08 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Neuvième jour

Dévotion à la Purification de la très Sainte Vierge

 

« En souvenir de cette fête, vous vous offrirez, avec la Mère et le Fils au Père Eternel, pour être entièrement dévouées à sa gloire » (Lettre du Père Lequien).

 

I. La très Sainte Vierge Marie daigna plusieurs fois mettre l‘Enfant Jésus entre les bras de sainte Catherine de Ricci ; cela lui arrivait surtout à la fête de la Purification. Dans ces occasions, la sainte ne se lassait pas de témoigner son amour à son Bien-Aimé, et ne l'aurait pas rendu, si la glorieuse Vierge ne le lui avait redemandé.

Le bienheureux Jourdain de Saxe vit un jour de la Purification la très Sainte Vierge qui, avec son divin Enfant, bénissait tous les religieux, pendant qu'ils chantaient à l'église l'office divin.

Le bienheureux Pierre de Ruffia obtint la plus belle récompense de ses travaux, la couronne du martyre, le jour de la Purification. Heureux d'unir son sacrifice à celui que Jésus offrit alors dans le temple de Jérusalem à Dieu son Père !

Un jour de la Purification, pendant que le Père de Montfort prêchant dans l'église des Dominicains de la Rochelle, parlait des grandeurs de Marie, son visage exténué devint tout d'un coup lumineux et rayonnant ; et ses meilleurs amis ne purent en ce moment le reconnaître qu'à la voix. C'était un indice de la gloire céleste qui devait bientôt récompenser ses vertus et ses travaux.

Au temps de la Purification de la Vierge, pour se préparer dévotement à la recevoir dans le Temple, le bienheureux Henri Suso choisissait les trois jours qui précédaient cette fête, et il honorait symboliquement la virginité, l'humilité, la maternité de Marie en faisant brûler un cierge à trois branches et en récitant chaque jour trois Magnificat. Le matin de la solennité, avant que le peuple vint à l'église, il allait se prosterner devant le maître-autel, et il y méditait les gloires de Marie jusqu'au moment où Elle vint apporter son cher Fils au Temple ; alors il se levait, et s'imaginant qu'Elle était arrivée à la porte de l'église, il appelait tous les amis de Dieu et allait avec eux jusqu'à la porte, et sur la place, au-devant de la très Sainte Vierge. Quand il l'avait trouvée, il la priait de vouloir bien s'arrêter un peu avec son cortège pour entendre le cantique que son cœur voulait lui chanter dans le silence de son âme, avec l'aide de tous ceux qui l‘aimaient, et il entonnait avec tendresse cet hymne spirituel : « Vous êtes pure, vous êtes chaste et sans tache, ô Marie ! Aussi vous êtes devenue la porte éblouissante du ciel. Recevez le pieux tribut de nos louanges, ô Vierge compatissante, qui seule avez conservé votre pureté ! » À ces dernières paroles, il baissait humblement la tête, et suppliait Marie d'avoir compassion de son cœur, si pauvre et si chargé de péchés ; puis il se levait, et, se dirigeant vers l'autel, il la suivait en tenant son cierge, dont il faisait brûler la clarté mystérieuse pour demander à Marie qu'elle ne laissât jamais éteindre dans son cœur la lumière de l'éternelle sagesse et la flamme du divin amour. Il s'adressait à tous les amis de Dieu, les engageant à chanter avec lui l'hymne « Adorna thalamum »... et à recevoir le Sauveur et sa Mère avec les sentiments les plus vifs d'amour et de louanges.

Arrivé à l'autel, au moment où Marie allait offrir son cher Fils au vieillard Siméon, il la suppliait, humblement prosterné à terre, les yeux et les mains levés au ciel, de lui montrer son enfant, de lui permettre d'embrasser ses pieds, ses mains, de le confier un instant. à son âme. Marie consentait, et Frère Henri, tout tremblant de joie et d'amour. prenait Jésus dans ses bras, le pressait sur son cœur, l'embrassait et l'embrassait encore, comme s'il l'eût réellement possédé ; il contemplait avec bonheur ses yeux éblouissants, son visage pur comme le lait, sa bouche ravissante, ses petites mains, son corps blanc comme la neige, ses membres enfantins et divinisés par quelque chose de céleste. Dans son ravissement et son extase, il était tout étonné et tout ému de voir le Créateur de toutes choses à la fois si grand et si petit, si beau et si sublime dans le ciel, si faible et si pauvre sur la terre.

C'était au milieu de ses chants, de ses pleurs, de ses actions de grâces qu'il rendait le divin enfant à Marie, et qu'il l'accompagnait au chœur et dans les cérémonies de la fête.

 

II. Vierge sainte et généreuse, je veux aujourd'hui, comme le bienheureux Henri, vous considérer, venant dans le temple de Jérusalem, offrir au Seigneur le plus complet des sacrifices. Il ne vous suffit pas de vous être consacrée à Lui dès votre enfance, et Lui avoir fait l'hommage de votre virginité ; le Seigneur vous a enrichie de dons nouveaux ; il faut que ces dons retournent à leur auteur. Qu'elle est grande et digne de Lui l'offrande que vous lui présentez le jour de votre Purification ! C'est Jésus, le Fils de votre amour dont vous faites une victime pour le salut de tous ; c'est votre pureté, plus éclatante que celle de tous nos Esprits célestes, que vous soumettez à une purification qui n'est pas ordonnée pour vous ; c'est votre maternité divine que vous voilez sous les dehors d'une maternité commune et ordinaire ; c'est votre très Saint Cœur que la parole de Siméon transperce comme d'un glaive…

Ô Marie, pourquoi donc tant de sacrifices, tant de renoncements? Ah ! Combien il faut que vous ayez d'amour pour le Seigneur, puisque c'est le zèle de sa gloire qui vous porte à Lui immoler ainsi tout ce que vous avez de charité pour les hommes ! Puisque c'est pour leur salut que vous offrez votre Jésus, et que vous joignez votre sacrifice à celui de ce Fils adorable. Ô la plus soumise des vierges, vous avez prévu toutes les suites de l'offrande que vous faisiez et rien n'a arrêté votre courage ; vous avez vu de loin le sanglant sommet du Golgotha, et dès cet instant, vous avez fait le sacrifice de Jésus ; la victime a été agréée, et la terre réconciliée avec le ciel.

O ma divine Mère ! Votre exemple enflamme mon courage, et m'anime d'une sainte ardeur. Donnez-moi votre générosité, et joignez mon sacrifice à celui que vous avez offert dans le temple de Jérusalem. Offrez-moi et immolez-moi avec votre Jésus au Seigneur. Immolez lui mon corps, et que le glaive de la chasteté le sépare de tout ce qui flatte les sens. Immolez lui ma volonté, et que le glaive de l'obéissance le pénètre jusqu'à la division de l'âme. Immolez lui mon cœur, et que le glaive de la mortification le fasse mourir à toutes les joies de la terre, à toute affection dont Dieu seul ne serait pas le principe et la fin. Ô Marie, le souvenir de votre charité excite la mienne, je veux, avec Jésus, avec vous, avec tous les saints travailler à la gloire du Seigneur, expier les péchés du monde, et correspondre à toutes les grâces que j'ai reçues de Dieu.

Vierge sainte, offrez aussi au Seigneur, comme des victimes choisies, tous les enfants de Saint Dominique ; embrasez-les de cette charité qui peut seule donner l'amour du sacrifice, et qu'après avoir glorifié Dieu sur la terre par leurs vertus, ils soient glorifiés en Lui et en Vous, pendant toute l'éternité. Amen.

 

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07 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Huitième jour

Dévotion à la Visitation de la Vierge

 

« Et d'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur daigne venir à moi ? » (Saint Luc, 1).

 

I. Il y a dans ce mystère trois personnes à considérer : Saint Jean, sa mère Élisabeth et la très Sainte Vierge. Saint Jean n'a pas encore vu le jour ; mais il tressaille et ne se possède plus en présence de Jésus-Christ. Ceci doit nous faire comprendre la grandeur du mystère et du bienfait de l'Incarnation. En effet, si l'Esprit Saint a permis qu'un enfant encore enfermé dans le sein de sa mère l'honorât d'une manière si merveilleuse, que ne doivent pas faire ceux qui sont arrivés à un âge plus parfait ?

Considérez, en second lieu, l'admiration et la joie de Sainte Élisabeth lorsque, par l'effet d'une lumière soudaine et surnaturelle, elle eut, pour ainsi dire, connaissance de toute l'économie de l'Evangile. Ici les paroles manquent, et tout ce que l'on peut faire, c'est d'admirer en silence les dons et les faveurs que le Seigneur, même en cette vie, prodigue à ses élus.

Mais, après avoir pénétré dans le cœur d'Élisabeth, tâchez de pénétrer aussi dans celui de Marie, et méditez les paroles qui sortirent alors de sa bouche. Que se passait-il en Vous, Vierge bienheureuse, quand vous prononciez ces magnifiques paroles : « Mon âme rend gloire au Seigneur, et mon esprit est ravi de joie dans le Dieu mon Sauveur ». (Saint Luc, 1, 4.6.) Quelles grandeurs ! quelles merveilles ! Hélas ! Ce n'est pas à nous, faibles créatures, de les approfondir ; contentons-nous de les admirer, de nous en réjouir et de les contempler avec étonnement Heureux mille fois les justes, si parfois ils sont ainsi visités et consolés » (Bienheureux Louis de Grenade).

Cette suprême consolation fut accordée au Bienheureux Ceslas. Un jour de fête de la Visitation, pendant qu'il s'occupait de ce mystère, la très Sainte Vierge lui apparut et lui annonça le moment précis de sa mort. Le bienheureux, transporté de joie, s'écria : « Oh ! Merci, merci, bonne Mère ! bientôt je pourrai donc vous voir sans fin, et suivre l'Agneau Jésus, que j'ai tant aimé ici-bas ! »

Le Vénérable Jean Naja, arrivé à Manille pour y prêcher l'Evangile, fut atteint d'une maladie de langueur qui le mit dans l'impossibilité de remplir les devoirs de son ministère. Il y avait une année que ce pénible état durait, lorsque, avec l'approbation de ses supérieurs, il promit, le jour de la Visitation, de consacrer sept années de sa vie à travailler sans relâche au salut des âmes, si la très Sainte Vierge lui obtenait la grâce de recouvrer la santé. Peu après avoir écrit ce vœu, il fut parfaitement guéri, et étudia avec tant d'ardeur la langue du pays qu'au bout de trois mois il pouvait prêcher et confesser. Il se mit donc à parcourir la province pour prêcher l'Évangile avec un grand zèle, et en ayant soin de toujours porter dans son bréviaire le papier sur lequel il avait écrit son vœu, afin de ne point oublier un instant la grâce reçue. Les sept années venaient de se terminer lorsqu'il devint malade à l'extrémité. Dans ce péril, il fit de nouveau le vœu à la très Sainte Vierge de consacrer encore quatre années à travailler à la faire connaître avec son divin Fils dans ce pays nouvellement converti, si la santé lui était rendue. La grâce demandée fut encore accordée, et il remplit avec la même fidélité que la première fois son nouvel engagement. Un jour qu'un incendie, qui semblait devoir prendre des proportions effrayantes, commençait à brûler à Abuatan, le Père Jean se mit à genoux devant les flammes, et commença pieusement à réciter son Rosaire. Dès qu'il fut arrivé au second mystère (la Visitation), le vent changea contre toute apparence, porta les flammes d'un côté où elles n'avaient point d'aliments, si bien qu'il n'y eut que trois maisons brûlées, ce que l'on considéra comme un grand miracle (Diarium Dom., 25. décembre).

