16 décembre 2010

Pour la canonisation des Chrétiens martyrisés en Irak

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Pétition pour la canonisation des Chrétiens martyrisés en Irak

Le 31 octobre 2010, les pères Thair Sad-alla Abd-al and Waseem Sabeeh Al-kas Butros mourraient en martyrs avec les fidèles en prière avec eux. Leurs noms viennent dramatiquement s’ajouter à une liste déjà longue de chrétiens morts au nom de leur foi en Irak et tandis que la menace pèse sur les chrétiens de toute la région. Après la tenue à Rome de l’Assemblée spéciale du synode des évêques sur le thème « L’Église catholique au Moyen-Orient: communion et témoignage, « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32) », Nous chrétiens arabes et, avec nous, tous chrétiens résidant au Moyen Orient et partageant notre situation de minorité, malgré l’affliction dans laquelle nous a plongés cet attentat, nous voulons réaffirmer notre joie et notre désir de vivre notre identité chrétienne sur la terre même où le Christ est mort et ressuscité pour notre Salut, sur la terre même que ses apôtres ont parcouru pour annoncer à nos ancêtres la Bonne Nouvelle qui nous vaut désormais le beau nom de Chrétiens. Le christianisme a toute sa légitimité au Moyen Orient, parce qu’il est né ici. Et il nous plaît de le vivre ici selon la diversité que l’Esprit, depuis la Pentecôte, a inspiré à nos Pères dans la Foi de l’exprimer et qui confessons une foi Une, catholique, et apostolique. Nous fondant sur la « proposition 5 » des pères synodaux ayant pour titre « Partage de la Croix » et spécialement son paragraphe 3 « Il faudra attirer l’attention du monde entier sur la situation dramatique de certaines communautés chrétiennes au Moyen-Orient, qui souffrent de toutes sortes de difficultés, allant parfois jusqu’au martyre. » Nous demandons que, comme dans l’antique tradition de l’Église, soient proclamés saints immédiatement ceux qui sont morts en martyrs. Aussi demandons-nous la canonisation :

Des pères Thair Sad-alla Abd-al and Waseem Sabeeh Al-kas Butros et de leurs compagnons martyrs, assassiné le 31 octobre 2010 à Bagdad, de l’Église syriaque,

Des sœurs religieuses, Fawzeiyah et Margaret Naoum, tuées à coups de poignard le 26 mars 2007, chaldéennes,

De père Raghid Aziz Ganni, et trois sous-diacres Yousef Daoud, Wahid Hanna Isho et Gassan Issam Bidawid, abattus le 3 juin 2007 à Mossoul, chaldéens,

De Mgr Paulos Faraj Rhô, archevêque de l’Église chaldéenne, retrouvé mort le 13 mars 2008 dans les environs de Mossoul. (liste à compléter)

S’il n’appartient pas à l’Église latine de canoniser des fidèles d’autres Églises, leurs noms pour nous ne sont pas séparés de ceux de

Père Boulos Iskandar, abattu à Bagdad le 9 octobre 2006, syriaque orthodoxe,

Père Joseph Petros, abattu à Bagdad le 9 octobre 2006, ?

Père Amer Iskander, retrouvé décapité le 11 octobre 2006, syriaque orthodoxe,

Révérend Mundher Aldayr, abattu à Mossoul le 26 novembre 2006, pasteur protestant, (liste à compléter)

Comment mieux et plus chrétiennement attirer l’attention qu’en revenant à cette antique tradition de l’Église ? Comment montrer davantage la sainteté de l’Église de Dieu qu’en revenant à ses origines où étaient déclarés saints les martyrs ? Avec, par et grâce à cette reconnaissance ecclésiale, nous nous sentirons mieux accompagnés et plus soutenus dans la foi pour vivre à la hauteur de ce que l’Église attend de nous : « Le chrétien se rappelle qu’être chrétien comporte le partage de la croix du Christ. Le disciple n’est pas plus grand que son maître (cf. Mt 10, 24). Il se rappelle la béatitude des persécutés pour la justice qui auront le Royaume en héritage (cf. Mt 5, 10).  » (Proposition 5) Si, selon la parole de Tertullien, « le sang des martyrs est semence de chrétiens », alors nous demandons pour notre ensemencement et implantation sur notre terre, que soit reconnu officiellement le martyr des nôtres. C’est pourquoi nous signons cette pétition et souhaitons qu’elle atteigne son but : que tous les martyrs chrétiens d’Irak soient canonisés et que l’exemple de leur vie et de leur sacrifice nous soutiennent tous, chrétiens arabes et étrangers vivant au Moyen Orient.

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Signez la pétition pour demander leur canonisation,

en cliquant sur le lien suivant:

http://www.martyrs-iraq.org/?lang=fr

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07 décembre 2010

Le Serviteur de Dieu Agostino Castrillo

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Le Serviteur de Dieu Agostino Castrillo

Religieux de l'Ordre de Saint François

1904-1955



Il est né le 18 février 1904 à Pietravairano, (Campanie, Italie). A l'âge de 15 ans, il prend l'habit  franciscain et en 1927 il est ordonné Prêtre. En 1936, il est nommé prêtre de la paroisse de Jésus et Marie de Foggia et, en 1946, il est nommé directeur spirituel de l'université Antonienne Pontificale de Rome et puis Ministre Provincial de la province Franciscaine de Salerno-Lucana. En 1953, il est consacré Évêque du Diocèse de San Marco Argentano (Calabre, Italie). En 1955, souffrant d'une maladie implacable qui le contraint à l'immobilité, il accepta la douleur et le vécut comme un don de Dieu. Il disait à ses amis:  « Ne me plaignez pas: je suis content de souffrir!  C'est mon devoir d'Évêque que de prier et souffrir ». Il est entré dans la vie le 16 octobre 1955. Sa cause de béatification a été ouverte le 5 mai 1985.


Prière pour la glorification du Serviteur de Dieu Père Agostino Castrillo Evêque


Dieu éternel et Tout-Puissant qui êtes Juste et Miséricordieux, nous Vous rendons grâce pour avoir comblé votre serviteur le Père Agostino Castrillo par les dons, de Foi et de Charité et pour les nombreuses autres grâces dont vous l'avez favorisé, afin qu'il devienne un modèle de vertu et qu'il soit un apôtre infatigable de votre bonté. Vous qui exaltez les humbles et ceux qui sont simples de cœur, daignez glorifier, ici-bas, sur cette terre, notre Frère bien-aimé et Votre serviteur, et, pour nous conforter à imiter son exemple de sainteté, accordez-nous les grâces que nous vous demandons avec instance... Par son intercession, bénissez nos familles, afin qu'elles deviennent des sources de vertus et qu'elles vivent dans Votre paix et dans Votre Amour. O Vous, Sainte Trinité, qui vivez et régnez dans une parfaite unité, un seul Dieu Tout-Puissant, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.


Gloire au Père et du Fils et du Saint-Esprit comme il était au commencement, maintenant et toujours et toujours et à jamais. Amen.


Relations de grâces

Postulation Provinciale pour la Cause des Saints O.F.M.

