06 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Septième jour

Le protecteur des vierges

 

Saint Alphonse de Liguori, qui a écrit un ouvrage si divin sur la virginité, assure d’abord que les Vierges qui ont le bonheur de se vouer à l’amour de Jésus, qui lui consacrent le lys de leur pureté, sont aussi chères à Dieu que les Anges. Vous pouvez juger de la combien aussi elles sont agréables à Marie, que l’Eglise appelle la Reine des Vierges, et à Saint Joseph, que je leur offre pour protecteur. Jésus est l’ami et l’époux des Vierges, il paît, comme le dit l’Ecriture, au milieu des lys de la piété, c’est-à-dire parmi les âmes chastes. Marie et Joseph sont les soutiens et les protecteurs des Vierges, parce que la virginité fut leur état permanent. À ce titre les Vierges appartiennent plus particulièrement que les autres à Saint Joseph. Et s’il est vrai que la pureté approche l’âme de Dieu, il est également certain qu’elle dispose merveilleusement l’âme qui en est ornée à s'attirer les regards et les faveurs de saint Joseph, l’Epoux Vierge d'une Vierge. Le jeune époux, dit Isaïe, demeurera avec la Vierge, son épouse. Cet époux, explique Saint Bonaventure, est saint Joseph qui a vécu très-purement et très-chastement avec la sainte Vierge Marie. Il est appelé « jeune » pour sa pureté éclatante, et c’est dans la pureté et la sainteté de son épouse qu’il trouve sa joie et sa félicité.

Ne considérez pas simplement Joseph comme l’époux de Marie, mais bien comme un époux Vierge. Si sa qualité d'époux de la Mère de Dieu est la véritable et essentielle base de ses grandeurs, sa qualité d’homme-Vierge est le principe et la source certaine de son bonheur. En effet, il n’eut pas été choisi pour Epoux à Marie, ni pour Père putatif du Sauveur s’il n'avait toujours vécu chaste et vierge. Et l’union qu'il contracta avec la divine Marie, loin de diminuer sa virginité, la perfectionna et y mit le sceau dont l’Esprit-Saint fut le garant. Bossuet, parlant de ce mariage tout mystérieux et tout angélique, dit très bien : « Ce sont deux virginités qui s’unissent pour se conserver éternellement l’une l’autre par une chaste correspondance ; et comme deux astres qui allient leur lumière. Belle et juste comparaison qui honore singulièrement la virginité de Marie et de Saint Joseph, et qui, si elle établit la bienheureuse Mère de Dieu la Reine des Vierges, montre saint Joseph comme le porte étendard de la virginité, selon que l’appelle Carthagène.

Bossuet semble s’être inspiré de la pensée du chancelier Gerson, qu'il appelait son Maître, et auquel il a dû, en partie, la profondeur de la pensée et la force des expressions. D'après la gracieuse idée du vénérable Gerson, quand Joseph s’unit à la Vierge, l’on vit, pour la première fois, sur la terre, la virginité se marier avec la virginité. Dieu créa et sanctifia Saint Joseph tout exprès pour Celle qui devait être sa propre Mère. nous devons croire qu'il le rendit son semblable en pureté, qu’il le fit presque son égal en virginité et que, selon l'expression biblique, il donna à Marie un aide qui lui ressemblât. Ce qui fait ajouter au docte commentateur Escobar : « Dieu fit Joseph, en quelque sorte semblable a Marie, l’ayant doté comme elle de l’ornement des plus belles vertus ».C’était pour le Saint Patriarche un rapport de convenance. Et Dieu tout puissant, tout bon, qui a pu le faire aussi pur, aussi chaste, l’a fait. Il convenait, il était juste, raisonnable, équitable, que le Dieu de toute sainteté et de toute pureté non-seulement naquit d’une Mère Vierge, mais encore qu’il fut nourri, conservé, porté par un Père saint et Vierge, le plus saint et le plus vierge de tous les hommes saints et vierges. Penser autrement serait faire injure à Dieu et à son Fils Jésus-Christ, ainsi qu'à Marie et à Joseph, son époux.

Le pieux et célèbre Escobar, n'a fait que rendre sous une autre forme la doctrine du chancelier Gerson, qui dit, en style laconique : « Saint Joseph, plus pur que tous les hommes, a été semblable à la glorieuse Vierge Marie ». Du reste l’opinion généralement admise dans l’Église, et qui est appuyée sur les témoignages les plus nombreux des Pères, sur une vénérable tradition, sur le sentiment commun des fidèles, c’est que Saint Joseph n’a pas été seulement vierge, mais vierge au degré le plus excellent, après sa très sainte Épouse.

Car d’après les saints Docteurs, Saint Joseph connût par l’inspiration divine, peut-être par le ministère d’un Ange, qu’il était destiné à être l’époux de la Mère de Dieu. dès lors il fit vœu de virginité, afin que le lys de la pureté de son crieur, exhalât devant Dieu un plus suave parfum. Il ne fut poussé au mariage que par le souffle divin, et il est possible qu’une fois marié avec l'Auguste Vierge, il renouvela comme elle son vœu de virginité perpétuelle. Cette doctrine est affirmée par plusieurs Pères, tels que saint Augustin, saint Bonaventure, saint Thomas et le pieux Gerson. Il est certain que Saint Joseph-Vierge fut un époux très digne de Marie-Vierge. Il le prouva bien par les actes de sa très Sainte Vie, par le zèle avec lequel il prit la défense de l’honneur et de la virginité de cette chaste Épouse, pour empêcher la calomnie de noircir sa réputation. De là vient que Saint Albert le Grand l’appelle le Protecteur ; le Patron de Marie, le protecteur des vierges.

Les saintes Vierges, ces fleurs mystiques de l’Église, le jardin de délices du Christ, qui tendent à la perfection, parce qu’elles sont les favorites de ce divin Epoux qu’elles ont choisi pour leur partage pour cette vie et la vie future, sont aussi les protégées du Cœur de Saint Joseph, quand elles l’honorent comme elles le doivent faire. Elles sont nommées dans la Bible, les prémices de Dieu et de l'Agneau Jésus, « par la raison, dit le saint cardinal Hugues, que les premiers fruits sont les plus agréables, et que, ainsi les Vierges lui sont plus agréables et plus chères que les autres personnes ». Mais si elles ont le plus de droit aux faveurs divines, elles ont également plus d’assurance de voir notre bon Saint Joseph les protéger dans tous leurs besoins. Notez bien que ce qui est dit ici des Vierges s'applique également a ces âmes qui, quoiqu’elles soient engagées dans les liens du mariage, mènent une vie détachée, innocente, et comme l’aigle volent dans les régions supérieures de la perfection, les regards fixés vers les biens célestes. Sursum corda ! Selon la grande devise du bienheureux Gerson : avoir toujours l’esprit et le cœur élevés vers Dieu, c'est là la virginité parfaite.

Il importe donc beaucoup de se conserver chaste et vierge pour jouir des bénédictions du Cœur de saint Joseph ; car l’Ecriture dit que celui qui aime la pureté du cœur aura le roi pour ami, c'est-à-dire Jésus. Les saints dans le ciel sont aussi autant de rois, mais Saint Joseph est, après Marie, le plus grand de ces rois ; or, que ne peut-on pas obtenir de lui si on possède sa faveur et son amitié ? Pour vivre dans la chasteté, il faut nécessairement en prendre les moyens, tels que la fuite des occasions, condition première ; ensuite le recueillement, la modestie, la prière assidue, surtout dans les tentations. Quand malgré notre vigilance et notre fuite des mauvaises occasions nous sommes tentés, la seule invocation de Jésus, de Marie et de Joseph, faite avec humilité et confiance suffit pour nous faire vaincre l'ennemi, purifier notre intelligence et notre cœur des mauvaises suggestions, effets de la nature corrompue de concert avec les esprits infernaux.

Saint Alphonse de Liguori dit, dans son Imitation : « Théophile, pour persévérer dans la pureté et vous délivrer du vice contraire, il faut vous recommander souvent et avec instance a la Reine des Vierges, à Marie. Celui qui a recours à elle sera délivré de la luxure, en prononçant seulement son nom avec confiance. Beaucoup de personnes tentées contre la chasteté ont triomphé par une simple aspiration affectueuse à Marie Immaculée ». Et ce Saint Père ajoute : « Les images de cette chaste. Vierge éteignent les ardeurs de la concupiscence en ceux qui les regardent avec dévotion ». On peut bien dire la même chose du très-saint Joseph, de son nom et de ses images.

Quand donc Satan et la concupiscence s'élèvent contre nous, après avoir fait respectueusement un Signe de Croix, au moins avec le pouce sur la poitrine pour consacrer notre cœur à la très adorable Trinité et à Jésus crucifié, faisons une dévote aspiration à Marie Immaculée et au Cœur de saint Joseph. Si nous avons une image du Saint, fixons-là d’un regard suppliant, mais confiant, et serrons-là sur la poitrine, saint Joseph nous aidera à triompher de notre faiblesse et de la malice de Satan. Rappelons-nous souvent cette belle pensée du saint Maître Gerson : « Autant de tentations vaincues, autant de perles brillantes sont attachées à la couronne que le Seigneur nous prépare dans le ciel, si nous sommes en sa sainte grâce ».

Courage donc, ô Vierges ! Courage, ô âmes chastes, dignes épouses de l’Agneau Jésus, persévérez sous la protection de Saint Joseph dans la voie bienheureuse que vous avez choisie, qui vous procurera les grâces de votre bien-aimé Seigneur. Sachez que la virginité est cette meilleure part que vous pouviez désirer, part que l’âme conservera avec un signe distinctif durant toute l’éternité, alors qu’elle Sera glorifiée à l’égal des anges de Dieu. Aussi, devez-vous tout faire et tout souffrir pour l’amour de Jésus-Christ, plutôt que de sacrifier l’aimable et céleste pureté.

 

Exemple

 

L’une des Congréganistes des Enfants de Marie, de Lyon, touchée de la beauté de la grâce sanctifiante, demandait souvent à son Bon Père, c’est le nom que ces jeunes enfants donnent à l’envi à Saint Joseph, de la lui conserver toujours. Un jour, c’était en 1858, aux environs du jour de l’an, où il y a dans le pensionnat sortie générale. l’enfant entre en classe toute joyeuse, court auprès de sa maîtresse d’un air triomphant. Elle était couverte de rougeurs. La maîtresse également étonnée de cette éruption subite et de la joie qu’en témoignait la jeune fille, l’interroge avec intérêt. « Ah ! Madame, répond celle-ci, j’ai gagné ma cause auprès de saint Joseph ! Il doit y avoir des fêtes à la maison, à l’occasion du mariage de ma sœur, j’ai craint d’y souiller mon innocence et d'y perdre la grâce, et j’ai dit à Saint Joseph : « Bon père, empêchez que je sorte ». « Voyez », et elle montrait ses mains et son visage tout défigurés par l’éruption. « Je ne puis aller au grand air en cet état ! »

 

Supplication à Saint Joseph pour obtenir la pureté

 

Grand Saint, qui êtes couronné des plus beaux lys de la virginité, qui par l'admirable chasteté de votre vie, avez mérité de devenir le gardien et le Père nourricier de Jésus, le Roi des Vierges, et l’Epoux de l’Immaculée Mère de Dieu, apprenez-nous le secret de cette vertu angélique, le plus bel ornement de votre Saint Cœur. Elle nous favorisera aussi de l'insigne privilège d’avoir le Roi des cieux pour ami. Par les mérites de la pureté de votre béni Cœur, ô doux Protecteur, rendez-nous pures et chastes comme vous, afin qu’après avoir été uni à Jésus-Christ l'amateur des âmes vierges et pures durant cette vie, nous puissions éternellement le contempler avec vous dans la céleste patrie. Ainsi soit-il.

 

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05 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Sixième jour

La protection de la jeunesse

 

Saint Joseph couvre des ailes de sa protection non-seulement l’enfance, mais encore la jeunesse. C'est toujours l'enfance, mais elle est passée dans un âge qui devient d’autant plus dangereux pour elle, que les sens sont plus tendres, plus ouverts, et plus impressionnables aux vanités du siècle. Tout ce qui est dans le monde, dit saint Jean, est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, et orgueil de la vie. Ce.sont la les trois grands filets que Satan à tendus dans l'obscurité pour attraper une multitude de jeunes gens ; ce sont la les trois amorces par lesquelles il se les attire pour les précipiter dans l’abîme de la perdition. Or saint Joseph qui sait que les dangers pour la jeunesse sont nombreux, grands et difficiles à surmonter, s'offre à ces jeunes gens pour leur servir de guide et de protecteur.

Comme guide, ses exemples sont bien propres à faire impression sur l'esprit de la jeunesse. D’après de graves auteurs, on ne vit jamais un jeune homme d’une piété plus éminente, d’une pureté plus parfaite, d'une modestie plus angélique, d’un esprit plus droit, d"un cœur plus généreux, d’une application plus soutenue à s'instruire, d'un caractère plus doux et plus aimable à l’égard de tous. Ses regards, ses gestes, ses discours, tout en notre Saint était réglé par le mouvement du Saint-Esprit qui habitait en lui, comme dans son temple. C'est ainsi que le jeune Joseph s’avançait de vertu en vertu, comme parle le prophète, et qu'il s’en servait de degrés pour gravir déjà le sentier âpre, étroit et élevé de la perfection. Saint Joseph ne fait jamais défaut aux tendances si bienveillantes de son bon Cœur, pour secourir les jeunes gens qui l’implorent avec piété et. confiance. Il est deux époques principales où ils ont un plus grand besoin de sa douce protection, pour la première communion et pour le choix d’un état : de ces deux circonstances dépend la bonne ou la mauvaise direction de la vie, le bonheur ou le malheur temporel et éternel. C'est là une chose extrêmement importante.

Saint Joseph a trop à cœur de voir Notre Seigneur Jésus-Christ son Fils adoptif, aimé et servi par la jeunesse, pour ne pas s‘empresser d'obtenir des grâces de lumières et de ferveur aux âmes encore innocentes qui vont le recevoir la première fois au banquet Eucharistique ; il jouit du bonheur qu’ils sont appelés à goûter en reposant sur le Cœur de Jésus, comme il s’y reposait lui-même sensiblement, lorsqu’il le portait dans ses bras à Nazareth. A cette fin, il les aide merveilleusement par les inspirations intérieures qu’il leur communique, au moyen de leur Ange gardien, à se préparer à cet acte si grand, si décisif et si honorable. Que les enfants donc qui se disposent à la première communion, recourent à saint Joseph, comme à leur Père et puissant Protecteur ; ils verront les fruits précieux qui découleront de cette pratique pour le jour fortuné où ils s’unirent à Jésus tout entier et pour le reste de la vie. Surtout, que ce jour-là, ils se consacrent plus particulièrement à notre Saint, par un acte qu’ils devront renouveler aux grandes fêtes de l'année où ils recevront le Dieu qui réjouit leur jeunesse.

La protection de Saint Joseph n'est pas moins assurée aux jeunes gens dans les sentiers périlleux qu'ils auront à parcourir après la première communion, notamment pour le choix d’une profession, que le pieux Grenade et le saint docteur Liguori appellent la maîtresse route de la vie. Il n’est que trop ordinaire de passer légèrement sur ce point qui entraîne des conséquences infinies. Il faut se bien persuader que, comme l’écrit l’Apôtre, chacun reçoit de Dieu le don qui lui est propre, c’est-à-dire, selon le commentaire de Corneille, que Dieu donne à chacun sa vocation, et lui choisit un état dans lequel il veut le sauver. Pour connaître cette vocation, il faut des lumières, il faut aussi du courage pour la suivre une fois qu’elle est reconnue et sanctionnée par l’autorité du directeur de la conscience, qu’il est utile de consulter à ce sujet. Or, ces grâces de lumière et de force, saint Joseph ne manque jamais de les obtenir aux jeunes gens qui l’en prient avec ardeur et avec pureté d’intention.

Pères et mères, dit un pieux et savant Curé, amenez donc vos enfants à Saint Joseph, placez-les sous sa puissante protection. Il les protégera, les défendra contre le démon, qui est encore plus à redouter que le cruel Hérode. Sachez aussi qu’il vengera leur faute contre vous-mêmes, si vous en êtes la cause, par votre négligence, vos scandales et vos exemples mauvais. Et vous, aimable jeunesse, aimez votre père Saint Joseph ; honorez-le de tout votre pouvoir, chantez ses louanges, recourez à lui avec une confiance filiale ; il reçoit avec plaisir les hommages des enfants vertueux. Si vous vous montrez ses dignes enfants, si vous êtes soumis, respectueux, aimables comme l’Enfant Jésus, il aura pour vous la même tendresse, la même protection, les mêmes soins.

Pour la jeunesse, le prêtre est ce que Saint Joseph était à l’égard de Jésus adolescent : il lui est tout a la fois Père, Protecteur et Pourvoyeur. Que les jeunes gens ne craignent donc pas d’aborder le prêtre, au contraire qu’ils viennent à lui en toute confiance, comme ils viennent à Notre Seigneur et à Saint Joseph, lui raconter leurs peines, leurs combats intérieurs, et lui demander, de ces conseils salutaires que Dieu leur dicte toujours, dans ce cas, pour les âmes droites et sincères. Mais pour obtenir ces résultats si désirables, il faut inspirer à l’enfance une grande estime, un grand respect et une sainte vénération pour le prêtre. Cette estime et cette confiance qu’ils auront alors conçues pour l’Homme de Dieu, ne disparaîtra jamais entièrement de leur cœur. « Les enfants, dit le saint chancelier Gerson, sont très capables de recevoir les premiers principes des bons enseignements, lorsqu’ils ne sont pas encore imbus des fausses opinions, et que de pernicieuses doctrines n’ont pas encore germé profondément dans leurs cœurs ».

Il importe donc extrêmement de prendre l’enfance sous la protection de saint Joseph pour l’amener à Jésus-Christ, et afin qu’elle y demeure fixée pour tous les âges de la vie. Mais l’enfance ne viendra à Jésus-Christ, ne se maintiendra avec lui durant la jeunesse surtout, que par l'intermédiaire du prêtre, le représentant vivant de la personne du Christ même. Oh ! qu’ils font de mal, qu'ils sont coupables et criminels, ceux-là qui inspirent à l’enfance et à la jeunesse l’éloignement du prêtre, le mépris du prêtre ; et quel déplaisir. ils causent à Notre Dame et à saint Joseph ! N'est-ce pas où tendent ces libres-penseurs qui veulent l’instruction et l’éducation exclusivement laïques ?

Le pieux traducteur et interprète du Traité de Parvulis, du Bienheureux Gerson, l’abbé Gouvenot, écrit les lignes qui suivent, que je livre à la méditation surtout des pères et mères et des maîtres de l’enfance, qui veulent plaire à saint Joseph et imiter sa conduite, pour mériter sa douce protection. « J'ai souvent entendu raconter par les mères la joie de leurs enfants, et elles disaient dans leur langage si simple et si beau : « Mon enfant est aux Anges ». Ce bonheur de l’innocence dans l’enfant durera S'il est conduit au catéchisme dès son jeune âge, (ajoutons et même après sa première communion). Il entendra avec fruit les instructions, et surtout il s’habituera à voir dans le prêtre l’Ami de son enfance : il se rappellera le dévouement sacerdotal, ce sera une douce figure qui lui apparaîtra dans les dangers et les tentations, et alors il viendra épancher son cœur et ouvrir son âme sur le sein de cet Ami que le Ciel a formé pour le bonheur des hommes. Si l’habitude des pratiques de piété et de religion est donnée à l’enfant, il deviendra la gloire de son père et de sa mère, et il croîtra en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

Ce qu’il faut aujourd’hui plus que jamais, parce que les moyens de corruption sont mille fois plus nombreux, mille fois plus actifs et plus dangereux que dans les siècles écoulés ; ce qu’il faut dis-je, et de suite et sans retard, comme l’inculque avec tant de force dans ses beaux écrits, le très-savant évêque d’Orléans, c’est une éducation chrétienne, forte et prononcée de l’enfance et de la jeunesse et surtout des petites filles.

