22 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne18

Vingt-troisième jour

Notre Dame de Bonne Garde

 

Presque à l’entrée de la route de Clisson, sur ce plateau de Saint Jacques, d’où l’on domine les belles vallées de la Loire et de la Sèvre, et d’où l’on voit toute la ville de Nantes à ses pieds, s’élève un élégant sanctuaire dédié à la sainte Vierge, et cher à nos concitoyens depuis déjà deux cent cinquante ans.

Vers le milieu du XVIIe siècle, au rapport des traditions du quartier, plusieurs personnes aperçurent un soir une statue de la sainte Vierge, inconnue jusqu’alors en ces lieux, et qu’environnait une éblouissante clarté. Étonnées et ravies, elles s’empressèrent de recueillir la merveilleuse image et de la placer avec honneur dans leur maison. Hélas ! Marie n’accepta point leur pieuse hospitalité. Le lendemain, l’image avait disparu et on la retrouvait au lieu de l’apparition. Les religieux bénédictins, qui occupaient alors le prieuré de Pirmil, accoururent et transportèrent la statuette dans leur chapelle, actuellement église paroissiale de Saint Jacques. Efforts inutiles, ce n’est pas la que la Vierge voulait être honorée, et, durant la nuit, la statue retourna dans le coin de terre qu’elle avait choisi.

Cette fois, la pensée de la Bonne Mère fut comprise, et son désir rempli : les voisins édifièrent immédiatement une petite grotte et le peuple, instruit du prodige, vint en foule la prier en ce lieu béni.

Quelques années s’écoulèrent, et la vénération pour la statue miraculeuse ne fit que s'accroître. Bientôt une pieuse tertiaire, respectée de tous pour sa vertu ainsi que pour sa charité envers les pauvres malades, et connue dans le quartier sous le nom expressif de Marie de Bonne Garde, entreprit d’élever a la Mère de Dieu un monument plus digne de sa grandeur et de l’amour de son peuple. Elle fit appel aux Voisins, qui entrèrent dans ses vues et se montrèrent généreux. Ses parents lui vinrent en aide les premiers ; et le gouverneur de Nantes, Charles de la Porte, duc de la Meilleraye et maréchal de France,joignit ses largesses aux aumônes des habitants de Pirmil. Le 4 novembre 1657, l’édifice était achevé, et l’on y célébrait, pour la première fois, la sainte messe.

Le sanctuaire bâti, la piété le décora, et bientôt la petite chapelle posséda de beaux ornements, des calices, des ciboires, libéralement offerts par les pèlerins. Ceux-ci accouraient de plus en plus nombreux ; de toute la contrée avoisinante, on venait avec empressement à Notre Dame de Bonne Garde. Le peuple avait récompensé le zèle de la pieuse tertiaire, en donnant son nom à l’oratoire qu’elle avait élevé. Saint-Sébastien s’y rendait chaque année en pèlerinage, et les paroisses voisines l’imitèrent plus d’une fois. Le concours du peuple rendit nécessaire la présence d’un prêtre qui fut attaché au service de la chapelle. Une confrérie y fut établie en l’honneur de la sainte Trinité, et y célébrait solennellement ses fêtes. Chaque soir, au son de l'Angélus, les fidèles aimaient a se réunir aux pieds de la Bonne Mère, et l’on conserve encore, après plus d'un siècle, le souvenir et le nom d’un pieux laïque qui présidait a la récitation du chapelet et au chant du cantique.

Comme tous nos autres sanctuaires, la chapelle de Bonne Garde eut à souffrir de la Révolution ; elle aussi fut dépouillée de toutes ses richesses, elle aussi fut vendue, elle aussi vit sa statue miraculeuse menacée par des mains sacrilèges. Dieu toutefois ne permit pas que la ruine fût complète. Un courageux chrétien sauva la chère statue, et la chapelle ne fut pas détruite.

Les mauvais jours passés, les fidèles continuèrent a visiter Notre Dame de Bonne Garde ; mais les splendeurs de son culte étaient bien amoindries. Un saint prêtre, tout dévoué à Marie, et dont le nom est encore vénéré dans la paroisse de Saint Jacques, M. l'abbé Durand, devait renouveler, par son exemple et par son zèle, cette antique dévotion. Plus d’une fois, en temps de sécheresse, dans les dangers d’une terrible inondation, sous la menace du choléra, il invoqua solennellement par des neuvaines la gardienne de sa paroisse, et Marie justifia toujours les promesses de son nom.

Mais la chapelle tombait en ruines, et les agents de la voirie menaçaient de la faire disparaître. Le zélé pasteur fit appel à ses paroissiens, et bientôt un élégant édifice vint prouver à tous que Marie ne s’était pas trompée en choisissant ce lieu pour sa demeure, et que ce peuple conserve fidèlement dans son cœur l’amour que ses ancêtres portaient à Notre Dame de Bonne Garde.

Chaque année, depuis lors, les habitants de Saint Jacques y célèbrent sa neuvaine de l’Ascension à la Pentecôte ; chaque mois, au temps du moins où règne la liberté, ils s’y rendent en procession ; souvent aussi, malgré l’éloignement de ce faubourg, les fidèles de Nantes vont visiter la gracieuse chapelle, et je ne doute pas que vous tous, qui m’écoutez, vous n’ayez fait de pieux pèlerinages à Notre-Dame de Bonne Garde.


Jadis, au soir de la première communion, les enfants aimaient a se rendre dans la chapelle de Bonne Garde et s’y consacraient ensemble à la Vierge Marie. C'était une touchante pensée : Marie n’est-elle pas, en effet, la meilleure gardienne de leur foi et de leur vertu ? Tous les hommes courent des dangers, tous ont besoin de se placer sous l’égide de Marie, et Marie les protège tous. N’est-il pas vrai cependant que la jeunesse est plus exposée ? Que la jeunesse a plus à craindre pour sa foi et pour sa vertu ? La jeunesse court plus de dangers, parce qu’elle est plus ignorante et qu’elle côtoie les abîmes avec une insouciance qui fait trembler ; la jeunesse court plus de dangers parce qu’elle est plus faible et qu‘elle n’a pas encore acquis les bonnes habitudes qui rendent la vertu plus facile, la résistance plus forte ; la jeunesse court plus de dangers parce qu’elle est l’avenir, l’espérance, et que l’Enfer, le monde, les méchants cherchent à l'accaparer et multiplient les pièges sous ses pas ; la jeunesse court plus de danger parce qu’elle est à l’âge où le sang bouillonne, où les passions s'allument, où le cœur et la chair tressaillent. La jeunesse, plus encore que l’âge mûr, a donc besoin d’être gardée par Marie.