4, piazza San Pasqual

I-71100 Foggia (Italie)


Téléchargez le texte de cette prière (pdf) en cliquant ici

25 novembre 2010

Le Bienheureux Laurent-Marie de Saint François-Xavier Salvi

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Le Bienheureux Laurent-Marie de Saint François-Xavier Salvi

« Le Missionnaire de l'Enfant Jésus »

1782-1856

Fête le 12 juin

Le Bienheureux Laurent-Marie de Saint François de Saverino est né à Rome en 1782. Son père était l'administrateur d'une des plus grandes familles de Rome. Il grandit dans une famille très aimante. A la maison, on appelait Lorenzo (Laurent) « le petit saint ». Il fit ses études avec Saint Gaspard de Bufalo, et reçut les leçons d'un prêtre, Mauro Capellari, qui deviendra pape sous le nom de Grégoire XVI. A 18 ans, il demande à son père la permission de devenir Passioniste. Il avait connu les passionistes grâce à des prédications de feu de Saint Vincent-Marie Strambi, alors célèbre à Rome. Son noviciat se déroule au mont Argentario. En 1802 il fait sa profession religieuse et devient prêtre en 1805. En 1810, le décret de suppression des ordres religieux par Napoléon l'oblige à reprendre la vie commune. L'année suivante, apprenant qu'une communauté s'est reformée clandestinement à Pievetorina, il y accourt aussitôt. En 1814, le décret anti-religieux est annulé, et Lorenzo retourne alors à la vie régulière. Supérieur vigilant, il fut un prédicateur itinérant et populaire, à la manière de st Paul de la croix. Apôtre de l'enfance de Jésus, et propagateur de cette spiritualité, il mourut en 1856, comme un véritable enfant de Dieu. Sa spiritualité est marquée à la fois par la force et par la douceur. Sa parole interpelle intensément, parce qu'elle est fondée sur une expérience personnelle. De plus, beaucoup de phénomènes prodigieux viennent confirmer son autorité spirituelle. Il avait une dévotion spéciale pour Jésus-enfant. C'est sous cette forme que le Seigneur lui était apparu à Pievetorina, et l'avait guéri d'une grave maladie. Avec l'image de Jésus-enfant, il opère de nombreux miracles. C'est ainsi qu'il arrête en 1855 une épidémie de choléra à Viterbe. Il sera surnommé « le Missionnaire de Jésus Enfant ». Parmi ses écrits, son oeuvre principale s'intitule: « L'âme, amoureuse de Jésus-enfant ». En plein siècle des lumières, il y développe une spiritualité affective et transparente.

Prière pour la Canonisation du Bienheureux Laurent-Marie de St François-Xavier

Passioniste, la grâce de Vous servir avec amour à travers les pauvres, par l'exercice inlassable des missions itinérantes et par la direction spirituelle des âmes: accordez-nous les Dons de foi, de  charité, de confiance, ainsi que le même ardent amour pour votre Sainte Enfance, Votre Douloureuse Passion et Votre Mort, que vous avez mis dans le cœur du Bienheureux Père Lorenzo, enfin, si il Vous plait que le Bienheureux soit élevé au rang des Saints de l'Eglise, accordez-nous les grâce que nous Vous demandons par son intercession (...). Amen.

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père

Merci de signaler les grâces reçues à

Postulation Générale des Passionistes

13, Piazza San Giovanni e Paolo

I-00184 Roma (Italia)

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08 novembre 2010

Le Serviteur de Dieu Antonio Gaudi

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Le Serviteur de Dieu Antonio Gaudi

Le Saint Architecte

1852-1926


 

L'architecte espagnol Antonio Gaudi, connu notamment pour la construction de la Basilique de la Sagrada Familia de Barcelone, encore inachevée, a récemment eu sa Cause de Béatification acceptée par le Saint Siège. Gaudi, né en 1852, fut rapidement reconnu comme un génie dans son domaine. Les familles les plus aisées de Barcelone lui accordant de grandes commissions afin de  construire des bâtiments et des maisons, cela fit accroitre sa notoriété et sa richesse à un âge assez jeune. Les oeuvres de Gaudi sont uniques et modernes de par leur structures et par leur ornement, qui se constitue de façon très complexe, s'inspirant des organismes biologiques que l'on trouve dans la nature. L'architecte, rejetant les convention, employa des couleurs et incorpora bien souvent les mosaïques dans des structures en béton. La reconnaissance précoce Gaudí a reçu conduit à sa commission à la construction du Temple Expiatoire  de la Sainte Famille en 1878, dont le projet avait vu le jour en 1878, sous l'impulsion de Saint Joseph Manyaet y Vives, en réparation pour les outrages commis contre la famille. La Sagrada Familia deviendra non seulement l'œuvre de sa vie, mais aussi la source principale de sa conversion. Gaudi passa les dernières années de sa vie à superviser la construction de la sublime et magnifique église et à recueillir des fonds afin de financer sa construction. Pendant cette période, il devint profondément croyant: il assistait à la Messe chaque jour et vivait dans une prière continuelle, l'on rapporte même qu'il a bénéficié de grâces et de lumières mystiques. Il renonça à sa richesse matérielle et se consacra totalement à son chef-d'œuvre qui est toujours en construction. L'engagement du Saint architecte dans son oeuvre et son ascétisme continuèrent jusqu'à mort, en 1926, à la suite de blessures reçues après s'être fait renverser par un train de banlieue, alors qu'il se rendait à la Messe quotidienne. Après l'accident, Gaudi, pauvrement habillé, fut pris pour un mendiant et envoyé à l'hôpital des indigents. Quand ses amis le retrouvèrent, Gaudi refusa d'être conduit ailleurs. Deux jours plus tard, le 10 juin 1926, âgé de 74 ans, Antonio Gaudi remit son âme entre les mains du Père. Si Antonio Gaudi accède aux honneurs de la Béatification, il sera le premier artiste professionnel à atteindre cette dignité. C'est en partie pour cette raison, que beaucoup espèrent que la béatification de ce génie artistique et de ce fervent et pieux Catholique se fera rapidement. Le Vénérable Jean-Paul II ainsi que son successeur Benoit XVI, ont eus un intérêt pour l'aboutissement de sa cause, le Pape Benoît XVI, a consacré la Sagrada Familia et lui a décerné le titre de Basilique Mineure le 7 novembre 2010.

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Prière pour demander la glorification du Serviteur de Dieu Antonio Gaudi

Pour la récitation privée


O Dieu notre Père, nous Vous rendons grâce d'avoir accordé à Votre Serviteur Antonio Gaudí, architecte, un grand amour pour la Création et un amour ardent pour l'imitation les Mystères de l'Enfance et de la Passion de Votre Divin Fils. Permettez, nous Vous en supplions, qu'à son exemple et avec la grâce de l'Esprit Saint, nous ayons, nous aussi le goût et l'amour du travail parfaitement accompli, et daignez glorifier Votre serviteur Antonio Gaudi, en nous accordant par son intercession, les grâces que nous Vous demandons (...). Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.


Relations de Grâces

Paroisse de la Sagrada Familia

C/ Provença 450

08025 Barcelona (Espagne)

www.sagradafamiliabcn.com


E-mail: lboneta@arqbcn.org

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Téléchargez le texte de cette prière (pdf) en cliquant ici


Canonisation du Bienheureux André Bessette

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Le Frère André Bessette

Le Petit Chien de Saint Joseph

1845-1937


Grand événement pour le Québec! Le Dimanche 17 octobre, le Frère André Bessette sera canonisé. Cet homme d'une grande humilité est connu aujourd'hui dans le monde entier. On lui doit le plus grand sanctuaire au monde dédié à Saint Joseph. Retour sur sa vie.


