vous plus que ceux-ci ? Il lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime ». Il lui dit : « Paissez mes agneaux ». Il lui dit de nouveau : « Simon, fils de Jean, m'aimez-vous ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime ». Il lui dit : « Paissez mes agneaux ». Il lui dit une troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimez-vous ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : « M'aimez-vous ? » et il lui répondit : « Seigneur, vous connaissez toute chose : vous savez que je vous aime ». Il lui dit : « Paissez mes brebis ». Peu de temps après, les onze disciples étant réunis sur une montagne de Galilée que Jésus leur avait désignée, le Sauveur s'approcha d'eux et leur dit : « Toute puissance m'a été donnée dans le Ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit : apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles ». (Matthieu 28, 18 et ss). Il ajouta enfin : « Je vais vous envoyer le divin Esprit que mon Père vous a promis. Retirez-vous donc à Jérusalem jusqu'à ce que vous ayez été revêtus de la force d'en haut ». (Marc, 24, 49.).

III. L'Eglise était définitivement constituée et établie : toutes les nations, c'est-à-dire la terre tout entière, avaient été placées sous sa juridiction par Jésus-Christ lui-même, elles devenaient le théâtre de ses infatigables travaux ; sa doctrine immuable et divine, puisqu'elle était sortie des lèvres de l'Homme-Dieu son maître, allait être à jamais consignée dans les Saints Evangiles. Seule elle en avait reçu le dépôt sacré, et son céleste fondateur avait marqué d'avance du sceau de l'infaillibilité les jugements qu'elle aurait à porter, dans la suite des siècles, contre les erreurs qui tenteraient d'altérer la pureté de son enseignement ; elle était revêtue du droit non-seulement d'instruire, mais encore d'imposer aux hommes les vérités de la foi sans souffrir de contrôle. Sa mission était de les répandre partout et de les faire pénétrer dans tous les cœurs. Les moyens de développer les germes de vie renfermés dans la parole sainte étaient entre ses mains : c'étaient la prière, le Sacrifice par excellence et les sacrements. Les pouvoirs les plus merveilleux réservés jusqu'alors à Dieu seul lui avaient été communiqués par un prodige de la miséricorde infinie. Elle pouvait naturaliser tous les hommes enfants de Dieu, leur ouvrir les portes de la vie surnaturelle, leur donner des droits positifs au royaume des cieux ; réconcilier les pécheurs avec leur créateur qu'ils avaient offensé, effacer les souillures de leur cœur, et arrêter en quelque sorte le cours de la justice divine en déchirant leur condamnation, puisque les clefs du ciel lui étaient confiées. La présence réelle de son divin Maître lui était assurée jusqu'à la consommation des siècles, puisqu'elle n'avait que quelques paroles à prononcer pour le faire descendre sur ses autels. Elle pouvait même s'unir à lui pour participer de plus en plus à sa sainteté, à sa justice, à sa force, à sa puissance, et le donner aux fidèles pour leur inoculer ainsi la vie et les vertus, dont le Sauveur avait donné l'exemple. Enfin, elle avait un chef ici-bas destiné à maintenir l'unité dans la société chrétienne, et à donner les lois nécessaires pour le gouvernement et les besoins de cette monarchie divine. Tel était l'état de l'Eglise lorsque Jésus-Christ ressuscité quitta la terre pour monter au ciel. Rien ne manquait à son organisation, mais elle n'avait pas encore reçu l'impression du souffle divin qui devait lui donner le mouvement et la vie ; semblable à Adam formé par les mains du Tout-Puissant, mais sur lequel l'esprit de Dieu n'était pas encore descendu pour lui donner une âme vivante et agissante. Nous verrons bientôt comment la descente du Saint-Esprit sur les apôtres opéra ce prodige, et mit la dernière main à ce grand œuvre de la fondation de l'Eglise Catholique.

 

Élévation sur l'établissement définitif de l'église par Jésus-Christ

 

I. Plus j'avance dans la méditation de l'établissement de votre Eglise, Seigneur, et plus je suis frappé de la sagesse divine qui y a présidé. Votre toute-puissance avait créé le monde entier en six jours ; vous n'aviez eu qu'à prononcer un mot : « Fiat ! » et aussitôt toutes les merveilles que nous contemplons sortaient du néant. Mais lorsqu'il s'agit de l'édifice sacré de votre Eglise, vous employez quatre mille ans à en exécuter le plan, quelque irrévocablement qu'il fût conçu dans vos divins conseils ; et après être descendu du ciel sur la terre pour mettre vous-même la main à ce grand œuvre, vous y travaillez pendant trente-trois ans, et la vie entière du Verbe incarné s'y consume ! Pourquoi une si grande différence entre ces deux prodigieuses créations ? La première et suprême raison que j'en découvre, c'est votre grand amour ô mon Dieu, pour votre Eglise, ou plutôt pour les hommes, en faveur desquels vous l'avez établie. Il semble que vous vous soyez plu à prolonger la durée de votre ouvrage pour savourer plus longuement le bonheur que vous éprouviez en préparant à l'humanité les moyens de salut que lui réservait votre miséricorde infinie. La seconde raison pour laquelle il me semble que l'univers et tout ce qu'il renferme a dû vous coûter à peine quelques jours et quelques paroles, c'est qu'alors rien n'entravait votre volonté ; tous les éléments vous étaient soumis et obéissaient fidèlement à vos ordres, tandis que, pour établir votre Eglise, il n'en a pas été ainsi. Le respect que vous vous étiez prescrit pour la liberté de l'homme, les convenances de sa nature que vous avez daigné consulter, ses susceptibilités même que vous vouliez ménager, les événements humains dont vous n'avez pas cru devoir précipiter le cours naturel, motivent suffisamment vos délais ; les hommes se pressent parce que le temps leur échappe malgré eux : mais vous, Seigneur, vous êtes le maître de l'éternité ! Enfin, la troisième raison qui m'explique le peu de temps que vous avez employé à la création du monde physique, et les siècles que vous avez consacrés à la création du monde moral, c'est-à-dire à l'édification de votre Eglise, c'est la haute estime que vous aviez vous-même de cette œuvre par excellence, et celle que vous en vouliez donner aux hommes. Hélas ! Comment ont-ils répondu à votre attente ? L'incrédulité, les persécutions, l'indifférence, tel est le triste accueil qu'ils ont fait et qu'ils font encore à cette ingénieuse invention de votre Charité pour eux. Au lieu de se réfugier amoureusement dans le sein de cette tendre mère pour y trouver un remède et un adoucissement dans les épreuves de leur exil ; au lieu d'élever vers vous leurs voix reconnaissantes ; semblables à ces fils dénaturés qui renient les entrailles qui les ont portés et les mamelles qui les ont nourris, ils repoussent sa main bienfaisante qui se lève encore sur eux pour leur pardonner et les bénir ; ils sont sourds à sa douce voix qui veut apaiser leur fureur, ils la blasphèment et la couvrent de leurs outrages Pardon, Seigneur, pardon, pour ces enfants égarés de la meilleure des mères ; permettez-nous de vous dire avec votre divin Fils : « Pardonnez-leur, ils ne savent ce qu'ils font ».