Lorsque le pape Urbain VI, en 1395, eut décidé d'établir la fête de la Visitation pour obtenir par Marie la cessation du schisme qui alors désolait l'Église, il chargea le Bienheureux Raymond de Capoue de composer l'office de la nouvelle fête.

 

II. Vierge sainte, permettez que ma faible voix vous proclame aussi bienheureuse, vous bénisse et vous exalte ! Et qui plus que moi doit le faire ! Combien de fois en ma faveur n'avez-vous pas oublié votre élévation en me visitant par vos douces et maternelles inspirations ! De combien de faveurs ne m'avez-vous pas comblée ?... Ô la plus heureuse de toutes les femmes, glorifiez le Seigneur ! Glorifiez-le pour Vous et pour moi, qui ne le saurais faire dignement. Avec vous je dis de toutes mes forces : « Mon âme bénit le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur ».

Vierge bienheureuse, puisque le Très-Haut vous a rendue gardienne et dépositaire de tous ses trésors, dans cet instant où nous rappelons le souvenir du jour où vous avez daigné les répandre sur la maison de Zacharie, veuillez aussi descendre jusqu'à moi et me visiter, ainsi que tous les membres de la famille Dominicaine.

Nous avons de grandes obligations à remplir ; que par Vous nous y soyons fidèles. Donnez-nous de vivre comme Vous, abîmés en nous-mêmes, et d'y attendre, ainsi que Vous, les miséricordes du Seigneur. Abaissez un regard sur nous, et faites en nous de grandes choses. Que, comme Jean-Baptiste, nous soyons embrasés du plus pur et du plus ardent amour pour le fruit béni de vos entraillesn et qu'Il reçoive de nous les hommages et les louanges qui lui sont si justement dus ; que, comme Élisabeth, nous soyons pleins d'humilité et de reconnaissance pour les grâces reçues ; que l'amour du prochain qui a consumé votre cœur consume aussi le nôtre ; que l'esprit de pénitence et de sacrifice qui a conduit le saint précurseur au désert, nous accompagne tous les jours de notre vie.

Vierge sainte, visitez aussi l'Église ; faites-lui produire de ces âmes saintes et généreuses dont le zèle change en quelque sorte la face de la terre, et affronte tous les périls quand il s'agit de sauver les âmes.

Multipliez les fils de saint Dominique, et que par eux la sainte Église de votre Fils voie, comme autrefois, le salut se répandre sur tout l'univers. Amen.

 

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06 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Septième jour

Dévotion à la maternité divine de Marie

 

« Marie, en devenant Mère de Dieu, et a raison de cette union étroite avec un bien infini, reçut en quelque sorte une grâce infinie » (Saint Thomas d'Aquin).

« La dignité de Mère de Dieu vient immédiatement après celle de Dieu et en conséquence Marie ne peut être plus unie à Dieu qu'elle ne le fut, à moins de devenir Dieu elle-même ». (Saint Albert le Grand).

 

I. « De même que la femme est la mère de tout l'homme, composé de corps et d'âme, bien que l'âme vienne de Dieu seul ; ainsi, bien que Notre Dame n'ait pas produit la Divinité, elle est véritablement la Mère de Dieu fait homme, puisqu'en effet ce divin composé est le terme de sa génération ; et c'est cette maternité qui la relève infiniment plus que tout ce qu'elle possède de grâce et de gloire, comme étant d'une dignité infinie : on juge, dit Saint Albert le Grand, de l'excellence de l'arbre par l'excellence du fruit. Ayant, dit saint Thomas, pour son terme un être infini en perfection, elle l'est aussi en grandeur ; de sorte que la dignité incomparable de Mère de Dieu contient en éminence toutes les dignités des Anges et des hommes ; elle les fait disparaître par son éclat, comme le soleil cache par sa splendeur la clarté des étoiles ; il n'est point d'esprit créé qui la puisse comprendre; les plus sublimes intelligences sont frappées d'étonnement et saisies de frayeur à sa vue ; à peine osent elles l'envisager.

« La même maternité a été pour la Vierge une source de prérogatives incomparables, savoir : 1° d'avoir été conçue sans péché, et enrichie au premier instant de son Immaculée Conception de la plénitude de la grâce ; 2° d'avoir produit dans le temps le même Fils que le Père Éternel engendre dans l'Eternité ; de l'avoir produit sans rien perdre de sa pureté virginale, comme le Père Éternel ne perd rien de sa divinité ; 3° d'avoir eu un pouvoir légitime de commander au Maître absolu de toutes les créatures, puisque c'est un droit que la nature donne aux mères, droit auquel a bien voulu se soumettre Celui qui était venu pour accomplir la loi, et non pour la violer ; mais ce droit est si glorieux à Marie que saint Bernard ne sait s'il est plus digne d'admiration que l'obéissance de Jésus ; car, dit-il, qu'un Dieu obéisse à une femme, c'est une humilité sans exemple ; mais qu'une femme commande à un Dieu, c'est une élévation sans pareille ; 4° d'avoir été l'Êpouse du Saint Esprit d'une manière infiniment plus noble que les autres vierges, puisque les autres méritent à peine d'être alliées à ce divin Époux, quant à l'âme, tandis qu'elle l'a été quant au corps, et de la manière du monde la plus chaste ; d'ailleurs, l'alliance des autres avec le Saint Esprit ne sert qu'à produire des actions de vertu, et la sienne a produit d'une manière ineffable le Seigneur des vertus ; 5° d'avoir été comme l'achèvement et le couronnement de la très Sainte Trinité, car elle a produit le plus excellent fruit de sa fécondité au dehors, c'est-à-dire un Homme-Dieu ; elle lui a donné un sujet capable de lui rendre tout l'honneur qu'elle mérite, ce qui était impossible à toutes les créatures jointes ensemble ; elle l'a honorée elle-même d'un culte tout particulier ; 6° d'avoir été faite Reine et Dame de toutes les créatures en mettant au monde leur Roi et leur Seigneur » (Père Ducos, « Pasteur apostolique »).

Oh ! Que de raisons nous obligent à honorer la Mère de Dieu, et qu'elles sont puissantes ! Oh ! Si nous considérions ce qu'elle est, ce que nous lui devons et ce qu'elle peut faire pour nous, que nous aurions de vénération, d'amour et de reconnaissance pour Elle, et que notre confiance en son secours serait ferme et cordiale !

Car 1° Qu'est-ce que la Mère de Dieu ? C'est un firmament où toutes les vertus brillent avec plus d'éclat que les étoiles dans le ciel ; c'est un soleil qui paraît à nos yeux toujours plus lumineux et plus beau ; c'est un océan où l'on ne peut mesurer les abîmes de grâces. Si Dieu a trouvé à propos de créer les Anges dans sa grâce, il ne faut pas douter qu'il n'ait créé aussi dans sa grâce l'incomparable Marie, et avec un privilège d'autant plus grand que sa dignité est relevée au-dessus de toutes les leurs. Pour être digne Mère de Dieu, telle que le Saint Esprit l'a rendue, il faut qu'elle ait surpassé en grâce et en mérite tous les Anges et tous les saints, et que la seule sainteté de son Fils adorable ait de l'avantage au-dessus de la sienne. Ainsi, comme après Jésus rien n'est comparable à la grandeur, à la sainteté, à la charité et à la beauté merveilleuse de sa très digne Mère, il faut qu'après Jésus, il faut que nous ayons plus de respect et plus d'amour pour Elle seule que pour tout ce qu'il y a de vénérable et d'aimable au ciel et sur la terre.

2° Que devons-nous, ou plutôt que ne devons-nous point à la Mère de Dieu ! Nous lui devons toutes choses, puisque nous lui devons Jésus-Christ Notre-Seigneur ! Cet adorable Fils de Dieu s'est voulu faire notre pain, et c'est du sang virginal de Marie que le Saint Esprit a pétri ce pain du ciel. Son corps très pur a été comme le four mystérieux où il a été consumé par le feu de la divine charité. Quand nous prenons donc cet aliment des Anges par la communion, une partie de nos remerciements en sont dus à cette Mère d'amour, qui allaite d'une manière si douce et si sainte les enfants de l'Église ; et toutes les fois que nous pensons, comme nous devons le faire très souvent, que notre grand Jésus nous est tout en toutes choses, nous devons nous ressouvenir, avec de très-grands sentiments de reconnaissance, que c'est du sein du Père Éternel et puis du sein de Marie, que nous est venu cet unique trésor de nos cœurs.

3° Enfin, que ne peut point faire pour nous la Mère de Dieu? Elle a droit, en quelque sorte, sur les diverses missions du Saint Esprit, c'est-à-dire sur les divers effets de grâce que ce Dieu d'amour produit dans les âmes. Elle continue sans cesse à l'attirer sur l'Église, ainsi qu'elle commença de le faire dans le Cénacle le jour de la Pentecôte. Comme il est certain que celle qui néglige de recourir à Elle ne va jamais loin dans la piété, pas une âme aussi, de celles qui implorent son secours avec confiance, ne manque d'expérimenter son merveilleux pouvoir auprès de Dieu... » (Père Ducos, « Pasteur apostolique »).

 

II. Parmi tous les noms divins et merveilleux que la tradition catholique a donnés à la Vierge Immaculée, quel est donc le plus auguste ? C'est le nom de Mère de Dieu !

Être la Mère de Dieu ! c'est un honneur inexplicable, et pourtant la Vierge Marie est vraiment la Mère de Dieu !... Mère de Dieu ! C'est le cantique du ciel! mais c'est aussi le Cantique de la terre. Ne faut-il pas commencer à balbutier dès ici-bas les hymnes saints qui doivent nous réjouir pendant toute l'éternité ? Ne faut-il pas nous consoler un peu de nos tristesses. en prenant part, quoique de loin, à ces concerts de l'autre vie ?