Le Frère André, comme on l'appelait au Québec, avait une très grande dévotion à Saint Joseph, Patron de l`Église Universelle. Comme Saint Joseph, il connut lui aussi la souffrance, la pauvreté, le dur travail, et il se confia toujours à la Divine Providence. Personne, en le voyant, n'aurait pu imaginer que ce frêle religieux pourrait entreprendre la tâche colossale de construire sur le Mont-Royal la plus grande Basilique dédiée à Saint Joseph dans le monde entier, mais c'est ce qu'il fit, et le fondement de l'Oratoire est fait de plus de prières que de pierres, car il en a fallu des sacrifices et des prières de la part du bon Frère et de ses amis pour ajouter ce joyau à la couronne de Saint Joseph.


Prénommé Alfred dans sa jeunesse, le Frère André est né à St Grégoire d`Iberville, le 9 août 1845 de l'union d`Isaac et Clotilde Bessette, le huitième de leurs douze enfants, et toute cette famille vivait dans une petite maison d'une seule pièce. Ses deux parents étaient très pieux et travailleurs: Isaac était menuisier et charron, et sa mère était ménagère. Étant pauvres, ils n'avaient souvent que du pain de seigle à manger, mais leur amour mutuel, ancré sur celui du bon Dieu, faisait que ça ne les empêchait pas d'être heureux. Un an après la naissance d'Alfred, la famille déménagea à Farnham pour que m. Bessette puisse avoir plus d`ouvrage.


Alfred fut de naissance affligé d'un problème d'estomac qui l'empêchait de manger la plupart des aliments. Cette infirmité le rendit plus fragile que ses frères et, bien qu'il désirait ardemment suivre son père et ses frères quand ils allaient bûcher, il était toujours trop malade pour ce faire. Clotilde avait toujours une place spéciale dans son cœur pour Alfred, et elle s'efforçait de lui préparer des mets qu'il pouvait digérer.


Mme Bessette était de nature enjouée, un beau sourire illuminant toujours son visage. Mais un jour de février 1851, elle fut incapable de sourire. En effet elle eut le cœur brisé lorsque des voisins se présentèrent ce jour-là à sa porte pour lui annoncer que son mari était mort écrasé sous un arbre qu'il venait d'abattre! Bien que glacée par la douleur, elle ne se laissa pas décourager, enterra son défunt mari le lendemain, et retroussa ses manches. À force de travail elle réussit à garder ses enfants près d'elle, mais l'effort était trop grand pour que cela dure, et au bout de quatre ans elle contracta la tuberculose. Obligée de répartir ses enfants parmi les familles de la parenté, elle garda néanmoins le petit Alfred à ses côtés. Tous deux déménagèrent chez Marie, la sœur de Clotilde, et chez son mari Timothée Nadeau, qui vivaient alors à Saint Césaire, un village voisin. Clotilde combattit vaillamment la terrible maladie pendant deux ans mais, se sentant près de la fin, elle fit venir tous ses enfants à son chevet, et elle les consola en leur disant: «Mes chers enfants, voici que votre cher père nous a quitté il y a six ans pour se rendre au Ciel. Le bon Dieu désire maintenant que je vous quitte à mon tour. Priez pour moi. N'oubliez pas la tombe de votre père. Enterrez-moi à ses côtés au cimetière de Farnham. Je veillerai sur vous du haut du Ciel.» Le dix novembre 1857, elle mourut à l'âge de quarante-trois ans.


Monsieur Nadeau n'étant pas riche, il encouragea Alfred, alors âgé de douze ans, à gagner son pain quotidien. Il s'arrangea pour que le garçon devienne apprenti auprès d'un cordonnier, mais cela se révéla impossible car Alfred souffrait trop de l'estomac pour pouvoir passer ses journées penché au-dessus de pièces de cuir, pour les couper, et les fixer à grands coups de marteau. Cela provoquait des crises aiguës de son mal. C'est durant cette période de douloureux apprentissage qu'Alfred fut préparé à sa première communion par le Curé André Provençal et, lors du grand jour, il décida d'imiter Saint Joseph pour le restant de sa vie.


Malgré sa maladie, Alfred n'hésitait pas à faire pénitence: Il portait souvent une ceinture de cuir bardée de fer, ou une chaîne de fer, ou un autre instrument de pénitence autour de la taille. En plus il dormait sur la dure, à même le plancher! Une autre partie de ses pénitences, et peut-être la plus méritoire, lui venait de ses cousins qui rejetaient sur lui la responsabilité de leurs mauvais coups. De nature très sensible, il arrivait alors souvent qu'Alfred pleurât lorsqu'il se retrouvait seul.


En avril 1860, Timothée Nadeau se joignit aux centaines d'autres Canadiens qui se lancèrent à la conquête de l'or californien. À cette époque les gouvernements se montrèrent incapables de favoriser le développement de l'agriculture au pays, et ceci était particulièrement criant au Québec, où il y eut une véritable émigration vers les États-Unis.


M. Nadeau avait établi sa famille à Farnham avant de partir pour son périple. Alfred devint quant à lui garçon de ferme chez les Ouimet, près de Saint Césaire. C'était un garçon jovial et travaillant, et il se plaisait à occuper ses temps libres par des exercices de dévotion, et parmi ceux-ci il développa l'habitude de converser avec Saint Joseph, ce qui augmenta en lui son amour pour ce saint, ainsi que son désir de l'imiter. En ce grand saint il trouva un modèle idéal à suivre ainsi qu'un ami pour le guider dans la voie de la sainteté. Après avoir passé un an chez les Ouimet, Alfred s'essaya à d'autres métiers pendant une période qui dura trois ans. Malgré ses efforts et son ardent désir de devenir boulanger, puis forgeron, il n'était pas assez solide pour ces durs métiers, et dut les abandonner.


Il se décida donc, à l'âge de 18 ans, à joindre la troupe grandissante des jeunes Canadiens-Français qui s'expatriaient aux États-Unis pour y trouver des conditions plus décentes de vie. Or, en 1863, ce pays était en pleine guerre civile, et les manufactures manquaient de bras. Les jeunes Québécois y étaient donc bien accueillis, et rétribués par des gages bien plus élevés que ceux auxquels ils étaient accoutumés chez eux. Alfred se retrouva donc au Connecticut, où il travailla dans les usines de plusieurs villes. À cause de sa santé, il devait de temps à autre quitter ces dernières pour aller travailler au grand air dans des fermes.


En 1867, Alfred revint à Saint Césaire au Québec, avec en poche la connaissance de l'anglais, ce qui dans le futur allait se révéler très utile. C'est à cet endroit que le Curé Provençal le mit en contact avec les Frères de Sainte Croix, qui y dirigeaient une école commerciale. Cette Congrégation avait été fondée en France par le Bienheureux Basile Moreau, et celui-ci était venu en 1847 au Canada pour y restaurer un système d'éducation francophone et catholique, lequel avait été détruit par les Protestants, après leur conquête du Canada en 1763. En fait les Britanniques avaient déjà pris quelques mesures en 1824 et 1841 pour satisfaire les Canadiens Français, car ils craignaient que ceux-ci ne se laissent séduire par des promesses américaines, et ne les joignent pour bouter l'Anglais hors de Nouvelle-France. Donc le français fut reconnu comme une langue officielle, la culture française eut droit de cité, la persécution directe contre le Catholicisme cessa. Mais pour que les Canadiens puissent s'identifier au nouveau pays créé par la Conquête, il fallait les faire participer à la vie publique, et pour cela il fallait leur permettre à nouveau de recevoir une éducation dans leur langue natale. C'est ce qui explique les autorisations données aux ordres religieux d'ouvrir des écoles au Québec. Le dévouement et l'abnégation dont les âmes consacrées ont fait preuve dans leur rôle d'éducateurs, fut la cause de cette vénération dont ils furent l'objet de la part de nos bons Canadiens jusqu'à récemment.


