15 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Seizième jour

Attention continuelle à la présence de Dieu, et oraison de Saint Vincent

 

La grandeur et la perfection de l'amour que Vincent avait pour Dieu se sont fait connaître, non-seulement par sa soumission parfaite à toutes ses volontés, mais encore particulièrement par son attention continuelle à la présence de sa divine Majesté; car c'est le propre de l'amour que de faire désirer et rechercher le présence de la personne aimée, et de se plaire en sa compagnie, en sa vue et en ses entretiens. Or, l'application de Vincent à Dieu était telle, selon le témoignage qu'en a rendu un très vertueux prêtre qui l'a particulièrement connu et observé durant plusieurs années, qu'il était facile de juger que son esprit était continuellement attentif à la présence de Dieu: on ne le voyait jamais dissipé pour quelques sortes d'affaires et d'occupations qui lui pussent arriver, mais toujours recueilli et présent à lui-même ; et on a remarqué que pour l'ordinaire il ne rendait point de réponse à ce qu'on lui demandait, surtout si c'était quelque chose d'important, sans faire quelque petite pause, pendant laquelle il élevait son esprit à Dieu pour implorer sa lumière et sa grâce, afin de ne dire ni faire aucune chose que selon sa volonté et pour sa plus grande gloire.

Ce même ecclésiastique a déclaré qu'il l'avait vu quelquefois des heures entières tenir les yeux collés sur un Crucifix qu'il avait entre les mains, et qu'en diverses autres occasions, lorsqu'on lui apportait les nouvelles de quelques affaires fâcheuses, ou d'autres qui pouvaient lui donner quelque sujet de consolation, il paraissait en son visage une telle égalité d'esprit, qu'elle ne pouvait venir que de cette application continuelle qu'il avait à Dieu. A ce propos, on lui a souvent ouï dire, « qu'il n'y avait pas grand chose à espérer d'un homme qui n'aimait pas à s'entretenir avec Dieu, et que si l'on ne s'acquittait pas comme il fallait de ses emplois pour le service de Notre Seigneur c'était faute de se bien tenir à lui, et de lui demander le secours de sa grâce avec une parfaite confiance ».

Quand il allait ou venait par la ville, c'était dans un grand recueillement, marchant en la présence de Dieu, le louant et le priant en son cœur ; et, sur ces dernières années, lorsqu'il allait tout seul avec son compagnon dans le carrosse dont il avait été obligé de se servir, non-seulement il se tenait intérieurement recueilli, mais ordinairement il avait les yeux fermés, et le plus souvent il tirait sur lui le rideau, en sorte qu'il ne pouvait ni voir ni être vu de personne, pour se pouvoir mieux entretenir avec Dieu.

Il avait cette coutume, que toutes les fois qu'il entendait sonner l'horloge, soit les heures ou les quarts, à la maison ou à la ville, soit qu'il fût seul ou en compagnie, il se découvrait et faisait le signe de la croix, élevant son cœur à Dieu. Il disait que cette pratique était très propre pour renouveler en son esprit la présence de Dieu, et se ressouvenir des résolutions qu'on aurait prises le matin en l'oraison, et pour cela il l'a introduite parmi ceux de sa compagnie, qui en usent selon que le temps et les lieux le leur peuvent permettre.

Comme il connaissait, par sa propre expérience, les grâces et les bénédictions renfermées dans ce recueillement intérieur et dans cette attention à la présence de Dieu, il y portait les autres autant qu'il pouvait, pour les en rendre participants. Il était fort intelligent à se servir des choses naturelles et sensibles pour s'élever à Dieu ; et pour cet effet, il ne s'arrêtait pas à l'écorce, ni à la figure extérieure, ni même aux excellences particulières des êtres créés ; mais il s'en servait seulement pour passer à la considération des perfections du Créateur. Quand il voyait des campagnes couvertes de blés, ou des arbres chargés de fruits, cela lui donnait sujet d'admirer cette abondance inépuisable de biens qui est en Dieu, ou bien de bénir et louer le soin paternel de sa Providence pour fournir la nourriture et pourvoir à la conservation de ses créatures. Lorsqu'il voyait des fleurs, ou quelque autre chose belle et agréable, il en prenait occasion de penser à la perfection et beauté infinie de Dieu, et de dire en son cœur ces paroles qu'on a trouvées écrites de sa main : « Qu'est-ce qu'il y a de comparable à la beauté de Dieu, qui est le principe de toute la beauté et perfection des créatures ? N'est-ce pas de lui que les fleurs, les oiseaux, les astres, la lune et le soleil empruntent leur beauté ? » » Il dit un jour à sa communauté, qu'étant allé voir une personne malade et affligée d'un continuel mal de tête, elle souffrait cette incommodité avec une si grande patience, qu'il lui semblait voir sur son visage je ne sais quelle grâce, qui lui faisait connaître que Dieu résidait dans cette âme souffrante ; d'où il prit sujet de faire cette exclamation : « O l'heureux état que celui de souffrir pour l'amour de Dieu ! Combien est-il agréable à ses yeux, puisque son propre Fils a voulu couronner les actions héroïques de sa sainte vie d'un excès de douleurs qui l'ont fait mourir !

La pensée de la présence de Dieu nous rendra familière la pratique de faire incessamment sa volonté ; le souvenir de la divine présence s'établira peu à peu dans l'esprit, et par sa grâce se formera en habitude ; en sorte que nous serons enfin comme animés de cette divine présence. Combien pensez-vous, mes frères, qu'il y a de personnes même dans le monde, qui ne perdent presque point Dieu de vue ? Je me rencontrai ces jours passés avec une qui faisait conscience d'avoir été trois fois le jour distraite de la pensée de Dieu : ces gens-là seront nos juges, qui nous condamneront devant la majesté divine de l'oubli que nous avons pour elle, nous qui n'avons autre chose à faire qu'à l'aimer et h lui témoigner notre amour par nos regards et par nos services. Prions Notre Seigneur qu'il nous fasse la grâce de dire comme lui : ma nourriture et ma vie est de faire la volonté de Dieu ; supplions-le qu'il nous donne toujours une faim et une soif de cette justice ».

L'oraison étant comme une manne précieuse que Dieu a donnée à ses fidèles pour conserver et perfectionner la vie de leurs âmes, et comme une rosée céleste pour faire germer et croître dans leurs cœurs toutes sortes de vertus, il n'y a pas lieu de s'étonner si Vincent a fait toujours paraître une estime si particulière de ce saint exercice, et une si grande affection à le pratiquer et à le faire pratiquer aux autres.

Il ne manquait jamais tous les matins d'employer une heure à faire oraison mentale ; quelques affaires qu'il pût avoir, et en quelque lieu qu'il se rencontrât, et par préférence à toute autre bonne œuvre qui ne fût point d'obligation ou de nécessité : c'était pour consacrer à Dieu les prémices de la journée, et se disposer à passer saintement tout le reste. Il la faisait dans l'Église avec toute sa communauté ; et quelquefois, ne pouvant contenir tous les sentiments que le Saint-Esprit lui donnait, on l'entendait pousser avec ardeur des élans de son amour envers Dieu, et ses soupirs donnaient de la dévotion aux plus tièdes. Il a mis sa congrégation dans l'usage de ce saint exercice, et voulait que tous les jours chacun s'y appliquât ; il disait que les infirmes mêmes la pouvaient faire sans être incommodés, usant de la méthode qu'il leur enseignait, c'est à savoir, de s'y porter par les affections de la volonté plus que par l'application de l'entendement, se tenant doucement en la présence de Dieu, en formant des actes réitérés de résignation, de conformité à la volonté divine, de contrition de ses péchés, de patience, de confiance en la divine bonté, de remerciement de ses bienfaits, d'amour de Dieu et autres semblables.

On n'a pu découvrir quelle était l'oraison de Vincent, ni si elle était ordinaire ou extraordinaire, son humilité lui ayant toujours fait cacher les dons qu'il recevait de Dieu autant qu'il lui était possible; mais, qu'elle ait été en particulier, nous pouvons dire en général qu'elle a été assurément très parfaite, comme on le peut inférer avec raison des excellentes dispositions qu'il y apportait, et des grands fruits qu'il en retirait. Il voulait qu'on jugeât de la perfection et de la bonté de l'oraison par les dispositions qu'on y apportait, et par les fruits qu'on en retirait. Pour les dispositions, il disait qu'il n'en reconnaissait point de meilleures que l'humilité, la reconnaissance de son néant devant Dieu, la mortification des passions et des mouvements déréglés de la nature, la récollection intérieure, la droiture et simplicité de cœur, l'attention à la présence de Dieu, la dépendance entière de ses volontés, et les aspirations fréquentes vers sa bonté.

Mais s'il exhortait les autres à se mettre dans ces saintes dispositions, il s'y exerçait encore mieux lui-même, préparant ainsi continuellement son âme pour recevoir abondamment dans l'oraison les lumières et les grâces que Dieu y versait à pleines mains. Pour ce qui est des fruits qu'il recueillait dans son oraison, quoique les principaux nous soient inconnus, son humilité les lui ayant toujours fait couvrir du voile du silence, et n'a pas pu néanmoins se contenir de telle sorte, qu'il n'ait quelquefois paru comme un autre Moïse, sinon tout lumineux, au moins tout ardent de ferveur et d'amour au sortir des .communications qu'il avait eues avec sa divine Majesté, et l'on pouvait aisément juger par les paroles qu'il proférait de l'abondance de son cœur au sortir de ce saint exercice, quels étaient les effets qu'il avait produits dans son âme ; mais, outre cela, on peut dire avec vérité que toutes les actions de vertu qu'il a pratiquées durant le cours de sa vie, son humilité, sa patience, sa mortification, sa charité et généralement tout ce qu'il a fait pour la gloire et pour le service de Dieu, ont été les fruits de son oraison.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Que celui qui veut que l'oraison lui soit très utile ne fasse aucun compte des consolations spirituelles. Je sais, par expérience, qu'une âme qui commence à entrer dans cette voie avec une vraie détermination d'être reconnaissante, soit que le Seigneur lui donne ces goûts et ces tendresses, soit qu'il ne les lui donne pas, à déjà fait une grande partie du voyage ». (Sainte Thérèse d'Avila).

« L'oraison, ainsi que toute prière vocale, doit être humble, fervente, persévérante, accompagnée de résignation et de confiance, considérant qu'on est en la présence de Dieu, et qu'on parle à celui devant qui les vertus célestes tremblent, saisies de respect et de crainte ». (Sainte Madeleine de Pazzi).

Pratique : Soyez très fidèles à vous rappeler souvent la présence de Dieu. Priez pour les personnes qui s'appliquent à la vie intérieure.

 

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14 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Quinzième jour

Son union parfaite au bon plaisir de Dieu par une entière résignation et indifférence

 

Saint Vincent considérait cette pratique comme un souverain remède à tous les maux : et quand on lui demandait comment on se pourrait corriger de quelque promptitude ou impatience, ou autre imperfection, ou bien vaincre quelque tentation, ou conserver la paix du cœur parmi les pertes et les souffrances, il répondait que ce serait en se conformant à la volonté de Dieu. Mais il voulait qu'on persistât courageusement en cette sainte pratique, et qu'on eût une affection persévérante à chercher de connaître et d'accomplir en toutes choses cette sainte et divine volonté ; et il ne pouvait souffrir en cela aucune relâche ni aucune remise, souhaitant que la volonté de Dieu fut comme le propre élément de l'âme, que ce fut l'air qu'elle respirât, et le bonheur auquel elle aspirât continuellement. Lorsque Notre Seigneur voulut enseigner le moyen d'arriver à la perfection à cet homme dont il est parlé dans l'Évangile, il lui dit : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive ». Or, je vous demande qui est-ce qui renonce plus à soi-même, qui porte mieux la croix de la mortification, et qui suit plus parfaitement Jésus-Christ, que celui qui s'étudie à ne faire jamais sa volonté et à faire toujours celle de Dieu ? L'écriture sainte dit aussi en quelque autre lieu, que celui qui adhère à Dieu, est un même esprit avec Dieu ; or, je vous le demande, qui est-ce qui adhère plus parfaitement à Dieu, que celui qui ne fait que la volonté de Dieu même, et jamais la sienne propre ; qui ne veut et ne souhaite que ce que Dieu veut ?