Écoutez de toutes parts les voix des anges du saint Rosaire... Dans cette obscure demeure, voyez cette jeune fille, comme accablée sous le poids du travail de chaque jour. Autour d'elle tout est bien pauvre, et pourtant sur son front paraît la joie ; son visage respire la paix. Que dit-elle, et quelles paroles, toujours les mêmes, reviennent sur ses lèvres, tandis que ses doigts parcourent son Rosaire ? « Sainte Marie, Mère de Dieu ! Mère de Dieu ! priez pour nous ! » Ces mots suffisent pour la consoler dans ses fatigues.

Là, c'est une maison plus riche, dont le pauvre sait le chemin, car bien souvent il a trouvé près de ses portes l'aumône dont il a besoin pour vivre et faire vivre sa famille. Comment donc la maîtresse de ces lieux garde-t-elle, au milieu des dangers de la richesse, une âme candide et pure, un air paisible, un cœur joyeux ? Voulez-vous saisir le secret de ses vertus ? voyez-la dans son oratoire, elle tient en main le saint Rosaire, et tandis que ses doigts suivent les grains, entendez-la répéter : « Mère de Dieu, sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous ! » D'où vient à cette âme prête à franchir le redoutable passage qui sépare le temps de l'éternité le calme et la paix qui brillent sur son visage, ah ! c'est que bien souvent elle a répété : « Mère de Dieu, priez pour nous maintenant et à l'heure de notre mort », et Marie qu'on n'invoque jamais en vain, écarte, d'une main, d'auprès de sa couche funèbre les malins esprits qui voudraient l'attaquer dans ce moment suprême, et de l'autre, lui montre le ciel pour l'animer à combattre vaillamment son dernier combat.

Écoutons ces bruits confus, qui sur la terre s'élèvent de toutes parts, et qui montent vers le ciel ; bruits d'intérêts vains et terrestres ! Bruits d'avarice et de luxure ! Bruits d'indifférence ou de blasphème ! Bruits de terreur ou de souffrance ! Bruits d'angoisses ou de folie ! Bruits de crime ou de désespoir !

Mais au milieu de tous ces cris qui se confondent, écoutez cette pure mélodie... Quelles sont ces voix, si douces, qui chantent l'une après l'autre, qui, toujours sans se lasser, recommencent et continuent le concert ? Ah ! Reconnaissez le saint Rosaire... les heures passent et s'enfuient, le jour vient après la nuit, la nuit succède au jour, mais toujours les voix se succèdent et jamais l'hymne sacré ne s'interrompt.

Entendez ces doux accents qui pénètrent jusqu'à nos cœurs... « Mère de Dieu, disent les voix, sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous ! » N'est-ce pas le même chant que les Anges et les saints répètent pleins d'allégresse ! Sans cesse unissons-nous donc avec les Anges pour chanter la Mère de Dieu, car elle est, après Jésus son divin Fils, le principal des liens qui joignent la terre au ciel ».(Père Potton, Mois du Rosaire).

Le Père Mariano le Vieux vénérait avec une affection extraordinaire les neuf mois que le Verbe Incarné demeura dans le sein de Marie, et ce fut le premier qui introduisit à Palerme, dans son couvent, l'usage de célébrer, par une neuvaine,les jours qui précèdent la fête de Noël. Cette neuvaine se fit, pour la première fois, dans l'église de la Minerve, par le Père Jacques Cotta, en 1618. Depuis, cette dévotion s'est étendue à tous les couvents de l'Ordre. et Sa Sainteté Pie VII a accordé à cette dévotion une indulgence plénière le premier et le dernier jour de la neuvaine pour tous les fidèles qui visiteront une église de l'Ordre des Frères Prêcheurs, et y assisteront aux exercices pieux, aux prières ou aux sermons qui se feront à cet effet dans leurs églises, et une indulgence de sept ans et de sept quarantaines à tous les autres jours de la neuvaine.

Le Père Léodat de Montpellier avait une grande dévotion à la Mère de Dieu. Celle-ci lui étant apparue un jour, il ne pouvait croire à l'excès de son bonheur, et lui dit : « Qui êtes-vous ? » « Je suis la Mère de Dieu », lui répondit la sainte Vierge. « Si vous êtes la Mère de Dieu ne me laissez pas dans cette vallée de misères », lui dit le Père. Alors la divine Mère de Jésus l'assura de son salut éternel, lui dit qu'Elle était la protectrice de l'Ordre des Frères Prêcheurs, et le conduisit au ciel.

Ô Vierge Marie, vous que l'Église supplie de vous montrer notre Mère, daignez être tout particulièrement la mienne ; veillez sur moi, et apprenez-moi à me conduire comme votre enfant. Et vous, enfant Jésus, qui avez voulu naître, pour devenir notre frère, je suis bien faible, bien imparfaite, bien ignorante, bien délaissée ; mais Vous, Enfant Jésus, qui êtes la science, la bonté et la lumière infinie, enseignez-moi à connaître votre sainte volonté et à l'accomplir. Amen.

 

Prière de Saint Albert le Grand

 

Soyez bénie, ô humanité de mon Sauveur. qui avez été unie à la divinité, dans le sein d'une Mère Vierge ! Soyez bénie, ô sublime et éternelle divinité. qui avez voulu descendre jusqu'à nous sous l'enveloppe de notre chair. Soyez bénie à jamais, vous qui avez été unie à une chair virginale par la vertu de l'Esprit Saint ! Je vous salue, vous aussi, ô Marie, Vous en qui la plénitude de la Divinité a fait sa demeure ! Je vous salue, ô Vous en qui habite la plénitude de l'Esprit-Saint ! qu'elle soit bénie à jamais également la très pure humanité du Fils qui, sacré par le Père, est sorti de vous ! Je vous salue, virginité sans tache, élevée maintenant au-dessus de tous les chœurs des Anges. Réjouissez-vous, Reine du monde, d'avoir été jugée digne de devenir le temple de la très pure humanité du Christ ! Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, Vierge des vierges, dont la très pure chair servit à l'union de la Divinité avec cette très pure humanité ! Réjouissez-vous, ô Reine des cieux, dont le très chaste sein procura une digne demeure à cette très sainte humanité ! Réjouissez-vous, et soyez dans l'allégresse, ô fille des saints Patriarches, qui avez été digne de nourrir et d'allaiter, sur votre chaste sein, cette sainte humanité ! Je vous salue, Virginité féconde et à jamais bénie, qui nous avez rendus dignes d'obtenir de fruit de la vie et les joies du salut éternel. Amen.

 

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05 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Sixième jour

Dévotion à l'Annonciation de la Vierge Marie

 

« La moitié du royaume de Dieu fut donnée à Marie, quand elle conçut et enfanta le Verbe Eternel ». (Saint Thomas d'Aquin, Préface des Epîtres canoniques).

 

I. Le Seigneur révéla à sainte Catherine de Sienne qu'il avait accordé à Marie, en l'honneur de l'Incarnation du Verbe, que quiconque aurait recours à Elle, fût-il même pécheur, ne pourrait devenir la proie du démon. C'est le sentiment de plusieurs théologiens et de Saint Thomas en particulier, que la divine Vierge a obtenu à plusieurs morts en état de péché mortel la suspension de leur sentence et la grâce de revenir au monde pour faire pénitence.

La très Sainte Vierge se montra une fois à sainte Catherine de Ricci le jour de l'Incarnation, et lui fit pénétrer le mystère de sa profonde humilité. La bienheureuse Bienvenue récitait cinq mille Ave Maria le jour de l'Annonciation, pour honorer ce grand mystère d'amour.

L’Angélus, destiné à rappeler le souvenir du mystère de l'Incarnation, se récitait en plusieurs lieux, le soir, avant Benoît XIII, pape dominicain ; mais ce saint pape, « désirant que tous les fidèles, non une fois, mais plusieurs fois le jour, implorassent la protection de la Bienheureuse Vierge Marie, et vénérassent le mystère de l'Incarnation », accorda par un Bref universel et perpétuel des indulgences trois fois le jour à tous les fidèles qui réciteraient l'Angélus au son de la cloche.

Le Père Nicolas de Montmaurel expliquait dans la cathédrale de Narbonne, devant les chanoines, les versets du chapitre XXII de l'Ecclésiastique, lorsque, parlant avec amour de l'Incarnation du Verbe de Dieu dans le sein de la glorieuse Vierge Marie, il s'endormit doucement dans le Seigneur. C'était le vendredi d'avant l'Ascension, le 3 des ides de mai de l'année 1299. Son corps fut déposé dans le cimetière des Dominicains de Narbonne, pour y attendre la résurrection.

Le Père de Montfort recommanda aux serviteurs de Marie de célébrer la fête de l'Incarnation avec une ferveur particulière.

« Pendant les années que saint Raymond de Peñafort passa à Bologne, Saint Dominique ne manqua pas de profiter des assiduités de son savant ami, surtout pour développer dans son cœur la dévotion à la sainte Vierge, qui, au reste, n'avait cessé d'y grandir depuis qu'il avait été témoin du miracle de Balbeza. Saint Dominique avait une grâce toute particulière pour faire croître dans les âmes de pareils germes ; il avait tant fait pour la gloire de Marie ! De retour dans son pays, saint Raymond de Peñafort donna une preuve éclatante de son amour pour la Reine du ciel et de la terre :

Le mystère de l'Incarnation et de la maternité divine est le mystère fondamental de la religion chrétienne ; il avait une importance toute particulière depuis que les disciples de Mahomet avaient couvert de ruines et de sang une partie du monde civilisé, en faisant appel aux convoitises et aux passions brutales des sens. En face des mœurs dissolues, des maximes dégradantes et du paradis infâme des disciples du faux prophète, l'Europe chrétienne s'attachait par le fond de, ses entrailles aux dogmes régénérateurs de sa foi, comme à une ancre de salut. Les adorables prérogatives de l'auguste Mère de Dieu étaient surtout l'objet du culte et de la vénération des peuples. Or, chose étrange ! Le mystère sublime de la maternité divine n'obtenait pas en Espagne tout l'honneur que sa grandeur et sa pureté réclament. La fête de l'Annonciation n'y avait nulle solennité, et l'église de Barcelone, comme toutes les autres, l'avait laissée dans l'obscurité que lui léguait le passé. Saint Raymond sentit ce grave oubli de sa ville ; il entreprit de le réparer. Il consacra une partie de ses revenus à rendre plus éclatante la fête de Marie. Grâce à lui, la ville de Barcelone la vit, la première, briller de la juste magnificence que lui devait la piété des chrétiens. Toutes les Églises d'Aragon et bientôt celles de Castille suivirent cet exemple, et Marie se vit honorée par son pieux serviteur du culte le plus cher à sa gloire. Ce fut, de toutes les œuvres qu'exécuta saint Raymond, la plus magnifique et la plus féconde.