Le Curé Provençal était convaincu de la vocation d'Alfred, et lui parla en ce sens; mais notre pauvre ami se récusa aussitôt, invoquant son incapacité à lire ou à écrire. Le bon Curé lui répondit: «Ce n'est pas une raison. Il y a des Frères qui n'ont pas besoin des ces choses: ils se dévouent aux tâches matérielles. Jeune homme, vous n'avez pas besoin de savoir lire ou écrire, pour savoir prier!» Durant deux ans, à cause de sa faible santé, Alfred hésita à demander son admission chez les Frères de Sainte Croix. Mais sur l'encouragement du Curé, Alfred fit son entrée au Noviciat des Frères à Montréal, en remettant au Supérieur une lettre cachetée par l'abbé Provençal, qui y disait: «Je vous envoie un saint!»


Après quelques semaines Alfred reçut l'habit religieux des Frères de Sainte Croix, et prit le nom de Frère André, en l'honneur de son ami et protecteur le Curé André Provençal. Au bout d'un an le Père Guy, Maître des Novices, apprit au Frère André qu'à cause de sa mauvaise santé, il avait peu de chances d'être admis aux vœux, et de demeurer Religieux. Mais le bon Dieu n'avait pas dit son dernier mot: Mgr Bourget, Évêque de Montréal, vint visiter le Noviciat quelques jours plus tard, et le Frère André plaida auprès de lui sa propre cause. «S'il vous plaît, Excellence, aidez-moi. Je désire tellement devenir Frère.» Le bon Évêque, le regarda avec gentillesse et lui dit: «Ne craignez point mon cher fils, vous serez admis à faire votre Profession Religieuse.» De son côté, le Père Guy plaidait la cause du Frère André auprès de ses confrères: «Si ce jeune homme devient incapable de travailler, il pourra au moins prier. Chers confrères, notre vocation n'est-elle pas d'enseigner aux gens comment prier? Cet homme le leur montrera par son exemple!». Et c'est le 22 août 1872 que la promesse de Mgr Bourget se trouva vérifiée, et que notre ami Alfred Bessette fut admis à prononcer les vœux perpétuels de pauvreté, chasteté, et obéissance, qui allaient faire de lui jusqu'à sa mort le «Frère André».


Son noviciat étant terminé, on lui donna le travail de Portier du Collège de Mont-Royal, poste qu'il allait occuper pendant quarante ans. Convaincu qu'il devait à l'intercession de saint Joseph de se trouver nommé au Mont-Royal, le Frère André résolut d'y honorer son saint favori d'une manière spéciale. Désirant y bâtir un sanctuaire en son honneur, il alla y planter une médaille de Saint Joseph. Il était loin de savoir que ce faisant, il allait aider à la réalisation de la prophétie du saint Curé d'Ars faite à Basile Moreau des années auparavant: «Cette Congrégation de la Sainte-Croix, après beaucoup d'épreuves, fera de grands travaux!»


En tant que Portier, le Frère se devait de répondre à la sonnerie de l'entrée, et d'avertir les Religieux et les étudiants quand ils recevaient de la visite au Parloir. Il devait de plus réveiller les Religieux à 05:00 le matin, et sonner la cloche marquant les divers exercices de la journée. De plus il devait veiller à maintenir le parloir et les corridors en état de propreté immaculée, sans oublier la distribution du courrier ni les courses en carriole pour aller porter le linge des pensionnaires à laver chez leurs parents respectifs. Mais ce n'est pas tout: Notre bon Frère était aussi le barbier des élèves, et le Sacristain des Prêtres! Bref, une vie bien remplie!


Bien qu'il continuât à souffrir de cruels maux d'estomac, ce qui limitait sa nourriture à du pain trempé dans du lait, le bon Frère accomplissait son devoir d'état le mieux possible, tout en priant constamment, et il se confiait à la Providence pour le reste. Après les prières du matin et la méditation, le Frère assistait à la Messe près de l'entrée de la chapelle, de façon à pouvoir entendre la sonnerie de la porte du collège. Il avait coutume de prier longtemps après que la communauté se soit retirée pour la nuit. S'endormait-il à genoux, il reprenait ses prières dès qu'il se réveillait. Suite à un incident où le Frère avait entendu des bruits suspects durant la nuit, un confrère décida qu'à l'avenir la porte intérieure de la chapelle serait verrouillée elle aussi pour la nuit. Quelle ne fut pas un soir sa surprise de voir le Frère André pénétrer dans la chapelle en ouvrant la porte sans clef, comme si de rien n'était!


Le Frère aimait aussi aller prier sur la montagne faisant face au collège. Un soir qu'il s'y était rendu avec un élève, et qu'ils s'étaient agenouillés dans une clairière, le Frère confia à son jeune compagnon: «J'ai enfoui ici une médaille de Saint Joseph. Prions pour que nous puissions un jour acheter ce terrain.» Ils revinrent souvent prier à cet endroit, et un jour le Frère dit: «Nous obtiendrons ce coin de terre, Saint Joseph en a besoin!» Un jour que le Frère Albéric, Économe, demandait au Frère André pourquoi, malgré le soin qu'il mettait à ranger son bureau, il retrouvait toujours sa statue de Saint Joseph tournée vers la montagne quand venait le matin, celui-ci répondit: «C'est parce qu'il veut y être honoré!» Il faut savoir que la situation à ce regard était loin d'être encourageante: En effet le propriétaire de cette partie de la montagne était un vieil égoïste qui souvent n'hésitait pas à lâcher ses chiens contre les Novices qui aimaient à s'y promener durant leurs récréations. Or les autorités du Collège avaient proposé à quelques reprises au vieux grigou de lui acheter sa terre, car elles craignaient d'y voir se construire un centre de villégiature, ce qui aurait troublé profondément la vie du collège. Mais le prix demandé était exorbitant, et ce fut un particulier qui acheta le lot, et celui-ci ne voulut rien entendre des offres subséquentes des Pères de Sainte Croix. Le Frère Albéric décida alors d'enterrer une médaille de Saint Joseph, comme le Frère André l'avait fait quelques années auparavant. Finalement, le 20 juillet 1896, les Pères purent acheter la propriété convoitée.


Le Frère André était toujours disposé à aider les autres. Les élèves et leurs parents n'hésitaient pas à se confier à lui et à se recommander à ses prières. Bientôt, de plus en plus de gens en vinrent à réaliser que celles-ci étaient très efficaces. Au cours de son périple quotidien vers le bureau de Poste, le Frère s'arrêtait souvent en chemin pour visiter les malades, et il leur donnait de l'huile ayant brûlé devant la statue de saint Joseph située dans la chapelle du collège. Avant peu, les malades se mirent à répandre une rumeur: le Frère André était un saint! Dieu lui avait accordé le pouvoir de guérir! Comme le Frère continuait ses visites aux malades, il eut l'occasion d'en préparer plusieurs à faire une bonne mort, et les gens du quartier en vinrent à lui demander de s'occuper aussi de préparer les morts pour les funérailles. Un jour il arriva qu'après avoir rendu ce service à un homme décédé quelques heures plus tôt, le Frère se retira dans sa chambre pour y prier après sa journée bien chargée. Il entendit soudain un épouvantable fracas de vaisselle brisée dans le réfectoire voisin. Accouru précipitamment sur les lieux, quelle ne fut pas la surprise de notre ami de constater que tout y était en ordre! Cet incident surprenant se renouvela souvent au fil des jours, et parfois le Frère apercevait un énorme chat noir dans le réfectoire qui causait lui aussi des bruits effrayants avant de disparaître. Le bon Frère déclara à un témoin éberlué: «Je comprends maintenant qu'il s'agit du Démon qui veut me faire peur et me déranger, à cause des œuvres de charité que je fais.»


