01 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Nantes, Chapelle de l'Immaculée Conception 2

Deuxième jour

Notre Dame de l'Immaculée Conception

 

De tous les vocables sous lesquels on honore la très Sainte-Vierge, le plus populaire à notre époque, c’est bien celui de l’Immaculée Conception. C’est aussi le mystère qui, logiquement, se présente le premier a notre pensée.

Le 8 décembre 1854, après avoir consulté toutes les Eglises de la catholicité, Pie IX, entouré de 54 cardinaux, de 42 archevêques et de 92 évêques, venus de tous les points du monde, proclamait solennellement le dogme de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge. L’univers applaudit ; Rome donna le signal par des fêtes splendides et toutes les nations unirent leurs acclamations a celles de la Ville éternelle. Au premier rang se distingua la France, le royaume de Marie ; et parmi toutes les cités de notre pays se distingua la cité nantaise. L‘évêque d’alors écrivait, le 16 décembre 1854 : « On prépare pour demain la plus belle illumination que Nantes ait jamais vue ». C’était une prophétie, l’illumination fut belle, incomparable, féerique. Plusieurs peut être de ceux qui m’écoutent ce soir en ont gardé le souvenir. C’est la première fête a laquelle ait pris part votre basilique. Elle ne devait être livrée au culte que huit jours plus tard; mais elle était débarrassée déjà de ses échafaudages, et, sous la nuit embrasée, elle apparut toute blanche dans sa robe de pierre avec une ceinture de feux aux couleurs de la Vierge, symbole de celle qui devait apparaître bientôt sur les monts Pyrénéens dans la blancheur immaculée de ses voiles de lin et le bleu céleste de son écharpe. De cette fête, que je n’ai point vue, mais dont les échos sont venus jusqu’à moi, je ne veux retenir qu’un mot qui nous révèle, dans sa simplicité touchante, la foi naïve et délicate de l’âme populaire. « Apercevant au fond d’une cour misé able une pauvre vieille qui allumait quelques chandelles, une dame de charité s’écria : « Que faites-vous ? Vous êtes sans pain ! D’ailleurs, qui viendra ici ? » « Ah ! fit la vieille, ce n’est pas pour le monde que j'illumine, c'est pour ma bonne Mère du Ciel ».

Vingt cinq ans plus tard, Nantes célébrait avec le même enthousiasme le premier jubilé de la proclamation du dogme, et il nous souvient encore de l’effet magique produit par les feux de l’illumination sur le blanc manteau de neige dont le sol était revêtu..Je n’ai pas à vous apprendre, à vous qui vous pressiez naguère si nombreux et si recueillis dans les nefs de votre vaste église, pour célébrer la cinquantaine de l’Immaculée, que l'ardeur de la piété nantaise ne s’est pas refroidie.

Mais les catholiques n’avaient pas attendu le le XIXe siècle pour honorer la conception immaculée de leur Mère, et c’est bien le cas de répéter les paroles de Mgr Dupanloup : « Si l’Eglise n’en avait pas fait encore un dogme de foi, nos coeurs en avaient fait un dogme d’amour ».

L'Eglise grecque célébrait la fête de la Conception de Marie depuis le VIe siècle, l’Espagne dès le VIIIe, et nous Savons que l’Angleterre, à la suite d’un éclatant miracle, l‘adopta au Xie. Elle ne tarda point a passer le détroit et de la Normandie s’étendit a toute la France où l’on prit l'habitude de l’appeler « la fête aux Normands ».

On la trouve à Nantes, dès le XIe siècle ; toutefois, elle s'appela d’abord l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie, et plus tard, a raison de la période de l’année liturgique où elle tombait, elle fut surtout connue sous le nom de Notre-Dame des Avents. Plusieurs confréries, érigées en l’honneur de l’Immaculée Conception, s’abritaient sous ce titre ; il y en avait à Saint Saturnin, à Sainte Croix, à Saint Clément ; la plus célèbre était à Saint Similien. La fête patronale de cette dernière confrérie était célébrée avec le plus d‘éclat possible : la veille, ou chantait solennellement les premières vêpres ; le matin même de la fête, les matines et les landes suivies de la grand-messe, et il ne fallait pas moins de 1,600 livres de gâteaux pour le pain bénit des confrères.

Le prieuré de Pennebé honorait l’Immaculée Conception dès le XIe siècle. Une église du diocèse, celle de Bouée, autrefois trêve de Savenay, est aussi depuis longtemps dédiée à Marie sous ce vocable. Mais, mes Frères, et il me plaît de vous le dire, c’est la circonscription paroissiale de Saint Nicolas qui posséda le premier sanctuaire consacré, dans la ville de Nantes, a l’Immaculée.

Le jour de la Chandeleur de l’année 1623, les religieuses bénédictines du Calvaire, que venait de fonder l’ami de Richelieu, le célèbre Père Joseph, arrivaient a Nantes et tentaient de s’y établir. Mais de graves difficultés surgirent. Alors elles tirent un vœu a la Sainte Vierge, promettant de dédier leur église à Son immaculée conception, si elle aplanissait les obstacles. Peu de jours après, ces obstacles tombèrent et les religieuses signaient le contrat qui les rendait propriétaires de « la motte de Ballüe ». C’étaient les terrains occupés aujourd’hui par le quartier Delorme, et la rue du Calvaire marque l’allée qui conduisait au nouveau cloître.

Telle fut l’origine de la première chapelle de l'Immaculée Conception dans notre cité : plus de deux siècles devaient s’écouler avant que Nantes en possédât une seconde.

C’était en 1845, le jour même de la fête instituée par l’Eglise pour honorer le mystère de l’Immaculée Conception. Un saint prêtre, M. l’abbé Lusson, ancien curé de Saint-Jacques, forma le projet de donner une église à Marie. Il était en prières dans la chapelle de la Retraite quand la pensée lui vint que « sa bonne Mère n’avait à Nantes qu’un pied a terre et qu’il fallait lui consacrer une chapelle ». Celle de l’Oratoire était en vente, il résolut de l’acquérir. Une pieuse dame, ravie de cette entreprise, lui promit 6000 fr. Encouragé par ce premier succès, le vaillant prêtre multiplia les démarches. Hélas ! ce fut en vain. L’autorité ecclésiastique ne lui prêtait point son concours ; un jour même, le vicaire général Vrignaud, fatigué de ses instances, lui répondit brusquement: « Quand vous aurez 25,000 francs, vous pourrez commencer votre oeuvre ». M. Lusson n’en avait que 7,000. La protection de Marie lui procura le reste. L’infatigable quêteur de Notre Dame priait un jour dans l’oratoire de Saint Vincent-de-Paul. Tout à coup, connue inspiré du Ciel, il étend les bras vers la statue de la Sainte-Vierge : « Ma bonne Mère, donnez moi a l’instant ces 18,000 francs. Vous-même ou bien indiquez-moi la personne qui me les procurera ». Un nom lui vint à la pensée ; le lendemain, il heurtait a la porte d’une demeure dont il n’avait jamais franchi le seuil, et, naïvement, racontait son histoire. On lui donna les 18,000 francs.

D’autres obstacles se dressent devant lui. Mais qu’était-ce que des obstacles humains devant cette foi obstinée? M. Lusson part bientôt pour Paris ; le 20 février 1848, il obtient une audience du Ministre ; le 22, les dernières formalités doivent être remplies, et, le 22 février, Paris se réveille au bruit de l’émeute ..... Tout semble bien fini à cette fois, et d’autant plus irrémédiablement que l’Oratoire est vendu. Mais non, l’oeuvre va s’accomplir, le rêve du saint homme va se réaliser enfin !

Mgr Jaquemet vient d’arriver a Nantes, il encourage l’entreprise de l’abbé Lusson et celui-ci se remet à l’oeuvre avec plus d’ardeur que jamais. L’Oratoire est vendu, c’est vrai, mais l’église des Minimes est la. Toutefois, il faut se hâter, car elle vient d’être adjugée aux enchères publiques. Vite on met une surenchère et, le 19 septembre 1849, la vieille église devient propriété de l’Evêque de Nantes.

C’était l’antique chapelle bâtie par François II, à l’entrée des jardins du château, et dédiée pendant plus de trois siècles a saint Antoine-de-Pade. La Révolution l'avait profanée, et le vieux sanctuaire ducal, tour à tour atelier de serrurerie et magasin a fourrages, était bien déchu de sa splendeur première. Toutefois, l’oeuvre vive était intacte ; une réparation sommaire, reprise magnifiquement plus tard, lui rendit la décence convenable et, le 8 décembre 1840, la piété nantaise en reprenait possession et l’offrait, gage de filial amour, a l’Immaculée Conception.

 

Vous savez, mes Frères, en quoi consiste le mystère de l’Immaculée Conception. Tous les hommes, enfants d’Adam et Eve, enveloppés avec eux dans la malédiction qui suivit leur chute, reçoivent avec la vie la marque du péché et naissent enfants de colère. Marie seule fait exception. Dieu suspendit, pour cette créature privilégiée, l’universelle loi portée par sa justice et lui appliqua par avance les mérites de son Fils. Il est de foi qu’au moment même où Dieu unit l’âme de Marie au corps qu’elle devait animer, cette âme a jamais bénie, non seulement ne contracta point la tache originelle, mais fut remplie de grâces et de vertus. Bien plus, la sainte enfant était, conséquence naturelle, soustraite par la même à toutes les suites du péché, mise à l’abri des entraînements de la concupiscence et des attaques de la tentation, si bien que, durant tout le cours de sa vie, elle ne contracta pas, elle ne put pas contracter la moindre souillure.

Privilège unique et incomparable, mais privilège nécessaire, sans lequel on ne conçoit pas la Rédemption. Ainsi l’exigu1it le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. La bonté de la mère, en effet, rejaillit sur l’enfant, et pour Dieu, le Saint par excellence, il n’est pas de honte comparable au péché : est-il donc croyable que la Mère de Jésus, que la Mère de Dieu ait subi cette honte ?

Ainsi l’exigeait l’amour de Jésus pour Marie. N’est-il pas vrai que l’enfant bien né rêve pour sa mère toutes les perfections et toutes les gloires, et que si, par impossible, Dieu nous avait consultés avant d'appeler notre mère à la vie, nous l’aurions supplié de déposer toutes les vertus et tous les dons dans son berceau ? Le Fils de Marie est en même temps Fils de Dieu, il pouvait ce qui nous est impossible a nous, pauvres mortels: comment donc eût-il permis que celle qu’il entourait de tant d’amour et prédestinait a tant de grandeur fût courbée, même un seul instant, sous le joug flétrissant du démon ?

Ainsi l’exigeait l’oeuvre même de la Rédemption. Future mère de celui qui venait détruire le péché, chargée d’infuser dans ses veines le sang qui allait purifier le monde en coulant sur la croix, Marie de fait être pure et sans tache, Marie devait être immaculée dans sa conception.

Marie est aussi notre mère et notre modèle. À l’exemple de ces fils qui redisent sans cesse les gloires de leurs aïeux, aimons à redire les gloires de notre Mère et a la saluer du beau titre d’Immaculée. À l’exemple de ces fils qui, non seulement Se glorifient des exploits et des hautes dignités de leurs ancêtres, mais qui lâchent de s’en montrer dignes, ne soyons pas seulement fiers des grandeurs de notre Mère et, dans la mesure du possible, efforçons nous de lui ressembler.

Je le sais bien, nous sommes venus au monde honteusement souillés par le péché. Mais, avec l’eau sainte du baptême, le sang du Rédempteur a coulé sur nos fronts, nos âmes ont été purifiées, nous sommes devenus frères de Jésus-Christ, enfants bien-aimés du Très Haut. Dans cette naissance nouvelle, qui s’appelle le baptême, naissance à la vie de chrétien, naissance à la grâce, à l’amitié de Dieu, à l’espérance du Ciel, nous aussi, nous sommes immaculés, et de ce titre nous devons être fiers.

Ce n’est pas tout et Dieu veut autre chose : Immaculée dans sa conception, Marie le fut encore durant tout le cours de sa vie. À son exemple, nous aussi, immaculés dans notre baptême, nous aurions dû le rester toujours. Nous le pouvions, car Dieu, s’il n’avait pas éteint complètement en nous les feux de la concupiscence, en avait tempéré les ardeurs ; nous le pouvions, car Dieu, s’il ne nous avait pas soustraits aux attaques des tentations, nous avait donné des armes pour les vaincre ; nous le pouvions, car Dieu, s’il nous avait laissés faibles et peccables, nous avait cependant, en nous dispensant largement sa grâce, fait participer à sa force divine.

Hélas ! Malgré tout, nous avons péché ! Jetons-nous donc aux pieds de l’Immaculée Conception ; demandons-lui de nous aider a redevenir immaculés comme elle et promettons-lui de le rester toujours.

 

ND de Nantes

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30 avril 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Premier jour

Notre Dame de Nantes

 

Le plus célèbre et le plus beau des sanctuaires dédiés à Marie, dans notre pays, celui dont le nom résume tous les autres, c’est l’église que l’on avait coutume d’appeler simplement Notre Dame, ou bien encore Notre Dame de Nantes. Écoutez l’abrégé de son histoire.

Trois fois au moins, durant le cours du IXe siècle, la ville de Nantes avait été prise et détruite par les barbares Normands, et nos annales racontent, non sans nous faire frémir encore, ces scènes de pillage et d’incendie, ces massacres surtout qui firent couler des flots de sang chrétien et mirent une auréole au front de l’évêque Gohard et de ses compagnons. Ces vainqueurs féroces s’étaient même établis dans les îles de la Loire, spécialement dans l’île de Biesse, et, de la, continuaient à rançonner le pays. Alain le Grand, l’un des plus illustres de nos rois bretons, les chassa et Nantes, grâce a sa protection, grâce surtout aux efforts de son évêque Foulcher, sortit enfin de ses ruines.

Hélas ! Ce n’était pas pour longtemps. Le grand roi descend dans la tombe et les barbares accourent, impatients de laver dans le sang leurs défaites. Nantes est pris de nouveau, les survivants de la bataille s’enfuient épouvantés, la ville entière est saccagée, livrée aux flammes. Elle resta déserte pendant vingt ans. Gardiens jaloux de ces débris, les vainqueurs s'installent sur les rives de notre beau fleuve, ravageant a plaisir le Comté Nantais et la Bretagne entière. On ne voit partout que champs en friche et ruines fumantes ; la résistance se décourage ; la plupart des Bretons, princes en tête, se réfugient en Angleterre. C’est de là qu’allait venir le vengeur.

Il était petit-fils d’Alain le Grand et, lui aussi, portait ce nom plein d’espérance, auquel le peuple ajouta l’étrange surnom de Barbetorte, que la gloire et la reconnaissance ont transmis à la postérité. Comme les Bretons de tous les temps, le jeune Alain souffrait dans l’exil ; il avait hâte de revoir sa Bretagne. Dès qu’il fut en âge de batailler, il traversa la Manche à la tête d’une troupe de fidèles. Il surprit et culbuta les envahisseurs à Dol d’abord, puis à Saint Brieuc. Mais c’est à Nantes qu’ils avaient leur établissement principal, c’est à Nantes qu’il fallait les vaincre. Barbetorte traversa toute la haute Bretagne et vint les attaquer dans leur repaire.

Les Barbares étaient retranchés dans l’angle formé par la Loire et l’Erdre, sur la rive droite de cette dernière rivière : c’était alors une vaste prairie appelée le pré Saint-Aignan, in prato sancti Antoni, c’est aujourd’hui le quartier Sainte Catherine, et la rue du Pré-Nian rappelle encore ce nom célèbre dans les fastes de Nantes et de la Bretagne. Les Bretons attaquent avec furie ces hordes étrangères campées sur le sol de la patrie. Mais les Normands sont braves et fortement retranchés ; ils repoussent les assaillants. Alain remonte lentement les pentes abruptes qui conduisent à la colline du Marchix. Harassé par le combat, dévoré par une soif ardente, brisé d’émotion, tremblant pour sa Bretagne, il appelle Marie a son secours et la supplie de lui procurer un peu d’eau pour apaiser sa soif et celle de ses soldats : la Vierge écouta sa prière et lui découvrit une source d’eau vive. Elle existe encore, on l’appelle depuis ce temps la fontaine Sainte Marie et vous pouvez la vénérer a quelques pas d’ici, au fond de la rue Paré.

Réconfortés par ce breuvage, exaltés par la protection visible de la Mère de Dieu, Alain et ses soldats recommencèrent la lutte et mirent cette fois les Barbares en fuite. Nantes était délivré. Mais Nantes existait-il encore ?... Les vainqueurs se dirigèrent vers l’église Saint Pierre pour rendre grâces à Dieu. Hélas ! Ils furent obligés, pour se frayer un passage, de trancher les ronces et les épines avec leurs épées ; le temple n’était plus qu’une ruine informe. Alain pourtant ne se découragea point et il releva la ville, dont il fit sa capitale.

Gardons ces souvenirs, mes Frères, et n’oublions pas que, sans Alain Barbetorte, sans la protection de Marie surtout, Nantes peut-être, comme Rezé sa voisine et tant d’autres cités, aurait pour jamais disparu. Alain fut reconnaissant. Il ne pouvait songer à bâtir une église près de la fontaine Sainte Marie, situé: aux portes de la ville, exposée à toutes les attaques de l’ennemi, mais il avait existé, non loin de la Cathédrale, une chapelle de la Vierge, disparue comme tout le reste. Alain la releva splendidement et la dédia à Notre-Dame. C’est là qu’il fut enseveli.