J’ai insisté, insisté beaucoup sur ce point capital, décisif dans mon ouvrage Feminiana ; daigne le bon saint Joseph faire comprendre à mes lecteurs cette chose, comme je la conçois moi-même. Ne voyez-vous pas que notre pauvre société se meurt, périt, qu'il n’y a plus de famille, plus de respect, plus d’harmonie, plus d’amour saint dans la famille; de là, quels désordres dans le monde ! Ah ! que nous avons besoin du regard paternel et protecteur du Bienheureux Joseph ! « Il n’y a plus d’enfants ! », s’écrie le docte chanoine Tridon. Ce mot, ajoute-il, devenu proverbial, exprime une lamentable vérité. Il révèle une calamité plus grande que ne pourraient être la peste, la guerre et la famine réunies. Il n’y a plus d’enfants, c’est à-dire plus d’innocence, plus de simplicité, plus d’obéissance, par conséquent plus de vie au cœur des jeunes générations, qui, dans vingt ans occuperont notre place... Le terme est court, bâtons-nous! ».

« A la vue de l’incendie, ajoute plus loin le même écrivain, qui dévore et menace de tout engloutir, il y en a qui dissertent sur les progrès du.mal, sur l'énormité des pertes présentes et les dangers de l’avenir. Discours inutiles, vaines lamentations. Une chose est à faire : courir à la chaîne et verser de l'eau.

Chaque jour, le Bienheureux Gerson recommandait à la Vierge Immaculée et à Son virginal Époux, Saint Joseph, les petits enfants qu’il instruisait à Lyon, et Marie et Joseph versaient abondamment sur ces jeunes plantes la rosée Salutaire des bénédictions célestes, « Mes enfants, leur disait ce saint Maître, aimez, aimez beaucoup la sainte Famille, Jésus, Marie et Joseph ! Adressez vous et Elle dans tous les besoins de l’âme et du corps, du temps et de l’éternité. Dans vos peines, dans vos tentations, dans vos épreuves et vos désolations, invoquez avec confiance leurs noms bénis et vous serez.de suite consolés, soulagés, éclairés et sauvés ! » Quel bel exemple pour les parents et les instituteurs de l’enfance et de la jeunesse, dont le Bienheureux Serviteur de Dieu Gerson, est le Modèle et le Patron. On ne saurait trop inculquer à cette chère jeunesse, comme le rappelle sans cesse notre bien-aimé Pontife Pie IX, l’esprit de prière, les bonnes pensées et les saintes maximes et une grande confiance en la Trinité de la terre Jésus, Marie et Joseph, comme Gerson la qualifiée le premier.

L’enfance et la jeunesse ont tant besoin de secours ! Qui ne sait que l'enfance a toute la fragilité des jeunes plantes, que les grâces naturelles de la jeunesse l’exposent à des dangers dont la vieillesse est affranchie, abandonnée qu’elle est des passions plutôt qu’elle ne s’est soustraite a leur empire. Hélas ! Ces premières années, les plus belles de la vie, s’écoulent rapidement. Si l’on considère alors quelle est la force de l’habitude, si l’on pense avec un ancien philosophe que cette force est si grande qu’elle devient en quelque sorte une seconde nature, on restera profondément convaincu qu’il n’y a rien de plus à craindre et de plus amer dans leurs suites que les mauvaises coutumes, comme au contraire il n’y a rien de plus doux, de plus satisfaisant pour la conscience que les bonnes.

 

Exemple

 

On écrit au Révérend Père Huguet, l’apôtre incomparable de saint Joseph : « Remerciez avec nous, Révérend Père, Marie et Joseph, d’avoir arrêté par un miracle presque évident, un mariage commencé, selon les apparences, sous les auspices de notre Saint Patron. La confiance sauve. Nous avons fait en son honneur quelques pratiques de piété, nous avons fait brûler des bougies devant son image, nous lui avons dit d'agir ! Il a permis que nous fussions détrompés et il a préservé une jeune fille pieuse et confiante de chaînes qui auraient été trop pesantes ».

 

Prière à Saint Joseph, Guide de la jeunesse

 

C'est à juste titre, pieux et bon Joseph, que l'on vous regarde comme le Patron de la jeunesse, vous qui servîtes de guide à l'enfance du Sauveur. Ah ! Ne perdez pas de vue les besoins du jeune âge, si exposé à mille périls par son inexpérience et sa simplicité. Guide de Jésus en Égypte, dirigez la jeunesse a travers les montagnes, les voies tortueuses de cette vie. Obtenez pour elle du Sauveur Enfant la fuite du monde, la crainte de ses séductions. Que par vos suffrages et ceux de la bonne Marie, chaque enfant soit un autre Jésus en docilité, en tendresse, en respect ; qu’il console l’Église par sa foi, ses parents par son amour; et que, vertueux jusqu'à la mort, il les dédommage des peines qu’il leur fit éprouver. Riche en pouvoir auprès de Dieu, vous l'êtes en miséricorde, n'abandonnez ni l'enfance, ni la vieillesse. Ainsi soit-il.

 

O Olhar de são José

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04 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Cinquième jour

Saint Joseph accueille l'innocence

 

Nul doute que le Cœur de saint Joseph n'ait pour l’enfance chrétienne une prédilection particulière, parce qu’elle est la plus vive image de l‘enfant Jésus confié à sa vigilance, à ses soins, à sa tendresse. Jésus est appelé le Jésus des petits enfants, Marie, Notre Dame des enfants, parce qu’elle les aime de l’amour de son Fils. Pourquoi saint Joseph, qui partage leurs sentiments, ne serait-il pas appelé le Père spirituel et le Protecteur des enfants ? Tout enfant lui rappelle l’Enfant Jésus, donc tout enfant lui est cher; tout enfant chrétien est membre de Jésus, donc tout enfant chrétien est aimé de Saint Joseph comme était aimé Jésus. Je sais que Joseph aimait à la fois Jésus comme son fils et comme son Dieu ; ce ne peut donc être que du premier amour qu'il aime les enfants, et, certes, c'est là un grand honneur. un grand bonheur pour les enfants sages d’être ainsi considérés, ainsi aimés par notre Saint. Ce leur est un gage bien grand de sa paternelle protection sur eux. Si quelqu’un osait douter de cette tendresse du Saint Patriarche pour l'enfance, nous lui mettrions devant les yeux l'amour immense que le Sauveur avait pour ce jeune âge. N'est-ce pas lui, Jésus, qui laissa tomber de ses lèvres divines cette parole pleine de douceur et de charme : « Laissez venir à moi les petits enfants ? » Or, incontestablement le Cœur virginal de Joseph a participé aux sentiments et aux dispositions du Cœur adorable de Jésus ; il a donc dû prendre aussi ses affections pour l’enfance ; il éprouve donc pour eux le même amour, et il peut donc dire, lui aussi : « Laissez venir à moi les petits enfants, parce qu’en venant à moi ils iront sûrement à Jésus, qui est seul le salut et la vie ». Ce sont les expressions que le savant et pieux frère Philippe prête à notre Saint, et elles lui conviennent très bien.

Non seulement saint Joseph aime les enfants, mais il les protège, de son trône céleste, avec une attention et une bienveillance toutes spéciales. Je ne saurais mieux les décrire qu’en empruntant la plume du spirituel écrivain et supérieur général des Frères que je viens de citer, qui a la mission si noble, la fonction si auguste de diriger les milliers d’enfants de toutes les conditions confiés aux soins de ses disciples. Saint Joseph, dit-il, veille sur les enfants du haut du ciel ; il s’intéresse à tout ce qui peut contribuer à leur salut ; il leur continue la sollicitude qu'il avait pour l’Enfant-Dieu qu’ils représentent ; il se fait auprès de lui leur intercesseur, et leur obtient toutes les grâces qui leur sont nécessaires ; il pourvoit avec une tendresse toute paternelle aux besoins de leurs âmes ; il les protège contre les attaques des démons, il déjoue la perfidie de ces esprits de ténèbres, dont Hérode n’était que l’aveugle instrument. et qui n'aspirent qu'à faire mourir Jésus dans le cœur des hommes. Saint Joseph protège surtout les enfants sages et d’une conduite vertueuse, il les secourt dans tous les dangers de l’âme et du corps ou ils sont tous exposés. Il sait que le démon, brûlant de rage, est continuellement à leur poursuite, et il redouble de zèle, de soins sur eux ; il envoie les Anges qui les défendent et, selon l’expression du Psalmiste, les portent dans leurs mains, de crainte qu'ils ne se blessent dans le chemin de la vie contre la pierre du scandale et des séductions qui les environnent de toutes parts. Mais, pour que les petits enfants obtiennent ces faveurs si précieuses, il importe qu’ils soient dévots à Saint Joseph ; qu’ils le prient souvent, surtout le matin et le soir, et dans le moment du danger. Il faut donc que les parents et les maîtres les initient a ces petites pratiques de piété, qui attireront sur ces jeunes âmes les bénédictions du ciel les plus abondantes.

Dans un ouvrage consacré exclusivement au très Saint Joseph, il n’y aurait qu'un esprit méticuleux et mal fait qui pût trouver à redire d’y rencontrer si souvent le nom vénérable et doux avec les éloges du pieux Gerson. On ne saura jamais tout ce que cet incomparable Docteur à fait, d'une part pour la glorification terrestre de saint Joseph, et de l'autre pour l'instruction et l’éducation chrétiennes des petits enfants. Plus on étudie avec impartialité ces deux grands traits caractéristiques de cette majestueuse et belle figure du Catholicisme, plus on demeure étonné, ravi, stupéfait. Ses détracteurs sont et ne peuvent être que des ignorants ou des malveillants ! Ailleurs, on l’a montré comme un homme poussé par le désir de contribuer de toutes manières à la gloire de saint Joseph, le célébrant dans ses discours, le chantant dans ses poésies qui forment un traité d'un charme naïf en même temps que d‘une érudition profonde, ne cessant, par sa parole, par sa plume, et par sa grande influence dans l’Église, de travailler à la gloire du Saint qu’il avait choisi pour protecteur et en quelque sorte pour ami. Ici nous allons le présenter travesti en maître d'école et en catéchiste des enfants, pour les attirer, ou comme il s'exprime, pour les entraîner vers Jésus-Christ. « De parvulis trahendis ad Christum ». Tel est l'admirable ouvrage que Gerson écrivit sur ses vieux jours, ouvrage où surabonde la sagesse, la douceur, la piété et surtout l’onction, digne frère de l’Imitation, et que monsieur le curé de Saint Sulpice appelle « un petit Chef d’œuvre de douce piété », et monseigneur Dupanloup « un beau Traité ».

Montrons Comment le Serviteur et l'Ami de Saint Joseph, qui dut être si favorisé par ce grand Saint et par l'auguste vierge Marie, quoique son héroïque humilité nous ait voilé sa vie à son déclin dans la solitude, montrons, dis-je, comment Gerson savait, lui, avec une douceur inexprimable, attirer les enfants à Jésus-Christ. Il est question de ces paroles que le Christ dit a ses disciples qui repoussaient avec menaces ceux qui lui présentaient des petits enfants : « Laissez venir à moi les petits enfants », et le reste. Si, dit le Bienheureux Docteur, nous pesons ces paroles qui sont autant d‘oracles et de sentences, nous aurons contre ceux qui négligent le salut des enfants et les éloignent du divin Maître, la matière d’une vive et sévère leçon qu'ils ne méritent que trop. Mais loin de nous un zèle amer, loin de nous la colère et les paroles irritantes. Dans un sujet qui regarde les enfants, nous imiterons leur simplicité, et nous éviterons tout ce qui sentirait la déclamation, l’aigreur et la contention. Nous nous rappellerons, pour nous inspirer d'un si touchant exemple, la modération avec laquelle le Sauveur reprit ses disciples, malgré la peine que lui causait leur conduite ; nous nous rappellerons ses paroles en cette circonstance : « Laissez venir a moi les petits enfants !... »

Le Docteur très chrétien, le Maître des consolations divines, n’écrivit en partie son sublime Traité : « De parvulis Trahendis ad Christum », que pour répondre à ses ennemis et aux ennemis du règne de Jésus qui critiquaient sa conduite, ne pouvant concevoir comment un homme de son mérite, revêtu d'une telle dignité, qui jouait un rôle si grand dans les affaires de l’Église et de l'Etat avait pu s'abaisser, s’annihiler en quelque sorte jusqu’à instruire les petits enfants pauvres. Mais aux yeux éclairés de Gerson, il n'y avait pas de fonction plus divine que celle d’attirer les enfants au Sauveur. Par la il voulait poser les vrais moyens de réformer l’Église, ce qu’il n’avait pu obtenir au Concile de Constance. Il faudrait lire en entier ce Traité pour comprendre la noble idée qu’il se faisait de l’éducation chrétienne de l'enfance et des fonctions angéliques de ceux qui s’y appliquent. « Si nous réfléchissons, dit-il, que Jésus-Christ n'a rien fait d'inutile et n’a rien dit que de grave et de sérieux, nous conviendrons qu’il n’avait pas en vue une chose de peu d’importance, lorsqu’il appelait à lui les petits enfants, qu’il réprimait ses disciples bien-aimés, qui s’opposaient à ce que ses enfants lui fussent présentés. « Il les entourait en leur imposant les mains et il les bénissait ».

« Qui pourrait, ô divin Jésus, s’écrie le bienheureux Docteur, qui pourrait rougir d’être à votre exemple humble avec les enfants ? Qui serait assez vain et assez fier de son rang et de sa science pour oser mépriser leur jeune âge, leur ignorance et leur faiblesse, quand vous, qui êtes le Dieu béni dans tous les siècles, qui êtes celui en qui ont été cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu, vous êtes abaissé jusqu'à les Embrasser et les presser dans vos bras sacrés ! Loin de nous donc, loin de nous toute fierté, loin de nous la pensée coupable de nous éloigner des enfants. L’exemple divin donné par Notre Seigneur a laissé bien loin derrière lui cette affabilité de Socrate, si vantée par les philosophes, parce qu’il ne rougissait pas, pour se délasser des affaires publiques, de jouer avec les enfants en courant, comme eux, à cheval sur un bâton. Oh ! qu’il aurait amusé nos Catons, nos censeurs modernes ! qu’ils auraient ri s’ils l'avaient vu se recréer de la sorte ! Si nous nous permettons aussi de jouer avec les enfants, c’est pour leur apprendre à avoir horreur de toute immodestie, de toute parole impie, de tout mauvais jeu, de toute action libre. Il y a en outre deux autres bonnes raisons : la première, c'est de nous abaisser, pour faire, la volonté de Dieu, à l’exemple de David, qui, dépouillé de ses ornements royaux, dansa de toutes ses forces devant l’arche d’alliance ; la seconde, c’est de chercher un simple délassement à l’esprit ».

Ainsi justifiait sa conduite ce grand serviteur de Saint Joseph, dont l’admirable. dévouement pour l'éducation de l’enfance arrachait des larmes d'émotion au grand et savant pontife Benoît XIV, qui le propose pour modèle à tous les ministres de l'Évangile. Il leur recommande qu’ils aient pour se stimuler dans le sublime apostolat de. l'instruction chrétienne, surtout des enfants à l’Église, l’exemple de Gerson, chancelier de l'Église et de la Faculté de Paris, qui fut, en son temps, une lumière de grand éclat, et dont la réputation n’était pas moindre que le mérite.

 Tout récemment le Cardinal Giraud, le proposait aussi comme l'un des plus grands catéchistes de l’Église catholique. « Ce chancelier de l'Université, dit cette Éminence, le docte et pieux Gerson, quittant les conseils des rois et les conseils de l’Église, pour se faire humble répétiteur de l’alphabet de la foi, et ne voulant d’autre couronne à son illustre vieillesse qu’une troupe de petits enfants réunis pour l’écouter, et pour apprendre de sa bouche ‘la crainte et la loi du Seigneur ». En effet, voulant pratiquer la sainte humilité qu’il recommande si fortement dans l’Imitation, à, un haut degré, il enseignait dans sa vieillesse, dit une tradition répétée par des milliers de plumes, avec beaucoup d’assiduité le catéchisme aux enfants de la ville de Lyon. A la fin de chaque leçon, il faisait réciter à ces petits innocents cette prière : « Mon Dieu, mon Créateur, faites miséricorde à votre pauvre serviteur Jean Gerson ! » Ces voix angéliques arrachaient des larmes des yeux de tous ceux qui les entendaient, et attiraient les miséricordes de Dieu sur ce vertueux et saint Serviteur de saint Joseph, et sur toute la cité Lyonnaise. Il mourut (agenouillé au pied de son crucifix), par un effet de l’amour divin, disent le Cardinal Bona et Saint François de Sales. Heureuse mort, conforme a celle de Marie et de Joseph qu’il avait si bien glorifiés ! La cité Lyonnaise hérita de la dévotion et de l‘amour de Gerson pour saint Joseph ; là plus que partout ailleurs le Saint Patriarche fut toujours fort honoré, et en retour y multiplia les prodiges de son Cœur compatissant, comme on peut s'en convaincre par la lecture du beau livre du père Paul de Barri sur saint Joseph.

 

Exemple

 

Un digne émule de Gerson, comme lui dévoré du zèle des âmes des petits enfants, Saint Jean-Baptiste De la Salle, fondateur des Frères des Écoles chrétiennes, qui rendent un service d’une portée infinie et l’Église et à la société, reprit et continua sur une plus vaste échelle l’œuvre du Saint Docteur Gerson, l'instruction et l’éducation chrétiennes de l'enfance. Rien ne saurait rendre la dévotion qu’il avait pour saint Joseph, le gardien de l‘enfance de Jésus... Il mit son Institut sous sa protection, dès le premier instant de sa fondation, il ne négligea aucun moyen pour l'honorer et le faire honorer par ses Disciples. Il leur ordonna de réciter chaque soir les litanies de ce grand Saint, d'observer religieusement sa fête, de recourir à sa bonté dans tous leurs besoins. Les Frères ont toujours rempli ce vœu de leur Saint Fondateur. On ne saurait exprimer avec quel soin ils inculquent à l'enfance une tendre vénération pour saint Joseph. Ajoutons que leurs communautés furent des premières à pratiquer régulièrement le Mois de Saint Joseph.


Invocation à Saint Joseph pour les enfants

 

Grand Saint Joseph rempli des grâces du bon Dieu, replete gratia, comme disait le Bienheureux Gerson, et orné des plus belles vertus comme d’autant de fleurs du paradis, on dit que vous aimez d'un amour de père tous les membres de la famille chrétienne, que tous ceux qui vous invoquent sont assurés d’avance d'être exaucés, et qu'il suffit de frapper à la porte de votre Cœur béni pour y être aussitôt introduit, consolé, enrichi de dons célestes. Cependant, il est une portion de cette famille chérie, qui paraît être plus intéressante à vos yeux, plus chère encore à votre Cœur et à qui vous ne savez rien, absolument rien refuser, ce sont les enfants. Quand donc, ô bienheureux Père de Jésus, les enfants viennent à vous et vous adressent une prière, exaucez-les prenez-les sous votre sauvegarde, afin que préservés des embûches du démon qui en veut à leur innocence, ils arrivent sous votre direction à Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

 

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03 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Quatrième jour

Recours à Saint Joseph

 

J’ai montré ce que valait à nous le titre de Patron de l’Église donné à Saint Joseph, et comme nous avons en ce Saint un modèle accompli, un protecteur généreux. C'est là, n’en doutons pas, une grande gloire que le Christ réservait à son Père putatif en ces derniers temps. Après la glorification de Marie dans le plus beau, le plus grand, le plus cher de ses privilèges, son Immaculée conception, il convenait que Saint Joseph reçut l'apogée de sa glorification terrestre, en étant choisi et constitué par la sainte Église pour son Patron et Protecteur universel. Joseph est cet habile charpentier qui entretient l’Arche, dans les flancs de laquelle est le salut de tous; mais s’il prépare un abri tutélaire à l'humble. pénitence, ne doutons pas aussi qu’il n'apprête un cercueil pour les ennemis endurcis de Dieu et de son Église, qui, en ce moment de meurtre, de sang et de carnage, trament de noirs complots contre son Auguste chef,ou qui essaient de corrompre l’intégrité de la foi et la pureté de la morale de l’Évangile, en faisant donner à l’enfance une instruction et une éducation païennes ; en propageant divers éléments d’impiété, livres obscènes, feuilles anti-religieuses, bals et théâtres immoraux. Toutes ces choses appellent bien-haut la malédiction divine sur nos têtes, comme le déclare en plusieurs lieux de ses savants et onctueux écrits le saint Docteur Gerson. Et en ces jours de désolation, de douleurs et de deuil, nous n’éprouvons que trop bien comment le ciel sait se venger, ou plutôt, venger les droits de Dieu, méconnus, méprisés, foulés aux pieds par les enfants des hommes prévaricateurs.