La dévotion de notre ami envers Saint Joseph augmentait pour ainsi dire quotidiennement. Un certain jour le Frère Albéric, qui s'était blessé à la jambe et était immobilisé dans sa chambre depuis un mois, se désespérait de ne pouvoir se rendre aux cérémonies en l'honneur de Saint Joseph au jour de sa fête patronale. Il fit une neuvaine au grand saint avec le Frère André, et bien que la veille son état ne s'était pas amélioré, le 19 mars il put se rendre avec joie à la chapelle! Une autre fois, il advint qu'un jeune élève se trouvait confiné au lit depuis plusieurs jours en raison d'une fièvre maligne. Lors d'une récréation, le Frère se rendit à l'infirmerie, et dit au jeune malade: «Lève-toi, petit paresseux! Tu es en parfaite santé. Va-t-en jouer dehors avec les autres!» Le garçon commença par hésiter, mais se sentant effectivement mieux il alla rejoindre ses camarades. Le Frère fut réprimandé par le médecin du collège pour ce geste «imprudent», mais quand celui-ci examina le garçon, il fut bien obligé d'admettre que l'enfant était effectivement guéri!


Quelque temps après, une épidémie de variole atteignit le collège, et l'infirmerie de l'ancien Noviciat se trouvait remplie de patients, tant Religieux qu'étudiants. Quelques-uns moururent, malgré les soins assidus prodigués par le Supérieur du collège, et par le Frère André. À un certain point, notre ami pria Saint Joseph de faire cesser l'épidémie. Dès ce moment plus personne ne fut atteint, et les malades se trouvèrent subitement guéris!


Il serait impossible de calculer exactement combien de guérisons le bon Frère obtint par ses prières. Des mourants recouvraient la santé, des cas «désespérés» étaient guéris, des jambes et des bras infirmes devenaient normaux comme par un jeu d'enfant. Parfois la cure était instantanée: «Lève-toi et marche!», mais cela pouvait aussi prendre du temps et de la persévérance, des prières et des neuvaines. Il arrivait que la guérison ne soit que partielle, mais alors le Frère donnait un avertissement: «Continuez de prier, si vous ne voulez pas perdre ce que vous avez gagné!» Un seul mot du Frère était parfois suffisant pour obtenir la guérison complète d'un malade vivant au loin! La recette du Frère était invariable: «Ayez confiance en st Joseph! Frottez la partie malsaine avec une médaille ou de l'huile de Saint Joseph.» Il allait parfois jusqu'à frotter lui-même la partie malade, et il y avait alors une guérison instantanée.


On comprend que la nouvelle du pouvoir de thaumaturge du bon Frère ne mit pas longtemps à se répandre dans Montréal. De plus en plus de gens, certains souffrant même de maladies contagieuses, se massaient littéralement dans le parloir du collège, pour être reçus par le Frère. Ils en arrivèrent même à envahir les corridors. Mais cela ne plaisait pas aux parents d'élèves, car ils craignaient que leurs garçons n'attrapent quelque maladie infectieuse. La foule des visiteurs en vint à troubler réellement la vie de l'institution; il fallait prendre des mesures pour que tout rentre dans l'ordre. Les supérieurs ordonnèrent donc au Frère de cesser de recevoir les malades. Notre ami obéit, mais pas les malades, qui continuèrent d'affluer en masse. Les supérieurs trouvèrent un compromis: Le Frère André se devrait à l'avenir de recevoir ses malades à la station de tramway de l'autre côté de la rue. Mais ceci eut pour effet que les passagers du tramway se plaignirent du danger constitué par la présence des malades, spécialement durant l'hiver quand ils se réunissaient à l'intérieur. De plus, les malades qui ne savaient rien de la nouvelle disposition, continuaient de se rendre au collège. Les supérieurs, de même que les autorités diocésaines étaient très mal à l'aise devant la situation. Mgr Bruchési, Archevêque de Montréal, se fit mettre au courant par le Provincial de la Congrégation de Sainte Croix. Apprenant que le Frère André s'était toujours montré obéissant, il dit au Provincial: «Alors laissez le faire. Si son œuvre est de Dieu elle continuera, sinon elle s'effondrera d'elle-même.»


Vers la même période, les Supérieurs avaient autorisé le bon Frère à mettre de côté l'argent reçu des élèves à qui il coupait les cheveux, et celui donné comme aumône par les fidèles, de façon à réunir une somme suffisante pour l'érection d'un petit sanctuaire à Saint Joseph. Ils lui avaient aussi permis de placer sur la montagne une petite niche abritant une statue du saint. À l'été de 1904 le Frère avait économisé $200.00, et il obtint la permission de bâtir un petit oratoire à flanc de montagne. Le Portier, maintenant âgé de soixante ans, se mit hardiment à l'ouvrage. Il fallut d'abord ouvrir une voie d'accès et acheter les matériaux de base. Les $200.00 ne durèrent pas longtemps, mais de nombreux bienfaiteurs mirent temps et argent à la disposition du saint Frère. Au mois d'octobre de la même année, un petit oratoire, suffisant à peine à contenir un autel et un espace suffisant pour le prêtre et un servant de messe, fut complété. Deux grandes portes s'ouvraient à l'avant, et permettaient aux gens d'assister à la messe de l'extérieur, où deux bancs avaient été installés sur le gazon. Mais bien sûr il était impossible aux pèlerins malades de se réunir là, et ils continuèrent donc d'aller au collège. Les Supérieurs envisagèrent alors de se débarrasser du problème en nommant le Frère au Nouveau-Brunswick, mais le Père Dion (Provincial) et un groupe de Religieux plaidèrent la cause du Frère: «Agrandissez la chapelle et chauffez-la. Les pèlerins l'utiliseront sûrement.» Les autorités du collège autorisèrent alors un groupe de laïcs à se constituer en comité, et à transformer l'oratoire pour qu'il soit accessible toute l'année. Les travaux furent complétés en novembre 1908, et le nouveau bâtiment pouvait maintenant accueillir 200 personnes à l'année longue. En 1909 un autre bâtiment fut construit, abritant un magasin d'objets pieux, un restaurant, un bureau et une salle d'attente pour Frère André et ses malades. À l'été 1910 une sacristie fut ajoutée à l'oratoire, avec une chambre à l'étage. Les Supérieurs nommèrent alors le Frère André Gardien du sanctuaire, et il logea dans la chambrette en question. C'est durant la même année que le Père Clément, professeur au collège, fut assigné comme aide au Frère André; mais le Père perdait rapidement la vue et se désespérait de ne pouvoir plus enseigner. Mais le bon Frère, reconnaissant que le Père était très utile pour calmer les âmes troublées, et bien sûr pour les confessions, ne s'en fit pas outre mesure et se mit à prier. Le lendemain, la vue du Père s'était grandement améliorée, et il put poursuivre son enseignement!


