21 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Vingt-deuxième jour

Considération des grandeurs de Jésus-Christ pour servir de fondement à nos espérances

 

I. Notre confiance en Jésus-Christ notre Sauveur et notre Chef, sera d’autant plus solide, que nous serons plus pénétrés de son excellence et de sa souveraine grandeur, et de la surabondance de ses satisfactions par où Il est devenu l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde.

II. Jésus-Christ, cet admirable composé, qui est Dieu et Homme tout ensemble, que Dieu avait promis au monde dans son origine, a été donné au monde dans la plénitude des temps. Tous les siècles ont été faits par Lui. Les précédents ont servi à préparer son premier avènement, les suivants à préparer la gloire de cet empire éternel qu’Il doit exercer sur toutes les créatures à son dernier avènement. Avant sa naissance, Il était l’objet des vœux des patriarches et des prophètes ; à sa naissance Il a jeté dans Son Eglise des semences de salut pour se préparer un peuple de Saints ; depuis sa mort Il est dans le Ciel, élevé au-dessus de toutes les puissances, chef d’un empire et d’un règne qui n’aura jamais de fin.

III. C’est pour Jésus-Christ que toutes les choses ont été faites . Dieu n’a créé les hommes que pour que Son Fils eût des sujets sur lesquels il exerçât un empire éternel. Ô mon âme ! Ton Seigneur qui est homme comme moi est véritablement ton Dieu, ce Dieu souverain que tu dois adorer, ce Dieu puissant de qui dépendent ton être et ton salut. Il n’a pas crut que ce fût une usurpation de se dire égal à Dieu son Père. Dieu n’a dit d’aucun ange ce qu’il dit de lui : « Asseyez-vous à ma droite ; vous êtes mon Fils que j’ai engendré au jour de mon éternité ». Ô Jésus, si vous n’étiez que Dieu, je tremblerais et craindrais d’être accablé du poids de votre souveraine grandeur ; mais Vous êtes Homme-Dieu, en même temps égal à Dieu et semblable à moi. Ah ! Cette adorable égalité et cette merveilleuse ressemblance m’engagent à mettre en vous une confiance sans bornes.

IV. Jésus-Christ, uni à la nature divine, a été revêtu comme Homme du souverain pouvoir de Dieu sur toutes les créatures, Il est devenu héritier de toutes ses richesses ; le souverain des anges et des hommes, le juge des vivants et des morts. C’est par la main de Jésus-Christ que Dieu exerce sa toute-puissance, c’est par sa bouche qu’Il pardonne ce qu’Il condamne ; de Lui seul dépend notre éternelle destinée. Notre juge est notre Sauveur et notre Frère ; qu’il est facile aux plus grands pécheurs de le fléchir et d’en obtenir un arrêt de Miséricorde, puisque sa plus grande gloire consiste à pardonner, puisqu’il n’a répandu son Sang que pour effacer les péchés du monde.

V. Quoique Jésus-Christ soit égal à Dieu, Il n’en dépend pas moins de lui dans une partie de son être ; Il n’a pas été dispensé de la servitude commune : aussi lui a-t-il été obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la Croix. Obéissance véritablement glorieuse à Dieu, et infiniment plus glorieuse que ne le serait l’obéissance de toutes les créatures ensemble, puisque c’est l’obéissance d’un Homme-Dieu égal à Dieu ; obéissance qui nous est infiniment précieuse, et dont il dépend de nous de recueillir les mérites, puisque c’est comme chef du genre humain et au nom de tous les hommes qu’Il à obéi à Dieu son Père ; obéissance qui nous est imputée, si nous nous soumettons avec Jésus-Christ au souverain empire de Dieu et si nous mourons au péché, comme Il est mort pour expier nos péchés.

VI. Qu’il est étonnant, le mystère d’un Dieu fait homme ! Que les richesses qu’il procure à la nature sont merveilleuses ! l’homme y est parfaitement assujetti au souverain domaine d’un Dieu, et lui fait un digne sacrifice de lui-même, et Dieu élève l’homme jusqu’à Lui, en lui communiquant Sa Divinité même. Ô homme ! Apprends par la soumission et les anéantissements de Jésus-Christ, que le souverain domaine de Dieu est inaliénable ; mais que si tu te soumets à Lui, Il t’élève jusqu’à Lui, et qu’étant membres d’un corps dont Jésus-Christ est le chef, tu deviens participant de la nature divine, et tu entres en société des mérites de son Fils. Mon âme, soumets-toi au Seigneur, Il te pardonnera tes péchés, Il te sauvera, Il te recevra dans le sein de Sa gloire, en vue des mérites de Son Fils qui t’appartiennent.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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20 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Vingt-et-unième jour

Quelle doit être notre confiance en Dieu si nous considérons le don qu’Il a fait au monde de Son propre Fils

 

I. Dieu a tellement aimé le monde qu’il n’a pas fait difficulté de lui donner son propre Fils. Et quel monde ? Un monde ennemi de Dieu, un monde que ses péchés rendaient abominable à sa sainteté divine. Il a envoyé son propre Fils pour sauver ce monde rempli de pécheurs, pour se charger Lui-même de tant de péchés, et les expier, comme si tout seul Il les eût tout commis. qu’avons-nous à craindre de la colère de Dieu, après qu’il a voulu l’éteindre Lui-même dans le Sang de son propre Fils ? Si nous détestons nos péchés, si nous en faisons pénitence, qu’avons-nous à craindre d’eux, après que Jésus-Christ Lui-même a bien voulu les expier, et daigner au défaut de nos propres mérites, nous appliquer les mérites de Son Sang Précieux ?

II. Dieu a voulu que Son Fils se fit homme pour avoir une raison en lui d’aimer tous les hommes, qui en eux-mêmes n’ont rien d’aimable à ses yeux. Il aime Jésus-Chris son Fils unique ; Il l’aime profondément, Il l’aime uniquement ; et parce qu’Il est le chef du genre humain, et le premier-né d’entre les hommes, Il n’aime les hommes qu’en Lui et pour l’amour de Lui : ainsi Dieu nous aime du même amour dont Il aime son Fils, du même amour dont Il s’aime Lui-même. Tandis que nous serons unis à Jésus-Christ, comme de faibles membres sont unis à leur chef, Dieu aura pitié de nous, Il nous aimera, sinon pour nous mêmes, qui sommes si misérables, du moins en faveur de son Fils bien-aimé, qui nous fait part de ses mérites.

III. Dieu a voulu que son Fils unique devint le Sauveur du monde, pour avoir une raison de pardonner aux hommes et de les réconcilier avec Lui. Un pécheur pénitent est couvert du Sang de Jésus-Chris, il est environné de ses mérites, il est sous la sauvegarde de sa Croix. Dieu, voudra-t-il perdre ceux que Jésus-Christ a sauvés, et leur refuser une Miséricorde qui a coûté si cher à Son Fils bien-aimé ?