Pour nous, Chrétiens, qui considérons Saint Joseph aussi bien que Marie très Sainte comme un trône de grâce et de miséricorde dont nous devons nous approcher avec confiance, ainsi que saint Paul le dit de Jésus-Christ ; pour nous qui envisageons saint Joseph aussi bien que Marie, son Épouse comme la Main de Dieu, au moyen de laquelle l’Éternel nous secourt, selon qu’il est dit dans un Psaume précédent : « Il étendra sa main en rétribuant » et ailleurs : « Vous me protégez de votre main ». Et encore : « Vous ouvrez votre main et tout animal est rempli de vos bienfaits » ; pour nous, dis-je, qui sommes persuadés du grand crédit de Saint Joseph dans le Ciel, recueillons avec respect, avec-amour, avec reconnaissance cette parole que nous adresse l’Église, que nous adresse Jésus-Christ lui-même : « Dans toutes vos nécessités, allez à Joseph » : « Ite ad Joseph ! »

« Ite ad Joseph ! » fut-il crié à l’antique Egypte, et les peuples entiers, avides des biens de la terre, affamés d’un pain matériel, accoururent à ce Joseph qui devint pour eux l’image brillante de la Providence. « Ite ad Joseph ! » répéterons-nous, nous-mêmes, et à nous et aux autres, au milieu d’un monde privé par sa propre faute des biens spirituels, c’est-à-dire de la vérité, de la Foi, de la grâce, et de la paix, de ces biens qu'il cherche vainement loin de Dieu. « Ite ad Joseph ! » Le Patriarche du Nouveau Testament ne fera pas moins que le premier. Docile aux impulsions de son Cœur si compatissant et à nos prières ardentes, il nous secourra, obtiendra des lumières au Souverain-Pontife et aux prélats qui gouvernent l’Église, tous les dons et les faveurs nécessaires aux divers membres de ce corps mystique du Christ, afin que chacun remplisse dignement la fin que l’Eternel lui a tracée dans sa vocation sur la terre.

Écoutons donc la voix de Jésus-Christ, la voix de Marie, la voix de l’Église et celle de tant de saints et de Docteurs qui crient : « Allez, allez à saint Joseph ! Adressez-vous à lui avec la plus entière confiance dans tous vos besoins temporels et éternels, sûrement sa protection ne vous fera jamais défaut, si vous savez vous la concilier ».

Je disais dans un ouvrage sur Saint Joseph, composé et imprimé il y a dix ans, qui compte plusieurs réimpressions : Elle est bien belle cette gracieuse image qui fait partie de la collection des Grandes images catholiques, où Marie, la divine Mère de Jésus, est représentée assise sur un trône ; les misérables de toute sorte, et qui est-ce qui ne l'est point ? lui présentent chacun leurs requêtes ; les uns lui demandent une guérison, d’autres le pain de chaque jour ; ceux-ci quelque chose de mieux, la santé de l’âme, la victoire sur les passions, la pureté ; et ceux-là l'amour de Dieu et la persévérance. Mais, cette bonne Vierge, leur montrant de la main Saint Joseph, les envoie tous à ce grand et puissant Avocat ; des anges présentent les suppliques au Saint qui les signe en vertu des pouvoirs que Jésus-Christ lui a accordés. Touchant tableau, m’écriai-je ? Ah ! si les hommes comprenaient, ou du moins voulaient comprendre cette voix assez forte qui crie à tous pour être entendue de tous : « Ite ad Joseph ! » « Allez à saint Joseph ! » Allez à lui dans toutes vos nécessités ; dans quelque position pénible que vous puissiez être, et quelque soit votre profession, vous trouverez en Joseph un excellent modèle à imiter, un puissant et fidèle protecteur à supplier, et le reste ».

Ce que je disais alors, je le répète avec bonheur aujourd’hui. J’ai tant d’obligations à Saint Joseph, comme aussi j'éprouve un si grand besoin de sa protection, que je veux m'unir à la piété de mes Lecteurs. Qu’ils ne dédaignent pas la lecture de ces quelques faibles pages composées en l’honneur de ce Bienheureux Saint, dans ces jours de pénible épreuve où la capitale est investie par le plus barbare des ennemis de la religion et de la paix, afin que ces bien-aimés Lecteurs remercient et prient Saint Joseph pour moi, qui n’ai eu en vue que de les édifier plutôt que de les instruire.

Nous tous donc, ménageons-nous la protection de Saint Joseph, comme nous y engage la Sainte Église, notre mère. Avec elle implorons sans cesse les prières de saint Joseph, et ne doutons point, comme le dit l’Abbé de Saci, que celui qui a porté durant sa vie la qualité de père de Jésus-Christ ne soit très-puissant auprès de lui après sa mort, pour attirer sur nous les grâces qui nous sont nécessaires, et que nous lui demanderons par l’intercession et par les mérites d'un si grand Saint ». Soyons bien persuadés que cette confiance honorera beaucoup Notre Seigneur et Marie, épouse de Saint Joseph, qui ne savent rien refuser de tout ce qu’on leur demande de juste, d'honnête, d’utile par l’intercession de Joseph, comme la séraphique sainte Thérèse l'affirme.

 

Exemple

 

Une dame veuve se trouvait dans une situation d'affaires bien pénible ; elle avait surtout à écrire une lettre très difficile et très délicate relativement à ces mêmes affaires. Dans son extrême embarras, elle place sur son bureau une petite statue de saint Joseph, et, s’adressant au saint protecteur de sa jeunesse qu’elle avait toujours vénéré et invoqué, elle lui demande avec simplicité de lui dicter cette lettre qu'elle ne sait seulement pas commencer ; rassurée par cette prière, elle prend la plume et écrit... La lettre terminée assez rapidement, elle la relit et s’aperçoit avec émotion que c’est absolument ce qu'il y avait de plus convenable à dire dans la circonstance actuelle. Elle remercie le bon saint Joseph avec effusion de cœur et reste convaincue que c’est bien lui qui lui est venu en aide, d’autant plus que depuis sa lettre expédiée, elle ne se ressouvient plus de ce qu’elle a écrit.

 

Prière du Bienheureux Jean Gerson à Saint Joseph, pour demander son secours

 

Illustre Patriarche, Saint Joseph, noble rejeton de David, ami particulier de la justice, l’égal des plus illustres Prophètes, resplendissant aussi de l’éclat de la virginité, le gardien de Marie, le témoin, le pourvoyeur et le fidèle ministre de Jésus-Christ, le confident du mystère qu’ont ignoré les siècles passés, vous qui avez porté dans vos mains le Verbe fait chair et avez commandé à Celui qui commande à l’univers, vous l’époux et le seigneur de la Mère du Seigneur des seigneurs ; vous qui avez accompli si excellemment votre pèlerinage de la terre et régnez maintenant dans la céleste patrie, exempt de toute crainte, de tout labeur, de toute angoisse, daignez, nous vous en supplions, abaisser sur nous des regards bienveillants et venir à notre secours dans les mille dangers que nous courons. Soyez des pauvres pèlerins que vous voyez à vos pieds le protecteur, le guide. la ressource ; soutenez-les dans leurs fatigues, ôtez les obstacles qui leur obstruent le chemin. Dirigez les aveugles, relevez, ceux qui tombent, et obtenez-nous à tous la grâce pour guide, l’espérance pour bâton, la paix dans la foi, les douceurs de l’oraison. Faites aussi, par votre protection, que nous surmontions les suggestions du démon, du monde et de la chair, et ne rejetez point des pécheurs à l'occasion desquels le Seigneur a tant fait pour vous et votre sainte Épouse, la divine Mère de Dieu. C’est par là que vous mettrez le comble aux obligations que nous vous avons et à la reconnaissance que nous vous devons. Ainsi soit-il.

SAN JOSE SAO JOSE ITAPIRANGA ST JOSEPH CHASTE HEART CORAZON

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02 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Troisième jour

Domaine de Saint Joseph

 

Des théologiens enseignent que, en un sens, Saint Joseph à la prééminence sur Jésus et sur Marie ; cette doctrine est soutenue par le docte Suarez, et elle n’a rien qui blesse la foi. Assurément c’est une chose merveilleuse entre toutes, comme l’observe le saint chancelier Gerson, que saint Joseph ait été, sur la terre, supérieur à un Dieu incarné et à la Mère de ce Dieu incarné; que celui-là a qui toutes les créatures obéissent; ait obéi à Joseph ; que celui-là de qui dépend la plénitude de tous les êtres, ait plié volontiers sous l’empire d’une créature mortelle. Que Marie, la Reine du Ciel et de la terre, la souveraine de l’univers, la Mère de Dieu, ait obéi à saint Joseph, c’est encore la une merveille moins grande sans doute que la première, mais pourtant qui surpasse nos conceptions. Cette prééminence de Saint Joseph sur Jésus et Marie reconnue, il n’est pas difficile d'admettre que ce grand Saint, ce saint unique et incomparable domine toutes les créatures, après la bienheureuse Vierge ; je, dis, après la bienheureuse Vierge, car il est de foi que Marie dans le ciel est la créature qui touche le plus près la divinité, que son crédit est supérieur à toute autre créature, à tel point que les saints Pères la nomment unanimement avec Saint Alphonse-Marie de Liguori, ce puissant écho de la Tradition, « une toute puissante suppliante », ajoutant que tout ce qu’elle veut, se fait à l'instant même. Elle domine sur tout ce qui n'est pas Dieu dans le ciel et sur la terre. Or tel est après celui de Marie le domaine universel de saint Joseph.

 Il a en une certaine manière une pleine et universelle autorité sur toute la Nature, puisque nous voyons que celui à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre passe sa vie dans une très parfaite dépendance et exécution de toutes ses volontés. Assurément le pouvoir qui lui a été donné par tout le royaume du Roi des rois, surpasse de beaucoup celui que l’ancien Joseph eut jadis sur l’Egypte, puisqu’en effet, le crédit de celui-ci ne 'se 'fit paraître que sur les vassaux de son prince, tandis que l’autorité de notre Saint s’étend jusque sur le Verbe incarné, et par une conséquence certaine sur toutes les créatures tant celles qui sont sur la terre, que celles qui sont dans le ciel, comme l'affirme Morales après les saints Docteurs. On regarde comme le plus grand miracle dans la Nature que le soleil ait obéi à la voix de Josué. Mais, dit Osorius, la merveille est infiniment plus admirable que Jésus, le Soleil de Justice, ait vécu soumis a saint Joseph. De la vient que notre Saint a été établi dominateur de toutes les créatures ; c’est encore le fruit de l’empire parfait qu’il eut toujours sur lui-même, car toutes les créatures se mettent volontiers au service de celui qui sert Dieu dans toute la générosité de son cœur, dit Saint François d'Assise.

 Un brave et sage capitaine, parlant de son cher fils Diophanes, disait ingénieusement : « Mon fils est tout puissant dans la Grèce, parce qu’il commande à sa mère, et sa mère à moi, et moi aux Athéniens, qui en sont absolument les maîtres ». Trouverez vous étrange, maintenant, que Saint Joseph exerce une certaine omnipotence sur toutes les créatures, puisqu'il commande durant sa vie non-seulement à Marie qui elle-même commande à Jésus, mais aussi à Jésus, Fils de Dieu, à Jésus, auquel le Père éternel a donné pour héritage toutes les nations, et pour possession tons les éléments dont se compose l’univers. Que celui qui voudrait contester cette vérité le fasse. Pour les fidèles éclairés surnaturellement, ils croiront volontiers avec un excellent théologien, que Saint Joseph méritait de gouverner le monde, ayant été le gouverneur de celui-là même qui l’avait crée. On retrouve la même doctrine dans un sermon du pieux Bernardin de Buste, homme si dévoué à la sainte Famille : « Celui, dit-il, qui fut choisi par Dieu, pour diriger son Fils qui est infiniment plus excellent et plus grand que ce monde, qui a gouverné la Vierge son épouse, qui elle aussi, est plus digne que tout l’univers, méritait de gouverner tout le monde ».

 Pour moi, il me semble entendre Notre-Seigneur dire à notre bienheureux Joseph ce que dit autrefois Pharaon au fils de Jacob : « Comme il n’y a personne (excepté Marie, votre épouse, et ma mère) qui vous égale en intelligence et en prudence,ce sera vous qui aurez l’autorité sur ma maison, (ce grand univers), tout mon peuple recevra avec respect les ordres émanés de votre bouche, et je n’aurai au-dessus de vous que le trône et la royauté. Je vous établis sur toute l'Egypte, c’est-a-dire sur tout le monde. Ainsi Jésus-Christ à remis entre les mains de saint Joseph une partie de son pouvoir universel sur tout ce qui existe ; de manière que toutes les créatures sont àu service de Saint Joseph, que son crédit est tel qu'il peut à son gré obtenir du Dieu tout-puissant, toutes sortes de miracles dans l’ordre temporel et spirituel. Et il faut bien qu’il en soit ainsi, pour qu'il puisse être vraiment le Prince et le Protecteur de ses frères le Sauveur du pays et le solide appui du peuple de Dieu.

 

Exemple

 

« Dans la province de la Nouvelle Espagne, après Mexico, la Puebla est la ville principale. Il y a plusieurs montagnes aux environs qui contiennent des matières sulfuriques et minérales. Parmi ces montagnes, on eu distingue une d’une élévation extraordinaire. Elle est habituellement environnée de nuages à mi-hauteur, et sa cime est si élevée qu'elle se perd dans les cieux. Je ne crois pas avoir jamais vu de montagne si haute. Du milieu au sommet, elle est toujours couverte de neige ; cependant elle brûle constamment dans ses flancs sans se consumer, et elle envoie au dehors une nuée de vapeur que l’on voit clairement même pendant le jour. Les habitants nomment ce mont le Vulcain. Il lance des traits continuels qui tombent presque chaque jour dans la Puebla. Notre ville a cela de particulier, c’est que pendant environ six mois de l’année, de mai à la fin d'octobre, on souffre à peu près tous les jours un orage subit et violent de quelques heures. Durant les autres mois, le ciel paraît de bronze. Mais en outre dans la Puebla il tombe jusqu’à douze de ces traits volcaniques en un jour, et néanmoins ils ne causent jamais de mal à personne. On doit attribuer ce prodige, me dirent les Pères du collège, à la grande dévotion des habitants au glorieux Saint Joseph. Le peuple l'a pris pour son protecteur contre l'intempérie des saisons, et, fidèle à l’invoquer dans le danger, il éprouve les bienfaits de sa protection ». (Lettre du R. P., Goretti de la Compagnie de Jésus).

 

Supplication au Cœur de saint Joseph

 

Cœur très saint, très riche, très noble, très puissant, très fidèle et très compatissant, qui avez à votre disposition toutes les grâces de Notre Seigneur pour sanctifier notre âme et l’usage de tous les éléments qui composent l'univers, pour nous aider dans tous nos besoins de cette vie, ah ! Étendez votre miséricorde sur nous, procurez-nous d’abord un cœur semblable au vôtre par les vertus d’humilité, de douceur, de patience et de bonté, et par surcroît les secours temporels nécessaires à notre avancement spirituel dans la perfection. Ainsi soit-il.

 

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01 mars 2015

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Mois du Cœur de Saint Joseph

Le Cœur de Saint Joseph ouvert à ceux qui l'implorent

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Deuxième jour

Grande confiance en Saint Joseph

 

Je réduis les motifs de cette confiance à trois principaux, et d’abord à son crédit pour nous auprès du Christ. Sur la terre son pouvoir s'est étendu sur Jésus-Christ ; il a rendu des services réels à ce divin Enfant ; il l’a sauvé. en Egypte ; il l’a ramené dans ce pays ; il l’a conduit au temple et ramené à la maison ; il l’a vêtu, logé, nourri du travail de ses mains et de la sueur de son visage ; en sa qualité de père adoptif, de père légal, de père nourricier et protecteur, il a fait pour Jésus ce qu’un père fait pour son fils. Rappelez-vous ici quel fut autrefois le pouvoir étonnant de Moïse, plus grand encore a été celui de saint Joseph. Moïse n’avait que la conduite du peuple de Dieu, et Joseph a eu la conduite du Fils de Dieu même : Moïse n’a été que simple serviteur de la maison de Dieu, Joseph a été établi comme Maître de tout ; Moïse eut un successeur à qui le soleil obéit une fois, et Joseph a vu le Créateur du soleil lui obéir pendant plusieurs années ; si ce saint homme a été si puissant sur la terre, combien ne l’est-il pas-davantage dans les cieux ?

Ce qui augmentera sûrement notre confiance en saint Joseph, c’est que tout puissant près de Dieu, il est tout charité pour nous. Comme Père de Jésus et comme Epoux de Marie, il nous regarde tous comme ses enfants. Quel vif intérêt ne prend-il donc pas à notre salut? Jusqu’où ne le désire-t-il pas ? Avec quelle ardeur ne sollicite-t-il pas les secours qui nous sont nécessaires pour l’opérer ? Plaçons ici les figures à côté de la réalité ; consultons les types pour connaître la vérité, rappelons-nous l’histoire d’un Joseph, fils d’un premier Jacob, et comparons-là avec celle de notre Joseph, fils d'un second Jacob, quelle admirable conformité entre la vie de ces deux saints ! Quelle admirable conformité surtout pour le soin à soulager la misère des malheureux ! Le premier garda des froments pour tout le peuple ; le second eut le pain vivant en sa garde, tant pour lui que pour le monde entier ; le premier fut établi intendant général sur l'Egypte,... le second a été établi comme un économe fidèle et prudent sur toute la famille de Jésus-Christ. Lorsque l’Egyptien pressé par la faim allait demander des aliments à son roi, celui-ci le renvoyait à Joseph qui lui en donnait autant qu’il lui en fallait ; et lorsque nous avons besoin de grâces ou même de biens temporels dans l’ordre du salut, le Christ, notre Dieu, nous dit de nous adresser à saint Joseph, et qu’il,nous exaucera par lui. Qui dira avec quelle sollicitude, avec quel amour saint Joseph s’intéresse à nous ! Ne sait-il pas que nous sommes ses frères, et même ses enfants spirituels, étant par la grâce les frères de Jésus, son Fils bien-aimé ? Certes, ce motif me dispense bien d'en alléguer d’autres, telles que la volonté de Dieu, son honneur et la gloire de Jésus.