Or Marie aime la jeunesse, et je ne crains pas de dire qu’il y a dans son cœur une place de prédilection pour les jeunes. Est-ce qu’une mère, qui aime tous ses enfants, ne montre pas cependant une sollicitude plus empressée pour les dernier-nés, parce qu’ils sont plus faibles, parce qu’ils ont davantage besoin de ses bras ? Ainsi Marie. Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que Jésus a voulu cela. Pourquoi, lorsque du haut de sa croix il lui a donné tous les hommes pour enfants, les lui a-t-il confiés dans la personne de saint Jean, le plus jeune des apôtres, sinon parce qu’il voulait ainsi désigner principalement les jeunes a sa tendresse de mère ?

L’Eglise sait cela, les mères aussi : de là tant de petits enfants voués à la sainte Vierge ; de là les consécrations au soir de la première communion ; de là les congrégations de jeunes gens et de jeunes filles, rangées sous la bannière de Marie... Donc, vous qui êtes jeunes, confiez-vous à Notre Dame de Bonne Garde ; vous qui avez des enfants et qui redoutez pour eux l’âge des tempêtes, confiez les à Notre Dame de Bonne Garde.

Je remarque aussi dans l'histoire de notre modeste sanctuaire qu’on venait y demander à Marie sa protection contre la mort subite et, par là-même, la grâce d’une mort chrétienne ; que beaucoup de marins s’y rendaient de Rezé et des rives de la Loire pour réclamer son secours dans la tempête ou la remercier de son assistance.

Comme je comprends cette prière ! N’est-il pas vrai que si Marie nous garde, ce doit être surtout à l’heure de la mort. Avant de remonter au ciel, Jésus disait à son Père : « Ceux que vous m‘avez donnés, je les ai gardés, et aucun d’eux ne s’est perdu, si ce n’est le fils de perdition, afin que l'Ecriture fût accomplie ». Le désir de Marie, c’est de répéter à Jésus la même parole : « Ceux que vous m’avez donnés, je les ai gardés et aucun d'eux ne s’est perdu ». Aussi comme elle veille sur ses enfants ! C’est surtout a la mort qu'ils risquent de se perdre ; c’est surtout à la mort qu’ils ont besoin d’être gardés. Voilà pourquoi nous lui disons chaque jour : « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ».

Répétons souvent cette prière et ne manquons pas de nous recommander, en ce moment qui décidera de notre éternité, à Notre Dame de Bonne Garde.

 

ND de Nantes

 

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21 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne15

Vingt-deuxième jour

Notre Dame de Toutes Aides


Les Notre Dame de Nantes sont nombreuses. Il en est une, connue depuis longtemps, chère à la piété de nos aïeux, qui ne parait pourtant pas avoir jeté beaucoup d’éclat dans le passé. Mais, depuis une trentaine d’années, elle a primé toutes les autres, et il semble que Marie l’ait choisie pour remplacer dans la vénération du peuple cette collégiale de Notre-Dame, si célèbre autrefois et a jamais disparue. J’ai nommé Notre Dame de Toutes Aides. Est-il besoin de vous rappeler son histoire que vous connaissez tous ?

La légende, restée dans la mémoire des habitants voisins, apporte qu’au moyen âge, vers le Xe ou le XIe siècle, au moment où la guerre désolait continuellement nos contrées, une duchesse de Bretagne, nommée Constance, s’était réfugiée dans un château, situé aux portes de Nantes, sur le territoire de Doulon. Pressée par l’ennemi, la pieuse princesse fit un vœu à Marie, et lui promit une chapelle pour prix de sa délivrance. La duchesse fut exaucée, et elle éleva en l’honneur de sa protectrice la chapelle promise à laquelle elle donna le nom de Notre Dame de Toutes Aides.

Les fidèles de cette époque et des siècles suivants y vinrent implorer l’assistance de la Reine du Ciel, et la ville de Nantes, qui possédait déjà bien des sanctuaires consacrés à Marie, ne dédaigna point celui-là. Dès le début du XIIe siècle, l’évêque Benoît établit une procession annuelle du chapitre de sa cathédrale à l’église paroissiale de Doulon, et peu à peu s'introduisit l'usage de. faire une station à la chapelle vénérée de Toutes Aides. Dès lors, l’Annonciation avait été adoptée pour fête patronale, et de nombreux pèlerins, venus de tous côtés, se rendaient ce jour-là au petit sanctuaire.

Au commencement du XVIIe siècle (1610), la chapelle tombait en ruines. Les habitants de la paroisse de Saint-Clément et spécialement de Richebourg pétitionnèrent auprès du Bureau de ville, afin qu’il la rebâtit à ses frais. La chapelle était sur le territoire de Doulon ; mais les Nantais avaient une telle vénération pour elle, que la municipalité n’hésita pas à faire la dépense de cette reconstruction. Preuve évidente et sans réplique de la popularité de ce pèlerinage. À la suite de cette réfection, on érigea une confrérie de Notre Dame de Toutes Aides.

Le sanctuaire tant aimé possédait un chapelain. En outre, les prêtres irlandais y allaient aussi célébrer la sainte messe, et continuèrent leur service durant les premières années de la Révolution.

Bientôt, comme toutes les autres, la chapelle fut fermée. Elle semblait devoir passer inaperçue, protégée qu’elle était alors par l’éloignement de la ville et par l’amour des habitants voisins. Il n’en fut rien pourtant. Des soldats vinrent un jour la saccager. Ils voulurent porter une main sacrilège sur l’antique statue ; mais Marie défendit son image. L'échelle qu'ils avaient appliquée contre. la muraille se brisa sous le poids du malheureux qui s’était chargé de ce criminel attentat. Ses camarades l'emportèrent dangereusement blessé ; et personne depuis n’osa s’attaquer à la puissante madone. La chapelle fut vendue, il est vrai, mais cinq familles chrétiennes du voisinage s’étaient cotisées pour l’acquérir, et, plus heureuse que celles de Miséricorde et de Bon Secours, elle fut sauvée de la tourmente.

Dès que le calme fut rétabli, on y célébra la sainte messe ; et l’on parle encore de l’éclat avec lequel y fut solennisée la fête de Noël, en 1799. Beaucoup de Nantais étaient accourus pour y prendre part, et cette cérémonie, toujours si touchante et si pieuse, fut plus émouvante encore après un si long deuil.

Cependant l’oratoire ne fut rendu au culte public qu’en 1828. Les pèlerinages reprirent, et c’est à cette époque que des marins nantais, sauvés par l’intercession de Notre Dame de Toutes Aides, vinrent nu-pieds au sanctuaire vénéré, pour témoigner leur reconnaissance et offrir en ex-voto un petit navire que l'on y voit encore.

