25 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Vingt-sixième jour

Dévotion de Vincent, et sa piété envers Dieu

 

La dévotion est une vertu par laquelle nous nous portons à toutes les choses qui regardent le culte et le service de Dieu, avec une affection toute singulière et un désir de le glorifier et honorer, qui n'a point d'autres bornes que celles qui lui sont prescrites par la charité. Et comme nous pouvons honorer et glorifier Dieu par l'exercice de toutes sortes de vertus, pour cette raison Saint Ambroise a fort bien dit que la dévotion était le fondement des autres vertus ; et Saint Augustin assure que les vraies vertus ne se peuvent trouver, sinon en ceux qui ont une véritable dévotion et piété envers Dieu.

Comme donc Vincent a excellé eu toutes sortes de vertus, ainsi que nous avons vu dans le courant de ce mois, il n'y a pas lieu de douter qu'il n'ait possédé celle-ci en un degré très excellent, et qu'il n'ait été doué d'un dévotion sincère et parfaite pour tout ce qui concernait le culte et l'honneur de Dieu.

La dévotion de ce saint homme était fondée sur une très haute estime de la grandeur infinie de Dieu, et sur un très profond respect envers sa divine Majesté. Ses humiliations merveilleuses dans toutes les actions de religion, les termes remplis d'honneur et de respect qu'il employait, quand il était question de parler de Dieu, et l'affection toute singulière avec laquelle il s'efforçait de répandre dans tous les esprits une très grande estime et reconnaissance des grandeurs et des perfections de Dieu, ont été des marques évidentes de cette sainte disposition qu'il avait dans le cœur.

« Étudions-nous, mes frères, disait-il un jour à sa communauté, à concevoir une grande, mais une très-grande estime de la majesté et de la sainteté de Dieu ; si nous avions la vue de notre esprit assez forte pour pénétrer quelque peu dans l'immensité de sa souveraine excellence, ô Jésus ! Que nous en rapporterions de hauts sentiments ! Nous pourrions bien dire, comme Saint Paul, que les yeux n'ont jamais vu, ni les oreilles ouï, ni l'esprit conçu quelque chose qui lui soit comparable. C'est un abîme de perfection, un être éternel, très saint, très pur, très parfait et infiniment glorieux ; un bien infini qui comprend tous les biens, et qui est en soi incompréhensible. Or, cette connaissance que nous avons que Dieu est infiniment élevé au-dessus de toutes connaissances et de tout entendement créé, nous doit suffire pour nous le faire estimer infiniment, pour nous anéantir en sa présence, et pour nous faire parler de sa Majesté suprême avec un grand sentiment de révérence et de soumission ; et à proportion que nous l'estimerons, nous l'aimerons aussi ; et cet amour produira en nous un désir insatiable de reconnaître ses bienfaits, et de lui procurer de vrais adorateurs ».

Il avait une aversion incroyable contre l'orgueil, à cause que ce vice ravit à Dieu l'honneur qui lui est dû, et fait que les superbes se l'attribuent avec autant de témérité que d'injustice ; et, pour cela, il lui faisait une guerre continuelle, non-seulement en lui même, mais en tous ceux qui étaient sous sa conduite. Nous rapporterons ici quelques-uns de ses sentiments, qu'il écrivit un jour à un de ses prêtres qui travaillait en mission : « Oh ! que je suis consolé, lui dit-il, de ce que vous me mandez que ce bon peuple fait bien son devoir! Car je ne saurais vous dire combien je craignais qu'il ne le fit pas. À Dieu seul en soit la gloire, et que ceux qui travaillent lui rendent fidèlement cette reconnaissance, que si leurs petits travaux ont quelque succès, et s'ils produisent quelque bon effet, c'est Dieu qui l'a fait, et c'est à lui seul à qui il en faut rendre tout l'honneur. Oh ! Monsieur, que celui-là apporterait un grand empêchement à la sanctification du nom de Dieu, et à la justification des âmes, qui s'attribuerait l'un ou l'autre, ou qui penserait y avoir quelque part ! Plaise à la bonté divine qu'il n'arrive jamais qu'aucun de la Mission admette en son esprit une telle pensée ; ce serait sans doute un grand sacrilège qu'il commettrait, et tout le corps de la congrégation se rendrait coupable du même crime, s'il se flattait de cette malheureuse opinion, que par ses emplois il convertit des peuples à Dieu, et qu'il est pour cela digne d'être estimé et considéré. Oh ! que je désire que nous gravions bien avant dans nos cœurs cette vérité, que ceux-là qui pensent être les auteurs de quelque bien ou y avoir quelque part, et qui prennent quelque complaisance en cette pensée, perdent beaucoup plus qu'ils ne gagnent en ce même bien ! »

Mais c'était principalement en la célébration publique des offices divins, que la dévotion de ce grand serviteur de Dieu paraissait, avec une édification toute singulière des assistants ; lorsqu'il pouvait assister au chœur pour chanter ou psalmodier, il le faisait avec un grand recueillement d'esprit ; en sorte qu'on le voyait comme tout ravi et élevé en Dieu. Il recommandait aussi très souvent à sa communauté de s'acquitter de ce devoir envers Dieu avec respect et sentiment de piété, d'aller posément, tenir les yeux baissés ou arrêtés sur le bréviaire, sans regarder ni d'un côté ni d'autre ; et quoiqu'il eût un cœur tout rempli de mansuétude, il ne pouvait néanmoins souffrir les moindres fautes qui se commettaient dans les offices divins ; comme au contraire il ne pouvait assez témoigner sa joie, quand on faisait cette action de la manière qu'il convient.

Comme l'église, dans ses fêtes principales, nous invite à honorer plus particulièrement les mystères dont elle solennise la mémoire, c'était en ces jours-là que Vincent faisait paraître une dévotion tout extraordinaire ; il y célébrait ordinairement la grand' messe et officiait à vêpres, mais avec une telle récollection, modestie et gravité, qu'il était aisé de connaître combien il était appliqué intérieurement à Dieu. Et quoique sa dévotion fût telle pour la célébration des grandes fêtes, elles ne paraissait pas moindre aux autres jours, pour toutes les actions qui concernait le culte et l'honneur qu'il rendait à Dieu. Il se levait régulièrement à quatre heures, comme il a été dit, quoiqu'il se couchât toujours fort tard, et qu'il passât beaucoup de nuits sans pouvoir reposer plus de deux heures, comme il l'a quelquefois lui-même avoué; et, nonobstant cela, dès le premier signal il se levait avec une telle promptitude et ferveur, que le second coup de la cloche qu'on sonnait ne le trouvait jamais en la même posture que le premier; il ne manquait pas de rendre ensuite aveu grande humilité ses premiers devoirs à Dieu.

Voici ce qui a été écrit de sa propre main, qu'il a donné à une personne de très grande qualité pour bien faire cette action : « Étant levé, j'adorerai la majesté de Dieu, et lui rendrai grâce de la gloire qu'il possède, de celle qu'il a donnée à son Fils, à la Sainte Vierge, aux Saints Anges, à mon ange gardien, à Saint Jean-Baptiste, aux Apôtres, à Saint Joseph, et à tous les saints et saintes du Paradis. Je le remercierai aussi des grâces qu'il a faites à la sainte Eglise et en particulier de celles que j'ai reçues de lui, nommément de ce qu'il m'a conservé pendant la nuit. Je lui offrirai mes pensées, mes paroles et mes actions, en l'union de celles de Jésus-Christ, et je le prierai qu'il me garde de l'offenser, et qu'il me donne la grâce d'accomplir fidèlement tout ce qu'il lui sera le plus agréable ». Après ces actes de religion et de reconnaissance, il faisait son lit, et puis il s'en allait à l'Église devant le Saint Sacrement, où nonobstant toutes ses incommodités, il arrivait ordinairement avant la demi-heure, et plus tôt que beaucoup d'autres. Il témoignait une grande joie de voir tous les matins la communauté assemblée devant Notre Seigneur et il congratulait fort les plus diligents et les plus assidus, et avait peine quand il en voyait quelques-uns traîner après les autres.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Si en parlant de bouche à Dieu, on lui parle en même temps de cœur, faisant attention que c'est à Dieu qu'on s'adresse, et entrant dans les sentiments que les paroles expriment, on fait une prière qui est tout à la fois vocale et mentale ; une telle prière est très utile ». (Sainte Thérèse).

« Une prière bien faite est très-agréable aux Anges, ce qui fait qu'ils aiment beaucoup ceux qui prient. Au contraire, une telle prière est un grand tourment pour le démon, qui s'efforce de troubler et de distraire ceux qui vaquent à ce saint exercice ». (Saint Jean Chrysostôme).

Pratique : Faites aujourd'hui toutes vos prières vocales avec beaucoup de recueillement et d'attention. Priez pour les personnes qui s'adonnent souvent au saint exercice de la prière.

 

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24 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

13 St Vincent

Vingt-cinquième jour

Paroles remarquables de Vincent, touchant la douceur qu'on doit pratiquer envers le prochain

 

Elles ont été recueillies d'un discours que ce saint homme fit un jour aux siens sur le sujet de cette vertu.

« La douceur et l'humilité, leur dit-il, sont deux sœurs germaines qui s'accordent fort bien ensemble ; nous avons pour règle de les étudier soigneusement en Jésus-Christ, qui nous dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ». C'est donc une leçon du Fils de Dieu: apprenez de moi. Ô mon Sauveur, quelle parole ! mais quel bonheur d'être vos écoliers, et d'apprendre cette leçon si courte et si excellente, qu'elle nous rend tels que vous êtes ! N'aurez-vous pas la même autorité sur nous qu'ont eue autrefois les philosophes sur leurs sectateurs, lesquels s'attachaient si étroitement a leurs sentences, que c'était assez de dire : le maître l'a dit, pour ne s'en départir jamais ?

Si donc les philosophes, par leurs raisonnements, s'acquéraient tant de créance sur leurs disciples dans les choses humaines, combien plus, mes frères, la sagesse éternelle mérite-t-elle d'être crue et suivie dans les choses divines ? Que lui répondrions-nous en ce moment, s'il nous demandait compte de toutes les leçons qu'il nous a faites ? Que lui dirons-nous à la mort, quand il nous reprochera de les avoir si mal apprises ? Apprenez de moi, dit-il, d'être doux. Si c'était un Saint Paul ou un Saint Pierre qui par lui-même nous exhortât à apprendre de lui la douceur, nous pourrions nous en excuser ; mais c'est un Dieu fait homme, qui est venu nous montrer comme il faut que nous soyons faits pour être agréables à son Père : c'est le maître des maîtres que nous enseigne d'être doux. Donnez-nous part, mon Seigneur, à votre grande douceur : nous vous en prions par cette même douceur qui ne peut rien refuser.

La douceur a plusieurs actes qui se réduisent à trois principaux : et le premier de ces actes a deux offices, dont l'un est de réprimer les mouvements de la colère, les saillies du feu qui monte au visage, qui trouble l'âme, qui fait qu'on n'est plus ce qu'on était, et qu'un visage serein change de couleur, et devient noirâtre ou tout enflammé. Que fait la douceur ? Elle arrête ce changement; elle empêche celui qui la possède de se laisser aller à ces mauvais effets. Il ne laisse pourtant pas de sentir le mouvement de la passion, mais il tient ferme afin qu'elle ne l'emporte pas. Il lui pourra arriver quelque ternissure au visage, mais il se remet bientôt. Au reste, il ne faut pas s'étonner de nous voir combattus ; les mouvements de la nature préviennent ceux de la grâce, mais ceux-ci les surmontent. Il ne faut pas nous étonner des attaques, mais demander grâce pour les vaincre, étant assurés qu'encore que nous sentions quelque révolte en nous contraire à la douceur, elle a cette propriété de la réprimer. Voilà donc le premier office du premier acte, qui est beau à merveille, et si beau qu'il empêche la laideur du vice de se montrer: c'est un certain ressort dans les esprits et dans les âmes, qui non-seulement tempère l'ardeur de la colère, mais qui en étouffe les moindres sentiments.