Heureux qui a pu, une fois dans sa vie, être libéral envers quelque gloire régnante de l'empire céleste ! Heureux qui a su créer de la terre vers quelque trône céleste, un nouveau cours d'hommages que les siècles futurs ne doivent jamais laisser tarir ! Celui-là a ouvert sur lui-même et sur bien d’autres une source de bénédictions que l’avenir n’épuisera point.

Mais si cette libéralité élève jamais ses dons jusqu'au pied du trône de Marie, quel fleuve de grâces et de bienfaits n'en débordent pas sur l'homme et la nation dont ils lui viennent ! Comme on moissonne richement ce qu'on a pu semer dans ce sein ! C'est ce qu'éprouva saint Raymond.

Depuis son retour à Barcelone, il n'avait pas manqué d'aller bien souvent visiter les enfants de saint Dominique, arrivés naguère avec lui de Bologne ; cependant il n'avait pu jusqu'alors fixer sa vie où depuis si longtemps était fixé son cœur. Mais dès qu'il eut si magnifiquement servi Marie dans la pompe nouvelle donnée à sa fête, il n'y eut plus pour lui de retard possible, et il dut venir prendre sa place au sein de sa plus chère famille. Ce fut là la première faveur dont Marie paya son zèle et les avances faites à sa gloire: elle fut immense ; pour lui il ne s'en pouvait pas trouver de plus grande. La grâce d'une vocation religieuse n'est-elle pas la plus grande qui puisse se désirer ici-bas ?… » (Année dominicaine, T.I, p. 191 et 192).

Parmi les grands événements dont la religion consacre la mémoire, l'Annonciation de la Sainte Vierge et l'Incarnation du Verbe tiennent le premier rang. C'est comme le premier anneau de cette longue chaîne de merveilles dont se compose la rédemption des hommes ; aussi ne nous étonnons point si Saint Raymond mit tous ses soins à faire célébrer avec solennité dans son pays cette fête qu'un Concile appelle la fête de la Mère de Dieu par excellence (10e Concile de Tolède).

 

II. Félicitons Marie d'avoir si bien correspondu à sa sublime vocation, qu'elle a mérité d'être choisie pour la Mère de Dieu. Prions Marie de nous aider aussi à connaître notre vocation et à la suivre fidèlement. Pour mériter d'entendre la voix de l'Ange du Seigneur, imitons le recueillement, la piété, la modestie de Marie ; offrons à Dieu le tribut de notre reconnaissance pour les grâces qui du mystère de l'Annonciation ont découlé sur la nature humaine et sur chacun de nous en particulier ; et en songeant au sublime honneur où Dieu élève Marie dans ce mystère, réjouissons-nous d'avoir une Mère aussi puissante, laissons notre cœur s'embraser de la plus immense confiance pour Celle qu'on n'implore jamais en vain.

Auguste Vierge, souffrez que je me joigne à l'Envoyé céleste pour vous dire avec le sentiment du respect et de l'amour le plus profond : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ». Ô la plus sainte, la plus pure, la plus fidèle de toutes les vierges, faites que mon cœur imite le vôtre ; obtenez-moi qu'imitant votre humilité et votre chasteté, j'adore et je reçoive dignement ce même Verbe que vous avez mérité de recevoir dans votre sein, et que son amour pour nous tient captif dans le plus auguste de nos sacrements. Puissé-je être ce que vous avez été vous-même pendant le temps qu'il a passé dans le sanctuaire de votre cœur, une parfaite adoratrice qui lui offre, ainsi que saint Raymond, des hommages qui lui soient agréables. Puissé-je, parfaitement soumise au Seigneur, lui répondre, en toute occasion, à votre exemple : « Voici votre servante. qu'il me soit fait selon votre parole : » Amen.

 

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04 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

Nativité de Marie

 

Cinquième jour

Dévotion à la Nativité de la Vierge Marie

 

« Ô Vierge Marie, jamais en ce monde ne naquit une femme semblable à vous ; votre berceau est tout fleuri de roses et tout parfumé de lys » (Bréviaire Dominicain)

 

I. « ...Et je le suivis.... Au fond d'une grande chambre reposait l'heureuse Mère. Ses parents se tenaient réunis à l'entour ; sur leurs visages se peignait une joie silencieuse et paisible. Au bruit de nos pas, ils se retournèrent ; et comme j'approchais avec Joachim, ils me saluèrent gracieusement et m'ouvrirent passage. Et je vis près du lit maternel, dans son petit berceau la Vierge d'Isaïe, la tige de Jessé, la fleur de nos vallées ! Mon Dieu, qu'elle était donc belle ! Son doux visage s'épanouissait comme une petite rose de mai entre les lys. Ses yeux semblaient purs et profonds comme l'azur du ciel ! On aurait dit deux lacs paisibles sous une brise endormie, deux océans d'amour, tout pleins de Dieu ! Ah ! Que je sentis alors délicieusement la vérité de la parole du Cantique : « Ma bien-aimée, par l'un de vos yeux vous avez blessé mon cœur ! » Elle me blessait par tous deux et mon âme s'y perdait et je la sentais descendre aux profondeurs de l'amour céleste et elle allait se reposant en Dieu ! Mais surtout quel doux sourire! quel parfum dans le souffle naissant de sa poitrine virginale comme ses lèvres étaient bien les bords entr'ouverts d'un vase plein de tous les arômes !... Je me penchai à l'oreille de Joachim et je lui dis : « Père, quel sera son nom ? » « Le nom de la sœur de Moïse : Marie ! » et avec un respect infini, je m'inclinai sur le berceau de la Vierge, et bien bas, bien bas, mais d'un cœur enivré, je lui dis : « Marie ! Marie ! » Marie ! Ah ! Ce nom, je l'aurais redit un siècle ! Marie ! Nom plus doux que l'huile des parfums répandus ! Nom que toutes les vierges devraient aimer ! Nom que tous les Anges se jettent éternellement comme un cri d'amour ! Mais elle, comme si elle m'eût compris, elle fixa ses yeux, ses grands yeux sur moi, et elle me sourit comme à un ami. Ô sourire ! Ô regard ! Non, je vivrais mille ans que je ne les oublierais jamais !

Je demeurais là, immobile, ravi, ne sachant plus où j'étais. Et tandis que je contemplais ainsi dans l'extase de l'amour, j'entendis un chant : c'étaient les Anges répandus autour de son berceau qui s'essayaient par leurs chants à réjouir leur petite Reine. Et moi, pauvre jeune homme, je me jetai aux genoux du vieillard. « Accordez-moi, lui dis-je, de rester sous votre toit ! acceptez-moi pour le petit serviteur de votre fille ! »

Le père la regarda comme pour l'interroger. « Eh bien oui, dit-il, en me tendant la main, soyez des nôtres ».

Depuis lors, j'ai compté bien des années ; j'ai vu la délicieuse enfant grandir; je l'ai vue épouser Joseph ; je l'ai vue devenir Mère sans cesser d'être Vierge ! Elle m'a permis de jouer avec son Fils, de le porter dans mes bras, de le baiser au front ! c'étaient là ses joies et les miennes... Après, les douleurs sont venues, et je les ai partagées. Au pied de la croix, devant son Fils expirant, je l'ai vue debout, pleurant, abîmée dans l'amour, et j'ai souffert avec elle ! Sur la montagne des Oliviers, quand ce même Fils ressuscité montait au ciel, je l'ai vue encore lui donner le dernier baiser, et puis, lui parti, je me suis retrouvé seul avec Elle, comme aux jours de son enfance. Ah ! Divine exilée ! depuis ce moment, que de soupirs, que de pleurs silencieux, que de regards vers le ciel !... Enfin elle est morte, morte d'amour, et l'amour l'a ressuscitée, et l'amour la portée triomphante au ciel, et l'amour l'a fait asseoir sur un trône, et elle vit éternellement dans l'amour. Et moi, maintenant vieux pèlerin, j'ai vu toutes ces choses et je n'ai pu mourir ; et voilà des années et des années que, privé du Fils, privé de la Mère, je chemine tout seul dans mon long exil. Ah ! Parfois c'est bien dur. Mais pourtant j'y trouve encore une consolation ; chaque année ressuscite mes vieux souvenirs, chaque mois de septembre renouvelle mes premières joies ; et ainsi, plus je vieillis, plus mon cœur s'attendrit, plus je me prends à aimer ma petite Vierge d'autrefois, plus je reprends courage, plus je marche d'un pas joyeux vers le terme de ma course. vers le ciel où Marie m'attend »...

Et maintenant que le pèlerin a fini son récit, devinez-vous qui il est ? Enfants du Rosaire, c'est le genre humain. Il errait tristement dans les ombres de l'erreur et du mal, quand naquit Marie. Par Elle, il a retrouvé la lumière, le courage du bien, la paix, le bonheur ! par Elle il a reçu Jésus, son salut, et depuis que Jésus et Marie sont montés au ciel, le genre humain, rentré dans la maison de Dieu et devenu par amour serviteur de Dieu et de sa Mère, s'en va courageusement à travers les siècles dans l'espoir d'atteindre un jour à la bienheureuse demeure qu'ils habitent. Là, plus de ténèbres ; là, une joie sans fin ; là, le parfait bonheur avec Jésus et Marie !

Voilà le pèlerin ! Et le pèlerin, c'est encore toute âme ; c'est vous qui me lisez, si vous le voulez, car c'est pour vous que Marie est née, comme c'est pour vous qu'est né son Fils ; et votre vie doit se passer à méditer tous les mystères de leur vie, et à désirer leur chère compagnie au ciel.