Écoutez ce que raconte la Chronique de Nantes : on enterra le libérateur à Saint-Donatien, mais le lendemain matin la tombe était ouverte et le cadavre sur la terre nue. Soigneusement on le replaça dans le sépulcre, qu’on chargea de grosses et lourdes pierres et qu’on entoura de gardiens. Le lendemain, en dépit des pierres et des soldats, le cadavre était déterré. Un familier d’Alain dit alors : « Le noble Duc a toujours aimé la sainte Mère de Dieu plus que tous les autres saints et l’a toujours invoquée dans ses besoins, portez-le dans l’église qu’il a reconstruite en l’honneur de la Vierge et il y trouvera le repos ». On suivit le conseil et le grand batailleur y trouva le repos pendant dix siècles. Quatre cents ans plus tard, l’évêque Daniel Vigier, poussé par la piété des Nantais envers Notre-Dame, érigeait son église en collégiale et y plaçait dix-neuf chanoines chargés de chanter les louanges de Marie.

Bientôt l’antique église, que tous les siècles avaient embellie, revêtit une splendeur nouvelle. Pierre de Bretagne et Françoise d’Amboise, plus tard souverains de ce pays, se promettent par serment de n’appartenir qu’à Dieu, si la mort les sépare, et, pour consacrer cette promesse. ils font rebâtir magnifiquement le choeur de Notre-Dame. Ils y érigent en même temps leur tombeau et y fondent une messe solennelle quotidienne. Le Duc y descendit le premier et, chaque jour, pendant qu’elle résidait à Nantes, la pieuse Françoise s’y rendait à pied pour y répandre ses larmes et ses prières. La sainte veuve ne devait jamais y reposer près de lui, l’affection de ses chères Carmélites des Couëts rendit vaines les réclamations des chanoines de Notre Dame.

Nos ducs continuèrent la reconstruction de la collégiale et la reine Anne y mit la dernière main. L’édifice était digne de ceux qui l’avaient construit et son clocher en pierres, le plus beau de la ville, s’élevait jusqu’à deux cents pieds. Les ducs n’étaient pas seuls dévots à Notre-Dame ; tous les Nantais y venaient prier, tous les Nantais y répandaient leurs largesses. Au XVe siècle, les fondations y étaient si nombreuses que cinquante prêtres ne suffisaient pas à les acquitter.

Hélas ! Toute cette gloire a disparu. L’église, vendue nationalement à la Révolution, devint un atelier de fondeur. On ne tarda pas à la démolir. Aujourd’hui, nous savons encore qu’elle était sur la place Dumoutiers ; mais c’est en vain que nous y cherchons quelques débris d’un temple autrefois si glorieux. Il n’en reste plus rien qu’une petite chapelle mutilée, incomparable joyau dédié jadis a saint Thomas et dû probablement au ciseau de Michel Columb, le grand artiste qui sculptait, à la même époque, le chef d’oeuvre que nous appelons aujourd’hui le tombeau des Carmes. Ce débris d’une splendeur évanouie a été placé naguère dans l’ancienne chapelle de l’Oratoire.

Le temple est détruit, mais non pas notre amour pour Marie : aujourd’hui connue autrefois, nous pouvons l’appeler Notre Dame de Nantes. Et quel est le sens de cette expression : « Notre Dame » ?

Vous savez, mes Frères, ce qu’était un seigneur des siècles passés. Dans le principe, c’était un chef de bande, un vaillant capitaine, ou même simplement un possesseur de fief, un puissant propriétaire, autour duquel se rangeaient des soldats, des paysans, des hommes du peuple, qui se plaçaient sous sa dépendance et réclamaient son appui contre les ennemis, petits et grands, qui pullulaient alors. Le seigneur devait protéger ses vassaux, défendre leurs intérêts, leur rendre la justice ; les vassaux, de leur côté, devaient au seigneur hommage et fidélité. Bientôt les fiefs devinrent héréditaires et leurs possesseurs furent seigneurs de père en fils. Plus tard, après le XIIe siècle, à défaut d’enfants mâles, les femmes héritaient des fiefs et elles portaient alors le nom de dames. De même qu’on écrivait dans les actes publics haut et puissant seigneur, on écrivait aussi haute et puissante dame.

A cette époque de foi ardente et naïve, ces expressions ne tardèrent pas a passer dans la langue religieuse; on disait couramment alors Monsieur saint Michel et Madame sainte Anne. Tout naturellement le mot Seigneur, pris d’une manière absolue, sans adjonction d’un nom propre, fut attribué à Jésus, notre divin Sauveur, c’est lui par excellence qui est le Maître, c’est lui que tous appelaient le Seigneur, Notre Seigneur. Les Livres saints d’ailleurs avaient donné l’exemple et l’on ne faisait guère que les traduire. Tout naturellement aussi le mot Dame, sans adjonctif, fut appliqué à Marie, car, suivant la belle expression de Saint Bernard, elle est bien vraiment « la Dame de tout le monde ». N’est-elle pas dépositaire des pouvoirs de son Fils ? N’a-t-elle pas été associée à sa grandeur ? N’est-telle pas chargée d’exercer sa puissante protection sur les hommes ? N’a-telle pas, en conséquence, droit a leur fidélité et a leurs hommages ? Nos pères savaient ces choses, et ils croyaient à la puissance de Marie, et ils l’invoquaient dans toutes les difficultés de la vie, et ils la servaient avec fidélité, et ils lui rendaient leurs hommages, et ils l’appelaient du nom expressif de Notre Dame. N’est-il pas délicat et juste, ce nom ? Ne traduit-il pas admirablement les relations de Marie avec les chrétiens et des chrétiens avec Marie ?

Ce n’est pas tout ; ce terme avait encore un autre sens, un peu différent du premier, et emprunté aux coutumes de la chevalerie. Les hommes de ce temps-là, les nobles surtout, les chevaliers, étaient passionnés pour les luttes courtoises des tournois et pour les combats plus terribles de la guerre; mais ils avaient appris de l’Eglise a respecter tout ce qui est faible, les prêtres, les orphelins, les femmes. Aussi la plupart avaient à cœur d’honorer les nobles dames, les belles et vertueuses châtelaines. Lejeune homme, devenu chevalier, ne manquait pas d’adresser l’hommage de son cœur à quelque noble damoiselle, et, dans les joutes brillantes des tournois, dans les luttes sanglantes de la guerre, il arborait les couleurs de sa Dame et faisait mainte prouesse en son honneur. Tel Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche. Mais plusieurs, parmi les plus chrétiens et les plus purs, ne voulaient avoir d’autre Dame que la Vierge Marie : c’est à elle seule qu’ils donnaient leur cœur, se sont ses couleurs qu’ils portaient, et quand ils frappaient d’estoc et de taille, quand ils faisaient fuir l’ennemi devant leur vaillante épée, quand ils se couvraient de gloire dans les tournois ou dans les combats, c’était en l’honneur de Marie, leur Maîtresse et leur Dame. Ne vous souvient-il pas que notre grand connétable breton avait pour cri de guerre : « Notre Dame Guesclin » ?

Le peuple du Moyen-Age, plus que le peuple d’aujourd’hui sans doute, était épris d’idéal et de poésie, et il comprenait ces délicats symboles. Tous avaient adopté Marie pour leur Dame, et tous aimaient a lui donner ce titre. Et s’ils travaillaient, s’ils combattaient, s’ils accomplissaient fidèlement leurs devoirs de chrétiens, c’était sans doute et tout d’abord pour l’honneur de Notre-Seigneur, mais c’était aussi pour l’honneur de Notre Dame.

Cette belle et touchante expression a presque disparu de la langue religieuse, au moins dans notre pays : nous désignons encore par ces mots les églises et les pèlerinages consacrés à Marie, nous disons Notre Dame de Bon Port, Notre Dame de Toutes Aydes, Notre Dame de Lourdes ; nous ne disons plus simplement Notre Dame, en parlant de la Sainte Vierge elle-même. Il est permis de le regretter. Du moins, ayons dans le cœur les sentiments exprimés par ces mots : confions-nous à la protection de Marie, soyons empressés a son service, adressons-lui fréquemment nos hommages, donnons-lui toujours notre amour ; et nous aurons, aujourd’hui connue autrefois, le droit de l’appeler Notre Dame.

 

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Notre Dame du Précieux Sang

Vénérée en l'église Saint Guénolé de Batz-sur-Mer

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29 avril 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Ouverture du Mois de Marie

Le culte de la Très Sainte Vierge

« Toutes les générations me proclameront Bienheureuse ». (St Luc,1, 48).

 

J’imagine que si l’un de ces docteurs orgueilleux et suffisants, qui devaient plus tard traîner Jésus Christ au Calvaire, avait entendu ce cri, poussé par une jeune fille de quinze ans, fiancée d’un pauvre charpentier de village, il eut haussé dédaigneusement les épaules et se fut éloigné en esquisse… un sourire de pitié. Pourtant c’était une prophétie, et, pour prouver son accomplissement, il suffit de montrer l’univers catholique pressé au pied des autels dédiés il cette humble femme ; il suffit de prêter l’oreille aux discours et aux chants qui vont, durant ces quatre semaines, redire il tous les échos de la chrétienté ses incomparables grandeurs.

Ce verset du Magnificat appellerait un commentaire, le seul qui lui convienne, l’histoire du culte de la Très Sainte Vierge. Vous m’excuserez de ne point l’entreprendre ; ni le temps dont je dispose ici, ni mes forces ne me le permettent ; il y faudrait plus que la vie d’un homme. Je voudrais cependant apporter une pierre - fut-elle des plus modestes - à ce splendide monument, en étudiant avec vous le culte de Marie dans le diocèse de Nantes. Ce sera le sujet de nos entretiens durant ce mois. En guise d’introduction, disons deux. mots ce soir sur la légitimité du culte de Marie, et sur les avantages de ce que j’appellerai le culte local de Très Sainte Vierge.

Les théologiens, après avoir étudié il fond le mystère de l'Incarnation, et avoir exposé la vie de l’Homme Dieu, ne manquent pas d‘ajouter que la connaissance du Fils sans celle de la Mère serait imparfaite, et que le traité du Verbe incarné doit être suivi de celui de la Trés Sainte-Vierge. D’ailleurs, disent-ils encore, il n'est pas possible de séparer deux êtres si étroitement unis ; il n’est pas possible, quand on parle si longuement du Christ, de garder le silence sur sa divine Mère. C’est ce que le cardinal Mermillod exprimait ainsi familièrement : « La Sainte-Vierge est-elle donc de trop quand on parle de Jésus ? »

Ce que les théologiens disent de l’étude nécessairement simultanée de Jésus et de Marie, il me semble que je puis bien le dire de leur culte. Le culte du Fils, sans le culte de la Mère, serait incomplet; pour honorer pleinement Jésus, il faut honorer Marie. Le culte de la Très Sainte Vierge est, en effet, une conséquence nécessaire et comme le prolongement du culte de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Pourquoi honorons-nous Notre Seigneur Jésus Christ ? Parce qu’il est Dieu. Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu, dit Saint Jean, et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Avec les apôtres, dont l’antique symbole résume notre foi Catholique ; avec tous les siècles chrétiens, héritiers et gardiens de leur doctrine, nous croyons que Jésus-Christ est Dieu, et nous tombons a genoux devant lui, disant comme Saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Eh bien ! Marie est la mère de Jésus, Marie est la mère de Dieu. Marie est mère de Dieu ! Ce sont encore tous les siècles chrétiens qui le proclament; c’est l’Eglise qui le définit aux applaudissements des peuples ; que dis-je ? C’est le ciel qui l’annonce il la terre. C’est sainte Elisabeth qui s’écrie, dans un élan inspiré : « D’où me vient cet honneur que la mère de mon Dieu daigne me visiter ? » C’est l’Archange Gabriel qui dit a la Vierge de la part de Dieu : « Celui qui naîtra de vous sera saint et on l’appellera le Fils du Très Haut : il régnera éternellement sur la maison de Jacob ».

Marie est mère de Dieu ! Savez-vous la conséquence ? La Vierge elle-même va vous la dire. Au seuil de la maison d’Elisabeth, elle entend le cri inspiré de sa cousine : « D’où me vient cet honneur que la mère de mon Dieu daigne me visiter ? ». Alors, dans une sublime extase, elle-même entrevoit l’avenir et à son tour elle s’écrie : « Voici que toutes les générations une proclameront bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses ». Ces grandes choses accomplies en Marie par la toute puissance de Dieu, c’est la maternité divine, et, a cause de cela en effet, toutes les générations ont proclamé la Vierge bienheureuse ; et à cause de cela toutes les générations se sont prosternées respectueusement devant elle.

N’est-ce pas légitime ? N’est-ce pas nécessaire ? Eh quoi ! La mère d’un prince est exaltée au-dessus de toutes les autres femmes, et la mère de Dieu n’aurait pas droit a plus de respect et d’amour ? Non, non, cela n’est pas possible ; c’est le contraire qui doit être, c’est le contraire qui est. « Je vous salue, disaient Elisabeth et Gabriel, parce que vous êtes bénie au-dessus de toutes les femmes ». Et nous répétons après eux : « Je vous salue, Marie, je vous honore au-dessus de toutes les femmes, au-dessus de tous les saints, au-dessus de tous les anges, parce que vous êtes plus grande qu’eux tous ; parce que vous approchez de plus près le Maître du ciel et de la terre ; parce que vous êtes l’alliée, l’associée, que dis-je ? la mère de Dieu !

Pourquoi honorons-nous Notre Seigneur Jésus-Christ ? Nous l’honorons, non pas seulement parce qu’il est Dieu, mais aussi parce qu’il est homme. Vous connaissez la belle et profonde doctrine de l’lncarnation. Le péché, qui s’attaquait à Dieu, était, d’une certaine manière, infini. Donc, pour apaiser Dieu, pour expierle péché, il fallait une satisfaction infinie. Dieu seul est infini, Dieu seul est capable d’accomplir des actions infinies ; d’un autre côté, l’homme seul est capable de satisfaire et d’expier, parce que seul il est capable de souffrir. La conséquence, c’est que, pour offrir la satisfaction convenable, il fallait un Homme-Dieu. Saint Jean nous donne la solution du problème : « Et le Verbe s’est fait chair ». Le Fils de Dieu a pris notre nature humaine, a revêtu notre chair mortelle, et il a pu souffrir, mourir, apaiser Dieu, expier le péché, racheter le monde, rouvrir a l’homme coupable les portes éternelles. Vous savez ces choses, mes Frères, et tant d’amour vous confond et vous tombez aux genoux de l’Homme Dieu pour le bénir et pour l’adorer.

Mais comment le Verbe de Dieu s’est-il fait Homme ? N’est-ce pas en s’incarnant dans le sein de Marie ? Mais de qui le Verbe de Dieu tient-il cette chair, grâce a laquelle il a pu souffrir et mourir ? N’est-ce pas de sa Mère ? Écoutez, c’est Saint Augustin qui parle : « La chair du Christ est la chair de Marie, et bien qu’elle soit actuellement transfigurée par la gloire de la résurrection, elle reste la même, c’est toujours la chair qu’il a reçue de Marie ». C’est donc à Marie que nous devons ce petit enfant qui vagit à Bethléem, sur la paille d’une crèche ; c’est à Marie que nous devons ce divin ouvrier qui nous donne, il Nazareth, le fécond exemple du labeur humble et méritoire ; c’est à Marie que nous devons cet infatigable prêcheur qui, pendant trois années, parcourt la Palestine, en semant sa parole et ses miracles ; c’est à Marie que nous devons cette sainte et innocente victime qui gravit péniblement le Calvaire, et, pour nos péchés, expire sur la croix ; c’est à Marie que nous devons cette même victime perpétuellement immolée sur l’autel, perpétuellement donnée en nourriture à nos âmes, perpétuellement présente dans nos tabernacles ; c’est à Marie, en un mot, que nous devons, après Dieu, la rédemption du monde. N’est-ce pas ce qui justifie le beau titre de corédemptrice, qui lui a été décerné par les Pères ? N’est-ce pas ce qui justifie en même temps le culte que nous lui rendons ?

C’est pour cela que l’Eglise, appuyée sur l’exemple de l’archange Gabriel et de sainte Elisabeth, a, depuis dix-neuf siècles, prosterné ses fidèles au pied des autels de la Vierge et multiplié les fêtes en son honneur. C’est pour cela que toutes les générations chrétiennes, fières de pouvoir se dire les enfants de Marie, se sont ingéniées en mille façons à lui manifester leur amour. Je le répète, il nous serait impossible de passer en revue devant vous tous les pays et tous les siècles chrétiens, et de vous montrer, même en raccourci, ce qu’ils ont fait pour célébrer leur Mère; nous allons nous borner au culte local, c’est-à-dire, rechercher les honneurs rendus à Marie dans ce coin de terre catholique qui s’appelle le Diocèse de Nantes.