L'autre office de ce premier acte de la douceur, consiste en ce qu'étant parfois expédient qu'on témoigne de la colère, qu'on reprenne, qu'on châtie, il fait néanmoins que les âmes qui ont cette vertu de douceur, ne font pas les choses par emportement de la nature, mais parue qu'elles pensent qu'il les faut faire : comme le Fils de Dieu qui appela saint Pierre Satan: qui disait aux Juifs : allez, hypocrites, non une fois, niais souvent ; ce mot étant répété dix ou douze fois dans un même chapitre, et en d'autres rencontres il chassa les vendeurs du temple, renversa les tables, et fit d'autres signes d'un homme courroucé. Étaient-ce des emportements de colère ? Non, il avait cette vertu au suprême degré. En nous cette vertu fait qu'on est maître de sa passion ; mais en notre Seigneur, qui n'avait que des propassions, elle lui faisait seulement avancer ou retarder les actes de la colère selon qu'il était expédient. Si donc il se montrait sévère en certaines occasions, lui qui était doux et bénin, c'était pour corriger les personnes à qui il parlait, pour donner la chasse au péché et ôter le scandale ; c'était pour édifier les âmes et pour nous donner instruction.

Voilà donc le premier acte de la douceur, qui est de réprimer les mouvements contraires dès qu'on les ressent, soit en arrêtant tout à fait la colère, soit en l'employant si bien dans la nécessite, qu'elle ne soit nullement séparée de la douceur. C'est pourquoi, Messieurs, maintenant que nous en parlons, proposons-nous, toutes les fois qu'il nous viendra quelque occasion de nous fâcher, d'arrêter tout court cet appétit, pour nous recorriger et nous élever à Dieu, lui disant : « Seigneur, qui me voyez assailli de cette tentation, délivrez-moi du mal qu'elle me suggère ».

Le second acte de la douceur est d'avoir une grande affabilité, cordialité et sérénité de visage envers les personnes qui nous abordent, en sorte qu'on leur soit à consolation. De là vient que quelques-uns, avec une façon riante et agréable, contentent tout le monde, Dieu les ayant prévenus de cette grâce, par laquelle ils semblent vous offrir leur cœur et vous demander le vôtre; au lieu que d'autres se présentent avec une mine resserrée, triste et désagréable, ce qui est contre la douceur. D'après cela , un vrai missionnaire fera bien de se composer affablement et de s'étudier à un abord si cordial et aimable, que par les signes de sa bonté il donne consolation et confiance à tous ceux qui l'approchent. Vous voyez que cette douce insinuation gagne les cœurs et les attire, selon cette parole de Notre Seigneur, que les débonnaires posséderont la terre : et, au contraire, on a fait cette remarque des personnes de condition qui sont dans l'emploi, que quand elles sont trop froides et graves, un chacun les fuit. Et comme nous devons être employés auprès des pauvres gens de la compagne, de Messieurs les ordinants, des exercitants, et de toutes sortes de personnes, il n'est pas possible que nous produisions de bons fruits, si nous sommes comme des terres sèches qui ne portent que des chardons ; il faut quelque attrait et un extérieur qui plaise, pour ne rebuter personne. Je fus consolé, il y a trois ou quatre jours, de la joie qui me parut en quelqu'un qui sortait d'ici, où il avait remarqué, disait-il, un abord doux, une ouverture de cœur et une certaine simplicité charmante (ce sont ces termes), qui l'avaient grandement touché.

Le troisième acte de la douceur est, quand on a reçu un déplaisir de quelqu'un, de n'y point arrêter son esprit, de n'en rien témoigner, ou bien de dire en l'excusant : il n'y pensait pas, il l'a fait par précipitation, un premier mouvement l'a emporté ; enfin, détourner sa pensée de l'offense prétendue. Quand une personne dit des choses fâcheuses à ces esprits doux pour les aigrir, ils n'ouvrent pas la bouche pour lui répondre, et ne font pas semblant de l'entendre.

La douceur ne nous fait pas seulement excuser les affronts et les traitements injustes que nous recevons : elle veut même qu'on traite doucement ceux qui nous les font par des paroles aimables ; et s'ils venaient à nous outrager jusqu'à nous donner un soufflet, qu'on le souffre pour Dieu ; et c'est cette vertu qui fait cela. Oui, un serviteur de Dieu qui la possède bien, quand on use de main-mise sur lui, il offre à Dieu ce rude traitement et demeure en paix.

Si le Fils de Dieu était si débonnaire en sa vie, combien plus a-t-il fait éclater sa douceur en sa passion. Ça été jusqu'à un tel point que de ne proférer aucune parole fâcheuse contre les déicides qui le couvraient d'injures et de crachats, et qui se riaient de ses douleurs. Mon ami, dit-il à Judas, qui le livrait à ses ennemis : il va même au-devant de ce traître avec cette douce parole: mon ami. Il traita tout le reste de même air : « Que cherchez-vous, leur dit-il ; me voici » ; méditons tout cela, Messieurs ; nous trouverons des actes prodigieux de douceur qui surpassent l'entendement humain. Ô Jésus, mon Dieu ! Quel exemple pour nous, qui avons entrepris de vous imiter ! Quelle leçon pour ceux qui ne veulent rien souffrir, ou s'ils souffrent, qui s'inquiètent et s'aigrissent !

Après cela, ne devons-nous pas nous affectionner à cette vertu de douceur, par laquelle non-seulement Dieu nous fera la grâce de réprimer les mouvements de la colère, de nous comporter gracieusement envers le prochain, et de rendre bien pour mal, mais encore de souffrir paisiblement les afflictions, les blessures, les tourments et la mort même, que les hommes nous pourraient causer ? Faites-nous la grâce, mon Sauveur, de profiter des peines que vous avez endurées avec tant d'amour et de douceur : plusieurs en ont profité par votre bonté, et peut-être que je suis le seul ici qui n'ai pas encore commencé à être tout ensemble doux et souffrant ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« Il est nécessaire d'avoir avec tous de la douceur, et de traiter toutes sortes de personnes avec ces manières qui partent d'un cœur tendre et plein d'une charité chrétienne. D'affabilité, l'amour et l'humilité sont des vertus qui servent admirablement à gagner les cœurs des hommes, et à les animer à embrasser tout ce qui répugne le plus à la nature ». (Saint Vincent De Paul).

« Soyez toujours d'une grande douceur, et de très belle humeur au milieu de vos occupations et de vos peines, tout le monde attend de vous ce bon exemple ». (Saint François de Sales).

Pratique : Conservez-vous toujours dans une grande douceur, même parmi les contrariétés qui pourraient vous arriver. Priez pour les personnes qui travaillent à acquérir cette vertu.

 

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23 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Vingt-quatrième jour

Douceur de Saint Vincent De Paul

 

La charité est en perfection, dit le bienheureux Saint François de Sales, lorsqu'elle est non seulement patiente, mais outre cela douce et débonnaire; la douceur étant comme la fleur de cette divine vertu, qui relève d'autant plus son excellence, qu'il y a plus de difficulté à réprimer les saillies de la nature, qui se couvre souvent du manteau du zèle, pour se laisser aller plus librement aux emportements de ses passions.

Vincent était d'un naturel bilieux et d'un esprit vif, et par conséquent fort sujet à la colère ; néanmoins, il a tellement dompté cette passion, avec le secours de la grâce, par la pratique de la vertu contraire, qui est la douceur, que tant s'en faut qu'elle lui fit commettre aucune faute, que même il ne paraissait presque pas qu'il en ressentit les premières atteintes. Il est vrai que du temps qu'il était chez Madame la générale des galères, comme lui-même l'a avoué à des personnes de confiance, il se laissait quelquefois un peu aller à son tempérament bilieux et mélancolique : de quoi cette bonne dame était parfois en peine, pensant qu'il eut quelque mécontentement en sa maison ; mais comme il vit depuis que Dieu l'appelait à vivre en communauté, et que dans cet état il aurait affaire à toutes sortes de personnes de différentes complexions : « Je m'adressai, dit-il, à Dieu et le priai instamment de me changer cette humeur sèche et rebutante, et de me donner un esprit doux et bénin ; et par la grâce de Notre Seigneur, avec un peu d'attention que j'ai faite à réprimer les bouillons de la nature, j'ai un peu quitté de mon humeur noire ». Or, quoique Vincent ne parlât jamais de soi que lorsqu'il le jugeait nécessaire ou grandement utile pour l'édification de ceux avec lesquels il s'entretenait, son humilité néanmoins était telle, que souvent il en faisait après excuse, craignant d'avoir scandalisé en quelque façon ceux auxquels il avait ainsi parlé.

C'est donc de cette façon que Vincent s'est changé, et qu'il a travaillé avec le secours de la grâce divine, à acquérir cette vertu de douceur qu'il reconnaissait, et confessait n'avoir point par nature, mais l'avoir obtenue de Dieu par la prière et par l'exercice. « Aussi disait-il un jour, parlant à sa communauté, on voit quelquefois des personnes qui semblent être douées d'une grande douceur, laquelle pourtant n'est bien souvent qu'un effet de leur naturel modéré ; mais ils n'ont pas la douceur chrétienne, dont le propre exercice est de réprimer et étouffer les saillies du vice contraire. On n'est pas chaste pour ne point ressentir de mouvements deshonnètes, mais bien lorsqu'en les sentant on leur résiste ».

Mais ce n'est pas assez d'avoir acquis une vertu, il la faut conserver et cultiver ; et pour cela, il est nécessaire de s'y bien exercer, d'en faire souvent des actes, de la mettre soigneusement en pratique. C'est ce que ce fidèle serviteur de Dieu a fait comme il l'a enseigné aux siens, auxquels il ne disait rien qu'il n'eût mis le premier en exécution. Voici un petit abrégé de quelques avis qu'il leur donnait sur ce sujet, et qu'il pratiquait encore mieux lui-même.

1° Il disait que pour n'être point surpris des occasions dans lesquels on pourrait manquer a la douceur, il fallait les prévoir, et se représenter les sujets qui pouvaient vraisemblablement exciter à la colère, et former en son esprit, par avance, les actes de douceur qu'on se propose de pratiquer en toutes occasions. 2° Qu'il fallait haïr le vice de la colère, en tant qu'il déplaît à Dieu, sans pour cela se fâcher ou s'aigrir contre soi même de s'y voir sujet, « d'autant plus qu'il faut haïr ce vice et aimer la vertu contraire, non parce que celui-là nous déplaît et que celle-ci nous agrée, mais uniquement pour l'amour de Dieu, auquel cette vertu plaît et ce vice déplaît ; et, si nous faisons ainsi, la douleur que nous concevrons des fautes commises contre cette vertu, sera douce et tranquille ». 3° Que lorsqu'on se sentait ému de colère, il était expédient de cesser d'agir et même de parler, et surtout de se déterminer, jusqu'à ce que les émotions de la passion fussent apaisées : « parce que, disait-il, les actions faites dans cette agitation, n'étant pas pleinement dirigées par la raison, qui est troublée et obscurcie par la passion, quoique d'ailleurs elles semblent bonnes, ne peuvent pourtant jamais être parfaites ». 4° 1I ajoutait que, pendant cette émotion, il fallait faire effort sur soi-même pour empêcher qu'il n'en parût aucune marque sur le visage, qui est l'image de l'âme, mais le retenir et réformer par la douceur chrétienne : « Ce qui n'est point, disait-il, contre la simplicité, parce qu'on le fait, non pour paraître autre qu'on n'est pas, mais par un désir sincère que la vertu de douceur, qui est en la partie supérieure de l'âme, s'écoule sur le visage, sur la langue, et sur les actions extérieures, pour plaire à Dieu et au prochain pour l'amour de Dieu ». 5° Enfin, qu'il fallait surtout, en ce temps-là, s'étudier à retenir sa langue, et, malgré tous les bouillons de la colère et toutes les saillies du zèle qu'on pense avoir, ne dire que des paroles douces et agréables, pour gagner les hommes à Dieu. « Il ne faut quelquefois, disait-il, qu'une parole douce pour convertir un endurci; et, au contraire, une parole rude est capable de désoler une âme, et de lui causer une amertume qui pourrait lui être très nuisible ». A ce propos, on lui a ouï dire en diverses rencontres, qu'il n'avait usé que trois fois en sa vie de paroles de rudesse pour reprendre et corriger les autres, croyant avoir quelque raison d'en user de la sorte, et qu'il s'en était toujours depuis repenti, parce que cela lui avait fort mal réussi ; et qu'au contraire, il avait toujours obtenu par la douceur ce qu'il avait désiré.