II. Quel beau spectacle cependant pour la foi, qu'un Dieu confiant à des hommes, par condescendance et par amour pour l'humanité, la continuation et l'achèvement de la plus belle de ses œuvres ! Pourquoi, Seigneur, confier à des mains si fragiles des pouvoirs si sublimes et si divins? n'avez-vous pas à redouter que l'emploi n'en soit pas toujours fait avec cette sagesse, cette prudence, cette modération qui devraient être la caractère constant de tout ce qui est divin de sa nature? Eh quoi ! Je tremble, lorsque j'entends la voix d'un mortel faible, rempli de misères, portant au fond de son cœur la racine de toute iniquité, appeler entre ses mains le Dieu de toute sainteté, le Dieu qui possède à un degré infini toutes les perfections ! Je tremble lorsque je vois cet être soumis au triste héritage de l'ignorance, suite du péché d'origine, et revêtu néanmoins du droit de condamner les erreurs et de sauver la vérité ; lorsque je le vois, lui, qui chaque jour pleure sur ses propres infidélités, lier ou délier les pécheurs ! Mais pourquoi tremblerais-je, ô mon divin Sauveur, lorsque votre sagesse infinie n'a pas hésité un instant ? C'est en faveur des hommes que vous établissiez votre Eglise, et les hommes devaient être gouvernés par leurs pairs et non par des anges. N'avez-vous pas vous-même donné la meilleure preuve de cette nécessité en épousant la nature humaine, durant votre apparition sur la terre ? Oh ! oui, je le comprends, Pierre qui a péché sera plus indulgent qu'un ange ne l'aurait été, parce que sa propre faiblesse lui fera mieux apprécier celle de ses frères ; et c'est précisément parce que Pierre n'est pas impeccable, que le pécheur se jettera avec plus de confiance dans ses bras pour y chercher son pardon et sa réconciliation avec Dieu. Jésus ! Que votre sagesse est profonde ! Mais, surtout que votre amour est grand ! Combien vous faites peu d'état de votre propre gloire, lorsqu'il s'agit du salut des âmes ! Que les moyens que vous établissez pour leur venir en aide puissent parfois devenir pour vous une source d'outrages et d'humiliations, que les ministres de vos miséricordes soient les premiers à avoir eux-mêmes besoin de votre indulgence et de vos pardons, ce n'est pas ce qui vous préoccupe ; vous voulez avant tout mettre le salut à la portée de tous, et que les plus timides et les plus coupables trouvent des cœurs de frères pour les accueillir et les absoudre. Voilà pourquoi vous avez établi Pierre, les apôtres et leurs successeurs, c'est-à-dire des hommes, pour gouverner votre Eglise.

III. Toutefois, ô divin Maître, ces hommes qui deviennent ici-bas vos représentants et vos ministres, qui tiennent votre place et agissent en votre nom, qui continuent en un mot dans le monde l'oeuvre divine de la rédemption que vous aviez à peine commencée, ne sont-ils que des hommes semblables à tous les autres hommes ? N'est-ce pas vous qui les avez choisis et appelés à votre suite, vous qui les avez instruits ? ne les avez-vous pas séparés et distingués d'entre tous les hommes par l'imposition de vos mains sacrées ? N'est-ce pas à eux seulement que vous avez dit : « Recevez le Saint-Esprit. Tous les péchés que vous remettrez seront remis, et tous ceux que vous retiendrez seront retenus » ? (Jean 20, 23). Et après la cène, après avoir consacré le pain et le vin et le leur avoir distribué, n'est-ce pas encore seulement à eux que vous avez recommandé de faire ceci en mémoire de vous ? (Luc 22, 19.) Ces hommes que vous avez séparés de la foule de vos autres disciples, ne sont-ils pas les seuls auxquels vous ayez dit : « Allez, enseignez toutes les nations » ? (Matthieu 28, 18). Et n'avez-vous pas ajouté, pour qu'on apprît à les entourer du plus profond respect : « Celui qui vous écoute m'écoute ; et celui qui vous méprise me méprise : or, celui qui me méprise méprise celui qui m'a envoyé » ? (Luc 10, 16). Puis, lorsque parmi ces hommes que vous aviez choisis, j'en vois un que vous établissez pour être leur chef, en lui donnant l'autorité non-seulement de paître les agneaux, c'est-à-dire les simples fidèles, mais encore les brebis, c'est-à-dire les mères ou les pasteurs mêmes des agneaux ; lorsque vous adressant spécialement à lui, vous lui remettez les clefs du ciel ; je le demande, après tous ces soins particuliers et assidus que vous prenez pour marquer cette classe d'hommes d'un sceau sacré et divin, après les avoir revêtus de pouvoirs sans pareils sur la terre, et leur avoir donné un chef encore plus puissant qu'eux, destiné à présider, à diriger leurs travaux et à maintenir l'unité de leur action, comment pourrait-on désormais les confondre avec la foule, et ne voir rien en eux qui les en distingue ? Sans doute, pour être revêtus d'un caractère sacré, ils n'en sont pas moins hommes, et ne sont pas affranchis par là des faiblesses de l'humanité ; mais vous, ô mon Sauveur, leur fondateur et leur maître, n'étiez-vous pas aussi véritablement homme, et ne vous étiez-vous pas soumis à toutes les misères de la nature humaine, hors le péché ? Et pourtant vous n'en possédiez pas moins toute la puissance de la Divinité. Dieu et homme tout à la fois, vous avez voulu pour vos ministres et vos représentants sur la terre des hommes revêtus de pouvoirs divins : vous les avez voulus hommes, pour qu'ils pussent se mettre en rapport avec leurs semblables ; et vous leur avez conféré des pouvoirs divins, pour qu'ils fussent à même de servir d'intermédiaires entre Dieu et les hommes, d'intercéder pour eux et de faire descendre sur la terre le pardon et les secours du ciel. C'est ainsi, ô divin Maître, qu'avant de remonter dans votre gloire, vous avez voulu asseoir définitivement votre Eglise, et lui laisser des moyens infaillibles et impérissables d'aller partager un jour votre félicité.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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11 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Douzième jour

La vie de Jésus-Christ préparant les éléments de Son Eglise

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Le germe de l'Eglise Catholique venait d'éclore dans l'étable de Bethléem ; le Sauveur employa sa vie entière à le développer. Il y travailla d'abord par l'exercice des vertus les plus sublimes et les plus parfaites : l'humilité, l'obéissance, la pauvreté, la mortification, la Charité surtout, furent l'âme de sa conduite et de toutes ses œuvres ; vertus inconnues jusqu'à lui, qui devaient être la vie, la force et la grandeur de son Eglise, et la preuve irréfragable de la divinité de son institution. Jésus naît dans l'humiliation et la pauvreté ; le corps du divin Enfant, si faible, si délicat, est placé sur la paille et dans une crèche, afin de nous instruire par son exemple, et de nous prouver le désir ardent qu'il avait de souffrir pour nous, en commençant sans retard l'oeuvre de notre rédemption. Il fuit humblement devant Hérode son persécuteur, et se soumet à toutes les rigueurs de l'exil. Il obéit avec docilité à Marie et à Joseph, se condamne à gagner son pain à la sueur de son front dans la boutique d'un artisan ; et il mène pendant trente années, sur trente-trois qu'il devait passer sur la terre, une vie obscure et cachée, mais féconde en leçons et en expiations. S'il sort de Nazareth pour commencer sa vie publique, c'est pour se confondre d'abord avec les pécheurs, et recevoir le baptême des mains de Saint Jean-Baptiste ; il s'enfonce ensuite dans le désert, il y prie et il y jeûne pendant quarante jours : il veut même être éprouvé par la tentation. Lorsqu'il instruit ses apôtres, il le fait avec une douceur sans pareille, et supporte leur grossièreté avec une admirable patience. Il guérit les malades, soulage toutes les infirmités, ressuscite les morts, accueille les pauvres avec une bonté jusque-là sans exemple ; il les console et fait même des miracles pour les nourrir. Il fait du bien à tous ceux qui rapprochent. Enfin, l'heure de sa Passion a sonné, il y épuise le calice des humiliations et des souffrances les plus inouïes, il prie pour ses ennemis, et couronne sa vie héroïque en mourant volontairement et sans faiblesse sur la croix, par un excès d'amour pour les hommes.