Je ne sais si je me trompe, séduit par mon amour passionné des vieilles choses et des vieux souvenirs de mon pays : il me semble que cette étude historique et religieuse n’est pas seulement curieuse, et qu’elle peut nous être également utile. C’est un moyen, et le meilleur peut-être, de dire la gloire de Marie sur la terre. En voyant comment elle a été honorée et aimée sur un point quelconque de la catholicité, en étudiant les détails de son culte dans un territoire restreint, ce qu’il serait impossible de faire pour des contrées plus vastes, on devine aisément quels honneurs elle a reçus dans l’univers Catholique, car ce qui s‘est fait chez nous s’est aussi fait ailleurs.

C’est un moyen, et l’un des plus doux à notre piété, de dire la gloire de notre petite patrie. Nous sommes fiers de notre foi bretonne, nous exaltons, quelquefois plus que de raison, ce vaste et beau diocèse de Nantes : son amour pour Marie, le soin qu’il a pris de l’honorer, les termes spéciales et multiples dont il s’est servi pour lui témoigner son filial attachement, tout cela est une preuve de notre foi, tout cela nous met en beau rang parmi les Eglises de France et du monde.

Mais ce qui importe davantage, c’est qu’une telle étude est de nature à fortifier notre foi et notre piété. Rien, pour obtenir ce résultat, comme la fidélité aux traditions religieuses d’un pays, la persévérance dans les pratiques pieuses des ancêtres. Les dévotions nouvelles sont bonnes assurément et nous pouvons les adopter quand elles ont été approuvées par l’Eglise. C’est dans l’ordre. Le progrès existe dans la piété comme en toutes choses. Je l’ai dit, les fêtes instituées dans la suite des âges, les pratiques diverses par lesquelles la piété des peuples a voulu honorer Marie sont une de ses gloires. Si l’on a pu les multiplier dans le passé, il est évident qu’on peut les multiplier dans le présent. Mais il y a un écueil : la tendance à embrasser toutes les nouveautés, d’où qu’elles viennent. C’est un signe d’inconstance et qui indique souvent plus de curiosité, d’humeur fantasque, de passion pour le changement et la mode que de fermeté dans la foi, de vivacité dans l’amour, de sérieux dans la piété. Peut être la piété contemporaine n’a-t-elle pas su se prémunir assez contre ce péril, et, en passant ainsi d’une dévotion à une autre, en accueillant, avec transport toute pratique nouvelle et surtout étrangère, a-t-elle montré qu’elle était plus superficielle que profonde. La fidélité aux dévotions anciennes, aux pratiques chères à nos pères, aux sanctuaires qu’ils ont aimés, est un indice de foi plus profonde et de piété plus sûre. Ces dévotions ont leurs racines dans le passé et nous rattachent à lui: la_ fidélité aux pratiques de nos pères entretient et fortifie la fidélité à leur foi.

N’ai-je pas le droit d’ajouter que ces dévotions locales, manifestations le plus souvent spontanées d’amour à Marie, convenaient au tempérament, aux habitudes, aux sentiments, aux mœurs de nos ancêtres ; que toutes ces choses qui constituent le caractère particulier d’une population, d’une province, ne se sont pas tellement modifiées qu’on ne puisse les retrouver chez nous, et que, par conséquent, ce qui plaisait à leur piété doit aussi plaire à la nôtre ? N’ai-je pas enfin le devoir de remarquer qu’un très grand nombre de ces pratiques, de ces dévotions, de ces pèlerinages, nés d’un cri d’angoisse ou d’un hommage de la reconnaissance, inspirés miraculeusement par Marie ou du moins approuvés par elle, sont une dette que nous n’avons pas le droit de protester, en même temps qu’un glorieux héritage dont nous avons le devoir d’être fiers ?

Venez donc, mes Frères, durant tout ce mois, étudier avec nous le culte de Marie au diocèse de Nantes. Sans doute nous ne dirons pas tout, nous ne citerons pas les quatre-vingt dix vocables sous lesquels on l’honorait dans notre pays ; nous n’énumérerons pas les quatre-vingt trois chapelles consacrées à son nom sur le territoire diocésain; nous ne calculerons pas le nombre des statues, ni même des autels qui lui furent dressés par la piété de nos pères ; nous ne cataloguerons pas toutes les congrégations et les confréries qui lui furent érigées ; nous ne signalerons pas toutes les processions qui se déroulaient en son honneur, chaque année, chaque mois, presque chaque semaine, dans les rues de nos villages et de nos villes ; nous ne mentionnerons pas tous ces curieux saluts de la Très Sainte-Vierge, dont le nom, sinon tout a fait la pratique, a disparu chez nous ; enfin nous ne dénombrerons pas les pèlerins qui ont tracé, à travers nos forêts et nos landes, les sentiers menant à nos sanctuaires locaux, pas plus d’ailleurs que ceux qui s’en vont aujourd’hui, emportés parla vapeur, à la Salette, à Pontmain et à Lourdes. J’espère toutefois que nous en dirons assez pour prouver que Nantes a toujours aimé Marie et que Marie le lui a bien rendu ; assez par conséquent pour vous déterminer à l’aimer toujours, et vous convaincre que toujours elle saura vous le rendre.

 

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28 avril 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

 

Pour ce mois de Marie, je vous emmène en Bretagne, en Loire Atlantique, département duquel est orginaire ma famille, pour visiter et prier dans les nombreux petits sanctuaires, qui sont parfois très anciens qui se trouvent dans ce département. Les méditations de ce Mois de Marie, sont extraites du "Le Mois de Marie des Madones Nantes" ont été publié en 1904, par l'Abbé Ricordel, toutes ont étées prêchées en l'église Saint Nicolas, à Nantes, pendant le mois de mai de cette même année. (F.M.)

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Introduction

La Loire Atlantique, terre mariale

 

Lorsque je commençai d'étudier les madones nantaises, j’avais uniquement pour but d'exposer, devant un auditoire d‘élite, les forums variées qu'a revêtues, dans le diocèse de Nantes, le culte de la Très Sainte Vierge. La pensée ne m’était point venue de faire un livre. Invité cette année a donner les instructions du mois de Marie dans la basilique de Saint-Nicolas, j'entrepris de traiter ce même sujet. Des amis, trop bienveillants peut-être, ont été d’avis, les uns après les avoir entendu, les autres après avoir parcouru mes manuscrits, qu‘il fallait présenter ce travail à un public moins restreint. M. le Curé de Saint Nicolas lui-même a été assez aimable pour en faire l’éloge à la clôture des exercices et pour exprimer, du haut de la chaire, l’espoir qu‘il serait publié. Ces instances mirent fin a mes hésitations.

Toutefois, ce travail demandait a être complété si je voulais qu’il put servir aux lectures du mois de Marie. A Saint Nicolas, il n’y a pas de prédication le samedi et, par conséquent, je n’avais donné que vingt-sept instructions ; de plus, la première n‘était qu’une entrée en matière et, pour ainsi dire, une exposition du sujet ; enfin, le triduum en l'honneur de N.-D. de Bon-Conseil m’avait obligé à résumer l’histoire de cette image miraculeuse qui n'est que par une très récente adoption une madone nantaise. Il me restait donc à composer sept notices supplémentaires, c’est ce que j’ai fait. J’ai cru devoir cependant conserver l’instruction d’ouverture, ce qui porte il trente-deux le nombre des chapitres. De cette façon, il y aura assez de lectures pour ceux qui commencent les exercices la veille du 1er mai.

Je n'ai pas eu l‘intention de faire l'histoire complète du culte de la Très Sainte-Vierge dans notre pays. Il aurait fallu pour cela des loisirs que je n'ai point, il aurait fallu surtout une connaissance approfondie des choses du passé, il laquelle je suis loin de prétendre. Ce livre, d‘ailleurs, est moins le résultat de mes recherches personnelles qu’une sorte de vulgarisation des travaux antérieurs, et si je puis m’attribuer quelque mérite, c’est celui de posséder une bibliothèque. A part quelques sujets absolument inédits, puisés dans les archives départementales, ou empruntés aux registres paroissiaux, je n’ai guère fait que résumer les études consacrées par des spécialistes à nos pèlerinages diocésains et glaner quelques détails perdus dans des ouvrages d’histoire locale. Je n’ai point entendu faire non plus œuvre de critique et j’ai soigneusement écarté ce qui sent l’érudition pour donner une très large place aux légendes édifiantes que j’ai pu recueillir. J’ajoute même ingénument, au risque d’effaroucher les sévères historiens, que si j’éprouve un regret, c’est de n’en avoir pas récolté davantage. La science n’a rien à y gagner, mais la piété peut y trouver un aliment, et j'ai eu principalement pour but de faire une œuvre de piété.

Un livre de cette nature ne comporte pas les renvois multipliés au bas des pages, que l’on trouve dans les ouvrages d’érudition. On ne trouvera donc pas une seule note dans celui-ci. Je n’est pas cependant que je n’aie consulté beaucoup d’auteurs ; ce n’est pas non plus que je veuille m’attribuer le mérite de découvertes qui sont le fait d’autrui. Pour satisfaire, dans a mesure du possible, les exigences des lecteurs instruits, je donnerai, a la fin de cette introduction, la liste complète des sources où j’ai puisé. On verra par là que, sans chercher a faire œuvre d’historien, j’ai toujours respecté la vérité historique, quand elle m’était connue.

Les recherches auxquelles je me suis livré, les ouvrages que j’ai parcourus, les notes qui m’ont été transmises m’ont fait connaître bien des sanctuaires et bien des faits intéressants qui ne pouvaient entrer dans les notices particulières aux exercices du mois de Marie. Fallait—il les laisser enfouis dans mes cartons ? Je ne l’ai pas pensé. Il vaut mieux, semble-t-il, leur accorder une place dans cette introduction. De cette façon, sans donner l’histoire complète de ce que le diocèse de Nantes a fait pour honorer Marie, je fournirai quelques matériaux de plus il ceux qui seront tentés de l’écrire ; de cette façon aussi, je procurerai il un plus grand nombre de lecteurs la satisfaction de lire quelques lignes concernant les dévotions qui leur sont chères.

J’ai adopté, pour les notices destinées aux lectures publiques, l'ordre des mystères, le plus logique d’ailleurs et le seul possible en l’absence de dates précises ; je crois devoir suivre encore, en cette rapide revue, a peu près le même ordre.

M. l‘abbé Grégoire, dans son Etat du diocèse de Nantes en 1790, cite quatre-vingt-neuf vocables de la Sainte Vierge, et encore quelques-uns ont-ils dû échapper il ses patientes investigations ; en outre, plusieurs datent seulement du XIXe siècle ; enfin, beaucoup d’entre eux se retrouvent dans cinq ou six paroisses, souvent davantage. Je ne puis donc énumérer tous les lieux où le culte de Marie fut en honneur ni tous les titres qu’on lui décerna. Celle nomenclature, mêle dans une introduction, semblerait fastidieuse. Essayons, néanmoins, d'en donner quelque idée.

L'Immaculée-Conception, je le dirai plus tard, avait été, dans les âges les plus reculés, adoptée pour patronne par la Trève de Bouée ; elle y avait aussi une florissante confrérie, à laquelle une bulle du pape Paul V avait accordé (1515) de précieuses indulgences. Durant le cours du siècle dernier, trois paroisses nouvellement créées ont été heureuses de prendre ce vocable: N.-D. de Bon Port à Nantes, l’Immaculée-Conception a Saint-Nazaire et le Landreau. N.-D. la Blanche avait des chapelles, non seulement à Guérande, à Rezé ; à Saint Jean de Corcoué, où elle portait aussi le titre de N.-D. des Neiges ; mais à Carquefou, au milieu d’un cimetière du même nom, à Piriac, à Saint André des Eaux, à Saint Lyphard, à Herbignac, à Saint Molf, à Saillé, à Montoir. Ce dernier sanctuaire, modeste prieuré,presque perdu dans la Grande Brière, à l’extrémité du village d’Aisnes – aujourd’hui paroisse de Méan - eût son chapelain jusqu’à la Révolution, et ouvrait souvent ses portes aux nourrices des environs, qui venaient demande à la Vierge-Mère le lait dont elles avaient besoin pour leurs chers petits.

Ailleurs, à Sainte Croix de Machecoul, le peuple se prosterne devant N.-D. la Noire. N.-D. de Grâce possède une chapelle, dont nous parlerons, sur les bords de l’Isac, et un oratoire dans la banlieue de Nantes, près du château de la Collinière. La première n’a fait que grandir, le second a complètement disparu. Mais, depuis 1856, une paroisse voisine de notre grande cité, Saint-Sébastien d’Aigne, a érigé un petit monument et fait un pèlerinage annuel à N.-D. de Toutes Grâces. Le dimanche le plus rapproché du 8 septembre, fête de la Nativité de Marie, une procession part de l’église paroissiale et se dirige pieusement vers le village du Doucet. Elle s’arrête devant une grotte qui abrite une image de la Bonne Mère, pour la remercier de la protection qu’elle daigna accorder au village du Douet, en arrêtant le fléau des morts subites qui avait jeté l'effroi au sein de cette population.

Blain offrait ses hommages et ses prières à N.-D. des Vertus ; Remouillé et Rezé possédaient des chapelles du même nom ; le Temple appelait la sienne N.-D. de Toutes Vertus, comme pour indiquer la puissance universelle de la Reine qu’on y venait prier. Il a toujours pour elle la même confiance, et les mères du voisinage ne cessent pas d’aller demander a la Bonne Mère du ciel de fortifier et de faire marcher leurs petits enfants. Il y a bien longtemps qu’on la vénère ; les anciens registres donnent les noms des personnages importants qui voulurent dormir leur dernier sommeil au pied de son autel ; ils contiennent surtout un procès-verbal qui dira mieux que de longs développements quelle confiance on lui témoignait.

« L‘an 1710, le 26 juillet, sur les cinq heures du matin, par moi recteur soussigné, licencié en théologie, droit canon et civil, a été présenté devant l’image miraculeuse de N.-D. de Toutes Vertus, chapelle sise sur la lande, terroir du Temple-Maupertuis, honorable garçon Charles Bernard, natif de ce bourg, âgé de 22 ans ou environ, fils des défunts M” Julien Bernard, notaire et d’honorable femme Marie Guinel, ses père et mère, lequel étant allé sur mer en qualité de chirurgien, sur les vaisseaux marchands de Nantes, voguant sur les côtes d’Espagne en Amérique, étant en 1707, la nuit de la Toussaint sur le vaisseau nommé le Diamant, et se trouvant en danger de perdre la vie, avec tout le monde qui y était, il muse d’une tempête effroyable qui lit échouer le vaisseau contre un rocher qui le mit en pièces, fit le vœu qu'il rend aujourd‘hui à ladite chapelle, d’aller du bourg du Temple à ladite chapelle, pieds nus et en chemise, y faire dire la messe connue il a fait, et se sentit aussitôt délivré du naufrage, s’étant sauvé sur une barrique qui lui restait. Le vœu accompli, les dits jour et an que dessus, en présence de plusieurs qui ne signent, et a signé avec nous. Signé : Astruc, rect. du Temple, Charles Bernard ».

Bourgneuf honorait à la fois la maternité de Marie et la naissance humaine du Fils de Dieu, en invoquant N.-D. de Bétlhéem ; Machecoul faisait de même, et semblait avoir pris plaisir à multiplier les vocables sous lesquels il désignait la Vierge-Mère, connue pour montrer qu’il surpassait toutes les autres contrées dans son amour pour elle. On y trouvait en effet, N.-D. de Bethléem et N.-D. la Noire, les Neuf Mois, Notre-Dame et Saint-Jean, N.-D. de Bon Conseil, N.-D. de Bon Secours, N.-D. de Pitié, N.-D. des Dons, N.-D. des Clercs, N.-D. la Grande, N.-D. du Rosaire, N.-D. de Lorette, N.-D. du Calvaire, N.-D. d’Espérance, N.-D. de la Davsière, N.-D. de la Chaume. Riaillé, qui avait choisi l’Assomption pour sa fête patronale, avait aussi, comme Saint-Nicolas, sa confrérie de la Chandeleur.

Le mystère du recouvrement de Jésus au Temple, symbole de celui de la grâce, était rappelé au peuple par cinq chapelles, dédiées à N.-D. de Recouvrance. Deux d’entre elles feront l’objet d’une notice, signalons seulement les trois autres qui s’élevaient à Pornic, au Loroux-Bottereau, a Port-Launay, en Couérou. De celle du Leroux, il reste un pan de mur et une crédence, servant de niche a une statuette de la Vierge ; des deux autres il ne subsiste plus rien. Celle de Pornic était située sur l’emplacement de l'Hôtel de France ; l’autre a fait place a une route, et, parmi les voyageurs qui passent, combien sont-ils ceux qui savent qu’ils foulent aux pieds un sol autrefois consacré ? Ce dernier sanctuaire eut pourtant jadis une certaine importance, quand le Porl-Launay voyait les grands navires des armateurs nantais s’arrêter à ses cales; quand les gros négociants et les agents maritimes y construisaient les belles maisons que l’on y voit encore ; quand marins, manœuvres et commerçants allaient, actifs et empressés, remplissant de mouvement et de bruit ces lieux aujourd’hui silencieux et presque solitaires. L’oratoire avait alors son chapelain ; et lorsque, vers la fin du XVIIIe siècle (1763), on le dota d’une cloche nouvelle, ce fut un vicaire général de Nantes, l’abbé de Hercé, qui vint la bénir, en présence du marquis de la Musse, seigneur de la contrée, de sa fille et de son neveu qui donnèrent a la cloche les noms de Reine Françoise, de plusieurs ecclésiastiques, parmi lesquels on remarquait le prieur d’lndre et le recteur de Saint-Clément, de Nantes.