Le quartier de Toutes Aides fut érigé en paroisse, dans le courant de l’année 1873. Quelques mois plus tard, un grand pèlerinage était organisé, pour le jour de la fête patronale. Mgr Fournier présidait, tout radieux de voir la foule immense et de sentir l’âme de ses chers Nantais à l’unisson de la sienne. « Que vous êtes heureux ! Monseigneur ! » lui dit alors un prêtre étranger qui se trouvait il ses côtés, « quel peuple vous avez ! » A la fin du jour, le prélat enthousiasmé exprimait l’espoir de couronner bientôt solennellement l’antique statue : Il n’y en a qu’une comme cela dans le diocèse, disait-il familièrement.

En trois ans, s’éleva la ravissante église que vous connaissez tous. Mais ceux qui entreprirent cette œuvre eurent la touchante pensée de conserver le pauvre et vieux sanctuaire construit par la Mairie de Nantes. On édifia l’église paroissiale a côté, et l’on ouvrit de solides arcades dans le mur qui les séparait. Puis un artiste au goût délicat transforma délicieusement l‘intérieur de l’ancienne chapelle où la madone, drapée, comme au moyen âge, dans son manteau d’azur, continue de sourire à ses enfants.

Mais Notre Dame de Toutes Aides n‘avait pas encore vu son plus beau jour. Sollicité par Mgr Le Coq, Léon XIII accorda a la chère statue l‘insigne honneur du couronnement solennel. Il vous souvient, mes Frères, de la joie qui fit tressaillir alors le cœur des Nantais, de l’appel enthousiaste adressé par l’Evêque a ses diocésains, des bijoux et des pierres précieuses offerts par la piété de tous pour faire un vrai diadème de reine a la Dame de Toutes Aides ? Il vous souvient aussi de la pompe royale du grand jour ? Une estrade avait été dressée, à l’endroit que marque encore un pétit monument ; la madone rajeunie y fut placée sur un trône : dix évêques, des centaines de prêtres, cent mille hommes formaient son cortège. La messe fut célébrée sous la voûte du ciel, l’éloquence chrétienne retentit par la bouche d’un grand et saint prélat, puis le silence se fit et l’ange de l’Eglise de Nantes déposa le diadème d’or sur le front de la Reine... Quel spectacle ! et quels applaudissements ! Quels vivats !

Le soir, Notre Dame de Toutes Aides, portée sur les épaules de ses fidèles, parcourut la plupart des rues de la paroisse, transformées en allées triomphales ; d’élégants arceaux de mousseline et de fleurs décoraient la longue voie qui conduit a la chapelle, on eut dit une voûte ininterrompue, un de ces cloîtres mystérieux du moyen âge, taillés en dentelle dans le granit, et il semblait que des chrétiens de ces siècles de foi étaient sortis de la poussière des tombes pour acclamer leur Dame : c’était du moins la même foi qui faisait battre les cœurs, le même filial amour qui faisait jaillir des lèvres les acclamations. Notre-Dame, couronne en tête, manteau royal sur les épaules, rentra dans sa maison, purée comme une jeune fiancée pour la recevoir.

Des pèlerinages suivirent, accourus de tous les points du diocèse ; ils ont continué depuis lors et ils continueront longtemps, car la madone de Toutes Aides est bien désormais Notre Dame de Nantes.


Je voudrais vous faire remarquer que notre madone nantaise n’est pas appelée seulement N. D. des Aydes, comme certaines autres, à Blois par exemple, mais N. D. de Toutes Aides. Pourquoi ? Pour nous faire mieux comprendre la bonté de Marie, pour nous mieux révéler la largeur de son cœur.

Ce nom rappelle que Marie est toujours prête à nous aider. Quand Napoléon 1er se fut assis sur le trône de France, il voulut tout enrégimenter, la justice, l’instruction, les cultes, la charité elle-même. Mais ce grand esprit avait su comprendre que ce dernier ministère convenait à la femme, et il en chargea Madame Laetitia Bonaparte, Madame-Mère, comme on disait alors. Puis il multiplia les ordonnances et les décrets pour organiser ce ministère charitable. Il y avait dix-huit siècles que le divin Jésus avait donné cet exemple : il avait gardé pour lui la justice et il avait confié à sa Mère la charité. Mais il n’avait pas eu besoin de lui donner des règlements pour la diriger, il avait fait mieux : il l‘avait proclamée la Mère de tous les hommes et, du même coup, il lui avait donné un cœur de mère pour eux. C’était assez : depuis lors, le Cœur de Marie s’épanche sur ses enfants. Une mère n’est-elle pas toujours prête, et de jour et de nuit, a venir en aide à ses enfants ? Ne suffit-il pas d’un appel, d’un cri, d’un soupir pour qu’elle vole a leur berceau ? Telle Marie : il suffit d’une prière, d’un cri de détresse pour qu’elle accoure; et c’est ainsi qu’elle est d’abord Notre Dame de Toutes Aides.

Ce nom rappelle que Marie donne son aide à tous. Une mère, une vraie mère, prend soin de tous ses enfants, elle n’a de prédilection que pour les plus malheureux et les plus faibles. Ainsi fait Marie. Elle aide tous les hommes, car ils sont, tous, ses enfants ; peut-être cependant incline-t-elle plus volontiers son Cœur et sa main vers les malheureux, les pauvres, les affligés, tous ceux qui souffrent, tous ceux qui pleurent. Bien plus, elle écoute volontiers les saints et les enveloppe de tendresse... On pourrait presque dire que les pécheurs sont ses privilégiés. N’est-elle pas mère et ne sont-ils pas les plus malheureux ?

Ce nom rappelle que Marie donne toutes les aides possibles, c’est-à-dire qu’elle prend tous les moyens pour nous assister, qu'elle nous accorde toutes les variétés de grâces et de faveurs. Passez en revue les ex-voto qui tapissent les murailles de ses sanctuaires ; quel tableau des misères humaines ! Quel tableau des aides apportées par Marie !

Ce nom rappelle enfin que Marie est toute-puissante pour nous aider, qu’elle est l’avocate des causes désespérées, la toute puissance suppliante, omnipotentia supplex. Aimons-donc ce vocable et plaisons-nous à redire chaque jour : « Notre Dame de Toutes Aides, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

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20 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne16

Vingt-et-unième jour

Notre Dame de Bon Secours

 

Après vous avoir parlé de la madone que l’on vénère à Saint Similien, nous allons dire deux mots maintenant de celle que vous aimez tous aller prier dans l’église Sainte Croix : Notre Dame de Bon-Secours. La première est incomparablement plus ancienne, mais je ne saurais dire laquelle des deux tient une plus grande place dans le cœur des Nantais.