II. Jésus-Christ, par la manière dont il avait vécu pendant les trente premières années de sa vie, avait posé les fondements d'une doctrine complètement nouvelle, et tellement en opposition avec les passions humaines qu'elle se proposait de combattre, que jamais elle n'aurait trouvé de disciples assez dociles pour l'embrasser, si le Sauveur n'avait eu à sa disposition que des moyens humains ; d'autant plus qu'il ne s'agissait pas seulement de régler la conduite extérieure de l'homme, mais d'atteindre ce dernier jusque dans le sanctuaire de sa conscience, et d'en diriger les actes les plus intimes et les plus secrets. Le divin Maître sortit donc de Nazareth, et après s'être préparé à l'accomplissement de sa céleste mission en pratiquant le premier la doctrine qu'il venait apporter au monde, il commença à prêcher, et à réunir autour de lui quelques disciples. Il leur développa pendant trois ans les maximes fondamentales du christianisme, dont il avait déjà donné lui-même de si héroïques exemples, à savoir : l'humilité, la pauvreté ou le détachement des richesses, la mortification ou la guerre à la chair et aux sens, et la Charité fraternelle. Toutefois, pour perpétuer son enseignement, qui devait traverser tous les siècles, et éclairer les hommes jusqu'à la fin des temps, il choisit parmi ses disciples douze hommes de cœur, pris dans les rangs infimes de la société, afin de convaincre les générations présentes et futures que la doctrine qu'ils allaient bientôt annoncer par toute la terre n'était pas leur œuvre, et que les succès qu'elle devait obtenir par des intermédiaires aussi ignorants et aussi grossiers, ne pouvaient être le fruit de leur science ni de leur habileté personnelles. Pendant trois ans, il s'applique à instruire ces douze hommes, pécheurs de profession pour la plupart, et à les former à la pratique des vertus qu'ils devaient eux-mêmes prêcher et faire accepter un jour au monde entier. C'est ainsi que le Sauveur préludait à l'établissement de son Eglise et qu'il en préparait les éléments.

III. Pourtant, il ne suffisait pas de publier, ni même de confirmer cette nouvelle doctrine par de nombreux et d'éclatants miracles ; il ne suffisait pas de convaincre l'humanité de ses erreurs, et de lui montrer ce qu'elle avait à faire pour marcher désormais dans les voies de la vérité. Il fallait encore lui ouvrir une source intarissable de secours surnaturels pour soutenir sa faiblesse et l'aider à combattre victorieusement son ignorance et sa corruption. Dieu seul était assez puissant et assez bon pour lui accorder cette faveur ; mais la paix, promise aux hommes à la naissance du Sauveur, n'avait pas encore été signée entre le ciel et la terre. Un sacrifice solennel était nécessaire pour apaiser la justice divine en expiant le crime au premier homme et les iniquités de quatre mille ans. Pour ce sacrifice, il fallait une victime pure et sans tache, une victime d'un prix infini, puisque les outrages avaient été adressés à Dieu, qui est un être infini ; il fallait encore un prêtre innocent et sans souillure, qui n'eût pas besoin d'implorer miséricorde pour lui-même, et qui n'eût rien de commun avec les pécheurs. Le fondateur de l'Eglise, Dieu et homme tout ensemble, se dévoua : il fut Prêtre et Victime. Comme homme il donna son sang et sa vie, et comme Dieu il donna un prix infini au sacrifice qu'il offrit sur la Croix. Le monde était racheté : la justice et la paix s'étaient embrassées sur le Calvaire ; la source des faveurs célestes était ouverte. Source incomparable, à laquelle toutes les générations futures devaient pouvoir demander les eaux qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle, c'est-à-dire à laquelle les hommes de tous les âges devaient pouvoir aller puiser les secours surnaturels nécessaires pour mettre en pratique une doctrine descendue du ciel avec Jésus-Christ, c'est-à-dire pour vaincre la chair et faire triompher l'esprit. La Charité ingénieuse du Sauveur sut trouver un moyen de rendre accessible à tous la source sacrée des grâces obtenues par l'effusion de son sang adorable. Il institua les sacrements comme autant de canaux divins destinés à nous appliquer les mérites infinis de son sang précieux, en répandant les secours surnaturels dans nos âmes : le baptême d'abord, pour nous réconcilier avec son Père, pour régénérer notre nature corrompue et pour nous entrer en quelque sorte sur lui-même, et nous faire devenir des créatures nouvelles ; la confirmation, pour fortifier davantage encore ces premiers effets de la grâce ; l'Eucharistie, pour affaiblir la concupiscence de la chair et nous faire participer à son esprit, à sa Charité et à sa propre Vie ; la pénitence, où nous devions trouver des remèdes pour toutes les infirmités de notre âme, et la laver des souillures, suites de nos faiblesses ; l'extrême-onction, destinée à nous fournir les secours nécessaires pour ces derniers combats dont l'issue décide de notre sort éternel ; le sacerdoce, qui devait perpétuer son œuvre en répandant son enseignement par toute la terre, et en ouvrant à tous la source divine des grâces par l'administration des sacrements ; enfin, le mariage, qui, établissant un lien indissoluble et sacré entre l'homme et la femme, fermait la porte aux dissolutions de la polygamie, et sanctifiait les générations futures jusque dans leur source. Qui n'admirerait la sagesse infinie qui a présidé à la disposition de tous ces éléments destinés à concourir à la fondation de l'Eglise et à y conserver la vie ? Et quel est celui qui oserait soutenir qu'un fondateur qui emploie de tels moyens n'est pas un Dieu ?

 

Élévation sur la vie de Jésus-Christ préparant les éléments de son Eglise

 

I. Que vos desseins, ô mon Dieu, sont différents de ceux des hommes, surtout dans la manière de les accomplir ! Les hommes, ceux mêmes auxquels vous avez bien voulu accorder une intelligence supérieure, n'ont que des vues courtes et étroites ; et encore pressés de les voir réalisées, parce que la durée de leur existence éphémère ne leur permet pas de prendre leur temps, ils se précipitent dans l'exécution, et emploient la force brutale et la violence pour arriver plus vite à leurs fins, dès qu'ils rencontrent le moindre obstacle à  l'accomplissement de leurs projets. Mais vous, Seigneur, dont les conseils profonds sont impénétrables ; vous qui embrassez d'un seul coup d'oeil tous les siècles passés, présents et futurs ; vous qui tenez dans votre main puissante toutes les destinées des individus et des peuples ; vous, enfin, qui avez l'éternité tout entière pour exécuter les décrets de votre sagesse infinie, vous ne craignez pas de former des plans dont la grandeur écrase notre faible intelligence ; et, lorsqu'il s'agit de les exécuter, certain de n'être jamais arrêté dans votre marche, quelles que soient d'ailleurs la malice et la résistance des puissants de la terre, vous accomplissez vos desseins avec ce calme, cette mesure et cette majesté qui sont le caractère distinctif de vos œuvres. Les siècles sont à vous, pourquoi donc vous hâter ? Non ! La régénération de l'humanité sera soumise aux mêmes lois de douce et lente progression que vous avez imposées à la nature. Les arbres les plus élevés, les plus majestueux et les plus solidement enracinés n'arrivent que peu à peu et insensiblement à leur complet développement; c'est ainsi que vous avez voulu que l'établissement de votre Eglise fût l'oeuvre des siècles, et que, semblable au grain qui est confié à la terre, le plan magnifique ne s'en développât qu'imperceptiblement jusqu'à l'avènement du Sauveur, qui devait y mettre la dernière main et en faire cet arbre gigantesque et mystérieux sur lequel tous les oiseaux du ciel pourraient trouver un abri assuré.

