18 mai 2014

Saint Yves Hélory de Kermartin

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Saint Yves Hélory de Kermartin

Saint Patron de la Bretagne

1253-1303

Fête le 19 mai

 

Yves Hélory de Kermartin (1253-1303) est l'avocat des humbles et des opprimés. Dès le début de sa vie universitaire à Paris et Orléans, tout le pécule dont le gratifient ses parents sera ms au service des étudiants moins fortunés que lui. Nommé juge ecclésiastique à Rennes en 1280, il bouleverse le Diocèse par son souci de la justice et la vérité ; les revenus de sa charge passent entre les mains des pauvres. Réclamé par l'évêque de Tréguier (son diocèse d'origine), Yves est ordonné prêtre malgré ses réticences et nommé curé de paroisse, tout en conservant ses fonctions de juge diocésain. Il est le plus mal loti des pauvres, à qui il donne tout, même son lit. Il se fait l'avocat des petits et de ceux qui ne peuvent payer un procès et s'en va plaider jusqu'à Tours. En 1283, les Frères Mineurs (Franciscains) qui l'ont marqué à Paris et à Rennes, arrivent à Guingamp. À partir de 1289, Yves est souvent leur hôte. Désormais il va porter, avec la corde et les sandales, un costume assez semblable au leur, sans doute l'habit du Tiers Ordre de Saint François (qui était une sorte de bure de couleur grise cendre pour symboliser la pénitence revêtue en entrant dans le Tiers Ordre, ndlr). À sa mort, le 19 mai 1303, il connaît le même dénuement et la même soif que Saint François d'Assise. « Mon fils, vivez toujours de manière à être un saint », lui avait souvent répété sa mère au temps de sa jeunesse ; devenu adulte, il reconnaissait combien il lui en coûtait de devenir pauvre, frères et serviteur. En 1347, le Pape Clément VI proclame sa canonisation. Et en 1351, le Chapitre général des Frères Mineurs ordonne de l'inscrire au calendrier liturgique Franciscain comme Tertiaire de Saint François.

 

Oraison

 

Dieu de qui vient tout ce qui est juste et bon, Tu as établi Saint Yves comme juge parmi ses frères, et Tu as fait de lui un grand ami des pauvres : accorde-nous, par son intercession, de rechercher passionnément la justice et de communier à ton amour pour les hommes. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

(Extraits du Missel Franciscain)

 

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Pedenn da Aotrou Sant Erwan



Aotrou Sant Erwan benniget,
E Breizh ar Patron hollvrudet,
C’hwi, helavar en ho komzoù
Hag hollskouerius en oberoù.

Difennet hoc’h eus ar c’horker
Pa voe taget gant ar piaouer :

Breutait c’hoazh, ni hoc’h asped,
Evit ar paour-kaezh Bretoned,
Ma vo rentet d’o yezh karet
Ar gwir a zo dezhi dleet,
Hag e kanimp meuroberoù

’N Aotrou Doue ’n hon ilizoù.
Ouzh rogentez ar juloded
Gourbannit kaoz ar baloded,
Korkerien dizifenn o yezh.
Bezit o breutaer el Lez,
Ma tassono ar c’hanennoù
A ray tridal hor c’halonoù.

Aotrou Sant Erwan galloudus,
’N em ziskouezit karantezus :
Ar brezhoneg n’eo ket maro :
Gant ho skoazell ec’h advevo,
Hag e kanimp gwitibunan :
’Vel Sant Erwan n’eus ket unan.

 

Prière à Monsieur Saint Yves



Monsieur Saint Yves bienheureux,
En Bretagne Patron illustre,
Vous, éloquent en vos paroles
Et exemplaire en vos actions.

Vous avez défendu les gueux
Mal accusés par les croquants :

Plaidez encore, nous vous prions,
En faveur des pauvres Bretons :
Pour que soit rendu à leur langue
Le droit sacré qui lui est dû ;
Et nous chanterons les merveilles
Du Seigneur Dieu dans nos églises.

Proclamez la cause des petits,
Tels des miséreux sans défense
Devant la morgue des nantis
Soyez avocat à la Cour,
Pour que résonnent ces beaux chants
Qui font tressaillir nos vieux cœurs.

Monsieur Saint Yves très puissant,
Pour nous, montrez-vous très aimant :
La langue bretonne n’est pas morte :
Avec votre aide elle va revivre,
Et nous chanterons tous ensemble :
Il n’en est pas un comme Saint Yves.

 

Nann n'eus ket e Breizh

Cantique traditionnel à Saint Yves

Diskan: 

Nann, n’eus ket e Breizh, nann, n’eus ket unan,

Nann, n’eus ket ur sant, evel sant Erwan,

Nann, n’eus ket ur sant, evel sant Erwan.

Refrain: 

Non, il n’y a pas en Bretagne, non, il n’y a pas un,

Non, il n’y a pas un saint, comme saint Yves,

Non, il n’y a pas un saint, comme saint Yves.

N’eus ket en Argoad, n’eus ket en Arvor,

Koulz ha sant Erwan ’vit an dud a vor,

Koulz ha sant Erwan ’vit an dud a vor.

 

Il n’y a pas en Argoat ni en Arvor,

Aussi bon que saint Yves pour les gens de la mer,

Aussi bon que saint Yves pour les gens de la mer. 

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Nann, n’eus ket er vro, ’vel ma lavarer,

Hag a ve ken mat ’vit al labourer,

Hag a ve ken mat ’vit al labourer.

 

Non, il n’y a pas dans le pays, partout on le dit,

Qui serait si bon pour le paysan,

Qui serait si bon pour le paysan.

N’eus ket kaeroc’h skouer d’an dud a lezenn 

Evit sant Erwan, skouer ar veleien,

Evit sant Erwan, skouer ar veleien.

Il n’y a pas plus bel exemple pour les gens de loi

Avec saint Yves, prêtre exemplaire,

Avec saint Yves, prêtre exemplaire.

Evel hon Tadoù, int, tud a gredenn,

Lavaromp d’ar Sant, ’n ur gaer a bedenn,

Lavaromp d’ar Sant, ’n ur gaer a bedenn :

Comme nos ancêtres l’étaient, croyants,

Parlons au saint, celui-là est un bon prieur,

Parlons au saint, celui-là est un bon prieur.

Aotrou Sant Erwan, Patron Breizh-Izel,

Bezañ treitour deoc’h, nann, kentoc’h mervel,

Bezañ treitour deoc’h, nann, kentoc’h mervel.

Saint Yves, patron de la Basse-Bretagne,

Être traître envers vous, non, plutôt mourir,

Être traître envers vous, non, plutôt mourir.

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Sant Erwan, pedit evidomp!

Saint Yves, priez pour nous!


17 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Dix-huitième jour

Le Curé de Lourdes

 

Vous avez dû vous demander quelle était l'attitude du clergé paroissial, en présence des Apparitions : il obéissait à son chef, M. l'abbé Peyramale, curé de Lourdes. Ce chef, d'une intelligence élevée, d'un grand cœur, d'une vertu rare, d'un sens pratique remarquable, tel, en un mot, qu'il le fallait pour ne rien compromettre et tout organiser, jouissait de la plus haute et de la plus légitime considération. Muet, devant ses paroissiens, au sujet des faits de Massabielle dont sa clairvoyance suivait, dans une ombre propice, le développement, il avait réuni un jour ses trois vicaires et leur avait recommandé de s'interdire toute allusion publique, toute descente à la Grotte...

Pendant que l'abbé Peyramale et ses vicaires se tenaient dans la plus stricte réserve, Bernardette, conformément à la promesse donnée, continuait ses visites de la quinzaine à la Dame du Rocher. Au matin du 27 février, jour de la Onzième Apparition, les contemplations et les joies de l'extatique se prolongèrent un peu plus que d'habitude. A la fin de l'entretien, la Dame, au rapport de la voyante, parut se recueillir et méditer. Elle sortit bientôt de ses réflexions et fit entendre ces mots à sa petite privilégiée : « Allez dire aux prêtres qu'il doit se bâtir ici une chapelle ».

Bernadette se releva de la vision toute soucieuse et toute absorbée. La mission qu'elle venait de recevoir n'était pas en elle-même ce qui la préoccupait le plus ; ce qui l'embarrassait et constituait pour elle une grosse affaire, c'était d'avoir à se présenter devant son austère curé. « Quoiqu'il soit bon, disait-elle, avec son sourire gracieux, j'en ai plus peur que d'un gendarme ». Toutefois, à son retour de la Grotte, après avoir fait une halte chez sa mère, Bernadette prit son courage à deux mains et se dirigea vers le presbytère. Au moment où elle se présenta à la maison curiale, l'abbé Peyramale récitait son bréviaire dans les allées de son jardin.... Quand l'enfant arriva près du Prêtre, celui-ci interrompit ses prières et demanda à la jeune visiteuse qui elle était et ce qu'elle voulait.

« Je suis Bernadette Soubirous », répondit timidement la petite voyante. « Ah ! C'est toi, reprit le curé, en fronçant le sourcil et en promenant son regard de la tête aux pieds de la timide enfant ; on raconte de toi de singulières histoires, ma pauvre fille. Suis-moi et entre ». Et, en même temps, le rigide pasteur, prenant les devants, se dirigea vers l'intérieur du presbytère... L'abbé Peyramale était un homme de haute stature, au regard imposant, à la figure sévère. Il parlait court et froid et, de prime abord, on ne se sentait pas attiré. Mais il y avait en lui deux hommes, l'un très rude, l'autre très bon, très simple, très digne. Le second faisait oublier le premier. Prêtre avant tout et toujours, il ne perdait jamais l'occasion de placer le mot qui édifie, le conseil qui éclaire. On l'écoutait avec respect, on subissait alors une irrésistible attraction et, en le quittant, on était son ami...

Quand ils furent arrivés au milieu du Salon de réception, l'abbé Peyramale se tourna vers sa jeune visiteuse et lui dit : « Eh bien§ voyons, que me veux-tu ? » Bernadette, debout, un peu rougissante, répondit : « La Dame de la Grotte m'a chargée de dire aux prêtres qu'elle d&sire avoir une chapelle à Massabielle, et c'est pour cela que je suis venue ». « Qu'est-ce que c'est que cette Dame dont tu parles ? » reprit le curé, en feignant de tout ignorer. « C'est une dame très belle qui m' apparaît sur le rocher de Massabielle ». « Oui, mais enfin, qui est cette Dame ? Est-elle de Lourdes ? la connais-tu ? » « Elle n'est pas de Lourdes, je ne la connais pas ». « Et tu acceptes d'une personne que tu ne connais pas des commissions comme celle que tu me fais ? » « Oh ! monsieur le curé, la Dame qui m'envoie ne ressemble pas aux autres dames ». « Que veux-tu dire ? » « Je veux dire qu'elle est belle comme on l'est, je pense, dans le ciel ».

Le curé fit semblant de hausser les épaules ; en réalité, il comprimait une émotion. « Et tu n'as jamais demandé son nom à cette Dame ? » « Si ; quand je le lui demande, elle incline la tête, sourit, mais elle ne répond pas ». « Elle est donc muette ? » « Non, puisqu'elle s'entretient tous les jours avec moi ; si elle était muette, elle n'aurait pas pu me dire de venir vous trouver ». « Raconte-moi, du moins, comment tu as fait sa rencontre ». Bernadette, de sa voix douce et persuasive, fit le récit de la première apparition. Quand elle eut fini : « Continue et dis-moi ce qui s'est passé aux jours suivants ». L'enfant entra dans le détail de tout ce qu'elle avait vu et entendu jusqu'alors à la Grotte. Pendant qu'elle parlait, le curé avait fait signe à Bernadette de s'asseoir et s'était assis lui-même. Il la regardait fixement et ne perdait pas une de ses paroles.... Quand la petite fille arriva à la fin de son récit, l'abbé Peyramale était plus qu'à  demi-gagné à la cause de la Grotte. Il dissimula néanmoins ses impressions et, faisant subir une dernière épreuve à la voyante, il continua de l'interroger sur le ton bourru des premières questions.

« Et tu prétends que la Dame qui t'a parlé t'a chargée de dire aux prêtres qu'elle désire avoir une chapelle à Massabielle ! » « Oui, monsieur le curé ». « Mais tu ne vois donc pas que cette Dame a voulu se moquer de toi et te livrer au ridicule ? Car enfin, si une dame de la ville t'avait chargée d'une pareille mission, est-ce que tu l'aurais écoutée ? » « Oh ! Monsieur le curé, il y a une grande différence entre les dames de la ville et celle que je vois ». « Elle est grande, en effet, la différence ! Comment ! une femme qui n'a pas de nom, qui vient on ne sait d'où, qui va se loger dans un rocher, les pieds nus, te paraît digne d'être prise au sérieux ? Ma fille, je ne crains qu'une chose, c'est que tu ne sois victime d'une illusion ».