N.-D. de Pitié ne comptait pas moins de 22 chapelles, et si je voulais nommer tous les autels qui lui étaient dédiés, toutes les statues qui la représentaient, il me faudrait passer en revue le diocèse tout entier. Le même mystère est rappelé par N.-D. des Sept-Douleurs, a laquelle Saint-Clément reste toujours fidèle, et par N.-D. des Croix, qui avait jadis des chapelles à Paulx et à Abbaretz. La première, située au bas du bourg, possédait trois autels consacrés, ce qui peut nous faire juger de son importance. Celle d’Abbaretz marquait le point culminant de la paroisse et tirait son nom de plusieurs croix groupées très anciennement sur cette colline, qui domine tout le pays. Elle datait du XIIIe ou du XIVe siècle et les revenus que quelques fidèles y avaient attachés lui permettaient d’avoir son chapelain.Les du Matz, seigneurs de Villeneuve, prétendaient a certains droits sur elle, et la fille de l’un d’eux, Aliénor du Matz, voulut y recevoir la bénédiction nuptiale, en 1629. Ses derniers débris ont disparu « quand a été faite la récente route d’Abbaretz a Meilleraye, néanmoins, la piété des habitants voisins leur a fait élever, près du nouveau chemin, une croix de pierre rappelant l’ancien sanctuaire. On continue même d’y venir en pèlerinage ».

D’Abbaretz à Châteaubriant, il n’y a pas loin. Cette antique cité posséda naguère une église de Notre-Dame. On constate son existence au XIIe siècle ; mais bientôt elle disparaît sans laisser de trace. Les barons l’avaient reconstruite et il est à croire qu’on profita de la circonstance pour lui donner un nouveau patron, saint Nicolas. Ce n’était alors qu’une simple chapelle urbaine, sous l’autorité du doyen de Béré ; c’est aujourd’hui la paroisse principale.

L’église de Saint-Jean gardait du moins son autel de N.-D. des Villages, devant lequel était placé l’énorme cierge que les laboureurs portaient en procession. En 1663, le célèbre doyen Blays voulut établir à Châteaubriant la confrérie de N.-D. de la Mercy, et le R. P. Audouére, commandeur des religieux de ce nom, vint en faire l’installation solennelle. Quelques années plus tard (1670), le doyen attacha la nouvelle confrérie à l’autel des Villages ; avec les droits d’entrée des confrères et quelques dons particuliers, il fit faire un bel autel en bois, surmonté d’un tableau représentant la Rédemption des captifs. Il y plaça en même temps une statue de N.-D. de Bon-Secours, offerte par un prêtre de la ville. A partir de cette époque, l’autel de N.-D. des Villages changea son nom en ce ni de N.-D. de la Mercy. L’Evèque de Nantes autorisa la confrérie ; il permit en même temps de faire une quête a la grand’messe et d’apposer un tronc au-devant de l’autel. Les collectes devaient être remises aux Pères de la Mercy, qui venait de s’établir à l’ermitage du Pont-du-Cens, près de Nantes ; et ceux-ci avaient charge de les employer a la libération des captifs. Disons enfin que, dans la même église, fut également établie la confrérie du rosaire.

J’ai tout dit, ou a peu près, sur le culte officiel de la Sainte Vierge à Châteaubriant ; mais non pas sur le culte populaire. Une vieille légende rimée, publiée par M. l’abbé Goudé, nous apprend en effet que le peuple avait élevé à Marie un oratoire où on l’invoquait sous le nom de N.-D. de Jovence. C’était, près d’une fontaine, à quelques pas de la porte Saint Michel, une petite grotte, au fond de laquelle se dressait un autel surmonté d’une statue de la Vierge. Cette image, d’après le récit légendaire, était miraculeuse. Elle apparut subitement en ce lieu, sans qu’on put savoir qui l’y avait posée. Le bruit s’en répandit rapidement et la foule cria au miracle. Le clergé paroissial se hâta de la transporter à l’église de Béré ; mais, le lendemain matin, on le retrouvait au même endroit. De là, grande dévotion chez le peuple: les pèlerins affluèrcnt bientôt et leur foi naïve fut récompensée par d’éclatants prodiges. La ferveur dura cinquante ans, puis ce fut la négligence et presque l’abandon. Le pauvre oratoire tomba dans un délabrement complet. Cependant les Castelbriantais rougirent de leur ingratitude ; ils rétablirent dans un état décent la grotte et son autel, et la dévotion reprit. ()n venait surtout demander aux pieds de la madone un temps favorable et parfois le concours des fidèles était considérable. Cela dura jusqu’à la Révolution. Un propriétaire voisin profita de ces temps troublés pour démolir l’humble chapelle, qui était là depuis un temps immémorial, et employer ses débris a la construction d’une écurie. Le Conseil municipal s’émut un peu tardivement, réclama le terrain et le rétablissement des choses en l’état. Il obtint très probablement la restitution, mais l’oratoire ne fut point rebâti.

J’ai déjà signalé à Machecoul le touchant vocable de « Notre Dame et Saint Jean » ; le même existait a Saint-Michel du Pallet. On trouve ailleurs celui de « Mère et Fils », qui me semble plus touchant encore, et qui révèle bien la délicatesse de nos pères.

Le mystère de la Rédemption est plus particulièrement rappelé par N.-D. de Salvation, que l’on honorait à Blain, et par N.-D. du Salut, qui possédait une chapelle très vénérée à Maisdon. Un Jousseaume de la Bretèche voulut y recevoir la bénédiction nuptiale en 1691 ; et, au début de la Révolution, les fidèles de la contrée s’y rendaient en pèlerinage. Elle a disparu et nul n’a en l’heureuse pensée de la rétablir. Ajoutons, pour être juste, qu’un magnifique calvaire s’élève sur son emplacement et qu’un petit oratoire, aménagé dans ses soubassements, perpétue le souvenir et le culte de N.-D. du Salut.

L’Assomption de Marie a toujours été très vénérée chez nous. Le vœu de Louis XIII a sans doute donné plus d’éclat à cette solennité ; mais dès longtemps elle était la fête patronale d’un grand nombre de sanctuaires. Elle l’est encore de vingt-sept paroisses : Aigrefeuille, Bourgneuf, Brains, Grandchamp, la Chapelle-Basse Mer, la Chapelle-des-Harais, la Haie-Fouassière, la Limouzinière, la Marne, le Gâvre,Legé, le Pellerin, la Plaine, les Sorinières, Maisdon, Mesquer, Montbert, Mouais, N.-D. de la Montagne, Pompas, Biaillé, Roche Blanche, Sainte Marie, Vallet, Vieillevigne, Villepot, N.-D. de Clisson. J’ai renvoyé celle-ci a la fin parce que la noble collégiale, fondée par Olivier de Clisson, ne peut, malgré sa déchéance, rester confondue dans la foule. On a raconté son histoire et il m’est impossible de la résumer ici. Je veux du moins donner son acte de naissance en citant, d’après dom Lobineau, un passage du testament de son fondateur :

« Item, je vueil et ordonne que un Collège de Chanoines ou (chappelains séculiers soit fondé en l’Eglise de N.-l). de Cliczon, où il y ait Déan, Chanoines, Chappelains, Clercs et Serviteurs en tel nombre, et qui aient telles revenües connue les Commissaires qu’il plaira à nostre S. Père le Pape ordonner sur le fait d’icelle fondation verront que les rentes, terres et revenües que je ordonne pour cette anse pourront soustenir; pour la fondation et dotation duquel Collège le donne et laisse, quitte et transporte (lez le temps de présent à ladite Eglise de N.-D. de Cliczon et aux Déan, Chanoines, Chappelains, Clercs et Serviteurs des susdits, toute ma terre et Chastellenie de Montfaucon que j’ai conquise et fait amortir pour céste cause; parce que je retiens et réserve à moy et à mes hoirs successeurs, et ayants cause de moi, Seigneurs de Cliczon, le Patronnage et la présentation d’iceux Bénéfices toutes fois et quantes qu’ils vacqueront en aucun d’iceux vacquera. Item, je laisse à ladite Eglise de Cliczon une ymage d’argent de N.-D. dou poids de XX mares ».

Le connétable signa ce testament le 5 février 1406 ; un an plus tard, il entrait dans l’éternité. Ses dernières volontés furent exécutées strictement et Clisson eut sa collégiale. Elle se composait d’un doyen, de six chanoines, de six chapelains perpétuels ou semi-prébendés, de quatre serviteurs d’église et quatre enfants de choeur. Elle subsista près de quatre siècles : la Révolution seule mit fin aux hommages que le Chapitre de Clisson rendait à Notre-Dame et aux prières qu’il adressait à Dieu pour son illustre fondateur.

L’Assomption était aussi la fête principale d’une célèbre confrérie, établie dans l’église du prieuré de Pirmil, sous le nom de N.-D. de Vie. L’origine de cette association n’est pas connue ; on sait seulement. qu’elle existait en 1446, et qu’elle avait été fondée avec l’assentiment du Prieur. Un des moines de Saint Jacques en était le directeur, et l’administrait avec trois prévots, choisis parmi ses membres. Ceux-ci étaient ordinairement au nombre de 800. Le pape Léon X l’avait approuvée (10 fév. 1526) et favorisée de riches indulgences, fixées aux fêtes de l’Assomption, l’Annonciation, la Conception, la Purification ; et le roi François 1er lui avait accordé des lettres patentes. Chaque année, on distribuait le pain bénit aux confrères. Les jours d’indulgences, le saint Sacrement était exposé et le salut chanté à l’autel de la confrérie, situé dans la nef. Chaque semaine, trois messes étaient dites au même autel, le lundi et le samedi, jours où la messe était chantée, le jeudi où elle était basse. Enfin, au décès de chaque confrère, il y avait trois messes chantées pour le repos de son âme.

La plupart des pèlerinages nantais, dont nous parlerons, avaient pour ainsi dire des succursales sur divers points du diocèse. Il semble que les fidèles aient voulu faire dériver chez eux les flots de grâces qu’y répandait Marie ; à moins qu’il ne faille voir dans ces chapelles, des ex-voto de faveurs obtenues dans les sanctuaires principaux. C’est ainsi que nous trouvons N.D. de Miséricorde à Rouans, à Saint Philbert, à Saint Père-en-Betz, au Croisic, à Herbignac où elle supplanta N. D. la Blanche, lors de la restauration (1770) de sa chapelle qui existe encore; a Trescallan, dont l’église paroissiale porte toujours ce titre. N. D. de Bon Secours est titulaire d’un grand nombre de sanctuaires ; à Herbignac, où la succursale de Pompas était anciennement sous ce vocable ; à Machecoul, au Pellerin, à Prinquiau, à Saint-Mars-la-Jaille où on la voit toujours dans le cimetière, à Saint Joachim, à Crossac. La petite chapelle de Saint-Joachim n’a pas été détruite, plus heureuse que l’ancienne église brûlée pendant la 'Terreur ; elle est là, bien humble et toute basse, presque cachée au milieu des maisons plus jeunes et plus vastes. Les fidèles la regardent comme le berceau de la paroisse, et, s’ils sont fiers de leur église aux proportions de cathédrale, ils ne sont pas moins attachés à l’oratoire de Bon Secours ; c’est là, dans les jours d'angoisse, qu’ils vont de préférence réclamer le secours de Marie. Celle de Crossac a disparu, et pourtant elle était vénérable aussi, bien qu’elle ne fût pas fort ancienne. Bâtie par les aumônes des paroissiens, sur le fief de Bellebat, elle « fut bénite le 18 juin 1743, par Missire Vincenl Noël, recteur de Pontchâteau, en présence de Missire Lefebvre, recteur de Crossac ». A la Révolution, cette dernière paroisse dut subir, pendant quelques mois, la présence d’un intrus ; mais le vicaire légitime, l’abbé Jacques Vaillant, resta dans le pays, et c’est a Bon Secours qu’il célébrait la messe, jusqu’à ce que la persécution violente l'obligea à se cacher et à célébrer en secret. L’humble oratoire fut incendié bientôt, et n’a pas été rétabli.

N. D. des Dons était honorée a la Collégiale de Nantes et a Sainte Croix de Machecoul. Aucune de ces deux églises ne subsiste, et ce vocable serait tout a fait tombé dans ce pays, si un curé de Saint Nicolas-de-Redon ne l’avait donné a une chapelle élevée, pour abriter les œuvres paroissiales, à l’ombre de son église. Le titre de N. D. de Bon Garant ne se retrouve que dans la chapelle frairienne de Brésauvé, dans la paroisse d’Herbignac, qui semble avoir voulu réunir sur son territoire tous les noms célèbres du pays nantais.

N. D. de Toutes-Aides était mieux partagée. La chapelle de l’hôpital Saint Jean, à Nantes, commanderie de l’ordre de Malte, lui était dédiée. C’est ensuite, il Sévérac, le sanctuaire très antique et très vénéré de N. D. de Toutes-Aydes de Caradou ; c’est une chapelle du même nom à Saint Nazaire, dans la circonscription paroissiale de Saint Gohard. Elle fut bâtie en 1659, par les soins et sur .a proprieté de Jean Mothais, prêtre du pays, qui en fut le premier chapelain. Quand je la vis pour la première fois, elle se cachait, solitaire et pieuse, au milieu d’un verdoyant placis, sous la ramure des grands arbres, et, tout jeune que j’étais alors, je goûtai la douce poésie de ce sanctuaire champêtre. Je l’ai revue depuis. Hélas ! Quel changement ! Elle est désormais perdue au‘ milieu des guinguettes et des salles de bal de la banlieue, et ressemble, dans sa vétusté, a ces paysannes bretonnes qui promènent leurs costumes fanés dans les rues de nos faubourgs nantais. C’est encore la Chapelle-des-Marais. Ce sanctuaire existait en 1628. Quelques années plus tard on commence a l’agrandir avec les aumônes des frairiens ; puis on obtient du parlement de Bretagne l’autorisation de lever 600“ pour l’achever, sur tous les habitants de la frairie de Notre Dame. La chapelle devient succursale de Missillac, puis paroisse (1771). Elle fut remplacée par une belle église en 1860 ; mais Marie en resta toujours la patronne. Toutefois, nul dans le pays ne l’appelle plus N. D. de Toutes-Aides. Il y a quelques années, pendant une retraite que je donnais aux enfants de la communion, J'ajoutai à la prière qui terminait les exercices : « N. D. de Toutes Aides, priez pour nous », on me demanda le pourquoi de cette invocation.

La chapelle qui, des hauteurs de Saint Jacques, domine la cité nantaise, n’est pas la première qui ait été dédiée, dans ce diocèse, à N. D. de Bonne-Garde. Teillé possédait depuis longtemps un sanctuaire de ce nom. La tradition prétend qu’il avait été église paroissiale. Nous savons du moins qu’il existait en 1588, puisque la grosse cloche de la paroisse y fut à cette date fondue, puis bénite. Un Raoul de la Guibourgérey fut baptisé quelques années plus tard (1606). Les registres paroissiaux ne nous apprennent rien de plus. Nous savons aussi, par ailleurs, qu’on y faisait des processions et que le peuple lui marquait une grande dévotion. Elle était située dans « le haut du bourg ».

Nous ne sommes pas encore au bout de la revue que nous avons entreprise. Sur les ponts de Nantes, il nous faut saluer N. D. de Tous-saints, aumônerie fondée en 1363 par Charles de Blois, et composée « d’une église avec cimetière, hôpital et Hôtel-Dieu, pour loger et hébeger les pèlerins de Saint Jacques en Galice et de Saint-Méen, allans et retournans de leur voyage ». Un pont rappelle son souvenir aux Nantais, et le chercheur attentif peut découvrir encore quelques pans d’un mur de la chapelle.

Donnons aussi un souvenir à N.-D. des Vignes qui avait son autel chez les Jacobins ainsi qu’à l’hôpital de Sainte-Marie hors des murs. N. D. du Fresne nous est restée : elle était titulaire de deux chapelles, berceaux de deux paroisses. L’une des deux porte toujours ce nom ; l’autre s’appelle N.-D. de la Montagne, et garde fidèlement le souvenir de l’oratoire où sa patronne fut d’abord honorée. Chaque année, au soir de l’Assomption, les fidèles se rangent en ordre de procession, et la foule pieuse déroule ses longues files sur les riants coteaux qui dominent la Loire. Non loin du village de Roche-Ballue, elle s’arrête ; et le prédicateur de la fête, montant sur une chaire improvisée, adresse quelques mots d’édification à l’assemblée. Cette station se fait sur l’emplacement qu’occupait autrefois la chapelle de N.-D. du Fresne.

Il ne reste aussi qu’un vague souvenir de N.-D. des Ormeaux, à Oudon, bien qu’elle ait été, dit-on, le chef-lieu de la paroisse. On sait pourtant qu’elle s’élevait auprès de l’ancien presbytère, et c’est là ce qui explique l’éloignement, incompréhensible autrement, de celui-ci. Ce vocable me fait songer que nos pères avaient emprunté beaucoup d’autres noms à la nature, pour les donner à leurs madones ; nous voyons, par exemple, N.-D. des Léards à Saint-Julien-de Concelles, N.-D. du Sycomore â Guérande, N.-D. du Verger au Pallet, N. D. la Rose au Cellier et à la Collégiale, N.-D. du Châtellier à Saint Lumine-de-Coutais. Guérande nommait aussi la madone du Sycomore N. D. de la Clarté, et comme contraste, la Chevrolliére avait N.-D. des Ombres, de l’ombre des grands bois où elle se cachait, vocable mystérieux connue les forêts, qui inspira un cantique au Père de Montfort. Le propriétaire des Huguetières l’a fait reconstruire, il y a quelques années, et, mieux avisé que beaucoup d’autres, lui a laissé son nom.