II. C'est encore ainsi, ô Divin Maître, que vous vous contentez de poser pour ainsi dire la première pierre de votre Eglise, d'en réunir les matériaux sans vouloir y mettre la dernière main, et que vous abandonnez sans crainte à vos apôtres et à leurs successeurs le soin de formuler les lois spéciales dont vous avez donné le principe fondamental, et les détails du gouvernement dont vous avez déterminé la nature. Les puissances humaines, toujours pressées de voir leur législation à l'oeuvre, et d'en recueillir les fruits, hâtent son application par le moyen expéditif de la force, de la contrainte et des châtiments exemplaires. Mais ce n'était ni une obéissance purement extérieure, et encore moins hypocrite, ni la docilité de l'esclavage qui pouvaient changer et régénérer le cœur de l'homme ; aussi, Seigneur, est-ce à son intelligence et à sa conscience que vous en appelez, par respect pour sa liberté et pour la dignité de sa raison et de sa nature. Vous voulez qu'après avoir été instruit de votre sainte doctrine, l'homme l'embrasse librement, par conviction et par amour pour vous. Ce moyen de rappeler l'humanité de ses erreurs et de ses égarements sera moins direct et moins expéditif peut-être, mais il attaquera le mal dans sa racine, il ira saisir l'homme dans le sanctuaire même de son âme, et au lieu de ne le changer qu'à la surface il en fera un chrétien vrai et sincère. Il développera dans son cœur les instincts généreux et les sentiments élevés qui n'y sont pas encore entièrement éteints ; il en fera avec le temps un serviteur dévoué et fidèle. C'était l'intelligence de l'homme, sa raison et sa volonté qui avaient été viciées par le péché d'origine : c'était sur elles que le restaurateur de l'humanité devait agir pour les réhabiliter. Sans doute, il n'appartenait qu'à vous, ô mon Dieu, à vous qui sondez les cœurs et les reins, à vous qui avez créé l'âme de l'homme, de trouver le spécifique qui seul pouvait lui procurer une guérison radicale ; vous seul étiez assez puissant pour en rendre l'application efficace et praticable, surtout en en plaçant l'administration entre des mains aussi faibles que celles de vos apôtres et de ceux qui sont chargés de perpétuer leur ministère. Et pourtant, à la voix de ces prédicateurs de votre Evangile, n'avons-nous pas vu, et ne voyons-nous pas encore tons les jours les cœurs les plus hautains et les plus orgueilleux devenir doux, humbles et obéissants comme des petits enfants ? les personnages les plus sensuels et les plus abandonnés aux plaisirs, embrasser les rigueurs d'une vie austère, pénitente et mortifiée ? L'amour désordonné des richesses se changer en un détachement parfait des biens de la terre ? Et enfin, l'amour divin et une ardente Charité pour ses semblables, prendre la place de l'indifférence et d'un égoïsme révoltant ? A de semblables résultats qui ne reconnaîtrait, Seigneur, l'oeuvre de vos mains ? Oui, je le crois et je le confesse hautement : il n'appartenait qu'à Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, de fonder et de constituer l'Eglise.

III. Mais si je reconnais ici votre toute-puissance et votre sagesse infinies, quelle admiration profonde, quelle tendre reconnaissance ne font pas naître en moi les merveilles et les prodiges de miséricorde que votre Charité pour les hommes a su faire sortir de la parole de votre adorable Fils et du Sang Précieux qu'il a répandu pour nous ? C'est bien la même parole qui avait dit à toute la création : « Croissez et multipliez », qui a prononcé plus tard, par les lèvres du Sauveur, ces quelques mots devenus si féconds : « Allez, enseignez toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Ô Evangile ! Parole céleste et toute divine, vous renfermez une sagesse si profonde, une connaissance si parfaite du cœur de l'homme, une si douce onction, qu'en la lisant avec le respect et la piété qu'elle commande, on se sent le cœur pénétré de lumières surnaturelles, et embrasé du plus pur amour ! Depuis dix-huit siècles, au milieu des bouleversements politiques et des révolutions sans nombre qui ont ébranlé et renversé tous les trônes, comme les destinées des nations ; au milieu des erreurs dont l'ignorance et les passions humaines ont inondé la société ; au milieu de ce chaos inextricable de législations diverses, qui se sont succédé les unes aux autres, en démentant le lendemain celles qui avaient été enfantées ou établies la veille, la parole sainte de l'Evangile est sortie seule de ce naufrage universel de la vérité, avec toute sa pureté, avec tout l'éclat de ses sublimes lumières et avec toute sa fécondité primitive ! La sainte Eglise en avait reçu le dépôt pour la régénération du genre humain, et elle a pu vérifier de la manière la plus incontestable l'infaillibilité de cet oracle du Sauveur : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas ». (Matthieu 24, 88). Que vous êtes bon, Seigneur, d'avoir ainsi rendu la vérité accessible à toutes les intelligences, et surtout de l'avoir rendue impérissable entre les mains de l'Eglise ! Mais, si une fois éclairé par ces lumières venues du ciel, je viens contempler les trésors de grâces que votre ingénieuse Charité renferme dans les sacrements pour nous faire participer aux fruits de la passion de votre divin Fils, comment ne pas tomber dans une extase d'admiration, de reconnaissance et d'amour ! Non, vous ne voulez pas seulement que dans notre prière nous osions vous donner le nom de père, mais vous voulez qu'en réalité nous soyons vos fils adoptifs ; vous ne vous contentez pas de pardonner au pécheur en vertu du sang que le Sauveur a versé, vous permettez, vous exigez même qu'il s'unisse intimement à lui dans la sainte Eucharistie pour qu'il ne fasse plus qu'un avec Jésus-Christ, et qu'il vive de sa vie ; pour que sa nature corrompue soit corrigée par la nature divine du divin Réparateur, et pour que sa dégradation disparaisse sous le poids de la gloire et de la dignité de votre adorable Fils auquel il s'est uni. Que la grandeur de vos miséricordes en soit à jamais bénie !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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10 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Onzième jour