Bernadette baissa la tête et ne répondit pas. Il y eut un moment de silence, pendant lequel le curé se leva de son siège et se mit à arpenter à grands pas son salon. Il revint se placer devant Bernadette et lui dit : « Tu répondras à la Dame qui t'a envoyée que le curé de Lourdes n'a pas l'habitude de traiter avec des gens qu'il ne connaît pas ; qu'avant toutes choses, il exige qu'elle fasse connaître son nom, et, de plus, qu'elle prouve que ce nom lui appartient. Si cette Dame a droit à une chapelle, elle comprendra le sens que j'attache à mes paroles ; si elle ne le comprend pas, tu lui diras qu'elle peut se dispenser d'envoyer de nouveaux messages à la cure ». Sans donner aucun signe d'approbation ou de désapprobation, Bernadette leva son regard serein sur le curé, fit sa petite révérence de paysanne et sortit. Le bon pasteur la suivit du regard jusqu'au fond de la cour. Quand elle eut disparu, il ne put s'empêcher de se dire à lui-même : « Cette enfant, à coup sûr, est une enfant de la Providence ».

 

Examen

 

Quelles sont nos relations avec notre curé ?.... Le connaissons-nous ?... Savons-nous où est son presbytère, même si, depuis la loi de Séparation, il a dû chercher un logement ailleurs ?... Bernadette enfant connaissait son curé et ne se trompa point de porte quand il s'agit pour elle d'aller chez lui.... Car il faut, un jour ou l'autre, aller chez lui : il est l'homme nécessaire : dans la vie, on a, à un moment donné, besoin de ses conseils... et, à l'heure de la mort, on est bien obligé, à moins de mourir comme une brute, de recourir à ses services.... Les deuils, l'éternité, contraignent à venir à lui ceux qui, dans le temps et la joie, espéraient s'en passer... Le curé, chargé de la sollicitude des âmes, était regardé jadis comme membre d'honneur, comme père spirituel, de toutes les familles... On le considérait dernièrement comme un fonctionnaire en soutane.... De récents événements nous ont appris qu'il est quelque chose de plus.... A nous de comprendre et, s'il y a lieu, de nous amender.... La vie paroissiale est l'extension obligatoire de la vie domestique...

Remarquez-vous la réserve, pleine de sagesse et d'intelligence, du clergé dans ces débuts de l'histoire de Lourdes ?... Il n'est pour rien dans les Apparitions et il requiert de nombreuses et très probantes preuves pour se déterminer à intervenir.... Les laïques vont souvent beaucoup plus vite que les prêtres.... Le zèle intempestif, la crédulité parfois naïve des premiers compromettraient la Religion ; la sage lenteur, le scepticisme initial des seconds, en cas de nouveauté religieuse, la sauvent.... Est-elle instructive et charmante la peur de Bernadette à l'endroit de son curé ?... Les enfants sont facilement intimidés par les grandes personnes, quand celles-ci sont élevées en dignité et ont des airs plutôt bourrus qu'affables.... L'esprit de foi, la pureté inspirent aux âmes, pour le prêtre, homme de Dieu, toujours auréolé, à leurs regards, du mystère des autels et des reflets de l'Au-delà, une crainte qui, dans le premier âge, devient de la frayeur.... Qui, enfant, n'a eu un peu peur de son curé, surtout si notre mère s'avisait de lui dire que nous n'avions pas été très sages?... Ajoutez qu'ici il s'agissait d'une ambassade émanant de la Vierge, que l'objet de l'ambassade était une tâche nouvelle et grosse de conséquences, imposée au curé.... et vous comprendrez que Bernadette en ait été d'autant impressionnée...

Les curés font principalement peur à deux catégories de gens :  ceux qui les détestent et voudraient, pour le Mal, supplanter leur influence.... à ceux qui ne les ont jamais vus de près.... La preuve en est que la plupart des ennemis du cléricalisme ne trouvent jamais rien de mieux à dire aux membres du clergé qu'ils rencontrent par hasard en société : « Ah ! Si tous les prêtres étaient comme vous, on irait à l'église par plaisir ! »... Compliment pitoyable : il faut aller au prêtre et à l'église par devoir. Ne sommes-nous pas trop impressionnables, susceptibles, formalistes, oubliant que les caractères à  écorce rude cachent parfois les sèves les plus fécondes de franchise et de bonté ?... Pourquoi juger les gens sur la mine ? Tel sourit habituellement en pleine rue qui se reprend à bouder, à maugréer, sitôt rentré dans sa maison... La sévérité du visage peut n'être qu'un écran dont l'esprit se sert contre le cœur pour empêcher les étincelles de la nature de nuire à la vertu.... Combien de fois aussi les brusqueries, les froideurs du dehors n'ont pas d'autre cause que les timidités excessives du dedans : on passe pour emporté, pour fier, et l'on n'est que pusillanime !... Les personnages publics provoquent ainsi des jugements injustes que corrige, quand l'occasion se présente, l'intimité des rapports.... Etre bon n'est pas le paraître : mieux vaut le bijou que l'écrin...

A l'arrivée de Bernadette, le curé interrompit ses prières.... Il quittait Dieu pour Dieu : « Celui qui reçoit un petit enfant en Mon Nom Me reçoit », a dit Jésus... Recevoir la voyante, c'était, au surplus, recevoir la Vierge qui la mandait.... Ne faisons-nous pas faire trop longtemps antichambre aux petites gens qui viennent nous visiter, et nos exercices de piété n'occasionnent-ils pas, parce que nous ne savons intelligemment les interrompre, maints mécontentements chez ceux et celles qui ont à subir notre sans-gêne ?... Ceux qui viennent nous visiter nous trouvent-ils de temps à autre en prière ?... Trouver un prêtre en prière : quelle édification, quelle poésie, quelle bénédiction anticipée sur la démarche qu'on va faire, quelle vision de Ciel quand le prêtre est un Saint !...

 

Prière

 

O Notre Dame, une des plus grandes grâces que Dieu puisse accorder à une paroisse, à une famille, à  une âme, c'est de lui ménager le contact d'un prêtre vraiment digne de ce nom.,.. L'impiété n'a que trop réussi à éloigner, en France, les curés du peuple.... Rétablissez, ô Vierge, les courants religieux interrompus, et multipliez les vocations sacerdotales pour multiplier dans les paroisses les ouvriers surnaturels qui y font seuls beaucoup de bien!...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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16 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Dix-septième jour

Le baiser pour les pécheurs

 

Le vendredi 26 février, en la dixième Apparition, Bernadette, dès son arrivée à la Grotte, avait franchi la place où elle s'arrêtait d'habitude, et était allée s'agenouiller sur le haut de la pente, au point où, la veille, elle avait gratté la terre. Elle n'avait manifesté aucune surprise de voir couler la nouvelle fontaine, et, s'étant signée, elle y avait bu et s'y était lavée. Après avoir essuyé son visage du coin de son tablier, elle était revenue en arrière s'installer à genoux sur la pierre qui lui servait de prie-Dieu. Entrée immédiatement en communication avec Celle qui faisait tressaillir son âme, elle s'abandonnait avec effusion et tendresse à la récitation de son chapelet, lorsque la voix amie, mais cette fois attristée, qui sortait pour elle du rocher, lui avait fait entendre ces paroles : « Vous baiserez la terre pour les pécheurs ». Tout est harmonique dans l'oeuvre de la Dame, tout converge au même but : la gloire de Dieu par la purification des pécheurs. Les deux grands moyens, déjà  indiqués, pour atteindre ce but, sont la Prière et la Pénitence. La Vierge, plus précise, entre dans le détail, signale un moyen spécial : « Vous baiserez la terre pour les pécheurs ».

Moyen imposé par la justice ! La peine du talion, en vigueur dans la loi mosaïque, obligeait à  rendre œil pour œil, dent pour dent. Elle a été supprimée par l'Evangile : il est interdit aux hommes de l'infliger. A défaut des hommes souvent ignorants, paresseux ou excessifs, les événements l'appliquent ; tôt ou tard, on est puni par où on a péché. Il y a des baisers d'hypocrisie comme celui de Judas, ou de volupté comme ceux qu'inspire la passion sensuelle : il faut qu'il y ait des baisers d'expiation, en haine du péché. Il y a des lèvres menteuses, impudiques, qui répandent le mal en répandant le souffle : il faut des lèvres véridiques, virginales, qui purifient l'ambiance par des senteurs de vérité, de chasteté. Jésus reprochait à son hôte Simon de ne lui avoir point donné de baiser, tandis que Madeleine en couvrait les pieds divins. Ce reproche, le Sauveur l'adresse à une grande partie de l'Humanité dénuée, à son endroit, de toute attention de cœur : « Tu ne m'as pas donné de baiser » (Luc 7, 45). Et la Dame, qui sait le désir, le besoin, le droit, qu'a son Fils de recevoir des baisers four la justice, nous trace notre conduite : « Vous baiserez la terre pour les pécheurs ».

Moyen rehaussé par l'humilité ! « Vous baiserez la terre ! » Est-ce là, dira l'orgueil, un geste digne d'une créature humaine ? Ne faut-il pas laisser ce soin à l'animal ? La Religion prescrivant ou conseillant de telles pratiques : quelle trivialité, quelle stupidité !... Convenons-en : c'est trivial, stupide, en apparence, mais en réalité, c'est profondément noble, intelligent, beau. Dans la grotte de Gethsémani qui aurait servi, suivant une légende, de retraite à Adam et Eve après la Chute, Jésus, le nouvel Adam, baisa la terre, mordit la poussière : il s'étendit sur le sol, pour exhaler sa tristesse mortelle et prier. Pourquoi, en sa grotte de Lourdes, l'Eve nouvelle ne nous inviterait-elle pas à baiser la terre pour vaincre le péché ?... En baisant la terre, on reconnaît son origine : il y en a tant qui désavouent leur extraction, qui, parvenus au faîte de leurs visées ambitieuses, se prennent pour des dieux auxquels rien ne manque que l'immortalité... Le contact de nos lèvres avec la terre nous fait descendre de ces hauteurs factices où l'imbécillité humaine se plaît à  élire domicile : on se rappelle qu'on est homme, c'est-à-dire un peu de terre animée par un souffle, et cette sensation d'argile fait davantage apprécier le souffle... On reconnaît aussi sa destinée : on se souvient que, poussière à l'origine, on doit, dans son corps, retourner en poussière. Et pour se spiritualiser davantage, on se traite comme un mort vivant, on procède soi-même aux préliminaires de ses funérailles, à un commencement d'inhumation... Et Dieu, nous voyant nous rapetisser, nous courber, par bon sens, nous grandit par sa grâce, se plaisant à nous faire sentir qu'en nous le fils de la gloire, par nature, est en même temps, par adoption, fils de la gloire éternelle, en Paradis Quiconque s'abaisse sera exalté.

Moyen consacré par l'amour ! Il est des baisers qui, ne rencontrant aucune répugnance, ne coûtent aucun effort et procurent même un plaisir délicat : ils se dégagent spontanément, sans secousse, des lèvres, comme le parfum, des fleurs. Tels ceux qu'échangent, sous le regard encourageant de Dieu, les parents et les enfants, les frères et les sœurs, les épouses et les époux chrétiens. Ne parlons point de ceux que recherche et multiplie, dans l'ombre, la coupable passion : ceux-là  ne coûtent rien à la nature, mais ils coûtent effroyablement cher à la conscience : ils entraînent la perte des vertus... Mais baiser la terre pour les pécheurs, qu'on ne connaît point ou qu'on peut ne point connaître, et qui sont, au surplus, tout ce qu'il y a au monde de plus dégoûtant, car il n'est rien de plus dégoûtant que le péché : voilà qui ne peut être imaginé, pratiqué, consacré, que par l'amour !... On a admiré des Saints baisant, pour en mieux faire la spirituelle conquête, les ulcères des malades les plus rebutants. Il est peut-être plus méritoire et plus admirable de se jeter à terre et d'imprégner de boue ses lèvres, sans être vu de personne autre que de Dieu.... Ami des pécheurs, Jésus agonisant au jardin des Oliviers n'a point reculé, pour eux, devant ce geste : son amour vainquit son effroi, sa tristesse, son dégoût. A nous d'imiter ce modèle : ces sortes de baisers doivent faire partie des manifestations de nos amours. « Vous baiserez la terre pour les pécheurs ».