Ô âmes chrétiennes, ô enfants du Saint Rosaire, voyez donc si vous voulez aimer cette chère petite enfant qui est née pour vous, pour votre amour ; voyez si vous voulez vous dévouer à son service. Vous me demanderez comment ?... Ce qu'il lui faut pour le moment, c'est un lieu où se reposer; oui, à cette nymphe céleste, il faut son alvéole de miel, à cette goutte de rosée son calice de rose, à cette colombe son nid, à cette enfant Vierge son berceau ! Donnez-lui donc un berceau ; donnez-lui votre cœur, dans l'humilité, dans la pureté, dans l'amour; et quand la Vierge y reposera, ornez-le de guirlandes de roses; qu'elles s'épanouissent au-dessus de sa tête, qu'elles se penchent sur son front, qu'elles s’effeuillent sur son sein ; qu'elles parfument ses pieds. Autour de cette Rose, qu'il y ait partout des roses ; c'est-à-dire, que notre Rosaire la salue dès son entrée dans le monde ; qu'il devance près d'Elle l'archange Gabriel, et que, pour charmer les longues heures qu'elle passe sans sommeil dans son berceau, il lui répète sans cesse : Ave Maria ! » (Couronne de Marie, septembre 1862).

La sainte Vierge, le jour de la Nativité. apparaissait au bienheureux François de Possadas, se montrant à lui comme elle était dans son berceau, au moment de sa naissance.

« Mon Père, écrivait un associé du Rosaire, la fête de la Nativité de Marie a été pour moi un vrai jour de fête. Quand on aime sa mère. comment ne pas se réjouir lorsque arrive l'anniversaire de sa naissance ? Et Marie n'est-elle pas notre Mère, plus que notre Mère ? Il m'a semblé qu'elle prenait mon âme et qu'elle l'emmenait avec Elle au ciel... Oh ! Qu'il fait bon dans le ciel, tout près de Marie, aux pieds de Jésus ! J'aurais voulu n'en plus sortir ; mais il m'a semblé entendre sa voix me dire : « Il faut encore souffrir et pleurer pour l'Église... souffrir et pleurer pour cette Église qui a coûté le sang de mon Fils, et que l'enfer attaque avec rage aujourd'hui »... Ô mon Père, comme Marie était triste en me disant ces paroles ! Soyons donc sa consolation par un dévouement sans bornes, et avec Elle souffrons et prions pour l'Église ». (Couronne de Marie, octobre 1860).

 

II. Vierge bienheureuse, à votre entrée dans le monde, nous avons relevé nos fronts abattus, parce que votre naissance annonce celle du Rédempteur, comme l'aurore annonce l'arrivée du jour. Je vous salue, brillante et pure étoile du matin; le soleil de justice va se lever, le jour de la grâce va luire, et c'est vous qui aurez hâté sa venue. Vos désirs, plus ardents que ceux des patriarches et des prophètes, attireront le véritable Emmanuel dans votre sein. Ah ! Jésus, fils de Marie, daignez allumer pour Elle dans mon cœur l'amour le plus tendre, le plus filial, le plus respectueux. Faites, Seigneur, qu'entraînée par mon amour, je marche pas à pas sur les traces de Marie, et que, par Elle et avec Elle, avec tous les enfants de saint Dominique, je ne vive que de Vous, qu'en Vous et pour Vous, de telle sorte que nous méritions d'arriver à la vie éternelle. Amen.

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03 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Quatrième jour

Dévotion à l'Immaculée Conception de Marie

 

« Et j'invoquerai le nom de Marie, le nom de la Vierge à jamais Immaculée ». (Père Toricelli, Mois de Marie).

 

I. Si nous avions eu le bonheur de conserver le livre qu'écrivit saint Dominique pour réfuter l'hérésie des Albigeois, ce livre qui, jeté trois fois dans un brasier ardent, y demeura intact, nous y verrions la preuve que notre bienheureux Père admettait l'Immaculée Conception, et que Dieu approuva manifestement cette doctrine de son saint serviteur, puisqu'il préserva de la destruction le livre qui l'enseignait.

Dans une collection de pièces sur l'Immaculée Conception publiée à Palerme en 1742, on trouve une lettre du Père Alessandro Santo-Canale, jésuite, qui dit : « Un des Ordres les plus ardents en faveur de l'Immaculée Conception de Marie a été le si saint et si savant Ordre des Frères Prêcheurs, même dès son origine, c'est-à-dire au temps du grand patriarche saint Dominique. C'est ce que nous voyons par la controverse qu'il soutint si glorieusement pour lui-même et pour l'Église, contre les Albigeois, à Toulouse ».

On lit dans une ancienne tablette, datant presque de l'époque de saint Dominique et conservée jusqu'à ce jour pour réfuter ces erreurs : « Saint Dominique écrivit un livre sur la sainte humanité de Jésus-Christ ; et les Albigeois, s'élevant avec fureur contre le bienheureux, dirent que la Vierge était conçue dans le péché originel. Or le bienheureux répliqua, d'après ce qui est écrit sur son livre, que la proposition qu'ils annonçaient était fausse, la Vierge Marie étant celle dont l'Esprit Saint parlait par Salomon quand il dit : « Vous êtes toute pure, ma bien-aimée, il n'y a pas de tache en vous ». En un autre passage du livre de saint Dominique, on trouve les paroles suivantes, tirées des actes de saint André : « Ainsi que le premier Adam fut formé d'une terre vierge, qui n'avait jamais été maudite, de même il était convenable que le second Adam fût formé de la même manière ».

Saint Alphonse de Liguori assure que saint Thomas d'Aquin eut une apparition de la très Sainte Vierge qui lui prédit la définition du dogme de son Immaculée Conception.

Le vénérable Louis de Grenade termine plusieurs de ses ouvrages par la louange de Marie Immaculée, et l'éminentissime cardinal Gaude, mort récemment en odeur de sainteté, a fait paraître un opuscule remarquable sur l'Immaculèe Conception.

Un serviteur de Dieu qui avait dirigé assez longtemps la vénérable Mère Françoise des Séraphins, parle ainsi de sa dévotion à l'Immaculée Conception : « La première chose que j'ai à dire sur cette grande servante de Dieu, c'est qu'elle était convaincue qu'elle tenait sa vocation à la religion des mains de la très Sainte Vierge pure et Immaculée, ce qui la rendit si reconnaissante envers cette Mère de bonté, et la porta à lui rendre un si fidèle honneur pendant toute sa vie, qu'elle me dit, plusieurs fois, avec le zèle d'un vrai Séraphin, qu'elle n'avait pas de plus grande joie que d'être dans un lieu où elle pût, avec treize sœurs, louer incessamment nuit et jour cette aimable Mère, et qu'elle n'avait point de plus grand désir que de donner sa vie pour témoigner en présence du ciel et de la terre, des anges et des hommes, de ces belles vérités : que cette Auguste Reine est la vraie et digne Mère de Dieu ; qu'elle est la Vierge par excellence, et qu'elle a été conçue sans aucune tache... Elle ajoutait qu'elle voudrait que les filles qui servaient dans ce monastère fussent appelées les filles de l'Immaculée Conception de la très pure Mère de Dieu. Elle brûlait du désir de la glorifier, et je ne pouvais jamais la quitter sans qu'elle m'eût obligé de lui en enseigner le moyen. Parfois, dans ses entretiens sur cette divine Mère, elle était si fort transportée d'amour qu'il fallait la faire revenir à elle. Elle se plaignait presque toujours de ce qu'elle ne pouvait contenter son désir de la servir dignement, et bien souvent il fallait la consoler à cet égard, en lui disant que cette Mère de Miséricorde excuse notre faiblesse, et que, pourvu qu'elle voie nos cœurs entièrement à Elle, Elle se contente pour le reste de notre bonne volonté. Elle me pria un jour d'agréer qu'elle lui fît la donation de tout elle-même ; je lui en remis la formule par écrit, et lui dis de la signer de son sang. « Hélas ! me dit-elle, que tout ce que j'en ai dans les veines ne peut-il être répandu pour la gloire de son Immaculée Conception : Je me trouverais bien fortunée si je pouvais en être la martyre ! »

La fête de l'Immaculée Conception se célèbre dans l'Ordre de Saint-Dominique avec la même solennité que les fêtes de l'Assomption et du très Saint Rosaire.

 

II. Vierge Marie ! Le Saint Esprit vous a préservée du péché originel et ornée d'une pureté divine ; votre âme a brillé à ses yeux de plus d'éclat que les plus purs esprits de la Jérusalem céleste et dès votre Immaculée Conception, il a pu prendre en vous ses plus douces complaisances. Vierge Immaculée, le Seigneur Vous a confié les trésors de la science ; il vous a éclairée de sa sagesse, embrasée de sa charité, vivifiée de sa propre vie. Ô Vierge privilégiée, de quelle douce joie nous inonde le souvenir de votre Immaculée Conception ! Que volontiers nous vous reconnaissons pour notre Mère et notre Reine dans ce moment où vous triomphez de l'enfer, où vous écrasez la tête de notre infernal ennemi !...

Vierge sainte, daignez agréer le tribut d'hommages que je vous offre en ce jour, et recevez ma prière. Vous savez combien est lourd le poids de ma misère, combien est rapide la pente qui m'entraîne au mal. Je vous en conjure, venez à mon secours. Par votre Immaculée Conception, purifiez mon esprit et mon cœur; purifiez mes pensées, mes désirs, mes inclinations ; faites qu'en moi, comme dans la Mère Françoise des Séraphins, ne règne plus que le pur amour de Dieu qui, dès votre Immaculée Conception, fut toute votre vie. Vierge pleine de bonté, quand les fils de l’apostolique Dominique bravent tous les périls pour aller porter la foi chez les nations infidèles ; quand, dans nos contrées, infatigables Prêcheurs de la Vérité, ils se dévouent tout entiers au salut des âmes et à la conversion des pécheurs, soyez leur force, leur appui, leur guide, leur consolation ; et qu'alors, aujourd'hui et toujours, les cieux exaltent votre gloire, que la terre tressaille de joie et d'allégresse et se joigne à nous pour répéter sans cesse : Bénie soit la sainte et Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie ! Amen.

 

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02 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Troisième jour

Puissance de Marie

 

« Puisque Marie est la mère et la dispensatrice de tous les biens, ou peut dire que celui qui la trouve a trouvé toutes les grâces, toutes les vertus, puisqu'il n'y a rien qu'elle n'obtienne par son intercession ». (Saint Antonin).

 

I. « L'Église reconnaît dans la sainte Mère de Jésus deux attributs bien distincts : la puissance et la bonté. Sans la puissance, la bonté de Marie serait à peu près stérile ; et sans la bonté, sa puissance ne serait pour nous d'aucun secours. Mais Dieu voulant faire de Marie l'instrument de sa miséricorde, le refuge des pécheurs. l'ange protecteur et consolateur de tout ce qui souffre ici-bas, la porte du ciel, pour toute âme désireuse de son salut, lui a communiqué tout à la fois sa puissance et sa bonté et par l'union de ces deux attributs, Marie peut accomplir tout ce que lui suggère la tendresse de son cœur à l'égard de ses enfants, et elle le veut, dans toute l'étendue de sa puissance. Elle peut, elle veut ; elle veut, elle peut : tout est renfermé dans ces deux mots. Nous accourons nous réfugier sous votre égide tutélaire, ô sainte Mère de Dieu; ne rejetez pas notre confiance, mais sauvez-nous de tout danger... Et Marie, du haut des cieux, étend ses ailes maternelles sur le monde chrétien, comme l'aigle qui plane puissant dans les airs ». (P. Marie-Augustin, Couronne de Marie, février 1861).