La naissance de Jésus-Christ, fondateur de l'Eglise

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. La sagesse humaine aurait sans doute choisi l'une des grandes métropoles du monde connu pour servir de berceau au Rédempteur et au Régénérateur de l'humanité déchue. Elle l'aurait fait naître sous les voûtes dorées d'un somptueux palais et à l'ombre d'un trône majestueux. La sagesse humaine l'aurait voulu entouré d'une puissante armée, de généraux et de ministres expérimentés, habiles et savants ; ayant enfin à sa disposition des richesses immenses. Toutes ces ressources, comparées avec le but que le Sauveur se proposait d'atteindre, n'auraient, en effet, rien eu d'exagéré. Mais il n'appartient qu'à la faiblesse de l'homme de s'entourer ainsi d'une sorte de prestige qui impose à la multitude, et qui déguise avec plus ou moins de bonheur l'infirmité de sa nature ; il n'appartient qu'à elle de se servir de la force brutale pour établir son autorité et pour faire exécuter ses volontés. Un Dieu n'a pas besoin de ces moyens vulgaires : il est assez grand, assez sage, assez puissant, assez riche, pour trouver en lui-même tout ce qu'il lui faut, et pour suffire seul à l'accomplissement de ses desseins. Aussi, le Sauveur du monde se contente-t-il de naître dans une étable, sous les murs de la petite bille de Bethléem ; ses parents sont pauvres, et ce sont de pauvres bergers qui forment tout d'abord sa cour. Le ciel, il est vrai, se charge de manifester aux hommes l'excellence de celui qui vient de voir le jour. A peine est-il né, qu'une lumière céleste et extraordinaire vient frapper d'étonnement les pasteurs qui veillaient pendant la nuit sur leurs troupeaux. La voix d'un ange se fait entendre, et il leur dit : « Ne craignez point, car je viens vous annoncer une nouvelle qui remplira tous les peuples de joie; parce qu'aujourd'hui il vous est né, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur, Vous le reconnaîtrez à ce signe : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et placé dans une crèche ». Et aussitôt, à cet ange se réunit une multitude de célestes intelligences qui louaient Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! » (Luc 2, 9 et s.).

II. Tel est le simple et sublime récit de la naissance du Rédempteur du monde, du fondateur de l'Eglise. Ce n'est pas seulement un peuple privilégié et isolé, que le ciel éclairera désormais des sublimes lumières qui révèlent à l'homme le seul Dieu qu'il doit adorer, aimer et glorifier, et qui est la source intarissable de la paix du cœur ; toutes les nations sont appelées dès à présent à recueillir cet incomparable bienfait. Le grain de sénevé, dont parle l'Evangile, vient d'être confié à la terre ; il commence à germer, et peu à peu il va se développer. Voici déjà  qu'une étoile mystérieuse apparaît dans l'Orient, celle prédite par Balaam : « Une étoile sortira de Jacob ». (Nombres 24, 17). Au reste, dès les temps les plus reculés, les peuples de l'ancien monde possédaient des traditions merveilleuses qui annonçaient l'apparition d'une étoile extraordinaire et de certaines constellations, comme signes précurseurs de l'avènement du Sauveur et du régénérateur de l'humanité. Dieu, dans son infinie miséricorde, daignant mettre ses enseignements à la portée des hommes, fit briller cette étoile aux yeux des Orientaux qui se livraient avec une sorte de passion à l'étude de l'astrologie. Ils furent frappés de l'éclat prodigieux que répandait cet astre, et soit le souvenir des traditions, soit qu'ils eussent reçu quelque révélation céleste, trois Mages se mirent en route, pour découvrir le lieu de la naissance du Sauveur, qu'ils appelaient eux-mêmes le Roi des Juifs ; lorsque, arrivés à Jérusalem, ils allèrent interroger Hérode pour savoir, non si le Messie avait vu le jour, mais où il était né. Ce qu'il y eut de miraculeux dans cette vocation des Gentils à la Foi, ce fut moins l'étoile elle-même, que sa marche intelligente qui les conduisit à Jérusalem, et de là à  Bethléem, où elle s'arrêta précisément au-dessus de l'étable où reposait le divin Enfant dans une crèche. Les Mages y entrèrent, adorèrent le nouveau-né et lui offrirent de l'or, de la myrrhe et de l'encens.

III. Ce petit enfant, cette crèche, cette étable, malgré leur pauvreté, leur abaissement et leur obscurité, étaient pourtant les premiers rudiments de cette Eglise qui devait bientôt étendre son sceptre sur l'univers entier. Les plus grands fleuves ont souvent une source bien humble et même à peu près ignorée. Les édifices les plus élevés et les plus solides reposent sur des fondements profondément cachés, et les pierres qui servent aux premières assises sont d'une dimension et d'une consistance plus qu'ordinaires. Ainsi en a-t-il été de l'Eglise : la terre était trop fragile pour lui servir de base, et tout ce qu'elle renferme de puissance et de richesses était trop faible et trop misérable pour en devenir les matériaux. Le Ciel est son point d'appui, le Verbe éternel caché dans le sein de son Père au plus haut des cieux, puis incarné dans les entrailles de la plus humble des vierges, est sa pierre angulaire. Les vertus divines, la Foi, l'Espérance et la Charité ; les vertus pratiques, l'humilité, la pauvreté, la mortification et l'amour du prochain ; une organisation fondée sur le culte intérieur et extérieur, et sur le sacerdoce ; enfin, les persécutions sanglantes ou morales, telles sont les ressources célestes à l'aide desquelles l'Eglise est devenue l'édifice le plus élevé, le plus inébranlable qui ait jamais existé. C'est par ces moyens si simples et pourtant si puissants qu'elle a établi son empire immense sur les esprits et sur les cœurs de l'univers entier. Or, tous ces éléments se retrouvent à l'état de germe dans l'étable de Bethléem. Nous y découvrons, en effet, la foi dans les pasteurs et dans les Mages qui y adorent l'enfant nouveau-né comme leur Dieu ; l'espérance de la Rédemption prochaine de l'humanité est dans tous les cœurs de ceux qui visitent le Sauveur dans cette humble réduit ; mais comment croire, comment espérer en un Dieu fait homme, sans être profondément touché des sacrifices qu'il s'impose librement par amour pour les hommes ? Marie, Joseph, les bergers et les Mages qui entourent la crèche, sont donc plongés dans une extase d'amour, et le divin Enfant répond à ces sentiments embrasés par l'effusion de Sa Charité. Dans l'étable, je vois pour ainsi dire le berceau et le pays natal de l'humilité et de la pauvreté chrétiennes, depuis le souverain Maître de la terre par qui tout a été fait et qui est étendu sur un peu de paille dans une misérable chaumière, jusqu'à Marie et Joseph, jusqu'aux bergers et même aux Mages, qui lui sacrifient leurs richesses : tout respire la pauvreté dans cette humble demeure.

La Sainte Famille couchant sur la dure ; la rigueur de la saison, les bergers à la condition rude et laborieuse, les Rois venus d'Orient renonçant au sensualisme de leur pays pour entreprendre un voyage long et pénible : n'est-ce pas là cette mortification qui est l'élément essentiel de la doctrine évangélique que prêche l'Eglise ? Puis, quel nouveau spectacle ! A peine le Sauveur est-il descendu des splendeurs du ciel sur la terre pour épouser la misère de l'homme par amour, pour l'humanité, que déjà  la Charité a comblé les abîmes qui séparaient les différentes classes de la société : les pauvres et les riches, les princes et les roturiers, les fidèles et les païens, se pressent à l'envi autour de cette puissance nouvelle devant laquelle s'éclipsent toutes les autres, et ils sont tout surpris de ressentir pour la première fois autour de ce foyer d'amour les douces influences de la Charité fraternelle. Enfin, l'étable est le premier temple, la crèche le premier autel du culte fondamental de l'Eglise catholique ; la victime offerte, c'est Jésus Enfant, et Jésus en est aussi le Prêtre ; il prélude ainsi au grand sacrifice de la Rédemption, et au sacerdoce de Son Eglise qui devait continuer et perpétuer son œuvre régénératrice. Les ressources matérielles et une sorte de luxe ne sont même pas bannis de ce sanctuaire primitif : l'or et l'encens des Mages y sont acceptés, et les fidèles qui y accourent y apportent tous leurs offrandes. Les anges eux-mêmes veulent le consacrer par leur présence et par leurs concerts, en chantant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ». Et pour qu'aucun des caractères de l'Eglise ne lui manque dès son berceau, Hérode aura la triste gloire d'être son premier persécuteur et son premier tyran.