 

Examen

 

Quel usage faisons-nous de nos lèvres ?... Pensons-nous à leur grande fonction d'interprètes sonores de notre esprit et de notre cœur ?... Les ouvrons-nous pour la prière... pour la sainte Communion... pour la vérité... pour la Charité... Restent-elles fermées aux blasphèmes... aux récriminations et aux mensonges,... aux calomnies.... aux médisances... aux conversations inconvenantes ?... Se ressentent-elles du sel de la sagesse qu'elles reçurent au baptême ?... Se disposent-elles par leur pureté à l'onction suprême qu'elles recevront à l'approche de la mort ? Avec elles, nous exprimons nos pensées par la parole, nos amours par le baiser.... Dieu nous baisa en créant notre âme : mon âme, émission d'un divin souffle, est un baiser de Dieu.... à notre tour, nous devons baiser Dieu, en rendant l'âme : une mort sainte, dernière émission du souffle humain en ce monde, est un baiser de l'âme à Dieu : in osculo Domini...

Le Prêtre baise l'autel.... Il baise aussi le Saint Evangile.... Les ministres sacrés dans les cérémonies baisent la main du célébrant.... On donne, à la grand'messe, le baiser de paix.... Bernadette baisa souvent la terre à la Grotte.... Les spectateurs l'imitèrent.... Bien avant elle, Sainte Jeanne d'Arc disait : « Quand Saint Michel et les anges se séparent de moi, je baise aussi la terre où ils se sont tenus, et je m'incline devant eux ».... Saint Bernard a défini le Saint-Esprit « l'éternel baiser que le Père et le Fils se donnent l'un à l'autre »... Que sont, que valent nos baisers?... Brutus baisa la terre par reconnaissance filiale : pourquoi ne la baiserions-nous pas pour expier les péchés, innombrables et de toute nature, que les lèvres font commettre, depuis la sensualité du paradis terrestre, à l'Humanité dégénérée ?... D'autant que, sur ce point, nous avons pu être, dans une ombre recherchée, fils d'Adam, filles d'Eve...

 

Prière

 

O Notre-Dame, vos lèvres, dont la grâce fut la gardienne et l'inspiratrice, ne servirent qu'aux effusions les plus saintes et ne connurent, sur le front de Jésus enfant, que les plus chastes et les plus délicats baisers.... Les nôtres n'ont pas été consacrées par un semblable usage : plus d'une fois, le péché les a marquées de sa hideuse empreinte. Pour vous être agréable et réparer nos fautes, nous baiserons la terre pour les pécheurs.... C'est ce que fit Bernadette, c'est ce qu'on fait à Lourdes...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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15 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Seizième jour

La contrition et la satisfaction

 

Bernadette but et Se lava : ce que nous faisons pour la Contrition. La contrition est le broiement de l'âme sous les coups de la douleur et des regrets d'avoir offensé Dieu si bon en sa nature, si aimable en ses perfections, si magnifique en ses bienfaits, si redoutable en ses justices, si digne, à  tous égards, d'être servi, aimé. Or l'âme, ainsi broyée par la douleur et le regret, épand, tel le fruit de la vigne sous le pressoir, un vin exquis appelé par le Psalmiste « vin de componction ». Ce que voyant. Dieu agrée son repentir, commande au prêtre de lever la main pour absoudre la pécheresse, et l'âme contrite boit le pardon avec l'absolution, et, ô merveilleuse instantanéité de l'effet sacramentel ! Elle est aussitôt lavée, purifiée : « Allez boire et vous laver à la fontaine ». Et elle y alla, elle but et se lava. La fontaine du sacrement guérit les âmes ; celle de Massabielle dont les premiers filets coulèrent sous le doigt tremblant de Bernadette ne guérit que les corps.

Bernadette mangea de l'herbe : ce que nous faisons par la Satisfaction. On s'est examiné, on s'est confessé, on s'est repenti, on a été absous, on satisfait : soit que, nos dispositions n'ayant pas été de tout point parfaites, la peine temporelle, due à nos péchés remis, demeure comme un reliquat de justice à solder ; soit que, épris d'un amour de générosité pour Dieu envers nous si indulgent, ou enflammés de haine pour le péché, cause de nos désastres, nous nous décidions à mener désormais une vie pénitente pour réparer encore davantage le passé, mieux sanctifier le présent et assurer l'avenir.

Or, cette satisfaction s'accomplit par la pénitence sacramentelle qui fait partie intégrante du sacrement reçu, et à laquelle nous devons apporter, par conséquent, toute notre ferveur avec tout notre empressement. Elle se complète, par d'autres prières, des mortifications intérieures, des abstinences, des jeûnes et des aumônes. Herbe amère que, malgré les répugnances de la nature sensuelle, il nous faut manger, si nous voulons diminuer notre purgatoire, après la mort, et prévenir, de notre vivant, les aggravantes rechutes. En ces amertumes gît principalement ce que j'appellerai l'hygiène de la sainteté... De nos jours, on refuse d'être le végétarien intelligent de la vertu, on trouve préférable de s'animaliser physiquement, intellectuellement, moralement. Et la satisfaction, complément nécessaire de la Pénitence en sa trilogie essentielle, est en train de devenir un vieux mot frappé de désuétude en attendant d'être rayé du dictionnaire, comme de l'usage des modernes chrétiens. Erreur ! Erreur ! Dût le vieux mot disparaître, Vidée qui en est l'âme demeurera, et, plus forte que le fait accompli qui aura essayé de la détruire, elle exercera de terribles représailles contre les grands enfants qui l'auront insultée : les folies passent, les idées saines restent...

Revenons à Bernadette. Tous les spectateurs suivaient les phases de cette scène étrange avec un sentiment pénible et une espèce de stupeur. Quand l'enfant se releva pour retourner à sa place, elle avait encore le visage barbouillé d'eau boueuse. A cette vue un cri de déception et de pitié sortit de toutes les bouches : « Bernadette n'est plus ! La pauvre enfant devient folle ». Bernadette revint à sa place sans paraître s'émouvoir, ni même se rendre compte de l'exclamation qui retentissait à ses oreilles. Après qu'on lui eut essuyé la figure, plus heureuse que jamais, le sourire des anges sur les lèvres, elle se remit à contempler la céleste vision. L'heure de l'admiration était passée ; le prestige était évanoui et l'on ne regardait plus la pauvre petite voyante que pour s'attendrir et la plaindre. Les augures de la libre pensée à Lourdes avaient déjà prophétisé que la démence serait le terme de l'état de la jeune visionnaire. On crut le moment venu où la prophétie allait s'accomplir. Pendant que la foule se détachait de la Grotte, Bernadette continua, tranquille et recueillie, à se délecter dans les douceurs de la prière, sous le regard de Celle qu'elle aimait. Enfin, vers sept heures, heure à laquelle la vision disparaissait, elle fit son magnifique signe de croix et reprit le chemin de la ville. La plupart des assistants, ce jour-là, se retirèrent de Massabielle les yeux baissés et le cœur rempli d'une poignante tristesse.

Voilà  le monde ! Il éclate en transports d'admiration devant tout ce qui brille, quelque artificielles et trompeuses que puissent être les lueurs. Mais il hausse les épaules, sourit de pitié, s'ombrage de mépris, se plisse de colère, crie à la démence, sitôt qu'il assiste aux prétendus abaissements de la nature, aux détériorations apparentes du sacrifice. Pour lui, on est sage, grand, et même propre, lorsqu'on est barbouillé, couvert de boue par le vice, pourvu que le vice ait encore un vernis d'élégance. Mais on n'y est plus, on est fou, quand on se défigure, si peu soit-il, extérieurement, pour se transfigurer intérieurement : « Bernadette n'y est plus ! La pauvre enfant devient folle ! »

Et cette mentalité toute mondaine pénètre, au point de l'impressionner et de la modifier, dans la mentalité de certains milieux chrétiens. C'est incroyable, comme les singularités de la sainteté sont vite assimilées à des excentricités pathologiques, ou, du moins, à des déchéances sociales ! Les vrais pénitents n'ont cure de ces suffrages du monde dont la langue est aussi épaisse sous l'action des fièvres que sa main est grossière sous la poussée des convoitises, et, le cas échéant, ils ont des réponses spirituelles pour réduire au silence ceux-mêmes qui, par diplomatie professionnelle, feignent de les critiquer.

Telle Bernadette, le jour où les membres de la commission nommée par l'évêque se transportèrent à la Grotte pour instrumenter. Le président lui ayant dit : « Vous venez de nous raconter qu'au moment de la découverte de la source vous aviez mangé un brin d'herbe. Pourquoi ? » « Je ne sais, répondit-elle, la Dame m'y a poussé et me l'a fait comprendre ». « Mais, mon enfant, il n'y a que les animaux qui mangent de l'herbe crue ! » « Oh ! Pour cela, monsieur l'abbé, vous vous trompez : nous mangeons bien, nous, des salades crues. Il est vrai, continua-t-elle en souriant, que nous y ajoutons un peu d'huile et de vinaigre ».

 

Examen

 

Nous excitons-nous, et comment, à la contrition de nos péchés ?... Les Saints s'y excitaient en faisant mentalement quatre stations très fortifiantes au point de vue de l'idée et du sentiment : une au cimetière... une autre en enfer... la troisième au Ciel... la quatrième au Calvaire.... Les Morts, les Damnés, les Elus, le divin Crucifié les éclairaient sur le péché et la haine que nous lui devons vouer.... Nous pourrions faire aussi une station au Purgatoire, au pied de l'Autel eucharistique, devant une image de Notre Dame des sept douleurs... Quelles stations faisons-nous ? Peut-être seulement celle qui nous oblige à attendre, impatiemment et plus ou moins longtemps, notre tour au confessionnal.... Et cependant telle est l'importance de la Contrition que, sans elle, la Confession même entière est nulle.... Que de confessions nulles, par défaut de contrition, nous avons peut-être faites en notre Vie !... Cela ne nous expliquerait-il pas leur peu de fruit ?... Songeons à la nullité hypothétique de ces confessions, traitons désormais plus sérieusement les choses les plus sérieuses... et prenons l'habitude d'englober, dans la teneur de nos aveux et dans notre acte de contrition, les fautes graves de notre vie passée dont nous nous sommes repentis.... Aimons aussi à répéter, à part nous et avec attention, la formule de l'acte de contrition avec laquelle il importe tant de ne se point familiariser.... « Bernadette but et se lava... ».

Quand et comment faisons-nous la pénitence que nous impose le confesseur ?... La faisons-nous ?... Sans elle le sacrement n'est pas complet.... Plus sévères que le confesseur, nous infligeons-nous à nous-mêmes des pénitences plus onéreuses ?... La mortification entre-t-elle, comme un peint capital et pratiquement observé, dans notre régime de vie, dans la réglementation de nos journées.... Un jour sans pénitence risque fort d'être un jour sans vertu.... Nous portons la croix d'or ou d'argent autour de notre cou... Aimons-nous surtout à nous étendre sur la croix de bois, à en sentir les cordes, les clous, les captivités, les humiliations, les tourments ?... C'est la croix de bois qui a sauvé le monde.... Bernadette mangea l'herbe et fit litière des sarcasmes et du revirement de l'opinion... Gardons-nous l'abstinence des vendredis, des jeûnes, des Quatre-Temps et du Carême ?... On invoque parfois une mauvaise santé, voire l'anémie, pour ne point faire maigre ni jeûner.... Et il arrive que des personnes soi-disant maladives, anémiques, ont, heureusement pour les médecins qui auraient trop d'ouvrage, et pour la société qui ne compterait bientôt plus que des générations rachitiques, assez de forces pour aller en soirée et danser, de temps en temps, jusqu'à quatre heures du matin...