IV. Dieu a tellement aimé les hommes, que pour les retirer de l’abîme ou le péché les avait plongés, il a voulu que la plénitude de sa divinité en Jésus-Christ, Homme et Dieu tout ensemble ; ce Dieu si jaloux de sa gloire l’a voulu ainsi, afin que les hommes pécheurs puissent avoir en Jésus-Christ un médiateur et un Sauveur digne de Lui, afin que ce Divin Sauveur devînt le principe du Salut de tous les hommes, la source de leur sainteté, et le fondement de toutes leurs espérances.

V. Dieu ayant donné son Fils au monde, a paru l’oublier, pour n’aimer en Lui que les hommes, et ne s’occuper que de l’intérêt de leur salut ; pour les sauver de la mort éternelle, Il a porté contre Lui, dès sa naissance, un arrêt de mort ; Il a voulu que sa vie se passât à les instruire, à leur donner et les leçons et les exemples de toutes les vertus ; Il a voulu que pour gagner les hommes, et les affranchir de l’esclavage du péché, Il fût dans tout le cours de sa vie, et leur maître, et leur modèle, et leur serviteur. Jette-toi, mon âme comme la pécheresse Madeleine, aux pieds de ton Sauveur ; ne crains pas de te jeter entre ses bras, ni, à l’exemple de son Disciple bien-aimé, de te reposer sur son sein. Il n’a pas dans le séjour de sa gloire moins de Miséricorde et de bonté qu’Il n’en a montré sur la terre.

VI. Dieu ne s’est pas contenté de donner son Fils au monde, ni de lui ordonner d’employer toute sa vie à l’oeuvre de son salut ; Il l’a encore condamné à la mort pour procurer aux hommes la vie éternelle. Il l’a arrachée de son sein pour le livrer aux bourreaux ; Il a voulu qu’Il consommât son sacrifice sur l’autel de la Croix, qu’Il devînt une victime d’expiation pour nos péchés. Son Fils réduit à une agonie mortelle, lui demanda grâce pour Lui-même, et Il ne l’obtint pas. Il semble que Dieu nous ait plus aimés que Lui. Et nous aimera-t-il moins au moment où il s’agit de recueillir les précieux fruits du Sacrifice qu’Il lui a offert pour notre salut ?

VII. Jésus-Christ ayant acquis par son obéissance jusqu’à la mort de la croix des mérites infinis, Dieu son Père, à qui Il a offert pour nous le sacrifice de sa vie, nous a incorporés en Lui ; Il l’a rendu notre chef, afin qu’étant les membres de son Fils unique, nous puissions devenir en Lui et par Lui ses enfants. Par là nous sommes devenus les frères et les héritiers de Jésus-Christ. Nous avons part à ses mérites et à toutes ses richesses. Je suis misérable de mes fonds ; mais je suis riche de Jésus-Christ. Ses larmes, ses prières, ses souffrances, tous ses mérites sont à moi. Ô admirable invention de la bonté divine ! Ne pouvant faire que nous fussions tous des Dieux, elle a fait un Homme-Dieu, pour nous rendre participants des richesses de la divinité ; et Dieu, comme dit Saint Paul, en nous donnant son Fils, ne nous a-t-il pas donné toutes choses avec Lui ?

VIII. C’est le baptême et la Foi en Jésus-Christ qui nous unissent à Dieu et nous rendent ses enfants ; ce sont les Sacrement qui nous incorporent à Son Fils bien-aimé. Ô mon âme ! Puisque j’ai le bonheur d’avoir été appelé à la Foi, d’avoir été baptisé dans le Sang de Jésus-Christ ; puisque je lui appartiens et que je suis associé à ses mérites, je puis dire avec confiance que tout est à moi, que malgré mon indignité je mérite tout, qu’en Jésus-Christ et par Jésus-Christ j’obtiendrais toutes choses. Ah ! Mon Dieu, qui me donnera un million de coeurs pour vous aimer comme Vous le méritez !

IX. Ô mon Dieu ! Ô Père très aimable et très miséricordieux ! Qui me donnera un million de coeurs pour Vous rendre une partie de l’amour que Vous m’avez porté en me donnant Votre Fils ? Vous avez voulu qu’Il consacrât toute sa vie au salut des hommes. Durant tout le cours de sa vie, Il s’est moins montré leur maître que leur serviteur. Il les recherchait, Il les prévenait, Il les guérissait de leurs maladies, Il multipliait les pains pour les nourrir, Il leur lavait les pieds, Il les instruisait, Il est mort pour eux, pour eux Il s’est ressuscité et s’est élevé dans les cieux pour y préparer leurs places. Il ne les oublie pas dans le lieu de leur exil, Il leur prodigue Son Sang et Ses mérites infinis qu’Il a mis comme en dépôt dans Ses Sacrements. Ô prodige de Miséricorde et d’amour ! Les paroles me manquent, mes pensées se confondent, mon esprit demeure interdit. Ô amour ! Ô bonté ! c’est tout ce que je puis dire : tant que je vivrai, je ne cesserai d’espérer en vous.

X. Oui j’espérerai dans la Miséricorde de mon Sauveur, quand même j’aurai déjà un pied dans l’enfer. Si Dieu avait voulu me perdre m’aurait-il incorporé à son Fils ? m’aurait-il ordonné l’usage des Sacrements dont la vertu est de me transformer en Son Fils ? En me réprouvant, il réprouverait Son propre Fils ; en me perdant, Il anéantirait sa rédemption et le plus grand ouvrage de Sa Miséricorde. Non, je ne craindrai rien, tandis que je croirai en Lui, que je mettrai ma confiance en Lui, que je me tiendrai attaché à sa Croix. Non rien ne me séparera de la Charité de Jésus-Christ.