Saint Joseph n’est pas seulement très-puissant et très-bon pour nous secourir, il est encore très fidèle lorsque nous le prions. Ce que l’Apôtre écrit de Moïse, qu’il a été fidèle dans toute la maison de Dieu peut se dire de notre Saint. Il n’en est pas de lui comme des hommes dont le caractère est léger, inconstant, trompeur comme le déclare l'Esprit-Saint ; c’est un Ami, un Protecteur dévoué, un Père dont l’amour pour ses enfants est inaltérable. Il ne repousse personne, si grand pécheur que l’on puisse être, pourvu qu’on ait un sincère désir de se corriger et de se donner à Dieu. Ceux qui souffrent le plus, qui sont le plus méprisés et rebutés des hommes sont les mieux accueillis et les plus protégés par lui dont la vie a été si remplie de peines de tout genre. Et pour appliquer à saint Joseph, ce que l'Apôtre dit du Christ : « C’est par ce qu’il a souffert lui-même et qu’il a été éprouvé, qu’il est puissant et fidèle pour secourir ceux qui sont mis à l’épreuve ».

Ces trois qualités de puissant, bon et fidèle protecteur se trouvent réunies en saint Joseph au degré le plus absolu qui fut jamais accordé à aucun homme. Notre confiance doit donc être solide, entière et persévérante lorsque nous le supplions. Toutefois je suis bien aise de la consolider encore plus en ajoutant que notre Saint est un Protecteur généreux et éclairé. Non ! saint Joseph ne ressemble pas aux grands de la terre, qui souvent parce qu’ils sont élevés au-dessus de leurs frères dont ils ne sentent plus les revers de l’infortune, refusent avec arrogance ce qu'on sollicite, ou n’en accordent comme à regret qu’une partie. Il n’oublie pas que si l’Eternel l’a enrichi de toutes manières, c'est afin qu’il fasse refluer sur nous ses richesses abondantes avec une grande libéralité, qui nous engage à rendre à Dieu des actions de grâces pour les singuliers privilèges dont il l'a orné, le pouvoir immense dont il l’a investi. Généreux et d’une admirable magnificence, jamais il ne rejette une prière, et toujours il accorde plus qu'on ne lui demande. Comme Dieu, et par les trésors infinis que Dieu a mis à sa disposition, il nous fournit abondamment toutes les choses dont nous avons besoin. Observez bien ces derniers mots : « Les choses dont nous avons besoin ». Car, comme il connaît mieux nos vrais intérêts que nous ne les connaissons nous-mêmes, si ce que nous désirons obtenir par son entremise doit nous détourner de la voie du salut, il a trop de sagesse et nous aime avec une tendresse trop éclairée pour se rendre à nos vœux téméraires. Alors il agit à notre égard, comme le ferait un riche vertueux à l’égard d’un pauvre qui, mourant de faim et presque nu, demande des objets de luxe et de pure fantaisie, au lieu de ces choses qui ne le garantiraient pas de la misère, le riche lui donne du pain et des vêtements. Lors donc qu’il nous semblera que saint Joseph ne nous exauce pas au gré de nos désirs, appelons la foi à notre aide et persuadons-nous bien qu’il nous exauce de la manière la plus utile à nos intérêts éternels surtout, qui sont les seuls vrais, puisque en qualité de disciple du Christ, « nous ne considérons pas les choses visibles, mais les invisibles, dit l’Apôtre, parce que les choses visibles sont temporelles et que les invisibles sont éternelles ». Que d’ailleurs les courts instants de cette vie ne nous sont donnés, qu'afin que nous opérions notre salut avec crainte, c’est-à-dire en y rapportant tout le reste comme à l'affaire unique, personnelle et essentielle.

Le Bienheureux Jean Gerson a dit une parole qui semble hardie, qui réduite même à sa plus faible expression, ne laisse pas que de nous encourager beaucoup à recourir avec une pleine confiance à saint Joseph : « Non impetrat sed imperat », dit ce dévot chancelier, avec cette concision qui domine dans l’Imitation, c’est-à-dire saint Joseph, quand il prie Notre-Seigneur pour nous, commande plutôt qu’il ne supplie, ce que ce saint Père explique : « Quand, dit-il, un époux, quand un père prie son épouse ou son fils, c’est une sorte de commandement qu’il leur adresse ». D’ailleurs cet adage a été par les Pères et les Docteurs de tous les âges appliqué à Marie très sainte, pourquoi ne pourrait-on l’appliquer aussi à saint Joseph ? puisque nous ne lui donnons, qu’on l'entende bien, qu’une autorité de suppliant, mais dont les prières sont si efficaces, si puissantes, si bien accueillies qu'elles valent des ordres. Telle au fond est la pensée du Docteur très chrétien. C'est un doux empire que lui a cédé sur son Cœur le Verbe fait chair, qui seul, avec les deux autres personnes de la très adorable Trinité, a par sa nature divine la souveraine puissance.

 

Exemple

 

On écrit au Révérend Père Huguet : « Notre communauté, vouée à l’enseignement des jeunes demoiselles, se trouvait dans le besoin ; une somme assez considérable nous était nécessaire ; pour l’obtenir, nous avons eu l’heureuse pensée de nous adresser au père adoptif du Sauveur : une neuvaine a été commencée a cet effet le 5 de mars ; les élèves se sont jointes à la Communauté avec une ferveur édifiante, quoiqu’elles ne connussent pas le motif de nos prières. Elles se sont avisées de plus d'offrir tous les jours une petite mortification que chacune allait déposer aux pieds du bon Patriarche, écrite sur un petit papier. Notre saint protecteur n’a pas été insensible aux sacrifices de ces cœurs innocents : samedi dernier, une personne qui n’avait aucune connaissance de notre position nous a porté justement la somme que nous demandions. La communauté a été rendre immédiatement ses actions de grâces a celui qui venait de nous donner une preuve si touchante de sa puissance et de sa bonté en permettant de ne rien négliger pour lui en témoigner notre reconnaissance ». M. P. Religieuse du Saint Nom de Jésus.

 

Acte d’espérance en saint Joseph

 

Saint Joseph, notre grand et très fidèle Protecteur, nous espérons avec une ferme confiance, que votre Cœur très doux nous obtiendra par les mérites de Jésus-Christ toutes les grâces dont nous avons besoin pour nous sanctifier en ce monde et pour arriver au bonheur éternel. Ainsi soit-il.

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17 février 2015

Le Carême avec la Vénérable Benoîte Rencurel

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Le Carême avec la Vénérable Benoîte Rencurel

 

Mgr René Combal, actuel chapelain et ancien recteur du sanctuaire Notre-Dame du Laus, nous propose de vivre le Carême en compagnie de la Vénérable Benoîte Rencurel. A l'occasion de l'année jubilaire du 350e anniversaire des premières apparitions, afin de vivre le Carême, retrouvez, chaque jour de la sainte quarantaine, une méditation pour vous plonger dans la Grâce du Laus.

 

Mercredi des Cendres

18 février 2015

Réconciliation

 

« Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Ce texte est tiré de la deuxième lecture de ce mercredi des Cendres, qui est le premier jour du Carême. Nous vous proposons cette année, à l’occasion de l’année jubilaire des 350 années des apparitions de Notre Dame du Laus, de vivre ce Carême avec la Vénérable Benoîte Rencurel et dans la grâce du Laus, comment ne pas remarquer que cet appel de Saint Paul coïncide avec l’appel de la Vierge Marie à Benoîte ?

« J’ai destiné ce lieu pour la conversion des pêcheurs… Beaucoup viendront ici se convertir. » Se convertir, n’est-ce pas se réconcilier avec Dieu ? C’est la raison des apparitions de la Mère de Dieu à Benoîte. Tous les jours de ce Carême, nous essaierons d’éclairer les textes de l'Ecriture à la lumière de la grâce du Laus et de l’expérience de Benoîte. Tout au long de sa vie, Benoîte a travaillé au service de la conversion et de la réconciliation sous la conduite de Marie. Dès ce premier jour, mettons-nous avec Benoîte sous la conduite de Marie et laissons-nous toucher par cet appel à la réconciliation.

 

Jeudi après les Cendres

19 février

Aumône

 

Dans l’Evangile du Mercredi des Cendres que nous reprenons en ce deuxième jour de carême, Jésus nous dit : « Quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues pour se faire valoir devant les hommes. Vraiment je le déclare, ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fais ta main droite, afin que ton aumône reste invisible. Ton Père voit ce qui est invisible, il te le revaudra ».

Quand Benoîte travaillait chez la veuve Astier, qui avait six enfants en bas âge, elle partageait tous les jours sa nourriture aux enfants de sa patronne à l’insu de leur mère, disant que c’était assez qu’elle mange la semaine suivante chez son autre maître… Ce qu’elle fait auprès des enfants de sa maîtresse, elle l’a pratiqué aussi en d’autres temps avec ses compagnes, leurs portant le pain qu’elle portait en gardant ses moutons ». Le prêtre Jean Theyssier, son confesseur écrit : « Il faut que je dise que Benoîte a beaucoup de charité, comme on le connaît… par la distribution qu’elle fait des aumônes qu’elle reçoit et qui serait nécessaires pour sa subsistance : elle a une adresse merveilleuse pour les cacher aux yeux des hommes ». Que Benoîte nous aide à vivre, à notre manière, comme elle, le partage discret pendant ce carême.

 

Vendredi après les Cendres

20 février

Prière

 

En ce troisième jour de Carême, dans le même évangile du Mercredi des Cendres, à la suite de l’aumône, Jésus nous invite à vérifier notre manière de prier. « Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour se montrer aux hommes. Vraiment je le déclare, ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi quand tu pries, retire toi dans ta chambre, ferme la porte et prie ton père qui est là, invisible ; ton père voit ce qui est invisible, il te le revaudra ».

« Dans le commencement de la dévotion, écrit le chanoine Pierre Gaillard dans son manuscrit, Benoîte passait souvent toute la nuit en prière dans la petite chapelle… Elle se cachait, parfois, dans un champ de blé pour prier. » Durant l’hiver 1664-1665, après la première apparition à la chapelle de Bon Rencontre, elle montait chaque jour à la chapelle du Laus, y restant deux à trois heures, toute seule avec la Vierge. Elle prie parfois des nuits entières en simple chemise sur le sol de sa chambre. Durant trente ans, elle va prier pendant la nuit à la chapelle de la Croix d’Avançon, nu-pieds, même en hiver, y restant de trois à quatre heures, trois fois par semaine. Qu’elle nous aide à mieux vivre la prière pendant ce temps de carême.

 

Samedi après les Cendres

21 février

Le jeûne

 

En ce Samedi après les Cendres, quatrième jour de ce temps de Carême, nous continuons à méditer sur le même Evangile du Mercredi des Cendres. C’est une invitation à nous interroger sur notre manière de jeûner. « Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle ; ils se composent une mine défaite pour bien faire connaître aux hommes qu’ils jeûnent ; Vraiment, je vous le déclare : ils ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume toi la tête et lave toi le visage : ainsi ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton père qui est là, invisible ; ton Père voit ce qui est invisible, il te le revaudra ».

Benoîte fait parfois des jeûnes de six à huit jours pour ramener des pécheurs à la pénitence. Son repas solitaire est souvent un peu de pain dans sa soupe, quelques noix et un peu de fruit. Ses directeurs lui ordonnent en 1710 de prendre un peu de vin à cause de la faiblesse de son estomac. Elle jeûne surtout les mercredis, vendredis et samedis. Aux jeûnes d’obligation elle prend pain et eau, parfois un peu de soupe, mais parfois elle ne se contente que de l’eau, parce qu’elle a donné son pain à des pauvres. Les jours d’affluence, elle reste de l’aube à la nuit à parler aux uns et aux autres sans prendre le temps de manger. Et pourtant, les pèlerins étaient marqués par la sérénité qui émanait de son visage. Quand la Vierge lui apparaissait, elle était comme un soleil, nous disent les manuscrits.

L’exemple de Benoîte ne nous invite pas forcément à l’imiter mais à trouver notre manière de jeûner, compte tenu de notre santé et de nos moyens, « car l’homme ne se contente pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Le Droit Canon nous indique (canon 1249) que tous les fidèles sont tenus de faire pénitence chacun à sa façon… (canon 1251). L’abstinence et le jeûne seront observés le mercredi des Cendres et le vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus Christ. L’abstinence de viande ou d’une autre nourriture tous les vendredis de carême.

 

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30 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Trente-et-unième méditation

Action de l'Eglise sur la société au moyen des institutions monastiques

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Par institutions monastiques nous entendons ici les corps religieux considérés en général, et c'est en ce sens que nous allons méditer sur les avantages immenses que la sainte Eglise a su recueillir de leurs travaux et de leur dévouement. Ici ce n'est plus un moyen d'action essentiel à la constitution de la société chrétienne, tel que ceux dont nous avons parlé jusqu'à présent, et sans lequel l'Eglise ne puisse subsister ni triompher de ses ennemis. Mais les institutions monastiques n'en sont pas moins l'un des plus puissants leviers qui ait été et qui soit encore entre les mains de l'Epouse de Jésus-Christ, pour l'accomplissement de son œuvre de régénération, et l'histoire n'a cessé de montrer qu'il existait une glorieuse solidarité entre la prospérité de l'Eglise et celle des ordres religieux. Le monde le sait bien, et toutes les fois que l'on a voulu frapper la Religion au cœur, c'est toujours aux institutions monastiques que l'on a porté les premiers coups.

I. Le plus éminent service que les ordres religieux aient rendu à l'Eglise, et celui que l'on vante le moins parce que le défaut de foi ne permet pas de l'apprécier, c'est d'avoir servi de sanctuaire permanent à la pratique des conseils évangéliques; c'est d'avoir été le théâtre le plus glorieux et le plus éclatant de la lutte engagée entre l'homme déchu et la régénération que lui apporte l'Evangile, entre la chair et l'esprit, entre la servitude des sens et la liberté morale. C'est dans ces asiles sacrés que l'on voit d'une manière saisissante comment l'homme peut reconquérir son ancienne dignité, son antique noblesse, en disciplinant son âme, et en la transformant par la chasteté, l'obéissance, le sacrifice et l'humilité. Devant ce ravissant spectacle, tout prétexte d'impossibilité tombe et s'évanouit, à la confusion complète de la sensualité et de la lâcheté. Quelle belle leçon la vie religieuse n'a-t-elle pas donnée à la terre en lui montrant des hommes naturellement faibles comme tous les autres, et devenant pourtant assez puissants, avec le secours de la foi, pour se vaincre eux-mêmes et pour pratiquer avec constance les vertus héroïques qui conduisent à la perfection chrétienne ! Quelle prodigieuse influence un pareil exemple ne doit-il pas exercer sur la société chrétienne ! Au milieu de la corruption du siècle, des chrétiens ont conservé les traditions et les vertus si pures et si justement célèbres de la primitive Eglise. L'Evangile d'une main et la mortification de l'autre, ils pratiquent avec une rigueur effrayante ce précepte qui est la mort de la nature dépravée : « Si votre œil vous scandalise, arrachez-le, et jetez-le loin de vous... Si votre main droite est encore pour vous une occasion de scandale, coupez-la, et débarrassez-vous-en, car il vaut mieux perdre un de vos membres, que de souffrir que votre corps entier soit précipité dans l'abîme ». (Saint Matthieu 5, 29, 30). Quoique ce ne soit après tout que ce que pratiquent chaque jour le commun des hommes pour la conservation de leur santé et de leur vie temporelle, un pareil sacrifice paraît une folie aux yeux du monde, lorsqu'il s'agit de l'âme et de la vie éternelle. Il était donc nécessaire qu'il y eût toujours au sein de l'Eglise non-seulement des individus obscurs et ignorés, mais encore des réunions plus ou moins nombreuses de fidèles assez fervents, pour protester contre l'aveuglement général par la profession publique d'une guerre ouverte de l'esprit contre la chair. C'est ainsi que les ordres religieux sont devenus le sel de la terre, qu'ils ont perpétué l'esprit de l'Evangile dans toute sa pureté et qu'ils montrent encore au monde étonné à quelle innocence, à quelle perfection l'homme peut prétendre et parvenir ici-bas, malgré la corruption et la faiblesse de sa nature. Sans doute, ce n'est pas uniquement à l'ombre des monastères que les vertus éminentes peuvent éclore, et que la doctrine céleste des conseils évangéliques s'est conservée intacte. Mais les exemples isolés et disséminés ont une action toujours moins efficace, que ceux donnés par une société de chrétiens unis par les liens de la charité, et que l'Eglise semble placer sur le chandelier comme des phares destinés à guider notre course vers le port de la bienheureuse éternité.

II. L'une des plus grossières erreurs et peut-être des plus communes qui ait cours parmi les gens du monde au sujet de la vie religieuse, c'est de se persuader qu'elle est à peu près uniquement l'asile des âmes tristes, fatiguées, mécontentes de leur condition, incapables de tenir la place que les circonstances leur ont faite au sein de la société, consumées par les désenchantements ou brisées par la douleur. On se figure que les monastères sont, les invalides du monde moral. Quelquefois, il est vrai, des cœurs meurtris dans les combats de la vie et du siècle ont été chercher dans la retraite d'un monastère des remèdes à leurs maux; mais ils n'y ont trouvé la paix qu'à la condition de nouveaux combats. Il n'est pas d'état qui demande plus d'énergie, de courage et de ténacité. Comment, en effet, en concilier les devoirs avec l'indolence, la paresse, le laisser-aller ? Une condition où à chaque instant il faut faire violence à tous les penchants de la nature ; où l'abnégation la plus complète de soi-même, de sa volonté et même de son propre jugement, devient une loi rigoureuse ; où les sens doivent être constamment sacrifiés; où la santé et la vie même ne doivent pas être épargnés si les circonstances le demandent : une telle condition ne peut être embrassée que par des cœurs grands et héroïques, et en général par des âmes encore neuves ; c'est-à-dire, à cet âge où l'homme n'ayant pas encore été abâtardi par le souffle corrompu du monde est en possession de toute sa force ; où il sent bouillir dans ses veines les élans les plus nobles et les plus généreux ; où enfin il éprouve le besoin de se dévouer pour autrui. Voilà pourquoi la vocation religieuse est si souvent le partage de l'élite de la société : une éducation élevée et chrétienne, une grande droiture de vues montrent bientôt le mensonge perpétuel de la vie du siècle, l'injustice presque toujours triomphante et la vanité des choses humaines ; alors on dit facilement adieu aux trompeuses chimères des richesses, des honneurs, des plaisirs et d'un glorieux avenir ici bas, pour embrasser par un choix libre, spontané et volontaire, la pauvreté, la chasteté et l'obéissance. L'homme qui a la conscience de sa dignité ambitionne les grands sacrifices ; et alors, ou il se dévoue à Dieu et à ses frères, dans la vie religieuse, ou il prend les armes pour se dévouer à sa patrie. Deux milices qui demandent le même don de soi ; c'est-à-dire, l'obéissance aveugle à la discipline la plus minutieuse, le renoncement à la satisfaction des sens, et souvent le sacrifice de son sang et de sa vie. Faut-il donc s'étonner si quelquefois les religieux se laissèrent entraîner à prendre les armes pour défendre de saintes causes ; et surtout, si plus souvent encore le soldat quitte l'épée pour revêtir le froc ?

Toutefois, tous les cœurs ne sont pas aussi vigoureusement trempés, lorsqu'ils franchissent pour la première fois le seuil du monastère. Mais, bientôt soumis à cette gymnastique spirituelle de la discipline religieuse, qui sait développer les forces de l'âme, on voit les caractères s'affermir, l'énergie prendre de jour en jour plus d'essor, les efforts se multiplier, et le novice devenir un vrai soldat de Jésus-Christ ; de même que sous le régime de la discipline militaire vous êtes tout surpris de trouver un vaillant guerrier à la place de ce conscrit que vous aviez estimé d'abord timide et grossier. C'est là le second service que rendent à l'Église les institutions monastiques : elles lui forment ses plus courageux et ses plus dévoués athlètes.