 

Prière

 

O Notre Dame, le péché est le seul mal qui soit au monde et dont nous devions prévenir l'invasion.... Sans lui les berceaux n'auraient jamais été avoisinés par les tombes : par privilège, nous aurions été immortels.... Sans lui l'enfer n'aurait jamais ouvert ses portes, le Ciel n'aurait jamais fermé les siennes, et Jésus, le Dieu fait homme, n'aurait jamais souffert. Vous, non plus, vous n'auriez point connu le dénuement de la Crèche, les douleurs du Calvaire... Hélas ! Ce péché, mal de Dieu, mal de l'homme, a pour notre nature déchue tant d'attirances que nous le commettons. Obtenez-nous de ne le plus commettre. Dessillez nos yeux, broyez nos âmes, fortifiez nos volontés, et que, contrits et humiliés, nous vivions en pénitents pour mourir en prédestinés !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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14 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Quinzième jour

La Confession ou La Fontaine

 

Jusqu'ici, la Dame avait montré à Bernadette seulement sa beauté et sa bonté comme Visiteuse, sa sainteté comme Orante, son habileté comme Educatrice. Le matin du jeudi 25 février, pendant la Neuvième Apparition, Elle manifesta à tous sa puissance comme Thaumaturge. Relatons les faits :

Après quelques minutes de méditation, Bernadette se leva pour s'avancer vers la Grotte. Elle écarta en passant les branches de l'églantier et alla baiser la terre sous la roche, au delà  du buisson. Bile redescendit ensuite la pente, et, s'étant recueillie, elle retomba dans l'extase. Au bout de deux ou trois dizaines de chapelet, la voyante se leva de nouveau, se montra embarrassée ; tout hésitante, elle se tourna vers le Gave et fit deux ou trois pas en avant. Tout à coup, elle s'arrêta brusquement, regarda en arrière, comme quelqu'un qui s'entend appeler et écouta des paroles qui semblaient lui venir du côté du rocher. Elle fit un signe affirmatif, se remit en marche, non plus vers le Gave, mais vers la Grotte, à l'angle gauche des excavations. Aux trois quarts de la montée, elle fit halte et promena autour d'elle un regard troublé. Elle leva la tête comme pour interroger la Dame, puis, résolument, elle se courba et se mit à gratter la terre. La petite cavité qu'elle venait défaire se remplit d'eau ; après avoir attendu un moment, elle but et s'y lava la figure ; elle prit aussi un brin d'herbe qui poussait sur le sol et le porta à sa bouche...

Les quelques personnes qui, après l'extase, se trouvèrent à côté de Bernadette, l'amenèrent à s'expliquer sur la scène insolite qui venait de se produire à Massabielle. S'adressant à la jeune fille, elles lui dirent : « Mais, Bernadette, tu t'es montrée ce matin bien distraite à la Grotte. Pourquoi ces allées et venues ? Pourquoi gratter la terre ? Pourquoi boire de l'eau qui devait te répugner ? » « Voici, répondit l'enfant d'une manière toute simple et toute naturelle, pendant que j'étais en prières, la Dame m'a dit d'une voix amicale, mais en même temps sérieuse : « Allez boire et vous laver à la fontaine ». Comme je ne savais pas où était cette fontaine et que je croyais que cela n'y faisait rien, je me suis dirigée vers le Gave. La Dame m'a rappelée et m'a fait signe du doigt de me rendre sous la Grotte à gauche, j'ai obéi, mais je ne voyais pas d'eau. Ne sachant où en prendre, j'ai gratté la terre et il en est arrivé. Je l'ai laissée s'éclaircir un peu, puis j'ai bu et je me suis lavée ».

« Tu as aussi mangé de l'herbe, pourquoi cela ? » « Je ne sais, la Dame me l'a fait comprendre ». La Vierge, ayant préalablement demandé à Bernadette de prêcher la Pénitence, devait lui en indiquer le moyen pratique entre tous : se laver, laver son âme à la mystique fontaine du Sacrement de Pénitence. Or, toute l'économie de ce sacrement, pour ce qui nous concerne, se trouve en ce qu'a fait l'apôtre de la Grotte corroborant, par l'exemple, sa précédente prédication. Elle gratta la terre après s'être déplacée : ce que nous faisons par la Confession.

Pour se confesser, il faut se déplacer : on quitte ses idées, ses occupations, ses relations habituelles, et on vient à l'église, dans la direction des confessionnaux. Instinctivement, telle Bernadette allant, ignorante, vers le Gave, nous voudrions aller du côté opposé. Croyant que cela n'y fait rien, nous irions trouver les mondains tumultueux, emportés comme certaines eaux de rivière ; nous irions vers quelque cœur compatissant, ami ; ou même, à l'instar de nos frères égarés les Protestants, nous nous adresserions directement à Dieu. Mais cela y fait quelque chose, cela y fait tout : Dieu n'a établi, pour la purification des âmes, qu'une fontaine : celle du sacrement de pénitence, et il n'y a que le prêtre, son fondé de pouvoir, qui en puisse faire jaillir les flots. C'est donc à l'église, chez le prêtre, et non ailleurs, pas même à Dieu, eût-on la prétention de se passer d'intermédiaire sacerdotal, que tous doivent aller boire et se laver. « Allez boire et vous laver à la fontaine ».

Là, en présence du prêtre, on gratte son âme.Gratter la terre paraît, de prime abord, un geste d'une banalité humiliante ; l'emploi même de ce verbe, qui est pourtant le mot propre, chatouille peu agréablement les oreilles des dilettantes du langage. Et cependant, c'est en grattant la terre, au moment du labour, que le soc des charrues prépare les semailles, espoir des moissons. Gratter la terre, c'est donc le geste initial du paysan, premier bienfaiteur de tout pays ! Et cependant encore, c'est en grattant la terre que le fossoyeur permet aux corps humains de descendre dans les fosses pour y attendre, sous la garde de la croix, la résurrection des chairs flétries et des os desséchés. Gratter la terre c'est donc aussi le geste initial de la Mort ! Double geste sacré !...

Or, gratter la terre, c'est découvrir ce qui était caché. Cette découverte en l'âme se fait par l'examen de conscience. Absorbés par le dehors, nous ne connaissons presque pas en nous le dedans. Vienne la confession : on pénètre dans les plis et replis de sa conscience, on recherche les faits, on en étudie les causes : on découvre par cette inquisition intérieure ce qui échappait au contrôle extérieur des yeux : on a gratté son âme. Gratter la terre, c'est encore la débarrasser de ce qui la recouvrait : ce qui se fait en l'âme par la confession proprement dite, par l'aveu. L'examen découvre le mal ; l'aveu l'expulse, nous en délivre. En vain, se connaîtrait-on, si, après avoir creusé du regard l'abîme de ses misères, on ne les chasse point à coups d'aveux, les misères y subsistent toujours. L'examen fait comprendre le besoin qu'on a d'être lavé ; l'aveu rejette la souillure, prépare la purification....

Se déplacer, découvrir son âme, la dégager de tout ce qui est terrestre, limoneux : tel est le triple effort préparatoire à la réception du sacrement de pénitence ! Partout ailleurs, ce triple effort de nos pieds, de nos yeux, de nos mains, serait en pure perte. « Ne sachant où prendre de l'eau, j'ai gratté la terre, racontait l'enfant, et il en est arrivé ». Quand on gratte son âme, il arrive d'abord l'eau du repentir : on est humilié d'avoir été si sot, si ingrat, si paresseux, si criminel ; on est ému jusqu'aux larmes de constater que, par contre. Dieu a été si clément, et l'eau de nos componctions fait sourdre et éclater en cascades sublimes l'eau des miséricordes du Seigneur.

 

Examen

 

Nous avons un notaire, un médecin, un pharmacien.... Avons-nous un confesseur ?... Nous déplaçons-nous sans retard pour aller le voir, sitôt que nous avons eu le malheur de pêcher.... Ne restons-nous pas des mois, je n'ose dire des années, sans nous confesser, malgré l'urgent besoin que nous en aurions ?... Le péché, pendant ce temps, pourrit dans l'âme... Quelle putréfaction !... Nous confessons-nous la veille des fêtes de la Sainte Vierge pour être spirituellement plus reluisants de propreté à ses yeux réjouis ?... Bernadette, docile aux indications de la Dame, se dirigea vers la Grotte, à l'angle gauche des excavations...

Arrivés près du confessionnal, nous mettons-nous en présence de Dieu, puis en présence de notre âme pour nous examiner ?... Combien de temps consacrons-nous à l'examen de conscience ?... sur quoi le faisons-nous porter ? Nous étudions-nous à fond pour connaître le mal dans sa racine et non pas seulement dans ses manifestations externes.... Après avoir dit : « Qu'ai-je fait, qu'aurais-je dû faire ? » ajoutons-nous : « pourquoi l'ai-je fait ? Pourquoi ne l'ai-je pas fait ? »... L'examen de conscience est lamentablement négligé... On rencontre des pénitentes qui se préparent à entrer au confessionnal, en babillant avec leurs voisines, en regardant à droite, à gauche, pour contrôler tout ce qui se passe, en consultant la pendule ou leur montre pour savoir le temps que dure la confession des autres, en demandant le nom de celle-ci, en observant la toilette ou la physionomie de celle-là... Quelle préparation !... Bernadette, sans s'occuper de l'assistance, gratta, sous la Grotte, tranquillement la terre...

Nous voici au confessionnal ! Voyons-nous Jésus-Christ dans le prêtre ? Quelle foi, quelle humilité nous animent ? quelle loyauté nous inspire ! Nous confessons-nous avec méthode : suivant l'ordre des commandements de Dieu et de l'église, évoquant les péchés capitaux et nos devoirs d'état pour ne rien oublier ?... Nous confessons nous avec intelligence, indiquant, après les avoir recherchées, les causes et les circonstances aggravantes de nos chutes ?... Nous confessons-nous avec franchise, ne cachant aucun péché, éclaircissant tout doute, ne recourant à aucun palliatif, à aucune excuse ?... Nous confessons-nous avec netteté, exposant les situations telles qu'elles sont et ne parlant pas à  voix basse, n'entrecoupant pas nos moitiés d'aveux par une toux diplomatique... de façon à ne pas être compris ou même entendus de notre confesseur ?... Nous confessons-nous avec prudence, ne disant que ce qu'il faut, que tout ce qu'il faut, sans exciter notre imagination par le rappel de souvenirs inutiles, dangereux, troublants?... « J'ai gratté la terre, disait Bernadette, et l'eau est arrivée »... Quand on approfondit l'étude de son âme et du sacrement de pénitence, la lumière se fait et tous les aveux, quelque longs et pénibles qu'ils soient, arrivent au bout des lèvres.

 

Prière

 

O Notre-Dame, soyez remerciée d'avoir fait de Bernadette le modèle de l'âme qui va à confesse, examine sa conscience et accuse ses fautes : elle se déplaça et gratta la terre.... Nous nous déplaçons assez souvent pour aller nous confesser, nous les habitués des pratiques religieuses... Mais la routine nous empêche de retirer de ces déplacements tous les avantages qui, pour notre âme, en devraient résulter.... « Que je me connaisse, disait Augustin, afin que je me déteste !... » Que je me connaisse, vous dirai-je à mon tour, afin que je me confesse, et que je me confesse méthodiquement, intelligemment, loyalement, prudemment, immédiatement, afin que, découvrant mes misères et m'en débarrassant à coups d'aveux, je sois plus digne, eu égard à votre miséricorde, d'obtenir le pardon du prêtre, représentant de votre divin Fils !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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13 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Quatorzième jour

La Pénitence

 

Des personnes étrangères commençaient à se montrer à la Grotte, et les gens de Lourdes continuaient à y accourir plus nombreux, plus empressés. Le mercredi 24 février, jour de la huitième Apparition, Bernadette était arrivée à son heure habituelle, et, sans faire attention aux égards qu'on lui témoignait, elle était allée s'agenouiller sur la pierre qu'elle s'était choisie dans les journées précédentes. Cette place, à l'approche de la voyante, était toujours respectée de la foule...

Tandis que Bernadette était plongée dans l'extase, un nuage de tristesse vint s'arrêter sur sa figure jusqu'alors radieuse. la voyante se mit du côté du rocher ; puis, comme quelqu'un qui apprend une nouvelle douloureuse, elle laissa tomber ses bras, et des larmes abondantes coulèrent sur ses joues. Dans une attitude humiliée, elle se leva et gravit la pente qui précédait la niche en collant à chaque pas ses lèvres contre terre. Arrivée sous l'églantier, elle renouvela ses prostrations, puis leva la tête vers l'ouverture ogivale comme pour y prendre un mot d'ordre mystérieux. L'extatique se tourna ensuite du côté des spectateurs, et, le visage toujours en pleurs et des sanglots dans la voix, elle répéta à trois reprises : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! »

Disciple, témoin, éprouvée, initiée de la Dame, Bernadette en devenait l'Apôtre. Et elle inaugurait son apostolat en termes identiques à ceux de Jean-Baptiste et de Jésus inaugurant leur ministère : le précurseur, au Jourdain ; le Maître, en Galilée : « Faites pénitence, car le royaume des cieux approche. Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! » Pourquoi la Dame fait-elle dire trois fois à Bernadette : « Pénitence » ? Tout a une raison. Serait-ce par pléonasme, répétition de rhétorique employée avec intention pour donner plus de force à l'idée ? Ne serait-ce pas, plutôt, pour signaler la triple nécessité de la Pénitence correspondant aux trois catégories d'âmes ici-bas ?