Au XVe siècle, on voyait dans la Loire, en face de l'embouchure de l'Erdre, un îlot sablonneux et couvert de saules où, suivant le langage du temps usité encore. chez nos paysans, de saulze, ce qui lui avait valu le nom de Saulzaie. C’est aujourd‘hui l’île Feydeau. À l’époque dont nous parlons, ce n’était qu‘un amas d‘alluvions, souvent submergé par les grandes eaux. Cependant les parties les plus élevées de l’île commençaient dès lors à se couvrir de maisons, simples cabanes de pêcheurs, pour la plupart du moins.

Les habitants étaient pauvres de biens, mais riches de sentiments chrétiens. Placés en dehors des remparts, ils voyaient les portes de la ville se fermer soigneusement chaque soir, et ils songeaient avec tristesse que leurs malades devaient renoncer à réclamer la nuit le ministère du prêtre, et que, durant ces longues heures, il ne pouvait être question de porter le saint Viatique aux mourants. Ils résolurent donc, malgré leur pauvreté, de construire une chapelle, d’y fonder une messe chaque dimanche, enfin, d’y entretenir un chapelain, chargé de veiller sur la sainte Eucharistie et de pourvoir aux besoins spirituels des malades, quand les prêtres de la paroisse en seraient empêchés. Deux habitants, plus fortunés sans doute que les autres et plus fervents aussi, Alain Raymond et Jeannette Philippe, sa femme, tirent, en grande partie, les frais de la fondation. La chapelle fut dédiée à Marie et eut pour vocable Notre Dame de Bon Secours. C’était au milieu du XVe siècle, en 1443.

A peine la modeste chapelle est-elle construite, que les pèlerins s’y précipitent. Les fondations de messes affluent a tel point qu’il est impossible de les célébrer toutes dans cet étroit sanctuaire et qu’il faut en transporter une partie à Sainte-Croix, la paroisse.

Je l’ai dit déjà, en 1487, les Français attaquent la Bretagne, dont la fière indépendance les offusque ; Nantes est menacé et la population s’épouvante de la perspective d’un siège. Les Nantais se mettent en prières, ils visitent tour a tour les sanctuaires les plus aimés, ils multiplient les processions, on en compte 57 dans le cours de cette année, sans parler de celles qui se font régulièrement chaque premier dimanche du mois. La chapelle de Bon Secours est une de celles où la foule s’empresse le plus volontiers. L‘ennemi vint mettre le siège devant la ville ; mais Marie veillait : il se retira au bout de dix jours, après avoir perdu 500 hommes.

Au cours de ce même siècle, les gabarriers de la Loire établissent leur confrérie dans la chapelle de Bon Secours et y déposent le cierge d‘honneur qu‘ils portent aux processions.

D’autres corps d’état y fondent la confrérie de Sainte Anne, pour honorer la Mère de Marie et en même temps la reine Anne, leur protectrice.

Les marins font des vœux à Notre Dame de Bon Secours, et l‘on voit des équipages entiers s’y rendre, au cœur de l’hiver, pieds nus et un cierge à la main. Pendant qu’ils entendent dévotement la sainte messe, la charité prépare l‘eau chaude qui doit les purifier et les réchauffer. Les dames de la halle, surtout les poissonnières, dont la c0hue est voisine, s’y pressent chaque matin.

Les messes y sont nombreuses, à certains jours on en compte plus de 30 ; et c’est une dévotion parmi les nouveaux prêtres d’aller célébrer leur première messe aux pieds de la Vierge de Bon Secours. Plusieurs chapelains deviennent nécessaires. Les prêtres irlandais, qui tiennent un séminaire dans l’ancien manoir épiscopal de la Touche, aujourd’hui dépendance du musée Dobrée, y remplissent un fructueux ministère.

Au XVIIIe siècle, la grève de la Saulzaie, bâtie splendidement, devient le quartier a la mode et prend le nom de Feydeau - Feydeau de Bron était alors intendant de Bretagne. La pauvre chapelle, qui d’ailleurs tombe en ruines, n'est plus digne d'un tel voisinage ; l'honneur de Marie veut qu’on la rebâtisse. Sollicitée par le Curé de Sainte Croix, la municipalité donne son assentiment ; les fidèles se montrent généreux ; M.Grou, dont le nom, encore porté par une petite rue de notre ville, est resté célèbre dans les annales de la bienfaisance nantaise, lègue une somme importante pour cet objet ; enfin, la reine Marie-Antoinette, qui demande au Ciel un dauphin, envoie à Notre Dame de Bon Secours une petite statue d’argent et une large offrande. La reconstruction est décidée. La statue est portée processionnellement à l’église paroissiale, et c’est là qu’on la vénère pendant les travaux. Le nouveau sanctuaire, bâti dans le style grec, est bientôt achevé ; Mgr Frétat de Sarra vient le bénir et la statue est reportée en triomphe dans sa maison.

C‘étaient les derniers beaux jours ! La Révolution commence par confisquer le trésor ; mais la chapelle reste ouverte et les prêtres irlandais, momentanément épargnés comme étrangers, continuent d’y célébrer. Tout Nantes y court, et l'on compte jusqu‘à 5 et 6,000 communions par jour. Mais, en 1793, les Irlandais sont chassés a leur tour, et la chapelle voit ses portes fermées.

À l'apaisement, une fervente chrétienne, Madame Ferrand, la prend en location et la foule s’y porte avec la ferveur des anciens jours. Hélas ! La chapelle est bientôt mise en vente, et il ne se trouve pas un chrétien assez généreux et assez riche pour la racheter. L‘acquéreur la transforme en maison d’habitation. Elle existe toujours, assez facilement reconnaissable, grâce à ses pilastres; elle occupe l’angle de la rue Bon Secours et du quai Turenne, à droite, quand on va du centre de la ville au pont de la Belle Croix. Et la statue vénérée, qu’est-elle devenue ? Plusieurs disent qu‘au Concordat, l'intrus de Sainte Croix, nommé curé de Saint Jacques, la transporta dans cette paroisse, où on la conserve précieusement; d’autres, mieux informés peut-être, prétendent que la statue possédée par Saint-Jacques n’était pas la principale, et que celle-ci, recueillie par une famille de Sainte-Croix, qui la transmet à ses aînés comme un précieux héritage, serait actuellement, avec les ornements vénérables qu‘elle portait en 1793, dans une maison de la rue de Paris. Espérons qu’un jour elle sera exposée de nouveau a la vénération du peuple.