III. Grâce à la miséricorde infinie du Réparateur de l'humanité, les liens qui unissaient le ciel à la terre, et que le péché du premier père avaient rompus, ayant été rétablis, la prière fut l'un des plus puissants moyens donnés à la société chrétienne, pour renouer ces liens sacrés, et pour entrer de nouveau en communication avec la Divinité. Aussi, depuis le jour où les apôtres abandonnèrent aux diacres le soin de distribuer les aumônes, estimant, contrairement aux jugements du monde, que la prière et la prédication étaient des fonctions plus importantes qu'ils devaient spécialement se réserver, la sainte Eglise a toujours regardé la prière comme l'un de ses devoirs les plus graves, et l'une de ses ressources les plus assurées. C'est cet auguste ministère qui, en lui donnant une puissance irrésistible et divine, et en lui imprimant un cachet angélique et céleste, la rend si vénérable aux yeux de ses enfants. Ce ministère sublime de l'intercession frappa si vivement les fondateurs d'ordre, que quelques-uns crurent ne pouvoir mieux employer le temps de leurs religieux, qu'en le consacrant presque uniquement à ce saint exercice ; et que tous, du moins, placèrent la prière au premier rang des services que la vie religieuse pouvait rendre à la société chrétienne. De là, ces longs offices qu'ils chantaient solennellement en chœur, et dont le bréviaire, que récitent chaque jour les prêtres, n'est qu'un court abrégé, comme l'indique le nom même de ce livre mis entre leurs mains ; de là, ces veilles prolongées au milieu des nuits. Qui pourrait faire connaître au monde ces torrents de prières, dont les flots sans cesse renaissants s'élèvent nuit et jour, de tous les points du globe, jusqu'au trône des miséricordes, pour remplir les vides laissés par ceux qui ne prient pas, et pour suppléer à l'infirmité de ceux qui prient mal ? Qui pourrait dire surtout les fléaux et les châtiments arrêtés dans la main de Dieu, et les grâces sans nombre descendues sur la terre par la vertu de ces légions de religieux prosternés et suppliants ? Les hommes estiment davantage le ministère de Marthe, l'Eglise avec Jésus-Christ donne la préférence à celui de Marie, et c'est ce qui la rend si reconnaissante pour les prières des religieux qui attirent la rosée des bénédictions divines sur ses innombrables travaux.

Mais les institutions monastiques ne se bornaient pas à ce seul ordre de bienfaits. Elles savaient aussi pratiquer la charité active : ce sont elles qui, dans les siècles de tyrannie, se sont chargées de protéger l'innocence et le malheur contre l'oppression et l'injustice avec une sainte liberté et un indomptable courage ; depuis Saint Benoît qui ne craint pas de résister à Totila. jusqu'à ses moines qui soutenaient par leur énergie les chrétiens obligés de lutter contre les abus du régime féodal ; car, alors, l'impiété n'allait pas encore jusqu'à se rire de la malédiction de Dieu et de celle des hommes consacrés au service des autels. Jamais l'aumône ne fut répandue avec plus de libéralité ni d'intelligence que par les moines : n'avaient-ils pas parmi leurs dignitaires les infirmiers des pauvres ? Qui a jamais offert une aussi généreuse et aussi continuelle hospitalité à la foule indigente, témoin entre autres les religieux du Saint-Bernard ? En temps de guerre, leur monastère n'était-il pas l'abri et la sauvegarde des vaincus ? Personne mieux que les institutions monastiques n'a compris l'esprit de charité, et n'a plus mérité de l'Eglise par sa tendresse pour les faibles et pour les pauvres.

Toujours les ordres religieux ont été les défenseurs les plus intrépides de l'Eglise, et lui ont fourni ses plus illustres pontifes ; toujours le clergé régulier l'a emporté en science, en sainteté, en courage et en dévouement, sur le clergé séculier ; car il avait sur ce dernier l'inappréciable avantage de la retraite, du silence, de la discipline et de la vie commune. C'est de ses rangs que sont toujours sortis et que sortent encore les missionnaires les plus ardents aux fatigues, aux dangers de toute espèce et même au martyre, pour répandre l'Evangile sur les plages les plus lointaines, les plus barbares, les plus inaccessibles. Ils n'ont jamais cessé d'être pour l'Eglise une réserve d'élite, prête à marcher et à se dévouer au premier signal, au premier cri d'alarme.

On dit qu'un jour le plus grand général des temps modernes, et en même temps le plus intelligent législateur de notre siècle, étant parvenu au faîte du pouvoir, fit appeler la supérieure générale des sœurs de charité, et lui parla du projet qu'il avait formé de simplifier l'organisation religieuse, en réunissant en un seul ordre et sous une seule règle cette variété infinie de congrégations et d'institutions monastiques : « Alors, Sire, répliqua la sœur avec finesse. Votre Majesté réduira pour la même raison tous les corps de son armée à une même arme ! » C'est assez dire pourquoi cette diversité d'instituts religieux au sein de l'unité. Pourquoi les uns se consacrent au ministère sacerdotal des âmes, tandis que les autres armés en chevaliers soutiennent le choc des hordes musulmanes prêtes à envahir l'Occident. Pourquoi ceux-ci vont briser les chaînes des captifs, ceux-là veillent au chevet des malades, et d'autres instruisent les ignorants. Ne fallait-il pas que chacune des misères humaines eût ici-bas, par la miséricorde infinie de Dieu, sa consolation et les remèdes particuliers qu'elle réclame ?

Conçoit-on qu'après tant de dévouement et de services rendus, on ne puisse trouver autre chose à alléguer en faveur des institutions monastiques, pour leur faire trouver grâce aux yeux des hommes de nos jours, que les travaux inouïs auxquels ils se sont livrés pour le défrichement des forêts, la mise en culture des landes et des déserts ; pour la transcription et la conservation d'une multitude prodigieuse de monuments historiques et littéraires ? On veut bien encore leur tenir compte de leur érudition merveilleuse, et de ces ouvrages d'une effrayante étendue, que plusieurs générations de moines, animés d'un même esprit, pouvaient seuls entreprendre et conduire heureusement à leur terme. On devrait, surtout dans notre siècle plus que dans tout autre, admirer leur culte désintéressé de la science. On ne peut pas non plus se refuser de convenir que, sans esclaves et sans pressurer les peuples, comme le firent les Egyptiens et les Romains, que sans avoir jamais rien pris à personne, mais avec la seule ressource de l'aumône, de leur patience et de leur constance inépuisables, ils ont couvert le monde d'édifices gigantesques dont le goût exquis le dispute à la solidité et à la durée. Tous ces services, pourtant, n'étaient pour ces prétendus fainéants que l'accessoire de ces travaux d'une bien autre portée, qui les ont rendus les auxiliaires les plus utiles à l'Eglise, et que nous avons placés en première ligne, puisqu'ils avaient pour but la réhabilitation de l'humanité, la restauration de l'âme, en lui rendant sa première dignité, c'est-à-dire, son empire absolu sur la chair et les sens.

 

Élévation sur l'action de l'église sur la société au moyen des institutions monastiques

 

I. Vous aviez dit, Seigneur : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous possédez, et donnez-le aux pauvres ; vous aurez alors un trésor dans le ciel; puis, venez et suivez-moi ». (Saint Matthieu 19, 21). Vous aviez conseillé ailleurs la sainte virginité, en faisant entendre que ceux-là seuls en comprennent l'excellence et ont le courage de la pratiquer, auxquels Dieu en fait la grâce. Votre apôtre, à son tour, déclare que la virginité n'est pas un précepte, mais qu'en la conseillant il croit être animé de votre esprit. (1 Corinthiens 7, 25, 40.) C'est sur ces principes divins que vous avez fondé l'état religieux ; et pour engager les chrétiens fervents et généreux à embrasser cette voie de la perfection, vous avez promis à « tous ceux qui quitteraient leur maison, ou leurs frères ou leurs sœurs, ou leur père ou leur mère, ou leur femme ou leurs enfants, ou leurs propriétés, par amour pour vous, pour se consacrer plus entièrement à votre service, qu'ils recevraient le centuple et auraient la vie éternelle ». (Saint Matthieu 19, 29.) Détacher l'âme de tout ce qui est matériel, briser même les liens que la nature a formés, pour donner la préférence au bien suprême, pour s'attacher uniquement à vous, ô mon Dieu, et n'aimer que vous, n'était-ce pas le moyen le plus efficace de rappeler l'homme à sa dignité primitive ? N'avez-vous pas le droit de demander à vos créatures toutes leurs affections à l'exclusion de tout autre, puisque vous avez même celui de leur demander le sacrifice de leur propre vie ? Vous n'avez voulu, ô divin Sauveur, au nombre de vos serviteurs d'élite, que des âmes généreuses, détachées de toutes les choses de la terre et prêtes à tous les sacrifices; des âmes dont la seule ambition fût de marcher sur vos traces avec autant de fidélité que le permet la faiblesse humaine, de souffrir et de mourir pour vous. Qui donc aurait le droit de le trouver mauvais ? L'apôtre Saint Jean nous a révélé les trois principes du mal et de la perdition : l'amour des richesses, l'amour des plaisirs et l'orgueil. A votre tour, vous nous faites connaître les trois vertus destinées à leur servir d'antidote : la pauvreté, la chasteté et l'humilité. La pratique de ces vertus portées à un degré de perfection héroïque, voilà ce que vous demandez à ceux qui veulent se consacrer particulièrement à votre divin service dans la vie religieuse, et voilà aussi ce qui fera de ces hommes déjà assez courageux pour marcher sous un pareil drapeau, les plus vaillants soldats et les plus intrépides défenseurs de votre sainte Eglise.

II. Que votre sagesse est profonde et mystérieuse, ô mon Dieu, et combien elle se plaît à humilier la sagesse humaine en lui donnant à chaque pas les plus désespérants démentis ! Je ne m'étonne plus d'entendre votre grand apôtre s'écrier : « Ce ne sont pas les sages selon la chair, ni les puissants, ni les grands du siècle, que Dieu a appelés à la foi, mais ceux qui étaient réputés insensés, afin de confondre les sages ; il a choisi de préférence les faibles pour être ses disciples, afin de confondre les forts ; et ceux qui étaient un objet de mépris, afin d'humilier ceux qui croient être quelque chose ». (1 Corinthiens 1, 26 et ss). Et votre mort cruelle, ô divin Jésus, n'a-t-elle pas été la preuve la plus éclatante de cette sublime doctrine ? En vous ôtant la vie, vos ennemis croyaient éteindre en vous la lumière céleste de la vérité, qui démasquait leurs vices ; ils pensaient anéantir votre puissance en l'étouffant dans votre sang, et faire cesser les miracles qui affaiblissaient leur autorité ; ils étaient convaincus que les opprobres et les humiliations qu'ils vous faisaient subir seraient la ruine de votre nom, de votre doctrine et de vos œuvres; et voilà que par un prodige qui déconcerte tous les calculs de leur prudence et de leur sagesse, c'est précisément votre mort qui rend la vie à l'humanité mourante, qui met le dernier sceau à vos célestes enseignements, et en fait la lumière du monde ; c'est elle qui devient la cause de votre résurrection, le plus grand de tous vos miracles; et votre ignominieuse passion est pour vous la source d'une gloire éternelle. Après cela, comment être surpris que ceux qui veulent marcher à votre suite emploient également les moyens les plus opposés à la sagesse humaine, pour parvenir à l'héroïsme de la vertu ? Comment s'étonner de voir des hommes vendre leurs biens, les distribuer aux pauvres, pour s'enrichir; renoncer aux affections les plus légitimes, pour satisfaire plus complètement le besoin qu'ils ont d'aimer ; se soumettre au joug de l'obéissance la plus minutieuse, pour conquérir la vraie liberté et la fécondité d'action ; s'étudier avec persévérance à apaiser tous les élans de la nature, pour brûler d'un zèle plus ardent et plus pur ; se refuser tous les plaisirs du monde, accabler leur corps sous le poids des austérités et du travail, pour établir dans leur âme la joie la plus parfaite et la plus durable ; trouver la grandeur d'âme au sein des humiliations, et la force morale en s'isolant de tous les secours humains ; enfin, jouir de la paix la plus profonde au milieu d'une guerre à outrance et des combats les plus rudes et les plus multipliés ? C'est bien là, en effet, « la folie de la croix aux yeux de ceux qui marchent dans la voie de la perdition ; mais « pour ceux qui aspirent au salut, c'est l'esprit de Dieu ». (1 Corinthiens 1, 48). Et que peut-il y avoir de plus sage et de plus raisonnable que le sacrifice de tout ce qui passe en faveur de ce qui est éternel, que de dompter ses passions pour ne pas en devenir le jouet et l'esclave ? D'être quelques jours le dernier sur cette terre ingrate et trompeuse, à la condition d'être exalté et glorifié à jamais dans le royaume des cieux? en un mot, de préférer la réalité à l'illusion, la vérité au mensonge ? Oh ! Qu'ils sont heureux, Seigneur, ceux qui ferment l'oreille aux révélations hypocrites de la chair et du sang, et qui n'ouvrent les yeux qu'aux clartés divines de la foi !

III. Oui, dès ce monde, Seigneur, vous voulez confondre les impostures de la sagesse du siècle ! Le bonheur, ce don si rare et si désiré ici-bas, où le trouverons-nous ? Pour qu'on puisse lui donner ce nom, il faut qu'il soit profond et durable, à l'abri de l'inconstance de la fortune et des vicissitudes humaines ; il faut surtout, pour sauvegarder votre justice, qu'il soit à la portée de tous, et qu'il dépende uniquement de la volonté de chacun. Or, si je prête l'oreille, je n'entends s'élever de toute part que des plaintes et des gémissements. Je ne connais qu'un seul état où règne le bonheur le plus parfait qui puisse exister sur la terre, parce qu'il réunit, autant que le comporte la condition humaine, toutes les conditions et les qualités que nous venons de signaler : c'est l'état religieux. Au sein de cette vie qui paraît si triste, si monotone et si austère, particulièrement à ceux qui ferment les yeux aux lumières de la foi, toujours, Seigneur, vous avez daigné répandre, dans les cœurs qui se sont dévoués sincèrement à votre service, la joie et la félicité à un degré inconnu au reste des hommes. Le témoignage unanime et constant de vos fidèles serviteurs ne doit-il pas trouver plus de créance auprès de nous, que les déclamations amères de ceux qui, sans avoir jamais bien su ce qu'étaient les monastères, les ont qualifiés de prisons ? Il faudrait, pour se convaincre davantage de l'excellence et de l'étendue de ce bonheur réservé à la vie religieuse, lire les écrits que nous ont laissés les Pères, les docteurs, les historiens monastiques ; mais outre cette suavité délicieuse et surnaturelle que vous accordez, ô mon Dieu, comme un avant-goût de la céleste félicité, aux âmes qui vous ont choisi pour leur unique partage, vous leur faites goûter ce charme et cette paix que vous avez attachés au témoignage de la bonne conscience et aux victoires remportées sur les passions. A l'abri des agitations du monde, des troubles et des inquiétudes qui sont le cortège obligé de l'ambition et de l'intérêt, le Religieux vit insouciant des besoins de la vie matérielle et domestique, et réserve toute son activité pour l'appliquer sans partage aux œuvres qui lui sont confiées. Quelle que soit la nature de celles-ci, peu lui importe, parce qu'elles sont dans l'ordre de l'obéissance et surnaturalisées par la prière. Il est privé des spectacles bruyants du siècle ; mais il a ceux de la nature, il les admire et en jouit comme d'un reflet de la beauté divine ; son cœur se dilate en les contemplant, et le recueillement qui entoure son existence lui permet d'entendre les concerts de louanges que toutes les créatures célèbrent à la gloire de leur auteur. Dieu sait trop bien que l'amour est la loi du cœur, pour la flétrir dans l'âme de ceux qui, afin de se donner à lui, ont brisé tous les liens des plus tendres affections: la religion discipline les passions et les purifie sans les anéantir, ni même les amoindrir. Aussi, faut-il aller dans les monastères pour y apprendre, avec la science du vrai bonheur, celle d'aimer saintement, fortement et fidèlement ; parce que les Religieux, surtout, aiment Dieu, et qu'ils aiment les hommes en lui, de cet amour qui est fort comme la mort. Ce sentiment sublime qui, de sa nature, tend comme le feu à se dilater et à tout embraser de ses divines ardeurs, est le foyer du bonheur personnel de ces hommes de Dieu, et devient aussi le germe fécond des bienfaits sans nombre qu'ils ne cessent de répandre autour d'eux. Leurs portes et leurs cœurs sont ouverts à toutes les infortunes; ils ont des consolations et des remèdes pour toutes les peines de la vie. Aussi jamais institution ne fut plus populaire, c'est-à-dire plus goûtée et plus aimée par les classes inférieures et indigentes, dont elle est la providence. Comment les Religieux ne seraient-ils pas aimés, eux qui aiment si bien ! Le bonheur d'être utiles à leurs semblables, s'ajoutant à celui qu'ils goûtent déjà derrière les murs de leur cloître, supprime, pour ainsi dire, chez eux les tristes années de leur vieillesse, en donnant à leur cœur une jeunesse perpétuelle ; car l'amour est la vie du cœur, et ils aiment Dieu et leurs frères jusqu'au dernier soupir. Telles sont, ô divin Maître, les célestes douceurs dont vous inondez ces prétendues victimes sur lesquelles le monde ne s'apitoie que pour miner et renverser, s'il le pouvait, l'état religieux, l'un des plus sûrs boulevards de votre église. Ah ! Si ce genre de vie est une source intarissable de tristesse, de chagrins et de regrets amers, comment verrait-on toujours la sérénité, l'affabilité et la joie empreintes d'autant plus profondément sur les traits de ceux qui l'ont embrassé, que leur vie est plus austère et qu'ils sont plus fidèles à en remplir les devoirs ? Comment se ferait-il que, quoique voués à la sainte chasteté, les ordres religieux se multipliassent avec une merveilleuse fécondité ; et qu'il ne fallût rien moins pour les disperser, qu'une autorité jalouse et ombrageuse qui ose porter une main sacrilège sur leurs modestes demeures, et sur les aumônes pieuses dont l'administration leur est confiée ? D'où vient que, lorsque l'impiété va jusqu'à violer ces sanctuaires et à ouvrir par la violence les portes de ces soi-disant prisons, il faille employer la force brutale pour en arracher ceux qui les habitent ? Ah ! Seigneur, nous devons le dire et nous l'avouons avec douleur : oui, parmi ces légions innombrables de fidèles disciples, il s'en est trouvé quelques-uns qui ont été prévaricateurs, qui ont renoncé à l'honneur d'être pauvres, mortifiés et humbles avec vous , pour retourner lâchement aux richesses, à la volupté et à l'orgueil de la vie, auxquels ils avaient d'abord généreusement renoncé. Mais la trahison de Judas ne fit pas des traîtres de tout le reste des apôtres, et celle de Luther ne saurait affaiblir l'éclat du zèle de Xavier, ni celui de la charité de Vincent de Paul. Laissons à Cham son impudence et ses railleries insolentes : pour nous, ô mon Dieu, nous nous joindrons aux autres fils bénis de Noë pour couvrir du manteau de la décence et du respect les souillures dont votre Eglise est innocente, et nous dirons à ceux qui ne savent pas faire la part de l'infirmité humaine : Que celui qui est sans péché jette la première pierre à ces institutions fondées par l'esprit de Dieu et célébrées par la reconnaissance des faibles, des petits, des pauvres et des malheureux !

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Conclusion du Mois de Saint Pierre

 

Nous pensons qu'il ne sera pas inutile de faire suivre les méditations et les élévations que nous avons développées, d'un sommaire qui fasse mieux saisir l'ensemble du plan divin qui a présidé à l'établissement de l'Eglise, et qui fasse mieux comprendre comment les différents principes sur lesquels l'Eglise de JésusChrist est fondée se lient aux moyens qu'elle emploie pour accomplir sa mission. Les numéros correspondent à chaque méditation et élévation.