Il mettait néanmoins une grande différence entre la véritable vertu de douceur et celle qui n'en a que l'apparence ; car la fausse douceur est molle, lâche, indulgente ; mais la véritable douceur n'est point opposée à la fermeté dans le bien, à laquelle même elle est plutôt jointe par cette connexion qui se trouve entre les vraies vertus. Et, à ce sujet, il disait qu'il n'y avait point de personnes plus constantes et plus fermes dans le bien, que celles qui sont douces et débonnaires, comme, au contraires, celles qui se laissent emporter à la colère et aux passions de l'appétit irascible, sont ordinairement fort inconstantes, parce qu'elles agissent très souvent par boutades et par emportements ; ce sont comme des torrents, qui n'ont de la force et de l'impétuosité que dans leurs débordements, lesquels tarissent aussitôt qu'ils se sont écoulés ; au lieu que les rivières, qui représentent les personnes débonnaires, vont sans bruit, avec tranquillité et ne tarissent jamais. Aussi était-ce une de ses grandes maximes, qu'encore qu'il fallût tenir ferme pour la fin qu'on se propose dans les bonnes entreprises, il était néanmoins expédient d'user de douceur dans les moyens qu'on employait ; alléguant à ce propos, ce que dit le Sage des conduites de la sagesse de Dieu, qui atteint fortement à ses fins, et toutefois dispose suavement les moyens pour y parvenir.

Or, quoique Vincent fût grandement affable en ses paroles, il n'était pourtant pas flatteur ; au contraire, il blâmait fort ceux-là qui se servaient des paroles d'affabilité pour s'insinuer par un esprit de flatterie dans l'affection des autres : « Soyons .affables, disait-il aux siens, mais jamais flatteurs ; car il n'y a rien de si vil ni de si indigne d'un cœur chrétien que la flatterie ; un homme vraiment vertueux n'a rien tant en horreur que ce vice ». Il tenait encore pour une autre maxime de cette vertu, de ne jamais contester contre personne, non pas même contre les vicieux, quand on était obligé de les reprendre ; mais il voulait qu'on se servit toujours de paroles douces et affables, selon que la prudence et la charité le requéraient.

Mais la douceur de Vincent excellait surtout dans les corrections et répréhensions qu'il était obligé de faire, dans lesquelles il agissait avec une telle modération et douceur d'esprit, et parlait d'une manière si suave et néanmoins si efficace, que les cœurs les plus durs en étaient amollis et ne pouvaient résister à la force de sa douceur. Il disait souvent : « Que Jésus-Christ étant la suavité éternelle des hommes et des anges, c'était par cette même vertu que nous devions faire en sorte d'aller à lui, en y conduisant les autres ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« On doit préférer dans les communautés, l'union et la paix à tout autre bien, et il faut pour cela se supporter, se prévenir et se traiter réciproquement avec douceur. Cette vertu est une source de paix, et un lien de perfection qui unit les cœurs ». (Saint Vincent De Paul).

« Résistez fidèlement à vos impatiences, en pratiquant non-seulement avec raison, mais encore contre la raison, la sainte affabilité et douceur avec tous, et surtout avec ceux qui vous causent plus d'ennui ». (Saint François de Sales).

Pratique : Ne faites aucune action, et ne dites aucune parole qui ressente l'emportement. Priez pour les personnes qui manquent de douceur dans les rapports avec le prochain.

 

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22 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

Paris, rue Basfroi, Vincent with children, detail

Vingt-troisième jour

Charité de Vincent envers les Pauvres

 

Après avoir vu en général quelle était la charité de Vincent, et les exemples remarquables qu'il en a donnés en diverses rencontres, il nous la faut maintenant considérer plus en détail dans les sujets particuliers envers lesquels il l'a saintement exercée. Ceux qui se présentent les premiers sont les pauvres, qu'il a chéris avec un amour très-ardent, et pour lesquels il avait un cœur plus que paternel ; et certainement si l'on veut faire attention sur toute sa vie, particulièrement depuis le temps qu'il s'est destiné au service des autels, on trouvera qu'elle n'a été autre chose qu'un exercice continuel de charité envers les pauvres, et que ses principales œuvres et ses entreprises les plus signalées ont été pour les pauvres. C'est pour eux, qu'il a procuré la fondation de divers hôpitaux, c'est pour eux qu'il a élevé les confréries de la charité en tant de lieux, et qu'il a institué la compagnie des filles de la charité, auxquelles il a donné la qualité de Servantes des Pauvres ; c'est pour eux qu'il a fait tant d'assemblées, qu'il a obligé les siens d'entreprendre tant de voyages, et qu'il a employé ses soins, ses veilles, et tous les moyens dont il a pu aviser, pour contribuer à leur soulagement et a leur service. Enfin, on peut dire qu'il a institué la Congrégation de la Mission pour évangéliser les pauvres ; et pour ce sujet il disait souvent à ses missionnaires : « Nous sommes les prêtres des pauvres ; Dieu nous a choisis pour eux, c'est là notre point capital, le reste n'est qu'accessoire ».

En effet, il semblait que la principale affaire de ce charitable prêtre était de s'employer pour les pauvres ; c'était là, qu'il portait le plus ordinairement ses pensées, et où tendaient ses principales affections. Il portait les pauvres dans son cœur; il était vivement touché de leurs souffrances, et il avait une affliction très sensible lorsque connaissant leurs nécessités et leurs misères, il ne voyait aucun moyen de les pouvoir secourir.

Étant un jour tout saisi de douleur pour ce sujet, et parlant à l'un des siens qui l'accompagnait en ville, après quelques soupirs et exclamations sur la mauvaise saison qui menaçait en ce temps-là les pauvres de famine et de mort : « Je suis en peine, lui dit-il, pour notre compagnie, mais en vérité elle ne me touche point à l'égal des pauvres ; nous en serons quittes en allant demander du pain à nos autres maisons, si elles en ont, ou à servir de vicaires dans les paroisses ; mais pour les pauvres que feront-ils, et où est-ce qu'ils pourront aller ? J'avoue que c'est-là mon poids et ma douleur ; on m'a dit qu'aux champs les pauvres gens disent que tandis qu'ils auront des fruits ils vivront, mais qu'après cela ils n'auront qu'à faire leurs fosses, et s'enterrer tout vivants. O Dieu ! Quelle extrémité de misères ! Et le moyen d'y remédier ».

Une autre fois parlant aux siens, sur le sujet de mêmes pauvres, il fit ce raisonnement : « Dieu aime les pauvres, et par conséquent il aime ceux qui les aiment ; car lorsqu'on aime bien quelqu'un, on a de l'affection pour ses amis et ses serviteurs. Or, la petite compagnie de la Mission tâche de s'appliquer avec affection à servir les pauvres, qui sont les bien-aimés de Dieu, ainsi nous avons sujet d'espérer que, pour l'amour d'eux, Dieu nous aimera. Allons donc, mes frères, et employons-nous avec un nouvel amour à servir les pauvres et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés ; reconnaissons devant Dieu que ce sont nos Seigneurs et nos maîtres, et que nous sommes indignes de leur rendre service ».

Dans une autre rencontre s'entretenant avec deux personnes ecclésiastiques de qualité, il leur dit une parole très remarquable, et qui mérite de n'être pas mise en oubli ; c'est à savoir que tous ceux qui auront aimé les pauvres pendant leur vie, n'auront à la mort aucune crainte ; qu'il en avait eu l'expérience plusieurs fois, et que pour cet effet, il avait coutume d'enseigner cette maxime dans l'esprit des personnes qu'il voyait travaillées des appréhensions de la mort, et prenait de là occasion de les exciter à l'amour des pauvres. Et parlant en l'une de ses lettres du décès d'un vertueux prêtre, il confirme la même chose. Sa mort, dit-il, a répondu à sa vie jusqu'à la fin, par un acquiescement continuel au bon plaisir de Dieu, sans avoir ressenti aucun mouvement ni aucune pensée contraire. Il avait toujours beaucoup appréhendé la mort ; mais comme il vit dès le commencement de sa maladie, qu'il envisageait sans aucune crainte et même avec plaisir, il me dit qu'assurément il en mourrait, parce que, disait-il, il m'avait ouï dire que « Dieu ôte l'appréhension de la mort à ceux qui ont volontiers exercé la charité envers les pauvres, et qui ont été travaillés de cette crainte pendant leur vie ».

Or, ce grand amour que Vincent avait pour les pauvres opérait deux effets dans son cœur : l'un était un grand sentiment de compassion de leur indigence et de leur misère, car il avait le cœur extrêmement tendre à leur égard, et l'on a remarqué que lorsqu'en disant les litanies de Jésus, il proférait ces paroles : « Jésus père des pauvres », c'était ordinairement d'un ton de voix qui témoignait l'attendrissement de son cœur : et toutes les fois qu'on lui venait parler de quelque misère ou nécessité particulière, on le voyait soupirer en fermant les yeux et haussant les épaules, comme un homme qui se sent pressé de douleur ; et son visage abattu faisait bien paraître que son cœur était navré de la compassion qu'il avait pour les souffrances des pauvres ; c'est dans ce sentiment que, parlant un jour aux siens sur le sujet de cette compassion : « Quand nous allons voir les pauvres, leur dit-il, nous devons entrer dans leurs sentiments pour souffrir avec eux, et nous mettre dans les dispositions de ce grand Apôtre, qui disait : « Je me suis fait tout à tous; en sorte que ce ne soit pas sur nous que tombe la plainte qu'a faîte autrefois le Seigneur par un prophète: J'ai attendu pour voir si quelqu'un ne compâtirait point à mes souffrances, et il ne s'en est trouvé aucun » ; et pour cela, il faut tâcher d'attendrir nos cœurs et de les rendre susceptibles des souffrances et des misères du prochain, et prier Dieu qu'il nous donne le véritable esprit de miséricorde qui est le propre esprit de Dieu; car, comme dit l'église, c'est le propre de Dieu de faire miséricorde et d'en donner l'esprit. Demandons donc à Dieu, mes frères, qu'il nous donne cet esprit de compassion, qu'il nous en remplisse, qu'il nous le conserve; en sorte que qui verra un missionnaire puisse dire : « Voilà un homme plein de miséricorde » ; pensons un peu combien nous avons besoin de miséricorde, nous qui devons l'exercer envers les autres, et porter la miséricorde en toutes sortes de lieux, et souffrir tout pour la miséricorde ».

Or, Vincent tenait cette maxime, dans les services et assistances qu'il rendait aux pauvres, d'étendre plus particulièrement ses soins sur ceux qui étaient les plus abandonnés, et pour cette raison, il s'appliquait avec une affection toute spéciale à pourvoir aux besoins des pauvres petits enfants trouvés, comme de ceux qui étaient les plus délaissés et les moins capables de s'aider : il avait un amour très tendre pour ces pauvres petites innocentes créatures, et un amour non-seulement affectif mais encore plus effectif. « N'est-ce pas le devoir des pères, disait-il un jour aux siens, sur ce sujet, de pourvoir aux nécessités de leurs enfants, et puisque Dieu nous a substitués au lieu de ceux qui les ont engendrés, afin que nous prenions soin de leur conserver la vie, et de les faire élever et instruire en la connaissance des choses de leur salut, prenons bien garde de ne nous point relâcher dans une entreprise qui lui est si agréable; car, si après que leurs mères dénaturées les ont ainsi exposés et abandonnés, nous venons à négliger le soin de leur nourriture et de leur éducation, que deviendront-ils ? Pourrons-nous consentir à les voir périr tous comme autrefois, dans cette grande ville de Paris ? »

Une personne de vertu qui connaissait particulièrement les peines que Vincent prenait pour la conservation de ces pauvres petites créatures, lors même que les Dames les plus charitables qui en avaient pris le soin perdaient presque courage, à cause de la grande dépense qu'il fallait soutenir, en a rendu le témoignage qui suit, plusieurs années avant sa mort : « Dieu sait combien de soupirs et de gémissements Monsieur Vincent a poussés vers le ciel au sujet de ces pauvres petits enfants! quelles recommandations il a faites à sa compagnie de prier Dieu pour eux ! Quels moyens il a employés, et quelles voies il a tentées pour les faire nourrir à peu de frais, et quels soins il a pris de les envoyer visiter les années passées chez leurs nourrices, en divers villages, par les filles de la charité, et en cette année 1649 par un frère de sa congrégation, lequel a employé près de six semaines à faire cette visite ».

Or, avoir charité pour les enfants, et prendre soin d'eux, c'est en quelque façon se faire enfants : et pourvoir aux besoins des enfants trouvés, c'est prendre la place de leurs parents, ou plutôt celle de Dieu même, qui a dit si la mère venait à oublier son enfant, que lui-même en prendrait soin, et qu'il ne le mettrait pas en oubli. Si notre Seigneur vivait encore parmi les hommes sur la terre, et qu'il vit des enfants abandonnés, penserions-nous qu'il voulût aussi les abandonner ? Ce serait sans doute faire injure à sa bonté infinie d'avoir une telle pensée ; et nous serions infidèles à sa grâce, si, ayant été choisis par sa providence pour procurer la conservation corporelle et spirituelle de ces pauvres enfants trouvés, nous venions à nous en lasser, et les abandonner à cause de la peine que nous y avons.