XI. Si Dieu ne nous sauve pas pour l’amour de nous qui ne méritons que les rigueurs de sa justice, Il nous sauvera pour l’amour de Son Fils qui a porté la peine de nos péchés ; Il doit une récompense à l’obéissance qu’Il lui a rendue : or cette récompense est le salut de ceux qui croient en Lui : c’est tout ce qu’Il demandait, lorsqu’il Lui offrait Son Sang et Sa Vie. Dieu ne peut nous perdre sans ruiner l’héritage que Son Fils a acquis de Son Sang, sans affaiblir la vertu de Sa Croix, sans arracher de Son Corps adorable des membres qu’Il s’est incorporé. Non, notre divin Sauveur ne peut condamner les pécheurs sans faire violence à Sa Miséricorde ; c’est un malheureux père contraint de souscrire la condamnation de son fils. Ô bonté qui m’avez donné un si bon sauveur, j’espère que Vous me le conserverez, et que vous ne permettez pas que j’en sois séparé.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

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19 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Vingtième jour

La dignité de notre âme doit nous exciter à la confiance

 

I. Considère, mon âme, la noblesse de ton origine, et conçois des sentiments qui en soient dignes. Tu es sortie du sein de Dieu ; il est ton Père et il veut que nous l’invoquions sous ce tendre nom : « Notre Père, qui êtes aux Cieux ». Or un père peut-il oublier son enfant ? Dieu nous porte dans ses entrailles, comme la plus tendre des mères ; lui-même nous assurez que s’il y avait un monde une mère assez dénaturée pour désavouer et négliger le fruit de ses entrailles, il n’est pas capable de cette insensibilité à notre égard. Quelque misérable que mes péchés m’aient rendu, il me reconnaîtra toujours pour son ouvrage et son enfant ; il découvrira toujours en moi l’image de sa divinité, et sera toujours porté à lui rendre sa beauté originelle, et à la rétablir dans les droits dont le péché l’a fait déchoir.

II. Quoique la pure bonté de Dieu soit le motif de l’amour qu’il nous porte, on peut dire qu’en nous aimant, il s’aime lui-même, que son amour pour nous n’est qu’un écoulement de l’amour qu’il a pour lui-même : nos âmes qu’il a faites à son image, sont pour ainsi dire, des portions de sa divinité : lui touchant de si près, comment ne nous aimerait-il pas ?

Le péché, il est vrai, défigure en nos âmes sa ressemblance ; mais la pénitence, sanctifiée par le Sang de Jésus-Christ, en retrace les traits effacés. Nos âmes embellies par la grâce du Sauveur du monde, sont des temples où Dieu daigne établir sa demeure, où il dit lui-même qu’il fait ses délices de converser avec nous ; ce sont de vénérables sanctuaires où habitent le Saint Esprit. Nos corps eux-mêmes sanctifiés par la sainte humanité de Jésus-Chris, et consacrés par la société qu’ils ont avec nos âmes sont des vases dédiés à la Majesté de Dieu ; on ne peut les profaner que par d’horribles sacrilèges, et Dieu, dit Saint Paul, en perdra les profanateurs.

III. Oui, sans doute, quelque indignes que nous soyons, Dieu fait grande estime de nous. Ce fut dans un conseil ineffable de trois personnes divines que nous corps furent formés et animés par le souffle divin. Faisons l’homme, dit le Seigneur, à notre image : après avoir créé le monde matériel, il voulu renfermer dans l’homme un abrégé de toutes ses merveilles. Et ce Dieu si bon voulait-il détruire et perdre ce qu’il a paru créer avec tant de complaisance ? Voit-on des mères qui jettent leurs enfants au feu ou bien qui les déchirent ? Pourquoi te troubles-tu, mon âme, à la vue de tes péchés et dans l’attente du jugement de Dieu ; quelque énormes, quelques nombreux qu’ils soient, rassure-toi, si tu les déteste sincèrement ; tu n’as à craindre que de manquer de confiance dans la Miséricorde Divine ; ton Juge est ton Dieu, ton Créateur, ton Père ; il ne veut pas perdre son ouvrage, il ne veut pas jeter au feu son enfant ; il désire plus ton salut que tu ne le désires toi-même.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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18 avril 2018

Le Mois de la Passion

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ou la Science du Crucifix

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Dix-neuvième jour

Nos péchés mêmes contribuent à exciter notre confiance

 

I. Mon âme, déteste tes péchés, comme les plus grands maux du monde ; mais n’en sois pas effrayée : ce sont des monstres qui n’ont plus de dents ; la Miséricorde Divine les a désarmés : elle les fera servir à ton bonheur et à ton triomphe. s’il est glorieux à Dieu de pardonner et d’user de Miséricorde, les péchés tournent à sa gloire ; ils sont pendant ta vie la source d’une sainte pénitence ; à ta mort ils feront éclater la Miséricorde de ton Sauveur, comme les péchés d’un voleur pénitent la firent éclater sur la Croix.

II. Les larmes que versait Saint Pierre étaient aussi précieuse que le péché qui faisaient couler était affreux. Rien de plus honteux que les désordres de Madeleine, et rien de plus agréable à Jésus-Chris que la pénitence qu’ils excitèrent, que les larmes qu’ils firent répandre. Ô bonté admirable de Dieu ! Ce qui devrait nous perdre, ce qui nous attirait sa haine et sa malédiction, elle le fait servir à nous sauver, et à nous attirer à son amour et à ses grâces. Il n’appartient qu’aux grands médecins de changer le poison en bons remèdes ; il n’appartient qu’à Dieu de tirer la gloire du milieu de la honte, d’extraire la douceur de l’amertume même, et de faire sortir la lumière du sein des ténèbres les plus épaisses.

III. Si notre premier père n’avait pas péché, le Fils de Dieu ne se serait pas fait homme pour sauver le genre humain. Heureuse faute qui a procuré tant de gloire à Dieu et aux hommes une si grande abondance de Miséricorde ! Heureux aussi tous les péchés, les péchés les plus détestables, quand ils sont amèrement pleurés et lavés dans le Sang de l’Agneau ! Un pécheur pénitent est plus cher et plus agréable à Dieu par son humble pénitence qu’il ne lui était odieux pour tous ses péchés. Ô mon âme, que tu dois d’amour à ton Dieu, que tu lui dois de confiance de vouloir tirer sa gloire des injures que tu lui as faites, et d’employer à ton Salut les péchés qui doivent d’attirer sa colère et t’entraîner dans l’enfer !

IV. Ah ! Que toutes les étoiles du firmament soient autant de langues, pour annoncer les Miséricordes de Dieu ans tous les siècles ; que les Anges se joignent à moi, et suppléent à ma faiblesse, pour m’aider à rendre grâce à Son infinie Bonté qui a désarmé Sa Justice, qui en mettant mes péchés sous mes pieds les fait servir à mon élévation.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

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17 avril 2018

Le Mois de la Passion

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ou la Science du Crucifix

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Dix-huitième jour

Combien la Miséricorde de Dieu envers les pécheurs doit exciter notre confiance au moment de la mort

 

I. Celui entre les mains de qui nous remettons, en mourant, notre esprit, est un Dieu dont la Miséricorde infinie a commencé son cours dès l’origine du monde, et ne l’a jamais interrompu. Dès lors le genre humain comblé de ses grâces et de ses faveurs l’a offensé, et il a eu pitié du genre humain : les hommes ont continué de l’outrager, et il n’a cessé de leur faire du bien ; les attendant à pénitence avec une patience invincible, il conserve toute leur vie, il ordonne au soleil de se lever pour les éclairer, au Ciel et à la terre de les combler de biens, afin que, s’ils périssent, leur perte ne puisse être imputée qu’à eux-mêmes et à leur impénitence volontaire. Aussi est-il dit de Dieu qu’il est riche en Miséricorde et généreux à pardonner, non un péché, mais des péchés sans nombre ; non les péchés d’un peuple, mais les péchés de toutes les nations ; non pour un tempos, mais pour tous les siècles. Ô mon âme, tu n’as à craindre que ton impénitence, et non pas la colère d’un Dieu qui est porté à te pardonner, et qui est infiniment plus miséricordieux que tu n’es pécheresse.