Pénitence pour la Justice ! Et cette première pénitence vise les pécheurs. Toute infraction à une loi entraîne le désordre, tout désordre entraîne un châtiment : le péché, infraction à la loi la plus haute, désordre le plus grave, entraîne le plus redoutable des châtiments, la justice intransigeante l'infligerait sans pitié ni retard. Mais la miséricorde est intervenue, et, pour obtenir des sursis, voire des pardons pléniers de la justice, elle a inventé cette admirable combinaison diplomatique, cette reprise de conversation avec Dieu, qui a nom : la pénitence, la pénitence, fille endolorie de la miséricorde, désarme l'inflexible justice. Mais elle est seule à remporter cette victoire, et, là où elle n'apparaîtra point, avec ses regrets du passé, ses douleurs du présent, son ferme propos pour l'avenir, la justice reprendra aussitôt l'usage de ses droits. De là  l'impérieuse nécessité de la pénitence comme condition sine qua non de salut pour les individus, les familles et les sociétés coupables. Ou souffrir par la pénitence, ou périr par la justice. Impossible de combiner un moyen terne d'imaginer un expédient, un faux-fuyant. « Si vous ne faites pénitence, disait Jésus, vous périrez tous semblablement ». La Dame voudrait nous voir échapper à cette perdition inexorable, et elle nous dit par Bernadette : « âmes, familles, sociétés pécheresses, pénitence pour la Justice ! »

Pénitence pour la Fidélité ! Et cette seconde pénitence vise les justes. Remède curatif du péché, la pénitence en est aussi le remède préventif. Pour garder la grâce, il est nécessaire de contrarier la nature. Or, contrarier la nature, c'est la faire souffrir. Le chrétien, la chrétienne qui supprimeraient de leur règlement le chapitre des mortifications ou le regarderaient comme d'une application facultative, tomberaient, à courte échéance, dans les abîmes du péché. Pas plus que la grâce, les vertus infuses, qui en sont le merveilleux mécanisme, ne peuvent être conservées sans la pénitence. La foi impose des sacrifices d'esprit ; l'espérance, des abnégations de volonté ; la charité, des renoncements de cœur. Il n'est pas davantage possible de rester prudent, juste, fort, tempérant, si l'on ne contracte l'habitude de se mortifier. A leur tour, les dons du Saint-Esprit, les grâces actuelles n'agissent efficacement qu'à cette même condition. Se contraindre afin d'éviter les rechutes et de persévérer dans l'état de grâce : tout est là pour quiconque tient à demeurer fidèle à son devoir. La Vierge veut que les justes observent sans faiblir cette règle de conduite chrétienne et, par Bernadette, elle leur dit : « Pénitence pour la Fidélité ! »

Pénitence pour la Sainteté ! Et cette troisième pénitence vise les saints, en formation. On a été pécheur, on est devenu juste ; mais, ennemi de la banalité bourgeoise, on s'applique à accroître, tant qu'on peut, pour l'éternité, son capital de gloire : on travaille comme un émule, un successeur des Saints. Ce noble labeur dispensera-t-il de la pénitence ? Loin de là : il y astreint plus que jamais. La sainteté est faite d'amour ; un saint est celui qui aime plus et mieux que les autres. Or, sans douleur on ne vit point dans l'amour, disait l'auteur de l'Imitation. La passion de Notre Seigneur n'a été le plus grand excès de ses souffrances que parce qu'elle a été le plus grand excès de son amour, et inversement... La sainteté est faite de progression continuelle : un saint est celui qui va sans cesse de l'avant sur le chemin où Dieu le veut. Or, à marcher ainsi en gênant la nature, on se fatigue vite et beaucoup. Toute croissance physique, intellectuelle, morale et surtout surnaturelle, est douloureuse. Chez l'enfant, les membres ne se développent pas, la taille ne s'élance point sans malaise ni indispositions. L'élève endure plus d'une fatigue cérébrale pour progresser en savoir. Le jeune homme, la jeune fille, ne peuvent voir s'épanouir en eux la vie morale qu'en se roidissant contre les contagions du plaisir. Pour s'exhausser et s'étendre de tout son long sur la croix, le Christ a dû consentir à être écartelé, martyrisé. La sainteté est faite d'immolations pour autrui : un saint n'est un paratonnerre social qu'autant qu'il se traite en victime. Or, se traiter en victime, c'est se vouer, pour les autres, à toutes sortes d'holocaustes mystiques. Là où, chez un peuple, il n'y aurait plus de victimes innocentes payant pour les coupables, il n'y aurait plus de salut. Les Saints sauvent le monde par les mérites de leurs sacrifices et le sacrent par la royauté de leurs vertus. Qu'adviendrait-il du monde, disait Jésus à Sainte Thérèse, si Je n'avais égard aux Saints ? Ce sont comme des contribuables qui équilibrent, avec l'or de leurs bonnes œuvres, les plateaux de la divine justice : ils sont les premiers bienfaiteurs d'une nation ; une nation se suicide comme une folle en les éliminant. La Vierge veut que les Saints en fleur acceptent la souffrance pour devenir des Saints en fruit, et, par Bernadette, elle leur dit : « Pénitence par la sainteté ! »

 

Examen

 

Sommes-nous tristes en voyant de quelle façon, dans notre pays de France, la passion de Jésus-Christ, notre Dieu Sauveur, est renouvelée par les péchés personnels, domestiques et sociaux ?... De quoi nous attristons-nous ? de nos insuccès, de nos mécomptes, de nos impuissances, de nos maladies, de notre pauvreté, de la mort de nos proches ?... C'est la grande tristesse de l'amour divin qu'il faudrait ressentir !... « L'amour n'est pas aimé », criait Saint François à travers les rues d'Assise, avec des sanglots mal contenus.... Un nuage de tristesse vint s'arrêter sur la figure jusqu'alors radieuse de Bernadette.... On se photographie moralement dans ses tristesses... Le mot pénitence vient-il sur nos lèvres ?... plaît-il à nos oreilles ?... est-il inscrit dans nos cœurs ?... figure-t-il dans le programme de notre vie quotidienne ?... Au lieu de pouvoir dire comme les chrétiens d'autrefois : « Je suis mortifié », n'aurions-nous pas des tendances à dire : « Je suis capitonné » ?...

Nous souvenons-nous de nos péchés pour nous humilier, nous dompter et liquider notre situation d'âme avec la Divine Justice ?... Avec Dieu plus encore qu'avec les hommes, les bons comptes font les bons amis... Nos rechutes, périodiques et d'une périodicité trop fréquente, ne proviennent-elles pas de notre habituelle immortification ?... La faiblesse de nos vertus n'a-t-elle pas la même cause ?... N'est-ce pas pour la même raison que les dons du Saint-Esprit et les grÄces actuelles demeurent en nous presque sans effet ?... On ne peut vivre chrétiennement qu'en devenant un crucifix vivant... Nous devrions être saints pour donner toute notre mesure surnaturelle, ressembler à Jésus-Christ, conquérir des âmes et contribuer, comme hosties volontaires, au salut de la France... Notre défaut de sainteté ne procède-t-il pas de notre défaut de pénitence ?... Les raisons de nous mortifier abondent; le courage, la persévérance manquent. De là les vies sans justification ni sanctification personnelle, sans utilité sociale.... De là  la stagnation ou le recul du Bien, l'aggravation et l'extension du Mal...

 

Prière

 

O Notre Dame, nous aussi, comme Bernadette, nous aurions éclaté en sanglots et les larmes auraient inondé notre visage si nous avions été témoins de votre désolation.... Et dire que nous sommes pour une large part dans vos inénarrables douleurs ! Ne devrions-nous pas être des disciples plus fervents, des apôtres infatigables de la pénitence, que par trois fois vous nous avez prêchée ? Mais c'en est fait. Dites-moi, ô Mère désolée, ce qui vous déplaît en moi. Mes yeux, trop souvent immodestes ? Je les mortifierai.... Mes lèvres, trop souvent imprudentes, légères ? Je les mortifierai.... Mes mains, trop souvent, dans l'ombre, complices du mal ? Je les mortifierai.... Mon esprit, inattentif, frondeur, revêche ? Je le mortifierai.... Mon cœur, en proie à quelque amitié dangereuse, à quelque attache coupable ? je le mortifierai.... Ma volonté, indisciplinée, paresseuse, inconstante ? Je la mortifierai.... Et toutes ces mortifications, je me les imposerai comme pécheur, comme juste, comme saint en formation, comme apôtre, comme membre de famille chrétienne, comme victime pour le salut de la patrie française.... Et à ceux qui me demanderont : « Pourquoi vous mortifiez-vous ainsi ? » Je répondrai : « Jésus me l'avait dit, je l'avais oublié ; la Dame en pleurs me l'a enseigné de nouveau, je la veux consoler :j'obéis à la Dame !... »

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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12 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Treizième jour

Les Secrets

 

Le lendemain, mardi 23 février, avait lieu la septième Apparition. Interrogée sur ce que la Dame lui avait dit, Bernadette répondait qu'elle avait reçu trois secrets, mais que ces secrets ne regardaient qu'elle seule. La voyante ajoutait que les confidences qui lui avaient été faites ne pouvaient être communiquées à personne, pas même à son confesseur. Des indiscrets ont cherché bien souvent, soit par insinuation, soit par ruse, soit par des promesses, à arracher à l'enfant les révélations de la Vierge. Toutes les tentatives ont échoué, et Bernadette a emporté avec elle ses secrets dans la tombe. Les Apparitions avaient fait de la voyante un disciple du Surnaturel ; les dépositions en avaient fait un témoin ; les contrariétés, une éprouvée ; les secrets en firent une initiée. Ainsi le voulait la logique progression de l'oeuvre : on est élu, on parle, on souffre : dès avant l'entrée définitive dans la lice, on est récompensé par l'initiation.

Or, l'initiation, nécessairement mystérieuse, revêt toujours la forme du Secret. Ce qu'il y a au monde de plus vital et de plus captivant est ce qui est le plus caché. Aussi, innombrables sont les secrets, et les ausculteurs de la curiosité sont sans cesse en éveil. Il y a les secrets de la nature, les secrets de la religion, les secrets du génie ; les secrets de l'intelligence : les secrètes pensées ; les secrets du cœur : les secrètes amours; les secrets d'état, les secrets professionnels ; les secrets de société : les sociétés secrètes Seuls, les intimes, sont les initiés. En latin, le mot secret est synonyme de sacrement : « Sacramenta regis abscondere bonum est : il est bon de cacher les secrets du roi, disait l'archange Raphaël à Tobie ». Le secret pourrait être défini le sacrement de l'amitié : signe sensible institué par le cœur pour produire, comme autant de grâces naturelles, les initiations et les intimités. Bernadette, recevant des secrets de la Dame, devenait une amie intime, une initiée...

Or, le secret, qu'apporte-t-il ? Il apporte, toujours une révélation de haute estime. Avant de s'ouvrir, quand on a le souci de sa dignité et qu'on ne veut pas s'exposer aux mécomptes, on sonde le terrain, on étudie, on tâte ceux en qui on pourra s'épancher. Et l'on ne se décide aux aveux, enveloppés jusque-là d'ombres épaisses, que lorsqu'on a acquis la certitude d'être bien compris, mieux aimé. Le secret communiqué est alors, non une expectoration d'enfant, une prurition de vanité maladroitement satisfaite, mais un hommage judicieux rendu à l'intelligence, à la délicatesse de celui, de celle à qui nous le livrons. Sur cette estime intellectuelle, morale, se greffe la confiance qu'on ne sera point trahi. Et l'estime et la confiance font éclore, selon les circonstances et les personnes, l'amour ou l'amitié.

Ainsi agit la Dame envers Bernadette : elle la juge prête aux communications confidentielles, et lui témoigne la plus haute estime avec le plus profond attachement ! Le secret apporte, quelquefois, la révélation d'une joie. Une bonne aubaine, depuis longtemps désirée, arrive enfin : on réserve la primeur de la nouvelle aux amis : joie individuelle. La famille nourrit l'espoir d'un prochain rejeton, un héritage est sur le point d'échoir, une amélioration notable de situation se prépare : on en prévient les amis : joie familiale. Mis au courant des arcanes de la diplomatie, des élaborations de la politique, on est, dès la veille, renseigné sur l'événement, coup de bourse, coup d'état, vrai coup de baguette magique, qui rendra plus riant l'aspect des lendemains : on en cause, à mots couverts mais suffisamment compréhensibles, avec ses amis : joie sociale. Le projet d'une fête a été conçu, une décision importante pour le fonctionnement de la paroisse, pour la dignité et l'indépendance de l'église, pour la prospérité d'une congrégation, là où la liberté permet aux congrégations de fleurir, va être prise : on le sait, on en parle aux amis : joie religieuse.