 

Fleurs Spirituelles

 

« La charité du prochain est un signe de prédestination, puisqu'elle montre que nous sommes de vrais disciples de Jésus-Christ. C'est cette divine vertu qui a porté le Sauveur à mener une vie pauvre et à mourir nu sur une croix ; c'est pourquoi, quand nous nous trouvons dans les occasions de souffrir pour la charité, nous devons en bénir Dieu ». (Saint Vincent De Paul).

« Oh ! que l'amour que le Fils de Dieu porte aux pauvres, doit être grand ! Il a choisi l'état du pauvre ; il a voulu être le père des pauvres ; il regarde comme fait expressément à lui-même, tout ce qu'on fait à ses pauvres. Il convient donc d'aimer les pauvres d'un amour tout spécial, voyant en eux la personne même de Jésus-Christ, et faisant d'eux tout le cas qu'il en faisait ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Ne laissez passer aucune occasion aujourd'hui d'exercer la charité, soit corporellement, soit spirituellement, envers les pauvres. Priez pour les plus abandonnés.

 

 

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21 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Vingt-deuxième jour

Quelques exemples remarquables de la charité de Vincent, et sa charité envers les siens

 

Pour commencer à faire voir en particulier ce que nous avons dit hier en général de la charité de Vincent, nous rapporterons ici quelques exemples de cette même vertu, que nous avons choisis entre un très grand nombre d'autres, dont la vie de ce saint homme est toute remplie.

Pendant les troubles de ce royaume, les habitants de la ville de Montmerail se trouvant en grande peine, par la crainte qu'ils avaient des mauvais traitements des soldats, et ne sachant que faire pour sauver leurs biens et pour mettre leurs personnes à couvert de leurs rapines et vexations, Vincent écrivit aux prêtres de sa Congrégation établis en ces quartiers-là, de faire ce qu'ils pourraient pour aider et soulager ces pauvres gens ; mais ces prêtres lui mandèrent qu'il y avait du danger pour eux-mêmes et qu'en faisant ils couraient risque de se perdre : à quoi Vincent fit réponse, qu'il fallait assister son prochain affligé, et que Dieu leur ayant donné les commodités qu'ils avaient, sa divine Majesté avait droit de les leur ôter quand il lui plairait ; mais qu'ils soulageassent, sans rien craindre, cette pauvre ville en tout ce qu'ils pourraient. Ce qu'ils firent, aidant ces pauvres habitants à sauver leurs biens de la main des gens de guerre, et retirant chez eux la plupart de leurs meubles, s'abandonnant ainsi à la providence de Dieu pour tout ce qui leur en pourrait arriver. Vincent, longtemps avant l'institution de sa Congrégation, fit une action de charité toute pareille à celle qui est rapportée de Saint Paulin, lequel se vendit lui-même pour racheter de l'esclavage le fils d'une pauvre veuve ; car ayant un jour trouvé sur les galères, un forçat qui avait été contraint, par ce malheur, d'abandonner sa femme et ses enfants dans une grande pauvreté, il fut tellement touché de compassion du misérable état où ils étaient réduits, qu'il se résolut de chercher et d'employer tous les moyens qu'il pourrait pour les consoler et les soulager ; et comme il n'en voyait aucun, il fut intérieurement poussé par un mouvement extraordinaire de charité, de se mettre lui-même à la place de ce pauvre homme, pour lui donner moyen, en le tirant de cette captivité, d'aller assister sa famille affligée. Il fit donc en sorte, par les adresses que sa charité lui suggéra, de faire agréer cet échange à ceux de qui cette affaire dépendait ; et s'étant mis volontairement dans cette état de captivité, il y fut attaché de la chaîne de ce pauvre homme, duquel il avait procuré la liberté ; mais au bout de quelque temps, la vertu singulière de ce charitable libérateur ayant été reconnue dans cette rude épreuve, il en fut retiré. Plusieurs ont pensé depuis, non sans apparence de vérité, que l'enflure de ses jambes lui était venue du poids et de l'incommodité de cette chaîne que l'on attache aux pieds des forçats : et un prêtre de sa congrégation ayant pris de là occasion de lui demander si ce que l'on disait de lui était véritable, qu'il s'était mis autrefois en la place d'un forçat, il détourna ce discours en souriant, sans donner aucune réponse à la demande.

Quoique cette action de charité soit fort admirable, nous pouvons dire néanmoins, par des témoignages encore plus assurés, que Vincent a fait quelque chose plus avantageux à la gloire de Dieu, employant son temps, ses soins, ses biens et sa vie, comme il fait, pour le service de tous les forçats, que d'avoir engagé sa liberté pour un seul ; car, connaissant, par sa propre expérience, leurs misères et leurs besoins, il leur a procuré des secours corporels et spirituels, en santé et en maladie, pour le présent et pour l'avenir, plus grands et plus étendus incomparablement qu'il n'aurait pu faire, s'il était toujours demeuré attaché avec eux. Mais on n'aura pas difficulté de croire qu'il ait été disposé d'engager sa liberté extérieure et de se réduire à l'esclavage, comme Saint Paulin, pour la délivrance de son prochain, si l'on considère qu'il a passé encore plus outre, et qu'à l'imitation du grand apôtre Saint Paul, il a bien voulu en quelque façon, se rendre anathème pour ses frères.

Et comme une des principales et des plus importantes leçons que Jésus-Christ ait faites à ses disciples, a été de s'entr'aimer saintement les uns les autres, c'est aussi celle que Vincent de Paul a le plus souvent répétée à ses enfants, et sur laquelle il leur a fait quantité d'entretiens, et même leur en a laisse un écrit de sa main, ce qu'il n'a fait en aucune autre matière. Il leur a dit entre plusieurs autres choses, sur le sujet de cette vertu de la charité fraternelle, qu'elle était une marque de leur prédestination, puisque c'est par elle que l'on est reconnu véritable disciple de Jésus-Christ, et un jour qu'on célébrait la fête de saint Jean l'Evangéliste, exhortant les siens à s'entr'aimer, par les paroles de l'apôtre : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres », il dit que la congrégation de la Mission durerait autant de temps que la charité y régnerait. Il prononça quantité de malédictions contre celui qui détruirait la charité, et qui serait ainsi cause de la ruine de la Compagnie, ou seulement de quelque déchet de perfection, c'est-à-dire, qui par sa faute ferait qu'elle fût moins parfaite.

Il leur disait encore que la charité est l'âme des vertus et le paradis des communautés. Et parce que la médisance est la capitale ennemie de la charité, et que ce vice se fourre même quelquefois dans les compagnies les plus saintes, ce charitable père des missionnaires combattait ce vice à outrance, pour empêcher qu'il n'approchât de ses enfants, lesquels il exhortait souvent de veiller et de se tenir sur leurs gardes, pour ne lui donner aucune entrée parmi eux. Il le comparait à un loup carnassier qui désole et détruit la bergerie où il entre, assurant qu'un des plus grands maux qui puissent arriver à une compagnie, est lorsqu'il s'y trouve des gens qui médisent, murmurent et, qui n'étant jamais contents, trouvent à redire à tout. Il disait encore que celui qui prête l'oreille au médisant, n'est pas plus innocent que celui qui profère la médisance, comme enseignent les Saints Pères. Il souhaitait ardemment que Dieu inspirât cette charité dans les cœurs de tous ceux de sa Congrégation : « D'autant plus, disait-il, que par ce support mutuel les forts se soutiendront et aideront les faibles, et l'œuvre de Dieu s'accomplira ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« Celui qui nous a recommandé d'aimer le prochain, nous a prescrit la manière dont nous devons l'aimer comme nous-mêmes. Voilà la règle, nous ne pouvons la transgresser sans nous rendre coupables. Il est si essentiel d'aimer ainsi notre prochain, qu'en l'aimant différemment, nous ne l'aimerions par suffisamment ». (Saint François de Sales).

« Pour avoir envers le prochain l'amour que Notre Seigneur nous commande, il faut avoir un cœur bon, charitable, complaisant, dans le temps même que nous sentons pour lui de la répugnance, à cause de quelque défaut naturel ou moral, parce que c'est l'aimer alors par rapport au Sauveur. La maxime des Saints était qu'en faisant du bien et en aimant, on ne doit jamais considérer la personne, à qui on rend service, mais celle pour qui on agit ». (Saint François de Sales).

Pratique : Ne faites et ne dites rien aujourd'hui qui puisse blesser le prochain. Priez pour les religieuses qui maintiennent la charité entre elles.

 

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20 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Vingt-et-unième jour

Charité de Vincent pour le prochain en général

 

Après le grand commandement d'aimer Dieu de tout son cœur, celui d'aimer son prochain comme soi-même suit de si près, et en est tellement inséparable, qu'on ne saurait parfaitement accomplir le premier, si l'on manque au second; et celui qui n'aimerait point son prochain ne pourrait pas dire qu'il eut un véritable amour pour Dieu, quelques sentiments de ferveur et de zèle pour sa gloire qu'il pensât avoir. Vincent était bien persuadé de cette vérité, lorsqu'il disait que ce précepte d'aimer son prochain est si fort et a un tel privilège, que quiconque l'observe accomplit la foi de Dieu, parce que tous les préceptes de cette loi se rapportent à cet amour du prochain, selon la doctrine du saint Apôtre.

Vincent parlant un jour aux siens leur dit : « Donnez-moi une personne qui borne son amour en Dieu seul, une âme, si vous voulez, élevée en contemplation, laquelle trouvant du goût dans cette manière d'aimer Dieu, qui lui paraît uniquement aimable, s'arrête à savourer cette source infinie de douceur, sans se mettre en aucune peine de son prochain ; et donnez m'en une autre qui aime Dieu de tout son cœur, et qui aime aussi son prochain, quoique rude et grossier, pour l'amour de Dieu, et qui s'emploie de tout son pouvoir pour le porter à Dieu : dites-moi, je vous prie, lequel de ces deux amours est le plus parfait et le moins intéressé ? Sans doute que c'est le second, lequel joignant l'amour de Dieu à l'amour du prochain, ou, pour mieux dire, étendant l'amour de Dieu sur le prochain, et rapportant l'amour du prochain à Dieu, accomplit la loi plus parfaitement que le premier ».

Et puis, appliquant cette doctrine à ceux de sa Congrégation : « Nous devons, leur disait-il, bien imprimer ces vérités dans nos âmes, pour conduire notre vie selon cet amour, et pour en faire les œuvres, n'y ayant personne au monde plus obligé à cela que nous le sommes, ni aucune compagnie qui doive être plus appliquée que la nôtre à l'exercice extérieur d'une vraie charité ; car notre vocation est d'aller, non en une seule paroisse, ni en un seul diocèse, mais par toute la terre, pour embraser les cœurs des hommes, et pour y faire ce qu'a fait le Fils de Dieu, lequel a dit qu'il était venu apporter un feu sur la terre, afin d'enflammer les cœurs des hommes de son amour. Il est donc vrai que nous sommes envoyés, non seulement pour aimer Dieu, mais aussi pour le faire aimer. Il ne nous suffit pas d'aimer Dieu, si notre prochain ne l'aime aussi; et nous ne saurions aimer notre prochain comme nous-mêmes, si nous ne lui procurons le bien que nous sommes obligés de nous vouloir à nous-mêmes, c'est à savoir l'amour divin qui nous unit à celui qui est notre souverain bien. Nous devons aimer notre prochain comme l'image de Dieu et l'objet de son amour, et faire en sorte que réciproquement les hommes aiment leur très-aimable Créateur, et qu'ils s'entr'aiment les uns les autres d'une charité mutuelle pour l'amour de Dieu, qui les a tant aimés que de livrer son propre Fils à la mort pour eux. Mais regardons, je vous prie, Messieurs, ce divin Sauveur comme le parfait exemple de la charité que nous devons avoir pour notre prochain : ô Jésus ! Dites-nous, s'il vous plaît, qui est-ce qui vous a fait descendre du Ciel pour venir souffrir la malédiction de la terre ? Quel excès d'amour vous a porté à vous humilier jusqu'à nous, et jusqu'au supplice infâme de la croix ? Quel excès de charité vous a fait exposer à toutes nos misères, prendre la forme du pécheur, mener une vie souffrante, et souffrir une mort honteuse? Où est-ce que l'on trouvera une charité si admirable et si excessive ? Il n'y a que le Fils de Dieu qui en soit capable, et qui ait eu un tel amour pour ses créatures, que de quitter le trône de sa gloire pour venir prendre un corps sujet aux infirmités et misères de cette vie, et pour faire les étranges démarches qu'il a fuites pour établir en nous et parmi nous par son exemple et par sa parole, la charité de Dieu et du prochain. Oui, c'est cet amour qui l'a crucifié, et qui a produit cet ouvrage merveilleux de notre rédemption. O Messieurs, si nous avions une étincelle de ce feu sacré qui embrasait le cœur de Jésus, demeurerions-nous les bras croises, et délaisserions-nous ceux que nous pouvons assister ? Non, certes ; car la vraie charité ne saurait demeurer oisive, ni nous permettre de voir nos frères et nos amis dans le besoin sans leur manifester notre amour ; et pour l'ordinaire les actions extérieures rendent témoignage de l'état intérieur. Ceux qui ont la vraie charité au dedans, la font paraître au dehors: c'est le propre du feu d'éclairer et d'échauffer, et c'est aussi le propre de l'amour de se communiquer.