Du moins, le culte de Notre Dame de Bon Secours n'a pas disparu ; il a été transféré dans l’église paroissiale de Sainte Croix ; et les pieux fidèles y vont toujours prier la protectrice de Nantes, surtout pendant la neuvaine, solennellement inaugurée en 1852 et, depuis lors, suivie avec amour.

 Les habitants de la Saulzaie dédièrent leur chapelle à Notre Dame de Bon Secours ; mais eux non plus n'avaient pas inventé ce titre ; dès longtemps, Marie était appelée le Secours des chrétiens. Jésus, en effet, lui a confié le soin de défendre son Eglise et.de secourir les chrétiens dans leurs luttes contre les ennemis de la foi. Les hérétiques le devinaient sans doute, quoi d’étonnant, puisque c’est Satan qui les inspire, Satan dont elle est chargée d’écraser la tête venimeuse, et tous ont attaqué Marie avec une haine infernale. Mais Saint Athanase le déclarait déjà, Marie est la ruine de toutes les hérésies. C’est elle qui a vaincu les Ariens, et Saint Grégoire de Nazianze lui en témoigna sa reconnaissance en lui érigeant une splendide église à Constantinople ; c’est elle qui a vaincu les Nestoriens, et la condamnation de leur doctrine au concile d’Ephèse fut accueillie par la foule au cri de : « Vive Marie, Mère de Dieu ! » C’est elle qui a vaincu les Albigeois par le rosaire qu’elle révéla a saint Dominique ; c’est elle qui a vaincu les Musulmans, ce qui lui procura le titre officiel de Secours (les chrétiens, Auxilium Christianorum ; c’est elle qui a sauvé la papauté dans les périls qui accompagnèrent ou suivirent notre Révolution, et c’est pour cela que les Pontifes instituèrent une fête commémorative de la protection qu’elle a toujours exercée sur l’Eglise ; en un mot, c’est elle que Dieu a chargée de défendre l’Eglise et la foi, et voilà pourquoi nous chantons : « C’est vous, ô Marie, qui, dans l’univers entier, avez brisé toutes les hérésies : Cunctas hœreses sola interemisti in universe mundo ».


Nos pères avaient compris ces leçons de l’histoire et nous venons de voir comment, il y a cent ans, au début de la persécution, ils allaient invoquer Notre Dame de Bon Secours.

Secours de l'Eglise contre les attaques provoquées par Satan, Marie est aussi notre secours dans les tentations. Elle est, de par Dieu, l’ennemie particulière de Satan : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme, entre sa postérité et la tienne, et elle t'écrasera la tête » ; elle est son ennemie particulière et toujours triomphante. Satan la déteste, mais il est impuissant contre elle, et il la redoute plus que tout. La seule invocation du nom de Marie suffit à le mettre en fuite. Si Satan déteste Marie, la Vierge le lui rend bien, et elle ne demande qu’à le combattre, qu’à presser de son pied vainqueur la tète infernale.

Si donc nous sommes aux prises avec le tentateur, appelons Marie : elle répondra toujours à notre appel, et toujours elle saura nous défendre. Disons, disons encore, ne nous lassons pas de redire : « Notre Dame de Bon Secours, priez pour nous.

 

ND de Nantes

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19 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne14

Vingtième jour

Notre Dame de Miséricorde

 

Notre piété ne peut plus s'épancher sous les voûtes et dans les nefs gracieuses de l’église royale et collégiale de Notre-Dame de Nantes : le temps a renversé l'œuvre élégante des rois et des ducs. Le temps n’a pas davantage épargné l’église plus humble et non moins aimée de Notre Dame des Carmes. il a du moins respecté la modeste statuette que nos pères vénéraient sous le nom encourageant de Notre Dame de Miséricorde ; et il n‘a fait qu’accroître la dévotion du peuple nantais envers cette chère madone. C'est d‘elle que je viens vous entretenir ce soir.

Vers le huitième siècle, une. forêt immense s‘étendait à l'ouest de Nantes et s‘avançait jusqu‘aux abords de la colline du Martray. Le manoir dela Cour Cattuy, dont le peuple dit volontiers que c’est un ancien rendez-vous de chasse des ducs de Bretagne et qui existe encore rue des Hauts-Pavés, semblerait en marquer les limites.

Un dragon, bête monstrueuse et féroce, assez semblable à un serpent ou à un crocodile, s’y était établi, au dire de la légende, et, de cette retraite impénétrable, jetait partout la désolation. Les troupeaux étaient décimés, les hommes eux-mêmes n’étaient pas épargnés. Malheur au voyageur ou au paysan qui se hasardait dans les étroits sentiers de la forêt : il était irrémédiablement perdu.

Les Nantais font vœu à Marie de lui élever un sanctuaire, sous le vocable de Notre-Dame de Miséricorde, si elle les délivre de ce fléau. Confiants dans la protection de la Vierge, les trois plus honorables habitants de la cité s’offrent pour combattre le monstre. Ils parlent ; le premier est victime de son courage, il tombe sous la dent du dragon ; mais c’est en vain que celui-ci tourne ensuite sa fureur contre les deux autres assaillants, il tombe à son tour, mortellement frappé.

L’Evéque vint alors, à la tète du clergé et du peuple, poser la première pierre de la chapelle votive; et il emporta, comme témoignage de la protection de Marie, la mâchoire du monstre, qui fut placée dans un étui d’argent et conservée jusqu’à la Révolution, dans le trésor de la Cathédrale.

La piété nantaise pourvut a la construction de la chapelle et veilla, pendant des siècles, à son entretien. Deux fois au moins, sous l’effort du temps, ses vieux murs menacèrent ruine ; deux fois elle fut soigneusement rebâtie. Les fidèles s’y rendaient fréquemment en pèlerinage ; les processions ne partaient pas seulement de la ville, il en venait des paroisses plus éloignées du comté nantais, il en venait même, au témoignage du chanoine Vincent Charron, de l’Anjou et du Poitou. Notre Dame de Miséricorde répondait a cette confiance, et le même auteur rapporte trois miracles obtenus, aux XVIe et XVIIe siècles, par son intercession. Deux furent accomplis dans la ville de Nort, qui semble avoir aimé d’un amour tout spécial la madone nantaise, et l’un des miraculés, riche marchand tiré des portes de la mort où l’avait conduit une grave maladie, vint visiter notre chapelle et y laissa un tableau qui le représentait aux pieds de la « Mère de bonté ». Le troisième fait cité par le vieux chroniqueur concerne un gentilhomme du comté nantais qui, revenant d'Espagne, fut assailli sur mer par une furieuse tempête. Menacé de périr, il jeta un cri de détresse vers Notre-Dame de Miséricorde. Marie entendit sa prière, et le voyageur, en témoignage de sa reconnaissance, fit placer dans la chapelle un tableau, où il était représenté sur le pont d’un navire battu par la tempête.