II. Telle est la bonté de Dieu pour les plus grands pécheurs, tandis qu’ils sont sur la terre, qu’il paraît négliger Sa souveraine Majesté, et oublier en faveur de Sa Miséricorde, les droits de Sa Justice ; Il semble rechercher toutes les occasions de leur pardonner : attraits de la grâce, remords de la conscience, invitations, menaces, afflictions, il emploie tout pour les toucher et les convertir, et s’il parvient à gagner leur coeur, il s’en fait une sorte de triomphe. Je vous assure, dit le Sauveur du monde, que les Anges de Dieu se réjouiront lorsqu’un pécheur fera pénitence. Un pécheur est une brebis perdue, que Jésus-Christ, comme un bon Pasteur, recherche jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée, en faveur de laquelle il paraît négliger le soin de tout son troupeau. Un pécheur converti est un enfant prodigue, que Dieu, le meilleur de tous les pères, reçoit avec la plus grande bonté, qu’il comble de biens, sans conserver aucun souvenir de son ingratitude et de ses désordres.

III. Quand Dieu menace les pécheurs, ce n’est pas pour les perdre ; c’est pour les convertir : le plus grand pécheur peut et doit espérer dans Ses Miséricordes, tandis qu’il a un souffle de vie. Jonas connaissait bien le coeur de Dieu, lorsqu’il refusa d’aller à Ninive lui annoncer sa ruine prochaine ; il ne doutait pas que si cette ville abominable faisait pénitence, Dieu ne lui devint propice, et ne révoquât l’arrêt qui la condamnait à une ruine entière. Les menaces et la colère de Dieu sont toujours accompagnées de Miséricordes en faveur des pécheurs contrits et humiliés.

IV. Durant le cours de ma vie criminelle, mon Dieu que j’outrageais indignement me supportais avec patience ; il attendait le retour de son enfant prodigue : loin de me rejeter, il m’a reçu avec bonté quand je suis revenu à lui ; il m’a rétabli dans tous les droits de ses enfants ; mille fois je l’ai offensé, mille fois il m’a pardonné ; il a épargné l’ouvrage de ses mains ; il m’a gardé jusque dans mes désordres, comme la prunelle de ses yeux : ses bontés passées sont un gage assuré de celles que je dois espérer au moment de ma mort : mon plus grand crime en ce moment serait de ne pas espérer en Lui. Non, il ne veut pas que je périsse, ni qu’avec moi périsse le fruit de tant de Miséricordes dont il m’a comblé dans le cours de ma vie.

V. C’est Dieu qui inspire aux mères et aux nourrices tant d’amour et de tendresse pour les petits enfants qu’elles allaitent ; c’est lui qui donne aux pères un coeur si bon pour leurs enfants, qu’on les voir sa sacrifier pour eux, et les aimer malgré les ingratitudes les plus noires et les plus honteux désordres. Que la source de tant de bonté doit être abondante ! qu’il doit être bon et miséricordieux, le coeur qui communique tant de bienfaisance à tant de millions de coeurs ! Celui que fait tous les yeux, sera-t-il aveugle ? Celui qui forme les oreilles, sera-t-il sourd ? Et celui qui forme le coeur des pères et des mères, n’aura-t-il pas l’amour de pères et de mères pour tout ce qu’il à mis au monde ?

VI. Pour le pas succomber sous le poids de nos iniquités, et pour exciter notre confiance dans les Miséricordes du Seigneur, considérons la multitude d’âmes pénitentes qui ont été dans tous les siècles d’illustres monuments de la Miséricorde Divine. La main de Dieu s’appesantissait sur le peuple des infidèles, qui, inconstant, quittait les voies de l’iniquité, pleurait et gémissait et Dieu lui faisait grâce ; ils retombaient puis tendaient les bras et Dieu les relevait ; il retombaient derechef, puis revenaient à eux et Dieu leur pardonnait après tant de rechutes et d’infidélité. Quelle bonté ! Quelle Miséricorde ! Quelle patience invincible ! l’arrêt de Ninive est prononcé ; elle fait pénitence : il est révoqué. Qu’il est beau de voir David, ce roi adultère et homicide, avouer son péché, le détester et obtenir Miséricorde ! Qu’il est beau de voir le roi Manassès tremper ses chaînes de ses larmes, et ces majestés abattues aux pieds de Dieu, triompher hautement de sa justice, et lui lier les mains, pour ainsi dire, au moment de ses plus éclatantes vengeances ! Mais ces insignes pécheurs étaient-ils assurés du pardon de leurs crimes ? Dieu n’a-t-il pas souvent dit qu’au jour et au moment que le pécheur renoncera à ses péchés et retournera à lui, ses péchés seraient jetés dans la mer, et ensevelis dans un éternel oubli ? Le plus grand pécheur peut-il être en doute de la Miséricorde de son Dieu et de sa disposition à le recevoir avec bonté, s’il considère la force des paroles qu’il adressait à son peuple infidèle pour le convertir ? Un mari disait-il, ne reçoit jamais une femme adultère ; ces sortes de plaies ne se ferment point ; et moi j’ai tout un autre coeur pour vous. Que vous m’ayez manqué de Foi, que vous ayez suivi des amants étrangers avec opprobre de mon nom, quelque jaloux que soit mon coeur, et il n’en est pas de plus jaloux ; si vous revenez à moi de bon coeur, je vous recevrai, et nous vivrons ensemble comme auparavant. Comment un pécheur, en méditant ces tendres promesses, ne se convertit-il pas ? Et comment un pécheur converti peut-il redouter la colère de son Dieu ?

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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16 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Dix-septième jour

De la bonté de Dieu en général pour nous exciter à la confiance

 

I. Pour accoutumer nos yeux à la lumière, et de crainte qu’ils ne soient éblouis en fixant tout à coup l’élégante Charité de Dieu qui a paru sur la Croix, tournons nos regards vers des objets qui soient plus à notre portée, et dont l’éclat soit plus tempéré ; considérons la Miséricorde et la bonté de Dieu en général : puis nous élèverons les yeux sur la Croix pour y contempler le soleil d’amour dans tout l’éclat de sa lumière dans l’excès de son ardeur.