Les pèlerins vinrent au sanctuaire par centaines d'abord, et bientôt par milliers. Le Frère André passait entre huit et dix heures par jour dans son bureau, recevant trente à quarante personnes à l'heure. Au fil des années, il y eut un très grand nombre de guérisons miraculeuses, et les pèlerins exaucés laissèrent dans la chapelle des centaines et des centaines de cannes, béquilles, autres appareils, et plaques de marbre, en guise d'ex-voto. Bien que le décompte exhaustif des guérisons ait été difficile, on a pu néanmoins en consigner 435 pour la seule année 1916!


Le Frère André ne manquait jamais d'encourager et d'aviser ses malades, à une époque où déjà la société évoluait rapidement, et pas souvent pour le mieux. Il avait aussi un bon sens de l'humour, et l'utilisait fréquemment pour donner des petites leçons. Un jour il vit une femme cueillir des pommes vertes des arbres de la communauté. Celle-ci vint le voir plus tard pour être guérie de douleurs à l'estomac. Le Frère lui déclara: «Frottez-vous avec une médaille de Saint Joseph et, bien sûr, cessez de manger des pommes vertes!» À une autre femme se plaignant de ressentir constamment un poids sur la poitrine, il répondit: «Ce n'est sûrement pas votre décolleté qui vous embarrasse. Frottez-vous jusqu'à ce que le tissu s'allonge!» À une autre dame portant une robe un peu courte il demanda: «Ne craignez-vous pas de vous enfarger dans votre robe?» Il est à noter que le Frère, amant de la modestie et de la pureté, n'accepta jamais de toucher les femmes pour les guérir. Cela n'empêcha pas les mauvaises langues d'aller bon train, et de faire circuler rumeurs et calomnies odieuses au sujet du saint Religieux, ce qui causa bien des souffrances à cette âme sensible. Il s'ouvrit un jour à un de ses amis laïcs au sujet de sa peine. Mais ce soi-disant ami tourna le Frère en ridicule, et dévoila ses confidences à tout un chacun. Nouvelle croix pour notre saint! Seule sa dévotion ardente envers la Passion de Notre Seigneur put l'aider à supporter patiemment cette dure épreuve. Cette dévotion l'aidait aussi à gagner des âmes au Christ. Souvent il prenait son crucifix entre les mains, et méditait tout haut, décrivant aux pauvres pécheurs les multiples souffrances du Sauveur. Il soupirait alors, les larmes aux yeux: «Ah! Si seulement on aimait Dieu, si seulement on L'aimait comme Il nous a aimés!»


Durant les vingt dernières années de sa vie, l'œuvre de construction du grand Oratoire St-Joseph devint la dominante de ses pensées et de ses prières. Il entreprit des tournées au Canada et en Nouvelle-Angleterre pour recueillir des aumônes. Lorsqu'il parlait du bon Saint Joseph, et du projet de l'Oratoire, il amassait de nombreux et généreux dons de ses auditeurs. Lentement, mais sûrement, l'édifice de béton s'éleva au flanc du Mont-Royal. Mais vint un jour où les Supérieurs se découragèrent devant l'énormité de la tâche et les coûts croissants. Quant à lui, le bon Frère remarquait: «Je ne verrai pas l'achèvement des travaux à l'Oratoire, mais le projet se complétera. De toutes façons, ce n'est pas mon projet, c'est celui de st Joseph!» En 1931 les travaux arrêtèrent cependant, par manque de fonds, et comme la Grande Dépression débutée en 1929 se poursuivit pendant plusieurs années, le chantier en vint à une halte complète pendant une longue période. Sans toit, la future Basilique ressemblait à une gigantesque dent cassée au flanc de la montagne. En 1936, les autorités de la Congrégation de Sainte Croix se réunirent pour décider si on allait continuer, ou bien arrêter là le projet. Le Frère André les encouragea: «Mettez une statue de Saint Joseph au milieu de l'édifice. S’il veut un toit au-dessus de sa tête, il s'arrangera bien!» Ce que les Supérieurs firent le jour même. Deux mois plus tard, ils avaient reçu suffisamment de dons pour reprendre les travaux.


Bien qu'ayant alors plus de 90 ans, le bon Frère n'en continuait pas moins d'être plein de compassion, et de s'occuper de ses chers malades et de ses pauvres. Mais avec l'âge sa santé, qui avait toujours été faible, déclina rapidement, et notre ami s'épuisa plus rapidement, ce qui le rendit quelque peu irritable et nerveux. À la fin de 1936 il souffrit de gastrite aiguë, et fut transporté à l'hôpital de Saint Laurent. Début janvier 1937 il eut une thrombose et, bien que souffrant beaucoup, il remarqua à un de ses compagnons: «Comme le bon Dieu et bon. Comme Il est beau et puissant. Oui, Il doit être très beau, puisque l'âme, qui n'est qu'un rayon de Sa Beauté est si belle!» Peu après il tomba dans un coma, et les autorités de l'hôpital permirent aux malades d'entrer dans sa chambre. Ils défilèrent un à un autour de son lit, pour y faire une prière et toucher ses mains qui en avaient guéri en si grand nombre.


Finalement, le six janvier 1937, le jour de l'Épiphanie, Frère André Bessette s'éteignit en paix, muni des sacrements de l`Église. Il avait 92 ans. Il fut exposé le même jour à l'Oratoire, et les visiteurs venus lui rendre un dernier hommage affluèrent en masse compacte. Malgré la température hivernale humide et froide, la foule ne cessa de circuler autour de son cercueil, et cela dura pendant une semaine! Parmi les visiteurs il y avait beaucoup de malades, d'aveugles, de boiteux, et le Frère ne les oublia pas, car plusieurs s'en retournèrent chez eux guéris! Les visiteurs vinrent de partout au Canada, mais aussi de divers États américains: Maine, Rhode Island, Massachussets, Connecticut, New Hampshire, et Vermont. En tout et partout c'est environ un million de personnes qui cette semaine-là gravirent la pente du Mont-Royal menant à l'Oratoire St-Joseph, pour voir une dernière fois l'humble Frère de Sainte Croix. Le jour des funérailles, Mgr Limoges, Évêque de Mont-Laurier, officia, et Son Éminence le Cardinal Villeneuve, Archevêque de Québec prononça l'oraison funèbre: «Quelqu'ait été la réputation de vertu de ses enfants, l`Église insiste pour que lors de leurs funérailles des prières soient dites et des supplications faites pour les fautes que la fragilité humaine aurait pu leur faire commettre durant leur vie. Elle nous interdit de la devancer dans le jugement sur l'héroïcité de leur vertu et la certitude de leur entrée au Paradis, car c'est une prérogative qu'elle se réserve. Mais avec tout le respect que l'on doit à Notre Sainte Mère l`Église, nous pouvons dire aujourd'hui que nous célébrons la fête de l'Humilité!»