Oh ! que c'est-là un moyen bien court pour acquérir en cette vie un grand trésor de grâces ! Vincent a fait paraître son affection et sa fidélité à cette sainte pratique, d'une manière que l'on peut dire lui avoir été presque singulière, en ce qu'il n'est jamais entré dans aucun emploi, et n'a jamais procuré aucun avantage temporel à sa Congrégation, sinon autant qu'il connaissait manifestement que cela était conforme à la volonté de Dieu, et qu'il y était même fortement poussé par autrui. Il a fait à la vérité, son possible pour conserver les biens temporels que la Providence divine avait donnés à sa compagnie ; parce que Dieu le voulait ainsi, mais on ne l'a jamais vu aller au devant pour lui en procurer, ni faire aucune recherche ou sollicitation pour y attirer personne; et quoiqu'il soit licite et même louable de convier les autres à se mettre dans un état auquel ils puissent mieux servir Dieu, quand cela se fait par un pur zèle de sa gloire, néanmoins la dévotion de ce saint homme était d'attendre toujours le bon plaisir de Dieu pour le suivre, et de ne le prévenir jamais, ce qui est une vertu assez rare ; et il était tellement rempli et animé de ce désir, que la volonté de Dieu fut la souveraine sur son cœur, et sur tout ce qui pouvait dépendre de lui, qu'il tenait pour maxime de ne rien épargner, ni dépense, ni peine, ni même la vie quand il était question d'accomplir cette très sainte volonté.

Il voulait que, dans les aridités spirituelles et dans les infirmités du corps, on demeurât soumis au bon plaisir de Dieu et que l'on fut content dans tous les états où il lui plairait nous mettre, et qu'on ne désirât jamais d'en sortir, sinon autant que l'on connaîtrait lui être agréable ; et il disait que, selon son sentiment, c'était la pratique la plus excellente et la plus relevée en laquelle un chrétien et même un prêtre, pût s'exercer sur la terre. Il l'avait tellement à cœur, que c'était une de ses plus grandes joies que de voir ses enfants dans cette disposition : « Dieu soit loué, dit-il, à l'un d'eux dans une lettre qu'il lui écrivit, de ce que vous êtes prêt à foire en tout et partout sa très sainte volonté, et d'aller vivre et mourir en quelque part qu'il ait agréable de vous appeler. C'est la disposition des bons serviteurs de Dieu et des hommes vraiment apostoliques qui ne tiennent à rien ; c'est la marque des vrais enfants de Dieu, qui sont toujours en liberté de répondre aux desseins d'un si digne Père. Je l'en remercie pour vous avec un grand sentiment de tendresse et de reconnaissance, ne doutant pas que votre cœur, étant ainsi préparé, ne reçoive les grâces du Ciel en abondance, pour faire beaucoup de bien sur la terre comme j'en prie sa divine bonté ».

Vincent s'était prescrit comme une règle pour demeurer conforme à la volonté de Dieu, l'une et l'autre manière: premièrement, de se tenir incessamment dans une entière soumission au bon plaisir de Dieu pour tous les accidents les plus fâcheux qu'il lui plairait ordonner ou permettre, et dans une disposition et résolution, lorsqu'ils arriveraient, de les recevoir et accepter, non-seulement avec patience et soumission, mais aussi avec affection et avec joie, étant toujours très content que la sainte volonté de Dieu s'accomplit en lui, et que tous ses ordres fussent entièrement exécutés. Et pour ce qui est des choses que Dieu laissait en sa liberté, il agissait toujours selon ce qu'il connaissait être de plus agréable à sa divine Majesté, dressant à cette fin son intention au commencement de chacune de ses actions, et disant en son cœur : Mon Dieu je vais faire ceci, ou laisser cela, parce que je crois que telle est votre volonté et que vous l'avez ainsi agréable. De temps en temps, il renouvelait cette intention, afin que toujours et en toutes choses, il accomplit fidèlement et saintement la volonté de Dieu. Il appelait cet exercice de conformité à la volonté divine le trésor du chrétien, parce qu'il contenait en éminence celui de la mortification, de l'indifférence, de l'abnégation de soi-même, de l'imitation de Jésus-Christ, de l'union avec Dieu , et généralement de toutes les vertus, qui ne sont vertus que parce qu'elles sont agréables à Dieu et conformes à sa volonté, qui est la source et la règle de toute perfection. C'est principalement, dans les afflictions et les souffrances, soit intérieures, soit extérieures, que paraît le véritable amour de Dieu et la parfaite conformité à sa volonté, lorsque le cœur humain s'unit à son bon plaisir, acquiesçant, non seulement avec patience, mais aussi avec paix et joie, à toutes les dispositions de sa bonté divine, recevant et portant amoureusement les croix qu'elle lui envoie, parce que tel est son bon plaisir.

C'est ce qui se fait par la résignation; lorsque la volonté humaine se remet et se résigne entièrement entre les mains de Dieu, faisant un effort sur toutes ses répugnances naturelles, et les soumettant parfaitement au bon plaisir de sa divine Majesté. C'est ce que Vincent a excellemment pratiqué parmi toutes les croix, et les souffrances, par lesquelles Dieu a voulu éprouver sa vertu; car, en toutes ces fâcheuses rencontres, on ne lui entendait dire autre chose, que : « Dieu soit béni » ; « le nom de Dieu soit béni » : C'était-là son refrain ordinaire, par lequel il faisait connaître la disposition de son cœur, toujours prêt et résigné à toutes les volontés divines ; et il avait une telle affection et estime pour cette vertu, qu'un jour voyant un des siens touché d'un accident fâcheux arrivé à leur congrégation, il lui dit qu'un acte de résignation et d'acquiescement au bon plaisir de Dieu, valait mieux que cent mille bons succès temporels.

Voici comme il parla un jour à sa communauté sur ce sujet : « L'indifférence est un état de vertu, qui fait que l'on est tellement détaché des créatures, et si parfaitement uni à la volonté du Créateur, qu'on est presque sans aucun désir d'une chose plutôt que d'une autre. J'ai dit que c'est un état de vertu, et non pas simplement une vertu, laquelle doit agir dans cet état ; car il faut qu'elle soit active, et que par elle le cœur se dégage des choses qui le tiennent captif, autrement ce ne serait pas une vertu ; et cette vertu est non-seulement d'une grande excellence, mais aussi d'une singulière nécessité pour l'avancement en la vie spirituelle ; et même on peut dire qu'elle est nécessaire à tous ceux qui veulent parfaitement servir Dieu; car comment pouvons-nous chercher le royaume de Dieu, et nous employer à procurer la conversion des pécheurs, et le salut des âmes, si nous sommes attachés aux aises et aux commodités de la vie présente ? Comment accomplir la volonté de Dieu, si nous suivons les mouvements de la nôtre ? Comment renoncer à nous-mêmes, selon le conseil de notre Seigneur, si nous recherchons d'être estimés et applaudis ? Comment nous détacher de tout, si nous n'avons pas le courage de quitter une chose de néant qui nous arrête ? Voyez donc combien cette sainte indifférence nous est nécessaire, et quelle est l'obligation que nous avons de nous donner à Dieu pour l'acquérir, si nous voulons nous exempter d'être esclaves de nous-mêmes, ou, pour mieux dire, d'être esclaves d'une bête, puisque celui qui se laisse mener et dominer par sa partie animale ne mérite pas d'être appelé homme, mais plutôt d'être tenu pour une bête.

L'indifférence tient de la nature du parfait amour, ou, pour mieux dire, c'est une activité de ce parfait amour, qui porte la volonté à tout ce qui est de meilleur, et qui détruit tout ce qui l'empêche ; comme le feu, qui non-seulement tend à sa sphère, mais qui consume tout ce qui le retient, et c'est en ce sens que l'indifférence, selon la pensée d'un saint, est l'origine de toutes les vertus, et la mort de tous les vices.

Ô grand Saint Pierre ! vous le disiez bien, que vous aviez tout quitté, et vous le fîtes bien voir, lorsqu'ayant reconnu votre Maître sur le rivage de la mer, et que vous entendîtes son bien-aimé disciple, qui vous dit: c'est le Seigneur, vous vous jetâtes dans l'eau pour aller à lui; vous ne teniez point au bateau, ni à votre robe, ni à votre vie, mais seulement à ce divin Sauveur, qui était votre tout. Et vous, saint Paul, grand apôtre, qui, par une grâce très spéciale, dont vous avez été prévenu dès le moment de votre conversion, avez si parfaitement pratiqué cette vertu d'indifférence, en disant: Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? Ce langage marquait un changement merveilleux, et un détachement qui n'avait pu être fait que par un coup de grâce, ayant été en un instant détaché de sa loi, de sa commission, de ses prétentions, de ses sentiments, et mis dans un état si parfait, qu'il était prêt et indifférent à tout ce que Dieu voudrait de lui. Si donc ces grands saints ont tant chéri et pratiqué cette vertu d'indifférence, nous devons les imiter et les suivre ; car les missionnaires ne sont point à eux, mais à Jésus-Christ, qui veut en disposer pour faire ce qu'il fait, et pour souffrir à son exemple. De même que mon Père m'a envoyé, disait-il à ses apôtres et à ses disciples, ainsi je vous envoie, et comme on m'a persécuté on vous persécutera.

Après toutes ces considérations, ne faut-il pas vider notre cœur de toute autre affection que de celle de nous conformer à Jésus-Christ, et de toute autre volonté que de celle de l'obéissance ? Il me semble que je vous y vois tous disposés, et j'espère que Dieu vous fera cette grâce. Oui, mon Dieu, je l'espère pour moi tout le premier, qui en ai tant besoin, à cause de mes misères, et de toutes mes attaches, dont je me vois presque dans l'impuissance de me retirer, et qui me fait dire en ma vieillesse, comme David : Seigneur, ayez pitié de moi ».

Vincent n'exhortait pas seulement en général les siens à cette sainte indifférence, il y portait encore un chacun d'eux en particulier dans les occasions qui s'en présentaient.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Ne croyez pas être arrivé à la pureté que vous devez avoir, tant que vous ne serez pas constamment, entièrement et joyeusement soumis à la sainte volonté de Dieu en toutes choses, même dans celles qui répugnent le plus ». (Saint François de Sales).

« Il en est beaucoup qui disent à Dieu : « Je me donne tout à vous sans aucune réserve » ; mais il en est peu qui embrassent la pratique de cet abandon. Il consiste dans une certaine indifférence à recevoir de la main de Dieu toutes sortes d'accidents selon l'ordre de la divine Providence. (Saint François de Sales).

Pratique : Efforcez-vous aujourd'hui de vous tenir dans, une parfaite indifférence par rapport aux emplois dont on vous chargera, dans la vue d'accomplir la sainte volonté de Dieu. Priez pour les personnes qui tâchent de se conserver dans cette sainte indifférence.