 

Élévation sur la naissance de Jésus-Christ, fondateur de l'Eglise

 

I. Après quatre mille ans d'attente et d'espérance, vous venez donc, ô Verbe divin, vous manifester aux hommes ; et pour mieux vous proportionner à leur faiblesse, pour que les leçons que vous avez à leur donner leur soient d'une intelligence plus facile, pour réhabiliter plus efficacement leur nature, vous ne dédaignez pas d'épouser leur humanité ! Vous prenez une âme et un corps semblables aux leurs, vous unissez non plus seulement la matière à l'esprit comme dans la création de notre être, mais vous unissez encore l'une et l'autre à la Divinité, par votre incarnation ! Que diront devant un pareil prodige nos beaux penseurs modernes, qui voudraient, dans l'excès de leur zèle et de leur prétendu respect pour la religion, que rien de temporel ou de matériel ne se mêlât à ce qu'ils imaginent ne devoir être qu'uniquement spirituel et surnaturel ? Divin Sauveur ! Combien ces pauvres frères égarés sont loin de connaître les desseins que vous vous proposiez d'accomplir dans le grand œuvre de la Rédemption ! Vous aviez promis de venir réhabiliter l'homme tout entier, son corps par conséquent aussi bien que son âme. Sa déchéance provenait de ce que la chair avait usurpé le domaine que l'âme était destinée à exercer sur lui ; d'esclave qu'elle devait être, elle était devenue reine en ravissant à l'âme le noble sceptre qui lui avait été confié lors de la création. Il fallait donc, pour relever l'homme de l'ignominie dans laquelle il s'était si malheureusement plongé, non pas séparer ce que Dieu avait uni, ni détruire ainsi la nature humaine, mais lui fournir les moyens de rendre la chair plus traitable et l'âme plus puissante ; c'est là tout le plan et le secret de l'Incarnation, de la Rédemption et de la Religion chrétienne. Aussi, votre sagesse infinie, ô divin Maître, commence-t-elle l'oeuvre de la restauration de l'homme, en se servant des mêmes moyens que son Eglise emploiera plus tard pour la continuer, c'est-à-dire qu'elle use de la matière pour en faire le véhicule et le signe des faveurs surnaturelles qu'elle venait apporter à des êtres qui ne pouvaient les saisir que par les sens.

II. Mais permettez. Seigneur, que j'entre dans ce sanctuaire où pour la première fois la Divinité vient habiter avec les hommes, et réaliser le nom mystérieux donné dès longtemps au Messie, le nom d'Emmanuel, « Dieu avec nous ». Que le touchant spectacle dont je vais être l'heureux témoin éclaire mon esprit de vos divines lumières. A peine ai-je foulé le seuil de la pauvre étable où m'amène l'étoile merveilleuse des mages, que j'aperçois, non pas seulement la crèche où repose le Sauveur du monde, mais encore Marie et Joseph plongés dans une adoration profonde ; c'est-à-dire que j'y trouve une famille entière: Marie, la mère, qui a porté Jésus dans son chaste sein, et qui l'a nourri de son sang virginal ; Joseph, le père adoptif du divin Enfant, et enfin le nouveau-né, le Désiré des nations. Pourquoi le Rédempteur du monde, le nouvel Adam, n'est-il pas immédiatement sorti des mains du Créateur, comme notre premier père, à l'état d'homme fait, et parvenu dès l'instant même de sa création à la perfection de l'être ? Le péché, qui avait été la ruine de l'humanité, avait été commis en famille, et tous les âges en avaient été infectés ; vous avez donc voulu, ô mon Dieu, que la source de la restauration du genre humain eût quelque rapport avec sa perte ; vous avez voulu qu'il fût racheté pour ainsi dire en famille, et que le Sauveur passât par tous les âges, non- seulement pour leur donner à tous des exemples de vertu, mais encore pour réhabiliter chacun d'eux en particulier. La femme était tombée dans l'esclavage et le mépris, et vous lui avez rendu sa dignité primitive en la choisissant pour la mère du régénérateur de l'univers ; l'enfance et la vieillesse étaient délaissées et dédaignées, et vous les avez entourées de respect et de sollicitude en voulant que votre Fils unique se fît petit enfant, et qu'il eût un vieillard pour père nourricier. Vous avez ainsi reconstitué la famille, dont les liens avaient été brisés par l'égoïsme, et sur cette famille modèle vous avez enté votre Eglise.

III. L'Eglise, en effet, n'est autre chose qu'une grande famille, et déjà l'étable de Bethléem nous la présente avec les grands caractères qui la distinguent de toute autre société, et qui démontrent de la manière la plus évidente qu'elle est votre œuvre, ô mon Dieu, parce qu'ils sont de l'essence même de la famille telle que vous l'avez fondée. D'abord, elle est visible, elle a quelque chose de sensible et de matériel qui frappe l'homme. Je vois la crèche, l'enfant divin qui y repose, sa mère, son père adoptif, les bergers et les mages qui l'entourent, comme je vois aujourd'hui dans nos temples l'autel, la sainte eucharistie, les ministres augustes qui la consacrent, les fidèles qui se pressent dans le sanctuaire pour l'adorer ; comme je vois encore le vieillard vénérable qui a recueilli la succession sacrée de Saint Pierre, et qui est entouré de toute la hiérarchie sacerdotale destinée à le seconder dans le gouvernement des âmes. Je contemple ensuite dans la sainte famille l'admirable unité de votre Eglise ; tous ses membres ne font qu'un cœur et qu'une âme et le Cœur du divin Enfant est le Centre et le Foyer de la Charité qui les unit. La crèche n'est-elle pas aussi le point d'union entre l'Ancien et le Nouveau Testament ? Tous les soupirs des patriarches et des prophètes y convergeaient, et c'est encore de la crèche ; que s'est élancé le zèle ardent des apôtres pour embrasser l'univers entier de ses feux divins. Votre Eglise est sainte, Seigneur, mais quelle sainteté fut jamais comparable à celle qu'abritait l'étable où s'étaient réfugiés Jésus, Marie et Joseph ? Le caractère de la catholicité se trouve encore sous cet humble toit ; d'abord, c'est le Sauveur qui y habite, et qui appartient à tous les temps : Jésus-Christ, dit l'apôtre, était hier, il est aujourd'hui, et il sera dans tous les siècles. (Hébreux 13, 8). Puis, ce sont les descendants de Sem, Cham et Japhet, qui semblent s'être donné rendez-vous autour de la crèche. Car la bénédiction de Noé promettait à Japhet de dilater son empire jusqu'aux tentes de Sem et de faire habiter ses descendants sous le même toit que ceux de ce dernier. Les Romains, qui s'étaient emparés du royaume de Juda, se chargèrent d'accomplir cette prophétie. Bethléem était trop près de Jérusalem pour que quelques-uns des fils de Japhet n'eussent pas accompagné les Mages dans leur pieuse recherche. Les Mages eux-mêmes venus de l'Arabie occidentale, qui, avec l'Afrique, était échue en partage à Cham, représentaient les descendants de ce fils de Noé, ceux de Sem étaient les bergers. Telles étaient les prémices de la catholicité naissante. Enfin, quel a été le foyer du zèle apostolique y qui a rayonné sur le monde entier, et qui embrasse encore aujourd'hui tous les pasteurs des âmes ? N'est-ce pas à la crèche qu'il faut remonter pour trouver le foyer de ce feu divin, qui inspire tant de dévouement et d'héroïsme ? Aussi, les Mages et les bergers en sortant de l'étable glorifiaient Dieu, et publiaient avec admiration tout ce qu'ils avaient vu et entendu, devenant ainsi les premiers apôtres du christianisme. Daignez, ô mon Dieu, embraser aussi mon âme de ces célestes ardeurs !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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09 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Dixième jour