Grandchamp reste fidèle à sa chère et vieille chapelle de N. D. des Fontaines et Vieillevigne à celle de N. D. de Belle-Fontaine, que l’on appelait aussi quelquefois N. D. de Crée-Lait, a raison de la faveur temporelle que les nourrices allaient y demander. fin 1687, elle est déjà, semble-t-il d’âge fort respectable, puisqu’il faut en rebâtir le choeur, et ce qui est « pareillement gast de la nef, joignant le coeur ». Non seulement la Fabrique y emploie ses propres ressources, mais elle met à contribution celles des confréries du Rosaire et des Agonisants. Elle décide, en outre, de prendre de la pierre dans les ruines de la chapelle Saint Thomas, mais on laissera de quoi « faire une muraille pour fermer et clôre ce qui en reste ». La chapelle Saint-Thomas était l’ancien temple protestant, et ainsi se justifiait encore, sur ce coin de terre, le texte de l’antienne que nous chantons aux fêtes de la Vierge : « C’est vous qui, dans l’univers entier, avez brisé toutes les hérésies ».

Mesquer possède un vocable analogue, N. D. du Puits. Il a, de plus, son prieuré de Merquel, dont l’oratoire subsiste, malgré les tempêtes des Révolutions et celles de l’Océan. On l’avait justement dédie â N.-D. de Bon-Port. Assérac, moins heureux, ne peut plus montrer, de l’autre côté du bras de mer qui les sépare, son prieuré et sa chapelle de N. D. de Penbé. Il se console en redisant la légende que lui ont transmis ses pères et dont témoignent d’ailleurs des parchemins vieux de neuf siècles. Aux jours lointains du XIe siècle, des étrangers furent jetés par la tempête sur la côte qui s’étend au sud et près de l’embouchure de la Vilaine. Ils se réfugièrent sur la hauteur de Penbé qui, comme le donne a entendre son nom celtique, commande l’entrée de la baie. L’un d’eux endurait de violentes douleurs. « Diverses révélations et ses compagnons eux-mêmes l’engagèrent a attendre là, au milieu du sommeil, le secours divin ». Bientôt il s’endort et se réveille guéri, disant avec le patriarche : « Le Seigneur est vraiment dans ce lieu ». Les étrangers élevèrent, sur la plage déserte, un autel a la Mère de Dieu et partirent. Les seigneurs du pays, mis au courant de ces merveilles, offrent alors « à un homme pieux nommé Aluchen d’y élever, avec leur concours, un oratoire pour servir la Vierge immaculée », promettant d’établir une fondation. Aluchen refusa d’abord, « objectant l’aridité du lieu, si exposé au vent et aux tempêtes ». Il finit cependant par accepter, à la condition qu’il pourrait transmettre les terres qu’on lui offrait â une abbaye de son choix. La condition fut agréée et, l’oratoire bâti, Aluchen l’offrit aux moines de Redon. Ceux-ci en firent un prieuré et, pendant huit siècles, la messe fut célébrée, au moins chaque dimanche, dans la chapelle d’Aluchen. Les moines furent dépossédés par la Révolution et l'oratoire laissé à l’abandon. Bientôt il tomba en ruines. On vendit alors ce qui pouvait être utilisé au profit de l’église d’Assérac. Le reste se désagrégea peu à peu sous l’action du vent et de la pluie ; mais longtemps encore les douaniers s’abritèrent derrière les derniers débris du vieux sanctuaire.

Pont-Saint Martin avait sa chapelle de N.-D. de Pubé; Montoir, celle de N. D. de Saint-Malo, bereau de la paroisse de ce nom ; Thouaré, cette de N.-D. d’Auray, au village de la Cartière : celle-ci était paroissiale et le recteur allait fidèlement y célébrer la messe aux fêtes de la Vierge, aux Hameaux et le lendemain des quatre fêtes annuelles. Parfois quelque notable y faisait bénir son mariage et les fidèles voisins allaient y prier souvent. Aussi le général avait-il grand soin d’entretenir sa « chapelle paroissiale d’Auray ». On finit pourtant par l’abandonner et la desserte se fit a la Seilleraye.

À Plessé, c’était N.-D. de Laré où, comme â Grâces, les vicomtes de Carheil avaient obtenu l’établissement d’une foire, preuve de l’affluence des pèlerins, et où ils partageaient, avec les barons deFresnay, les droits de prééminence, de banc et d’enfeu. Quilly entretient avec amour N.-D. de Planté, que Campbon ne se console pas d’avoir perdue (1832). On s’y rend en pèlerinage de toutes les paroisses d’alentour et l’on y publie les bienfaits que Marie ne se lasse pas de dispenser a ses dévoués serviteurs. On y parle souvent aussi de l’ermite qui se sanctifia dans ces lieux, il y a plus d’un siècle et demi. Il s’appelait Julien Château, était frère tertiaire de Saint François et mourut en grande réputation de sainteté, à 46 ans (1744). Les registres paroissiaux de Campbon racontent, en quelques lignes, sa vie et ses vertus.

Saint-Géréon avait jadis une chapellenie, c’est-à-dire une fondation de N.-D. des Miracles. Ce vocable était sans doute une importation, les moines du prieuré ayant voulu commémorer ainsi la madone célèbre de l’abbaye de Déols, dont ils dépendaient. Beaucoup d’autres pèlerinages célèbres furent de la sorte transplantés chez nous. Dès le XVIe siècle, N. D. de Lorette avait sa dévotion dans l’église de Saint-Saturnin, dont le Trésor possédait « une ymaige de N.-D. de Lorette, enchassée en une petite boueste de sapin garnie d’une vitre, apportée par deffunct Missire Guillaume Garnier, vivant recteur de céans, au voyage qu’il fit à Rome ». Guillaume Garnier avait été recteur de 1598 a 1607. On rencontre la même dévotion â Sucé, dont l’église reconnut longtemps la Sainte-Vierge pour titulaire ; à Saint-Mars-de-Coutais, Saint-Mars-du-Désert, Pannecé, chez les Carmes et chez les Minimes. La communauté des Missionnaires de Saint Clément, fondée par M. René Lévêque, au XVIIe siècle, fut d’abord établie sur la paroisse Sainte Croix et reçut le nom de N.-D. de Lorette. Cette dévotion. est toujours chère à Sainte Croix, dont l’église est affiliée il la basilique italienne.

Deux grands pèlerinages ont pris naissance en France. durant le XIXe siècle : la Salette et Lourdes. Tous deux sont dignement représentés chez nous. Deux paroisses de notre diocèse, Varades et la Rouxière, commémorent solennellement chaque année l’apparition de la Salette, et notre ville compte parmi ses plus beaux monuments la chapelle érigée sous ce vocable en 1855, grâce à l’initiative de Melle des Brulais et de M. le Chanoine Jacques Anneau, grâce surtout au talent de M. le chanoine Rousteau. Depuis lors, chaque année, au mois de septembre, la ville de Nantes célèbre la neuvaine de la Salette et la vaste chapelle se remplit tous les soirs de dévots serviteurs de Notre-Dame.

Et Lourdes, que dire de Lourdes ? N’est-ce pas aussi par adoption une dévotion nantaise ? Tous les ans, depuis 1872, c’est par milliers que nos pèlerins s’en vont aux roches de Massabielle, et, pendant ce temps, les fidèles de Nantes célèbrent de pieux triduums dans les deux sanctuaires consacrés a cette nouvelle et populaire dévotion, la chapelle de l’Immaculée Conception et celle du Pont de Cens.

N.-D. du Sacré Coeur encore une dévotion française possède une chapelle a Mauves et des statues a tous les foyers. N.-D. de Bon-Conseil et N.-D. du Perpétuel Secours nous sont venues de plus loin. La première était dès longtemps connue â Sainte-Croix de Machecoul ; elle a maintenant sa madone et son association de la Pieuse-Union dans la basilique de Saint Nicolas. La seconde est invoquée dans la plupart des paroisses rurales où les Pères Rédemptoristes ont prêché des missions, mais elle a commencé par être honorée a la Retraite de Nantes et c’est là surtout qu’elle prodigue ses faveurs à la piété confiante.

Le clergé séculier et les ordres religieux ont, dans tous les siècles, professé la plus tendre dévotion envers Marie. Nantes avait jadis sa confrérie, et Machecoul son autel de N.-D. des Clercs. Aujourd’hui presque tous nos séminaires, tous nos collèges,tous nos pensionnats de jeunes filles ont la sainte Vierge pour patronne ; et les rares maisons, érigées sous d’autres patronages, n’en sont pas moins dévouées au culte de Notre Dame, lui ont consacré des congrégations et dédié des chapelles.

Nos communautés religieuses ne sont pas restées en arrière. Le diocèse comptait autrefois huit abbayes ; six portaient le doux nom de Notre-Dame : la Chaume, Blanche-Couronne, Buzay, Melleray, Pornic et Villeneuve. La proportion était la même pour les couvents ; elle n’a pas changé depuis lors.

Les châteaux avaient aussi des chapelles ; bien rares sont celles dont les vocables sont venus à notre connaissance ; pourtant nous savons que beaucoup avaient été placées sous l’égide de Marie. Il y a moins de châteaux aujourd’hui ; mais il y a beaucoup plus de villas et des Moûtiers â Saint-Brevin, de Saint Nazaire, à Mesquer, nos côtes sont couvertes de châlets, et peuplées en été connue les cités les plus populeuses. Il a fallu multiplier les sanctuaires, et, presque partout, c’est a la sainte Vierge qu’on les a dédiés. Nous avons ainsi N. D. de la Bernerie, N. D. de Préfailles, N. D. des Dunes, N.-D. de la Baule.

Nos marins, si dévoués à la Bonne Mère sainte Anne, surtout depuis les révélations faites au pieux Nicolazic, ont aussi toujours montré beaucoup de confiance en Marie. Nos pères avaient élevé dans l’église de Sainte Croix un autel à N.-D. de la Navigation ; ils avaient consacré à N. D. de Bon Port une église et deux chapelles, la première, à Bourgneuf', les deux autres a la Chevrollière et a Mesquer. Il peut sembler étrange que nos riches armateurs nantais, si dévoués pourtant au culte de la sainte Vierge, n’aient point songé, dans les siècles passés a mettre leurs armements et leurs expéditions lointaines sous sa puissante protection, par l’érection d’un sanctuaire spécial. Le XIXe siècle a réparé cette omission ; et l’édifice qu’il a bâti est digne de celle dont il porte le nom. Voyez ce dôme qui s’élève, majestueux, dominant la Fosse et le port tout entier, ce fronton sculpté qui explique le vocable à la foule, ces peintures qui décorent l’intérieur de la coupole, ces riches autels qui attirent les regards en invitant à la prière, tout cela n’est-il pas digne de la Reine du ciel, et la grande cité n’a-t-elle pas dressé vraiment un trône d’honneur à N. D. de Bon Port ?

Toutefois, j’ai hâte de dire et ce livre en fournira des preuves, que nos marins n’avaient pas attendu cette construction tardive pour mettre leur confiance dans celle qu’ils saluent si volontiers du nom consolant d’Etoile de la Mer. Ils invoquaient, a Nantes, N. D. de Miséricorde, N. D. de Bon Secours, N. D. de Bonne Garde, N. D. de Toutes Aides, et les ex-voto sont là pour en témoigner ; â Donges, N.-D. de Bonne-Nouvelle ; à Saint-Nazaire, N. D. d’Espérance et N. D. de Toutes-Aides ; dans la presqu’île Guérandaise, N.-D. de la Délivrance ; au Croisic, N. D. de Pitié ; à Batz, N.-D. du Mùrier. Arrêtons-nous ici, devant cette merveille de l’art gothique que tout le monde admire, dont tout le monde déplore l’abandon, et, a défaut de l’histoire, laissons parler la légende.

C’était au XIVe ou au XVe siècle, un chevalier breton, et non pas des moindres, car il appartenait a l’illustre famille de Rieus, qui possédait alors le marquisat d’Assérac et avait pour résidence le château de Ranrouët - s’était épris de la fille du seigneur de Lesnérac. Dédaigné par celle-ci, malgré la noblesse de sa race et la puissance de sa maison, il franchit la Manche et s’en alla guerroyer en Angleterre. Il moissonna des lauriers sur maint champ de bataille mais rien ne pouvait arracher de son cœur le souvenir de celle qu’il aimait, puis, connue les bretons de tous les temps, il était rongé par le mal du pays. Il s’embarqua donc et cingla vers la terre d’Arvor. Hélas ! il fut bientôt assailli par une furieuse tempête ; après avoir vainement défié la mort sur tant de champs de bataille, allai-il donc périr au moment d'aborder a la terre natale ? Dans cette extrémité, le chevalier fit un vœu a la Sainte Vierge, et promit de lui bâtir une chapelle a l’endroit même où il débarquerait. Quelques instants après, il apercevait, brillant dans la nuit, une lumière ; peu à peu la tempête s’apaisa, et les voyageurs, guidés par la lumière mystérieuse, abordèrent dans la baie du Bourg de Batz. Ils virent alors que la clarté miraculeuse qui les avait sauvés provenait d’une statue de la Vierge, que les habitants avaient placée sur le tronc d’un mûrier voisin de la plage.

Le lendemain, Rieux se rendit au château de Lesnérac, dans l’espérance de voir, à cette fois, ses hommages mieux accueillis. Hélas ! c’était grande fête au manoir, la fille de céans allait épouser un seigneur du voisinage. La jeune fille n’avait pas tardé à se repentir des dédains par lesquels elle avait répondu à l’amour du jeune sire de Rieux, et longtemps elle avait attendu qu’il revint. Mais si vite jeunesse s’envole qu’elle avait craint sans doute de vieillir dans une attente vaine, et elle s’était enfin rendue aux vœux d’un nouveau soupirant. Déjà les cierges brûlaient dans la chapelle et les fiancés, suivis d’un brillant cortège, se rendaient à la messe nuptiale. Soudain les yeux de la jeune fille tombent sur le chevalier qu’elle a si cruellement dédaigné, puis attendu, et qu’elle devine toujours fidèle. Un cri s’échappe de ses lèvres et révèle a tous le secret de son cœur. La légende raconte encore que la fille du seigneur de Lesnérac épousa le chevalier de Rieux ; que celui-ci, reconnaissant à la Vierge qui l’avait si visiblement protégé, fit venir de loin les plus habiles ouvriers et construire la merveille de la contrée, cet admirable joyau qui s’appelle N.-D du Mûrier. Elle ajoute, qu’il voulut après sa mort, reposer dans la chapelle votive, et qu’il est la toujours, dormant son dernier sommeil, sous les arceaux à demi rompus et les murailles croulantes.

Terminons par deux vocables qui résument tous les autres : N. D. de la Cité et N. D. des Enfants-Nantais. Celui ci est peu connu : il était usité seulement chez les Chartreux, installés par Arthur III, à la Chapelle-au-Duc, collégiale fondée par les princes de Bretagne en l’honneur de nos saints patrons. Un tableau, qui n’est point sans valeur, représentait Notre Dame entre les deux jeunes martyrs. Il a plus vécu que la collégiale et la Chartreuse et on peut le voir encore au Grand Séminaire de Nantes. La paroisse de Saint-Donatien ne pouvait laisser ce titre tomber en oubli ; elle a tenu à honneur de le relever et l’on trouve dans son église un tableau moderne, dû a un artiste de Rome, qui représente la Bienheureuse Vierge Marie entre les saints Enfants Nantais.

N. D. de la Cité avait son autel et sa confrérie au cœur même de la ville, dans l’église de Saint-Saturnin. Celle confrérie avait, comme toutes les autres, ses fondations et ses fêtes, et il serait fastidieux de les exposer en détail. Il est pourtant une de ces fondations dont je veux dire un mot, parce qu’elle n’est point banale et qu’elle nous fait saisir sur le vif la piété profonde de nos aïeux. Le 12 juillet 1471, Guillaume de Launai, riche bourgeois de Nantes, tendait en cette ville, sur la paroisse de Saint Léonard, le collège Saint Jean. Le fondateur était pieux et paroissien de Saint-Saturnin, probablement membre zélé de la confrérie de N.-D. de la Cité. On le vit bien dans les conditions du contrat. Les régents du nouveau collège durent s’engager, pour eux et pour leurs successeurs, a « dire ou faire dire a leurs dépans, à perpétuité, le samedi de chaque semaine, une messe o note de l’office de Notre-Dame, en l’église de Saint Saturnin de Nantes, à l’autel de N.-D. de la Cité, quelle messe répondront les enfans gramoiriens de ladite escole, qui pour ce faire fussent processionnellement menez et conduits par lesdits maistres régens, deux a deux ensemble de ladite escole jusques à ladite église, chantant un hymne ou prose de Nostre-Dame, selon l’occurence du tempsà l’arbitrage, et à l’issue de ladite messe o note dire o note sur la tombe dudit de Launai aprés son déceix les répons « Libem me » et les versets, avec une oraison et Pater Noster et Ave Maria. Aussi dit que si le jour de samedi estait empesché par feste solemnelle, vacation d’estude ou autrement, tellement que les enfans ne vinssent à ladite escole, et par conséquent ne peussent estre conduits ne menez, comme dit est, a la célébration de ladite messe, en celui cas, lesdits maistres et leurs successeurs seront tenus dire ou faire dire ladite messe celui jour de samedi avec les autres suffrages ».