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13 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Quatorzième jour

Amour de Saint Vincent pour Dieu

 

Si c'est une marque assurée d'un parfait amour de Dieu, selon le témoignage du disciple bien-aimé et bien aimant, de garder la loi de Dieu, et de se rendre obéissant et fidèle à sa parole, on peut dire avec vérité, que Vincent a beaucoup aimé Dieu, puisqu'il a été si fidèle et si exact à observer sa loi et à suivre ce qui est prescrit par sa sainte parole, que ceux qui l'ont le plus hanté et qui ont considéré de plus près tous ses déportements, assurent qu'il n'eût pas fallu être homme pour manquer moins que lui, et qu'il était tellement attentif sur lui-même, mortifié en ses passions, équitable en ses jugements, circonspect en ses paroles, prudent en sa conduite, exact en ses pratiques de piété, et enfin si parfaitement uni à Dieu, autant qu'on en pouvait juger à l'extérieur, qu'il paraissait assez que c'était l'amour divin qui animait son cœur, et qui régnait sur toutes les puissances de son âme, et même sur les organes et facultés de son corps, pour régler tous leurs mouvements et toutes leurs opérations selon les ordres de cette loi éternelle, qui est la première règle de toute justice et sainteté. Et l'on peut dire que toute sa vie était un sacrifice continuel qu'il faisait à Dieu, non-seulement des honneurs, commodités, plaisirs, et autres biens du monde, mais de tout ce qu'il avait reçu de sa main libérale, de ses lumières, de ses affections, de sa liberté, et de tout ce qui pouvait tomber en sa disposition ; et que la plus grande et la plus intime joie de son cœur était de penser à la gloire incompréhensible que Dieu possède en lui-même, à l'amour ineffable qu'il se porte, et aux infinies perfections qui sont renfermées dans l'unité et simplicité de sa divine essence.

Que ses plus ardents et continuels désirs étaient que Dieu fût de plus en plus connu, adoré, servi, obéi, aimé et glorifié en tous lieux, par toutes sortes de créatures ; et que tout ce qu'il faisait et disait, ne tendait autrement qu'à graver, autant qu'il était en lui, ce divin amour dans tous les cœurs, et particulièrement dans ceux de ses enfants, qui ont admiré et éprouvé la grâce de cette parfaite charité qui était en lui, et qui faisait ressentir ses ardeurs à ceux qui s'approchaient de sa personne. C'est ce qui les portait toujours à exécuter avec grande estime et dévotion toutes ses paroles, et même quelquefois à les recueillir jusques aux moindres : et néanmoins ils ont reconnu et confessé que les paroles de ce grand serviteur de Dieu avaient tout autre force en sa bouche que sur le papier, et que le même esprit qui animait son cœur, donnait une vertu et une énergie particulière à ses paroles, en sorte qu'on pouvait dire que c'étaient des paroles de grâce, qui pénétraient jusqu'au cœur de ceux qui l'écoutaient.

Or, ce grand amour que Vincent avait pour Dieu, s'est fait particulièrement connaître par la droiture et pureté de ses intentions, qui tendaient uniquement et incessamment à la grande gloire de sa divine Majesté : il faisait chaque chose, et même celles qui semblaient les plus petites dans la vue de Dieu, pour lui plaire et pour accomplir ce qu'il reconnaissait lui être le plus agréable. Aussi disait-il souvent, que Dieu ne regardait pas tant l'extérieur de nos actions que le degré d'amour et de pureté d'intention dans lequel nous les faisons ; que les petites actions faites pour plaire à Dieu, ne sont pas si sujettes à la vaine gloire que les autres actions plus éclatantes, qui bien souvent s'en vont en fumée ; et enfin que, si nous voulons plaire à Dieu dans les grandes actions, il faut nous habituer à lui plaire dans les petites.

Un jour, quelqu'un des siens s'étant accusé devant les autres d'avoir fait quelque action par respect humain, Vincent, tout animé de l'amour de Dieu, dit qu'il vaudrait mieux être jeté pieds et mains liés parmi les charbons ardents, que de faire une action pour plaire aux hommes. Ensuite, s'étant mis à faire d'un côté le dénombrement de quelques-unes des perfections divines, et de l'autre, des défauts, imperfections et misères des créatures, pour faire mieux voir l'injustice et la folie de ceux qui négligent de faire leurs actions pour Dieu, et qui perdent leurs temps et leurs peines pour n'avoir en ce qu'ils font que des vues basses et humaines, il ajouta ces paroles dignes de remarque : « Honorons toujours les perfections de Dieu ; prenons pour but de tout ce que nous avons à faire, celles qui sont les opposées à nos imperfections, comme sa douceur, sa clémence, directement opposées à notre colère; sa science, si contraire à notre aveuglement ; sa grandeur et sa majesté, si fort élevées au-dessus de notre bassesse et vileté : son infinie bonté toujours opposée à notre malice ; étudions-nous à faire toutes nos actions pour honorer et glorifier cette perfection, qui est directement contraire à nos défauts. Il ajouta que c'était cette direction et application, qui étaient comme l'âme de nos œuvres et qui rehaussaient grandement leur prix et leur valeur, se servant à ce sujet d'une comparaison familière des habits dont se revêtent les princes et les grands seigneurs aux jours de leurs triomphes et magnificences : « Car, disait-il, les habits ne sont pas ordinairement tant estimés pour l'étoffe dont ils sont faits, que pour les passements d'or et enrichissements de broderies, perles et pierres précieuses dont ils sont ornés ; de même il ne faut pas se contenter de faire des bonnes œuvres, mais il les faut enrichir et relever parle mérite d'une très noble et très sainte intention, les faisant uniquement pour plaire à Dieu et pour le glorifier ».

C'est dans cette même droiture d'intention qu'il avait souvent en bouche, et encore plus dans le cœur, ces paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ rapportées dans l'Évangile : « Cherchez premièrement le royaume des Cieux. Notre Seigneur, disait-il sur ce sujet, nous recommande par ces paroles de faire régner Dieu en nous, puis de coopérer avec lui à étendre et à amplifier son royaume dans la conquête des âmes. N'est-ce pas là un grand honneur pour nous, que d'être appelés à l'exécution d'un si grand et si important dessein ? N'est-ce pas agir comme les Anges, qui travaillent incessamment et uniquement pour l'agrandissement de ce royaume de Dieu ? Y a-t-il condition plus désirable que la nôtre, nous qui ne devons vivre que pour établir, accroître et agrandir le royaume de Dieu ? A quoi tiendra-t-il, mes frères, que nous ne répondions dignement à une vocation si sainte et si sanctifiante ? »

Saint Basile étant un jour interrogé par quel moyen on pouvait témoigner son amour envers Dieu, répondit : que c'était en faisant tout ce qu'on peut, et même s'il faut parler ainsi, pins qu'on ne pe t, pour accomplir continuellement, en toutes choses, la très sainte volonté de Dieu, avec un très-ardent désir de procurer l'accroissement de son honneur et de sa gloire ; et certes, ce n'est pas sans grande raison qu'il a parlé de la sorte ; car, puisque l'union qui se fait par l'amour est principalement des cœurs et des volontés; on ne saurait mieux faire paraître qu'on aime Dieu, que par une conformité et union parfaite de sa volonté avec celle de Dieu.

C'est ce que Vincent a saintement pratiqué ; et l'on peut dire que cette conformité de sa volonté avec celle de Dieu, était la propre, la principale, et comme la générale vertu de ce Saint homme, qui répandait ses influences sur toutes les autres ; c'était comme le maître-ressort qui faisait agir toutes les facultés de son âme et tous les arguments de son corps ; c'était le premier mobile de tous ses exercices de piété, de toutes ses plus saintes pratiques, et généralement de toutes ses actions, en sorte que, s'il se présentait devant Dieu en ses oraisons, s'il se rendait en tout temps et en toutes occasions si attentif à sa divine présence, c'était pour lui dire comme Saint Paul : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? S'il était si soigneux de consulter Dieu, de l'écouter et d'user d'une si grande circonspection, pour discerner les vraies inspirations qui venaient du Saint-Esprit, d'avec les fausses qui procédaient de la suggestion du démon, ou des mouvements déréglés de la nature, c'était pour connaître la volonté de Dieu, avec plus d'assurance, et pour se mettre plus en état de l'accomplir ; enfin, s'il rejetait si fortement toutes les maximes du monde, pour embrasser celles de l'Evangile, s'il renonçait si parfaitement à lui-même, s'il embrassait les croix avec tant d'affection, et s'il s'abandonnait à tout faire et à tout souffrir pour Dieu, c'était pour se conformer plus parfaitement à toutes les volontés de sa divine Majesté ; et il avait une telle estime de la pratique de cette sainte conformité, qu'il dit un jour de l'abondance de son cœur cette belle sentence : que se conformer en toutes choses à la volonté de Dieu et y prendre tout son plaisir, c'était vivre sur la terre d'une vie tout angélique, et même que c'était vivre de la vie de Jésus-Christ.

Il dit une autre fois sur ce même sujet, que Notre Seigneur était une communion continuelle aux âmes vertueuses qui se tenaient fidèlement et constamment unies à sa très sainte volonté, et qui avaient un même vouloir et un même non vouloir avec lui. Et comme il était tout rempli et pénétré de cette importante vérité, et qu'il connaissait par sa propre expérience les grâces et les bénédictions qui découlaient de cette conformité à la volonté de Dieu, il a toujours taché de l'inspirer dans tous les cœurs des autres et particulièrement de ceux de sa Congrégation, auxquels il en a même fait une règle particulière dans les termes suivants : « Et parce que la sainte pratique, qui consiste à faire toujours, et en toutes choses la volonté de Dieu, est un moyen assuré pour pouvoir acquérir bientôt la perfection chrétienne, chacun tâchera selon son possible, de se la rendre familière, en exécutant dûment les choses qui nous sont commandées, et fuyant soigneusement celles qui nous sont défendues, et cela toutes les fois qu'il nous appert que tel commandement et telle défense viennent de la part de Dieu ou de l'Église ou de nos supérieurs ou de nos règles et constitutions ». La perfection de l'amour, leur dit-il un jour, ne consiste pas dans les extases, mais à bien faire la volonté de Dieu : et celui-là entre tous les hommes sera le plus parfait qui aura sa volonté plus conforme à celle de Dieu; en sorte que notre perfection consiste à unir tellement notre volonté à celle de Dieu , que la sienne et la nôtre ne soient qu'un même vouloir et non-vouloir; et celui qui excellera davantage en ce point sera le plus parfait.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Comme le Seigneur connaît ce qui est bon et utile à chacun de nous, il nous donne à tous ce qui peut contribuer davantage à sa gloire, à notre salut et au bien du prochain. C'est donc bien nous tromper, et consulter mal nos intérêts, que de ne pas nous abandonner entièrement à ce qu'il veut faire de nous ». (Sainte Thérèse d'Avila).

« Une des plus grandes raisons pour laquelle Jésus-Christ est venu sur la terre, et s'est donné à nous, c'est afin que l'homme connût jusqu'à quel point Dieu l'aime et que cette connaissance le portât à brûler d'amour pour celui qui l'a aimé si excessivement ». (Saint Augustin).

Pratique : Dans tous ce qui vous arrivera de fâcheux aujourd'hui, dites : « O mon Dieu, que votre volonté se fasse et non la mienne ». Priez pour les personnes qui dans leurs actions n'agissent pas purement pour Dieu.

 

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12 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Treizième jour

Égalité d'esprit de Saint Vincent

 

L'égalité d'esprit est une des marques plus assurées, ou plutôt un des plus excellents fruits de la parfaite mortification , par le moyen de laquelle on acquiert un tel empire, non-seulement sur ses sens extérieurs, mais aussi sur tous les mouvements intérieurs de son âme, que tout ce qui se passe au-dehors et tout ce qu'on peut ressentir au-dedans, n'est point capable d'apporter aucun trouble à celui qui s'est rendu maître de son cœur, et possesseur de cette vertu : de sorte qu'en la partie supérieure de son âme, il jouit d'une continuelle tranquillité, et demeure toujours dans une paisible possession de soi-même, et quelque accident qu'il lui puisse arriver, en quelques rencontres qu'il se puisse trouver et quoi que ce soit qu'on lui puisse dire ou faire, rien toutefois ne le peut altérer ni ébranler. On voit toujours reluire une même sérénité eu son visage, et une même retenue en toutes ses paroles et en toutes ses actions : sa voix ne change point de ton, et son cœur dans une même assiette, conserve tout le reste de son intérieur dans une constante égalité qui se fait même reconnaître à l'extérieur.