Faut-il s’étonner, après cela, que ce doux vocable se fût répandu au loin dans le diocèse de Nantes, et que l’on honorât presque sur tous les points Notre-Dame de Miséricorde ? Au premier rang, la Cathédrale : un chanoine, vénérable et discret missire Jean Berhault, « pour la grande dévotion qu’il portait à la Saincte Vierge, sa spéciale patrone », fit construire, au XVe siècle, « une belle chappelle sous l’invocation de Nostre Dame de Miséricorde, de sainct André, apostre, et de sainct Martin, évesque de Tours » ; il voulut y être enterré aux pieds de sa bonne Mère et fit, en son honneur, une fondation perpétuelle de deux messes par semaine. On trouvait aussi ce vocable à Sainte-Pazanne, à Trescalan, à Herbignac ; et nos ducs de Bretagne, qui possédaient une résidence au Gâvre, avaient voulu que leur chapelle, plus tard église paroissiale, fût dédiée à Notre Dame de Miséricorde.

Au XVIIe siècle, un évêque de Nantes établit à Miséricorde une confrérie en l’honneur de saint Michel, le vainqueur de l'internat serpent ; puis, quelques années plus tard, un autre prélat, évêque irlandais, exilé pour la foi, inaugura, dans le petit sanctuaire soigneusement restauré, la célèbre neuvaine qui se célèbre encore à Saint Similien, de l’Ascension à la Pentecôte.

À la Révolution, la chapelle est vendue, puis démolie. Il n’en reste aucune trace. Elle s’élevait sur la petite place qui précède l’entrée du cimetière qui porte encore son nom. Mais la statuette vénérée par nos ancêtres avait été sauvée. Une pieuse tertiaire, « la bonne sœur Jeanne », qui s’occupait de la chapelle, l’avait soustraite à la profanation, et elle est aujourd’hui conservée précieusement dans l’église paroissiale, où la piété nantaise honore, avec plus d’ardeur et d’amour que jamais, Notre-Dame de Miséricorde.


Ce titre, si consolant et si encourageant pour nous, est donc bien un titre nantais. Cependant nos pères ne l’avaient pas inventé ; ils l’avaient emprunté aux usages de l’Eglise universelle qui, dès longtemps, honore d’un culte pieux Notre Dame de Miséricorde, et qui depuis l’a placé dans ses Litanies : « Mater Misericordiæe, ora pro nobis ». Comment traduire cette location latine ? Elle a deux sens, et les deux sont également beaux.

Elle veut dire : « Mère de la Miséricorde ». Mais la Miséricorde, n’est-ce pas Jésus, n’est-ce pas le Fils de Dieu fait homme, qui a si bien mérité par son amour pour les pécheurs d’être regardé comme la Miséricorde en personne ? La Mère de la Miséricorde, c’est donc la Mère de Jésus, c’est donc la Mère de Dieu; mais ce n’est pas la Mère du Dieu terrible, ce n’est pas la Mère du Dieu de justice et de vengeance ; c’est la Mère du Dieu d’amour, dont le cœur déborde de pitié pour les pauvres pécheurs.

Mater misericordiæ a un autre sens, plus généralement adopté, il veut dire : »la Mère de Miséricorde », c’est-à-dire, la Mère miséricordieuse et bonne. N’est-il pas naturel d'ailleurs que la Mère d’un Dieu si bon soit elle-même remplie de miséricorde et de bonté ?

Aimons donc a nous servir de ce touchant vocable, nous tous surtout qui sommes livrés au péché : c’est la leçon qui ressort, en effet, tout naturellement de notre dévotion nantaise. Ce dragon, qui dévore tous ceux qui l’approchent, c‘était l’image du démon, le serpent infernal, qui rôde sans cessa autour de nous pour nous dévorer, et qui, trop souvent hélas ! Nous donne la mort avec son venin. Ils avaient compris combien ce rapprochement était naturel, ceux qui avaient établi dans notre chapelle la confrérie de Saint-Michel, le vainqueur de Satan.

Mais Marie aussi a vaincu le serpent dont son pied virginal continue d’écraser la tête maudite. Elle est forte contre lui, et communique à ceux qui l’invoquent la force pour le vaincre. Elle est de plus le refuge suprême de ceux qu’il a vaincus, elle est la dernière espérance des pêcheurs, et c’est à cause de ses bontés maternelles pour ces pauvres malheureux qu’elle a Surtout mérité d’être appelée Mère de Miséricorde.

Elle accueille les bras ouverts et presse sur son cœur, que la pitié fait battre et plus encore l’amour, les plus coupables, les plus flétris, et c’est merveille de voir, dans les annales qui enregistrent ses bienfaits, le nombre et la désespérante malice des criminels qu’elle a sauvés. Mais en outre comment dire le peu qu’elle exige d’eux pour les tirer de la l‘ange et les arracher à l’enfer Une médaille à leur cou, un scapulaire sur leurs épaules, un Ave sur leurs lèvres déshabituées de la prière, un cierge brûlant a son autel, une neuvaine ou un pèlerinage entrepris par la mère, la femme ou la fille du pécheur, et le cœur de Marie est touché, et elle insinue le repentir dans l’âme du coupable, et elle lui donne la main pour le conduire à Dieu.

Nous donc qui sommes pécheurs, et nous qui gémissons de voir des pécheurs a nos côtés, sous notre toit, parmi ceux qui nous touchent de plus près, tournons nos regards vers Marie, mettons notre espérance en elle, et ne nous lassons pas de redire la prière que les Nantais répètent depuis douze siècles : « Notre Dame de Miséricorde, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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18 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Dix-neuvième jour

Notre Dame du Mont Carmel

 

D'après certaines traditions, un oratoire aurait été bâti en l'honneur de la sainte Vierge, avant son Assomption, par des disciples du prophète Elie, groupés en une sorte de communauté, sur le Mont Carmel. C‘est pour cela que les Carmes, qui prétendent tirer leur origine de cet ordre antique, ont toujours été regardés comme les premiers et les plus fervents serviteurs de Marie.