Les secrets de la Dame renfermèrent sûrement une part de joie pour Bernadette : pendant l'Apparition, ses yeux eurent les étincellements, ses lèvres les sourires, ses traits la grâce que nous avons décrits. Il fallait que l'enfant fût d'une pureté, d'une humilité, d'une efflorescence d'âme bien agréable à Dieu, pour que la Vierge, se confiant à elle, lui ménageât ces jubilations, ces transports de céleste bonheur. La Dame est-elle aussi contente de nous ? Ses secrets, pour nous, seraient-ils un écho de sa joie maternelle ? Heureuses les âmes qui inspirent à Marie un tel contentement !

Le secret apporte, souvent la révélation d'une grande souffrance. On n'en peut plus ; à l'insu du voisinage, parce qu'on a des coquetteries de pudeur, on est martyrisé en son âme, sinon en son corps ; on mugira comme un torrent, si l'on n'a pas l'occasion de murmurer comme un ruisseau ; on a trouvé le consolateur, la consolatrice, et les sons qu'on exhale ressemblent à des glas. Le mystère de la plupart des existences humaines est fait de larmes que les yeux se refusent à verser devant les yeux d'autrui : on nous voyait sourire, on nous entend gémir... Les notes tristes ne manquèrent certes point aux secrets de la Dame : à la fin de l'extase, on vit Bernadette se traîner à genoux, jusque sous l'églantier, se recueillir, baiser terre et retourner, toujours sur ses genoux, à la place momentanément abandonnée. Cette souffrance de Marie ne pouvait venir que des pécheurs pour lesquels déjà elle avait conseillé de prier.

Ah ! Si, quand le tentateur nous incite au péché, nous prenions l'habitude de songer à la Dame, et de nous écrier en un bond d'indignation : « Non, je ne veux point pêcher : la Dame souffrirait », quel réconfort nous puiserions, pour la lutte, en cette évocation filiale ! Ainsi peut-être, s'il n'est pas inconvenant de risquer une interprétation des intimités de la Vierge avec son initiée, les trois secrets commis à Bernadette furent : le premier, une révélation d'estime ; le second, une révélation de joie ; le dernier, une révélation de douleur. Trilogie sacrée dont nous ne pourrons jamais, profanes, connaître au juste le motif musical et l'harmonie, ici-bas !...

 

Examen

 

N'aurions-nous pas aimé recevoir comme Bernadette les secrets de la Dame ? Quelle lumière, quel honneur, quelle sécurité pour cette enfant !... Le secret est créateur d'amitié : on se met toujours un peu, pour quelques minutes au moins, sur un pied d'égalité avec celui, celle à qui on se livre.... Le secret est illuminateur de conduite : ce qui nous manque, c'est de voir les choses de Dieu, et celles de notre âme : l'initiation aux arcanes donne le mot de quelques-unes des énigmes qui entourent notre être.... Le secret est inspirateur d'amour : un lien plus fort unit ceux qui se sont parlé, en excluant les autres du mystère des intimités.... Le secret est sanctificateur de vie quand il émane, directement ou indirectement, de Dieu : voyant mieux, aimant plus, se sentant moins seul, on se sanctifie davantage...

Telle grâce de lumière plus vive, telle impulsion spirituelle plus vigoureuse, n'ont-elles pas été, au cours de notre vie, comme des secrets que nous communiquait la Vierge ?... Je n'ai rien entendu, disait le Père Ratisbonne, mais j'ai tout compris.... De même, sans rien entendre matériellement, nous comprenons tout au fond de notre cœur, comme si nous avions tout entendu.... Il en est beaucoup parmi les dévots de la Vierge à qui sont parvenus de la sorte quelques-uns des célestes secrets...

Etudions-nous, éprouvons-nous nos amis avant de les initier à nos pensées intimes ? On en trouve si peu qui soient capables de porter, de garder, de comprendre un secret !... Trop parler nuit... La parole est d'argent et le silence est d'or... On ne se repent jamais de s'être tu, quand le devoir ne commande pas de parler... Avons-nous été sobres dans nos épanchements de joie ?... La joie est si facilement mauvaise conseillère.... Il faut beaucoup de vertu pour rester Saint, avec un peu de cette joie qu'apporte, par intervalles, la réussite dans la vie.... La prospérité est un vin capiteux pour les petites cervelles.... Le plaisir, rendant très expansif, est surtout redoutable.... La révélation de son secret à Dalila fit de Samson le bouc émissaire et la victime de ses ennemis...

Avons-nous été plus sobres encore de paroles au temps de la douleur ?... C'est alors qu'il faut du flair pour le choix de ses confidentes et de ses confidents.... La souffrance nous incline à mendier la consolation comme des enfants.... On s'affaiblit en s'ouvrant, et par l'ouverture où a passé la compassion passe vite, si l'on n'y veille, le péché... Au deuil du bonheur s'ajoute, en ces occurrences, le deuil plus navrant des vertus... On aurait dû se taire, on a parlé, on s'est découronné... Le secret confié a-t-il été pour nous un dépôt sacré ? Ne nous sommes-nous jamais départis de la discrétion, de la reconnaissance, de la fidélité, que le secret impose ?... Que de fois les petits mots préparent les gros mots !...

 

Prière

 

O Notre Dame, nous ne sommes point assez saints pour mériter vos secrètes communications, à l'instar de Bernadette. Mais si vous vous décidiez, malgré notre indignité, à révéler vos impressions sur nous, serait-ce de la joie ou de la tristesse que notre conduite ferait monter de votre cœur à vos lèvres ?... Nous ne sommes pas assez délicats pour vous rendre joyeuse, et nous sommes assez indifférents, je n'ose dire criminels, pour vous faire pleurer... Parlez-moi quand même dans le tête-à-tête, dans le cœur-à-cœur de la grâce dont vous êtes la distributrice... Dites vos secrets mécontentements, je me corrigerai ; vos secrètes angoisses, je les consolerai ; vos secrètes allégresses, je tâcherai de les accroître et les partagerai !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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11 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Douzième jour

Les épreuves

 

Quand on a le grand honneur d'être disciple et témoin du Surnaturel, on doit s'attendre à en devenir l'éprouvé. L'Histoire est pleine des épreuves, conséquence des fidélités religieuses et des témoignages apostoliques. Bernadette ne pouvait se soustraire à cette universelle loi : elle fut une éprouvée. M. Jacomet venait de la menacer, sans résultat, des gendarmes ; la porte du prétoire s'ouvrit, un homme du peuple montra timidement la tête.

« Que réclamez-vous ? » demanda le commissaire. « Je suis le père de cette enfant », répondit l'ouvrier en désignant Bernadette de la main. « Ah ! C'est vous, père Soubirous, vous faites bien d'arriver, car j'allais vous envoyer chercher. Vous connaissez le rôle que joue votre fille depuis quelques jours ; endoctrinée sans doute par quelque commère du quartier, elle fait l'inspirée et se livre à des singeries faisant tourner la tête aux imbéciles. Il faut que cette comédie finisse, car elle constitue un danger pour le repos de la ville. Je vous préviens que si vous n'avez pas assez d'autorité pour retenir votre fille chez vous, j'en aurai, moi, assez pour la faire retenir ailleurs ». « Oh ! Monsieur le commissaire, laissez-moi parler avec toute ma franchise : pour moi, je ne doute pas que l'enfant ne soit sincère dans ce qu'elle raconte ; maintenant, se trompe-t-elle ? C'est là notre embarras.... Je vous avoue que ma femme et moi, nous sommes bien fatigués des importunités que nous subissons. Depuis trois ou quatre jours, notre maison ne désemplit pas, et nous ne savons comment faire pour renvoyer les curieux. Je suis heureux de pouvoir me servir de vos ordres pour refuser ma porte au public. Quant à Bernadette, nous veillerons à ce qu'elle n'aille plus du côté de Massabielle ». Le commissaire félicita le père Soubirous de ses bonnes dispositions et le congédia avec sa fille. Triste dut être, au foyer, la soirée du dimanche...

Les épreuves intérieures commençaient pour Bernadette. Que ferait-elle ? Désobéir à son père ? Le Décalogue ne le permettait point. Ne plus retourner vers la Dame ? Ses engagements de dévotion s'y opposaient. En quelle perplexité la jeta ce dilemme, ceux-là le comprendront qui ont eu des embarras de conscience, des situations les obligeant à se dire : que dois-je faire ? Bernadette opta pour le Décalogue contre la Dévotion.

Le lendemain, lundi 22 février, le père et la mère Soubirous donnèrent ordre à leur fille de se rendre à l'école, avec recommandation de ne dévier ni à droite, ni à gauche. Sans témoigner aucun mécontentement, Bernadette mit son alphabet dans son petit panier et se dirigea vers l'hospice. Elle revint à la maison un peu avant midi, prit son modeste repas et repartit bientôt après pour la classe du soir.

Une autre épreuve intime l'attendait. Arrivée sur le haut de la côte qui mène du pont des Ruisseaux à l'hospice, elle fut subitement arrêtée : « Une barrière invisible, a-t-elle raconté, m'empêchait de passer ». A différentes reprises, elle chercha à avancer, mais la résistance était toujours la même, et elle ne se sentait libre que pour revenir en arrière. Troublée et presque épouvantée, elle songea à retourner chez elle lorsqu'un petit reproche s'éleva au fond de sa conscience. Une voix intérieure lui demandait si elle était bien d'accord avec les engagements pris par elle à la Grotte. La voyante comprit, son cœur se gonfla et, sans plus hésiter, elle redescendit la côte. Ah ! les barrières invisibles ! Elles jouent un grand rôle dans la Vie.... Qui n'a eu sa barrière invisible : épreuve de l'orientation intérieure succédant à l'épreuve de l'indécision ?....

Bernadette, redescendue au pont des Ruisseaux, au lieu de remonter la rue qui traverse la ville, s'enfonça dans le quartier de Lapaca et alla prendre, pour se rendre à Massabielle, un sentier longeant le fort. Les gendarmes l'atteignirent près du moulin où elle était née et lui demandèrent sur le ton du commandement où elle allait. « Je vais à la Grotte », répondit froidement l'enfant sans ralentir le pas ni détourner la tête. Les gendarmes ne firent pas d'autres questions ; ils se bornèrent à la suivre. C'était la première épreuve extérieure : l'épreuve de la surveillance.

Elle existe, et de quelle manière ! Pour les gens de religion, en notre pays de soi-disant liberté. On peut aller au café, au théâtre, au cirque, aux repaires du vice, impunément. Mais qu'on se garde bien d'entrer dans une église pour y entendre une messe et y adorer Dieu : on serait surveillé... Les habitués de nos églises n'ont-ils pas à compter aussi avec la surveillance des voisins et des voisines dont les agences de renseignements réclament chaque jour une abondante pâture ?...

Parvenue à la Grotte, calme, sereine, modeste, entre les deux gendarmes, Bernadette tomba à genoux. Les gendarmes, debout à petite distance d'elle, ne la troublèrent point durant sa prière qui fut longue. Quand elle se releva, ils l'interrogèrent, et elle avoua n'avoir rien vu. La foule s'écoula et avec elle disparut la voyante ». C'était, pour elle, la seconde épreuve extérieure de la non-apparition

Bernadette devait boire jusqu'à la lie, ce jour-là, le calice de la douleur : sa mère lui ménagea, au moulin de Savy, l'audition d'une parole particulièrement attristante. Mademoiselle Estrade lui ayant demandé si elle connaissait l'enfant : « Ah ! mademoiselle, répondit la femme Soubirous, je suis sa malheureuse mère ! » « Comment, malheureuse ? et pourquoi dites-vous cela ? » « Si vous saviez ce que nous souffrons ! Les uns se moquent de nous ; les autres disent que notre fille est folle. Il y en a qui prétendent que nous recevons de l'argent et que l'on va nous poursuivre en justice ». C'était, pour Bernadette, la troisième épreuve extérieure : l'épreuve domestique qui atteignait en elle la fille.

On reconnaît, dans les doléances de la mère Soubirous, l'écho des critiques adressées aux parents de la plupart des enfants qui se destinent au sacerdoce, à la vie religieuse, ou à la vie de piété dans le monde. l'exhaussement social et moral de ces enfants suscite les jaloux du voisinage, lesquels se font, par leurs jeux de physionomie, par leurs procédés et leurs sarcasmes, les insulteurs des parents. On aborde de préférence les prétendus avantages financiers, ravalant les questions de vocation à des questions d'argent.