Un jour que saint Dominique préchait sur la place de Carcassonne à une grande foule de peuple, en lui amena un homme possédé du démon. Saint Dominique demanda aux démons : « Pourquoi êtes-vous entrés dans cet homme ? » Ils répondirent : « C'est premièrement à cause de son irrévérence envers la Vierge Marie ; c'est ensuite pour son incrédulité : depuis un mois cet hérétique t'a entendu prêcher le culte de la Vierge, il n'a pas voulu croire à ta parole ; au contraire, il a fait tout le mal dont il était capable. C'est pourquoi, forcés par un juste jugement de Dieu à qui nous ne pouvons résister, nous sommes entrés dans le corps de ce blasphémateur ; c'est bien malgré nous, nous ne voulions pas le tourmenter, il nous gagnait tant d'âmes ! »

Après plusieurs autres questions, saint Dominique dit enfin aux démons : « Quelle est dans le ciel la créature la plus redoutable pour vous et la plus digne en même temps de l'amour et du culte des hommes ici-bas ? » A cette demande, les démons jetèrent des cris si perçants que les assistants terrifiés tombèrent par terre. Mais le saint, imposant silence aux malins esprits, rendit le courage au peuple. Toutefois il continua à presser les démons de répondre, et ceux-ci le conjuraient de les laisser tranquilles. Le saint dit : « Je cesserai de vous tourmenter quand vous aurez répondu à ma question ». « Au moins, répliquèrent-ils alors, laisse-nous le dire à toi seul, en secret, nous t'en conjurons, et non devant cette multitude d'hommes et de femmes ; nous y perdrions trop ! » « Peine inutile ! dit le saint ; hâtez-vous de parler à haute, claire et intelligible voix ».

Puis, comme ils résistaient toujours, le saint, se mettant à genoux, fit cette prière : « Ô très-digne Mère de la Sagesse incarnée, ce peuple connaît déjà le culte du Rosaire qui vous est si cher. Ah ! pour le salut de ces âmes, je vous en prie, forcez vos adversaires à dire clairement la vérité sur ce que je leur demande ». A ces mots apparurent soudain une multitude d'Anges couverts d'une armure d'or, et au milieu d'eux la glorieuse Mère du Sauveur, qui, avec un sceptre d'or touchant le possédé, lui enjoignit de répondre aux questions de son serviteur Dominique. Les démons s'écrièrent : « Ô notre ennemie et notre perte ! ô notre confusion ! Pourquoi êtes-vous descendue du ciel pour nous tourmenter ici ? Ah ! c'est vous qui empêchez l'enfer de se remplir. Vous priez pour les pêcheurs en puissante avocate, et vous êtes pour eux la voie du ciel très sûre et très certaine. Il faut donc vous répondre sans retard. Nous ne voulons pas, nous résistons ; et pourtant nous sommes forcés de découvrir la vérité, de publier nous-mêmes le moyen et la manière de nous confondre. Ô nécessité cruelle et confusion ! Ô affreuse malédiction ! Écoutez donc, chrétiens, ajoutèrent-ils : la Mère de Jésus est toute-puissante pour préserver ses serviteurs de l'enfer. De même que le soleil chasse les ténèbres, elle dissipe nos machinations et nos pièges. Aucune de nos tromperies ne lui échappe ; elle anéantit toutes nos ruses. Hélas ! nous sommes forcés d'en faire l'aveu : nul ne se perd avec nous de ceux qui se consacrent au culte de Marie et y persévèrent. Un seul de ses soupirs offert à la très Sainte Trinité surpasse en excellence et en vertu les prières et les vœux des autres saints.Aussi nous la craignons, elle seule,plus que tous les autres ensemble. Impossible de vaincre un seul de ses serviteurs fidèles. A l'heure de la mort, s'ils l'invoquent, elle en sauve malheureusement pour nous un grand nombre de ceux qui nous appartiennent. Si cette femme ne nous retenait et ne réprimait nos efforts, depuis longtemps nous aurions exterminé l'Église; souvent nous aurions fait perdre la foi à toutes les classes de la société chrétienne. Mais nous sommes contraints de vous le révéler, aucun de ceux qui persévèrent dans la dévotion prêchée par Dominique ne subira les tourments de l'enfer ; Marie obtiendra à ses serviteurs fidèles une vraie contrition de leurs péchés et la grâce d'en faire une confession salutaire ».

Après ces aveux, si pénibles à l'enfer, saint Dominique invita les assistants à réciter à haute voix le saint Rosaire. À chaque Ave Maria récité par le saint et le peuple en même temps, une foule de démons sortaient du corps du possédé sous la forme de charbons ardents. Le Rosaire terminé, Marie donna sa bénédiction au peuple et disparut. Quant au possédé, entièrement délivré, il resta sain et sauf devant saint Dominique, et cette manifestation publique de la puissance de Marie convertit un grand nombre d'hérétiques. (Manuel du Très Saint Rosaire par le Père Pradel).

Sœur Benoîte du Laus, membre du Tiers-Ordre de saint Dominique, fut soumise aux plus dures épreuves ; on soupçonna même la vérité de ses rapports avec le ciel, et l'archevêque d'Embrun envoya au Laus un formidable cortège de juges ecclésiastiques pour interroger la servante de Marie et la punir sévèrement, s'il y avait lieu. Benoîte, en apprenant l'arrivée de ses juges, fut saisie d'une crainte bien naturelle ; mais la sainte Vierge lui apparut et lui dit : « Ne craignez rien, ma fille, il faut rendre raison aux gens d'Église ; répondez à toutes les questions qu'on vous adressera, je suis avec vous ». Puis elle conclut par ces paroles remarquables : « Les prêtres peuvent bien commander à mon Fils, et non à moi ». Benoîte, fortifiée par ces paroles, attendit tranquillement ses juges, et parut devant eux plus tranquillement encore. Elle parla simplement de ses visions, satisfit à toutes les questions qui lui furent adressées, et ne manqua pas de répéter d'après sa bonne Mère, « que les prêtres peuvent bien commander à Jésus-Christ, mais non à la sainte Vierge », et il arriva que la plus astucieuse subtilité échoua devant l'innocence et la candeur de la jeune bergère.

II. Toute cette gloire de Marie, c'est votre gloire, Seigneur, car c'est vous qui avez donné la puissance au bras de Marie; vous l'avez élevée au-dessus des Anges, Vous l'avez couronnée de gloire et d'honneur, et l'avez établie Reine sur toutes les œuvres de vos mains.

Esprits célestes, louez Marie, louez et glorifiez votre puissante Reine.

Ô soleil, louez-la dans votre premier rayon matinal, et dans la lumière éclatante de votre midi, et dans votre dernier adieu du soir.

Et vous, lune, louez-la dans la douceur de vos reflets argentés !

Et vous, étoiles, dans la splendeur du firmament !

Cieux des cieux, louez Marie, louez-la, exaltez-la dans le cours des siècles !

Hélas ! Vierge puissante. ma vie n'est qu'une alternative de promesses de vous servir et d'infidélités, d'offenses et de repentirs. Ô Marie, de ce trône où vous avez été couronnée Reine, tendez-moi vos bras protecteurs. Ah ! Par pitié, ne permettez plus que je m'éloigne jamais de votre Jésus. Vous qui, par la bonté infinie de Dieu, avez reçu la puissance sur le domaine de la Rédemption, régnez sur ce cœur racheté et pourtant toujours rebelle à son Rédempteur. Vous qui pouvez tout obtenir de Dieu, faites qu'il m'accorde la grâce de lui être toujours uni, rendez-vous maîtresse absolue de mon cœur ; pénétrez-le d'amour et d'une irrésistible admiration pour ces dons excellents qui vous ont mérité de devenir la Mère d'un Dieu. Ô vous, dont l'éclat est plus pur que celui de l'étoile du matin, laissez tomber sur mon cœur avec la lumière de cette grâce dont Dieu vous a rendue la dispensatrice, un rayon de votre splendeur immaculée qui élève mon âme au-dessus des illusions de cet exil, faites briller à mes yeux la douce lueur des espérances éternelles. Ô Marie, je vous demande encore, à l'heure terrible de la colère, à cette heure d'amertume et d'angoisse qui terminera mon dernier jour, daignez m'accorder votre assistance, et me porter dans vos bras puissants devant le tribunal de Jésus-Christ, ce juge d'une majesté si sévère, mais aussi votre Fils bien-aimé. Amen. (Extrait di Mois de Marie Immaculée du Père Louis Toricelli).

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01 mai 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Deuxième jour

Le Très Saint Nom de Marie

 

« La gloire du Nom de Marie est comparé à l’huile dans le Cantiques ; car l’huile cicatrise les plaies, répand de l’odeur, alimente la flamme ; ainsi le nom de Marie guérit les malades, réjouit les coeurs et les enflamme de l’amour divin ; à ce nom Satan s’enfuit et l’enfer tremble » (Bienheureux Alain de la Roche).

 

I. Marie ! c'est le nom qui, dans les conseils du Très-Haut, a été donné à Celle dont les vertus, les perfections, les souffrances et la gloire devaient étonner la terre et les cieux. Marie !... C'est le nom que sur un berceau de Juda, deux vieillards, dans un transport d'amour, imposèrent à l'auguste enfant qui,contre toute attente, leur fut donnée. Marie ! C'est le nom que Gabriel donna à la fille de David lorsque, messager céleste, il salua la Vierge de Nazareth. Marie !... c'est le nom que l'Enfant-Dieu aimait à prononcer quand, sur les genoux de sa Mère, enlaçant son cou de ses bras innocents, il la baisait en souriant. Marie ! C'est le nom qui, dans le premier des conciles, vint se poser sur les lèvres des apôtres ; nom sublime, qu'ils gravèrent, avant de se séparer, dans le symbole de la foi, afin que l'univers crût et s'inclinât à ce nom : Oui, Jésus-Christ est né de la vierge Marie, natus ex Maria Virgine. Marie ! C'est le nom que tous les saints adressèrent dans des transports d'amour et de reconnaissance à la créature prodige de perfections, dont le souvenir les inondait de joie. Marie ! C'est le nom qu'aimaient à prononcer dans l'effusion de leurs âmes les Dominique, les Thomas d'Aquin, les Vincent Ferrier, les Hyacinthe, les Raymond de Peñafort, les Antonin, les Pierre martyr, les Louis Bertrand, les Pie V, les Catherine de Sienne, les Rose de Lima, etc., ils ne se lassaient pas de redire ce nom suave et doux, qui comme un mystérieux incendie d'amour embrasait leurs cœurs.