II. Rentre en toi-même, ô mon âme, sonde les replis de ton coeur. Si tu te sentais coupable de quelque péché secret, ne les détesterais-tu pas ? N’en ferais-tu pas l’aveu sincère aux ministres que Jésus-Christ a établis pour t’absoudre ? Pour l’expier et l’effacer, épargnerais-tu tes regrets et tes larmes ? Non sans doute. Si ta conscience ne te reproche ni d’attache criminelle à laquelle tu n’aies renoncé en vue de ton salut, ni de haine secrète de ton prochain que tu n’aies étouffée, ni d’injustice que tu n’aies réparée ; si elle répond que tu aimes ton Dieu, que tu aimes ton prochain ; sois tranquille : ne redoute ni la mort, ni les jugements de Dieu ; Il ne peut te juger que dans Sa Miséricorde ; Il veut te sauver, puisqu’il t’inspire Lui-même des sentiments de pénitence et qu’Il t’accorde le secours de Ses Sacrements, qui sont les sources de Sa grâce. Les péchés sont moins la cause de damnation que la défiance qui fait mourir les pécheurs dans l’impénitence.

III. Quelques péchés que nous ayons eu le malheur de commettre dans le cours de notre vie, si, pour les effacer, nous avons mêlé nos larmes au Sang de l’Agneau, qui coule dans nos âmes par les Sacrements, ne nous figurons pas que nous allons paraître devant Dieu souillé de ces péchés : ils sont effacés, il n’en reste pas de vertige ; nous sommes revêtus de Jésus-Christ et enrichis de ses mérites. Mourir dans les Sacrements, c’est mourir dans le Sang de Jésus-Christ, et personne ne peut faire naufrage dans ce bain salutaire, à moins qu’il ne s’y plonge avec la perfidie de Judas ou l’impiété des hébreux déicides.

IV. Ne crains pas, mon âme, d’être traînée devant le tribunal de la Justice Divine : ta pénitence sanctifiée par les mérites de ton Sauveur, ayant couvert la multitude de tes péchés, la Justice de Dieu s’est changée pour toi en Miséricorde. Dieu te regarde comme un esclave dont le sont Fils, aux dépens de sa vie, a acheté la liberté, comme une conquête qu’Il a arrachée à l’enfer : ton salut intéresse sa propre gloire. Ne crains rien, Il a répandu sa colère loin de toi sur des peuples rebelles et sur des âmes qu’Il n’a pas attendues à pénitence, ou qui s’obstinent à mourir dans leurs péchés.

V. Dieu est juste, Il n’est que bonté et Miséricorde. Pleurons les péchés où notre faiblesse, et peut-être notre malice nous a entraînés ; renonçons au monde, qui nous est étranger, renonçons à tout ce qui déplaît à Dieu, nous n’aurons rien à craindre de la Justice Divine, qui n’exerce ses rigueurs que contre ceux qui sont obstinément rebelles à sa grâce ; nous lèverons tous les obstacles qui arrêtaient le cours de son infinie bonté ; et notre âme, que nous remettrons entre ses mains au sortir de la prison de son corps, passera dans le sein de Sa Miséricorde, et entrera dans la joie du Seigneur. Dieu n’est que Charité, que bonté et le propre de sa bonté est de se communiquer ; par un effet de cette bonté, il nous a communiqué son être en quelque sorte, lorsqu’il nous a tirés du néant ; par un effet de la même bonté, Il veut nous communiquer Son bonheur. Il est notre Père ; Il préfère que dans nos prières nous Lui donnions ce tendre nom redoutable de Souverain Seigneur ; et que ne fait pas un bon père pour le Salut et le bonheur e ses enfants, de ceux qui l’ont affligé par leur mauvaise conduite ?

VI. Dieu est si bon lorsqu’il proteste que la punition des pécheurs est un œuvre qui lui est comme étrangère, à laquelle il ne se porte qu’à regret, et que ses plus chers délices sont de faire du bien à tous les hommes ; Il imprime au coeur de ses saints la même inclination de bienfaisance et de Charité ; et n’avoue pour ses enfants que ceux qu’une Charité bienfaisante rend semblables à Lui. Dieu ne serait-il pas pour nous, quelque misérables que nous rendent nos péchés, ce qu’il nous ordonne d’être les uns pour les autres, bienfaisant, compatissant à nos misères, patient à supporter nos injures, disposé à nous pardonner et à nous rendre le bien pour le mal ? Serait-il moins miséricordieux que nous ne devons l’être ? Non, l’immense Charité dont il pénètre le coeur de ses Saints, n’est qu’un ruisseau qui coule de l’océan de Sa Miséricorde infinie. Ne croirions-nous pas notre salut en sûreté, s’il dépendait de la Charité de ces hommes apostoliques que Dieu emploie à la conversion des pécheurs ? Qu’avons-nous donc à craindre, si, morts au monde que nous allons quitter, la Foi nous découvre que notre Salut est entre les mains de Dieu même ?

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

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15 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Seizième jour

Le Crucifix nous enseigne à souffrir nos maux avec patience

 

I. Que disait Saint Paul aux chrétiens de son temps, pour adoucir leurs afflictions, et les animer à souffrir patiemment et constamment les persécutions ? c’est d’avoir toujours sous les yeux Jésus-Christ souffrant et mourant en croix, après n’avoir essuyé que des contradictions dans tout le cours de sa vie.

II. Jésus-Christ, chargé de nos misères et attaché à la croix, buvant le calice de Sa Passion, en a retenu pour Lui toute l’amertume. La pointe des clous et des épines dont Il a été percé, s’est émoussée, pour ainsi dire, en Lui ; les souffrances y ont perdu ce qu’elles avaient de plus amer ; et quand elles passent de Lui à nous, comme des eaux vives qui traversent une mine d’or, elles sont mêlées d’une onction secrète qui les nous les rend douces, consolantes et souvent même délicieuses.

III. Chrétiens qui souffrez, pour vous animer et vous consoler, jetez les yeux sur Jésus-Christ souffrant. Vous souffrez par nécessité, et Il a souffert par choix et par amour pour vous. Il a subi par ses souffrances la peine des péchés que vous avez commis ; ne devez-vous pas la subir avec Lui ? Le coupable doit-il être traité plus doucement que son innocente caution ? Il a souffert comme votre chef pour vous animer par son exemple ; Il a affronté volontairement les dangers et la mort, pour aplanir la rue carrière que tout homme est condamné à parcourir durant le cours de sa vie mortelle ; unissez par une soumission volontaire vos souffrances nécessaires à celles dont votre Sauveur s’est chargé par amour pour vous : c’est le seul moyen d’en adoucir l’amertume, de les sanctifier, et de les changer en semences immortelles d’un éternel bonheur.