Ces religieux s‘établirent à Nantes, en 1318. Thébaut de Rochefort, vicomte de Donges, les avait appelés et les reçut dans son hôtel de Rochefort. Toutefois cette maison, qui devait être donnée plus tard aux religieuses de Sainte Claire par une descendante de Thébaut, Françoise d'Amboise, n‘abrita les Carmes que durant neuf années. En 1327, ils allèrent occuper une autre propriété du vicomte, située « entre la maison de Guillaume Lallier, dans la rue de Verdun, et la rue qui conduit à la porte de l’Echellerie ». C’est là qu’ils s’établirent définitivement, qu’ils bâtirent un couvent, une église, qu’ils fondèrent enfin une confrérie de Notre Dame du Mont Carmel.

Dés le principe, les ducs de Bretagne et les habitants de Nantes se montrèrent favorables à ces religieux et prirent l’habitude d’aller dans leur église invoquer Notre-Dame. Mais ce qui donna surtout l’essor à leur dévotion, ce sont les faits merveilleux, racontés par Albert Le Grand, d’après les archives des Carmes.

C'était le jour de saint Maurice, 22 septembre 1365, Jean le Conquérant, IVe du nom, duc de Bretagne, faisait solennellement son « entrée ducale » dans sa bonne ville de Nantes. Toutes les fenêtres étaient garnies de curieux, les rues étaient noires de monde, la foule était immense, si bien que les archers de la garde de son Altesse avaient bien de la peine a mettre un peu d’ordre et à ouvrir un passage au cortège. Comme le duc pénétrait sur le carrefour des Changes, un déplorable accident vint attrister la fête. Des curieux imprudents, des enfants surtout, avaient envahi la margelle du grand puits qui se trouvait alors au milieu de cette place. Un fort remous se produisit dans la foule, à l’arrivée du prince, et un jeune enfant tomba dans le puits. On se hâta de l’en tirer ; mais un pareil sauvetage demandait du temps. Quand le petit corps réapparut au-dessus de la margelle, ce n’était plus qu’un cadavre. Il faisait « compassion aux assistants », rapporte notre chroniqueur. Mais que dire de la pauvre mère quand on lui remit le corps inanimé de son enfant qui tout à l’heure était plein de vie ? Sa douleur était navrante et tirait les larmes des yeux. La foi du peuple parut alors. « On lui conseilla de vouer son enfant mort à Notre Dame du Mont Carmel, laquelle ne dénie son assistance à personne de ceux qui ont recours à elle en leurs afflictions ». L’église des Carmes n’était qu’à quelques pas, la malheureuse femme y courut, portant dans ses bras le cadavre glacé de son enfant. Sans hésiter, elle posa le corps sur l'autel même de Notre-Dame, puis tombant a genoux, avec ses larmes plus encore qu’avec la voix, elle demanda un miracle a la bonne Mère. Marie pouvait-elle repousser une telle prière ? Sur-le-champ, l‘enfant ressuscita, en présence de la foule qui avait suivi la pauvre mère, et qui était là, haletante.

On devine avec quelle ferveur enthousiaste ce bon peuple remercia Notre-Dame ; on devine aussi le bruit que fit cette merveille. Toute la ville était sur pied, ce fut connue une traînée de poudre. Cependant tous n’avaient pas vu, et, dès ce temps-là, il y avait des incrédules. Le lendemain, des passants, attroupés devant la boutique d’un cordonnier, s’entretenaient avec animation du miracle arrivé la veille. L’artisan prête l’oreille a la conversation, puis, avec cet air tranchant des sceptiques, déclare qu’il n’en croit pas un mot, que c’est un faux bruit que les moines font courir pour se donner du crédit, et il ajoute : « Qu’ils aillent au diable ces moines, avec leur Nostre Dame du Mont Carmel ». À peine avait-il proféré ce blasphème que, par un mouvement inconscient, il enfonça son alène dans la paume de sa main. L’instrument s’y fixa si solidement que personne ne put l’arracher, « quelque effort que l’on y fist. Le duc y envoya ses médecins et chirurgiens qui ayant visité le patient, et tasché en vain de le soulager, rapportérenl qu'il y avait du surnaturel, et que c‘était une juste punition de son blasphéme ». Le malheureux demeura vingt-quatre heures dans cet état, avec des douleurs atroces. Enfin il rentra en lui-même, reconnut l‘énormité de sa faute, et demanda qu’on le conduisit à Notre Dame des Carmes. Arrivé devant l’image de la Vierge, il se prosterna dévotement « et versant un torrent de larmes, confessa publiquement sa faute, demanda pardon à la sainte Vierge et la supplia de luy obtenir la santé. Il n’eut pas plus-tôt fait cette petite satisfaction que l’aléne lui tomba de la main sur le marchepié de l’autel, et la playe fut incontinent guérie, dont il rendit grâces à Dieu et a sa très saincte Mère ».

A la suite de ces faits merveilleux, la confiance des Nantais en Notre Dame des Carmes ne pouvait manquer de s’accroître. Celle des ducs s’en accrut aussi. Tous les princes de la maison de Montfort devaient en donner des preuves, mais c’est Jean V qui brille au premier rang.

J’ai dit la trahison des Penthièvre et l’emprisonnement du duc dans la forteresse de Châteauceaux. Un jour que la mère des traîtres, la vindicative Marguerite de Clisson, lui avait adressé les plus terribles menaces, elle termina par ces paroles sinistres : « La mort, le cachot, la torture, tout se prend en patience, avec bon courage ! » Le duc, qui n'était pas très brave, se prit a trembler. Mais il était « grand serviteur de la Mère de Dieu, laquelle lui avait, en plusieurs occasions, fait ressentir les bénignes influences de. sa faveur » ; il se souvint de Notre Dame des Carmes et fit vœu, si par son intercession il était délivré de cette captivité et de ce péril de mort, de lui donner son poids d’or et d’argent. À peine rentré à Nantes, Jean V, reconnaissant, se rendit aux Carmes. « Il fit célébrer la messe sur l’autel de Notre-Dame, à laquelle il communia, puis, en présence des prélats, barons, princes, seigneurs et autres de sa cour, des religieux Carmes et de tout le peuple, il se fit armer de son harnois de guerre, le heaume en tête, timbré des couronne et trophées de Bretagne, et ainsi tout armé entra dans l'une des balances et y fit encore mettre le harnois et caparaçonnement de son cheval d'armes, et charger l’autre bacin des balances d'or et d’argent, tant en monnaye, lingots, que vaisselle, jusqu’à ce que le poids l’enlevast, et de plus fit donner a chaque religieux cinq florins d'or ». Le duc, ainsi armé, pesait 380 mares. Tout son trésor y passa, avec une grande partie de sa vaisselle, et il lui fallut mettre en gage les joyaux de la couronne. « De cet or et argent, on fit faire une image de Notre Dame devant laquelle était l’effigie de ce Prince à grandeur d'homme, à genoux, les mains jointes, et d'autre costé estait représenté, en argent, le château de Champtoceaux avec ses tours, portaux, etc.. ., et furent posez devant l’autel de N.-Dame ».