 

Examen

 

Nous faisons-nous de la Vie, surtout de la Vie chrétienne, une idée juste ? Elle est une épreuve à traverser, une croix à porter, non une partie de plaisir à organiser... Comprenons-nous la nécessité, le bienfait de cette épreuve ?... Comment nous comportons-nous avec elle, quand de la théorie les faits brutaux nous obligent à passer à la pratique ?... Ne sommes-nous pas de ceux qui font consister la religion dans des dévotions particulières et qui, tout en priant et honorant certains Saints ou certaines Saintes, mettent Dieu en quarantaine à peu près toute l'année ?... La Religion, pour ce que nous avons à pratiquer, se résume dans l'observation des Commandements de Dieu et de l'Eglise : hors de là, point de salut.... Bernadette opta pour le Décalogue contre la dévotion.... Comment obéissons-nous aux ordonnances ecclésiastiques, aux préceptes divins ?...

Quand nous sommes incertains de la voie à suivre pour plaire à Dieu, pour faire sa volonté, dans ces cas où il est plus difficile de connaître son devoir que de le remplir, consultons-nous notre confesseur , non pas après avoir agi, mais avant d'agir ? Car il en est qui ont ce que j'appellerais l'obéissance d'escalier, d'après coup : ils font, puis consultent ; ou bien, ils consultent, puis agissent à leur guise, préférant quelquefois dire qu'ils n'ont pas compris, passer pour sots, plutôt que d'abdiquer leur idée personnelle... Dans ces situations embarrassantes, attendons-nous, dans la prière et le calme, les événements qui nous éclaireront ?... Avons-nous en horreur la curiosité malsaine, l'inquisition méticuleuse, stupide, de ce que font les autres ?... Nous occupons-nous de nous-mêmes, ne craignant que Dieu et méprisant la surveillance que la sottise, la jalousie ou l'hostilité religieuse peuvent exercer, à l'église, dans les rues, ou sous les toits voisins, contre nous ?...

Nous résignons-nous aux éclipses de Dieu, de la Vierge, dans les événements dont nous avions escompté, même pour le Bien, la réalisation ?... Ne cherchons-nous pas trop dans nos exercices de piété les joies sensibles, les belles apparences.... Les non-apparitions de Dieu ne devraient point nous décourager, nous faire douter de lui.... Quand le soleil se cache derrière les nuages, ne savons-nous pas qu'il existe et que sans lui la lumière tamisée dont nous jouissons ne pourrait luire ?... Bernadette accepta la déconvenue de l'absence de la Dame, sans se plaindre ni se décourager... Sommes-nous sourds aux critiques que le monde nous prodigue, parce que nous sommes, comme on dit, des gens de religion, désireux de donner au Surnaturel, dans notre âme et dans l'âme de nos enfants, la première place à laquelle il a droit ?...

 

Prière

 

O Notre Dame, comment nous étonnerions-nous que la Vie soit pour nous, successivement et quelquefois simultanément, une épreuve individuelle, domestique et sociale, quand, à la suite de Jésus, homme de toutes les douleurs, vous avez consenti à être la Reine des martyrs ?... Vous, du moins, vous étiez innocente, et nous sommes coupables ; vous étiez parfaite, et nous sommes couverts d'imperfections !... Bernadette et ses parents ne souffrirent qu'à cause de vous ; sans vous, ils auraient vécu pauvres mais à l'abri des interventions policières et des commérages des curieux et des jaloux.... Nos épreuves, au contraire, ne viennent souvent que de nous.... Apprenez-nous à les prévoir par bon sens, à les diminuer par sagesse, à les dominer par vertu.... Et s'il entre dans vos plans maternels que nous soyons éprouvés uniquement pour vous, sachez que, loin d'en être mécontents, nous en serons ravis : les Apôtres s'en allaient joyeux d'avoir été jugés dignes d'humiliations, de tortures et d'opprobres pour le nom de Jésus... Souffrir pour vous, passe ; avoir souffert, demeure....

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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10 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Onzième jour

Les Témoignages

 

Disciple de la Dame, Bernadette en devait être le témoin. Une grande animation ayant marqué, à Lourdes, la matinée du 21 février, les autorités chargées de veiller à la tranquillité locale : le maire, le procureur impérial, le commissaire de police, se réunirent à l'hôtel de la mairie, et décidèrent, après mûre réflexion, d'amener la voyante, par voie de conseil, à ne plus retourner à la Grotte... Dès sa sortie de la mairie, le procureur impérial mandait Bernadette dans son cabinet. Voici donc le témoin de la Dame devant le représentant du parquet : M. Dutour. Témoin catégorique. Point de silence intéressé ou complice ; point de morcellement de la vérité. Elle dépose sur la personnalité de la Dame.

« Ma pauvre enfant, votre Dame n'existe pas ; c'est un être purement imaginaire ». « Quand elle m'apparut pour la première fois, je le croyais aussi, et me frottais les yeux ; mais aujourd'hui je suis sûre que je ne me trompe pas ». « Comment le savez-vous ? » « Parce que je l'ai vue plusieurs fois, et encore ce matin ; puis elle s'entretient avec moi ». « Les Sœurs de l'Hospice chez qui vous allez en classe sont incapables de mentir ; et cependant elles vous disent que vous vous faites illusion ». « Si les Sœurs de l'Hospice voyaient comme moi, elles croiraient comme moi ».

Témoin incorruptible. « Prenez garde ; on finira peut-être par découvrir quelque chose de caché qui explique votre obstination ; on a déjà répandu le bruit que vous et les vôtres vous receviez des cadeaux en secret ». « Nous ne recevons rien de personne ». « Cependant hier vous êtes allée chez Madame Millet, et vous y avez accepté des douceurs ». « C'est vrai. Madame Millet m'a fait prendre un verre d'eau sucrée pour calmer mon asthme ; c'est tout ».

Témoin résolu. « Quoi qu'il en soit, votre conduite à la Grotte est un véritable scandale ; vous faites courir les gens, et il faut que toutes ces choses finissent ; me promettez-vous de ne plus retourner à Massabielle ? » « Monsieur, je ne vous le promets pas ». « Est-ce votre dernier mot ? » « Oui, monsieur ». « Alors, sortez, nous aviserons ».

Le témoin avait battu le procureur qui s'amusait spirituellement avec ses amis de sa propre défaite. Dans l'après-midi du dimanche 21 février, sans se préoccuper de l'insuccès de M. Dutour dans la matinée, le commissaire de police, le célèbre Monsieur Jacomet, se rendit sur la place du Porche, où il avait calculé qu'il trouverait Bernadette à la sortie des Vêpres. Heureux ceux et celles dont les policiers, tant au courant des allées et venues du public, ne peuvent calculer de faire la rencontre qu'à la sortie de nos églises : leur âme sereine aura vite déconcerté les finasseries policières !

Le commissaire, feignant de se trouver là en curieux, arriva bientôt devant la jeune fille, et, avec l'air de profiter d'une rencontre fortuite, il pria cette dernière de venir à son bureau. Bernadette, sans trouble, sans explications, suivit docilement l'agent de l'autorité. C'était un second témoignage que la Dame mettait Bernadette en demeure de lui rendre : l'enfant le para de qualités que n'avait point le témoignage précédent. Quelle simplicité, quelle netteté, quelle crânerie dans ses réponses au madré commissaire ! Elle dépose sur l'identité et la beauté de la Dame.

« Tu as sans doute déjà compris dans quel but je t'ai appelée chez moi ? On m'a parlé avec tant d'intérêt des belles choses que tu vois à Massabielle que, ma foi, comme tout le monde, j'ai été pris du désir de savoir de quoi il s'agissait. Est-ce que tu aurais de la peine à nous raconter, à M. Estrade et à moi, comment tu as fait la rencontre de la Dame de la Grotte ? » « Non, monsieur ».

Et témoin imperturbable, comme si elle eût été en face de l'un des siens, Bernadette fit le récit, plein de charmes, de la première apparition. Pendant qu'elle parlait, le commissaire faisait rapidement courir son crayon sur une feuille de papier blanc. Puis, relevant la tête : « Ce que tu nous racontes est en effet très intéressant ; mais enfin quelle est cette Dame dont tu es si engouée ? La connais-tu ? » « Je ne la connais pas ». « Tu dis qu'elle est belle. Comme qui est-elle belle ? » « Oh ! Monsieur, répondit-elle, témoin clairvoyant, elle est plus belle que toutes les dames que j'ai rencontrées jusqu'ici ». « Pas plus belle cependant que Madame N... ou Madame N... » (et ici le commissaire citait les dames de la ville le plus en renom pour leur beauté). « Elles ne peuvent pas y faire », riposta-t-elle en une tournure patoise dont la signification était : « Elles ne peuvent pas être comparées, elles ne peuvent rivaliser ».

M. Jacomet, suspendant l'interrogatoire, prit sa feuille de notes et commença une guerre de traquenards. Il essaya de faire tomber la voyante dans la contradiction : « Tu as dit que la Dame est âgée de dix-neuf à vingt ans ? » « Non, j'ai dit de seize à dix-sept ». « Qu'elle est revêtue d'une robe bleue et d'une ceinture blanche ? » « C'est le contraire, monsieur ; il faut mettre une robe blanche et une ceinture bleue ». « Que ses cheveux tombent en arrière ? » « Vous avez mal entendu ; c'est le voile qui tombe en arrière ». Témoin perspicace, Bernadette avait redressé sans hardiesse, mais sans timidité, toutes les variantes que le commissaire, à dessein, avait introduites, pour l'embrouiller, dans sa narration. Force fut à M. Jacomet de changer de tactique :

« Ma chère Bernadette, j'ai voulu te laisser aller jusqu'au bout de ton récit ; mais je dois te déclarer que je connaissais l'histoire de tes prétendues visions ; cette histoire est de pure invention, et je sais qui te l'a apprise ». « Monsieur, je ne vous comprends pas ». « Je vais être plus clair : est-ce qu'il n'y a pas quelqu'un qui t'a conseillée en secret de dire que la Vierge t'apparaissait à Massabielle, et qu'en le disant, non seulement tu passerais pour une sainte, mais encore que la Vierge t'en saurait gré ? Fais attention avant de répondre, car j'en sais à ce sujet plus long que tu ne penses ». « Personne, monsieur, ne m'a conseillé les choses dont vous parlez », répartit le témoin humble, inaccessible au piège du mensonge enduit d'orgueil. « Je sais à quoi m'en tenir ; mais je ne veux pas faire de scandale, ni te chercher une mauvaise querelle. Je ne réclame pas d'aveux, mais j'exige de toi une simple promesse. Me donnes-tu l'assurance que tu ne reviendras plus à la Grotte ? » « Monsieur, j'ai promis à la Dame d'y revenir ». « Ah ! Oui, s'écria M. Jacomet en se levant de son siège et feignant la colère ; tu crois donc que nous serons toujours d'humeur à écouter tes sornettes et à céder à tes entêtements ? Si, à l'instant, tu ne prends pas l'engagement de ne plus retourner à Massabielle, j'envoie chercher les gendarmes et te fais mettre en prison ». Bernadette demeura témoin inflexible, fidèle.

 

Examen

 

Quels témoins sommes-nous de Dieu, de Jésus, de la Vierge ? Témoignons-nous catégoriquement, résolument, imperturbablement, de leur existence réelle ? Oui, Dieu existe et les autres êtres n'existent que par lui... Oui. Jésus existe : Il est de toute éternité comme Fils de Dieu, depuis (vingt siècles siècles comme Fils de l'homme : Réalité divine, il est historiquement la grande réalité humaine. Il est l'Homme-Dieu : par lui nous avons tous été rachetés.... Oui, la Vierge existe.... Elle est l'Eve nouvelle, la femme bénie entre toutes les femmes parce que, Mère de Dieu, elle est Mère des hommes, et Reine de la terre et du Ciel... Nous sommes convaincus théoriquement de ces trois augustes réalités.... Que ne le sommes-nous pratiquement ? Nous nous déprendrions des figures qui passent pour étreindre amoureusement ces Réalités qui demeurent...