I. L'Église universelle renferme le monde entier des esprits ; elle ne se borne pas à la terre, elle renferme encore le Ciel et le Purgatoire.

II. Le ciel, c'est le trône suprême de Dieu le Père, la résidence glorieuse du Fils, le temple spécial de l'Esprit-Saint ; la demeure de Marie, des anges, des saints de tout âge, de tout sexe et de toute condition. C'est le centre d'où rayonne sur l'Eglise universelle tous les secours célestes et toute la félicité, dont Dieu est la source unique. Le ciel est en même temps le centre où convergent tous les vœux, toutes les espérances et toutes les louanges.

III. Le Purgatoire est le lieu d'expiation pour les âmes qui sont encore souillées de quelques fautes légères, ou qui n'ont pas encore acquitté toutes leurs dettes envers la justice divine. Toutefois, l'Eglise militante est la pierre angulaire, qui touche d'une part au ciel par les grâces qu'elle reçoit de l'intercession des saints qui jouissent de la gloire éternelle ; et qui, d'autre part, communique avec le purgatoire, en soulageant par ses suffrages, par le saint sacrifice de la messe et par le trésor des indulgences, les âmes soumises à l'expiation. Le sang de Jésus-Christ, par l'application duquel l'Eglise de la terre reçoit des secours du ciel, et vient en aide elle-même au purgatoire, est comme le ciment qui unit ces trois demeures pour n'en faire qu'un seul édifice, l'Église universelle.

IV. L'Eglise de la terre ou l'Eglise militante est la société éprouvée ici-bas, le berceau des âmes. Le ciel y trouve des élus : donc le ciel suppose l'existence de l'Eglise de la terre, puisque c'est dans ce lieu d'épreuve qu'il recrute ceux auxquels il sert de récompense. Le purgatoire suppose à son tour, d'abord, l'existence de l'Eglise militante, et ses fragilités qu'il fait expier ; et ensuite l'Eglise triomphante, à laquelle il rend les âmes, renouvelées et purifiées. Mais toute société doit être régie par des lois et par un gouvernement. Dieu, qui est l'ordre par essence, après avoir créé l'admirable harmonie qui règne dans le ciel et dans le purgatoire, et qui les unit entre eux, devait nécessairement ne pas abandonner la terre au hasard, et y établir des lois : d'abord, pour régler la société qui l'habite, et ensuite pour la mettre en rapport avec l'Eglise du ciel et avec celle du purgatoire, qui ne forment avec l'Eglise de la terre qu'un seul et même corps : il devait y établir un gouvernement pour la diriger et pour veiller à l'exécution de ces lois ; et il l'a fait en établissant son Eglise. Ce gouvernement devait être naturellement tout à la fois temporel et spirituel, pour répondre à l'organisation humaine, qui est tout ensemble corps et esprit. Il fallait, en effet, que ce gouvernement pût atteindre des êtres qui n'ont de perception que par les sens, et qu'il élevât par ce moyen leur esprit jusqu'à l'ordre surnaturel.

V. Or, comme un gouvernement n'est établi que pour assurer le maintien de l'ordre, il s'en suit qu'il doit nécessairement avoir une influence efficace sur tous les actes de ceux qui lui sont soumis, d'autant plus qu'aucun de ces actes ne saurait être indifférent à cet ordre et à la fin que Dieu se propose.

VI. Au reste, les faits historiques viennent à l'appui de ces indications de la simple raison. L'Eglise, c'est-à-dire une société régie par des lois et par un gouvernement spirituels, a existé dès l'origine du monde et de la société, et elle a pris des normes diverses et successives jusqu'à l'époque fixée dans les desseins de Dieu, pour la restauration de l'humanité par la rédemption divine. Dès lors, son organisation a été complète, définitive et immuable.

VII. Ces faits providentiels étaient les préambules, la figure, la préparation et comme l'ébauche de l'Église que devait établir Jésus-Christ.

VIII. Aussi, Dieu a-t-il réglé et disposé dans le monde tous les événements de manière à préparer les esprits à l'avènement du Messie, à l'établissement de l'Eglise et à la propagation de l'Evangile.

IX. Ensuite, suivant toujours une marche progressive, Dieu fait prédire positivement l'institution et l'établissement de l'Eglise.

X. Puis, il marque d'un sceau frappant et facile à reconnaître de tous celui qui doit en être le fondateur ; il réalise, pour le manifester, tout ce qui a été promis, figuré et prédit à son sujet.

XI. Enfin, après tous ces préparatifs, le Fondateur de l'Eglise apparaît au monde, et établit d'abord les premiers rudiments de l'Eglise qu'il voulait fonder, dans des conditions diamétralement opposées à la sagesse humaine.

XII. Jésus-Christ emploie toute sa vie à préparer les éléments de son Eglise : il commence par annoncer sa doctrine en la pratiquant lui-même le premier; il la prêche ensuite et l'enseigne à ceux auxquels il veut en confier plus lard la prédication, et les forme à ce ministère sacré. Mais comme il ne suffisait pas de faire connaître la vérité aux hommes, s'ils restaient trop faibles pour la pratiquer, il institue des moyens par lesquels tous pourraient obtenir la force de faire passer sa doctrine dans leurs œuvres.

XIII. Il couronne enfin ses travaux par l'établissement définitif de son Eglise, à laquelle il confère des pouvoirs divins et donne définitivement un chef, afin d'assurer l'accomplissement de la mission qu'il lui confie, c'est-à-dire afin qu'elle puisse continuer jusqu'à la consommation des siècles l'œuvre de régénération qu'il a commencée.

XIV. Il veut qu'un prodige éclatant serve à publier solennellement en face de l'univers entier l'installation de l'Eglise ; et le Saint-Esprit descend en forme de langues de feu sur les apôtres le jour de la Pentecôte.

XV. Théorie divine de la manière dont Jésus Christ lui-même et le Saint-Esprit continuent à entretenir la vie dans la société chrétienne par l'entremise de l'Eglise.

XVI. Moyens principaux que Jésus-Christ a établis et confiés à son Eglise pour que cette vie divine découle du chef, qui n'est autre que lui-même, dans les membres, c'est-à-dire dans chacun des fidèles. Le premier de ces moyens est l'enseignement de sa doctrine, dont il n'a laissé le dépôt qu'à son Eglise. Cette doctrine divine renferme : 1° des dogmes, ou principes qui servent de base à toute la religion chrétienne ; 2° des mystères, qui ne sont autre chose que les dogmes et la morale chrétienne mis, en quelque sorte, en action dans les faits les plus saillants de la vie du Sauveur ; 3° la morale, ou les règles pratiques de toutes les vertus.

XVII. Mais, afin que cette doctrine admirable pût devenir pour l'Eglise une base inébranlable, sur laquelle elle pût reposer avec assurance jusqu'à la fin des temps, il fallait qu'elle fût immuable comme l'œuvre de réparation que Jésus-Christ venait établir avec l'aide de l'Eglise.

XVIII. Il fallait, par conséquent, que l'Eglise fût dotée du privilège divin de l'infaillibilité dans ses décisions doctrinales ; sans cette prérogative, en effet, jamais elle n'aurait pu conserver intact et pur le dépôt sacré de la vérité qui lui était confié.

XIX. La doctrine et les moyens de salut dont l'Eglise est dépositaire étant immuables, ils devaient être toujours les mêmes qu'aux temps apostoliques : l'Eglise devait donc être apostolique.

XX. L'indispensable nécessité de l'unité de sa doctrine découle nécessairement de son immutabilité; et l'Eglise devait aussi posséder l'unité de ministère et de gouvernement, car un corps ne peut avoir deux têtes : donc l'Eglise devait être une.

XXI. Comme l'Eglise a été fondée par Jésus Christ, le Saint des saints ; que ses premiers apôtres ont été des saints; qu'elle a été instituée pour la sanctification des hommes; que sa doctrine, ses mystères, sa morale et les moyens qu'elle emploie pour accomplir sa mission, sont marqués au sceau de la sainteté ; qu'elle a formé des saints dans tous les siècles, et que seule elle possède les principes et les moyens indispensables pour conduire les hommes à la sainteté : il s'en suit que la sainteté est un de ses attributs les plus éminents.

XXII. La persécution sera encore l'un des caractères essentiels et divins de l'Eglise, parce que la nature de son œuvre est de combattre sans cesse l'erreur et les passions humaines qui, à leur tour, conspirent et luttent sans cesse contre elle.

XXIII. Enfin, elle est catholique, puisque, répandue sur tous les points du globe, elle est revêtue partout des mêmes propriétés et des mêmes prérogatives ; et qu'elle est destinée à conduire tous les hommes à Dieu, leur dernière fin.

XXIV. L'Eglise romaine réunit seule tous ces caractères divins.

XXV. Outre le dépôt de la doctrine divine et immuable que Jésus-Christ a confié à son Eglise, comme un moyen de régénérer l'humanité et d'y entretenir la vie, deux autres sources intarissables de restauration et de perpétuité lui ont été laissées encore par son céleste Fondateur pour la seconder dans sa sublime mission: d'abord, le sacerdoce, que le Sauveur a revêtu de la magistrature nécessaire pour le gouvernement de la nouvelle société chrétienne; et qu'il a chargé exclusivement de la garde de la législation et de la doctrine évangéliques.

XXVI. En confiant au sacerdoce le gouvernement des âmes et la législation renfermée dans l'Evangile, Jésus-Christ l'a établi le juge des consciences, et lui a donné, pour compléter les pouvoirs nécessaires à l'exercice de ces fonctions, la faculté de lier et de délier, c'est-à-dire, de refuser le pardon et d'absoudre.

XXVII. Par la parole divine, le sacerdoce éclairait les intelligences, il purifiait les cœurs et leur rendait la vie par le sacrement de la réconciliation ; il lui fallait encore un puissant auxiliaire, pour désinfecter, si je puis m'exprimer ainsi, les âmes corrompues par le péché d'origine, pour y entretenir cette vie divine et pour les unir intimement à Dieu. C'est l'Eucharistie que Notre-Seigneur a instituée pour atteindre ce triple but, et qui opère tous ces prodiges entre les mains des prêtres de la nouvelle loi, par l'auguste sacrifice des autels et par la sainte communion.

XXVIII. A la doctrine évangélique et au sacerdoce, confiés à l'Eglise pour rendre son action plus efficace sur l'humanité, le Sauveur a joint le sacrement de mariage ; et c'est ainsi qu'après avoir tracé lui-même les lois de ce saint état, il y a attaché des faveurs et des secours surnaturels destinés à régénérer la famille en la sanctifiant jusque dans sa source.

XXIX. De tous ces moyens d'action résulta le culte extérieur et public. Celui-ci, tout en étant la manifestation naturelle du culte intérieur, devenait entre les mains de l'Eglise un moyen puissant d'exercer sa salutaire influence sur les âmes, pour les éclairer, les toucher et les attirer à la pratique des vertus. D'ailleurs, la nature de l'homme, composé d'un corps et d'une âme, réclamait ce double culte. Tous deux devaient à Dieu leurs hommages pour le bienfait de la création, tous deux avaient besoin de la grâce de la régénération, puisque c'était pour atteindre ce double but que le Verbe s'était incarné.

XXX. La loi nouvelle, destinée à la restauration du genre humain, avait pour principe fondamental l'amour de Dieu et l'amour du prochain par rapport à Dieu. Or, l'Eglise seule ayant reçu le dépôt de cette loi céleste, et possédant seule l'Eucharistie ou la source intarissable de l'amour divin, pouvait donc seule aussi exercer les œuvres inspirées par la charité, et en posséder le monopole ; c'est-à-dire, qu'il n'appartenait qu'à elle de convertir une œuvre de bienfaisance purement naturelle et humaine, en un acte surnaturel de charité, et qu'il n'y avait qu'elle qui pût se dévouer perpétuellement,en tout temps, en tout lieu, pour tous sans exception, avec le désintéressement le plus complet, sous l'inspiration de l'amour divin devenu le mobile dominant de tous ses actes. C'est avec ce levier puissant de la charité chrétienne, dont elle seule a reçu le don précieux, qu'elle agit avec tant de force et de douceur sur l'univers entier, et qu'elle gagne tous les cœurs.

XXXI. Enfin, l'Eglise a su former dans son sein des institutions spéciales, où la pureté de sa doctrine et de sa morale, où la perfection évangélique se conservent intactes, comme dans un sanctuaire impénétrable à la corruption du siècle. Ces institutions précieuses renferment l'élite de ses enfants, et sont encore pour l'exercice de son importante mission une ressource incomparable. Là, elle montre au monde étonné les triomphes héroïques que l'esprit peut remporter sur la chair, avec le secours de la grâce ; là, sa charité trouve les auxiliaires les plus intelligents et les plus dévoués pour répandre ses bienfaits ; et c'est encore dans ces espèces de forts détachés, que l'on appelle monastères, qu'elle est sûre de rencontrer, au moment de l'épreuve et des combats, les hommes les plus fortement trempés et les plus vaillants défenseurs : les institutions monastiques sont donc devenues entre ses mains un moyen d'action des plus puissants.

 

Conclusion

 

Telle est l'Église, cette société chrétienne dont la nature et le plan général sont si peu connus. Ses fondements divins se trouvent au premier âge du monde ; ses formes anciennes et successives n'étaient qu'une préparation à sa forme actuelle et définitive, qui est l'œuvre du Verbe fait chair ; sa mission réparatrice lui a été donnée par Jésus-Christ lui-même, et ne finira qu'avec les siècles. Enfin, les moyens d'action qu'elle a reçus pour travailler à la restauration de l'humanité tout entière, auront toujours la même efficacité, parce que leur source vient de Dieu, dont la Toute-Puissance n'a pas de borne et qui, par conséquent, ne saura jamais rencontrer d'obstacle invincible.

L'Eglise n'est donc pas l'œuvre des hommes : une œuvre précaire, sujette au changement selon le caprice de l'humanité, selon le génie des nations, selon les différents esprits qui animent les peuples arrivés à tel ou tel degré de civilisation. Faite de toutes pièces par Jésus-Christ lui-même, dont toutes les œuvres sont parfaites dès le premier jet, parce qu'étant Dieu il sait tout et prévoit tout, elle n'a pas à suivre, comme les institutions humaines, les diverses phases et les divers degrés du progrès : elle n'aura donc jamais rien à changer, et elle n'a même pas le pouvoir de rien changer au plan divin de son Fondateur, ni aux principaux moyens d'action qui ont été placés entre ses mains, non comme une propriété, mais comme un dépôt inviolable. Elle restera immuable jusqu'à la fin des temps, et l'humanité devra se plier à ses lois, si elle tient à se régénérer et à reconquérir sa dignité originelle ; si elle refuse de se soumettre à ce joug si doux, elle retombera infailliblement dans la barbarie, victime de son orgueil et de ses passions déchaînées. Jésus-Christ étant Dieu, la lumière et le Sauveur du monde, il n'appartenait qu'à lui seul ici-bas de régler sans contrôle et d'imposer d'une manière absolue les conditions auxquelles il entendait restituer au genre humain ses titres de noblesse et lui accorder la félicité éternelle. Il a chargé l'Eglise de faire connaître aux hommes ses volontés, et de les aider à les accomplir ; il ne nous reste donc qu'à admirer sa bonté et sa miséricorde infinies, qui le font descendre si bas, à adorer ses décrets divins, et à lui témoigner notre profonde reconnaissance, en nous soumettant avec amour à la direction pleine de tendresse de celle qu'il veut que nous appelions notre mère.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

Fin du Mois de Saint Pierre

 

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Téléchargez l'intégralité des méditations du Mois de Saint Pierre (pdf) en cliquant ici

 

 

Très chers amis d'Images Saintes,

 

Paix et joie !

 

Voilà bientôt 10 ans qu'a débuté l'aventure Images Saintes, ainsi, au fur et à mesure du temps, c'est une vraie vocation qui a vu le jour : accompagner votre vie spirituelle, et vous êtes toujours plus nombreux à venir puiser dans ces pages... Vous êtes environ près de 5000 personnes par jour à venir, du monde entier, puiser dans ces pages qu'il faut toujours plus remplir avec et par de bons textes et de belles images... Afin de poursuivre cet apostolat riche et fécond, de nouveaux Mois de dévotion sont en cours de frappe et viendront prochainement accompagner votre prière. Si toutefois vous aviez des textes et des images a proposer, pour le blog, je suis bien volontiers preneur, merci donc de les adresser à franck.monvoisin.33@gmail.com Et ils seront publiés dans les temps à venir...

Images Saintes vous donc donne rendez-vous très prochainement, afin d'accompagner toujours plus votre méditation et votre prière.

 

Merci de votre fidélité et que les Cœurs Unis de Jésus et de Marie vous bénissent !...

A très bientôt...!!!

 

Le rédacteur du blog,

Frank Monvoisin, laïc consacré.

 

 

Pour recevoir des prières et pour être tenus au courant des prochaines mises à jour du blogabonnez-vous à la newsletter d'Images Saintes

29 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Trentième méditation

Action de l'Eglise sur la société par l'exercice des œuvres de Charité

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Jusqu'à la venue du Messie, l'égoïsme le plus complet régnait au sein des sociétés. Les pauvres et les petits, les ignorants et les faibles étaient opprimés par les riches et les grands, par les savants et les forts ; les enfants estropiés ou contrefaits, les infirmes et les vieillards étaient considérés comme des charges inutiles, et par conséquent ruineuses pour l'État, et trop souvent une mort violente était l'expédient dont on se croyait autorisé à faire usage pour en débarrasser les familles et la patrie. Les femmes elles-mêmes étaient réduites à une sorte d'esclavage, comme nous l'avons dit ailleurs ; elles devenaient un objet de mépris pour l'homme dès qu'elles avaient cessé de lui plaire, et l'époux avait droit de vie et de mort sur elles. Le souverain Réparateur du genre humain déchu ne pouvait tolérer plus longtemps une semblable tyrannie. Pour relever la femme de son abjection, il en choisit une pour être sa mère ; il voulut un vieillard pour père nourricier ; l'un et l'autre étaient pauvres, et lui-même se fit ouvrier afin d'ennoblir la pauvreté ; enfin, au lieu d'entrer dans le monde comme le premier Adam à l'âge de l'homme parfait, il y vint avec toutes les misères et les faiblesses de l'enfance pour que désormais l'enfance fût respectée et devînt l'objet même d'une sorte de culte. A sa naissance, il choisit une étable pour demeure, une crèche et un peu de paille pour reposer ses membres délicats ; et ce furent des pauvres qu'il appela pour être les premiers informés de l'avènement du Sauveur du monde et pour être ses premiers adorateurs. A peine commençait-il à annoncer sa doctrine que déjà il exaltait les pauvres, ceux qui pleurent et ceux qui souffrent persécution, et qu'il promettait toutes ses miséricordes aux cœurs miséricordieux. Mais, comme ses enseignements n'étaient, pour ainsi dire, que le commentaire de ses propres exemples, nous le voyons prendre de préférence pour ses apôtres des pauvres et des ignorants, des hommes grossiers et sans influence ; plus tard, il confond l'orgueil de ceux qui voulaient être les premiers dans son royaume céleste, en faisant approcher de lui de petits enfants, que l'on repoussait avec mépris : il les embrasse, il les bénit et s'écrie : « C'est à ceux qui leur ressemblent qu'appartient le royaume des cieux ». (Saint Matthieu 19, 14.) Puis, il proclame « que les derniers seront les premiers, et que les premiers seront les derniers ». (Saint Matthieu 20, 16.) Enfin, tout le reste de sa vie se passe à répandre des bienfaits sur tous ceux qui se pressent autour de lui, et les pauvres et les malades en recueillent la meilleure part.