Voilà un petit portrait, quoique très imparfait, de l'état auquel Vincent était parvenu, ou plutôt auquel il avait été élevé par la pratique des vertus dont nous avons parlé, et particulièrement de la mortification qui semblait lui avoir parfaitement assujetti les mouvements de ses passions, en sorte qu'il n'en recevait aucun trouble, ni altération, retenant toujours son esprit dans une sainte égalité, qui se faisait connaître même sur son visage et sur toute la position de son extérieur.

Or, cette constance et égalité d'esprit de Vincent s'est rendu remarquable, dans sa manière de vivre, toujours humble et portée à la piété et à la charité, sans avoir jamais été interrompue par aucun désordre de jeunesse, ni par le relâchement au progrès de la vertu, pas même dans le déclin de son âge, et dans sa caducité. Il allait toujours son train ordinaire dans les actions spirituelles et dans la voie de la perfection, marchant droit à la suite de Notre Seigneur, et portant les siens à la pratique des maximes de l'Évangile et des règles de leur état, dont il leur donnait l'exemple en tous lieux et en tout temps, dans la tribulation et la consolation, dans la santé et dans la maladie, dans les grands froids et dans les excessives chaleurs ; parce que toutes ces choses lui étaient égales devant Dieu : ce qui se peut dire de tout le reste. On a souvent remarqué qu'en quelques affaires qu'il fut occupé, et même dans la plus grande presse et foule des importunités dont il était quelquefois accablé, si néanmoins quelqu'un venait pour l'interrompre et lui parler, il l'écoutait et lui répondait avec autant de présence d'esprit et de tranquillité que s'il n'eût eu aucune autre affaire: ce qui était une marque bien évidente de cette égalité en laquelle il maintenait son esprit. Elle s'est encore fait paraître plus merveilleusement dans la constance avec laquelle il a persévéré en toutes ses entreprises et occupations de piété, s'étant incessamment appliqué au service des pauvres, et à l'instruction des peuples.

Cette même égalité d'esprit a été aussi fort remarquable en lui dans la perte de plusieurs très bons sujets de sa Congrégation, qui ont été consumés par les travaux où il les avait engagés pour le service de Dieu ; car lorsqu'il apprenait la nouvelle de leur mort, quoique d'abord il en parût sensiblement touché, néanmoins recueillant aussitôt son esprit et l'élevant vers Dieu, il se conformait au bon plaisir de sa divine Majesté et demeurait ainsi dans une égalité ordinaire.

Il se possédait tellement que quand on lui disait des paroles piquantes, des injures et des calomnies, comme cela lui est arrivé, et même assez souvent, il se tenait toujours égal, ne répondant point autrement qu'à son ordinaire, sans aigreur, ni changement: ce que quelques personnes qui étaient présentes ont admiré en diverses rencontres , avouant qu'elles en ressentaient elles-mêmes quelque émotion, quoique ces injures ou calomnies ne les touchassent en rien.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Toutes les fois qu'il nous survient quelque événement inattendu, soit des afflictions, soit des consolations spirituelles ou corporelles, nous devons tâcher de les recevoir avec égalité d'esprit, en pensant que tout nous vient de la main de Dieu ». (Saint Vincent De Paul).

« L'esprit de Jésus-Christ est un esprit de droiture, de sincérité et d'égalité ; celui qui est appelé à glorifier ce Dieu sauveur doit agir d'après son esprit ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Tâchez de conserver votre âme en paix et dans le calme, dans les petites contrariétés qui pourraient vous survenir aujourd'hui. Priez pour les personnes qui ne savent pas réprimer leur humeur.

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11 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Douzième jour

Mortification extérieure et chasteté de Saint Vincent

 

Pour ce qui est de la mortification extérieure de Vincent, on peut dire avec vérité qu'elle allait d'un pas égal avec l'intérieure, c'est-à-dire qu'il la pratiquait parfaitement et presque sans aucune relâche ; car il a toujours traité son corps avec une très-grande rigueur jusqu'au temps de son extrême vieillesse, et même dans ses plus grandes infirmités; et outre ses pénitences et mortifications ordinaires, dont nous parlerons ci-après, il embrassait et recherchait toutes les occasions qu'il pouvait rencontrer de faire souffrir son corps, et particulièrement en sa manière de vivre pendant tout le voyage qu'il fit en l'année 1649 âgé de plus de soixante-dix ans, où les abstinences, les veilles, la violence du froid, et toutes les autres incommodités auxquelles il s'exposa, lui causèrent cette grande et fâcheuse maladie qui lui survint à Richelieu. Sur ce sujet, il disait que l'on pouvait pratiquer la mortification en toutes sortes de rencontres, tenant son corps dans quelque posture qui lui soit pénible, sans pourtant blesser la modestie, privant ses sens extérieurs des choses qui leur pourraient donner quelque satisfaction; souffrant volontiers les intempéries de l'air. C'est ce qu'il savait fort bien pratiquer lui-même, étant bien aise d'en trouver les occasions, et on a souvent pris garde, que pendant les plus grandes rigueurs de l'hiver, il exposait ses mains au froid, qui en paraissaient quelquefois toutes noirâtres, et les autres membres de son corps participaient à cette même incommodité, ne voulant point prendre d'autres chaussures, ni d'autres vêtements pour l'hiver que pour l'été.

Il arrivait souvent que par indisposition ou par quelque autre empêchement, il se trouvait toute la journée attaqué et presque accablé de sommeil, mais au lieu de réparer ce défaut par quelque peu de repos, il en prenait souvent occasion de se mortifier, se tenant debout, ou se mettant en quelque posture contraire, et se faisant d'autres violences, pour s'empêcher de dormir. On a remarqué qu'il n'a jamais rien rabattu de ses veilles dans son grand âge, se levant toujours à l'heure de la communauté, quoiqu'il fût le dernier couché, et avec cela, on le voyait des premiers à l'église, en quelque temps que ce fût, où il se tenait à genoux sur la terre pendant l'oraison, sans jamais avoir voulu permettre qu'on lui mit une natte sous les genoux.

Pour ce qui est de la mortification de ses sens, il la pratiquait presque continuellement et en toutes sortes d'occasions. Lorsqu'il allait par la ville, ou qu'il faisait voyage, au lieu d'égayer sa vue sur les champs ou sur la diversité des objets qu'il rencontrait, il tenait ordinairement ses yeux arrêtés sur un crucifix qu'il portait, ou il les tenait fermés pour ne voir que Dieu.

Jamais on ne lui a vu cueillir une fleur, ni en porter aucune pour se récréer par son odeur, mais, au contraire, quand il se rencontrait en quelque lieu, où il y avait des odeurs mauvaises, comme dans les hôpitaux, ou chez les pauvres malades, le désir qu'il avait de se mortifier lui faisait trouver agréable cette incommodité.

Pour le goût, il l'avait tellement mortifié, qu'il ne témoignait jamais à quelle sorte de viande il avait plus d'appétit. Il semblait même aller à regret prendre sa réfection, ne le faisant que pour satisfaire à la nécessité, et y gardant toute la bienséance possible, mangeant les choses qui lui étaient présentées en la vue de Dieu, et avec beaucoup de modestie: à quoi il avait tellement habitué les siens par son exemple, que plusieurs externes de toutes sortes de conditions qui ont mangé en son réfectoire en ont été grandement édifiés, comme ils l'ont déclaré eux-mêmes, admirant que, dans une action qui de soi semble porter à la dissolution, on y gardât une telle récollection et une si grande modestie et retenue.

Il ne sortait jamais de table, sans s'être mortifié en quelque chose, soit au boire, soit au manger, ainsi qu'il recommandait aux autres de faire.

Pour ce qui est des autres mortifications et austérités extérieures dont il usait, il les a toujours cachées autant qu'il a pu. Mais l'on s'est néanmoins bien aperçu qu'il exerçait de très-grandes rigueurs sur son corps.

Vincent portant ainsi en soi la mortification de Jésus-Christ, la vie du même Jésus-Christ selon la parole du Saint Apôtre, s'est aussi manifestée en lui par une pureté angélique et une chasteté à l'épreuve de tout ce qui lui pouvait être contraire, comme il a bien fait paraître en sa manière de converser lorsqu'il y était obligé, avec des personnes de l'autre sexe, et de tout âge, s'y étant toujours comporté de telle sorte, qu'il n'a jamais donné la moindre occasion à la calomnie, mais plutôt un sujet d'édification à un chacun. Or, comme il connaissait bien de quelle importance est cette vertu à ceux qui sont obligés de s'employer au bien spirituel des autres, et de traiter souvent avec le prochain, tels que sont les missionnaires, aussi leur donnait-il divers avis salutaires sur ce sujet : il leur disait, entre autres choses, que ce n'est pas assez aux missionnaires d'exceller en cette vertu, mais qu'ils doivent encore faire tout leur possible, et se comporter de telle sorte, que personne n'ait sujet de concevoir à leur égard aucun soupçon du vice contraire, parce que ce seul soupçon quoique mal fondé, nuisant à leur réputation, serait plus préjudiciable à leur saint emploi que tous les autres crimes qu'on pourrait leur imputer faussement. Selon cela, ajoutait-il, ne nous contentons pas d'user des moyens ordinaires pour prévenir ce mal, mais employons-y les extraordinaires si besoin est.

La pudeur de son cœur rejaillissait sur tout son visage, et réglait sa langue; ses paroles procédant d'une source très pure, faisaient évidemment voir que la chasteté lui était extrêmement précieuse. C'est pourquoi, selon la règle qu'il a donnée à ses enfants, il apportait toutes les précautions imaginables pour la conserver. Nous avons déjà vu combien il matait son corps par l'excès du travail et par sa pénitence continuelle, quelles étaient ses humiliations, et combien grande sa tempérance au boire et au manger.

Il tenait tous ses sens dans une grande retenue, particulièrement la vue, ne regardant ni légèrement, ni curieusement, ni hors de propos, ni d'un regard fixe les personnes de l'autre sexe ; il ne leur parlait point seul à seul, mais à la vue d'autres personnes, ou la porte ouverte.

Un Frère, souffrant des tentations contre la chasteté, à cause de la vue des objets qui se présentaient à lui, allant et venant pour les affaires de la maison, eut en pensée pour s'en défaire de sortir de la Congrégation de la Mission, et de se faire religieux solitaire; et en ayant écrit à Vincent, voici la réponse qu'il lui fit : « D'un côté j'ai reçu consolation de votre lettre, voyant votre candeur à découvrir ce qui se passe en vous ; mais d'un autre, elle m'a donné la même peine que Saint Bernard reçut autrefois d'un de ses religieux, qui, sous un prétexte d'une grande régularité, voulant quitter sa vocation pour passer à un autre ordre, quoique ce saint abbé lui dit que c'était une tentation, et que l'esprit malin ne demandait pas mieux que ce changement, sachant bien que s'il le pouvait ôter du premier état, il lui serait facile de le tirer du second, et après, de le précipiter de la vie, comme il arriva. Ce que je puis vous dire, mon cher frère, est que si vous n'êtes pas continent en la Mission, vous ne le serez en aucun lieu du monde, et de cela je vous en assure. Prenez garde qu'il n'y ait quelque légèreté dans le désir que vous avez de changer ; en ce cas, le remède après la prière, qui est nécessaire en tous nos besoins, serait de considérer qu'il n'y a aucune condition sur la terre en laquelle il n'arrive des dégoûts, et parfois des désirs de passer en d'autres; et après cette considération, estimez que Dieu vous ayant appelé en la Compagnie où vous êtes, il y a vraisemblablement attaché la grâce du salut, laquelle il vous refuserait ailleurs, où il ne vous appelle pas. Le second remède contre les tentations de la chair, est de fuir la communication et la vue des personnes qui les excitent, et de les communiquer aussitôt à votre directeur, lequel vous donnera d'autres remèdes. Celui que je vous conseille encore, est de vous confier fort en Notre Seigneur Jésus-Christ, et en l'assistance de l'immaculée conception de la Vierge sa Mère, à qui je vous recommanderai souvent ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« La chasteté est la beauté inviolable des Saints, qui fleurit, comme la rose, au milieu du corps et de l'âme, et qui remplit toute la maison d'une très douce et très agréable odeur ». (Saint Ephrem).