En juin 1978, le Pape Paul VI déclara le Frère André «Vénérable» et, le 23 mai 1982, le Pape Jean-Paul II le déclara «Bienheureux». Même si aujourd'hui le corps du Frère André repose dans une modeste tombe de granit noir, la puissance de son intercession n'a pas diminué pour autant, au contraire! Sur sa tombe nous pouvons lire les mots «Pauper, Servus, Humilis», c'est-à-dire: «Pauvre, Serviteur, Humble». Et cela résume bien sa vie et son idéal. En effet il a vécu dans toute sa rigueur son vœu de pauvreté: il n'était pas du tout concerné par les richesses, et remettait au service de Dieu toutes les aumônes qu'il recevait. Serviteur, il était aux ordres de tout un chacun, spécialement durant ses années comme Portier du collège, mais aussi dans son service auprès des pauvres, les consolant et priant pour eux. Humble, il l'était sans limite: acceptant humblement les réprimandes de ses supérieurs et collègues, et disant à la ronde qu'il n'était que le «petit chien de Saintt Joseph»! Donnant toujours, il ne demandait rien, et il ne voulait surtout pas que la ferveur des pèlerins le mette sur un piédestal. Il n'est pas étonnant dès lors que des millions de personnes soient venues le visiter durant sa vie et après sa mort, pour recevoir des bienfaits spirituels et matériels. Si nous pouvions imiter le Frère André même un petit peu, nous en profiterions beaucoup. Mais hélas! Notre faiblesse humaine est si grande! Demandons donc au Bienheureux Frère André de nous obtenir la grâce de le suivre dans son imitation du grand Saint Joseph!


Texte extrait du site www.sspx.ca

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Apprenez-nous la confiance dans la prière

Prière à Saint Joseph et au Bienheureux Frère André


Saint Joseph, avec toi, pour toi, nous bénissons le Seigneur. Il t'a choisi entre tous les hommes pour être le chaste époux de Marie, celui qui se tient au seuil du mystère de Sa Maternité Divine et qui, après Elle, l'accueille dans la Foi comme l'Oeuvre du Saint Esprit. Tu as donné à Jésus une paternité liégale en lien avec la lignée de David. Tu as constamment veillé sur la Mère et l'Enfant avec une sollicitude affectueuse, pour assurer leur vie et leur permettre d'accomplir leur destinée. Le Sauveur Jésus a daigné se soumettre à toi, comme un père, durant son enfance et son adolescence, et recevoir de toi l'apprentissage de la vie humaine, pendant que tu partageais sa vie dans l'adoration de son mystère. Tu demeures auprès de Lui, protèges spécialement ce peuple Canadien qui s'est placé sous ton patronage. Aide-le à s'approcher à son tour du mystère du Christ dans les dispositions de Foi, de soumission et d'amour qui ont été les tiennes. Regarde les besoins spirituels et matériels de tous ceux qui recourent à ton intercession, en particulier des familles et des pauvres de toutes pauvretés: par toi, ils sont sûrs de rejoindre le regard maternel de Marie et la main de Jésus qui les secourt.


Et toi, Bienheureux Frère André Bessette, portier du Collège et gardien de cet Oratoire, ouvre à l'Espérance tous ceux qui continuent à solliciter ton aide. Apprends-leur la confiance dans la vertu et la prière et, avec elle, le chemin de la conversion et des Sacrements. Que par toi et par Saint Joseph, Dieu continue à répandre ses bienfaits sur la Congrégation de Sainte Croix, sur tous ceux qui fréquentent cet Oratoire, sur la cité de Montréal, sur le peuple de Québec, sur tout le peuple Canadien et sur l'Eglise entière.


(Prière prononcée par le Vénérable Jean Paul II à l'Oratoire Saint Joseph de Mont Royal, le 10 septembre 1984, extraite du livre « Les prières de Jean Paul II, Ed. Bayard/La Documentation Catholique)


Bienheureux Frère André, Priez Pour Nous!
Bon Saint Joseph, Priez Pour Nous!

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Pour approfondir

Site de l'oratoire Saint Joseph de Mont Royal

www.saint-joseph.org


Site sur le Frère André

http://frere-andre.saint-joseph.org/fr


Congrégation de Sainte Croix

www.cscfrance.org


Pour suivre la Messe de Canonisation du Frère André en direct

Dimanche 17 octobre à 10 h 00, visible en ligne sur le site de la Chaine KTO

www.ktotv.com

12 octobre 2010

La Servante de Dieu Élisabeth Leseur

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La Servante de Dieu Élisabeth Leseur

« Toute âme qui s'élève, élève le monde »

1866-1914


Lorsque, dans les années 1920, le frère Marie-Albert Leseur reçoit l'ordination sacerdotale, l'étonnement ne vient pas de la vocation tardive de ce Dominicain déjà âgé, mais parce que cette vocation a été obtenue, ainsi que la conversion de cet incroyant convaincu, par les prières de sa femme Elisabeth, décédée d'un cancer en 1914. Elisabeth Arrighi naît à Paris le 16 octobre 1866, première de cinq enfants. Son père, d'origine Corse, est avocat. Elisabeth hérite de lui une nature généreuse, gaie et accueillante, de sa mère une vive intelligence et une mémoire exceptionnelle. Malgré ses fréquents déménagements autour de Paris, la famille Arrighi est un pôle intellectuel où se côtoient des artistes, des savants, des philosophes. Mais, autant que ses capacités intellectuelles, se développe chez la fillette l'aspect religieux. Elle a onze ans quand elle se rend pour la première fois au catéchisme afin de préparer sa première communion: « J'étais bien embarrassée, alors j'ai fait tout bas une petite prière à la sainte Vierge et je n'ai pas tardé à me mettre à l'aise ». Elle s'examine sans découragement, mais sans complaisance: « Mon principal défaut à moi, c'est l'esprit de contradiction. Lorsqu'on dit une chose, je dis le contraire ». Elle est également taquine et très entêtée: « Je ne veux jamais avouer que j'ai tort. Je supplie le bon Dieu de m'aider pour que, lorsque j'aurai commis une faute, je l'avoue aussitôt. » Elle communie le 15 mai 1879 avec une grande joie: « Je n'étais plus seule, j'étais avec Notre-Seigneur. Je ne pouvais pas parler, j'étais trop heureuse. » J'écoutais le bon Dieu qui parlait à mon âme. Dans cette ferveur, elle change sa manière d'étudier: « Sitôt que l'on me faisait une observation, je cherchais à l'écarter; je travaillais mollement. Mon Dieu, aidez-moi à vaincre ma légèreté, à devenir sérieuse, travailleuse, attentive, dévouée. »


À vingt ans, dans les soirées mondaines, Elisabeth ne passe pas inaperçue: elle est charmante et distinguée, sa culture est étendue, son intelligence ouverte et prompte, son caractère gai. Le jeune Félix Leseur, étudiant en médecine, remarque « son joli rire, sa fraîcheur et sa franchise ; nous avions les mêmes goûts ». Le 31 juillet 1889, à 22 ans, Elisabeth l'épouse: J'ai trouvé en Félix tout ce que je désirais. Mais ce mari qu'elle aime tendrement va s'employer à détruire sa foi. Félix, au début de leur mariage, s'était déclaré « très respectueux de la foi et de la religion catholiques. Comment étais-je devenu, de sceptique, antireligieux? La neutralité est un mythe ou une duperie ». Peu à peu, il devient jaloux des croyances de sa femme. En septembre, Elisabeth souffre d'une péritonite que les médecins ne peuvent opérer et dont elle ne guérira jamais complètement. Elle se rétablit doucement et commence avec son mari une série de voyages qui les enchantent tous les deux. Il en profite alors pour l'entraîner dans un tourbillon de mondanités; d'autre part, comme elle est avide de connaître et d'accroître sa culture, Félix lui propose d'étudier le latin et le russe et lui fournit des livres « pleins de génie, certes, mais d'un génie anarchique et destructeur. En 1896 et 1897, Félix voit le succès de son œuvre détestable »: Elisabeth ne prie plus et cesse de pratiquer. Plus tard, Félix frémira devant sa responsabilité dans cette crise intérieure: « Quand je pense à quels dangers j'ai exposé Elisabeth en brisant chez elle le seul point d'appui, le seul secours qui soit! » Un jour, en lisant un livre attaquant le christianisme, Elisabeth est frappée par l'indigence du fond et la fragilité des arguments: dans une salutaire réaction, elle revient aux sources ainsi contestées, à l'Évangile. Félix est furieux, mais rien n'arrêtera plus « cette œuvre admirable de la conversion intérieure, provoquée, guidée, accompagnée par Dieu seul ». Cette foi retrouvée va inspirer toutes ses conversations: « Il ne faut pas être un génie pour défendre sa foi! » et toutes ses actions, l'organisation de sa vie, dans une discrétion et un respect absolu des convictions athées de son mari.