Ainsi fut fait, jusqu’au 23 janvier 1656. A cette date, avec l’autorisation des héritiers du fondateur, le collège Saint-Jean fut uni à celui de l’Oratoire, et la ville prit l’engagement de faire célébrer a Saint Saturnin le service établi par Guillaume de Launai : mais plus d’écoliers, plus de procession, plus de notes ! On le voit, les fondations en l’honneur de Marie étaient innombrables dans notre pays et la piété s’ingéniait à multiplier ses sanctuaires et ses autels. Sur 261 paroisses que compte actuellement le diocèse de Nantes, 39 l’ont adoptée pour patronne. Il n’est pas une. église qui ne lui ait au moins consacré un autel. Avant la Révolution, les sanctuaires les plus modestes possédaient beaucoup plus d’autels qu’aujourd’hui : on en voyait a tous les piliers, le long de tous les murs et jusque dans les moindres recoins ; aussi beaucoup d’églises comptaient jusqu’à trois et quatre autels dédiés à la Sainte Vierge sous des vocables différents, quelquefois davantage. C’est ainsi que la Collégiale, consacrée elle-même à Marie, lui avait dressé quatre petits autels : N.D. de Bon Amour, N.-D. de la Rose, N.-D. de Patience, N.D. de Pitié. On pourrait encore citer plus d’une église prodiguant de la même façon les hommages a la Sainte-Vierge. Mais c’est assez. Cependant, puisque j’ai mentionné les congrégations de nos collèges et de nos pensionnats, il faut bien dire que, dans un très grand nombre de paroisses, les jeunes filles et parfois les jeunes gens ont été groupés dans des associations semblables ; il faut bien rappeler que nos cercles et nos patronages ont été mis partout sous la protection de Marie.

Tout sera dit peut-être quand j’aurai signalé les exercices du mois de Marie qui s’accomplissent dans toutes les paroisses, et même dans les plus humbles hameaux où les fidèles, trop éloignés de l’église paroissiale, se réunissent dans quelque salle transformée en oratoire ; quand j'aurai fait remarquer, enfin, que nos familles de paysans ont conservé presque partout l’usage du chapelet en commun. Arrêtons-nous donc ici. Aussi bien cette énumération monotone est déjà suffisante pour démontrer, indépendamment de ce qui sera raconté dans la suite de ce livre, que s’il est des contrées où Marie a en des sanctuaires plus célèbres, il n’en est certainement pas où elle ait été plus aimée.

 

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 Notre Dame de Nantes

Icône vénérée dans l'église Sainte Croix de Nantes

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02 septembre 2014

La Prière de Saint Patrick

 Prière de Saint Patrick

Par Hélène Goussebayle

 

Je me lève aujourd'hui grâce à une force puissante :

L'invocation de la Trinité, la Foi en la Trinité,

La confession de l’Unité du Créateur du monde.

 

Je me lève aujourd'hui,

Par la force de Dieu pour me guider,

La puissance de Dieu pour me soutenir,

La sagesse de Dieu pour me diriger,

L'œil de Dieu pour regarder devant moi,

L'oreille de Dieu pour m'entendre.

 

La parole de Dieu pour parler pour moi,

La main de Dieu pour me garder,

Le chemin de Dieu pour me précéder,

Le bouclier de Dieu pour me protéger,

L'armée de Dieu pour me sauver,

Des tentations et de l'ennemi.

 

Christ avec moi, Christ devant moi, Christ derrière moi,

Christ en moi, Christ sur moi, Christ sous moi,

Christ à ma droite, Christ à ma gauche,

Christ en la largeur, Christ en la longueur, Christ en la hauteur,

Christ dans le cœur de qui pense à moi,

Christ dans tout œil qui me voit,

Christ dans toute oreille qui m'écoute.

 

Christ avec moi, Christ devant moi, Christ derrière moi,

Christ en moi, Christ sur moi, Christ sous moi,

Christ à ma droite, Christ à ma gauche,

Christ en la largeur, Christ en la longueur, Christ en la hauteur.

 

Je me lève aujourd'hui grâce à une force puissante :

L'invocation de la Trinité, la Foi en la Trinité,

La confession de l’Unité du Créateur du monde.

 

Au Seigneur est le salut,

Au Christ est le salut.

Que Ton salut Seigneur soit toujours avec nous.

 

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Chanson extraite de l'excellent album « Louanges Celtiques »,

Disponible en téléchargement sur I Tunes et en écoute sur Deezer

et également sur le site d'Hélène Goussebayle : http://helenegoussebayle.fr/accueil/


03 août 2014

Neuvaine à Saint Josse

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Saint Josse

Roi de Bretagne et Ermite en Ponthieu

+ 669

Fête le 13 décembre

 

« Un homme sage sait abandonner propos un royaume terrestre pour obtenir d'être admis dans le royaume des cieux ». (Saint Eucher de Lyon)

 

Josse, ayant été appelé à succédera son frère Judicaël, dans ses Etats de Bretagne, parce que ce prince, s'ennuyant des embarras du gouvernement, avait résolu de rentrer dans le cloître qu'il avait quitté pour monter sur le trône de son père, demanda huit jours comme pour délibérer sur la proposition de son frère mais il ne se servit de ce délai que pour fuir les honneurs dont il voulait se décharger sur lui ; ce qu'il exécuta en se joignant à quelques pèlerins qui allaient à Rome, et qu'il vit comme ils passaient devant la porte du monastère de Saint-Maëlmon, où il se trouvait à ce moment. Ces pèlerins l'admirent volontiers dans leur compagnie et l'emmenèrent avec eux. Saint Josse ayant ainsi renoncé à la royauté pour s'attacher au service du Seigneur, se rendit à Chartres avec ses onze compagnons, et de là tes suivit à Paris, capitale de la monarchie française, où il séjourna quelque temps avec eux. De Paris, les compagnons de Saint Josse, au lieu de se mettre en chemin pour Rome, où ils avaient eu d'abord l'intention d'aller, prirent une route contraire, et se rendirent à la ville d'Amiens en Picardie. Le Saint Prince les suivait toujours, car il n'avait aucun dessein particulier, et n'aspirait qu'à servir Dieu de tout son cœur en quelque lieu que ce pût être, pourvu qu'il y fût inconnu. Sortis d'Amiens, les pèlerins s'avancèrent jusqu'à la rivière d'Authie, la passèrent, et arrivèrent dans un lieu nommé Villa Sancti Petri, où demeurait ordinairement le duc ou comte du pays de Ponthieu, qui s'appelait Haymon, et qui était un seigneur de grande vertu. Il reçut les douze pèlerins, et les traita pendant trois jours avec beaucoup de charité.

Il distingua facilement notre Saint, parce qu'il portait sur son visage un air de grandeur que les autres n'avaient point, et que ses actions et ses paroles se sentaient de la splendeur de sa naissance et de l'éducation royale qu'il avait reçue d'ailleurs, il avait une modestie et une douceur angéliques, lesquelles, jointes au port majestueux que la nature lui avait donné, le rendaient parfaitement aimable et lui conciliaient l'estime et le respect de tous ceux qui le regardaient. Ce prince le pria donc de ne point le quitter, et, ayant obtenu de lui cette faveur, il laissa les onze autres pèlerins continuer leur voyage ; il donna à Josse un appartement dans son palais, lui fit recevoir les Ordres sacrés, et le nomma prêtre de sa chapelle ; puis, pour lui témoigner davantage l'estime qu'il avait de sa vertu, il l'obligea de tenir sur les fonts de baptême un de ses fils qu'il nomma Ursin, en mémoire de Saint Ursin, archevêque de Bourges.

Ce n'était guère l'inclination de Saint Josse de demeurer dans cette cour ; car, quoique sainte et très bien réglée, elle ne laissait pas de le dissiper aussi, après y avoir passé sept ans, il supplia Haymon de lui permettre de se retirer dans une solitude où il pût s'occuper plus tranquillement dans la contemplation des vérités éternelles. Non-seulement le duc ne s'y opposa pas mais voulant favoriser de tout son pouvoir le désir d'un si saint prêtre, il le conduisit dans un lieu désert, sur la rivière d'Authie, que les anciens appelaient Brahic et nommé présentement Raye, où il lui donna une place suffisante pour bâtir un oratoire et un ermitage. Le bâtiment étant achevé, Josse s'y renferma avec un seul disciple qui l'avait suivi do Bretagne, nommé Wurmar ou Wulmar, et commença d'y mener une vie toute céleste, n'ayant d'autre occupation que de célébrer les saints mystères, de chanter les louanges de Dieu, de méditer les paroles de l'Evangile et de converser avec les anges et les saints. Sa conduite et son innocence parurent bientôt par des miracles ; car on dit que les oiseaux et les poissons se familiarisaient avec lui comme ils eussent fait avec Adam dans le paradis terrestre, et qu'ils venaient prendre leur nourriture de sa main avec la même confiance que les poussins la prennent du bec de leurs mères.

Il était aussi extrêmement miséricordieux envers les pauvres, et il ne pouvait leur refuser l'aumône, tant qu'il y avait un morceau de pain dans sa cellule. Un jour qu'il était en oraison dans sa chapelle, il entendit la voix d'un pauvre qui demandait la charité il s'informa de son disciple s'il avait encore quelque provision : « Je n'ai plus, lui dit-il, qu'un pain qui ne peut servir que pour notre nourriture d'aujourd'hui ». « Allez, lui répliqua Josse, coupez-le en morceaux et donnez-en le quart à ce malheureux ». A peine l'eut-il fait, qu'il vint un autre pauvre exposer encore sa misère et demander de quoi soulager sa faim. Le Saint ne voulut pas non plus l'éconduire il dit à Wurmar de prendre un autre quart de ce pain et de le lui porter. Celui-ci n'obéit à ce nouvel ordre qu'en murmurant, craignant de n'avoir pas de quoi nourrir son maître et se nourrir lui-même. Cependant un troisième pauvre, aussi nécessiteux que les deux précédents, arriva peu de temps après Josse le vit, et, sans presque attendre qu'il ouvrît la bouche, il ordonna à Wurmar de lui donner un des deux morceaux qui restaient : « De quoi donc voulez-vous que nous vivions, répliqua le disciple est-ce qu'il faut que nous mourions de faim pour nourrir ces pauvres qui peuvent aller mendier ailleurs ? » « Ne vous troublez pas, mon enfant, lui dit le Saint, faites seulement ce que je vous commande, et Dieu aura soin de nous ».

Dès qu'il eut obéi, et que ce pauvre se fut retiré, on en entendit un quatrième sonner à la porte et demander l'aumône avec encore plus d'instance et d'importunité que les précédents. Que fera Josse ? Le morceau qui lui reste est trop petit pour être partagé entre lui, son disciple et ce pauvre ; le donnera-t-il tout entier ? Il n'aura donc plus rien pour subsister, et il faudra qu'il passe le jour et la nuit suivante sans nourriture. Le retiendra-t-il ? La Charité l'emporta encore alors sur sa propre nécessité et, ne pouvant laisser aller ce mendiant sans assistance, il lui fit donner le reste du pain. Wurmar renouvela ses plaintes, mais il lui fit encore trouver bonne cette disposition, et elle fut bientôt suivie d'une ample récompense car, incontinent après, la divine Providence fit arriver au bord de leur ermitage quatre barques chargées de toutes les choses nécessaires à la vie. Cela fait croire que les quatre pauvres qui s'étaient présentés successivement à Josse pour avoir l'aumône étaient Jésus-Christ même, qui avait pris ces quatre formes différentes pour éprouver la charité de son serviteur.

Il demeura huit ans dans cette solitude mais, se voyant extraordinairement tourmenté par les démons qui lui dressaient sans cesse des embûches, il résolut enfin de se retirer ailleurs il témoigna son dessein au duc Haymon, qui le visitait quelquefois, et ayant obtenu de lui un autre lieu, nommé Runiac ou Rimac, sur la petite rivière de Canche, il y bâtit un oratoire en l'honneur de Saint Martin, et y passa treize autres années Cependant, le malin esprit ne cessant point de le poursuivre, il eut encore recours à ce bon duc pour avoir une autre retraite. « Allons ensemble, lui dit Haymon, et nous vous chercherons un lieu qui vous soit propre ». Dans ce voyage Saint Josse fit sourdre une fontaine dans un lieu sec, en enfonçant son bâton en terre, pour soulager la soif de son bienfaiteur ; cette fontaine a, depuis, donné des eaux en abondance et servi à la guérison de plusieurs malades. Le lieu qu'ils choisirent pour ce nouvel ermitage fut dans une épaisse forêt, entre Etaples et Montreuil, dans un endroit situé entre la rivière d'Authie et celle de Canche. Il leur parut fort commode en ce qu'il était arrosé d'un ruisseau provenant de deux fontaines, dont l'une est nommée la fontaine des Bretons et l'autre la fontaine du Gard. Le duc le fit défricher, et le Saint y construisit aussitôt, de ses propres mains, et avec du bois seulement, deux oratoires l'un en l'honneur de Saint Pierre, prince des Apôtres, l'autre en l'honneur de saint Paul, docteur des Gentils.

Quelque temps après, il voulut faire le pèlerinage de Rome, pour y visiter les tombeaux des saints Apôtres et en apporter des reliques. En ayant obtenu le consentement du duc, il fit tout ce voyage à pied, le bâton à la main et en demandant l'aumône. Le Pape le reçut fort honorablement, lui donna sa bénédiction apostolique et l'enrichit de plusieurs reliques de martyrs. A son retour, comme il se trouvait sur la colline de Bavémont, éloignée d'une lieue de son ermitage, une jeune fille nommée Juyule, aveugle de naissance, eut révélation qu'elle obtiendrait la vue si elle se lavait avec de l'eau dont le Saint prêtre se serait lavé les mains. Elle demeurait avec son père au château d'Airon, qui n'est éloigné de Saint-Josse que d'une demi-lieue elle lui en parla, et son père, ne voulant point négliger une occasion si avantageuse, la conduisit aussitôt sur la montagne où le Saint était arrivé. La fille prit l'eau qui lui avait servi, elle s'en lava le visage, et, par ce remède, elle obtint l'heure même de très-beaux yeux avec l'usage de la vue. Les habitants du lieu firent mettre une croix à l'endroit où cet insigne miracle avait été fait, et pour cela on l'a toujours appelé la Croix, jusqu'à ce que ce monument commémoratif ait été transporté ailleurs.

Dès que le duc Haymon sut le retour du serviteur de Dieu, il fut au-devant de lui et le reçut avec de nouveaux témoignages de respect et d'amitié. Il avait fait bâtir en son absence, auprès de sa cellule, une église de pierre, sous l'invocation de Saint Martin. Elle fut bénite, et Saint Josse y déposa les reliques qu'il avait apportées de Rome. La cérémonie de cette translation se fit le 11 juin et, pendant qu'il célébrait la messe, en présence du même duc et d'un grand concours de seigneurs et de peuple, une main céleste parut visiblement sur l'autel, bénissant le saint Calice et les Oblations, et l'on entendit en même temps une voix qui lui disait : « Parce que vous avez méprisé les richesses de la terre et refusé le royaume de votre père, pour mener en cette solitude une vie pauvre, cachée et éloignée de la demeure des pécheurs, je vous ai préparé une couronne immortelle en la compagnie des Anges ; je serai le gardien et le défenseur perpétuel de ce lieu vous y mourrez, et ceux qui vous invoqueront avec révérence, y recevront l'effet de leurs demandes ». En effet, le Saint y passa le reste de ses jours d'une manière plus angélique qu'humaine, et il mourut le 13 décembre 669.

Son corps virginal fut enseveli dans son propre ermitage mais on ne le couvrit ni de terre ni de pierre, parce qu'il n'avait aucune marque de corruption, et qu'au contraire les cheveux, la barbe et les ongles lui poussaient comme s'il eût encore été en vie de sorte que Winoc et Arnoc, ses neveux, qui lui succédèrent dans la possession de sa cellule, et avaient la clef de son cercueil, étaient obligés de les lui couper de temps en temps, comme on fait à un homme vivant. Le plus ordinairement, on représente Saint Josse en habit de pèlerin, un bourdon à la main et deux clés croisées sur son chapeau, pour indiquer son voyage à Rome. Le sceptre et la couronne qui gisent à ses pieds rappellent la royauté qu'il a refusée. Parfois il porte suspendu à une écharpe l'escarcelle des reliques que lui donna le souverain Pontife. Ce détail, mal compris par quelques peintres, a été plus d'une fois défiguré l'écharpe s'est changée en baudrier, et la cassette en aumônière. On le représente aussi faisant jaillir une source avec son bâton, ou bien partageant son pain avec un pauvre. C'est à tort qu'on lui donne parfois une mitre, puisqu'il ne fut jamais abbé.