IV. Si nous sommes affligés, dans ce monde ou par des revers de fortune, ou par l’indigence, ou par les maladies ; si nous sommes en butte à la haine, à la calomnie, aux plus injustes persécutions ; si, en voulant faire le bien, nous n’essuyons que des contradictions, nous ne recueillons que des peines qui nous semblent stériles ; qu’il nous est facile de trouver la consolation au pied de la Croix ! c’est ainsi, nous dit-elle, que votre Maître a été traité dans tout le cours de sa vie ; il a ouvert la carrière des souffrances ; pour l’aplanir et la sanctifier, il y a marché le premier et l’a arrosée de Son Sang ; quelle gloire de marcher sur ses traces ! Quel bonheur de Lui ressembler dans les traits de sa vie qui l’ont rendu votre Sauveur, et l’ont élevé au-dessus de toutes les créatures dans un rang égal à la souveraine puissance de Dieu même 

V. En quoi consiste, selon la doctrine de Saint Paul, le mystère de la prédestination des chrétiens ? Dans leur ressemblance avec Jésus-Christ ; de même que pour la perfection d’un corps il doit régner un certain ordre de conformité entre le chef et ses membres. C’est pour cela que le même Apôtre nous assure que quiconque veut vivre dans la piété, sur le modèle de Jésus-Christ souffrira persécution ; que si nous sommes ses frères et cohéritiers, c’est à condition que nous retracerons en nous l’image de sa vie crucifiée ; et que nous ne serons glorifiés avec Lui dans le Ciel qu’autant que nous aurons part sur la terre à ses souffrances.

VI. Nous plaindrions-nous du prix auquel on met notre bonheur ? Quelques tribulations que nous avons à supporter, dit Saint Paul, j’estime que les peines de cette vie ne méritent pas d’être comptées parmi quelque chose, en comparaison de la gloire future qui se manifestera un jour dans nos personnes. Dans cette vallée de misères, les souffrances sont inévitables, en quelque condition qu’on se trouve ; le plus grand nombre souffre sans consolation, sans mérite et sans espérance. Un chrétien fidèle ne soutient pas seulement ses peines et ses souffrances avec soumission, la croix de son Sauveur y répand une onction qui en adoucit l’amertume ; il y trouve un trésor qui doit être le prix d’une gloire et d’un bonheur éternel. Animé de la même foi que Saint Paul, au milieu des plus grandes tribulations, il est comblé de consolation et de joie ; et si cette joie, cette consolation ne sont pas toujours sensibles, la vertu de la Croix anime sa patience et soutient son courage.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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12 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Treizième jour

Des avantages que nous procure la Croix de Jésus-Christ pour aimer Dieu et en être aimés

 

I. Dieu aime Jésus-Christ d’un amour infini, c’est le même amour dont Il s’aime lui-même. Il l’aime parce qu’Il est son Fils unique, de même nature que Lui ; Il l’aime parce que comme homme Il a toujours été son serviteur fidèle, toujours soumis à Sa Volonté, et que sur la croix, Il a offert à sa Souveraine Majesté un sacrifice digne de Lui. C’est pour cela qu’Il l’a élevé au-dessus de toute créature ; qu’Il l’a fait dépositaire de sa toute-puissance et de toutes ses richesses ; qu’Il n’accorde rien au Ciel et sur la terre qu’en son nom ; que nous n’avons d’accès au Trône de Sa Miséricorde que par Sa Croix, et qu’il n’est pas d’autre nom que celui de Jésus auquel nous puissions être sauvés. Si Dieu a tant d’amour pour Son Fils, Il ne peut pas aimer tout ce qui lui appartient. Nous sommes à Jésus-Christ plus qu’à nous-mêmes, nous sommes la conquête de Son Sang ; nous sommes ses membres et une portion de sa sainte humanité. Dieu nous aime donc à proportion que la Croix nous unit à Son Fils. Ô Croix adorable, source inépuisable de Salut et de vie, je veux m’attacher à vous pour m’unir à mon Sauveur, je veux me baigner dans Son Sang et puiser dans Ses Plaies et dans son Coeur la Miséricorde et l’Amour de mon Dieu.

II. La divinité habite une lumière inaccessible, qu’aucun des hommes n’a vue et qu’aucun des hommes ne peut voir. Avant Jésus-Christ, les hommes charnels ne pouvant atteindre ni des yeux, ni de l’esprit à une majesté qui est également invisible et incompréhensible, ils se firent des dieux semblables à eux pour les adorer. Dieu dans Sa Miséricorde a envoyé sur la terre Son Fils unique, revêtu d’une forme humaine. Il a voulu qu’Il devint l’ouvrage visible du Dieu invisible, et que la plénitude de la divinité habitât en Lui substantiellement, ô prodige admirable ! Ô merveilleuse invention de la Charité de Dieu pour les hommes ! Désormais je puis adorer la créature sans crainte d’être idolâtre. Dans la personne de Jésus-Christ, c’est Dieu lui-même que j’adore : c’est Lui-même que j’aime, c’est à Lui que je me consacre et me dévoue. c’est dans Jésus-Christ que je dois chercher mon Dieu, c’est dans Lui que je dois l’aimer. Je suis en Mon Père, a-t-il dit Lui-même, et Mon Père est en Moi. Je suis aussi dans ceux que j’ai rachetés par l’impression de mon esprit, et ils sont en moi par la communication de mes mérites. Ô mon âme, quels avantages te procure la Croix de ton sauveur ! Aime Jésus crucifié et tu aimeras ton Créateur : aime le Fils qui t’a rachetée, et selon sa promesse tu seras aimée du Père qui t’a donné l’être.

III. Le Christianisme ne consiste, pas précisément à adorer un seul Dieu. Les Juifs l’adorent ; les Disciples de Mahomet l’adorent, et ils ne sont pas chrétiens. Il consiste à connaître et à adorer l’Homme-Dieu. La vie éternelle, dit Jésus-Christ à son Père, est de Vous connaître, Vous qui êtes le seul vrai Dieu, et Votre Fils unique Jésus-Christ que Vous avez envoyé. Or, de même que plus un homme est raisonnable, plus il est homme ; ainsi plus on aime Jésus-Christ, plus on est chrétien. Et comment peut-on l’aimer plus tendrement, qu’en le considérant attaché à la Croix pour notre salut ? De quoi se glorifiait le plus l’Apôtre Saint Paul ? C’est de ne savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié.