Dans ce même sentiment, parlant une autre fois à ceux de sa communauté, il disait que les missionnaires seraient bien heureux s'ils devenaient pauvres pour avoir exercé la charité envers les autres; mais qu'ils ne devaient pas craindre de le devenir par cette voie, à moins que de se défier de la bonté de notre Seigneur, et de la vérité de sa parole.

Or, la charité de Vincent était si parfaite, et son cœur était tellement rempli de l'onction de cette divine vertu, que Ton peut dire en quelque façon qu'elle embaumait ceux qui avaient le bonheur de converser avec lui ; en sorte que l'on pouvait connaître qu'il était du nombre de ceux dont parlait l'apôtre Saint Paul quand il disait: Nous répandons en tous lieux la bonne odeur de Jésus-Christ. Sur quoi parlant un jour aux siens : « Chaque chose, leur dit-il, produit comme une espèce d'image de soi-même, ainsi qu'on voit dans une glace de miroir qui représente les objets tels qu'ils sont: un visage laid y parait laid, et un beau y paraît beau; de même, les bonnes ou les mauvaises qualités se répandent au dehors ; et surtout la charité, qui est d'elle-même communicative, produit la charité ; et un cœur vraiment embrasé et animé de cette vertu fait ressentir son ardeur, et tout ce qui est dans un homme charitable respire et prêche la charité ».

Enfin Vincent était l'ami de tous les bons, et avait des amis partout, dont il conservait et cultivait l'amitié, non pour être jamais à charge à personne, mais pour maintenir et fomenter cette sainte union que le Fils de Dieu a tant recommandée aux siens, et pour faire plutôt du bien que pour en recevoir. Aussi peut on dire avec vérité que jamais avaricieux n'a ménagé plus soigneusement ses biens, et les occasions de les accroître, ni ambitieux les occasions d'acquérir de nouveaux honneurs, que Vincent celles de faire du bien à son prochain, par un véritable et sincère esprit de charité. Sur quoi il ne sera pas hors de propos de produire le témoignage des religieuses de la Visitation du premier monastère de Paris, qui ont été ses filles spirituelles l'espace de trente-cinq ans. Voici en quels termes elles en ont parlé : « Ce grand serviteur de Dieu, tout ardent de son amour, voulait que chacun en brulât, et que la charité fût pratiquée en toutes les sortes qu'elle le pouvait être. Il ne pouvait souffrir que dans les communautés l'on ne se témoignât pas assez d'estime les uns aux autres, ou que l'on vint à dire quelque chose qui fût au désavantage du prochain. Il disait qu'il craignait fort la désolation des communautés, lorsque les personnes qui les composent ne se tiennent pas bien unies les unes aux autres; ce qui n'arrive jamais que par le manquement d'estime, de support et de charité ; qu'il fallait que les religieuses se regardassent les unes les autres comme les épouses de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit et les images vivantes de Dieu, et que dans cette vue elles se portassent réciproquement un amour et un respect les unes aux autres ; et pour cela, ajoutent ces vertueuses servantes de Dieu, il nous exhortait particulièrement à deux choses : la première, d'avoir recours à la bonté de Dieu, qui est tout amour et charité, pour lui demander part aux lumières et aux ardeurs divines de son esprit ; la seconde, de concevoir un grand désir de notre amendement, et de travailler en effet à nous amender des défauts et manquements que nous pourrions commettre contre la vertu de charité, faisant fidèlement sur ce sujet notre examen particulier, pour corriger et ôter de nos cœurs tout ce qui pourrait, en quelque manière que ce fût, altérer l'union que nous devons avoir avec Dieu et entre nous mêmes ».

Et une autre religieuse du même ordre, dont la vertu a répandu une très-bonne odeur dans le second monastère de Paris, a laissé en mourant ce témoignage de la charité qu'elle avait reconnue en Vincent : « On peut assurer, dit-elle, avec vérité, que ce saint homme a imité au plus près la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui n'a été employée qu'à bien faire à un chacun pendant qu'il a été sur la terre ; car qui est-ce qui n'a point éprouvé la charité de Monsieur Vincent dans ses nécessités, soit pour l'âme soit pour le corps ? Trouvera-t-on aucune personne affligée, laquelle ayant eu recours à lui, s'en soit retirée jamais saris trouver quelque soulagement en ses maux ? Mais y a-t-il eu quelqu'un qui ait pu refuser de prendre confiance en lui, lorsqu'il a entrepris de lui parler et de le consoler? Et pour sa propre vie et les biens de sa congrégation, à qui est-ce qu'on peut dire qu'ils sont, sinon à ceux qui en ont besoin ? »

Il y a encore une circonstance que nous ne devons pas omettre touchant la charité dont le cœur de Vincent était rempli ; c'est qu'elle le portait non seulement à soulager les indigences et les misères du corps et de l'âme, mais aussi à épargner et sauver, autant qu'il pouvait, l'honneur et la réputation d'autrui ; et c'est une chose remarquable, qu'on ne l'a jamais entendu se plaindre de personne, quelques torts ou injures qu'il en eût reçus, et encore moins blâmer ou donner le tort à aucun quand il ne s'agissait que de seuls intérêts ; au contraire, les absents avaient partout où il se rencontrait, un avocat qui défendait toujours leur cause, et qui plaidait hautement en faveur de la charité ; en sorte que, disant toujours du bien de tous, autant qu'il le pouvait avec vérité, il ne disait et ne souffrait jamais qu'il fût dit en sa présence aucun mal de personne, et ne voulait pas même que l'on blâmât ou que l'on dit le moindre mal de ses ennemis.

 

Fleurs Spirituelles

 

« C'est surtout à l'amour qu'on a pour le prochain, qu'on connaît si l'on aime Dieu. Ces deux amours ne sont jamais séparés l'un de l'autre. On fait plus de progrès dans celui-ci, à proportion qu'on en fait davantage dans celui-là. Cette règle est sûre : voyez quel amour vous avez pour Dieu. Si le premier est parfait, le second l'est, et vous avez tout fait; mais il ne faut pas être de ceux qui disent vouloir faire beaucoup et qui ne mettent jamais la main à l'œuvre ». (Sainte Thérèse d'Avila).

« Jésus aime tant notre prochain, qu'il a donné sa vie pour lui. Ce Dieu Sauveur se réjouit, lorsque nous nous sacrifions pour faire du bien. Tous les services que nous rendons au prochain en vue de lui, et pour lui témoigner notre amour, lui sont très agréables. Ah ! Si nous comprenions bien de quelle importance est la vertu de charité envers le prochain, quel zèle n'aurions-nous pas à en faire des actes ».

Pratique : Ne laissez passer aucune occasion de rendre service au prochain, par un vrai motif de charité. Priez pour les personnes qui se dévouent au service du prochain.

 

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19 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Vingtième jour

Zèle de Vincent pour la gloire de Dieu et le salut des âmes (Suite)

 

C'était dans l'esprit de Jésus-Christ, et par un effet de son zèle que Vincent exhortait les siens, et les encourageait dans les travaux où ils étaient engagés pour le service de Notre Seigneur. Voici en quels termes il écrivit à l'un de ses prêtres, qu'il avait envoyé en des lieux fort éloignés où il avait beaucoup à travailler et à souffrir pour le service de Dieu : « Oh ! Monsieur, que j'ai de consolation de penser à vous, qui êtes tout à Dieu, et à votre vocation qui est vraiment apostolique ! Aimez donc cet heureux partage qui vous est échu, et qui doit attirer sur vous une infinité de grâces, pourvu que vous soyez bien fidèle à l'usage des premières. Vous aurez sans doute beaucoup à combattre; car l'esprit malin et la nature corrompue se ligueront ensemble pour s'opposer au bien que vous voulez faire ; ils vous en feront paraître les difficultés plus grandes qu'elles ne sont, et feront leurs efforts pour vous persuader que la grâce vous manquera dans le besoin, afin de vous attrister et de vous abattre; ils susciteront des hommes qui vous contrediront et persécuteront, et peut-être que ce seront ceux-là même que vous tenez pour vos meilleurs amis, et qui devraient vous soutenir et vous consoler. Si cela vous arrive, Monsieur, vous devez prendre courage, et le considérer comme un bon signe ; car vous aurez par ce moyen plus de rapport à Notre Seigneur, lequel étant accablé de douleur, s'est vu délaissé, renié et trahi par les siens, et comme abandonné par son propre Père. Oh ! que bienheureux sont ceux qui portent amoureusement leur croix en suivant un tel maître! Souvenez-vous, Monsieur, et le croyez fermement que, quelque chose qui vous arrive, vous ne serez jamais tenté au delà de vos forces, et que Dieu même sera votre appui et votre vertu, d'autant plus parfaitement, que vous n'aurez ni refuge ni confiance qu'en lui seul ».

Et écrivant à un autre des siens qu'il avait engagé en une mission fort laborieuse et difficile : « Béni soit, lui dit-il, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui vous a si suavement et si fortement inspiré la mission que vous avez entreprise pour la propagation de la foi ; et béni soit le même Seigneur qui, non-seulement est venu au monde pour racheter les âmes que vous allez instruire, mais encore pour vous mériter les grâces qui vous sont nécessaires afin de procurer leur salut et le vôtre. Puis donc que ces grâces là vous sont toutes préparées, et que le bon Dieu qui les donne ne désire rien tant que d'en faire largesse à ceux qui s'en veulent bien servir, à quoi tiendra-t-il que vous n'en soyez rempli, et que par leur vertu vous ne détruisiez en vous les restes du vieil homme, et dans ce peuple les ténèbres de l'ignorance et du péché ? Je veux espérer que, de votre côté, vous n'y épargnerez ni les travaux, ni la santé, ni la vie; c'est pour cela que vous vous êtes donné à lui, et exposé au péril d'un long voyage ; et partant il ne reste plus sinon que vous preniez une forte résolution de mettre tout de bon la main à l'œuvre. Or, pour bien commencer et pour bien réussir, souvenez-vous d'agir dans l'esprit de notre Seigneur, d'unir vos actions aux siennes, et de leur donner une fin toute noble et toute divine, les dédiant à sa plus grande gloire, moyennant quoi Dieu versera toutes sortes de bénédictions sur vous et sur vos œuvres; mais il arrivera peut-être que vous ne les verrez pas, au moins dans toute leur étendue ; car Dieu cache quelquefois à ses serviteurs les fruits de leurs travaux, pour des raisons justes ; mais il ne laisse pas d'en faire réussir de très grands. Un laboureur est longtemps avant que de voir ceux de son labour, et quelquefois il ne voit point du tout la moisson abondante que sa semence a produite. Cela même est arrivé à Saint François-Xavier, lequel n'a pas vu de son temps les fruits admirables que ses saints travaux ont produits après sa mort, ni les progrès merveilleux qu'ont eus les missions qu'il avait commencées. Cette considération doit tenir votre cœur fort au large et fort élevé en Dieu, dans la confiance que tout ira bien, quoiqu'il vous semble le contraire ».

Parlant un jour à ceux de sa communauté dans ce même esprit : « Voilà, leur dit-il, un beau champ que Dieu nous ouvre, tant à Madagascar qu'aux îles Hébrides, et ailleurs. Prions Dieu, qu'il embrase nos cœurs du désir de le servir ; donnons-nous à lui, pour en faire ce qu'il lui plaira. Saint Vincent Ferrier s'encourageait en la vue qu'il devait venir des prêtres, lesquels, par la ferveur de leur zèle, embraseraient toute la terre. Si nous ne méritons pas que Dieu nous fasse la grâce d'être ces prêtres-là, supplions-le qu'au moins il nous en fasse les images et les précurseurs ; mais, quoiqu'il en soit, tenons pour certain que nous ne serons point véritables chrétiens, jusqu'à ce que nous soyons prêts de tout perdre et de donner même notre vie pour l'amour et pour la gloire de Jésus-Christ, nous résolvant, avec le saint Apôtre, de choisir plutôt les tourments et la mort même, que d'être séparés de la charité de ce divin Jésus ».