Réalisation des promesses, des figures, des prophéties en Jésus-Christ, fondateur de l'Eglise

 

 Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. A peine l'homme était-il tombé, que le Seigneur lui annonçait un Sauveur. Cette première promesse, quoique vague et générale, suffit néanmoins pour fermer le cœur de l'homme au désespoir ; et elle fut pendant près de deux mille ans l'unique espérance du genre humain. Une seconde promesse vient toutefois éclaircir la première ; c'est à Abraham qu'elle est faite : Dieu lui dit que c'est de sa race que naîtra le Messie. Nous ne chercherons donc plus le Messie dans la généralité des nations, mais uniquement dans la postérité d'Abraham. Mais Abraham a sept enfants ! La troisième promesse est faite à Isaac, et par là  même sont écartés les peuples qui descendent des autres rejetons. Isaac à son tour a deux héritiers, Esaü et Jacob : ce dernier est choisi, par une quatrième promesse, pour être la souche de laquelle doit naître le Messie. C'est ainsi que peu à peu, et à mesure que nous avançons de siècles en siècles, la vérité se dégage des nuages qui en obscurcissaient l'éclat. Cependant, Jacob à douze fils : quel sera celui qui verra le Sauveur naître de sa race ? Une nouvelle promesse devient nécessaire, et c'est à Juda qu'elle est faite. Une dernière promesse vient enfin fixer les incertitudes qui pouvaient encore surgir sur celle des familles de Juda, qui devait donner le jour au Rédempteur du monde, en désignant la maison de David. Nous sommes donc certains maintenant que l'homme aura un Sauveur, et que ce Sauveur naîtra de la race de David. Mais comme celle-ci donnera naissance à un grand nombre d'enfants, il faudra que de nouvelles révélations nous viennent en aide, pour nous faire reconnaître le Messie au milieu de cette multitude de descendants de David.

II. Aussi, Dieu se réservait-il de nous désigner le Rédempteur promis d'une manière bien autrement précise : d'abord, par des figures, qui nous donnent une idée générale de sa mission divine ; nous n'en citerons que quelques-unes. Dans Adam, le Messie nous a été représenté comme devant être le père d'un monde nouveau, s'associant une épouse, l'os de ses os, la chair de sa chair, c'est-à-dire la sainte Eglise : ce qui fut accompli lorsque son côté sacré fut ouvert pendant le sommeil de sa mort. Dans Abel innocent, nous le voyons mis à mort par les mains de ses frères ; dans Noé, c'est le Rédempteur du monde qui le sauve d'une ruine universelle et qui repeuple la terre d'enfants de Dieu ; dans Melchisédeck, offrant le pain et le vin en sacrifice, nous retrouvons son sacerdoce éternel ; dans Isaac, son sacrifice sur le Calvaire ; dans Joseph, nous reconnaissons le Sauveur vendu par ses frères, condamné pour un crime dont il est innocent, placé entre deux criminels à l'un desquels il annonce la vie, à l'autre la mort, enfin comblant généreusement de biens ses frères dénaturés. Il est représenté dans l'agneau pascal, s'offrant en sacrifice et préservant son peuple de l'ange exterminateur ; dans la manne, nourrissant miraculeusement la nation voyageuse d'une nourriture descendue du ciel. Le serpent d'airain nous montre le Sauveur élevé sur une croix et guérissant la morsure des serpents ; Moïse est l'image vivante du Rédempteur qui délivre le genre humain de la captivité où il gémissait ; dans David, nous le voyons terrassant un géant malgré l'inégalité de ses forces, maltraité par un prince jaloux, persécuté par un fils ingrat, gravissant à pied et en pleurant la montagne des Oliviers, insulté par un homme à qui il défend de faire aucun mal ; dans Salomon, nous le contemplons assis sur un trône magnifique, entouré de puissance et de gloire, doué d'une sagesse divine, et élevant à la gloire de Dieu son Père un temple merveilleux. Tous ces différents caractères conviennent si parfaitement au Messie, qu'il est impossible de ne pas le reconnaître, avec les écrivains sacrés du nouveau Testament et avec les pères de l'Eglise, pour le type de toutes ces figures.

III. Toutefois, ces traits épars et voilés sous des ombres plus ou moins épaisses ne suffisaient pas encore à désigner clairement Jésus-Christ, le fondateur de l'Eglise. Dieu voulait que le Messie fût annoncé d'une manière si évidente et si précise, qu'il fût impossible à l'homme de s'y tromper, à moins d'un aveuglement volontaire et obstiné. Alors il suscite les prophètes ; et si le peuple juif n'avait gardé entre ses mains les livres de ces hommes inspirés, on n'aurait pas manqué de les attribuer à la mauvaise foi des chrétiens, tellement le Messie et les mystères de sa vie sont dépeints avec précision et dans les plus minutieux détails. Voici, en effet, ce qu'ils disaient de lui plusieurs siècles avant l'avènement du Rédempteur : Le Messie sera Dieu et homme tout ensemble, il sera fils de Dieu et fils de David ; il naîtra à Bethléem de Juda, d'une mère toujours vierge ; sa naissance arrivera lorsque le sceptre de David aura passé dans les mains d'un étranger. Il sera adoré dans son berceau par des rois qui lui offriront en présents de l'or et des parfums ; à l'occasion de sa naissance, on fera mourir tous les petits enfants de Bethléem et des environs à cause de lui ; il se retirera en Egypte, d'où Dieu son Père le fera revenir plus tard. Il sera pauvre, et l'humilité, la bonté, la justice, seront son caractère. Il sera si doux, qu'il n'achèvera pas de briser le roseau rompu, et n'éteindra pas la mèche qui fume encore. Il aura un précurseur, qui, élevant la voix dans le désert, prêchera la pénitence et s'efforcera de préparer les hommes à le reconnaître et à s'attacher à lui. Le Messie prêchera le salut aux pauvres et aux petits ; de nombreux prodiges lui rendront témoignage : il guérira les lépreux, délivrera les possédés ; il rendra la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la vie aux morts.