« Il suffit d'un petit vent pour faire tomber les fleurs dont les arbres se parent au printemps ; et il ne faut quelquefois qu'une parole flatteuse pour perdre une âme chaste, plus tendre et plus délicate que les fleurs. (Père Nouet).

« La virginité est un profond silence des soins de la terre, le calme de tous les mouvements de la chair, l'affranchissement des vices, le règne de toutes les vertus ». (Saint Hildebert).

Pratique : Par amour pour Dieu, mortifiez aujourd'hui le sens de la vue, vous éviterez par-là beaucoup d'occasions de péché. Priez pour les personnes qui ont fait vœu de chasteté ou qui se préparent à le faire.

 

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10 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Onzième jour

Mortification de Saint Vincent

 

Il n'y a rien de plus grand ni de plus relevé dans la vie du chrétien, (comme dit Saint Ambroise), que d'exercer son âme dans la pratique des vertus, et pour cet effet, afin qu'elle apprenne à se soumettre, et qu'elle se rende docile à la conduite de la raison, en sorte que nonobstant les travaux et les difficultés qu'elle peut ressentir dans cet exercice, elle ne laisse pas de se porter courageusement à l'exécution des bons désirs et des saintes résolutions qu'elle aura conçus dans son cœur. Et certes, ce n'est pas sans raison que ce Saint docteur a parlé de la sorte, car puisque selon le sentiment du Sage, c'est une chose bien glorieuse que de suivre le Seigneur et que le premier pas qu'il faut faire pour marcher à sa suite, comme lui6même le déclare dans l'Évangile, c'est de renoncer à soi-même et de porter sa croix, il s'ensuit que le chrétien, doit regarder l'abnégation et la mortification comme un titre de noblesse, et comme une marque, qu'on .a l'honneur d'appartenir à Jésus-Christ et d'être de sa suite. Or, Vincent ayant toujours une profession particulière de suivre ce divin Sauveur et de marcher sur les traces de ses exemples, il n'y a pas lieu de douter qu'il n'ait été honoré de ses plus chères livrées, et que, selon la parole de l'apôtre, il n'ait porté en son corps la mortification de Jésus-Christ ; en sorte que sa vie n'a été presque qu'un sacrifice continuel de son corps et de tous ses sens, de son âme et de ses puissances, et enfin de tous les désirs et mouvements de son cœur; et c'est de l'abondance de ce cœur parfaitement mortifié, que s'entretenant un jour avec les siens, sur ces paroles de Jésus-Christ dans l'évangile, si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive.

C'est-là, leur dit-il, le conseil que Notre Seigneur donne à ceux qui se présentent à lui pour le suivre ; il leur déclare que la première démarche qu'il doivent faire est de renoncer à eux-mêmes et ensuite de porter leur croix, et puis persévérer constamment en l'un et en l'autre jusqu'à la fin. Mais nous pouvons bien appliquer à ce sujet ce que ce divin Sauveur a dit en une autre occasion : qu'il y en a peu qui se donnent vraiment à Jésus-Christ pour le suivre sous ces conditions. De là est venu que de tant de milliers de personnes qui le suivaient pour l'entendre, presque toutes l'ont abandonné et se sont retirées parce qu'elles ne le suivaient pas préparées de la sorte que Notre Seigneur leur disait qu'il le fallait être, et qu'elles n'étaient pas dans la disposition de se mortifier et de porter leur croix. C'est donc une nécessité à quiconque veut être disciple de ce divin maître, de renoncer à son propre jugement, à sa volonté, à ses sens, à ses passions, etc.

Par le jugement on entend la science, l'intelligence et le raisonnement. Oh ! Quel avantage pour un chrétien de soumettre ses lumières et sa raison pour l'amour de Dieu! qu'est-ce que cela, sinon suivre et imiter Jésus-Christ et lui faire un sacrifice de son propre jugement? Par exemple, on met une question en avant, chacun en dit son avis, on aime à montrer ce qu'on en pense, or, pour renoncer à soi-même en une telle occasion, il ne faut pas refuser d'en dire son sentiment, ruais il faut se tenir dans la disposition de soumettre son jugement et sa raison, en sorte que l'on suive volontiers, et même que l'on préfère le jugement d'autrui au sien propre.

Pour ce qui est de renoncer à sa propre volonté, Notre Seigneur nous en a donné l'exemple pendant tout le cours de sa vie et jusqu'à la mort, s'étant continuellement étudié de faire non sa volonté, mais celle de son père et d'accomplir en toutes choses ce qu'il connaissait lui être agréable. Oh que s'il plaisait à Dieu de nous prévenir de tant de grâces, que nous demeurassions toujours dans l'accomplissement de sa volonté, obéissant à ses commandements, aux règles de notre état et aux ordres de l'obéissance, nous serions alors les vrais disciples de son Fils; mais tant que nous serons attachés à notre propre volonté nous n'aurons point de disposition pour le suivre, ni de mérite à porter nos peines, ni de part avec lui.

Nous devons encore mortifier nos sens et veiller continuellement sur eux, pour les assujettir à Dieu! Oh ! Que la curiosité de voir et d'écouter est dangereuse, et qu'elle a de force pour détourner notre esprit de Dieu ! Que nous devons beaucoup prier Notre Seigneur, afin qu'il nous fasse la grâce de renoncer à cette curiosité qui a été la cause de la perte de nos premiers parents.

Jusqu'ici ce sont les paroles de Vincent que nous avons rapportées comme des fidèles expressions, non-seulement des pensées de son esprit, mais encore plus des affections et dispositions de son cœur, touchant cette vertu de mortification que l'on peut dire avoir été une de celles, qu'il a le plus universellement et constamment pratiquée pendant tout le cours de sa vie, et jusqu'à son dernier soupir. Il est vrai qu'il ne faisait pas paraître au-dehors une vie fort austère, estimant qu'une vie commune en apparence était la plus convenable pour réussir au service des peuples et des ecclésiastiques, auxquels Dieu l'avait destiné ; étant aussi la plus rapportante à la vie de Jésus-Christ et des Saints Apôtres, sur le modèle de laquelle il voulait élever les missionnaires de sa congrégation : et, par conséquent, il se croyait obligé de leur en donner l'exemple, se conformant à eux, pour l'extérieur d'une vie bien réglée, qui n'est ni trop large, ni trop étroite, ni trop douce, ni trop rigoureuse; mais, en son particulier, il se traitait fort âprement, faisant souffrir son corps en diverses manières, mortifiant sans cesse son intérieur, pour tenir l'un et l'autre parfaitement soumis aux volontés de Dieu : et cela d'une manière d'autant plus excellente et plus sainte, qu'elle paraissait moins aux yeux des hommes : en quoi il s'est rendu semblable à ce grain de froment dont parle Jésus-Christ dans l'Évangile, lequel, plus il est caché et enfoncé en terre, plus aussi il pousse ses tiges et multiplie ses fruits.

Il a mortifié cet amour de l'honneur et de la propre estime qui est si naturel à tous les hommes, et qui leur fait cacher avec tant de soin tout ce qui peut leur causerie moindre mépris ; car ce Saint Prêtre, réprimant cette inclination naturelle, ne laissait échapper aucune occasion de s'humilier, en parlant de sa basse naissance et de la pauvre condition de ses parents, qu'il ne l'embrassât très volontiers. Voici ce qu'il écrivit en l'année 1633 à l'un de ses prêtres. « Oh ! Monsieur, que nous sommes heureux de ce que nous honorons la parenté pauvre de Jésus par la nôtre pauvre et chétive! Je disais avec consolation ces jours passés, en prêchant à une communauté, que je suis le fils d'un pauvre paysan, et à une autre, que j'ai gardé les pourceaux. Croiriez-vous bien, Monsieur, que je crains d'en avoir de la vaine satisfaction, à cause de la peine que la nature en souffre ? Il est vrai, que le diable est bien fin et bien rusé ; mais certes celui-là l'est encore davantage, qui se tient honoré de la pauvre condition de l'enfant de Bethléem et de celle de ses saints parents ».

Vincent a aussi mortifié l'affection qu'il avait pour ses parents ; car ayant un très bon naturel, il aimait tendrement les siens, ainsi que lui-même l'a avoué, et néanmoins il a su fort bien mortifier cette affection et en faire un sacrifice à Jésus-Christ ; à ce sujet parlant un jour à sa communauté de l'éloignement des parents ordonné par ce divin Sauveur à ceux qui veulent le suivre : « il leur dit que plusieurs qui sont retournés en leur pays sont entrés dans les intérêts de leur famille et dans leurs sentiments de tristesse et de joie et qu'ils s'y sont fort embarrassés comme les mouches qui tombent dans les toiles d'une araignée d'où elles ne se peuvent tirer ».

On dit communément que comme du mouvement bien compassé de l'aiguille d'un cadran, il est aisé de connaître l'ajustement des roues et des autres pièces qui composent l'horloge, et qu'ainsi, de la bonne conduite de la langue on peut juger du bon état de tout le reste de l'intérieur, puisque les affections et les passions du cœur sont comme les maîtres ressorts qui lui donnent ordinairement le mouvement, et qui forment et animent ses paroles. Et certes, quand nous n'aurions point d'autres preuves de la mortification intérieure de Vincent, que cet empire absolu qu'il avait sur la conduite de sa langue, cela suffirait pour nous faire connaître qu'il a possédé cette vertu à un très haut degré de perfection, puisque selon la doctrine de l'apôtre Saint Jacques, celui qui ne pèche point en cette matière, peut-être appelé un homme parfait. Il s'était rendu tellement maître de sa langue, que le même apôtre appelle partie indomptable, qu'il ne lui échappait point ou très-peu de paroles inutiles ou superflues, et jamais de celles qui ressentent la médisance, la vanterie, la vanité, la flatterie, le mépris, la moquerie, l'impatience, ou autres semblables saillies d'une passion émue et déréglée.

Quand pour l'entretenir ou lui donner quelque satisfaction on lui rapportait quelque nouveauté ou quelque autre chose extraordinaire qu'il savait déjà, il l'écoutait avec attention, sans témoigner qu'il en eût aucune connaissance, tant pour mortifier l'amour-propre qui est toujours bien aise de faire paraître qu'il n'ignore pas ce que les autres savent, que pour ne point priver ceux qui lui parlait de la satisfaction qu'ils pouvaient ressentir de lui avoir appris quelque chose de nouveau. 11 savait surtout bien retenir sa langue, et lui imposer un rigoureux silence, lorsqu'on lui faisait des reproches, ou que par des emportements on le chargeait d'outrages et d'injures; car, quoique dans ces occasions la nature désire ardemment de se justifier et de repousser l'injure qui lui est faite, néanmoins, à l'imitation de son divin Maître, il se recueillait en lui-même, et mettait toute sa force dans le silence et dans la patience, bénissant en son cœur ceux qui le maudissaient, et priant pour ceux qui l'outrageaient.