Marie ! c'est le nom qui, dans la superbe basilique, sous le vocable de la Reine du Ciel, apparaît grand de gloire et de magnificence ; et c'est ce nom aussi qui, dans l'oratoire de la vallée, sous l'invocation de la Mère de Dieu, apparaît grand de modestie et d'humilité. Marie ! c'est le nom glorieux et béni que l'univers catholique proclame ; c'est le nom que les chrétiens, agenouillés sur les dalles de vos sanctuaires, redisent en ce jour, ô Vierge bénie, et vont proclamer durant ce beau mois. Marie ! Et moi aussi, pauvre Vermisseau, je veux le redire sans cesse ce doux nom, je veux le bénir et le chanter. Les innombrables lettres de sainte Catherine de Sienne, écrites sous l'inspiration du Saint Esprit, commencent toutes, non-seulement par l'invocation du très Saint Nom de Jésus, mais encore par celui de la douce Vierge Marie.

Le bienheureux Henri Suso, par l'invocation de ce nom, mettait l'esprit malin en fuite. « Ô Marie, disait-il, qu’êtes-vous donc vous-même, si votre nom seul est si délicieux ? Non, les harpes n'ont pas de si douces harmonies que celles qu'apporte aux cœurs affligés le très Saint Nom de Marie, la Vierge Immaculée. Que tous les peuples s'inclinent et s'agenouillent à ce nom sublime et divin de Marie ! »

Le bienheureux Jourdain de Saxe, de l'illustre famille des comtes d'Ebernstein, avait reçu de Dieu, en outre d'une charité inépuisable, d'une ineffable douceur et du don de calmer les âmes troublées, une tendre dévotion pour Marie. Il nous laissa un mémorial de son amour pour elle en établissant la touchante coutume de chanter tous les soirs le Salve Regina dans les couvents de notre saint Ordre. Il composa cette pieuse salutation appelée Couronne du nom de Marie, dont les prières sont si propres à enflammer les coeurs d'une tendre et solide dévotion envers la divine Mère de Jésus.

À peine la bienheureuse Marguerite de Hongrie put-elle parler qu'elle prononçait les saints Noms de Jésus et de Marie, ajoutant toujours à ce dernier nom : « Mère de Dieu et mon espérance ! »

Le bienheureux Martin de Porrès, après avoir récité avec les frères l'office de la sainte Vierge, se rendait promptement dans la chapelle du Rosaire ; et là, se prosternant dans un angle obscur, il restait plusieurs heures immobile devant l'image de Notre Dame, l'invoquant avec une douce dévotion et répétant son Saint Nom dans les transports d'une pieuse joie. La reine des Anges daigna souvent avec son céleste enfant apparaître alors à l'heureux Martin, et par sa présence et ses paroles lui donna un avant-goût des suaves douceurs du paradis.

À peine le bienheureux Jacques Salomon put-il bégayer quelques syllabes que le nom de Marie fut sans cesse sur ses lèvres ; ses délices et sa joie étaient de célébrer les louanges de Marie.

La vénérable Léonore de Parras étant devenue paralytique ne pouvait pas prononcer d'autres paroles que celles-ci : « Mater Dei ».

Le Père Ange de Jésus-Maria avait une si grande dévotion à ces très Saints Noms, qu'il ne les prononçait presque jamais sans tomber en extase.

La vénérable sœur Virginie d'Afilito, pendant une maladie qui dura deux années, ne put proférer que ces paroles : « Belle Marie ! Belle Marie ! »

Le nom seul de Marie suffisait pour consoler et réjouir Monsieur Olier, fondateur de Saint-Sulpice, qui était membre du Tiers Ordre de Saint-Dominique. C'était un son agréable pour son oreille, un baume très suave pour son cœur. « J'espère, disait-il, que le Nom de Marie Sera béni à jamais dans notre maison. Tout mon désir est de l'imprimer dans le cœur de mes frères ». Les lettres initiales de ce nom chéri furent mises partout dans le séminaire, sur les meubles, les vitres, les serrures ; le linge de la maison en fut marqué. Lorsqu'un pauvre, en demandant l'aumône, prononçait le nom de la sainte Vierge, l'abbé Olier ne pouvait plus le refuser ; c'était un supplice pour lui, s'il n'avait rien en ce moment dont il pût disposer. Il donnait du moins une médaille, un livre, un mouchoir ou tout autre objet. Quelquefois il empruntait à ses compagnons de quoi faire l'aumône, ou bien il conduisait les pauvres chez lui. « Ce nom, disait-il, m'est en si grande vénération que tout en moi est forcé de lui céder ».

 

II. Pour imiter tous nos saints, et ne pas porter en vain le nom d'enfants de saint Dominique, aimons Marie, aimons-la comme tout ce que nous avons de plus cher après Jésus, et, chaque jour, en récitant les prières qui lui sont consacrées, goûtons au fond de nos cœurs les fruits délicieux que produit l'invocation de ce nom béni : efforçons-nous de le faire connaître et aimer ; enfin vivons de l'amour de cette divine Vierge, et désirons de mourir dans ses bras en prononçant son doux nom uni à celui de Jésus. (Méditations de la mère Saint-Dominique, qui fut la fondatrice d’un couvent sous le vocable du Très-Saint Nom de Marie près de Lyon).

La parole ne peut exprimer, l'écriture ne saurait rendre. l'expérience seule fait connaître ce qu'on gagne à aimer Marie ! Glorieux père saint Dominique, bienheureux Jourdain de Saxe, qui avez fait cette heureuse expérience, obtenez-nous d'invoquer toujours le Saint Nom de Marie avec cette foi et cet amour qui furent pour vous la source de tant de grâces !… Quand je pense,Vierge sainte, que par la miséricorde de Dieu j'ai reçu au saint baptême votre nom béni, je me sens pénétrée de reconnaissance ; mais en même temps ma faiblesse s'effraye des devoirs que m'impose ce beau nom, et je crains, avec trop de raisons, de le porter indignement. Ô Marie, ô ma Mère ! venez donc à mon aide ; protégez-moi dans tous les dangers, et faites que je marche si fidèlement sur vos traces que je mérite de voir mon nom inscrit sur le livre de la vie éternelle, avec celui de tous ceux qui pendant leur vie auront invoqué avec amour et confiance votre saint nom. Amen.

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30 avril 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

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Premier jour

Dévotion de notre glorieux Père saint Dominique envers la très Sainte Vierge Marie

 

« Mon fils a été pour Dominique le Maître le plus cher, et moi, sa Mère, il m'a aimée plus que son coeur » Révélation de sainte Brigitte (Livre 5, chap. 17).

 

I. En se dispersant dans le monde, les apôtres et les disciples de Jésus portèrent dans tout l'univers, avec son nom et son culte, celui de sa divine Mère ; partout où ils élevaient un autel en l'honneur du Fils, ils en dressaient un autre en l'honneur de la Mère. Depuis lors, chaque siècle offrit à Marie des serviteurs dévoués ; mais aucun ne surpassa et peut-être n'égala notre bienheureux Père saint Dominique dans sa tendre dévotion pour la Reine du ciel.

Sa mère, qui était elle-même une sainte, avait la plus ardente dévotion pour la sainte Vierge ; ses instructions et ses exemples portèrent leurs fruits, et Dominique de Guzman, dés l'aurore de ses jours, prit Marie pour sa protectrice spéciale et lui voua un culte tout particulier. Son amour et sa confiance en elle n'avaient point de bornes ; à chaque instant il l’invoquait avec la ferveur d'un séraphin ; il déployait le plus grand zèle pour la faire connaître et honorer, et s'attachait surtout à lui plaire et à mériter sa protection par l'imitation de ses vertus. Aussi la Vierge écoutait toutes ses prières et s'empressait de répondre au premier appel de sa piété; elle l'encourageait, le consolait et lui indiquait les moyens les plus propres à réussir dans la conquête des âmes.

Ce fut sous les auspices de Marie qu'il entreprit la conversion des Albigeois ; et ce fut en prêchant la dévotion du Rosaire qu'elle lui avait enseignée, qu'il produisit en tout lieu les fruits les plus abondants de salut et de pénitence.

On a gardé longtemps à Bologne,comme une relique d'un grand prix, une image de Marie que notre saint Patriarche avait lui-même placée dans l'église de Saint-Nicolas, et exposée à la vénération des fidèles sous le titre de Notre-Dame du Rosaire.

Saint Dominique ne commençait jamais ses controverses et ses sermons qu'après avoir prié longtemps devant l'image de sa divine protectrice et lui avoir adressé cette prière : « Dignare me, laudare te, Virgo sacrata ; da mihi virtutem contra hostes tuos. Daignez me permettre de vous louer, ô Vierge sacrée, et fortifiez-moi contre vos ennemis ».

C'est à lui qu'est dû le pieux usage, adopté depuis par les prédicateurs, de saluer et de prier la Vierge pleine de grâces en commençant le sermon.

La tendre piété de saint Dominique pour Marie lui rendait particulièrement chers tous les lieux qui lui étaient consacrés. Il y avait à Prouilhe, dans le diocèse de Toulouse, une ancienne chapelle dédiée à Notre Dame, et depuis longtemps en grande vénération parmi les fidèles. Saint Dominique l'affectionnait beaucoup ; c'était pour lui un lieu d'espérance et de consolation où il s'arrêtait souvent pour répandre son âme devant Dieu. Il fonda là, sous la protection maternelle de Marie, un monastère où les jeunes filles nobles, mais pauvres et exposées par là même à devenir la proie des hérétiques, étaient élevées dans les doctrines du plus pur catholicisme ; il offrit ainsi à Notre Dame de Prouilhe les premices de ses conquêtes sur l'hérésie. C'est là aussi qu'il fit la première réunion de ses religieux, au jour de l'Assomption, et ils rédigèrent ensemble, sous le regard de Marie, les principales constitutions de l'Ordre. L'année suivante, réunis dans le même lieu. ils se consacrèrent solennellement à travailler de toutes leurs forces au salut des âmes. C'est donc de Marie que les Frères Prêcheurs devaient en quelque sorte recevoir leur mission ; c'est de son sanctuaire qu'ils devaient partir pour aller la faire connaître et honorer par toute la terre ; car après la gloire de Dieu, l'honneur de sa Mère était ce que notre bienheureux Père avait principalement en vue en fondant son Ordre ; c'est sous ses auspices qu'il envoyait ses frères porter au loin avec la lumière de l'Évangile la dévotion du Rosaire ; ils furent si fidèles à remplir ses intentions, ils étaient si dévoués à la sainte Vierge, si appliqués à restaurer ou à faire connaître son culte, à porter à l'imitation de ses vertus qu'on les appelait dans quelques villes les Religieux de la Vierge.