Cependant son peuple le méconnaîtra : il sera persécuté, contredit, calomnié ; il entrera dans Jérusalem, au milieu des acclamations, monté sur une ânesse suivie de son ânon. Un de ses disciples, mangeant à sa table, le trahira et le vendra pour trente pièces d'argent ; cet argent sera rapporté dans le temple et donné à un potier pour prix de son champ. Ses ennemis se saisiront de sa personne ; tous ses disciples l'abandonneront, il sera maltraité, déchiré de coups, couvert de crachats, traité comme un ver de terre. On lui percera les pieds et les mains ; comme l'agneau qu'on porte à la boucherie, il n'ouvrira pas même la bouche pour se plaindre, il sera placé entre des malfaiteurs ; on lui donnera à boire du vinaigre ; on partagera ses vêtements et on tirera sa robe au sort. Enfin, il sera mis à mort, et Daniel assigne l'époque précise où ces choses s'accompliront, c'est-à-dire quatre cent quatre-vingt-dix ans après l'époque à laquelle il parlait. Par sa mort, il expiera toutes les iniquités du monde dont il se sera volontairement chargé. Il restera trois jours dans le tombeau ; il en sortira plein de vie, montera au Ciel et enverra l'Esprit-Saint à ses disciples. Il convertira les nations, qui s'empresseront de toutes parts d'abandonner leurs idoles pour s'attacher à lui ; d'une extrémité de l'univers à l'autre, les peuples les plus différents de mœurs et de langage se réuniront pour l'adorer. Il établira un sacrifice nouveau qui remplacera seul tous les autres sacrifices et qui sera offert, non pas dans un seul pays et dans un seul temple, mais dans tous les pays du monde, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. A de semblables traits, qui pourrait douter que Jésus-Christ ne soit le Messie promis ?

 

Élévation sur la réalisation des promesses, des figures et des prophéties en Jésus-Christ, fondateur de l'Eglise

 

I. L'Eglise, dont l'action devait avoir une influence si universelle et si intime ; l'Eglise, qui devait régner sur toutes les nations et sur toutes les consciences, ne pouvait avoir d'autre fondateur que vous, ô mon Dieu ! Car à vous seul appartient le sceptre de la terre et le gouvernement des âmes. C'est pour cela, Seigneur, que vous avez voulu que Jésus Christ, qui venait sauver le monde et établir une autorité spirituelle destinée à continuer d'âge en âge son, œuvre réparatrice, pût être facilement reconnu pour votre Fils unique, et, par conséquent, comme étant revêtu de votre nature divine. Cette suite non interrompue pendant quatre mille ans, de promesses, de figures, de prophéties qui n'ont cessé de l'annoncer avec une solennité pleine de majesté ; tous ces événements, toutes ces circonstances, tous ces faits particuliers, clairement vus à travers les siècles futurs et si littéralement accomplis, démontrent avec une incontestable évidence que celui qui en était l'objet était plus qu'un simple mortel, qu'il était un Dieu. Sans doute, la très Sainte Vierge Marie a partagé jusqu'à un certain point cette même prérogative, quoiqu'elle ne soit que la servante du Seigneur, et bénie seulement entre toutes les femmes ; mais c'est qu'elle devait être votre mère, ô divin Maître ! Et qu'en cette qualité, votre grandeur et votre gloire devaient rejaillir, jusqu'à un certain degré, sur celle qui était prédestinée à vous donner le jour.

II. Quoique l'empire que devait exercer votre divin Fils, Seigneur, ne fût qu'un empire tout spirituel, et quoique sa mission n'eût d'autre but que de régner sur les âmes, vous ne vous contentez pas de préparer les voies à son entrée dans le monde et à la mission toute spirituelle qu'il va accomplir dans le sanctuaire le plus intime des cœurs, par des moyens purement abstraits, intérieurs, et qui ne sauraient tomber sous les sens. Vous qui aviez créé l'homme, et qui connaissiez tout l'empire que la chair a usurpé sur l'esprit, vous saviez bien que l'intelligence humaine n'aurait jamais pu saisir des opérations qui n'auraient rien eu de matériel, et qui n'eussent pas été de nature à frapper les sens. Toutefois, si, pour descendre jusqu'à notre infirmité, vous avez recours à des moyens qui sont en rapport avec elle, vous les employez avec une grandeur et une magnificence qui ne peuvent laisser aucun doute sur la divinité de celui qui les met en œuvre. Lorsque je vois une puissance qui règle la marche des siècles, qui dispose des nations comme le potier de son argile, tantôt en les élevant au faite de la gloire, tantôt en les humiliant et en les brisant sous la force irrésistible de son bras, selon que le demande l'accomplissement de ses mystérieux desseins ; lorsque je vois un être lire nettement dans un avenir de quatre mille ans les plus minutieux détails des destinées humaines, et les publier plusieurs siècles avant l'événement ; lorsque je le vois se jouer des passions des hommes pour en faire des instruments si dociles à sa volonté sainte, qu'il les force à concourir dans une certaine mesure à l'exécution de ses immuables décrets ; je reconnais alors, dans toutes ces merveilles, la même main qui déroula la voûte des cieux plus facilement encore que le voyageur ne déploie sa tente au désert, et qui d'un seul mot couvrit la terre de toutes ces richesses dont nos yeux sont étonnés, et la peupla de ces myriades d'animaux dont nous admirons la prodigieuse variété. J'y reconnais, en un mot, ô mon Dieu, la puissance et la sagesse infinies de votre divinité.

III. Et vous, ô divin Sauveur, qui avez été le but et l'objet de toutes ces merveilles ; vous, en qui se sont accomplies les promesses, les figures et les prophéties de quarante siècles, comment ne seriez-vous pas l'envoyé de Dieu, et Dieu vous-même ? Le saint roi David ne met-il pas sur vos lèvres ces paroles prophétiques : « C'est vous, ô mon Père, qui m'avez établi le roi de Sion votre montagne sainte, c'est-à-dire qui m'avez donné la royauté de votre Eglise dont la montagne de Sion est la figure ? Le Seigneur m'a dit : Aujourd'hui je vous ai engendré : demandez, et je vous donnerai toutes les nations en héritage, et j'étendrai votre souveraineté jusqu'aux extrémités de la terre ! » (Ps. 2.) N'est-ce pas de vous dont le prophète Isaïe a dit : « Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils, qui sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous » ? (Isaïe 7, 14.) Et ailleurs : « Il sera appelé l'Admirable, le Fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix, et le nom de Dieu sera son nom ». (Isaïe 9, 6.) L'ange Gabriel annonçant à Marie qu'elle vous porterait dans son sein, ne lui a-t-il pas dit à son tour : « Vous enfanterez un fils auquel vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et il sera appelé le Fils du Très-Haut. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père, et il règnera sur la maison de Jacob, c'est-à-dire sur l'Eglise, pendant toute l'éternité ». (Luc 1, 31, 32). Oui, mon Sauveur, vous êtes Dieu, je le confesse ! Tous les prodiges qui vous ont annoncé me le prouvent de ]a manière la plus éclatante ; celui qui devait racheter le monde et offrir à Dieu une expiation et une réparation dignes de lui, devait être Dieu lui-même ; et il n'appartenait qu'à un Dieu de fonder l'Eglise ou l'empire des âmes et des consciences, parce qu'il n'y avait qu'un Dieu qui eût le droit de leur imposer des lois, et qui pût leur ouvrir une source intarissable de secours surnaturels et divins puisés dans son propre cœur, pour soutenir la faiblesse de l'homme et le conduire à la gloire éternelle.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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