Témoignons-nous avec la même netteté, la même incorruptibilité, la même crânerie, de la Beauté supérieure de Dieu, de Jésus, de Marie ?... Oui, Dieu est le plus beau, et il n'y a de beau que Dieu.... Et après Dieu ce qu'il y a de plus beau, c'est Jésus splendeur du Père, figure de sa substance, incarnation de la Beauté incréée... Et après Dieu et Jésus, ce qu'il y a de plus beau, c'est Marie la pleine de grâce, la pleine de lumière, la pleine de vertus et partant la toute belle aux yeux de Dieu... les beautés humaines qui nous attirent et nous passionnent sont souvent de vraies caricatures physiques et des laideurs morales... En tout cas, ce ne sont que des étincelles fugitives de beauté. Marie en est, de par Dieu et pour Jésus, l'inextinguible, l'incandescent foyer....

Bernadette ne se laissa ni séduire par la flatterie et l'argent, ni intimider par le mensonge et la menace.... Combien d'hommes et de femmes sont pris à la glu des compliments !... Combien de femmes vendent en secret leurs vertus à prix d'argent... Combien d'hommes sont à la remorque des menteurs qui parlent ou écrivent contre la Religion !... Combien d'hommes, par ambition et peur de l'impiété au pouvoir y désertent les églises, abandonnent extérieurement toute pratique religieuse, et traitent Dieu, le Christ, la Vierge en étrangers, sinon en ennemis... Les procureurs et les commissaires, les jouisseurs et les impies, ont beau jeu avec de si pitoyables témoins d'une Religion dont les premiers disciples furent pourtant des martyrs et des héros... On n'accepte plus guère aujourd'hui que le martyre du plaisir, on semble ne plus connaître que l'héroïsme au rabais....

 

Prière

 

O Notre Dame, c'est la Foi qui a vaincu le monde, c'est l'amour qui est fort comme la mort. Donnez-nous une foi vive en Dieu, en Jésus, en vous... A la Foi, lumière de l'esprit, ajoutez en notre âme l'amour, chaleur du cœur. Croyant, nous parlerons ; aimant, nous combattrons. Et à ceux et celles qui chercheront à opérer contre nous l'exploitation, le trafic des consciences, nous répondrons comme Bernadette : « Oui, j'irai encore à la Grotte, à l'église, aux chapelles, aux rendez-vous divins... » Allez-vous en, adorateurs du veau d'or, valets de la Politique, tentatrices du Mal : qui est semblable en vitalité, en beauté, en bonté, en fidélité, en puissance, à la Vierge, à Jésus, à Dieu ?...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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09 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Dixième jour

La prière pour les pécheurs

 

Le dimanche 21 février, l'Apparition se produisait pour la sixième fois. Ce qui s'y passa, Bernadette le conta aussitôt après au docteur Dozous, médecin de Lourdes qui était à la Grotte, ce jour-là, à côté de l'enfant : « La Dame, en me quittant un instant de son regard, l'a dirigé au loin par-dessus ma tête. Ensuite, reportant son regard sur moi qui lui demandais ce qui l'attristait, elle m'a dit : « Priez pour les pécheurs ».

Décidément la Dame tenait école de prière. Elle avait appris à l'enfant à prier pour soi. Mais l'égoïsme n'est pas chrétien ; on a beau être petit, on peut, on doit avoir un cœur grand, catholique, vaste comme le monde : elle lui demande de prier pour les autres. Et parmi les autres, elle signalait les plus besogneux : les pécheurs : « Priez pour les pécheurs ». Elle en est le refuge, ils sont l'unique sujet de ses tristesses. Ils ont été les bourreaux de son Fils ; ils sont les empoisonneurs de son âme, si on peut ainsi s'exprimer. Tout ce qu'elle a souffert, tout ce qu'elle est susceptible de souffrir encore, lui vient d'eux tous. Elle a la perception de leur sort malheureux, avec l'ardent désir de leur cure prochaine. Elle voudrait les sauver. Or, sauvés, il ne peuvent l'être que par le recouvrement de la grâce ; et la grâce, ils ne la peuvent recouvrer que par la prière : « Priez pour les pécheurs ».

Prière la plus nécessaire. Le monde moral repose sur l'équilibre de la justice divine comme sur son axe. Quand les droits de Dieu sont respectés par l'obéissance des hommes, le monde moral est dans son assiette ; quand les péchés prévalent contre les œuvres saintes, l'équilibre est rompu. Cette rupture entraînerait les pires catastrophes. Quel agent interviendra pour y remédier, en rétablissant l'ordre bouleversé ? La prière. Les justes prient et la prière des justes est comme l'impôt payé par les riches à la place des pauvres : la somme des devoirs est atteinte, les droits de Dieu ne sont plus méconnus, sa justice suspend les coups que son bras s'apprêtait à frapper... Au surplus, pour rompre avec le péché et les habitudes criminelles, la grâce est nécessaire. Or la grâce. Dieu ne la donne qu'aux sollicitations de la prière : soit qu'on prie soi-même pour ses propres besoins, soit qu'on s'entremette comme avocat des autres. Ainsi est-il de toute nécessité qu'on plaide la cause des pécheurs, pour obtenir leur conversion. Or, plaider une cause pareille, c'est prier. Ici surtout devient parfaite la synonymie du mot : « Oratio », qui, en latin, signifie à la fois prière et discours. On appelle de la même manière l'Oraison de Jésus au Jardin des Oliviers, et le discours d'un Cicéron ou d'un Hortensius au forum : Oratio : prier, c'est parler ; et parler, surtout au nom des pécheurs, c'est prier : « Oremus, prions, parlons : Priez pour les pécheurs ».

Prière la plus pratique. En dépit de sa bonne volonté et de son talent, on risque d'être pendant longtemps un avocat sans cause, un médecin sans malade : il est si difficile, en des jours d'encombrement des carrières comme ceux que nous traversons, de faire sa trouée sociale pour faire son chemin. Et l'attente de l'utilisation de ses capacités foncières doit être douloureuse, lorsque, désireux d'être utile aux autres, on est obligé de constater que les clients n'arrivent pas. Le succès, comme le génie, en ces conjonctures, est une longue patience, et la patience n'est jamais exempte de douleurs... Or les clients, je veux dire les pécheurs, pullulent dans le monde, et l'on n'a pas à attendre pour pouvoir efficacement utiliser sa sainteté personnelle et leur prêter secours. « Il y aura toujours des pauvres parmi vous », disait Jésus à ses apôtres ; il y aura aussi toujours des pécheresses et des pécheurs. Les médecins et les plaideurs spirituels sont assurés d'avoir toujours de la besogne : « Priez pour les pécheurs ».

Prière la plus méritoire. Le mérite de la prière vient du Surnaturel dont elle est imprégnée : plus elle est faite de foi, d'espérance, de charité, d'humiliation, plus elle est méritoire. Or, ne faut-il pas être particulièrement croyant, confiant, aimant, humble, pour ne s'occuper que des âmes et de leur sanctification ? Les malades, les pauvres peuvent provoquer notre pitié naturelle, sensible, par le spectacle de leurs souffrances physiques et de leur dénuement. Il faut avoir un oeil baigné de foi, un cœur trempé d'espérance et d'amour, une volonté oublieuse d'elle-même pour ne voir, ne soulager et n'aimer que les âmes : « Priez pour les pécheurs ».

Prière la plus négligée. On s'occupe de soi, de ses intérêts matériels, des intérêts matériels d'autrui, comme lorsqu'on se dépense en prière et en dévouement pour les pauvres et les malades. Mais qui sont ceux et celles, à notre époque de matérialisme et de positivisme, qui placent, au sommet de leurs affections et de leurs préoccupations, les intérêts des âmes ? La Vierge veut que Bernadette, et nous, à l'exemple de Bernadette, préférions les âmes aux corps, l'esprit à la matière, l'Eternité au Temps. Voilà pourquoi elle donne ce conseil, ce programme de vie dévouée : « Priez pour les pécheurs ».

Quel bien nous ferions, quelle œuvre excellemment sociale, puisque les œuvres sociales sont de mode et de nécessité aujourd'hui, nous accomplirions, si nous priions le matin, le soir, pour les pécheurs !... La Dame serait consolée, car, disait Bernadette à M. Dozous : « Je fus bien vite rassurée par l'expression de bonté et de sérénité que je pus revoir sur son visage, et aussitôt elle disparut ». Dieu appliquerait à des âmes dont nous ne ferions la connaissance que dans l'éternité le mérite de nos prières réparatrices : « Priez pour les pécheurs ».

Mais, entre les pécheurs, sans exclure, de parti pris, personne, faisons un délicat triage : si nos pères, nos mères mêmes, nos enfants, nos frères, nos sœurs, nos autres proches, nos amis, nos employés, nos domestiques, déserteurs du devoir religieux, vivent loin de la grâce, assignons-leur une place à part dans nos supplications pieuses ; transformons-nous, pour eux surtout, en avocats infatigables ; et, à coups de prières, les bras en croix ou à genoux, arrachons-les, coûte que coûte, au Mal, au Malheur, à l'éternelle faillite de la Vie... « Priez pour les pécheurs ».

 

Examen

 

Si nous sommes savants, sommes-nous loyaux et, devant les évidences et les supériorités du Surnaturel, faisons-nous de la Science, pour que son enflure ne nous tue point, la servante de la Foi ?... Nous taisons-nous humblement, quand nous ignorons ? Affirmons-nous, quand le divin rayon a lui ?... Le docteur Dozous apporta aux Apparitions le premier suffrage de la Science loyale. Et depuis, les savants, en grand nombre, se sont inclinés devant les faits de Lourdes... Avons-nous le regard profond, lointain, ouvert, le plus possible, sur les hommes, les choses, le passé, le présent, l'avenir, le Temps, l'éternité ?... C'est être médiocre et superficiel que d'avoir intellectuellement la vue courte... Ouvrir un grand oeil, c'est se creuser souvent une source de tristesses ; mais les tristesses qui viennent des hommes se changent en joies quand, plus loin et plus haut que les créatures, on contracte l'habitude de voir Dieu... La Dame dirigea son regard au loin, par-dessus la tête de Bernadette...

Prions-nous pour les pécheurs ? Si nous étions intelligents, ce serait-là notre prière favorite. N'est-elle pas la grande prière illuminatrice ? Elle nous rappelle le pourquoi de l'Incarnation, le mode de la Rédemption : l'expiation du péché par la souffrance d'un Dieu. Elle met ainsi en relief la synthèse dogmatique de notre admirable Religion... Prions-nous pour les pécheurs ? Si nous étions soucieux de notre persévérance dans le Bien, ce serait-là encore notre prière favorite. N'est-elle pas la grande prière préservatrice ? En nous obligeant à songer à la laideur, à la malfaisance du péché, elle entretient chez nous la culture des idées saines, et ce sont les idées qui mènent les âmes ; elle alimente notre horreur, notre haine du Mal, et c'est la Haine du Mal qui détermine les victoires du Bien. Ainsi établit-elle un cordon sanitaire de plus en plus protecteur entre nous et les occasions de péché !... Prions-nous pour les pécheurs, pour ceux surtout que nous avons positivement scandalisés en les poussant au Mal, pour ceux encore que nous n'avons pas assez édifiés, en les portant insuffisamment au Bien.... C'est étrange comme on se préoccupe peu de réparer le Mal que, d'une manière positive ou négative, on a pu faire aux autres ! N'y a-t-il pas là cependant non plus une question de charité mais une formidable question de justice ?...

Prions-nous pour les membres de notre famille qui vivent en état de péché, pour ceux d'entre eux surtout qui, pécheurs, sont malades et même en danger de mort ?... Que de larmes de regrets, pour avoir trahi un si facile devoir, on versera plus tard !... Prions-nous, spécialement et chaque jour pour cette grande pécheresse qu'est la France : seule nation en Europe et au monde qui, en ses lois, ait chassé Dieu ?...

 

Prière

 

O Notre Dame, si nous avions eu le sens chrétien et la délicatesse apostolique de prier pour les pécheurs, ainsi que vous nous l'avez demandé, il y a beau temps que nous serions sauvés... Prier pour les pécheurs, c'est le moyen de salut le plus nécessaire, le plus pratique, le plus méritoire, le plus intelligent, le plus bienfaisant, le plus facile, puisque, partout et toujours, même dans l'enfance et la vieillesse, il est à la portée de tous. Mais il a été par notre faute le moyen le plus négligé... Les parleurs, les agités, les surmenés ne manquent point autour de nous : leur nombre va sans cesse grandissant. Mais les orants et les orantes, mais les avocats, les avocates de la prière sainte, où sont-ils ?... Nous, du moins, nous voulons vous consoler des angoisses que vous causent les impénitentes et les impénitents. Agréez donc notre promesse de prier pour les pécheurs. Mais comme, parmi les pécheurs, nous ne sommes peut-être pas au dernier rang, alors que nous devrions être les premiers d'entre les justes, permettez-nous de vous dire avec une filiale insistance : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il !

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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