Dans l'église de Saint-Josse-sur-Mer, récemment construite, on voit, outre un vitrail moderne, une statue du Patron, haute de deux mètres. Le Prince Breton, en habit royal, foule aux pieds la couronne et le sceptre. Il y a aussi des statues du Saint Ermite dans les églises de Tortefontaine, de Mouriez (1836), de Saint-Josse-au-Val à Montreuil, et dans la chapelle de Saint-Josse-au-Bois (1861). Une ancienne image de Saint Josse, qu'on distribuait jadis aux pèlerins, nous le montre revenant de Rome, sur la colline de Bavémont, avec un coffret de reliques suspendu par une écharpe. On voit dans le lointain l'abbaye qui doit illustrer cette contrée. M. Guénebault, dans son Dictionnaire iconographique, indique les gravures suivantes 1° Saint Josse à genoux devant un autel et embrassant un crucifix d'où sortent trois branches de lys, une de la partie supérieure et les deux autres des bras des anges lui apportent la couronne du triomphe ; 2° le même, refusant la couronne que lui présente son frère ; 3° le même, tenant un crucifix. 

 

Culte et reliques

 

Le culte de Saint Josse était déjà si célèbre au XIe siècle, que des pèlerins se rendaient à son sanctuaire de toutes les contrées de la France et même des pays étrangers. Quelques historiens prétendent que Charlemagne y alla en 793 et que ce fut alors qu'il conçut le projet de reconstruire une hôtellerie monastique dont il devait donner l'administration à Alcuin. il existait dès lors de nombreuses Confréries de Saint-Josse, répandues en France et en Allemagne. Clément X, par une bulle datée de 1673, accorda une indulgence plénière à tous ceux qui, le jour de Saint Josse, visiteraient son église à Dommartin et y feraient la sainte communion. Le village de Parnes (Oise), qui croit posséder des reliques de Saint Josse, rend à son patron un culte tout spécial. Le 13 décembre, on distribue aux paroissiens de petits pains bénits, en souvenir de celui qui fut partagé entre quatre pauvres dans l'ermitage de Brahic. Saint Josse est le patron de Béhen, dans le doyenné de Moyenneville. Il l'était jadis des deux abbayes qui portaient son nom de Saint-Josse-au-Val et d'une ancienne chapelle castrale à Montreuil de la paroisse Saint-Josse à Paris.

D'après les croyances populaires, le saint ermite serait le fondateur d'un certain nombre de paroisses des environs de Dommartin et d'un monastère dont on montre encore quelques vestiges à Mayocque. Nous ignorons pour quel motif Saint Josse est honoré à Javarin (Autriche) et à Ravenshurg (Wurtemberg). Une commune de Farrondissement de Dinan porte le nom de Saint-Judoce. Saint-Josse est le nom d'une rue à Hesmond et à Dompierre et d'un faubourg de Bruxelles. Le nom du saint ermite est inscrit au 13 décembre dans le martyrologe romain, dans quelques martyrologes amplifiés de celui d'Usnard, dans ceux de Bède, de Wandalbert ce qui prouve que, an IXe siècle, comme de nos jours, on invoquait notre Saint pendant les tempêtes. Son nom figure aussi dans les litanies amiénoises du XIIIe siècle.

On célébrait jadis, à l'abbaye de Saint-Josse-sur-Mer, cinq fêtes du patron le 11 juin, apparition de la main miraculeuse (665). On célèbre encore aujourd'hui cette fête à Saint-Josse-sur-Mer, Où on la désigne sous le nom de Saint-Barnabé, à cause de la coïncidence de la fête de cet Apôtre ; le 25 juillet, invention du corps de Saint Josse (977) le mardi de la Pentecôte, procession à Bavémont (La Croix). le 25 octobre, translation des reliques (1195) elle est marquée à tort le 9 janvier dans le Martyrologue Anglican ; le 13 décembre, déposition de saint Josse, elle est mentionnée à tort au 4 août dans quelques anciens calendriers. Le jour de leur fête patronale, les habitants du village de Saint-Josse devaient donner au comte de Ponthieu une vache écorchée quand la fête tombait un jour maigre, cette redevance était changée en un cent d'oaufs et une livre de poivre.

La fête de Saint Josse est marquée au 25 juillet dans le bréviaire amiénois de 1528 ; au 2 décembre, dans ceux de 1746 et 1840 au 13 décembre, dans ceux de Paris et de Beauvais, et dans le Propre actuel d'Arras ; au 14, dans celui de Saint-Valéry ; au 18, dans celui de Sainte Riquier. Depuis l'introduction de la liturgie romaine, on ne fait plus qu'une simple mémoire de Saint Josse, au i3 décembre, dans les diocèses d'Amiens et d'Arras.

L'an 977, le corps de saint Josse fut découvert, au coté droit de l'autel de Saint-Martin, élevé de terre, et déposé sur l'autel de Saint-Martin le 25 juillet. Cette même année, on .commença à bâtir un monastère dans ce lien, et Sigebrand en devint le premier abbé. Dans la suite, ce saint corps fut remis en terre pendant des troubles qui survinrent dans ce royaume, et demeura si bien caché que les religieux mêmes ignoraient où il était. Un simple laïque fit connaître, par révélation, l'endroit où il se trouvait, et ayant été reçu par les religieux, en reconnaissance de ce bon service, il fut établi gardien de ces saintes reliques, par l'abbé qui vivait alors. Mais un autre abbé, ayant succédé à celui-là, n'eut pas pour ce gardien tous les égards qu'il eût du avoir. Cette conduite fit prendre à cet homme la résolution d'enlever la plus grande partie des reliques de Saint Josse, et de les porter en France. Geoffroi, seigneur de Commercy, le reçut avec honneur et lui donna la première dignité de la collégiale du château, où il y avait quatre chanoines. Quelque temps après, le roi Henri assiégea Commercy, le prit et le brûla. Pendant que les flammes dévoraient les édifices, un chanoine enleva les reliques de Saint Josse, et s'enfuit avec son trésor. Il fut rencontré sur le pont par Robert Meflebran, de la dépendance de Raout de Chauldré, l'an des principaux chevaliers de l'armée du roi. Robert demanda au chanoine quel était le paquet qu'il perlait. Le chanoine répondit que c'étaient des ornements et des. livres d'église. On lui ôta tout, et ces précieuses reliques ayant été trouvées, on les mit dans l'église de Saint-Martm de Parnes, dans le Vexin, assez près de Magny. L'église a changé de nom et a pris celui de Saint-Josse ; on y expose ces reliques (tête et os du bras) à la vénération des peuples, tous les ans, le lundi de la Pentecôte elles sont enfermées dans un buste en argent. Le reste est dans l'église paroissiale du village de Saint-Josse, à l'embouchure de la Canche. L'abbaye ayant été supprimée quelque temps avant la Révolution, on transporta les reliques du Saint dans l'église paroissiale. Elles s'y trouvaient à l'époque de la Révolution, et furent alors soustraites à la profanation par le zèle de quelques pieux habitants du lieu, qui les rendirent ensuite, lorsque la tranquillité fut rétablie. Elles furent reconnues, le 3 mai 1805. par Monseigneur l'évêque d'Arras, dans le diocèse duquel se trouve maintenant la paroisse de Saint-Josse-sur-Mer. Le prélat retira de la châsse un os du bras, dont il accorda une partie à l'église de Saint-Saulve de Montreuil. C'est de cette relique qu'on a détaché une parcelle, en 1835, pour la donner à l'église paroissiale d'Yvias, située dans le diocèse de Saint-Brieuc, et dédiée à Saint Josse. Celle de Paris possédait aussi un petit os du Saint, et une partie de vertèbre qui lui fut donnée en 1705. Ces précieux restes sont aujourd'hui perdus. Il y a encore quelques ossements de Saint Josse à la cathédrale d'Arras et à l'Eglise d'Oignies (Pas-de-Calais), à celle de Corbie, etc.

 

(Texte Extrait des Petits Bollandistes volume XIV)

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Neuvaine en l'honneur du Bon Saint Josse

 

Bienheureux Saint Josse, serviteur fidèle de Jésus-Christ sur la terre, joignez à nos prières votre pieuse intercession, afin que, délivrés du poids de nos péchés, nous puissions, par les mérites de votre gloire et l'imitation de vos vertus, obtenir nous-même l'éternelle félicité.

 

Priez pour nous ô Bienheureux Saint Josse,

Afin que nous devenions dignes des promesses qui vous ont été faites par Notre Seigneur Jésus-Christ.

 

Prions

 

O Dieu qui avez daigné promettre, à ceux qui imploreraient la protection de Saint Josse, de ne pas laisser leur demande sans effet, nous Vous en supplions, accordez-nous, par son intercession le courage de détacher nos cœurs des biens d'ici bas et de nous attacher à Vous pour toujours. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Imprimatur

P. Hoguet, Vicaire Général

Arras, le 5 mai 1929.

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21 juillet 2014

O Anna mamm Mari

O Anna mamm Mari

 

Diskañ. O Anna Mamm Mari, ha galon ni ho ped,

Doh peb droug gouarnet ni, groiet ma vel oll salvet.

 

Refrain. Ô Anne, Mère de Marie, de tout cœur, nous te prions,

Garde-nous de tout mal, donne-nous le salut.

 

1. Joachim, Anna,um rejoeiset, reit zo deoh ur hrouèdur hep par,

Ho merhig e zo benniget, dreist en oll dud zo ar en douar.

 

Joachim, Anne, réjouissez-vous, vous avez une enfant incomparable,

Votre petite fille est bénie entre toutes les femmes.

 

2. Saùet ho penn ged leuiné, tud ag en douar, ne ouilet ket,

Rag a pe splann er goleu-dé e ma tost en héol de zoned.

 

Redressez la tête avec joie ! Ne pleurez pas, habitants de la terre,

Car lorsque se lève l’aurore, le soleil n’est pas loin.

 

3. Er verhig-man e zo choéjet, de voud Mam de salvér er bed,

Ha ged en oll é vo anùet, rouanéz en dud hag en Eled.

 

Cette petite fille est choisie pour être mère du sauveur du monde,

Par tous, elle sera nommée reine du monde et reine des anges.

 

4. O Mari, rozenn mistérius, nen des ennoh meid braùité ;

stirenn dreist en oll hugernus, hui e zigor splanndèr er dé.

 

O Marie, Rose mystique, il n'y a en toi que beauté !

Etoile rayonnante entre toutes, tu apportes la lumière.

 

5. Santéz Anna, inour deoh-hui, ar en douar èl é lein en né,

Inour eué d’ho merh Mari, gwerhiez berped ha Mamm de Zoué.

 

Sainte Anne, honneur à toi sur la terre comme au ciel,

Honneur aussi à Marie, ta fille, toujours Vierge et Mère de Dieu.

Sainte Anne, ô mère de Marie

Sainte Anne, ô mère de Marie

 

Sainte Anne, ô mère de Marie,

Conduis nos pas vers Jésus-Christ,

Il est la source de la Vie,

lumière au creux de notre nuit.

 

1. Tu vois les jeunes, les enfants qui ne savent où tourner les yeux,

Dis-leur que Dieu est père aimant, qu'ils ont un avenir aux Cieux.

 

2. Regarde les parents inquiets pour leurs enfants qui ne prient plus,

accorde-leur de vivre en paix, pour le Seigneur, rien n'est perdu.

 

3. Aux grand-parents qui te supplient, accorde paix et espérance,

Après de toi, ils trouvent appui, qu'ils soient toujours dans la confiance.

 

4. Regarde toutes les familles, accorde-leur toute bonté,

Ecoute celles qui te prient de les garder dans l'unité.

 

5. Réponds toujours aux cris d'appel des couples qui n'ont pas d'enfant,

Qu'ils puissent vivre ce Noël qui mettra fin à leurs tourment.

13 juillet 2014

Jezus dré er garanté

Jezus dré er garanté

Un cantique eucharistique Breton

 

Diskañ

Kanamp a vouéh ihuél,

Gloér de Jézus, roué hor halon,

E zichenn 'eidom ken izél.

 

Chantons à pleine voix,

gloire à Jésus, roi de notre cœur,

qui descend si bas pour nous.

1- Jézus dré er garanté souéhusañ kent ''eit merùel,

E venn rein deomp 'eit magein hon énéan é gorf santél.

Présiuset un donézon !

 

Jésus, par un amour stupéfiant, avant de mourir,

veut nous donner, pour nourrir notre âme, son corps saint.

Ô don précieux !

 

2- Én overenn er bara 'zo chañjet é korf Mab-Doué ;

Er gwin e za de vout é wæd sakret é gwirioné.

Doué mem er lar ; taù, me rézon.

 

Pendant la messe le pain devient corps du Fils de Dieu ;

le vin devient son sang sacré, réellement.

Dieu lui-même le dit, il n'y a pas à raisonner.

 

3- Sèl gwéh m'en deus er béleg konsakret, o burhud kær !

A-benn éma hor Salvér dichennet àr en aotér.

Sentein e ra doh péherion.

 

A chaque fois que le prêtre a consacré, ô beau miracle !

aussitôt notre Sauveur est descendu sur l'autel.

Il obéit à des pécheurs.

Neuvaine à Sainte Anne

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Neuvaine à Sainte Anne

Mère de la Bienheureuse Vierge Marie

Du 16 au 25 juillet 2014

 

Avis préliminaires

 

Quoique dans plusieurs paroisses l'on ait coutume de faire la Neuvaine à sainte Anne dans la semaine qui précède sa fête, cependant les besoins particuliers de certaines personnes les portent à  recourir plus souvent cette puissante protectrice et à faire les exercices de la Neuvaine en son honneur dans d'autres mois de l'année. Nous avons cru devoir consigner ici la suite des exercices dont elle se compose. Les personnes qui craignent quelques fléaux et qui appréhendent quelques châtiments de Dieu ou qui ressentent quelque affliction pénible, doivent, avant de commencer les exercices d'une neuvaine, mettre ordre à leur conscience ; et pour être soulagés dans leurs peines ou pour écarter les épreuves qui les atteignent, se résigner à la volonté de Dieu y qui les assistera selon qu'il le trouvera utile à sa gloire et avantageux à leur salut.

La persévérance dans la prière et la ferveur de la foi plaisent à Dieu. Aussi les exercices, de la Neuvaine de Sainte Anne se composent de pratiques courtes et affectueuses, qui ne peuvent pas fatiguer la piété des malades, des affligés et des autres nécessiteux qui s'adressent à l'Auguste Mère de Marie, mais elles peuvent donner plus de temps à leurs méditations ou revenir plus souvent aux pratiques qu'elles goûteront davantage. Les personnes qui ont plus de temps à donner à ces occupations pourraient chaque jour faire quelque lecture spirituelle en rapport avec les considérations que nous indiquons, réciter quelque prière en l'honneur de Sainte Anne. Autant qu'il se peut, l'on devrait faire ces neuvaines au pied des saints autels, dans l'église de sa paroisse ; mais lorsque la distance des lieux ou quelque inconvénient en empêche, il suffit de les faire dans ses appartements, devant une image de sainte Anne que l'on invoque comme sa protectrice auprès de Dieu.

Les exercices que nous indiquons ne sont pas rigoureusement imposés, chacun pourra les remplacer par d'autres pratiques approuvées ou même y en ajouter d'autres, selon l'avis de son directeur, qu'il est toujours avantageux de consulter quand on prend quelque mesure extraordinaire pour obtenir les dons du ciel. Il est fort avantageux de faire quelque promesse à la bonne Mère et Protectrice sainte Anne, comme de réformer sa conduite, de pratiquer quelque vertu, de faire quelques aumônes ; et, enfin, de communier en son honneur à la fin de la neuvaine. N'omettons jamais, après avoir reçu quelque faveur du ciel par l'entremise de sainte Anne, de continuer à l'honorer par quelque pratique de piété qui soutiendront notre ferveur et nous aideront aussi à nous perfectionner.

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Prières pour chaque jour de la Neuvaine

en l'honneur de Sainte Anne, Mère de la Bienheureuse Vierge Marie

 

Prière à Jésus-Christ

 

Très adorable Jésus, dont l'âme a été triste jusqu'à la mort, je viens avec confiance vous adorer et vous demander la soumission à la volonté de Dieu. Je viens vous exposer mes peines et mes souffrances, afin que par votre sainte Passion vous me fassiez miséricorde. Aidez-moi à détester mes fautes et à me reconnaître coupable, afin que je puisse rentrer en grâces avec vous et que je puisse vous être toujours intimement uni par les liens d'un amour pur et sans bornes. Je vous demande ces faveurs par l'entremise de la glorieuse Vierge Marie, qui a toujours été si sensible à nos misères et par l'intercession de Sainte Anne, que j'invoque particulièrement en ce jour. Ainsi soit-il.

 

Prière à Sainte Anne

 

Très Sainte et très miséricordieuse mère de Marie, ô sainte Anne, faites que, fortifiés par vos exemples, nous soyons résignés à la volonté de Dieu. Votre nom est partout honoré, tous les enfants de l'Eglise célèbrent vos louanges, et, pleins de vénération pour vous, exaltent vos bontés et vos miséricordes. Accordez-nous la faveur que nous réclamons en ce moment afin que nous puissions nous aussi redire votre compassion et ajouter au nombre de vos serviteurs reconnaissants. Obtenez-nous une protection assurée dans les causes difficiles, la consolation dans nos douleurs extrêmes, un accroissement d'amour et de paix, afin que nous soyons plus adonnés à ce qui tient à la gloire de Dieu.