Sur son lit de mort, notre bien-aimé Père bénit ses enfants au nom de Marie, les mit une dernière fois sous sa protection, et leur fit comprendre que la dévotion à la très Sainte Vierge était le plus précieux héritage qu'il pût leur laisser, afin que destinés à prêcher le Christ en tous lieux, ils fissent connaître en même temps la sainteté, la grandeur et les admirables vertus de Celle qui a été choisie pour être sa Mère. (Vie de Saint Dominique, par le Père Touron).

Marie reconnut par les plus nombreuses et les plus signalées faveurs l'amour que lui portait saint Dominique et il semblait qu'elle ne pût rien refuser à ses prières. Notre bienheureux Père reconnaissait et ne cessait de proclamer que, si son Ordre avait été approuvé et confirmé par le Saint-Siège, il en était redevable à Marie. Non contente de l'avoir comblé des témoignages de sa tendresse pendant sa vie mortelle, la très-sainte Vierge voulut encore en donner après sa mort une preuve bien touchante en donnant aux religieux de Soriano une belle peinture représentant les traits de leur Père bien-aimé ; et comme ils avaient peine à croire à cet excès de bonté ; sainte Catherine de Sienne apparut à un Frère Prêcheur de Soriano et lui dit : « Cessez de douter, c'est la très-sainte Vierge Marie qui a voulu donner à votre Ordre cette précieuse marque de sa prédilection » (Méditations sur la vie des Saints et des Bienheureux de l'Ordre, p. 262).

Fidèles héritiers du legs d'amour que leur avait laissé le Père, les enfants de saint Dominique ne se contentèrent pas de parler de Marie, mais un grand nombre d'entre eux laissèrent de nombreux témoignages écrits de leur vénération pour la très Sainte Vierge. Je citerai seulement saint Thomas d'Aquin, saint Antonin, le bienheureux Alain de la Roche surnommé le Mignon de la très sainte Vierge, le bienheureux Albert le Grand que Prussia appelle le Secrétaire de Marie, surpassant tous ceux qui ont écrit sur elle : « Car, dit-il, si les Jérôme, les Ambroise, les Augustin, les Bernard, les Anselme et les Jean Damascène l'ont aussi exaltée dans un magnifique langage et avec tous les charmes de la plus suave dévotion ; s'ils ont fait voir dans un style tout resplendissant de beauté combien elle est aimable, puissante, pleine de mérites, riche en vertus, combien enfin elle est bonne et compatissante ; néanmoins, malgré leurs raisonnements poussés jusqu'à l'évidence, ils ne sauraient porter la conviction dans l'âme du lecteur ou de l'auditeur comme notre vénérable maître quand il parle de Marie dans ses sermons » (Prussia, p. 190). Les monuments impérissables et les plus importants de l'amour du bienheureux Albert pour Marie sont : De laudibus beatae Mariæ, et son travail intitulé Mariale, sur la Salutation Angélique.

Le Père Vincent Contenson qui laissa sur la divine Vierge un traité complet auquel il donna le nom de Mariologie.

Le pieux Père Polonais qui composa au XVIIe siècle, sous le nom de Litaniæ Lauretanæ, un ouvrage où il expose et développe, avec une onction qui rappelle souvent les plus suaves passages de saint Bernard, la suite des invocations des Litanies de la très Sainte Vierge.

Le Père Jehan de Sainte-Marie qui composa cinq volumes sur le Rosaire, et y associa plusieurs milliers d'âmes.

Le bienheureux Jacques de Voragine qui écrivit son délicieux Mariale, à la gloire de Marie.

Le Père de Montfort, du Tiers-Ordre de saint Dominique, connu par son beau livre : De la vraie et solide dévotion de la très-Sainte Vierge, et par d'autres. écrits répandus…

Et de nos jours le Père Marie-Augustin, ravi par le ciel à la terre au milieu de ses jours, après nous avoir laissé des pages empreintes de l'amour le plus tendre et le plus zélé pour la gloire de la Reine du très saint Rosaire...

 

II. Vierge Marie, vous qui êtes plus brillante que l'aurore, plus douce que la lune argentée, plus pure que la source limpide, plus blanche que la neige, plus gracieuse que la rose printanière, plus suave que le miel, plus parfumée que le lys, plus chaste que les Anges, plus élevée que les cieux ; je veux, ainsi que saint Dominique, mon bien-aimé Père, me consacrer entièrement à votre service, je veux penser sans cesse à Vous, vous aimer, vous servir, vous honorer, et comme la Mère de Dieu et comme ma Mère chérie. Je vous invoquerai a toute heure pour obtenir par votre toute-puissante intercession les lumières et les grâces dont j'ai besoin pour accomplir mon salut. Vous n'avez jamais refusé de secourir les âmes qui se sont adressées à vous avec confiance dans leurs besoins, vous ne repousserez donc pas mes supplications. Mais pour mieux vous témoigner mon amour, Vierge sainte, et pour mériter votre protection, je veux m'efforcer, à l'exemple de notre glorieux Père, d'imiter, autant que ma faiblesse en sera capable, vos admirables vertus ; et pendant ce beau mois, « je veux vous offrir au lieu des roses nouvelles, un amour sincère et ardent pour votre Jésus ; au lieu de toutes les violettes, une humble obéissance ; au lieu de tous les lys, les chastes embrassements d'une inviolable pureté ; au lieu de toutes les fleurs printanières qui naissent dans les champs, les bois et les prairies, les baisers spirituels de mon cœur ; au lieu du chant des oiseaux qui voltigent de branche en branche, les louanges les plus affectueuses de mon âme ; enfin, au lieu des beautés et des ornements dont s'embellit le printemps, un cœur plein de joie et d'amour pour vous aimer chaque jour davantage ». (B. Henri Suso). Amen.

 

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29 avril 2019

Le Mois de Marie Dominicain

Le Mois de Marie Dominicain

Marie honorée par les Saints et les Saintes de l’Ordre de Saint Dominique

 

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Veille du premier jour

Ouverture du Mois de Marie

 

« Enfin l'hiver est passé ; la nature endormie se réveille de toutes parts pour se revêtir de sa gracieuse parure, sous le souffle embaumé du printemps... La grande fête de trente jours consacrée à la Reine des cieux vient de s'ouvrir avec ses douces émotions et ses fleurs.

Salut, ô mois de mai ! salut ô mois de la plus tendre des mères ! à chacun tu apportes l'espérance et la joie ; car en ces jours bénis, nous le savons, Marie est prodigue de grâces et de bienfaits.

La nature pour vous fêter, ô douce Mère ! voudrait rivaliser avec vos enfants. Voyez quelle fraîcheur dans tout ce qu'elle offre à vos yeux, c'est pour vous rendre hommage que ces mille fleurs aux couleurs variées sont semées çà et là comme des diamants dans nos vertes prairies. Écoutez quel harmonieux concert, depuis l'heure première jusqu'au déclin du jour, s'élève constamment aux pieds de votre trône ; l'hôte de nos bois et de nos champs ne termine ses joyeux refrains que lorsque le soleil a disparu derrière l'horizon, et la brise du soir qui rafraîchit la terre et qui devant vous fait courber chaque fleur, se mêle alors au doux murmure de nos ‘limpides ruisseaux pour vous offrir, elle aussi, un humble chant d'amour.

Oh! nous sommes heureux, ô Marie de voir la terre entière s'incliner devant vous et vous reconnaître pour souveraine ; mais notre chant de fête à nous, enfants du Rosaire et de saint Dominique, serait-il au-dessous du chant de la nature ? À nous donc, enfants du Rosaire, d'entourer les autels de Marie pendant ce mois de mai ; à nous de le charger de guirlandes et de fleurs. À nous de faire monter jusqu'aux pieds du trône de notre Reine l'encens de nos prières et de nos vœux. À nous d'entonner jour et nuit sur la lyre harmonieuse du Rosaire l'hymne ravissante de l'Ave Maria. À nous de tresser autour du cœur brisé de notre Mère une couronne de consolation ; nos âmes en seront les roses ; ne sont-elles pas plus belles et plus suaves que les roses du printemps ?

Petites roses de la terre, roses mystiques bien chères à la Reine des anges, laissez votre cœur se réveiller et s'épanouir sous le souffle embaumé de son maternel amour. Pour vous, nous l'avons dit, les premiers baisers de ses lèvres immaculées ; pour vous les faveurs les plus signalées de ses mains divines. Pour vous aussi son sourire qui s'échappe des cieux comme un flot d'harmonie. Oui, oui, à vous de chanter Marie, de l'aimer et de la faire aimer… Enfants du Rosaire, pendant ce mois de mai qui s'ouvre devant vous avec tant de poésie et de charmes, vous tresserez à Marie une couronne mystique que vous déposerez à ses pieds.

Chaque jour vous cultiverez en votre âme une fleur, en pratiquant la vertu dont elle est l'emblème : Le Lundi vous cultiverez la marguerite de la modestie ; le Mardi, la giroflée de la douceur ; le Mercredi, les jacinthes de l'obéissance ; le Jeudi, les violettes de l'humilité ; le Vendredi, la rose de la charité ; le Samedi, le lys de la pureté ; le Dimanche, la primevère de la simplicité.

Si vous préférez, ne prenez que deux fleurs que vous cultiverez avec un grand soin pendant tout le mois ; choisissez celle qui vous manque le plus ; vous l'unirez au lys qui doit, dans tous les cœurs consacrés à Marie, ouvrir sa blanche corolle à l'ombre de la prudence. N'oubliez pas de mêler à ces fleurs parfumées quelques branches de myrrhe d'une sérieuse mortification, et vous unirez le tout par les liens d'un Rosaire pieusement récité.

Vous prierez pour les pêcheurs, pour les âmes du purgatoire, pour tout ce qui a besoin de prières, sans oublier celui qui vous convoque tous dans la cité des cieux où règne avec Jésus Celle que nous appelons du doux nom de Marie ». (Couronne de Marie, troisième année).

 

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Nos cum prole pia benedicat Virgo Maria.

Bénissez-nous, ô Vierge Marie, vous et votre divin Fils.

 

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