Il a encore fait connaître combien il était mortifié en sa langue et quel empire il avait acquis sur cette partie si mal aisée à conduire, en ce que s'étant présenté une infinité d'occasions, qui l'invitaient et même qui semblaient l'obliger de parler de son esclavage de Tunis, étant une chose douce à la nature de raconter les périls et les accidents plus fâcheux, desquels on s'est heureusement dégagé, et particulièrement lorsque cela fait connaître quelque vertu qui est en nous, et que le succès peut tourner à notre propre louange; néanmoins, c'est une chose merveilleuse qu'en quelque rencontre que ce fût, on ne lui a jamais ouï dire un seul mot de son esclavage, ni de ce qu'il avait fait ou dit pour convertir celui qui le tenait captif, et pour se sauver avec lui des mains des infidèles.

Il parlait volontiers des sujets d'humiliation qui lui étaient arrivés, mais jamais de ce qui pouvait directement ou indirectement donner sujet de le foire estimer. Or, il est certain qu'il n'eût pu acquérir un tel empire sur sa langue, s'il ne se fût rendu maître absolu de ses sentiments et de ses mouvements intérieurs par une continuelle pratique de la mortification : il l'estimait d'une belle nécessité non-seulement pour la perfection, mais même pour le salut, que pour l'exprimer, il disait: que si une personne qui aurait déjà comme un pied dans le Ciel, venait à quitter l'exercice de cette vertu dans l'intervalle du temps qu'il faudrait pour y mettre l'autre, elle serait en péril de se perdre.

C'est le sujet pour lequel il a toujours tâché d'inspirer à ceux de sa compagnie un esprit de mortification intérieure, un grand dénuement et détachement de toutes choses, et une mort universelle à tous les sens, à tous les mouvements de la nature, à tout intérêt particulier, à tout amour-propre et recherche de soi-même, pour ne vivre que de la vie de l'esprit.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Pour faire des progrès dans la vertu, il ne s'agit pas tant de se mortifier, que de choisir les meilleures mortifications. Ces mortifications sont celles qui sont plus opposées à nos inclinations naturelles ». (Saint François de Sales).

« Plus on mortifie ses inclinations naturelles, plus on se rend capable de recevoir des inspirations divines, et plus on fait des progrès dans la vertu ». (Saint François de Sales).

Pratique : Ne donnez aujourd'hui rien à l'amour-propre. Priez pour les personnes remplies d'elles-mêmes.

 

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09 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Dixième jour

Parfait dégagement des biens de la terre, et amour de la pauvreté de Saint Vincent De Paul

 

Oh ! Que c'est une grande vertu, dit Saint Ambroise, de mépriser les biens de la terre ! Mais que cette vertu est rare, et qu'il y en a peu dans le monde qui la mettent en pratique. En effet, il y en a très peu qui aient le courage d'arracher entièrement de leurs cœurs cette malheureuse convoitise que l'Ecriture-Sainte appelle la racine de tous les maux, et qui puissent véritablement dire avec le Saint Apôtre : « Voilà, Seigneur, que nous avons tout quitté pour vous suivre et pour vous servir ». Heureux vraiment celui-là, qui comme dit le Sage, n'a point permis à son cœur de courir après l'or et l'argent, et qui n'a point mis ses espérances dans les richesses ni dans les trésors de la terre : où est-ce que nous le trouverons, pour lui donner les louanges qu'il a méritées, parce qu'il a fait des merveilles en sa vie.

Il ne serait pas nécessaire d'employer ici un plus long discours, pour faire remarquer cette vertueuse disposition en la personne de Vincent, puisque l'histoire de sa vie et le récit de ses grandes et saintes actions en fournissent des preuves très évidentes. Non, il ne faut pas s'étonner s'il a possédé les vertus en un si éminent degré, puisqu'il a si généreusement méprisé les richesses !

Il n'a jamais voulu avoir pour lui de chambre où il y eut une cheminée, quelque incommodité qu'il ressentit même dans un âge plus avancé, sinon quatre ou cinq ans avant sa mort, que toute sa communauté, voyant ses continuelles infirmités, l'y contraignit en quelque façon par les prières et les instances qu'elle lui en fit : de sorte que jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, il n'a point voulu avoir d'autre retraite que dans une petite chambre sans lambris, sans natte et sans autres meubles qu'une simple table de Lois sans tapis, avec deux chaises de paille, et une chétive couchette qui n'était garnie que d'une paillasse avec une couverture et un traversin. Et comme un jour qu'il avait la fièvre, on y eut mis un petit pavillon, il l'ôta lui-même depuis et ne voulut point le souffrir : et non content de cela, il fit encore ôter de sa chambre quelques images qu'un dos frères de la maison y avait mis en divers temps, et n'en voulut retenir qu'une seule, disant que c'était contre la pauvreté d'en avoir plusieurs. Lorsqu'on faisait la visite des chambres, il voulait qu'on visitât la sienne aussi bien que les autres, pour en ôter tout ce qui serait superflu. De plus, quelqu'un ayant mis une petite pièce de vieille tapisserie à la porte de la chambre basse, où il demeurait pendant le jour pour y recevoir les personnes de dehors, et cela à cause d'un vent fort froid qui entrait par cette porte, aussitôt néanmoins qu'il s'en fut aperçu il la fit ôter.

Il allait prendre ordinairement sa réfection dans ce même esprit de pauvreté, disant souvent en lui-même : Ah ! misérable, tu n'as pas gagné le pain que tu manges ; et quand il pouvait attraper des morceaux restés aux autres, il les prenait pour les manger et pour en faire son repas.

On a remarqué sur le sujet, de cet amour qu'il avait pour la pauvreté, qu'il aimait à être nourri et vêtu pauvrement, et qu'il était ravi quand quelque chose lui manquait, soit pour le vivre ou pour le vêtement et les autres commodités de la vie ; pour cela il portait ordinairement ses soutanes fort usées et même rapiécées, et ses habits de-dessous fort pauvres, et quelquefois tout rompus. Un Seigneur de marque qui le visita un jour, lui voyant une soutane tout usée avec des pièces aux manches, en fut si touché, qu'étant sorti de chez lui, et se trouvant dans une bonne compagnie, il dit que la pauvreté et la propreté de Vincent l'avaient grandement édifié.

Lorsqu'il allait au Louvre pour parler à la Reine, ou pour assister au conseil, c'était toujours avec des habits ordinaires, pauvres et grossiers, sans vouloir jamais en prendre d'autres. Et un jour, Mr le Cardinal Mazarin le prenant par sa ceinture qui était toute déchirée, la fit considérer aux personnes de la compagnie, il dit en riant : « Voyez comme Mr Vincent vient habillé à la Cour, et la belle ceinture qu'il porte ! » Si quelqu'un de la maison lui représentait que son collet était tout déchiré, et qu'il en devait prendre un autre, ou bien que son chapeau était trop vieux, il tournait cela en raillerie, disant : « O mon frère, c'est tout ce que le Roi peut faire que d'avoir un collet qui ne soit pas rompu, et de porter un chapeau neuf ».

Quand il avait besoin de se chauffer en hiver, il ne voulait point qu'on mît sinon fort peu de bois au feu, craignant de faire le moindre dégât du bien de la maison, disant que c'était le bien de Dieu et le bien des pauvres, dont nous n'étions que Dispensateurs et non Seigneurs, et dont par conséquent il faudrait rendre un compte exact devant Dieu aussi bien que de tout le reste, qu'il fallait employer le nécessaire et jamais au delà.

Il s'est trouvé plusieurs fois à la campagne sans argent: et pressé du besoin de manger, il était ravi d'aller chez quelque particulier, ou chez quelque pauvre laboureur, demander un morceau de pain pour l'amour de Dieu : ce qui lui est arrivé particulièrement revenant un jour fort tard de Saint-Germain à Paris.

Comme son cœur était rempli de l'amour de cette vertu de pauvreté, dont il connaissait la valeur et l'excellence, il tâchait aussi d'y porter les siens et d'inspirer ce même esprit dans toute sa compagnie; sur quoi parlant un jour à ceux de sa communauté, il leur dit : « Vous devez savoir, Messieurs, que cette vertu de pauvreté est le fondement de cette congrégation de la Mission : cette langue qui vous parle, n'a jamais, par la grâce de Dieu, demandé chose aucune de toutes celles que la compagnie possède maintenant ; et quand il ne tiendrait qu'à faire un pas, ou à prononcer une seule parole pour faire que la compagnie s'établit dans les provinces et dans les grandes villes, et se multipliât en nombre et en emplois considérables, je ne la voudrais pas prononcer, et j'espère, que Notre Seigneur me ferait la grâce de ne la point dire. C'est la disposition en laquelle je suis, de laisser faire la Providence de Dieu ».

Témoignant une fois la crainte qu'il avait que l'affection de la pauvreté ne vint quelque jour à se ralentir parmi les siens, il leur dit : « Hélas ! que deviendra cette compagnie si l'attache aux biens du monde s'y met ? Que deviendra-t-elle si elle donne l'entrée à cette convoitise des biens, que l'apôtre dit être la racine de tous les maux ? Quelques grands Saints ont dit que la pauvreté est le nœud des religions : nous ne sommes pas à la vérité des religieux, n'ayant pas été trouvé expédient que nous le fussions, et nous ne sommes pas aussi dignes de l'être, bien que nous vivions en commun; mais il n'est pas moins véritable et nous le pouvons dire aussi, que la pauvreté est le nœud des communautés et particulièrement de la nôtre : c'est le nœud qui, la déliant de toutes les choses de la terre, l'attache parfaitement à Dieu. O Sauveur ! donnez-nous cette vertu, qui nous attache inséparablement à votre service, en sorte que nous ne voulions et ne cherchions plus désormais que vous seul et votre pure gloire ».

L'un de ses prêtres lui représentant un jour la pauvreté de la maison, il lui demanda : « Que faites-vous, Monsieur, quand vous manquez ainsi de ce qui est nécessaire pour la communauté ? Avez-vous recours à Dieu ? » — « Oui, quelquefois », répondit le Prêtre. — « Eh bien ! Lui répliqua-t-il, voilà ce que fait la pauvreté ; elle nous fait penser à Dieu, et élever notre cœur vers lui : au lieu que si nous étions accommodés nous oublierions peut-être Dieu : et c'est pour cela que j'ai une grande joie de ce que la pauvreté volontaire est réelle et en pratique, en toutes nos maisons. 1l y a une grâce cachée sous cette pauvreté, que nous ne connaissons pas ». — « Mais, lui répart ce Prêtre, vous procurez du bien aux autres pauvres, et vous laissez-là les vôtres ? » — « Je prie Dieu, lui dit Vincent, qu'il vous pardonne ces paroles ; je vois bien que vous les avez dites tout simplement: mais sachez que nous ne serons jamais plus riches que lorsque nous serons semblables à Jésus-Christ ».

 

Fleurs Spirituelles

 

« Soyons petits, et réjouissons-nous d'être pauvres ; sans cela nous ne serons pas de parfaits disciples de Jésus-Christ ». (Saint Vincent De Paul).

« Plus nous sommes pauvres et plus il faut nous confier à la Providence divine, à qui nous devons nous abandonner entièrement, soit pour les biens temporels, soit pour les biens spirituels ». (Saint Vincent De Paul).

« L'homme n'est jamais plus riche que lorsqu'il est semblable à Jésus-Christ ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Supportez aujourd'hui avec patience et même avec joie les effets de la sainte pauvreté. Priez pour les personnes qui. ont encore quelque attache aux choses créées.