O très Sainte Mère de la divine Marie, abaissez du haut du ciel vos regards maternels sur de pauvres suppliants qui vous vénèrent et qui mettent leur confiance en votre intercession. Veuillez nous accorder les grâces que nous sollicitons, humblement prosternés à vos pieds. Faites, ô Dieu Tout-Puissant, qu'étant délivrés de toute souffrance par l'intercession de la glorieuse protectrice que nous invoquons, nous bénissions toujours votre saint Nom. Ainsi soit-il.

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Exercices de la Neuvaine à Sainte Anne

 

Premier jour

Humilité de Sainte Anne

Enfant des Patriarches

 

I. Considérez, que, quoiqu'elle descendît des Rois de Juda, cette grande servante de Dieu, sainte Anne, demeura toujours dans une condition humble, satisfaite de la position que lui assigna la Providence. Elle s'est sanctifiée dans son état. Chacun de nous peut parvenir à la sainteté dans l'état où il est engagé. Hors de cet état, quoique nous fassions, ce n'est plus la volonté de Dieu. Nous pouvons faire du bruit, nous distinguer même par des œuvres louables, mais, après tout, c'est notre propre volonté que nous faisons. Dieu donne les grâces nécessaires par rapport à la fonction à laquelle il nous appelle. Quand nous sortons de notre condition, nous nous refusons les secours de Dieu, puisque nous nous engageons indiscrètement dans un emploi où la volonté de Dieu ne nous appelle pas.

II. Considérez que les Saints qui ont eu l'ambition d'assurer leur place au ciel ont su borner leurs désirs, modérer leurs convoitises et se contenter du rang où Dieu les avait placés. Beaucoup d'autres ont renoncé aux honneurs et aux dignités pour vivre loin des regards des hommes, dans une abnégation plus grande, et pour pratiquer un détachement plus absolu de toutes choses. A leur exemple, cherchons à nous humilier... D'ailleurs, nous sommes les enfants de Dieu, ne faisons rien qui ne soit digne de notre noblesse.

 

Résolutions

1° Offrir nos prières, nos affections, nos actes de piété et de mortification à Sainte Anne, afin qu'elle les présente elle-même à Dieu et qu'elle nous obtienne la grâce de lui plaire.

2° Nous offrir nous-mêmes à son service. Ne rien négliger pour en être dignes et renouveler souvent le désir de l'aimer et de le servir.

 

Prière

Soyez-nous propice, ô Sainte Anne, obtenez-nous les faveurs que nous sollicitons, et, par dessus toutes choses, la grâce d'aimer Dieu de plus en plus.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, vase rempli de grâces, priez pour nous.

 

Deuxième jour

Sainte Anne, protectrice de la Jeunesse

 

I. Considérez que l'inexprimable amour que sainte Anne a pour Dieu ne peut manquer d'être très utile aux jeunes personnes qu'il a daigné créer pour son héritage, et que le Seigneur Jésus a bien voulu regarder comme ses frères. Quel enfant ne voudrait pas marquer son respect et son dévouement à une protectrice aussi puissante et aussi compatissante ?... Celle qui a été la protectrice des premières années de la glorieuse Vierge Marie accorde sa protection à tous ceux qui veulent sanctifier leur enfance et leur jeunesse, conserver leur innocence et surmonter les tentations que leur présente l'ennemi du Salut.

II. Considérez que la grande sainte que vous désirez honorer veut que, pour plaire à Dieu, vous conserviez soigneusement la pureté de l'âme et du corps ; que vous devez dompter vos passions et expier vos fautes par une salutaire pénitence des péchés pour lesquels vous êtes redevable à la justice divine. Enfin, considérez que cette expiation vous rendra plus vigilant sur les mouvements de votre cœur.

 

Résolutions

1° Ecouter la voix de sainte Anne dans les lectures et dans les méditations ; puis, se conformer avec zèle à ce qu'elle nous inspirera.

2° Renouveler souvent le bon désir d'être surtout fidèle aux inspirations de la grâce.

3° Placer tous les jours ses résolutions sous la protection spéciale de Sainte Anne et de la Sainte Vierge.

 

Prière

O Dieu, qui avez accordé à Sainte Anne la faveur d'être la Mère de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de notre Rédempteur, accordez-nous la grâce d'honorer sa mémoire, afin que nous puissions dès ce moment éprouver les effets de sa puissante intercession auprès de votre divine Majesté.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, Vigne féconde, Mère de la Bienheureuse Vierge Marie, priez pour nous.

 

Troisième jour

Sainte Anne, modèle des mères chrétiennes

Vie intérieure et dévouement

 

I. Considérez que le monde spirituel offre d'immenses avantages à l'âme chrétienne. L'esprit de Dieu y répand une lumière douce et pure. La vie intérieure est toute opposée à la vie extérieure, qui est la vie des sens, toute dissipée, toute livrée aux inutilités et aux frivolités. La vie intérieure est la vie de l'âme qui se tient unie à Dieu, et qui pour cela s'éloigne des objets extérieurs et sensibles. Morte à elle-même, à la nature et aux sens, l'âme ne vit que de la vie de la grâce et ne s'occupe que des grands objets de la foi. Elle est heureuse de chercher Dieu au pied de la croix et plus heureuse de le trouver dans son cœur. Qu'elle est solide ! Il est impossible de s'égarer en suivant ses voies. Qu'elle est sublime ! Elle élève l'âme au-dessus d'elle et l'associe aux esprits célestes. Qu'elle est féconde ! Puisqu'elle fait germer les fruits du salut et qu'elle est la source des vrais mérites et de la pure vertu.

II. Considérez qu'une âme dégagée des choses extérieures se donne plus profitablement aux devoirs de son état. Elle les remplit avec plus de perfection, avec plus d'affection, avec plus de constance. Elle aide le prochain ; elle dirige, elle console même le plus petit ; et ce zèle, cette charité est le caractère distinctif des vrais amis de Dieu. Faisons-nous un honneur d'être dévoués hautement aux intérêts du prochain, surtout aux intérêts spirituels des personnes dont nous sommes chargés.

 

Résolutions

1° Gardons-nous d'exposer au danger notre faible vertu.

2° Compatissons aux misères d'autrui.

3° Profitons de toutes les circonstances où nous pourrons nous rendre utiles.

 

Prière

Faites, ô Sainte Anne, que nous nous occupions dans le silence et dans la retraite à méditer vos vertus et vos exemples, et que nous nous acquittions de tous nos devoirs avec courage et avec amour. Demandez pour nous cette grâce au Seigneur, afin que nous puissions répondre plus fidèlement à ce qu'il demande de nous. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, Vase rempli de grâces, priez pour nous.

 

Quatrième jour

Sainte Anne, modèle des époux

Fidélité en toutes choses

 

I. Considérez que la véritable fidélité consiste dans la soumission entière à la volonté de Dieu, dans la pratique des vertus et dans l'acquit des devoirs de notre état. Fidélité exacte, donc, en toutes choses, dans l'adversité comme dans les jours heureux ; fidélité que rien n'altère, que rien ne rebute. Au contraire, rappelons-nous que la fidélité doit nous porter à être, en tout temps, bienveillants, doux, empressés envers tout le monde, surtout envers ceux auxquels nous sommes attachés.

II. Considérez que la fidélité ne se plaint point de ses devoirs, ni de ses obligations ; qu'elle ne blâme personne, qu'elle ne déprécie pas ce que font les autres, mais bien qu'elle les encourage, les redresse avec douceur, ferme les yeux sur leur défauts et qu'elle cherche en tout à agir par l'impulsion de la grâce, puisqu'on ne peut être à Dieu si l'on rapporte tout à ses goûts et à ses commodités.

 

Résolutions

1° Ne pas chercher ses propres avantages, puisque le sauveur a dit : « Celui qui ne veut pas se renoncer lui-même n'est pas digne de Moi ».

2° Se rappeler souvent que la couronne de vie est promise à celui qui sera fidèle jusqu'à la fin.

 

Prière

Accordez-nous, Seigneur, par les mérites de votre passion et par l'intercession de Sainte Anne, que nous honorons particulièrement aujourd'hui, une grande fidélité à votre service, afin que nous ne nous occupions que des choses qui peuvent vous plaire et faire descendre sur nous vos bénédictions. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, Miroir de Patience, priez pour nous.

 

Cinquième jour

Sainte Anne, protectrice des familles

La vigilance

 

I. Considérez que si nous aimons notre prochain et surtout les personnes que le ciel a confiées à notre sollicitude, nous devons veiller sur leurs intérêts, écarter d'elles avec soin tout ce qui les porterait au mal, les lectures frivoles, les compagnies, les promenades, et les divertissements dangereux, comme aussi tout ce qui peut entretenir l'orgueil, la curiosité, l'immodestie, la jalousie. Mettons le même zèle à protéger leur vertu, leurs biens spirituels que l'on mettrait à défendre leurs intérêts temporels si nous étions mus par une sincère amitié.

II. Considérez qu'une vigilance bien entendue ne se contente pas d'éloigner des périls et de défendre des accidents les personnes qui nous sont chères, mais que nous devons encore être empressés à leur procurer tous les moyens possibles d'avancer dans la perfection. Notre zèle pour leur sanctification nous portera donc à leur rendre facile l'accomplissement de leurs devoirs, à stimuler leur zèle pour les bonnes œuvres, à les engager à se rendre agréables à Dieu.

 

Résolutions

1° Veiller soigneusement sur ses regards, sur ses paroles. etc., pour ne jamais autoriser les fautes d'autrui ; chaque soir s'examiner avec soin sur ses paroles, sur ses actions, etc.

2° Offrir avec ferveur à la Sainte Vierge et à Sainte Anne notre constante disposition à veiller sur notre esprit.

 

Prière

Je vous salue, glorieuse sainte Anne, amie constante et directrice des personnes qui désirent amender leur vie et avancer dans la perfection. Veillez Sur moi, bénissez-moi et donnez-moi à tout instant votre assistance. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, Miroir d'obéissance, priez pour nous.

 

Sixième jour

Sainte Anne, espérance des navigateurs

Désirs du Ciel

 

I. Considérez que vous êtes exilé en ce monde et que notre vraie patrie est le ciel. Nous devons y tendre continuellement, malgré les ruses de l'ennemi du salut, malgré ces charmes du monde et les séduisantes passions qui embarrassent notre marche. Les naufrages sont fréquents sur les écueils multipliés de la mer où nous voguons. Hélas ! Nos chûtes devraient nous humilier, mais non pas nous abattre. Il n'y aura de sauvés que ceux qui savent se relever avec courage ; et ceux-là sont perdus qui cessent d'espérer.

II. Considérez qu'il ne faut pas seulement désirer vaguement aller au Ciel, mais que toutes nos actions servent à accélérer notre passage à la vie éternelle. Que nous devons faire tourner à notre profit les tentations qui nous éprouvent, les misères que nous supportons et les occasions auxquelles nous résistons. Prions Dieu qu'il nous aide à nous relever chaque fois que nous avons le malheur de succomber. Évitons les naufrages ; et, pour cela, veillons et prions, mais si nous éprouvons du malheur, sachons nous relever avec promptitude, avec confiance et avec générosité.

 

Résolutions

1° Ne fondez votre espérance que sur la Providence.

2° Espérons sans présomption et ne négligeons rien.

3° Résistons aux tentations de découragement et réparons nos négligences passées.

 

Prière

Par vos mérites, Sainte Anne, obtenez-nous les lumières et l'assistance dont nous nous sommes rendus indignes par nos faiblesses et par nos fautes journalières. Vous que l'on invoque comme l'espérance des navigateurs, exaucez-nous, aidez-nous et consolez-nous. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, Ancre dans les périls, priez pour nous.

 

Septième jour

Sainte Anne protectrices des voyageurs

Le détachement des choses du monde

 

I. Considérez que la Divine Providence veille sur nous dans toutes les entreprises qui ont pour but la gloire de Dieu, notre salut, ou la charité envers le prochain. Elle nous fournit les forces, la santé, les moyens d'accomplir ce que nous tentons dans ces nobles desseins. Que rien donc ne nous rebute, que rien ne nous lasse quand il s'agit de pratiquer quelque œuvre de charité. Sachons tout quitter quand il s'agit de glorifier Dieu ou d'aider le prochain.

II. Considérez que les biens de la terre ne sont rien en comparaison des récompenses que le seigneur réserve à ceux qui se donnent généreusement à son service. Ne considérons donc jamais ce que nous sacrifions, ce que nous endurons pour seconder les vues de Dieu. Oublions tout pour ne nous occuper qu'a mériter la félicité promise à ceux qui savent de bon cœur tout quitter pour Dieu.

 

Résolutions

1° Nous associer à ceux qui travaillent au salut du prochain, en les aidant de nos prières et de nos aumônes.

2° Remercier souvent Dieu de ce qu'il a fait pour nous, et lui faire, en retour, l'offrande de tout ce dont nous pouvons disposer.

 

Prière

Nous vous conjurons, ô bonne et compatissante sainte Anne, de guider nos pas et d'éclairer nos démarches afin que nous ne nous écartions pas en cette vie du sentier du devoir et que nous marchions d'un pas assuré vers la céleste patrie. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, Chemin des Pèlerins et Port assuré dans les naufrages, ayez pitié de nous.

 

Huitième jour

Sainte Anne, consolatrice des affligés

Prix des souffrances

 

I. Considérez que le ciel n'envoie ses afflictions que pour punir nos fautes, pour augmenter nos mérites et pour nous porter à Dieu. Les Saints intercèdent pour nous auprès du trône de la miséricorde pour nous obtenir la grâce de nous soumettre aux épreuves, de pratiquer la patience et la persévérance. Pour obtenir de si grands biens sachons souffrir avec une résignation parfaite. Adorons Dieu, le maître de nos forces et de notre santé, qui ne nous éprouve que pour nous faire sentir le prix de la vie, de la santé et du bonheur. Enfin considérons que ce bon maître ne frappe que pour corriger.

II. Considérez le prix des souffrances que le meilleur des pères nous envoie pour nous faire mériter davantage et pour l'édification du prochain. Ceux qui vivent dans les plaisirs ne reconnaissent pas le prix des afflictions qui les ramèneraient à Dieu. Combien d'autres par ces épreuves sont préservés des compagnies et des occasions dangereuses et sont même disposés à pratiquer la vertu. D'ailleurs, ce n'est que par la croix que l'on peut arriver à la vie glorieuse.

 

Résolutions

1° Utilisons nos peines, nos infirmités, nos douleurs en les présentant à Dieu avec le désir de nous conformer à sa volonté.

2° Visitons 1es pauvres, les malades, les affligés, et ne nous lassons pas d'écouter leurs plaintes, leurs récits et de les consoler autant qu'il est en nous de le faire.

 

Prière

Puisque Dieu veut que nous souffrions et que nous éprouvions des afflictions, ne permettez pas, Sainte Anne que nous perdions le mérite des souffrances et de nos épreuves. Fortifiez-nous, soutenez-nous et faites qu'après avoir reçu force et consolations, nous puissions bénir et glorifier Dieu dans l'éternelle joie.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, Modèle de patience, consolatrice des affligés, priez pour nous.

 

Neuvième jour

Sainte Anne, refuge des chrétiens

Le repos éternel

 

I. Considérez que bon nombre de pieux serviteurs de Dieu mettent leur confiance dans leur Ange Gardien, dans l'invocation de leurs Saints Patrons ou encore dans l'intercession de la glorieuse Vierge Marie, Mère de notre Rédempteur, afin d'avoir leur assistance auprès du Souverain Juge, Sainte Anne est à bon droit appelée « Refuge des Chrétiens », puisque dès les premiers siècles de l'Eglise les personnes qui éprouvaient des afflictions, des tribulations et des persécutions ont eu recours à elle, comme l'attestent les monuments de leur gratitude répandue dans le monde. Pourquoi donc négligeriez-vous de l'intéresser à vous et à ce qui vous concerne ?

II. Considérez que pendant toute notre vie nous serons exposés à des tentations, à des luttes et à des épreuves et que pour en faire notre profit nous avons besoin de secours ; que le ciel sera notre repos, notre récompense, si nous luttons courageusement contre les tentations, si nous supportons nos misères avec courage et persévérance. Chacun recueillera à la mort ce qu'il aura semé dans le temps ; faisons-donc le bien tandis que nous le pouvons. Nos patrons, les élus de Dieu, qui connaissent nos embarras, nos misères, nos combats, nous aideront pendant cette vie et plus particulièrement à l'heure de notre mort.

 

Résolutions

1° Tous les jours faire quelque chose en l'honneur de Sainte Anne : assister les pauvres les plus abandonnés, instruire les enfants.

2° Honorer, pour lui plaire, la Sainte Vierge et Saint Joachim.

 

Prière

Sainte Anne, que Dieu nous a donnée pour modèle de patience et de résignation, faites que nous marchions constamment sur vos traces, afin qu'après vous avoir imité tous les jours de notre vie, nous puissions vous louer et vous remercier clans le ciel. Ainsi soit-il.

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Invocation : Sainte Anne, Aide de tous ceux qui vous invoquent, priez pour nous.

 

Imprimatur

29 mai 1873,

+ E. A. Archpus Quebecen.

 

Neuvaine publiée à Québec, sur les presses de la Typographie d'Augustin Coté et Cie, en 1872

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