Une autre fois, ayant fait le récit à sa communauté de quelques persécutions arrivées aux missionnaires qui étaient en Barbarie , il ajouta ensuite : « Qui sait si Dieu n'a point envoyé cette persécution pour éprouver notre fidélité ? Les marchands laissent-ils d'aller sur mer, pour les dangers qu'ils courent ; et les soldats à la guerre, à cause des plaies et de la mort même à laquelle ils s'exposent ! Et faut-il que nous laissions de faire notre office de secourir et de sauver les âmes, pour les peines et les persécutions qui s'y rencontrent ? »

Il encourageait ainsi, par l'ardeur de son zèle, ceux de sa compagnie à continuer leurs travaux pour le service de Notre Seigneur ; et comme son zèle était vraiment désintéressé, il ne se conjouissait pas seulement avec eux des bénédictions que Dieu donnait à leurs missions, dans lesquelles ils faisaient ce qu'il eût désiré faire lui-même, si son âge et ses infirmités ne l'en eussent empêché; mais il concevait aussi une sainte joie du bien que faisaient les autres communautés, et des services qu'elles rendaient à l'Église. Voici ce qu'une personne de grande vertu en a témoigné : « Monsieur Vincent s'est toujours réjoui quand il entendait les grands fruits et progrès que faisaient les autres communautés ; et, bien loin d'en concevoir aucune envie ni jalousie, il témoignait hautement l'estime qu'il en faisait ; il leur donnait de très grandes louanges, et leur rendait, dans les occasions, toutes sortes de services et d'assistances ».

Dans ce sentiment, il parlait souvent avec estime et éloge des religieux de la sainte compagnie de Jésus, louant Dieu des grandes choses qu'il a faites par eux, en toutes les parties du monde, pour la propagation de l'Évangile et pour l'établissement du royaume de Jésus Christ son Fils. Et un jour, entre autres, parlant sur ce sujet à ceux de sa communauté, par un mouvement de ce même zèle, accompagné de son humilité ordinaire, il leur dit : « Soyons, mes frères, comme ce paysan qui portait les hardes de Saint Ignace et de ses compagnons fatigués du chemin, et qui, voyant qu'ils se mettaient à genoux lorsqu'ils étaient arrivés en quelque lieu pour s'y arrêter, s'y mettait avec eux; les voyant prier, il priait de même : et comme ces saints personnages lui eurent une fois demandé qu'est-ce qu'il faisait-là ? Il leur répondit: Je prie Dieu qu'il fasse ce que vous lui demandez : je suis une pauvre bête, qui ne saurait faire oraison, je le prie qu'il vous écoute ; je voudrais lui dire ce que vous lui dites, mais je ne saurais, et ainsi je lui offre vos prières. O Messieurs et mes frères, nous devons nous considérer comme les porte-sacs de ses dignes ouvriers, comme de pauvres idiots qui ne savons rien dire, et qui sommes le rebut des autres, et comme de petits glaneurs, qui viennent après ces grands moissonneurs. Remercions Dieu de ce qu'il lui a plu agréer en cela nos petits services. Offrons-lui avec nos petites poignées les grandes moissons des autres, et soyons toujours prêts à faire ce qui est en nous pour le service de Dieu et pour l'assistance du prochain. Si Dieu a donné une si belle lumière, et fait une si grande à ce pauvre paysan, que pour cela il a mérité qu'il fut parlé de lui dans l'histoire, espérons que, faisant notre possible, comme il a fait, pour contribuer à ce que Dieu soit honoré, servi et glorifié, sa divine bonté recevra en bonne part nos oblations et nos petits travaux ».

Si Vincent a fait paraître en tant de manières l'ardeur de son zèle, il n'en a pas moins fait voir la force et la constance, persévérant dans les saintes entreprises que Dieu lui avait inspirées, nonobstant les difficultés, les oppositions, les pertes et toutes les autres plus fâcheuses traverses qui lui sont arrivées. Plus il voyait de contradictions de la part des créatures, plus il témoignait de constance et de résolution à persévérer dans ses bonnes entreprises pour la gloire de Dieu: et tant s'en faut que toutes les pertes et les oppositions le portassent au découragement, qu'au contraire il prenait de là sujet d'y animer davantage les siens.

 

Fleurs Spirituelles

 

« L'oraison est absolument nécessaire à ceux qui travaillent au salut des âmes, soit pour entretenir en eux un désir ardent de faire toujours des progrès nouveaux dans la dévotion et la ferveur, soit pour leur inspirer un zèle, un courage toujours nouveau dans les services qu'ils rendent au prochain ». (Saint Vincent De Paul).

« On doit travailler beaucoup par amour pour Dieu, sans s'occuper de l'estime des hommes. Il faut travailler à leur salut, sans faire attention à leurs discours ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Ne laissez passer aucune occasion de procurer la gloire de Dieu. Priez pour les personnes qui travaillent au salut des âmes.

 

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18 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Dix-neuvième jour

Zèle de Vincent pour la gloire de Dieu et le salut des âmes

 

Quoique Vincent se soit étudié d'imiter parfaitement Jésus-Christ en la pratique de toutes sortes de vertus, c'est en celle-ci néanmoins qu'il a excellé d'une manière particulière ayant exprimé en lui-même une vive image du zèle de ce divin Sauveur. Il pouvait bien dire à son exemple que le zèle de la maison de Dieu le dévorait, et que sa vie se consumait dans les flammes de cet ardent désir de procurer la gloire de Dieu, puisqu'il l'excitait continuellement à entreprendre et à soutenir tout, soit pour empêché que Dieu ne fût offensé, soit pour réparer les offenses commises contre sa divine majesté, ou enfin pour procurer l'avancement de son honneur et de son service. Car comme nous enseigne fort bien Saint Augustin répondant à la question qu'il s'était proposée à lui-même : Qui est celui qui est dévoré de zèle pour la maison du Seigneur ? C'est, dit ce saint docteur, celui qui désire ardemment d'empêcher que Dieu ne soit offensé, et lequel, quand il voit quelque offense contre la majesté divine, ne se donne aucun repos, mais s'emploie de tout son pouvoir, pour faire en sorte que cette offense soit réparée ; que s'il ne le peut, il gémit dans son cœur et ressent une grande peine de voir Dieu déshonoré.

Voilà quel a été Vincent, et l'on peut dire avec vérité qu'il n'a pas vécu pour lui-même, mais uniquement pour Jésus-Christ, dont l'honneur et la gloire lui étaient incomparablement plus chers que sa propre vie ; et pour ce qui est de ses œuvres, elles peuvent bien servir de preuve de son zèle, puisque tout ce qu'il a fait et entrepris n'a été que pour détruire le péché, et pour procurer que Dieu fût connu, servi, aimé et glorifié en tous lieux par toutes sortes de personnes ; c'est pour cela qu'il a tant travaillé dans les Missions, établi tant de conférences et de séminaires, assemblé tant de compagnies, en un mot qu'il a fait et souffert tant de choses pendant sa vie, laquelle il a consumée dans les flammes de son zèle. Et pour en dire quelque chose de plus particulier, le zèle de ce grand serviteur de Dieu. lui faisait surtout ressentir vivement les offenses qui se commettaient contre sa divine Majesté ; il ne se peut dire combien il en était vivement louché, quels efforts il faisait pour empêcher ces offenses et quelles pénitences il s'imposait pour les réparer après qu'elles étaient faites. Mais il s'affligeait outre mesure lorsqu'il apprenait que quelque misérable pécheur était mort dans son péché, et qu'une âme s'était perdue, voyant que cette perte était irréparable ; et lorsqu'il en parlait, et qu'il représentait combien valait une seule âme, et ce qu'elle avait coûté à Jésus-Christ, ses paroles tiraient les larmes des yeux de ceux qui l'entendaient.

Or, pour empêcher cette perte des âmes qu'il voyait être si chères à ce divin Sauveur, il n'y avait rien qu'il ne voulût faire et souffrir ; et il exhortait les siens de concevoir et de nourrir dans leurs cœurs le même zèle dont il était animé. Voici en quels termes il leur parla un jour sur le sujet de ce que souffraient les missionnaires qui étaient à Gênes au temps que la peste affligeait cette ville : « Ils souffrent, dit-il, comme il faut, par la grâce de Dieu, et en cela ils sont bien heureux de souffrir, pour rendre service à Dieu, et puis procurer le salai des âmes. Or, nous devons, Messieurs, avoir en nous une semblable disposition et un même désir de souffrir pour Dieu et pour le prochain, et de nous consumer pour cela. Oui, Messieurs et mes frères, il faut que nous soyons sans réserve à Dieu et au service du prochain ; nous devons nous dépouiller pour le revêtir, donner nos vies pour procurer son salut, nous tenir toujours prêts à tout faire et à tout souffrir pour la charité, être disposes d'aller où il plaira à Dieu pour ce sujet. Oh ! que nos confrères qui travaillent dans les pays étrangers sont savants en cette science de souffrir ! Les uns étant exposés aux dangers de la peste en servant les pestiférés; les autres parmi les périls de guerre; les autres dans les incommodités de la faim ; et tous dans les mésaises, les travaux et les souffrances; mais, nonobstant cela, ils demeurent fermes et inébranlables dans le bien qu'ils ont entrepris. Reconnaissons, Messieurs, la grâce que Dieu fait à cette pauvre et chétive Congrégation de se voir composée de telles personnes, et de tels membres si fidèles et si constants à souffrir pour le service et pour l'amour de sa divine Majesté ».

Ces paroles de Vincent font assez connaître le désir qui brûlait dans son cœur de sacrifier sa vie par le martyre, ou de l'aller consumer dans les travaux des missions; ce qu'il aurait exécuté, si ses longues infirmités le lui eussent pu permettre; et en effet, six ou sept ans avant sa mort, étant déjà âgé d'environ quatre-vingts ans, il alla encore en mission pendant le temps d'un jubilé, et il y travailla avec un très-grand fruit et une merveilleuse édification de tous ceux qui voyaient ce saint vieillard dans un âge si avancé et parmi tant d'incommodités, s'employer avec tant de zèle à catéchiser, prêcher, confesser et vaquer à d'autres semblables exercices; quoique son âge et ses indispositions presque continuelles ne lui permissent pas de continuer ce saint exercice, les affaires importantes dont il était chargé ne lui en laissant d'ailleurs pas le loisir, il ne laissait pas pourtant d'en retenir toujours l'affection dans son cœur ; et un jour, écrivant à l'un des siens, et lui déclarant ses sentiments sur ce sujet : « Oh ! que bienheureux, lui dit-il, sont ceux qui se donnent à Dieu de la bonne sorte, pour faire ce que Jésus-Christ a fait, et pour pratiquer, à son exemple, les vertus qu'il a pratiquées : la pauvreté, l'humilité, la patience, le zèle pour la gloire de Dieu, et pour le salut des âmes ! Car ainsi ils deviennent les vrais disciples d'un tel maître, ils vivent purement de son esprit, et répandent avec l'odeur de sa vie le mérite de ses actions pour la sanctification des âmes pour lesquelles il a voulu mourir ».

 

Fleurs Spirituelles

 

Quand l'amour de Dieu se rend maître d'une âme, il produit en elle un désir infatigable d'agir pour celui qu'elle aime. Quoiqu'elle fasse alors pour Dieu, quelque temps qu'elle donne à son service, il lui semble que ce n'est rien, et elle ne cesse point de s'affliger du peu qu'elle fait pour son Dieu. L'amour lui enseigne ce que Dieu mérite; elle voit à l'éclat de cette lumière, tous les défauts et toute l'imperfection de ses œuvres, elle est pénétrée de la plus vive confusion, connaissant combien il est indigne de ne pas agir d'une manière parfaite pour un si grand Dieu. En cet état elle est bien éloignée de se complaire en elle-même et de condamner les autres ». (Saint Jean Chrysostôme).

« Une personne acquiert l'amour divin par une ferme résolution d'agir et de souffrir pour Dieu, et de s'abstenir toujours de tout ce qui lui déplaît ; lorsqu'elle met ensuite cette résolution en pratique dans les diverses occasions qui se présentent, étant très fidèle dans les petites choses pour pouvoir mieux réussir dans les grandes ». (Sainte Thérèse d'Avila).