IV. Il ne suffit pas de connaître Jésus-Christ pour en obtenir la vie éternelle : les démons, les réprouvés le connaîtront éternellement, et n’en serons pas moins éternellement malheureux. Il ne suffit pas de l’aimer en paroles ; il faut l’aimer d’un amour qui nous rende semblables à Lui, qui nous transforme en Lui, qui imprime sur nos corps et ans nos âmes les sacrés caractères de Sa Croix. Il faut l’aimer comme les Apôtres qui étaient comblés de joie, lorsqu’ils avaient à souffrir pour la gloire de Son Nom, qui ne connaissaient de gloire que dans la part qu’ils avaient aux humiliations de Sa Croix. Il faut l’aimer comme Saint Paul, qui ne se glorifiait que du titre de serviteur de Jésus-Christ, et qui ne consolait de ses chaînes en se regardant comme son esclave.

V. L’Amour de Jésus-Christ est un moyen facile de devenir Saint en peu de temps. Il nous rend semblables à Lui. Par une vertu propre à l’amour il nous transforme en lui ; et la sainteté, comme la prédestination consiste à ressembler à Jésus-Christ. Aimons Jésus-Christ, et bientôt nous serons chastes, patients, charitables : car nos coeurs unis au Sien seront la source de toute sainteté. Ne demandons à Dieu que l’amour de Son Fils car avec Son Fils, dit Saint Paul, Il nous donnera infailliblement toutes choses. Que tout notre richesse soit notre crucifix ; durant la vie, pour en recevoir continuellement les influences du Précieux Sang et de l’amour de Jésus-Christ ; à la mort, pour exciter notre confiance, animer notre Foi, et nous faire remettre notre âme entre les mains de notre Sauveur.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

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11 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Douzième jour

Comment nous appartenons à Jésus-Christ

 

I. Jésus-Christ a bien le droit de dire, en considérant nos âmes, qu’Il a rachetées par sa mort : Voilà Mon Sang et Ma vie. Elles lui tiennent lieu du Sang qu’Il a répandu, et de la vie qu’Il a sacrifiée, comme un héritage tient à un acquéreur lieu de l’argent qu’il a donné pour l’acquérir. Mon âme est donc à Jésus-Christ, de même que Son Sang et Sa vie qui en est le prix, et si pour mes péchés j’ai le malheur de la perdre, ce n’est pas mon bien que je perds, c’est celui de Jésus-Christ, c’est Son Sang et Sa Vie, et je deviens véritablement complice de la mort de l’Homme-Dieu. Ah ! Quels reproches n’ai-je pas à craindre de sa part, si je refuse de vivre soumis à Sa Loi ! Malheureux, me dira-t-il, rends-moi le Sang que J’ai répandu pour toi : rends-Moi la vie que j’ai sacrifié pour ton Salut.

II. Les mauvais chrétiens, dit Saint Paul, qui par leurs péchés crucifient de nouveau Jésus-Christ en eux-mêmes, n’ont rien à se promettre pour le terrible Jugement de Dieu, et le supplice d’un feu vengeur ; je dis d’un feu jaloux de la gloire de Jésus-Christ qui sans jamais anéantir ses ennemis, les brûlera toujours. Un prévaricateur de la Loi de Moïse, continue le même Apôtre, étais mis à mort sans pitié et sans rémission. Quels châtiments sont donc réservés à un prévaricateur de la Loi de Jésus-Christ, à un Chrétien sacrilège, qui aura foulé aux pieds le Sang du Fils de Dieu, ce Sang Précieux et Divin, dont l’effusion a consommé l’alliance de Dieu avec les hommes ?

III. Dans une âme fidèle, qui vit dans la dépendance et l’amour de son Sauveur, Jésus-Christ règne comme dans un empire qu’Il a acquis au prix de Son Sang. Il y trouve en quelque sorte l’équivalent de la vie qu’Il a sacrifiée pour s’en assurer la possession. En me donnant à Lui, je lui rends le Sang qu’Il a répandu, je Lui rends la vie qu’Il a perdue pour moi. La gloire que je puis Lui rendre le dédommagera de ses opprobres et de ses souffrances ; Sa grâce qui régnera dans mon coeur le ressuscitera, le fera revivre en moi. Ce n’est que dans mon coeur qu’Il peut être victorieux de la mort qu’Il a bien voulu souffrir pour s’en assurer la possession. Il y vit, Il y règne avec toute la gloire qu’Il désire, s’il est à lui ; et s’il est asservi au péché, Jésus-Christ y est encore, mais dans un état de mort et d’humiliation, comme il était sur la Croix, puisque, selon la doctrine de Saint Paul, les Chrétiens qui pèchent, crucifient de nouveau le Fils de Dieu en eux-mêmes.

Ô mon âme, tandis qu’il t’est libre de servir Dieu ou le monde, tu as entre les mains la vie et la mort de ton Sauveur. Tu lui rends la vie qu’Il a donnée pour toi, si tu lui es fidèle ; si à son empire tu préfères l’empire du monde et du démon, tu deviens coupable de sa mort, et au dernier jour Il te redemandera le Sang qu’il aura inutilement répandu pour toi.

IV. Dépouillez-vous du vieil homme, dit Saint Paul, abandonnez en toutes choses sa manière de penser, d’agir, de parler, revêtez-vous de l’homme nouveau ; qu’il retrace en vous l’image de Dieu que le péché avait effacée. Le vieil homme, c’est Adam avec ses convoitises, c’est la chair avec ses concupiscences, c’est le monde avec son orgueil ; ce sont ces inclinations vicieuses que nous avons héritées d’un père criminel. L’homme nouveau, c’est le Fils de Dieu fait homme, la plus parfaite image de la Divinité ; c’est Jésus-Christ, qui s’étant chargé des iniquités du vieil homme, l’a attaché à sa croix pour l’y faire périr avec lui. Faisons-nous donc une idée de la vie chrétienne que nous professons d’après la doctrine de Saint Paul. Elle suppose la mort, le crucifiement et la sépulture du vieil homme, sur le modèle de la mort, du crucifiement et de la sépulture de Jésus-Christ, afin que le corps de péché soit détruit en nous, que nous ne soyons plus les membres du péché, mais les membres de Jésus-Christ qui est l’homme nouveau qui doit vivre en nous. Tandis que je respirerai, j’aurai à soutenir une guerre intestine entre le vieil homme et l’homme nouveau entre la chair et l’esprit, entre Jésus-Christ et le démon. C’est à moi de décider lequel des deux sera vainqueur et triomphant, mais je ne dois pas oublier qu’au triomphe de Jésus-Christ est attaché mon bonheur éternel, et mon malheur éternel au triomphe du démon.