 

Elle fait sienne la devise dominicaine: « Orare et laborare », prier et travailler. La mort de sa sœur en 1905 et le retour de ses souffrances abdominales l'invitent à " réformer sa vie ": « Puisque je ne peux mener entièrement la vie que j'aurais rêvée, il faut que je rende meilleure et plus féconde, pour Dieu et pour les âmes, celle qui m'est destinée ». Elle demande la grâce de devenir plus tendre, plus forte, plus paisible. Son désir est d'être toute à Dieu et « en même temps, de me donner davantage à ceux que j'aime et à tous ceux que la Providence a mis ou mettra sur ma route ». Ses symptômes s'aggravant, on lui prescrit le repos et l'immobilité: « Je vais donc mener une vie de recluse qui ne me déplaît pas ». Elisabeth consacre ainsi de longs moments à la méditation, à l'oraison, à la lecture de livres de spiritualité, « sans pourtant négliger aucun devoir, sans rien perdre de son charme et de sa gaieté foncière ». En 1911, elle est opérée à la suite de la découverte d'une tumeur au sein. Elle offre cette épreuve pour la conversion de Félix: « Laissez-moi, Seigneur, déposer en votre cœur mes souffrances, mes désirs et mes prières ». Pour Elisabeth, la foi est un don de Dieu, si gratuit, si excellent qu'il doit rayonner dans toute sa vie. Ce don est accordé à chaque homme sans aucun mérite de sa part, aussi est-elle opposée à toute querelle, à toute division, à tout parti: « Moi, je suis anti-anti! » Elle réserve chaque jour, dans son emploi du temps, l'heure et demie d'oraison où elle refait ses forces: « Avant d'agir, s'établir dans la paix, fortifier sa volonté par la prière, et ensuite, se mettre à l'œuvre humblement, virilement, joyeusement ». Elle sourit aux descriptions de mortifications excessives et conseille de rechercher plutôt l'" esprit de mortification ": « Accepter les souffrances dans le secret, sans rien faire qui puisse attirer l'attention et en redoublant, au contraire, d'affabilité et de douceur ». Jamais on ne la voit inoccupée; même quand elle est alitée, elle sait utiliser ce temps en ce qu'elle nomme « la science des moments perdus ». Elle n'a pas d'enfant, mais son cœur maternel donne des conseils aux jeunes mères: « Avec vos enfants, sachez vouloir aussi complètement que vous les aimez. Tenez fermement sur un point jusqu'à ce que vous ayez obtenu un résultat, puis vous passerez à un autre point ». Sa crise de foi la rend particulièrement proche des incroyants: « Ceux qui n'ont pas traversé ces moments d'accablement ne connaissent qu'une partie de la souffrance humaine ». Elle oublie ses fatigues, ses épreuves pour aller à la recherche des âmes blessées: « Nous ne passons pas un jour sans rencontrer une détresse du corps ou de l'âme, une tristesse ou une pauvreté ». Elle s'interdit de juger: « J'ai trop compris, en me jugeant moi-même, combien les autres ont droit à l'indulgence ». Son grand désir est la conversion de Félix; pourtant, « jamais femme n'a moins importuné son mari, ne l'a moins pressé de penser comme elle ».


En juillet 1913, Elisabeth doit s'aliter: maux de tête, violents vertiges, vomissements signalent le cancer qui se généralise en elle. Elle supporte ses souffrances avec une patience et une égalité d'humeur qui forcent l'admiration de ses proches et le respect de Félix qui ne la quitte pas. Elle décline rapidement, au point qu'on la croit condamnée: « Je n'existais plus, sans une pensée, dans une sorte de coma ». Mais en août se produit une spectaculaire rémission alors qu'Elisabeth achève une neuvaine adressée à une petite Carmélite morte seize ans plus tôt, sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus. Durant cinq semaines, elle se remet à travailler, à écrire, à reprendre ses occupations. En novembre, tous les symptômes réapparaissent peu à peu. Les périodes de crise sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus rapprochées. Quand la souffrance lui laisse un peu de répit, elle s'en étonne « comme d'une chose anormale ». Les douleurs de tête provoquent des crises impressionnantes qui s'accompagnent de convulsions, de tremblements, d'angoisses et la laissent épuisée, « brisée mais courageuse, réconfortante même et enjouée le plus souvent », s'excusant des soins que son état réclame. Elle accepte tout, n'exige rien: « Personne ne fut plus facile à soigner ». Son état nauséeux justifierait des désirs de nourriture qu'elle ne formule pas. Ceux qui la visitent se trouvent plongés dans « un bain de sérénité ». Elle offre au mal qui la ronge « une résistance physique extraordinaire soutenue par une résistance morale plus grande encore ». Le 27 avril, elle tend les bras vers Félix pour un ultime adieu avant de sombrer dans un coma où on la voit encore souffrir: elle se plaint, gémit, dévorée de fièvre, torturée par la soif sans rien pouvoir absorber. Elle meurt dans les bras de son mari le 3 mai 1914. Après sa mort, son visage prend une expression souriante et sereine. Elle est enterrée le 6 mai sans que son corps ait manifesté la moindre altération. Félix, pour la première fois, se demanda alors s'il y avait quelque chose en dehors du monde matériel. Un an plus tard, il communia. Devenu dominicain et prêtre, il se dévoua à la cause d'Elisabeth et continua, à travers une abondante correspondante, l'œuvre de compassion, d'écoute et d'accueil de « cet être véritablement exceptionnel ».


Texte extrait du site www.feuetlumiere.org

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Prière composée par Élisabeth Leseur

Extraite de « Journal et Pensées de Chaque Jour », 18 juillet 1912


Mon Dieu, je dépose à vos pieds mon fardeau de souffrances, de tristesses, de renoncements: j'offre tout par le Cœur de Jésus, et demande à Votre Amour de transformer ces épreuves en joie et en sainteté pour ceux que j'aime, en grâces pour les âmes, en donc précieux pour Votre Eglise. Dans cet abîme d'accablement physique, de dégoûts et de lassitude morale, de ténèbres où Vous m'avez plongée, laissez passer une lueur de Votre triomphante clarté. Ou plutôt (car les ténèbres de Gethsémani et du Calvaire sont triomphantes), faites servir tout ce mal au bien de tous. Aidez-moi à cacher le dépouillement intérieur et la pauvreté spirituelle sous la richesse du sourire et les splendeurs de la Charité. Lorsque la Croix se fait plus lourde, mettez Votre douce main sur le fardeau posé par Vous même sur mon âme et sur tout mon corps endolori. Seigneur, je Vous adore et suis encore, toujours, votre débitrice, puisqu'en divin contre-pied à mes souffrances, Vous avez l'Eucharistie et le Ciel! Alléluia!


Imprimatur

Flum. Januario

12 augusti 1922

+ Sebastianus. Arc. Coad.


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