Pratique : Imposez-vous aujourd'hui quelques mortifications, dans la vue de réparer les offenses commises contre Dieu. Priez pour les Missionnaires Lazaristes.

 

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17 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Dix-huitième jour

Dévotion de Saint Vincent envers la très Sainte Vierge, Mère de Dieu et envers les autres Saints

 

Nous devons honorer, dit Saint Bernard, de toutes les plus intimes affections de notre cœur la sainte Vierge Marie, parce que tel est le bon plaisir de celui qui a voulu que par l'entremise de cette incomparable Vierge, nous eussions toutes sortes de faveurs et de grâces. Ce n'est donc pas une invention d'esprit humain, ni une production des sentiments de quelque dévotion particulière mais un ordre établi par la volonté de Dieu, que nous rendions un honneur très spécial à celle qu'il a voulu lui-même honorer jusqu'à ce point, que de la choisir pour être la Mère de son propre Fils, et pour recevoir ensuite de son divin Fils les devoirs d'une vraie et parfaite soumission et obéissance.

Toute l'église a toujours reconnu cette vérité, et a donné en tous les siècles des témoignages de son respect et de sa dévotion envers la très sainte Mère de Dieu, par la célébration de ses fêtes, par la vénération de ses images, par les prières solennelles qu'elle lui a toujours offertes et qu'elle continue de lui offrir tous les jours, par les hymnes et cantiques qu'elle chante à sa louange, et par tous les autres moyens que le Saint-Esprit lui a suggérés. Pour cet effet, tous les plus grands Saints sont entrés dans ces mêmes sentiments d'une vénération et dévotion particulière envers cette reine des Anges et des hommes ; et, par conséquent, il y a raison de croire que Vincent, qui avait une telle affection de se conformer à toutes les volontés de Dieu, et de suivre fidèlement la conduite de son église et les exemples des Saints, se sera dignement acquitté de tous les devoirs de dévotion et de piété envers cette très sainte Mère de Dieu. Aussi en a-t-il donné des preuves et laissé des marques très considérables.

Car parmi les règlements qu'il a donnés à sa Congrégation, il a mis celui-ci comme l'un des principaux, et dont il recommandait fort particulièrement l'observance aux siens : « Nous tâcherons, leur dit-il, tous, et un chacun en particulier, de nous acquitter parfaitement, Dieu aidant, du culte spécial que nous devons à la très sainte et Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, 1° en rendant tous les jours, et avec une dévotion toute particulière quelques services à cette digne Mère, notre très pieuse Dame et Maîtresse ; 2° En imitant, autant que nous le pourrons, ses vertus, et particulièrement son humilité et sa pureté; 3° en exhortant ardemment les autres, toutes les fois que nous en aurons la commodité et le pouvoir, à ce qu'ils lui rendent toujours un grand honneur et le service qu'elle mérite ».

Il a toujours recommandé et conseillé à un chacun d'avoir une spéciale dévotion à cette Reine du Ciel ; mais il l'a autant persuadé par son exemple que par ses paroles ; car il jeûnait exactement les veilles de ses fêtes, et se préparait à les célébrer par plusieurs autres mortifications et bonnes œuvres ; et par son exemple, il a introduit cette sainte pratique parmi les siens. Il ne manquait pas d'officier solennellement les jours de ses fêtes, et il le faisait avec de tels sentiments de dévotion, que l'on pouvait aisément connaître quel était son cœur à l'égard de cette très sainte Vierge. Il avait aussi une dévotion particulière de célébrer la sainte messe dans les chapelles et aux autels qui étaient dédiés en son honneur.

Comme il faisait l'ouverture des conférences et des assemblées où il se trouvait, par l'invocation du Saint-Esprit, il les terminait aussi toujours par quelque antienne et oraison en l'honneur de cette très sainte Mère de Dieu. Il portait toujours un chapelet à sa ceinture, tant pour le dire souvent, comme il faisait, que pour faire, par cette marque extérieure, une profession ouverte de sa vénération et. dévotion envers Marie et se déclarer publiquement pour l'un de ses très fidèles et très dévots serviteurs.

La dévotion de ce saint homme envers la Mère de Dieu a paru aussi grandement par les prédications qu'il a faites en son honneur dans les missions où il a travaillé, et par la pratique qu'il a introduite parmi les siens de faire de même, et d'instruire soigneusement le peuple des obligations particulières que les chrétiens ont d'honorer, servir et invoquer cette Sainte Mère et de recourir à elle dans leurs besoins et nécessités. Enfin, le grand nombre des confréries qu'il a établies et fait établir de tous côtés, pour honorer Notre Seigneur par l'exercice de la charité envers les pauvres, et qu'il a mises sous la protection spéciale de sa très sainte Mère, aussi bien que toutes les autres compagnies et assemblées de piété dont il a été l'auteur, sont des marques bien expresses, non-seulement de sa dévotion envers la très sainte Vierge, mais aussi de l'affection et du zèle qu'il avait de la répandre dans tous les cœurs.

Ayant donc été animé de cet esprit, et s'étant toujours étudié de rendre tout l'honneur et tout le service qu'il lui a été possible, à cette reine des anges et des hommes, faut-il s'étonner si tous ses travaux et toutes ses saintes entreprises ont été favorisés de si bons succès, et accompagnés de tant de bénédictions, puisqu'il s'était mis d'une façon si particulière sous la puissante protection de la Mère de Dieu.

Comme Vincent savait fort bien, et l'enseignait souvent dans les missions, que l'honneur qu'on rend, non-seulement à la Mère de Jésus-Christ, mais aussi à tous les saints, retourne à ce divin maître, dont ils sont les véritables serviteurs, il leur rendait en cette vue un grand honneur, et particulièrement aux apôtres, comme à ceux qui avaient eu le bonheur d'approcher de plus près la personne sacrée du Fils de Dieu, et de puiser dans les fontaines du Sauveur cette eau qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle. Il les considérait et honorait comme les premiers et grands missionnaires qui avaient porté la lumière de l'Évangile par toute la terre, et travaillé avec de très-amples bénédictions à l'instruction et la conversion des peuples. Entre les apôtres, il aimait et respectait particulièrement Saint Pierre, comme celui qui avait aimé Jésus-Christ plus que tous les autres, et qui avait été par lui établi son premier vicaire sur la terre, et le chef et souverain pasteur de son Eglise. Il avait aussi une vénération et dévotion très spéciale pour saint Paul, comme pour celui qui était le maître et le docteur des gentils, et qui avait plus travaillé que les autres ; et comme il en portait le nom, il s'étudiait aussi d'en imiter les vertus.

Il a aussi fait paraître en tous temps, une dévotion particulière envers son saint ange Gardien, et il n'entrait jamais dans sa chambre, et n'en sortait point, qu'il ne le saluât et ne lui rendit quelque honneur: il a introduit cette pieuse coutume parmi les siens, de faire de même à l'égard de leurs saints anges tutélaires, lorsqu'ils entrent dans leurs chambres et qu'ils en sortent.

Or, l'intention principale de Vincent dans la dévotion qu'il avait pour les anges et les saints, était d'honorer en eux les dons de Dieu et son Saint Esprit, dont ils étaient les temples : en sorte que l'honneur qu'il leur rendait, et les prières qu'il leur offrait, avalent Dieu pour principal objet et pour dernière fin ; et tous les devoirs de piété dont il s'acquittait envers eux, n'étaient que des moyens pour rendre à sa divine Majesté une gloire plus étendue, et pour l'invoquer plus efficacement par leur intercession : suivant en cela les intentions de l'Église, auxquelles ce grand serviteur de Dieu s'étudiait toujours de conformer les siennes, se tenant fidèlement et constamment dans tous les sentiments de cette mère commune de tous les enfants de Dieu, et se soumettant en toutes choses à sa conduite qu'il reconnaissait toute sainte, comme lui étant inspirée par celui qui est l'auteur de toute sainteté.

Nous ne devons pas ici omettre la dévotion particulière qu'il avait de procurer le soulagement et la délivrance des âmes fidèles qui souffrent dans le purgatoire; il exhortait souvent les siens à ce devoir de piété, et disait qu'il faillait considérer ces chers défunts comme les membres vivants de Jésus-Christ animés par sa grâce, et assurés de participer un jour à sa gloire; et que, pour cette considération, nous étions obligés de les aimer, servir et assister de tout notre pouvoir. Pour cet effet, il priait et offrait souvent le très saint sacrifice de la messe à leur intention. Il faisait aussi prier et offrir le même sacrifice pour eux, par les autres prêtres de sa maison; et le sacristain de Saint Lazare a déclaré qu'il lui ordonnait fort souvent de faire dire des messes pour les dînes du purgatoire qui y sont détenues depuis longtemps, et qui n'ont personne qui prie particulièrement pour elles. Il établit encore pour ce même sujet, dans toutes les maisons de sa Congrégation, cette sainte pratique de dire trois fois le jour en commun le De profundis, c'est à savoir, après les deux examens particuliers qui se font avant les repas, et aux prières du soir.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Aimez Marie, aimez la toujours comme un enfant aime sa Mère, ne négligez rien pour lui être agréable, ayez toujours confiance en sa bonté et miséricorde et elle vous obtiendra le pardon de vos péchés. Aimez Marie, et elle vous mettra à l'abri de tous les dangers que vous courez sur cette terre d'exil. Aimez Marie, et elle demandera pour vous à son divin Fils, toutes les grâces dont vous avez besoin. Aimez Marie, et au moment de votre mort elle viendra vous consoler dans vos peines, et vous soutenir contre les derniers assauts des ennemis de votre salut. Aimez Marie, et un jour elle vous ouvrira les portes du ciel ».

Pratique : Soyez toujours très fidèles à vos pratiques de dévotion envers la sainte Mère de Dieu. Priez pour les personnes qui s'efforcent de propager le culte de Marie.

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16 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Dix-septième jour

Dévotion toute singulière de Vincent pour imiter Jésus-Christ et se conformer à ses exemples

 

L'amour suppose la ressemblance ou bien la produit, et fait que l'aimant tache de se transformer autant qu'il peut en la personne aimée, et de lui devenir semblable, pour lui plaire davantage, et rendre par ce moyen plus stable et plus parfaite l'union de leur amitié. C'est pour cela que le Fils de Dieu, voulant nous témoigner l'excès de son amour, a voulu se faire homme, pour se rendre semblable à nous. C'est aussi pour la même raison que ceux qui aiment vraiment Jésus-Christ doivent autant qu'il est en eux avec le secours de sa grâce, se rendre semblables à lui par l'imitation de ses divines vertus ; et plus cet amour est grand, plus aussi cette imitation doit-elle être parfaite et accomplie.

Vincent s'est étudié à imiter Jésus-Christ en sa manière de vie pauvre, cachée et commune, qui ne paraissait avoir rien de singulier pour l'extérieur et néanmoins était toute admirable, toute sainte et toute divine pour l'intérieur ; car à l'imitation de cet incomparable maître, il a mené une vie basse et commune eu apparence, ne faisant rien paraître en lui d'éclatant ni d'extraordinaire, et fuyant toute ostentation et singularité, mais il pratiquait au-dedans et dans le secret de son cœur des actions excellentes et vraiment héroïques de toutes sortes de vertus.

Il n'a pas toujours été retiré en son particulier, ni toujours exposé en public, mais, suivant l'exemple de son divin prototype, il a fait un parfait mélange de la vie active et de la contemplative ; il a été quelquefois dans la solitude avec Jésus-Christ ; il l'a aussi quittée comme lui pour aller prêcher la pénitence et pour s'employer à procurer la conversion des pécheurs et le salut des âmes.