 

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08 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Neuvième jour

Gratitude de Saint Vincent

 

Ce serait manquer à l'un des plus justes devoirs du chrétien, que de se rendre ingrats et méconnaissant des bienfaits reçus, soit à l'égard de Dieu qui en est la principale source, soit à l'égard du prochain dont la divine bonté se sert quelquefois comme d'un canal pour faire découler sur nous diverses sortes de biens.

Or, Vincent était autant éloigné de ce vice, que son cœur se sentait porté par son inclination naturelle et encore plus par le mouvement de la grâce, à la vertu de reconnaissance, tant envers Dieu qu'envers le prochain. Il disait sur ce sujet qu'il n'y avait rien qui avait tant d'efficace pour gagner le cœur de Dieu que de lui offrir un cœur reconnaissant de ses dons et de ses bienfaits ; et dans ce sentiment il avait coutume de remercier Dieu souvent de tous les biens que sa bonté infinie communique incessamment à toutes sortes de créatures, et qu'il a communiqués dès le commencement du monde, comme aussi de toutes les bonnes œuvres et actions de vertu qui ont été pratiquées par le mouvement de sa grâce ; et il conviait les autres à faire de même: et descendant plus au particulier, il invitait souvent les siens à rendre à Dieu de très fréquentes actions de grâces pour la protection et. pour le progrès qu'il daignait donner à son Église et aux principales parties dont elle est composée, surtout aux prélats, aux pasteurs et aux autres ouvriers ecclésiastiques qui travaillaient pour sa conservation et son avancement. Il avait aussi grand soin de remercier Dieu de tous les fruits que faisaient dans l'Église les compagnies et congrégations bien réglées. Et pour ce qui regardait la sienne, on ne saurait assez expliquer avec quels sentiments de reconnaissance il remerciait la divine bonté pour toutes les bénédictions qu'elle versait sur toutes les fonctions auxquelles les siens s'appliquent; comme sur les missions, les exercices des ordinants, les retraites, les conférences, les séminaires et autres services qu'ils rendent à l'Eglise. Il remerciait encore souvent Dieu, pour les assistances qu'on rendait aux pauvres, pour la promotion des bons ecclésiastiques aux charges et dignités de l'Eglise, pour les heureux succès que sa divine boulé donnait aux bons desseins du Roi, pour les victoires remportées soit par sa Majesté, soit par les autres princes et états chrétiens, sur les infidèles hérétiques et schismatiques : et généralement de tous les événements avantageux à la gloire de Dieu et au bien de la religion catholique. C'étaient là les plus ordinaires sujets de sa reconnaissance envers Dieu, laquelle lui semblant trop chétive, il invitait toutes les personnes de piété et les communautés entières, et principalement la sienne, à en louer et glorifier Dieu avec lui, et à offrir leurs sacrifices et prières à cette intention.

On lui a souvent ouï dire qu'il fallait employer autant de temps à remercier Dieu de ses bienfaits, qu'on en employait pour les lui demander ; et il se plaignait avec un grand ressentiment de l'ingratitude extrême des hommes envers leur Père céleste, rapportant sur ce sujet la plainte que Jésus-Christ même en a faite dans l'Évangile, lorsque ayant guéri dix lépreux il n'y en eut qu'un qui se rendit reconnaissant de ce bienfait : et, pour cela, il exhortait incessamment les siens à la pratique de cette vertu, dont le défaut, comme il disait, nous rend indignes de recevoir aucune faveur de Dieu et des hommes.

On ne sait pas de quelle grâce particulière à son égard il remerciait Dieu, parce qu'il n'en parlait jamais, son humilité lui faisant tenir les dons qu'il recevait du Ciel sous le sceau du silence, mais il avait cette coutume tous les ans au jour de son baptême de prier tous ceux de sa communauté, de lui aider à remercier Dieu de ce qu'il avait tant d'années que sa bonté le supportait sur la terre. Nous pourrons juger de la reconnaissance qu'il avait pour les hommes, qui était inconcevable, quelle pouvait être celle qu'il avait pour Dieu; et cela d'autant plus que, recevant les bienfaits des hommes comme lui étant départis de la main libérale du Seigneur, son intention était de lui rapporter les remerciements qu'il leur rendait.

Pour ce qui est de sa gratitude envers les hommes, elle était si grande, qu'il en rendait des témoignages particuliers, non-seulement pour les bienfaits signalés et les services considérables qu'il recevait, mais même pour les moindres choses que l'on faisait pour lui, ce qui provenait de sa profonde humilité qui lui faisait croire que rien ne lui était dû, et que chacun lui faisait plus d'honneur et de grâce qu'il ne méritait ; de sorte qu'il trouvait sujet de remerciement en des choses où les personnes les plus reconnaissantes n'en eussent pu apercevoir. Dans cette esprit de gratitude, il disait à ceux qui l'approchaient, quoique ce ne fût que par manière de visite, ou pour lui rendre le moindre devoir, aux uns : « Je vous remercie de ce que vous ne méprisez point la vieillesse » ; à d'autres : « de ce que vous supportez un misérable pécheur » ; à quelque autre : « de ce que vous m'avez enseigné une chose que je ne savais pas », ou « de la charité que Dieu vous donne pour moi » ; ou bien : « de la patience que vous avez exercée à m'entendre » ; et il faisait ces remerciements jusqu'aux moindres des frères et même à celui qui était plus ordinairement auprès de sa personne dans ses maladies, le remerciant des plus petits services, comme de lui allumer une lampe, lui apporter un livre, ouvrir ou fermer une porte, etc., témoignant faire état des moindres choses et de les recevoir avec esprit de reconnaissance; ce qui faisait qu'un chacun prenait plaisir à lui rendre quelque sorte de service. — Il en usait de même dans les voyages, pour les moindres assistances qu'on lui rendait, comme de lui aidera monter à cheval ou autres semblables, dont il faisait plusieurs remerciements avec une grande cordialité et d'une manière fort gracieuse même aux enfants, ajoutant souvent aux paroles quelque rétribution ; et il était si exact en cette reconnaissance, que si celui qui l'accompagnait dans ses voyages ne remerciait pas assez, ou le faisait froidement, il l'en avertissait comme d'une faute.

Ce vénérable Prêtre, qui en toutes choses imitait Notre Seigneur, l'a imité particulièrement en ceci, de tenir fait à sa personne ce qui l'était air moindre des siens ; et pour cela il remerciait et récompensait ceux qui rendaient quelque bon office au frère qui avait le bonheur de l'accompagner, comme de ce qui était fait à lui-même.

Il était si reconnaissant, que quand il avait reçu assistance ou faveur de quelqu'un pour sa compagnie, il ne manquait pas de le publier partout, et de l'appeler protecteur, bienfaiteur et lui donner d'autres titres semblables, exhortant ses enfants à le recommander à Notre Seigneur et lui témoignant toujours aux rencontres le souvenir de ce bienfait.

Un Prêtre de la Mission étant mort en Lorraine dans une maison des Révérends Pères Jésuites, qui le firent enterrer honorablement, Vincent fit faire pour cela une conférence à sa communauté sur la reconnaissance, afin d'exciter ses enfants à prier Dieu pour ces bons Pères et pour lui demander la grâce et les occasions de reconnaître ce bienfait, comme il l'a reconnu en son particulier dans toutes les manières possibles ; prenant toujours le parti de cette Sainte Compagnie, lorsqu'il s'est élevé des persécutions contre elle, tâchant d'en détourner les calomnies, publiant les vertus qu'elle pratique et les grands biens qu'elle fait.

Il avait surtout une grande reconnaissance envers les fondateurs des maisons de sa congrégation, en sorte qu'il ne mettait point de bornes dans tous les témoignages de gratitude qu'il pouvait leur rendre. Écrivant sur ce sujet à l'un de ses Prêtres : « Nous ne saurions, lui dit-il, avoir jamais assez de reconnaissance et de gratitude pour nos fondateurs » ; on peut juger par ces quelques mots extraits de sa lettre, de quels sentiments il était animé à leur égard, et combien il désirait que ses enfants les partageassent. Nous n'aurions jamais fait, si nous voulions rapporter jusqu'où Saint Vincent a excellé dans cette vertu, nous nous contenterons de ce que nous en avons dit.

 

Fleurs Spirituelles

 

« La reconnaissance pour les grâces reçues est un des,moyens les plus efficaces pour en obtenir de nouvelles ». (Saint Vincent De Paul).

« Les bienfaits innombrables que Dieu nous accorde, et ceux qu'il nous promet, méritent bien que nous n'agissions jamais pour notre propre gloire et que toutes nos actions soient faites pour la gloire de Dieu ». (Saint Vincent De Paul).

« Dès que Dieu a commencé à répandre ses bienfaits sur une créature, il ne cesse pas de la favoriser tant qu'elle ne s'en rend pas indigne ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Soyez aujourd'hui très fidèles aux inspirations de la grâce, en reconnaissance des bienfaits que vous avez reçus de Dieu. Priez pour les personnes qui manquent de remercier le Seigneur des grâces reçues.

 

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07 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Huitième jour

Prudence de Saint Vincent De Paul

 

Nous joignons la prudence à la simplicité, parce que Notre Seigneur Jésus-Christ les a mises ensemble dans son Evangile lorsqu'il instruisait ses apôtres et en leur personne tous les fidèles, et particulièrement ceux qui devaient être employés à la conduite des autres ; parce que ces deux vertus ont une telle connexion ensemble que l'une sans l'autre, comme dit Saint Augustin, n'est que peu ou point du tout profitable.

Mais avant que de produire des exemples de sa prudence, il ne sera pas hors de propos que nous l'entendions parler lui-même de cette vertu, et nous en tracer les traits, tels que l'Esprit-Saint les avait tracés dans son âme.

C'est dans un entretien qu'il fit un jour aux siens sur ce sujet, où il leur parla de la prudence en ces termes : « C'est le propre de cette vertu de régler et de conduire les paroles et les actions; c'est elle qui fuit parler sagement et à propos, et qui fait qu'on s'entretient avec circonspection et jugement des choses bonnes de leur nature et en leurs circonstances , et qui fait supprimer et retenir dans le silence celles qui sont contre Dieu , ou qui nuisent au prochain, ou qui tendent à la propre louange, ou à quelque autre mauvaise fin. Cette même vertu nous fait agir avec considération, maturité, et par un bon motif, en tout ce que nous faisons, non seulement quant à la substance de l'action, mais aussi quant aux conséquences, en sorte que le prudent agit comme il faut, quand il faut, et pour la fin qu'il faut ; l'imprudent au contraire, n'a pas la manière, ni le temps, ni les motifs convenables, et c'est là son défaut; au lieu que le prudent, agissant discrètement, fait toutes choses, avec poids, nombre et mesure. La prudence et la simplicité, tendent à même fin, qui est de bien parler et de bien faire dans la vue de Dieu ; et comme l'une ne peut être sans l'autre, notre Seigneur les a recommandées toutes deux ensemble. La prudence dont je parle est celle que Jésus Christ conseille dans l'Évangile, qui nous fait choisir les moyens propres pour arriver à la fin qu'il nous propose; laquelle étant toute divine, il faut que ses moyens y aient du rapport et de la proportion. Or, nous pouvons choisir les moyens proportionnés à la fin que nous nous proposons, en deux manières: ou par notre seul raisonnement, qui est souvent bien faible ; ou bien par les maximes de la foi que Jésus nous a enseignées, qui sont toujours infaillibles, et que nous pouvons employer sans aucune crainte de nous tromper ; c'est pourquoi la vraie prudence assujettit notre jugement à ces maximes, et nous donne pour règle inviolable de juger toujours de toutes choses comme notre Seigneur en a jugé, en sorte que dans les occasions nous nous demandions à nous-mêmes, comment Notre Seigneur Jésus-Christ a-t-il jugé de telle et de telle chose ? Et comment s'est-il comporté en telle et telle rencontre ? Qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait sur tel ou tel sujet ! Et qu'ainsi nous ajustions toute notre conduite selon ses maximes et ses exemples. Prenons donc cette résolution, Messieurs, et marchons en assurance, dans ce chemin royal dans lequel Jésus sera notre guide et notre conducteur, et souvenons-nous de ce qu'il a dit, que le ciel et la terre passeront, mais que ses paroles et ses vérités ne passeront jamais. Bénissons Notre Seigneur, mes frères, et tâchons de penser et de juger comme lui, et de faire ce qu'il a recommandé par ses paroles et par ses exemples. Entrons dans son esprit, pour entrer en ses opérations; ce n'est pas tout de faire le bien , mais il le faut bien faire à l'imitation de Notre Seigneur duquel il est dit : Qu'il a bien fait toutes choses. Non, ce n'est pas assez de jeûner, d'observer les règles, de s'occuper aux fonctions de son état, mais il le faut faire dans l'esprit de Jésus-Christ, c'est-à-dire avec perfection, pour les fins et avec les circonstances que lui-même les a faites. La prudence chrétienne donc consiste à juger, parler et opérer, comme la sagesse éternelle de Dieu, revêtue de notre chair, a jugé, parlé et opéré ».