II. Soit la nouveauté de cette doctrine et de sa réalisation, soit que la reconnaissance eût survécu dans le cœur de l'homme à tous les sentiments d'humanité qui s'y étaient éteints, l'exercice des œuvres de charité fut peut-être dans la vie du divin Maître ce qui fit sur les peuples la plus profonde impression, et ce qui attira davantage à lui ces foules si empressées de l'entendre. Aussi, saint Pierre voulant faire connaître Jésus-Christ à Corneille et à tous ceux qui, avec lui, avaient demandé à être instruits dans la foi, leur dit, comme pour peindre le Sauveur d'un seul trait : « Il a passé en faisant du bien ». (Actes des Apôtres 10, 38). La pratique des œuvres de charité était donc l'un des plus puissants moyens d'action que Notre-Seigneur pût laisser à son Eglise pour exercer son influence salutaire sur l'humanité. Sans doute la bienfaisance peut être pratiquée même en dehors de l'Eglise catholique; mais il n'en est pas ainsi des œuvres de charité, dont Jésus-Christ a réservé le monopole à sa sainte Epouse, comme étant seule digne de lui succéder dans l'accomplissement de cet auguste ministère ; l'expérience apporte tous les jours un nouveau degré d'évidence à cette vérité. La bienfaisance, en effet, est une œuvre purement humaine, qui ne procède que d'une sensibilité naturelle plus ou moins vive, et aussi variable que les tempéraments ; il en résulte qu'elle subit les conséquences de son principe. Les secours matériels sont à peu près l'unique objet de sa sollicitude, parce que les souffrances physiques sont ce qui frappe et ce qui touche le plus la sensibilité humaine ; ils sont accordés, non pas toujours en proportion des besoins réels, mais dans une mesure relative à l'impression plus ou moins sensible qui a été reçue ; il y a des malheureux auxquels la nature a départi des qualités et même des traits qui excitent plus vivement l'intérêt, tandis que d'autres, complètement déshérités, sont repoussants à quelque point de vue qu'on les considère. Les uns sont reconnaissants, d'autres au contraire sont exigeants, et trouvent qu'on est injuste à leur égard en ne pourvoyant pas à tout ce qu'ils jugent leur être nécessaire. La bienfaisance humaine entoure les premiers de tous ses soins, et délaisse les derniers ; car, avant tout, elle cherche sa satisfaction personnelle, elle s'aime elle-même avant d'aimer les pauvres ; aussi est-elle inconstante, et s'arrête dans ses bonnes œuvres dès qu'il s'agit de privations, de sacrifices personnels, et de vaincre les répugnances de la nature.

La Charité chrétienne part d'un tout autre principe : elle prend sa source dans le Cœur même de Dieu ; la foi est l'unique règle de sa conduite ; tout dans ses œuvres est surnaturel et céleste. Elle aime tous les malheureux, quels qu'ils soient, et les secourt tous, sans autre distinction que celle commandée par la sagesse et la prudence chrétiennes; mais elle les aime et les secourt en se donnant et en se dévouant elle-même à leur service, en sacrifiant ses goûts, ses aises, sa fortune, son temps, sa vie même s'il le faut, sans attendre aucun retour de la part de ses obligés ; car, dans chaque malheureux, elle voit un membre souffrant de Jésus-Christ, et elle sait que c'est à ce divin Sauveur qu'elle se sacrifie, selon cette parole du divin Maître : « Tout ce que vous ferez au plus petit des miens, je le regarderai comme fait à moi-même » (Saint Matthieu 25, 40). Aussi, son amour pour tous ceux qui ont besoin de son dévouement est sans borne, et elle semble répéter avec celui qui nous a aimés le premier jusqu'à mourir pour nous : « Personne n'aime davantage que celui qui donne sa vie pour ceux qu'il aime ». (Saint Jean 15, 13). Outre ces principes fondamentaux de la charité chrétienne, l'Eglise catholique possède seule le précieux trésor, où il est donné à tous ses enfants de puiser la force de l'exemple et le courage nécessaires à l'accomplissement généreux et constant des œuvres charitables : la sainte Eucharistie. Quel modèle admirable, en effet, que celui de Jésus-Christ se donnant tout entier, tous les jours et à chaque instant à tous ceux qui le demandent, pour répandre dans leur cœur toutes les richesses de sa grâce ! Quel amour et quel dévouement pour le prochain ne doit-il pas communiquer aux âmes qui s'unissent à lui en participant aux saints mystères, lui qui a tant aimé les hommes !

III. Dès son berceau la sainte Eglise comprit toute la puissance de ce moyen d'action pour accomplir la sublime mission que le Sauveur lui avait confiée. Elle était à peine constituée, que déjà elle prêchait le soulagement des pauvres. Sa voix est entendue : les néophytes mettent leurs biens en commun ; les aumônes affluent aux pieds des apôtres ; ceux-ci ne peuvent bientôt plus suffire à les répandre, et ils établissent des diacres et des diaconesses pour les aider dans ce touchant ministère. Des quêtes s'organisent dans les différentes chrétientés qui surgissent de toute part, et on envoie des secours aux pauvres de Jérusalem. L'Eglise naissante ne se contente pas de soulager les infortunes, elle entoure de sa vénération ceux qui en sont victimes : le grand apôtre les appelle les saints, et il demande qu'on prie pour lui, afin que les aumônes qu'il va distribuer leur soient agréables. L'Eglise est encore à son début, et déjà l'empire de sa charité a tellement subjugué les âmes, que les païens eux-mêmes, témoins des merveilles qu'elle opère, s'écrient avec admiration en parlant des chrétiens : « Voyez comme ils s'aiment ! » Partout où la foi pénètre, la charité l'accompagne, car ce sont des sœurs inséparables ; le Sauveur n'avait-il pas proclamé que l'amour de Dieu et du prochain n'était pour ainsi dire qu'un seul et même commandement ? Il ne pouvait donc pas y avoir de christianisme sans la charité et sans les œuvres qui en sont le rayonnement nécessaire. Que l'on juge maintenant de l'influence immense que doit donner à l'Eglise l'exercice de cette céleste mission ? Elle lui ouvre les palais des riches pour solliciter au nom de Jésus-Christ l'abandon d'une partie des biens que la Providence leur a accordés avec tant de libéralité, et l'Eglise leur dit comme l'apôtre Saint Paul aux Romains : « Si vous voulez entrer en participation des biens spirituels des pauvres, vous devez secourir ceux-ci de vos biens temporels ; car vous êtes leurs débiteurs ». (Romains 15, 27). Puis, ce sont les cœurs des pauvres, dont la charité est la clef, qui s'ouvrent à leur tour pour recevoir avec les secours matériels les consolations incomparables que la religion seule peut leur donner ; car elle leur montre la croix du Sauveur pour leur apprendre à souffrir comme lui avec résignation ; et elle leur répète avec le divin Maître : « Bienheureux les pauvres... bienheureux ceux qui pleurent... (Saint Matthieu 5, 3-5). « Vous êtes maintenant dans la tristesse, mais vous verrez un jour » Jésus-Christ, « et votre cœur sera dans la joie, et personne ne pourra vous ravir cette joie ». (Saint Jean 16, 22). C'est la ce qui explique ce crédit immense qui a toujours été ouvert à la sainte Eglise, et qui lui a permis d'élever à la pauvreté et aux souffrances de toute espèce des asiles dont l'étendue, dès le quatrième siècle, était comparée par saint Grégoire de Naziance à celle d'une nouvelle ville ; et dont la magnificence était telle qu'on les décorait du nom remarquable d'Hôtel-Dieu. Personne n'ignore les fruits admirables que produisirent pour la propagation du christianisme les œuvres de charité exercées par les matrones romaines dans la capitale du paganisme ; et dans tout le monde connu, par ces milliers de vierges qui, autrefois, se consacraient au service de Dieu, sans quitter pour cela le toit paternel. Ce fut toujours par l'exercice de la charité que l'Eglise, à l'exemple de son divin Epoux, étendit ses conquêtes et qu'elle affermit dans la foi les peuples qu'elle lui avait gagnés. Plus ingénieuse que le malheur, elle sut toujours en triompher par les formes intelligentes et multipliées auxquelles elle plia ses œuvres, de manière à venir en aide à toutes les infortunes. En amollissant et en touchant les cœurs par ses bienfaits, elle soumet bientôt les esprits au joug de la foi qui l'inspire, et bientôt aussi elle a remporté de nouvelles victoires. On peut bien la persécuter, fermer ses temples, abattre ses autels, faire couler le sang de ses prêtres et de ses pontifes, mais il n'est pas de puissance sur la terre qui puisse l'empêcher d'aimer et de secourir les malheureux, et par conséquent anéantir l'irrésistible et salutaire influence des œuvres de sa charité : « La charité ne périra jamais ». (1Corinthiens 13, 8).

 

Élévation sur l'action qu'exerce l'Eglise sur la société par les œuvres de Charité

 

I. O Dieu, vous êtes la Charité par essence ; comment votre sainte Epouse ne participerait-elle pas à celle de vos perfections que vous avez le plus à cœur de manifester aux hommes ? Il n'est pas un seul de vos commandements dont le principe fondamental ne soit l'amour, puisque vous avez dit vous-même que ce mot descendu du ciel renfermait toute la loi et les prophètes. Lorsque vous avez chargé votre Eglise de prêcher votre doctrine divine et de la faire observer, vous avez demandé à celui que vous en aviez établi le chef, s'il vous aimait, et s'il vous aimait plus que les autres ; et il fallut qu'il vous assurât d'une manière solennelle et par trois fois qu'il vous aimait de toute son âme, pour que vous le jugeassiez digne de paître vos agneaux et vos brebis, et de conduire votre troupeau dans les voies du salut. Mais, d'après la parole même du disciple que vous chérissiez entre tous les autres, ô divin Maître, « celui qui dit qu'il aime Dieu et qui n'aime pas son frère, est un menteur. Car, ajoute-t-il, celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? C'est Dieu lui-même qui nous a fait ce commandement : pour aimer Dieu, il faut aimer son frère ». (Saint Jean, Ep. 4, 20, 21) Aussi, Seigneur, à peine vos apôtres commencèrent-ils a annoncer les vérités de la foi, qu'ils publièrent en même temps que les œuvres de charité étaient aussi nécessaires pour le salut que la foi elle-même : « La foi, disait saint Jacques, est une foi morte, si elle n'est accompagnée des œuvres qui en sont les fruits... L'homme ne peut être justifié par la foi sans les œuvres... de même qu'un corps sans âme est mort, ainsi la foi sans les œuvres est une foi morte ». (Jacques 2, 17, 24, 26.) Et il dit ailleurs : « A quoi vous servira, mes frères, que vous proclamiez que vous avez la foi, si vous n'en faites pas les œuvres? la foi seule pourra-t-elle vous sauver? Si votre frère où votre sœur sont nus, et qu'ils manquent du pain de chaque jour, et que vous vous contentiez de dire : Allez en paix, je vous souhaite de trouver de quoi vous réchauffer et de quoi vous rassasier; si vous ne leur donnez pas ce qui leur est nécessaire, pensez-vous que cela vous servira beaucoup pour votre salut ? » (Jacques 2, 14-16.) « Voici, disait encore saint Jacques, en quoi consiste la religion pure et sans tache aux yeux de Dieu : c'est à visiter les orphelins et les veuves dans leur malheur, et à conserver l'innocence au milieu de la corruption du siècle. (Jacques 1, 27.) Votre apôtre bien-aimé, ô divin Sauveur, répéta à ses disciples jusqu'à son dernier soupir : « Mes enfants, aimez-vous les uns les autres ». Et il écrivait dans sa première épître : « Celui qui possède les biens de ce monde, et qui ferme son cœur lorsqu'il voit son frère dans le besoin, comment pourrait-il avoir en lui la charité divine ? Mes enfants, n'aimons pas en paroles ni en vains discours, mais prouvons par nos œuvres la sincérité de notre amour » (3, 17, 18).

II. L'amour du prochain ou les œuvres de charité sont donc, Seigneur, le sceau divin auquel vous avez marqué votre Eglise ; et lors même que toutes les autres preuves de sa céleste origine et de sa mission sacrée viendraient à lui manquer, ou ne frapperaient pas tous les esprits de leur évidence incontestable, il suffirait de voir son front couronné du diadème de la charité pour reconnaître qu'elle est votre ouvrage, et que seule elle est dépositaire de la vérité, puisque seule elle possède les trésors de votre amour. C'est, en effet, le caractère particulier et infaillible auquel vous assurez vous-même que tous les siècles pourront la distinguer de toutes les sociétés religieuses enfantées par l'erreur et le mensonge : « Tout le monde vous reconnaîtra pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ». (Saint Jean 13, 35). N'est-ce pas aux fruits que l'on reconnaît l'arbre ? Or, quelle est la religion qui pourrait rivaliser avec la foi catholique au point de vue des œuvres de charité ? Où trouvera-t-on ailleurs que chez les peuples qui vivent sous le joug si doux de votre sainte Église, autant d'hôpitaux, d'asiles ouverts à toutes les misères, et desservis non par des mercenaires, mais par des chrétiens qui se dévouent gratuitement pendant toute leur vie au service de leurs frères ? Où trouvera-t-on autant d'associations laïques qui chaque jour se multiplient avec les nouvelles misères et les nouveaux besoins, et qui ne se contentent pas d'y pourvoir parleurs libéralités, mais encore en visitant personnellement les victimes du malheur, jusque dans les réduits les plus infects et les plus obscurs, pour honorer les membres souffrants du Sauveur, et pour leur porter avec l'aumône matérielle les consolations spirituelles et morales, souvent plus nécessaires même que le pain de chaque jour ? Enfin, comme il y a dans les misères humaines une multitude de formes et d'événements imprévus, irréguliers, qui défient toutes les combinaisons systématiques, qui échappent à toutes les organisations les plus sagement établies, et qu'aucune classification ne saurait complétement embrasser, il fallait en dehors des fondations et des associations charitables la charité libre et individuelle, qui pût suivre et secourir le malheur dans tous ses détails et ses péripéties les plus inattendues : ce sont ces œuvres spéciales de la charité chrétienne auxquelles, Seigneur, vous avez donné pour règle : « Que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite ». (Matthieu 6, 3.) Ce sont ces œuvres qui demeurent cachées dans le sein du pauvre, et qui n'étant consignées sur aucun registre ne sont écrites que dans le livre de vie, parce qu'elles ne relèvent que de la conscience de chaque individu ; or, quelle est la secte qui pourrait avoir la prétention de disputer à l'Eglise catholique la supériorité des moyens qu'elle seule possède pour ouvrir les cœurs au sentiment divin de la charité ? N'est-ce pas à elle seule, ô divin Sauveur, que vous avez laissé l'incomparable trésor de vos exemples, de votre doctrine et de la sainte Eucharistie ? Oui, c'est vous, ô sainte Eglise de Jésus-Christ, qui depuis plus de dix-huit siècles avez pris l'initiative et qui avez été l'âme de tous les bienfaits répandus sur l'humanité. C'est vous qui avez commencé à prêcher la fraternité, à prendre le faible sous votre protection, à assister tous les êtres souffrants ; votre voix puissante et la persévérance de vos exemples ont triomphé des vieilles institutions politiques, sociales et domestiques : les coutumes les plus barbares, la tyrannie et les injustices les plus criantes ont été vaincues ; la vie et la personne de l'homme, son âme et sa conscience surtout, ont obtenu par votre dévouement un degré de respect et de liberté inconnu avant les inspirations de votre charité. Ah ! Puisque la Charité est la reine des vertus, ne devait-elle pas être la première dans votre cœur ?

III. A cette sollicitude si intelligente et si tendre qui ne reconnaîtrait, ô mon Dieu, celle que vous nous avez donnée pour mère dans cette vallée de larmes ? Mais, pour qu'elle eût droit à ce titre de mère, si touchant et si doux, il ne suffisait pas qu'elle nous eût engendrés à la grâce : il fallait encore qu'elle nous entourât de ses soins les plus assidus et les plus constants pendant notre vie entière, et surtout aux jours de l'épreuve ; il fallait qu'avec ce tact exquis qui n'appartient qu'à l'amour d'une mère, elle devinât nos souffrances, et sût les soulager sans blesser l'orgueilleuse susceptibilité de ses enfants ; et n'est-ce pas la lâche délicate et difficile qu'elle a si admirablement accomplie ? Elle faisait son apparition dans ce monde dépourvue des richesses de la terre et de toute puissance temporelle ; mais que ne peut pas le cœur d'une mère et la charité divine qui l'anime ! Moïse, profondément touché des besoins du peuple qu'il était chargé de conduire à travers le désert, ne fit-il pas jaillir une source abondante d'un rocher aride, et ne fit-il pas pleuvoir la manne pendant quarante ans ? Votre Eglise, ô divin Sauveur, à laquelle vous aviez confié non plus un seul peuple, mais l'humanité entière pour la régénérer, aurait-elle été moins puissante ? Et après avoir vu les pains se multiplier entre vos mains pour nourrir des multitudes affamées, pouvait-elle douter que les miracles de votre charité viendraient jamais à lui manquer ? Pour les obtenir, avait-elle d'autre prière à vous adresser que celle que vous fit votre auguste Mère Marie, aux noces de Cana : « Ils n'ont pas de vin ? » (Saint Jean 2, 3). Aussi, à peine votre Eglise vient-elle de commencer sa mission, que déjà, par votre inspiration divine, elle possède à son plus haut degré de perfection tous les ressorts et les industries de la charité. Elle n'exige rien, elle n'impose personne ; comme la très-sainte Vierge, elle se contente d'exposer aux riches les besoins des malheureux ; elle se contente de prier. Et dès qu'elle a parlé, comme une mère sait parler pour ses enfants, les cœurs les plus durs s'attendrissent, et ses greniers sont remplis. De toute part on accourt pour établir avec elle un saint commerce entre les biens de la terre et les richesses du ciel. Grâce à son ingénieuse économie, les ressources les plus modestes semblent se multiplier entre ses mains ; elle soulage toutes les souffrances, pourvoit à tous les besoins, et, sans user d'autres moyens que de ceux de la foi et de la persuasion, elle parvient pacifiquement à rétablir une sorte d'égalité entre les différentes conditions sociales : le superflu des uns adoucit l'indigence des autres. Les pauvres et ceux que le malheur éprouve la regardent comme la plus tendre des mères; les riches et les heureux du siècle la bénissent parce qu'elle leur apprend à se détacher des biens périssables, et à poursuivre ceux que l'aumône peut seule leur conquérir. En vain la philanthropie, les communions hétérodoxes et même l'Etat chercheront à se substituer à la charité que vous avez uniquement léguée à votre Eglise, ô divin Maître ; en vain ils s'efforceront de la contrefaire, de lui enlever les institutions qu'elle a fondées pour se les approprier et pour faire croire qu'elles sont l'œuvre de leurs mains : l'humanité ne s'y trompera pas. Si l'agneau sait reconnaître sa mère à travers les nombreuses brebis d'un grand troupeau, le chrétien riche ou pauvre saura bien aussi distinguer, au milieu de cette confusion, celle qui seule mérite son amour, et qui est la mère que le Seigneur lui a donnée.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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28 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Vingt-neuvième jour

Action de l'Eglise sur la société par l'exercice du culte extérieur et public

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

I. Lorsque Dieu conçut le généreux dessein de régénérer l'humanité déchue, il ne voulut pas que son Verbe prît seulement une âme semblable à la nôtre, mais bien aussi un corps matériel comme notre corps. Il voulait restaurer l'homme tout entier, et par conséquent agir sur sa chair aussi bien que sur son âme : les liens étroits qui unissent l'une à l'autre dans notre nature rendaient nécessaire cette action complexe et commune, pour atteindre le but que se proposait la divine miséricorde. Aussi, le Sauveur apparut-il au monde, non comme un pur esprit, mais revêtu de notre humanité tout entière, afin d'exercer une action efficace et salutaire sur nos sens comme sur notre esprit. C'est cette double action que Jésus-Christ a communiquée et confiée à son Église, pour continuer et perpétuer son œuvre de réparation au sein de l'humanité. Nous avons vu la puissance toute spirituelle et sans borne dont le Sauveur a revêtu sa sainte Epouse pour qu'elle pût agir directement sur les âmes et sur vie morale de la société, au moyen de la prédication de la doctrine évangélique et de l'administration des sacrements ; il nous reste à méditer l'influence religieuse que son divin Fondateur lui a donné mission d'exercer extérieurement par le culte public auquel elle préside. Sous le spécieux prétexte de professer un respect plus profond, et une plus haute estime pour le culte divin et pour l'action surnaturelle de la Religion sur le monde des âmes, certains philosophes reprochent amèrement à l'Eglise d'user de moyens extérieurs et matériels pour accomplir son œuvre. Ils voudraient que, pour être digne de la sublimité de ses fonctions, elle se dégageât complètement de tout ce qui est sensible, pour s'appliquer uniquement à la contemplation et au culte exclusivement spirituels. Mais, malheureusement pour eux, la sagesse divine en a jugé autrement. Sans doute, l'Église répudie des hommages purement extérieurs et auxquels l'âme ne prendrait aucune part ; parce que « Dieu est esprit, et il veut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité » (Saint Jean 4, 24); mais comme il a donné à l'homme un corps tout aussi bien qu'une âme, il exige que l'un et l'autre lui rendent leurs devoirs par un culte tout à la fois intérieur et extérieur. Créateur de la nature humaine, il connaissait les lois qui enchaînent l'esprit à la chair, et il a voulu en quelque sorte s'y soumettre lui-même, en se communiquant à nous par les moyens ordinaires qui sont propres à notre nature. En un mot, il a voulu que nous allassions à lui, et venir à son tour à nous par tous les éléments de notre être, par les sens et par l'esprit.