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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10 avril 2018

Le Mois de la Passion

Le Mois de la Passion

ou la Science du Crucifix

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Onzième jour

Le Crucifix nous apprends que nous ne sommes plus à nous, mais à Jésus qui est mort pour nous

 

I. Jésus-Christ est mort pour nous afin d’acquérir le droit de régner sur nous. Vous n’êtes point à vous dit Saint Paul ; c’est à Jésus-Christ que vous appartenez ; Il vous a acheté à un grand prix : et quelle conquête est plus justement à Lui que celle qu’Il a payée de tout Son Sang ! j’étais un esclave malheureux, et Jésus-Christ m’a rendu la liberté en se rendant esclave en ma place. j’étais condamné à la mort, et Jésus-Christ, pour me sauver, a sacrifié Sa propre vie. Pour me gagner à Lui, Il a répandu Son Sang, et a triomphé sur la Croix de toutes les puissances qui me tenaient dans l’esclavage. Je lui ai trop coûté pour ne pas lui faire hommage de la liberté qu’Il m’a procurée, de la vie qu’Il m’a rendue, et pour n’être pas à Lui sans réserve.

II. Par la création j’étais assujetti au souverain pouvoir de Dieu, j’étais l’esclave du Créateur. Par le péché j’ai été assujetti au pouvoir du démon ; je suis devenu son esclave. Par la rédemption je suis devenu l’esclave de Jésus-Christ. Glorieux esclavage, qui a détruit celui du démon et ennobli celui du Créateur ! j’appartiens à Jésus-Christ et comme son ouvrage et sa conquête. Sa toute-puissance qui m’a tiré du néant, et Sa Charité qui m’a tiré de l’esclavage du péché et de l’abîme de l’enfer, ont sur moi des droits inaliénables. Ô mon âme ! qu’il est doux, l’esclavage qui te soumet à ton Créateur et à ton Sauveur ! Qu’ils sont précieux, les liens qui, pour t’enchaîner, ont été formés par la puissance et la Miséricorde Divine ! Et que tu serais malheureuse, si tu osais les rompre et te soustraire au souverain empire de Jésus-Christ !

III. Les pécheurs, les plus grands ennemis de Jésus-Christ, ne peuvent se soustraire à son empire. Dieu l’a établi juge des vivants et des morts. Parce qu’Il s’est humilié, dit Saint Paul, en se rendant obéissant jusqu’à accepter la mort et la mort de la Croix, Dieu l’a exalté au dessus de tous les hommes, et Lui a donné un Nom qui est au-dessus de tout les noms créés, afin qu’au Nom de Jésus, toute créature fléchisse le genou dans le Ciel, sur la terre et dans les enfers. La Croix de Jésus-Christ lui a donc donné sur moi un droit inaliénable qu’Il exercera ou dans Sa Miséricorde ou dans Sa Justice. Si je refuse d’être l’esclave heureux de Son Amour, je deviendrais nécessairement l’esclave infortuné de Sa Justice. Dans le Ciel ou dans l’enfer, je serai soumis également à Son souverain pouvoir, et de Sa Croix découlera ou mon bonheur ou mon malheur éternel. Le Sang qu’Il a répandu pour moi, demandera à Dieu ou mon Salut, si je lui suis fidèle, ou si je ne m’attache pas à Lui, mon éternelle condamnation. Je ne puis ne pas lui appartenir : il est seulement à mon choix de vivre ou sous l’empire de Sa Miséricorde ou sous celui de Sa Justice.

IV. Je devrais appartenir à Jésus-Christ et m’attacher à Lui sans réserve par le seul titre de la reconnaissance. Il m’a sauvé de la mort et de la mort éternelle par le sacrifice de Sa propre vie. Que mon ingratitude serait monstrueuse, si je méprisais, si je trahissais, si j’outrageais un bienfaiteur si généreux. Mais je me dois à Lui un titre bien plus rigoureux : Il m’a acheté, Il a payé ma rançon de tout Son Sang ; je suis tout à Lui à titre de justice. Et comment pourrais-je me soustraire à son empire ? Où me cacherais-je pour me dérober à la justice de mon Sauveur, dont le pouvoir s’étend au Ciel et sur la terre, et entre les mains de qui Dieu a remis sa souveraine autorité sur les vivants.

V. Mon Père, disait Jésus-Christ, sur le point d’aller à la mort, Je Vous ai glorifié sur la terre, j’ai accompli l’oeuvre dont Vous M’aviez chargé, J’ai enseigné aux hommes ce que J’ai appris de Vous ; Je vais à la Croix pour les racheter et les réconcilier avec Vous au prix de Mon Sang : glorifiez-Moi à votre tour. Et quelle est la récompense que Jésus-Christ demandait à Son Père avec tant d’ardeur ? C’est que les hommes pour lesquels Il mourait puissent le connaître et le glorifier ; c’est qu’Il fût leur Roi comme Il est leur Sauveur, et que son empire sur toutes les créatures fût tellement étendu que personne ne pût obtenir la vie éternelle que par Lui. Dieu, dit Saint Paul, a exaucé les vœux de Son Fils unique à cause de sa piété respectueuse et de son obéissance parfaite à toutes ses volontés. Aussi Son Nom après avoir été le jouet des Gentils et le scandale des Juifs, est béni dans le Ciel, est adoré sur la terre, et est devenu redoutable à l’enfer, et il n’est pas sous le Ciel, comme l’a dit le Prince des Apôtres, d’autre nom donné aux hommes, par le pouvoir duquel ils puissent être sauvés. Il faut donc croire en Jésus-Christ, invoquer Son Nom, se soumettre et s’unir à Lui ou renoncer au Salut.

VI. Jésus-Christ a souffert ; Il a versé des larmes ; il a répandu Son Sang ; Il a sacrifié Sa vie pour que je puisse Lui appartenir, et que de l’empire du démon je puisse passer sous le Sien. Il est en mon pouvoir de le consoler dans ses douleurs, d’essuyer ses larmes, de Lui faire recueillir le fruit de Sa Passion, de le faire triompher de ses opprobres et de ses souffrances. Serais-je assez ingrat, assez ennemi de moi-même, pour ne pas me donner à Lui, pour préférer l’empire du monde et du démon à son empire ? Et comment serais-je assez insensé, pour ne pas me dévouer entièrement à Lui sachant que, quoi que je fasse, je ne puis me soustraire à son empire, que Sa Croix triomphera éternellement, ou dans le Ciel par la communication de son bonheur et de sa gloire, ou dans l’enfer par le rigueurs de Sa Justice ?

 

Texte extrait du Mois de la Passion ou la Science du Crucifix, aux Editions Saint Jean

 

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