Nous pouvons encore dire que Notre Seigneur a pratiqué la vie cachée, non tant en se séparant de la conversation des hommes, qu'en tenant couvert et ne leur manifestant pas ce qu'il avait de plus excellent et de plus divin. Il pouvait se faire connaître et honorer en tous lieux comme le vrai Fils de Dieu, il pouvait faire éclater les rayons de sa gloire aussi bien par toute la Judée comme sur le Tabor, il n'a toutefois voulu paraître à l'extérieur que le fils d'un simple charpentier, et un homme du commun. Vincent, à son exemple, faisait gloire de dire en toutes sortes de rencontres, qu'il n'était que le fils d'un pauvre paysan et recherchait de n'être tenu que pour un simple prêtre de village cachant autant qu'il pouvait aux yeux des hommes, les excellents dons de nature et de grâce qu'il avait reçus de Dieu, et qui le rendaient digne d'honneur et de vénération. Il a parfaitement imité cette vie commune et cachée de son divin maître ; et comme il connaissait par sa propre expérience le trésor de grâces qui est caché dans ce champ mystique de l'Évangile, il invitait et exhortait les autres à y participer. Voici quelques extraits de diverses lettres qu'il a écrites à une même personne qu'il conduisait par cette voie : « Honorons toujours, lui dit-il, l'état inconnu du Fils de Dieu. C'est-là notre centre ; et c'est-ce qu'il demande de nous pour le présent et pour l'avenir ; et pour toujours si sa divine Majesté ne nous fait connaître en sa manière qui ne peut tromper, qu'il veuille autre chose de nous. Honorons, dis-je, la vie commune que Notre Seigneur a mené sur la terre, son humilité, son anéantissement, et la pratique qu'il a faite de plus excellentes vertus dans cette manière de vivre. Mais honorons particulièrement ce divin Maître dans la modération de son agir. Non, il n'a pas voulu faire toujours ce qu'il a pu, pour nous apprendre à nous contenter, lorsqu'il n'est pas expédient de faire tout ce que nous pourrions faire, mais seulement ce qui est convenable à la charité, et conforme aux ordres de la divine volonté.

Oh ! Que j'estime cette généreuse résolution que vous avez prise d'imiter la vie cachée de Notre Seigneur ! Il paraît bien que cette pensée vient de Dieu, puisqu'elle est si éloignée de la chair et du sang. Tenez pour certain que c'est-là proprement l'assiette qui convient aux enfants de Dieu, et par conséquent demeurez-y ferme, et résistez courageusement à tous les sentiments contraires qui pourraient vous arriver. Assurez-vous que, par ce moyen, vous serez en l'état auquel Dieu vous demande, et que vous ferez incessamment sa sainte volonté, qui est la fin à laquelle nous tendons et à laquelle ont tendu tous les Saints ».

Vincent ne portait pas seulement les personnes particulières à cette sainte pratique, mais aussi tous ceux de sa compagnie en général, les exhortant souvent de se rendre vrais imitateurs de Jésus-Christ en sa vie commune et cachée. A ce sujet, leur expliquant un jour en quoi consistait le renoncement qu'on doit faire de soi-même, selon que Notre Seigneur l'a ordonné à tous ceux qui le veulent suivre, entre six ou sept choses qu'il leur enseigna pour le pratiquer parfaitement, il en proposa une tirée de la doctrine de Saint Basile, qui est de renoncer aux pompes. Sur quoi il fit une objection, à laquelle il fit une réponse digne de lui, qui donne assez à connaître ce qu'il pratiquait lui-même, en leur déclarant ce qu'ils devaient faire. Voici ses paroles : « Vous me direz peut-être : Nous sommes, Monsieur, de pauvres Prêtres, qui avons déjà renoncé à toutes les pompes du monde ; nous n'avons que de simples, habits, des meubles fort chétifs et rien qui ressente la vanité ou le luxe dont on fait parade dans le monde ; qu'est-il donc besoin de nous exhorter à renoncer aux pompes dont nous sommes si éloignés ? Ô Messieurs et mes frères, ne nous y trompons pas ! Quoique nous ayons de pauvres habits et de pauvres meubles, nous pouvons avec cela avoir l'esprit pompeux. Et comment cela ? Me direz-vous : par exemple, quand on s'étudie à faire de belles prédications ; quand on est bien aise que ce qu'on l'on fait, et que ce que l'on dit, soit approuvé et estimé des autres ; quand on se réjouit d'entendre ses louanges, ou que l'on publie le bien que l'on a fait, ou même que l'on y prend quelque vaine complaisance : toutes ces choses sont des marques qu'on a l'esprit pompeux ; et, pour le combattre et le terrasser, il est plus expédient quelquefois de faite moins bien une chose, quant à l'extérieur, que de se complaire de l'avoir bien faite. Il faut, avec cela, prendre bien garde de ne donner aucune entrée en notre esprit à la vanité, mais renoncer aussitôt à toutes les pensées et à tous les sentiments qui nous en viennent intérieurement aussi bien qu'aux applaudissements qui nous sont faits extérieurement. Il faut se donner à Dieu, mes frères, pour s'éloigner de la propre estime et des louanges du monde, qui font la pompe de l'esprit. Enfin, mes frères, c'est une vérité de l'Évangile, que Notre Seigneur ne se plaît rien tant que dans l'humilité du cœur, et dans la simplicité des actions ; c'est là que son esprit réside, et en vain le cherche-t-on ailleurs : si donc vous voulez le trouver, il faut renoncer à l'affection et au désir de paraître, à la pompe de l'esprit aussi bien qu'à celle du corps, et enfin à toutes les vanités et satisfactions de la vie ».

Un célèbre Docteur demandant un jour à un prêtre de la Mission, qui observait fort Vincent, quelle était sa propre et principale vertu, il lui répondit que c'était l'imitation de Jésus-Christ, parce qu'il l'avait toujours devant les yeux pour se conformer à lui ; c'était son livre et son miroir, dans lequel il se regardait en toute rencontres; et lorsqu'il se trouvait en quelque doute comment il devait faire une chose pour être parfaitement agréable à Dieu, il considérait aussitôt de quelle façon Notre Seigneur s'était comporté en pareille rencontre, ou bien ce qu'il en avait dit, ou ce qu'il en avait, signifié par ses maximes, et sans hésiter, il suivait son exemple et sa parole ; et marchant à la faveur de cette divine lumière, il foulait aux pieds le propre jugement, le respect humain, et la crainte qu'il eût pu ressentir que sa conduite ne fût improuvée par la licence de ceux qui s'efforcent de relâcher la sainte sévérité de l'Église, et d'accommoder la piété chrétienne à l'esprit du temps. « Car enfin, disait-il quelquefois, la prudence humaine se trompe et s'égare souvent du droit chemin, mais les paroles de la sagesse éternelle sont infaillibles, et ses conduites sont droites et assurées ».

C'était-là l'étude continuelle de ce saint homme, que d'imiter Jésus, non-seulement en sa manière d'agir et de parler extérieurement, mais aussi en toutes ses dispositions intérieures, en ses plus saints désirs, et en ses plus parfaites intentions: en sorte qu'en tout et partout il ne désirait et ne prétendait autre chose, sinon ce que ce divin Sauveur avait désiré et prétendu, qui était que Dieu fût de plus en plus connu, honoré, servi et glorifié, et que sa très-sa nte volonté fût entièrement et parfaitement accomplie, se tenant à tout moment disposé de faire et de souffrir ce qu'il plairait à Dieu pour des fins si nobles et si justes, étant toujours prêt à s'exposer aux travaux, aux fatigues, aux humiliations, aux peines et aux persécutions qu'il eût fallu subir et endurer pour ce sujet. De là provenait qu'il n'était jamais surpris d'aucun accident qu'il lui arrivât, quelque fâcheux qu'il pût être, ni d'aucun mauvais traitement qu'on lui pût faire, étant préparé, à l'imitation de son divin maître, lorsqu'il était question de procurer l'accroissement de la gloire de Dieu, ou de se soumettre à ses volontés, de tout faire et de tout souffrir, même de se voir dépouillé de tout ce qu'il avait de plus cher dans le monde, jusqu'à voir sa propre congrégation dissipée et détruite si tel était le bon plaisir de Dieu. A ce sujet, parlant quelquefois à ceux de sa communauté: Je prie Dieu, disait-il, deux ou trois fois tous les jours, qu'il nous anéantisse si nous ne sommes utiles à son service. Eh quoi ! mes frères, voudrions-nous être au monde sans plaire à Dieu, et sans procurer qu'il soit connu et aimé ?

Il se conformait non-seulement au désir et aux intentions du Fils de Dieu, mais même à ses déplaisirs, à ses douleurs et à ses angoisses intérieures. Oh ! qui aurait pu pénétrer dans les secrets du cœur de ce fidèle et zélé imitateur de Jésus-Christ, il l'aurait vu, comme celui de son divin maître, tout outré de douleur, dans la vue des péchés innombrables qui se commettent contre Dieu; tout rempli d'aversion contre les maximes du monde, si opposées à celles de l'Évangile ; tout pénétré des sentiments de tristesse et d'affliction pour le progrès des hérésies, et pour les grands dommages qui en arrivent à l'Église; et enfin, vivement louché de compassion sur les misères spirituelles et temporelles des peuples, et le délaissement et abandon où se trouvent tant d'âmes plongées dans les ténèbres de l'ignorance ou de l'infidélité. Oh ! combien de fois a-t-il souhaité de mourir et de donner sa vie pour remédier à tant de maux ! Mais sa vie n'ayant presque été qu'une mort continuelle, par ses mortifications et ses souffrances, on peut dire aussi qu'elle a été comme un remède plus long et plus étendu, dont Dieu a voulu se servir pour cet effet.

Il voulait que ses enfants entrassent dans ces mêmes sentiments, et qu'à l'imitation du même Jésus-Christ, ils fussent tous des hosties vivantes qui s'immolassent continuellement avec ce divin Sauveur pour le salut de tous les peuples. De quoi leur parlant un jour : « Qui voudra sauver sa vie, mes frères, leur dit-il, la perdra ; c'est Jésus-Christ qui nous le déclare et qui nous dit que l'on ne saurait faire un plus grand acte d'amour que de donner sa vie pour son ami. Eh quoi ! Pouvons-nous avoir un meilleur ami que Dieu ? et ne devons-nous pas aimer tout ce qu'il aime, et tenir pour l'amour de lui notre prochain pour notre ami ? Ne serions-nous pas indignes de jouir de l'être que Dieu nous donne, si nous refusions de l'employer pour un si digne sujet ? Certes, reconnaissant que nous tenons notre vie de sa main libérale, nous ferions injure à sa bonté, et une très grande injustice si nous refusions de l'employer et de la consumer, selon ses desseins, à l'imitation de son Fils Notre Seigneur ». Et leur parlant une fois sur le même sujet, il proféra ces paroles de l'abondance de son cœur : « Qui dit un missionnaire, dit un homme appelé de Dieu pour sauver les âmes ; car notre fin est de travailler à leur salut, à l'imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le seul véritable Rédempteur, et qui a parfaitement rempli ce nom aimable de Jésus, c'est-à-dire Sauveur ».

Enfin, parlant dans ce même esprit à tous ceux de sa Congrégation dans l'épître qu'il leur adresse, et qu'il a mise au commencement de leurs règles ou constitutions : « Considérez, leur dit-il, ces règles et constitutions, non pas comme produites par l'esprit humain, mais plutôt comme inspirées par Dieu, de qui tout bien procède, et sans qui nous ne sommes pas capables de penser quelque chose de bon par nous-mêmes. Car que trouverez-vous dans ces règles qui ne serve à vous exciter et enflammer, soit à la fuite des vices, ou à l'acquisition des vertus, et à la pratique des maximes évangéliques ? Et ça été pour cela, que nous avons tâché autant qu'il nous a été possible, de les puiser toutes de l'esprit de Jésus-Christ, et de les tirer des actions de sa vie, comme il est aisé à voir, estimant que les personnes qui sont appelées à la continuation de la mission du même Sauveur, laquelle consiste particulièrement à évangéliser les pauvres, doivent entrer dans ses sentiments et ses maximes, être remplies de son même esprit et marcher sur ses mêmes pas ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« Les quatre extrémités de la croix sont ornées de quatre perles bien précieuses. L'humilité est placée au pied de la croix ; l'obéissance occupe la droite ; la patience occupe la gauche, enfin la charité, comme la première et la reine des vertus, brille en caractères d'or au haut de la croix. Ces quatre vertus éclatent d'une manière particulière et bien frappante, dans la passion de Jésus-Christ : ce sont les quatre principaux fruits qu'il faut tirer de la méditation de Jésus Crucifié ». (Saint Bernard).

« Il ne suffit pas de faire de bonnes choses il faut de plus les bien faire à l'exemple de Jésus-Christ de qui il est écrit : Il a bien fait toutes choses. Appliquons-nous donc à faire toutes nos actions dans l'esprit de Jésus-Christ, c'est-à-dire de la manière qu'il faisait ses actions, nous proposant les mêmes fins ; autrement toutes les bonnes œuvres en elles-mêmes que nous ferons, attireront sur nous des châtiments plutôt que des récompenses ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Efforcez-vous aujourd'hui de faire toutes vos actions, même les plus indifférentes, avec les mêmes intentions qu'avait Notre Seigneur en faisant les siennes pendant qu'il était sur la terre. Priez pour les personnes qui font leurs actions avec des intentions pures.

 

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