II. Déjà, au temps des Patriarches, il avait exigé des sacrifices ; Moïse lui avait dressé un tabernacle, et avait élu une tribu pour le service des saints autels; plus tard, sous son inspiration, David et Salomon lui élevèrent un temple célèbre, auquel le peuple juif accourait en foule, de toutes les parties de la Judée, afin d'y rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû. Jésus-Christ fut à peine entré dans le monde, que l'étable où il naquit devint un sanctuaire. Les bergers s'y pressaient pour l'adorer, et les mages y venaient pour lui offrir de la myrrhe, de l'or et de l'encens. Plus tard, le Sauveur est présenté an temple, et c'est là qu'à l'âge de douze ans il fait entendre pour la première fois ses divins oracles. C'est lui qui nous enseigne la prière vocale par excellence. Il prie lui-même en se tenant à genoux et en se prosternant jusqu'à terre. Au lieu de faire ses miracles par un pur acte de sa volonté, il emploie toujours quelque signe extérieur et sensible : tantôt de la salive, tantôt de la boue ; d'autrefois il guérit subitement les malades et ressuscite les morts, en criant avec force ou en touchant de sa main sacrée ceux auxquels il accorde ces faveurs. Enfin il établit les sacrements, et il veut qu'une matière sensible en soit le signe et indique la grâce spéciale qui leur est propre. L'Eglise, chargée par son divin Fondateur de poursuivre son œuvre réparatrice, n'aurait-elle pas manqué au respect profond qu'elle devait aux institutions et aux exemples de Jésus-Christ son Maître, si elle eût osé changer le plan qu'il lui avait tracé, et suivre une marche différente de celle qui lui avait été enseignée ? Elle y a toujours été fidèle, et depuis dix-huit cents ans elle n'a pas cessé d'en recueillir des fruits merveilleux. Qui pourrait redire, en effet, les impressions profondes et salutaires produites par la majesté et la sainteté de ses temples, par l'édification de ses pieuses assemblées, par la gravité et l'harmonie de ses chants religieux, par ses cérémonies si imposantes et si touchantes? L'impiété ne reconnaît que trop l'influence immense que peut exercer l'Eglise en faveur de la Religion et du salut des âmes par l'éclat de son culte extérieur ; c'est pour cela que, semblable aux Juifs, qui reprochaient à Madeleine la profusion des parfums dont elle couvrait les pieds du Sauveur, prétendant que leur prix serait mieux employé si on le distribuait aux pauvres, elle reproche à son tour à l'Eglise le luxe avec lequel elle décore ses temples et les richesses qu'elle y consacre ; le temps passé dans les assemblées saintes est du temps perdu, et qui serait mieux employé à ses yeux par quelque occupation lucrative ; les cérémonies sacrées ne sont pour les ennemis de l'Eglise que des superstitions et de vains spectacles offerts à l'ignorance et au fanatisme ; et ils redoutent tellement l'empire qu'elles exercent sur les masses, qu'ils leur défendent de franchir le seuil du sanctuaire et de se montrer au sein des villes, même pour en bénir les rues et les demeures. Et si la haine contre la foi va jusqu'à la persécution, le premier de ses exploits est d'abattre les autels et de fermer les temples. Peut-on proclamer d'une manière plus éclatante la puissance prodigieuse que le Sauveur a confiée à l'Eglise dans la pratique du culte extérieur et public ?

III. Sans doute Dieu n'a pas besoin de nos temples pour lui-même, comme un monarque a besoin d'un palais pour en faire le siège de sa grandeur et de sa puissance ; sans doute encore la majesté infinie remplit l'univers entier de sa présence, et partout elle peut entendre nos vœux et nos prières ; mais c'est nous qui avons besoin de ces lieux spécialement consacrés au culte de la divinité. Il est des hommes, nous le savons, qui pour se distinguer de la foule et du vulgaire, pour se faire considérer comme artistes ou comme philosophes, ne voudraient dans nos églises que la pierre nue, de la beauté et de la gravité de laquelle, à leur dire, aucun ornement ne saurait approcher ; qui s'extasient devant la simplicité touchante des pauvres églises de nos campagnes. C'est là, prétendent-ils, qu'ils prient avec le plus de ferveur. Mais nos temples n'ont pas été précisément élevés pour ces exceptions de l'espèce humaine ; c'est aux masses qu'ils sont destinés, et l'on a dû choisir pour les orner ce qui impressionne plus vivement le commun des hommes. Pauvre peuple ! pourquoi vous serait-il refusé de venir de temps en temps sous les lambris dorés de la maison de votre Père, qui est aussi la vôtre, reposer vos yeux fatigués et attristés par le spectacle continuel de la misère qui vous entoure, et contempler les splendeurs religieuses dont la sainte Eglise veut réjouir votre âme désolée ? Pourquoi cette Eglise, votre tendre mère, si quelquefois elle est obligée de vous demander des sacrifices, ne vous convierait-elle pas aussi de temps à autre à ses solennités, pour y dilater vos cœurs, si souvent flétris par les chagrins et les privations de toute espèce ? Quelle est la société qui n'a pas ses fêtes populaires ? Vous ne possédez pas de livres, et le temps d'ailleurs vous manquerait pour les feuilleter ; accourez donc dans le lieu saint : tous les arts y ont été convoqués pour éclairer votre esprit et consoler votre cœur. L'Eglise a mis à la portée de toutes les intelligences les plus sublimes mystères, l'histoire de la religion et celle du divin Sauveur qui a tant aimé les pauvres et les petits. Les sculptures, les peintures sacrées qui couvrent les murailles de ses temples, vous retracent et vous redisent toutes les vérités et les touchantes traditions de notre foi dans un langage saisissant; elle va jusqu'à essayer de vous donner une idée du ciel, où elle veut vous conduire, par ces vitraux admirables, où se pressent une multitude de héros chrétiens, que le soleil rend lumineux, comme pour vous révéler la gloire dont ils jouissent dans le séjour de l'éternelle félicité. L'architecture même de nos édifices religieux sait leur imprimer un caractère particulier qui saisit de respect celui qui en franchit le seuil ; tout y est disposé pour instruire ceux qui y pénètrent : les fonts baptismaux, qui rappellent la régénération de nos âmes ; les tribunaux de la pénitence, qui révèlent les miséricordes infinies de Dieu pour le pécheur ; la table sainte, où tous sont invités sans distinction pour y puiser des forces dans le pénible chemin de la vie; enfin l'autel,où se renouvelle chaque jour le sacrifice auguste de la rédemption.

Mais c'est surtout lorsque nos temples se remplissent de cette foule pieuse, où tous les âges et toutes les conditions se trouvent fraternellement confondus, que l'Église exerce avec plus de succès sa céleste et salutaire influence. Outre l'édification mutuelle et l'entraînement du bon exemple, qu'on y trouve, qui pourrait dire les fruits précieux que la parole divine produit alors dans les âmes, et les glorieuses conquêtes qu'elle fait à la foi et à la vertu, les préjugés et les illusions qu'elle dissipe, les solides doctrines qu'elle établit dans les intelligences, les ennemis qu'elle réconcilie, la paix qu'elle met dans les âmes, les douces consolations qu'elle répand dans les cœurs ? C'est ainsi que l'Église adoucit les mœurs et civilise les peuples les plus barbares, d'une manière bien autrement efficace que ne peuvent le faire les arts, les sciences et l'industrie que la multitude ignore et qu'elle ignorera toujours. Les cérémonies sacrées viennent à leur tour prêter à la sainte Eglise le concours de leur précieuse influence. Si les hommes n'étaient que de pures intelligences, étrangères aux impressions des sens, on devrait sans doute rejeter comme inutile tout l'appareil et la pompe du culte chrétien. Mais nous savons tous, par notre propre expérience, combien les choses sensibles ont d'empire sur le cœur de l'homme, combien l'esprit, naturellement volage, a besoin d'être captivé ; et voilà pourquoi la religion chrétienne déploie devant nous un ordre et une suite de cérémonies qui parlent à nos sens, et qui par leur intermédiaire nous instruisent et nourrissent notre piété. Aussi, tout dans nos rites sacrés est symbolique, et frappe encore plus notre esprit que nos yeux. Quel est, en effet, le dogme ou le précepte qui ne soit retracé, et presque rendu sensible par quelque point du culte public ? Assurément, si l'on considère chaque cérémonie isolément, en dehors des mystères dont elle est pour ainsi dire le langage, dépouillée de la foi qui en est l'âme, il est facile de déverser le ridicule sur ce qu'il y a de plus saint ; mais alors on cesse d'être sincère, et on se met en dehors de la question. Au reste, il suffit de consulter nos souvenirs, de nous rappeler quelqu'une de ces grandes solennités où la religion déploie toutes ses pompes, et où nous étions mêlés à la multitude. Malgré peut-être nos préjugés nous avons été émus, touchés même jusqu'à sentir ce frémissement qui se traduit souvent par des larmes, et nous sommes sortis meilleurs, ou du moins mieux disposés à le devenir. Aussi, là où les pieuses cérémonies de la religion sont négligées ; là où les temples sacrés sont dépouillés de tout ornement, et tombent presque en ruines sous le souffle empoisonné de l'indifférence ; là où le prêtre est forcé de monter au saint autel avec des lambeaux de vêtements sacrés, la foi est bien près de s'éteindre, et avec elle le respect de l'autorité, la justice et la civilisation tout entière; là où il n'y a plus de culte public, Dieu est méconnu ; et quand un peuple n'a plus de Dieu, c'est un corps sans âme et sans vie, qui tombe en dissolution : il retourne à la barbarie.

 

Élévation sur l'action de l'Eglise par l'exercice du culte extérieur et public

 

I. Vous aviez annoncé, Seigneur, par la voix solennelle de vos prophètes, que votre Eglise serait comme la « maison de Dieu élevée sur le sommet des montagnes, au-dessus des collines, à laquelle devaient se réunir toutes les nations » (Isaïe 2, 2 ) ; comme une « haute montagne » qui se montre à toute la terre (Daniel 2, 34). Suivant les Livres Saints, elle devait être une cité qui, étant « placée sur la hauteur », ne peut être cachée (Saint Matthieu 5, 44) ; une société où il y a des « pasteurs et des docteurs chargés d'un ministère public pour l'édification du corps de Jésus-Christ » (Ephésiens 4, 11), « qui est l'Eglise » (Colossiens 1, 24). Enfin, les saintes lettres la montrent comme un troupeau confié à la sollicitude des « évêques, établis par le Saint-Esprit pour gouverner l'Eglise de Dieu » (Actes des Apôtres 20, 28), et pour « prêcher /'Evangile à toute créature » (Saint Marc 16, 15). La société chrétienne devait donc manifester son existence et sa vie autrement que par un culte purement spirituel ; son culte devait être visible comme elle. Son but était de régénérer l'humanité dans toute l'étendue de sa nature, puisque l'homme tout entier avait été corrompu par le péché d'origine ; et c'est pour cela, Seigneur, que vous lui avez donné des moyens d'action qui peuvent atteindre tout à la fois l'âme et le corps. Non, vous n'avez pas voulu que votre Eglise se bornât à la contemplation de vos perfections infinies et de la sagesse de vos divins préceptes ; mais vous l'avez créée pour être la réformatrice et l'âme de toutes les œuvres humaines qui remplissent l'existence des individus et des sociétés ; vous l'avez chargée de suivre l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe, et de présider sans relâche à ses destinées; aussi, vous lui avez donné un corps aussi bien qu'un esprit, afin de perpétuer en elle et par elle les fruits précieux de votre incarnation et de la rédemption. Ainsi, vous continuez par sa bouche la prédication de votre Evangile ; vous offrez encore par ses mains l'auguste sacrifice de la croix; vous dites toujours par son organe aux pauvres pécheurs : « Vos péchés vous sont remis » ; et vous renouvelez sans cesse, par la puissance ineffable dont vous l'avez revêtue, les mystères adorables de la Cène.

II. Mais, ô divin Sauveur, qu'est-ce que le culte extérieur et public de votre Église, si ce n'est l'exercice de ces sublimes fonctions que vous lui avez confiées ? Toutes les cérémonies qui concourent à ses solennités n'ont-elles pas uniquement pour but d'instruire les hommes de votre sublime doctrine, de les conduire peu à peu à la source de la régénération, pour les unir ensuite à vous par la participation a votre divin banquet ? Pourquoi ses temples ? Et ne fallait-il pas à la société chrétienne, comme à toute autre, une maison commune, un lieu consacré aux réunions solennelles, où le législateur suprême pût faire entendre ses oracles ? Ne lui fallait-il pas un palais où la justice divine pût prononcer ses sentences de miséricorde, et acquitter nos dettes ? Le roi de gloire, celui qui a promis d'être avec son Eglise jusqu'à la consommation des siècles, aurait-il été le seul monarque qui n'eût pas eu de trône, le seul Dieu auquel on n'eût pas élevé de sanctuaire, ni d'autel ? Mais cette croix qui couronne le faîte de nos temples, qui domine le tabernacle, qui marche toujours à la tête du peuple chrétien, dont le signe se retrouve partout et se mêle à tous les mystères qui s'opèrent dans le lieu saint, n'est-elle pas une voix éloquente qui rappelle sans cesse à l'homme qu'il ne peut y avoir de salut pour lui qu'autant qu'il sera marqué au sceau du sang divin qui a coulé sur l'arbre de vie ? Quelle leçon salutaire que cette eau lustrale, qui se trouve au seuil du temple ! La prière, semble-t-elle dire, ne peut plaire au Seigneur que lorsqu'elle part d'un cœur pur ou qui désire se purifier. Puis, c'est la tribune sacrée du haut de laquelle tombent ces paroles divines qui éclairent, qui touchent les âmes et les conduisent au tribunal de la miséricorde et de la justification. Mais à peine le miracle de la résurrection spirituelle s'est-il opéré, que je vois le pieux fidèle se diriger vers le sanctuaire : le sacrifice auguste commence. Il y trouve une victime qui s'offre pour l'expiation de ses fautes; une victime qui supplée par ses mérites infinis à l'infirmité de ses adorations, à la froideur de ses prières, à la faiblesse de sa reconnaissance. Il s'unit étroitement au sacrificateur et devient en quelque sorte prêtre avec lui. Voilà pourquoi un admirable colloque s'établit entre eux : tous deux d'abord avouent leurs misères au pied du saint autel, et implorent mutuellement leur pardon ; et lorsque celui qui est revêtu du caractère sacerdotal a franchi les degrés qui montent au tabernacle, il ne cesse pas pour cela, tout en parlant à Dieu, d'adresser encore la parole à ses frères : « Le Seigneur soit avec vous », leur dit-il a plusieurs reprises ; et les assistants s'empressent de lui répondre : « Et avec votre esprit ». A chaque prière les pieux fidèles montrent par une parole d'approbation : « Ainsi soit-il », la part qu'ils prennent aux supplications du prêtre. Plus tard, celui-ci les prie de demander que son sacrifice et le leur devienne agréable à Dieu ; et enfin avant d'entrer dans cette contemplation profonde qui précède immédiatement l'accomplissement du plus saint des mystères, il les exhorte à élever leurs cœurs jusqu'au ciel ; puis, il ne leur parle plus ; car lui-même n'est plus sur la terre. Toutefois, lorsque le sacrifice eucharistique est consommé, le chrétien qui s'est purifié dans les eaux vivifiantes de la pénitence ne s'en tient pas à une simple participation de prière, il veut aussi participer à la victime adorable. Alors, le prêtre reprend la parole, lui déclare quelle est la grandeur et la bonté de celui qu'il va lui donner, et lui rappelle avec douceur combien il est peu digne de le recevoir. Il lui livre enfin le corps du Seigneur, en souhaitant à l'âme fidèle qu'elle sache y trouver une sauvegarde assurée pour la vie éternelle. L'union de l'homme avec Dieu est accomplie, et le but du culte extérieur et public est obtenu !

III. Oh ! Je conçois, ô mon Dieu, les admirables transports du saint roi qui s'écriait : « Que vos tabernacles sont aimables, Seigneur, Dieu des armées : mon âme soupire et elle est prête à tomber en défaillance lorsqu'elle pense au bonheur de se trouver dans votre sanctuaire ! Mon cœur et ma chair font éclater par des transports de joie l'amour qu'ils ressentent pour le Dieu vivant. Le passereau a une retraite, et la tourterelle a un nid pour y mettre ses petits ; pour moi, vos autels seront ma demeure, ô Seigneur des armées, mon roi et mon Dieu ! Heureux ceux qui habitent votre maison, Seigneur; ils vous loueront dans tous les siècles !... Car un seul jour passé dans votre sanctuaire l'emporte sur mille autres jours de ma vie. Ah! combien j'aime mieux être regardé comme le dernier dans la maison de mon Dieu que d'habiter sous te toit des pécheurs ! » (Psaume 83). Lorsque le Temple de l'Ancien Testament et les cérémonies qui s'y passaient faisaient naître des sentiments si tendres et si embrasés, comment pourrait-on douter de la puissante influence que doit exercer sur les cœurs la réalisation des saints mystères qui s'opèrent dans nos églises, et dont le culte antique n'était qu'une figure bien imparfaite ? Ah ! Seigneur, si le ciel et la terre et les merveilles qu'ils renferment publient votre gloire, et forcent les plus incrédules à reconnaître la puissance souveraine de leur auteur, quels seront les fruits qu'il faudra attendre des prodiges de miséricorde que nous révèlent les cérémonies du culte chrétien ? Est-il surtout rien de plus imposant que le spectacle touchant d'un Dieu descendu du ciel et réellement présent sur nos autels, qui bénit ses enfants avec l'amour le plus tendre et le plus désintéressé ? Le parfum de l'encens qui embaume le temple, les saints cantiques qui retentissent de toutes parts, le profond recueillement et le religieux respect de la multitude réunie sous les voûtes sacrées : tout semble dire à l'âme que le ciel s'est abaissé pour un instant jusqu'à la terre. Ah ! malheur à celui qui resterait insensible en présence de cette scène ravissante ; si sa foi n'est pas entièrement éteinte, elle est bien près de l'être.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

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