Voilà quels étaient les sentiments de Vincent touchant la vertu de prudence, et voici quel a été l'usage qu'il en a fait : 1° Lorsqu'il était question de délibérer de quelque affaire, ou de donner quelque conseil ou résolution, avant que d'ouvrir la bouche pour parler, et même avant que de s'appliquer à penser aux choses qu'on lui proposait, il élevait toujours son esprit à Dieu pour implorer sa lumière et sa grâce ? On lui voyait ordinairement alors les yeux levés vers le ciel, et puis les tenant quelques temps fermés, comme consultant Dieu en lui-même, avant que de répondre : que s'il s'agissait de quelque affaire de conséquence, il voulait toujours qu'on prit du temps pour la recommander à Dieu, et pour invoquer le secours du Saint Esprit, et comme il s'appuyait uniquement sur la sagesse divine, et non sur sa prudence particulière aussi recevait-il du ciel les grâces et les lumières qui lui faisaient quelquefois découvrir des choses, que le seul esprit humain n'eût jamais pu pénétrer. Il disait à ce propos, que « là où la prudence humaine déchéait et ne voyait goutte, là commençait à poindre la lumière de la sagesse divine ».

Il était extrêmement retenu et circonspect en ses paroles, non-seulement pour ne rien dire ni répondre qui pût causer aucun ombrage ou défiance, ou qui donnât sujet de peine à personne, mais même pour ne rien avancer qui ne fût mûrement considéré et digéré en son esprit: et il y a sujet de croire que c'est pour cela qu'il causait peu et fort posément.

Il disait que c'était un effet de prudence et de sagesse, non-seulement de parler bien, et de dire de bonnes choses, mais aussi de les dire à propos, eu sorte qu'elles fussent bien reçues et qu'elles profitassent à ceux à qui l'on parlait. Que Notre Seigneur en avait donné l'exemple en plusieurs rencontres et particulièrement parlant à la samaritaine il prit occasion de l'eau qu'elle venait puiser, pour lui parler de la grâce et lui inspirer le désir d'une parfaite conversion.

Enfin Vincent a fait paraître la pureté et solidité de sa prudence et de sa sagesse, en ce qu'il a toujours cherché de suivre et d'accomplir en toutes choses la très sainte volonté de Dieu, par préférence à tout le reste, et sans avoir aucun égard aux intérêts temporels, qu'il méprisait et foulait aux pieds quand il s'agissait du service et de la gloire de Dieu. C'était le grand et unique principe sur lequel il fondait ses résolutions et par lequel il exécutait fidèlement ce qu'il avait résolu, préférant souverainement et incomparablement la volonté de l'Éternel, et ce qui regardait sa gloire et son service, à toute autre chose, sans en excepter aucune.

 

Fleurs Spirituelles

 

« La prudence est nécessaire pour être circonspect à agir, et pour savoir s'accommoder aux dispositions de chacun; elle s'unit fort Lien avec la simplicité. (Saint Vincent De Paul).

Ce Saint qui avait la vertu de simplicité dans un si haut degré, réglait tellement ses actions par la prudence et la charité du prochain, qu'il réussissait dans tout ce qu'il entreprenait. Il passait pour un des hommes les plus sages de son siècle, ce qui faisait qu'on le consultait comme un oracle, et qu'on se faisait une loi de suivre ses conseils. Il n'y a rien de plus contraire au succès des affaires que la précipitation: les délais sont ordinairement plus avantageux que nuisibles.

Pratique : Soyez aujourd'hui très circonspects dans vos paroles et dans vos actions. Priez pour les personnes qui manquent de circonspection en ces deux choses.

 

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06 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Septième jour

Simplicité de Saint Vincent

 

La simplicité est d'autant plus estimable entre ceux qui font profession de suivre les maximes de Jésus-Christ, qu'elle est moins estimée parmi les sectateurs de la vaine et fausse sagesse du monde.

Saint Vincent disait que la simplicité nous fait aller droit à Dieu, droit à la vérité, sans faste, sans biaisement, sans déguisement, et sans aucune vue de propre intérêt ni de respect humain ; il pratiquait parfaitement ce qu'il disait, en sorte qu'il y a sujet de croire que cette vertu de simplicité qu'il possédait à un très excellent degré, a grandement contribué aux heureux succès de ses saintes entreprises, attirant sur lui la bénédiction de Dieu et l'approbation des hommes, parce qu'il n'y a rien qui plaît tant à Dieu et a gagné davantage l'affection de toutes sortes de personnes, que la droiture et la simplicité dans le cœur, dans la vie et dans les paroles.

Or, comme il avait une estime particulière pour cette vertu, il tâchait aussi de l'insinuer dans l'esprit des siens, auxquels parlant un jour sur ce que Jésus-Christ recommandait à' ses disciples d'être simples comme des colombes, il leur dit : « Ce divin Sauveur, envoyant ses Apôtres pour prêcher son évangile par tout le monde, leur recommande particulièrement cette vertu de simplicité comme une des plus importantes et nécessaires pour attirer en eux les grâces du Ciel, et pour disposer les cœurs des habitants de la terre à les écouter et à les croire ; or, ce n'est pas seulement à ses apôtres qu'il parlait, mais généralement à tous ceux que sa providence destinait pour prêcher l'évangile et travailler à la conversion des âmes, et par conséquent, c'est à nous que Jésus-Christ parlait, et qu'il recommandait cette vertu de simplicité, laquelle est si agréable à Dieu, que son bon plaisir est de s'entretenir avec les simples de cœur. Pensez, mes frères, quelle consolation et quel bonheur pour ceux qui sont du nombre de ses véritables simples, lesquels sont assurés, par la paroles de Dieu, que son bon plaisir est de demeurer et s'entretenir avec eux.

Or, pour bien connaître l'excellence de cette vertu, il faut savoir qu'elle nous approche de Dieu, et qu'elle nous rend semblables à Dieu, dans la conformité qu'elle nous fait avoir avec lui, en tant qu'il est un être simple et qu'il a une essence très pure, qui n'admet aucune composition ; si bien que ce que Dieu est par essence, c'est cela même que nous devons tâcher d'être par vertu, autant que notre faiblesse et misère en sont capables. Il faut avoir un cœur simple, un esprit simple, une intention simple, une opération simple, parler simplement, agir bonnement, sans user d'aucun déguisement ni artifice, ne regardant que Dieu auquel seul nous désirons plaire.

La simplicité donc comprend non seulement la vérité et la pureté d'intention, mais elle a encore une certaine propriété d'éloigner de nous toute tromperie, ruse et duplicité; et comme c'est principalement dans les paroles que cette vertu se fait paraître, elle nous oblige de déclarer les choses par notre langue comme nous les avons dans le cœur, parlant et déclarant simplement ce que nous avons à dire, et avec une pure intention de plaire à Dieu. Ce n'est pas toutefois que la simplicité nous oblige de découvrir toutes nos pensées, car cette vertu est discrète, et n'est jamais contraire à la prudence, qui nous fait discerner ce qui est bon n dire, d'avec ce qui ne l'est pas, et nous fait connaître quand il se faut taire aussi bien que quand il faut parler.

Pour ce qui est de la simplicité qui regarde les actions, elle a cela de propre qu'elle fait agir bonnement, droitement et toujours en vue de Dieu, soit dans les affaires, ou dans les emplois et exercices de piété, à l'exclusion de toutes sortes d'hypocrisies, d'artifices et de vaines prétentions. Une personne, par exemple, qui fait un présent à une autre, feignant que c'est par affection, et néanmoins fait ce présent afin que l'autre lui donne une autre chose plus considérable, quoique selon le monde cela semble permis, c'est toutefois contre la vertu de simplicité qui ne peut souffrir qu'on témoigne une chose et qu'on en regarde une autre ; car, comme cette vertu nous fait parler selon nos sentiments intérieurs, elle nous fait aussi agir de même dans une franchise et droiture chrétienne, et le tout pour Dieu, qui est l'unique fin qu'elle prétend; d'où il faut inférer que cette vertu de simplicité n'est pas dans les personnes, qui par respect humain, veulent paraître autres qu'elles ne sont, qui font des actions bonnes extérieurement pour être estimées vertueuses ».

Nous avons rapporté un peu au long ce discours que Vincent a fait aux siens de cette vertu, parce que nous avons cru ne pouvoir mieux représenter sa simplicité que par ses propres paroles; car, il était tel qu'il voulait persuader aux autres de devenir; et celui qui entendait ses paroles, pouvait connaître son cœur, qu'il portait toujours sur ses lèvres. De sorte que l'on peut dire avec vérité qu'il possédait cette vertu à un tel degré, par le secours de la grâce de Notre Seigneur, que les puissances de son âme en étaient toutes remplies, et que ce qu'il disait et faisait, provenait de cette source, conformant toujours son extérieur à son intérieur, et ses actions à ses intentions, qui tendaient toutes à ce qui était le plus parfait. Sa fidélité à la pratique de cette vertu s'est fait voir en toutes rencontres, jusqu'aux moindres choses. Entre plusieurs exemples, on a souvent remarqué que la grande quantité d'affaires auxquelles il était continuellement appliqué, lui en faisant oublier de fois à autres quelques petites, comme de parler à quelqu'un, de répondre à une lettre, ou de faire quelque autre chose qu'on lui avait recommandée, il aimait mieux avouer franchement ses défauts, quoiqu'il lui en dût arriver de la confusion, que les couvrir, par quelque excuse ou artifice d'esprit. Il disait qu'il s'était toujours bien trouvé de déclarer les choses telles qu'elles étaient, parce que Dieu y donne sa bénédiction.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Les réflexions continuelles sur ses défauts, ne plaisent pas aux yeux de Dieu, elles ne servent qu'à contenter notre misérable amour propre ; marchez simplement ». (Saint François de Sales).

« Les âmes simples fuient les détours qui éloignent de Dieu. Dieu nous préserve de louer, de flatter, ou de faire quelque chose pour nous attirer la bienveillance ou la protection de quelqu'un. Ces motifs sont bas, trop vils et trop éloignés de l'esprit de Jésus Christ, à l'amour de qui nous devons principalement rapporter tout ce que nous faisons. Telles doivent être nos maximes : faire tout pour l'amour de Dieu, et ne point désirer l'estime des hommes : travailler à leur salut, sans se mettre en peine de ce qu'ils diront. (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Dans les rapports qu'on a avec le prochain, agir avec droiture et franchise, comme on croit devoir le faire devant Dieu. Priez pour les personnes qui manquent de simplicité.

 

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