Hélas ! Ce précieux monument n'eut qu'une durée éphémère: le successeur de Jean V, se trouvant court d’argent, le fit porter à la monnaie, en donnant toutefois des dédommagements aux Révérends Pères. Ceux-ci durent se contenter de mettre à sa place une reproduction en bois, qui se voyait encore au XVIIe siècle, en avant du premier pilier de leur église.

La dévotion de nos ducs envers N. D. des Carmes ne diminua point cependant ; la plupart d’entre eux tirent des fondations dans son église, et le dernier, François il, y fut inhumé avec ses deux femmes, Marguerite de Bretagne et Marguerite de Foix. La reine Anne, sa fille, lui fit sculpter, par Michel Columb, le magnifique mausolée que nous admirons encore, dans la Cathédrale, sous le nom de Tombeau des Carmes.

Les Carmes étaient fiers de la protection des ducs, et l’on voyait dans leur sceau, avec la Vierge-Mère devant laquelle se tenait un religieux a genoux, l‘écu et les hermines de Bretagne. Ils étaient fiers aussi de la bienveillance du Bureau de ville et de l'amour du peuple. A chaque fois que leur couvent ou leur église avaient besoin de réparations. le Bureau leur accordait de larges subventions, et dans les joies, comme dans les calamités publiques, le peuple se pressait aux pieds de N. D. des Carmes. C’est ainsi que, lors du siège de Nantes par les Français, en 1487, il s'y rendit en pèlerinage ; c’est ainsi que, pour remercier Notre-Dame de la naissance du Dauphin, qui devait être Louis XIV, la procession générale se dirigea vers l‘église des Carmes.

Hélas ! De cet établissement, si riche en souvenirs, plus rien ne subsiste aujourd’hui, plus rien, que ces souvenirs eux-mêmes ! Et combien sont-ils, dans la foule qui passe, à les connaître ? En 1802, l’église fut transformée en théâtre, puis bientôt démolie ; et cela vaut mieux. La rue des Bons Français traverse l’enclos, et le chercheur qui la parcourt, ainsi que les rues des Carmes et du Moulin, promène en vain ses regards à droite et à gauche: les ruines elles-mêmes ont péri.


La dévotion à Notre Dame du Mont Carmel n'a pas péri cependant chez nous. Vous savez comment elle se manifeste, par l'entrée dans sa confrérie, par la réception du Scapulaire qui lui est consacré. Donné par la Vierge elle-même à un religieux Carme, dés le XIIIe siècle, enrichi par les Souverains Pontifes de précieuses indulgences, aimé des fidèles qui ont maintes fois entendu raconter la protection exercée par Marie sur ceux qui sont exacts à le porter, le scapulaire du Mont Carmel est répandu dans toutes nos paroisses. Nos curés ou nos missionnaires l’imposent d’ordinaire aux enfants, le lendemain de leur première communion ; et beaucoup se font un devoir de porter, pendant toute leur vie, ce gage des faveurs de Marie. J’aime à croire que vous êtes de ceux-là ; j’aime à croire que vous répétez souvent, que vous répéterez plus souvent encore la prière que la pauvre mère des Changes et le peuple nantais disaient aux jours lointains du XIVe siècle : « Notre Dame du Mont Carmel, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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17 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Dix-huitième jour

Notre Dame de Consolation

 

La sainte Vierge règne dans le ciel par la gloire ; elle règne dans le Purgatoire par la bonté. Aussi nos pères ne pouvaient-ils manquer de l'associer à leurs prières pour les trépassés.

La plupart de ces puissantes confréries, si nombreuses dans les siècles passés et tant aimées de nos ancêtres, avaient sans doute pour but de commémorer un mystère ou d’honorer un saint ; toutes s'appliquaient en même temps à multiplier les prières pour leurs membres défunts. Je n’ai pas besoin de remarquer qu’il en était ainsi particulièrement dans les confréries de la sainte Vierge. Ce que nous avons dit de celle de la Chandeleur suffirait largement à le prouver, puisque les messes et services qu’on y faisait dire chaque année pour les confrères défunts se chiffrent par centaines. Mais nous n’avons pas à revenir sur votre célèbre confrérie ; mentionnons plutôt une autre dévotion nantaise qui avait, je le crois du moins avec l'abbé Lagrange, un double objet, honorer Marie et soulager les âmes du purgatoire, je veux dire Notre-Dame de Consolation.

La madone au nom si doux pour les cœurs affligés, et devant laquelle les mères désolées, les veuves, les orphelins, tous les endeuillés devaient s’agenouiller si volontiers, avait son autel et sa confrérie dans l’église de Sainte Croix.

L’histoire ne nous a transmis aucun détail sur l’origine de cette dévotion dans notre ville. Peut-être le bruit des miracles qui se multipliaient à Rome, au pied d’une image de la sainte Vierge que le peuple, bien inspiré dans sa reconnaissance, appela Notre-Dame de Consolation, donna-t-il à la piété de nos pères l’occasion d‘introduire ce vocable chez nous. Ce qui est incontestable, c’est que les miracles commencèrent à Rome en 1471, et que Notre Dame de Consolation était vénérée à Nantes quelques années plus tard. M. Lagrange affirme qu'on la trouve mentionnée dés l'année 1489, et le procès-verbal d'une visite épiscopale, daté de 1638, fait remonter la fondation de notre confrérie à 1492 ou environ. Elle était donc plus jeune que sa sœur de Saint Nicolas, mais d’âge bien respectable encore.

Pour le service de la confrérie, on chante tous les samedis une messe de Beatà à l’autel de Notre Dame de Consolation, et une autre à toutes les fêtes de Marie. En outre, « le jour particulier de la feste, qui est la Conception immaculée de la Vierge, il y a procession par la Grande-Rue, et, au soir, vespres des morts, et, le lendemain, service général pour les frères et sœurs décédés ». Ce qui n’empêchait point la célébration d’un service particulier pour chaque confrère, quelques jours après son décès.

Ce n’est pas tout ; outre les cérémonies solennelles établies à son autel par la confrérie elle-même, d’autres y avaient été fondées par des personnes pieuses, probablement des membres dévoués de l'association. C'est ainsi que, le 11 septembre 1518, maître Yves du Bot, médecin, originaire de Josselin et également dévoué à Notre Dame du Roncier, fonde une messe hebdomadaire à l‘autel de Notre Dame de Consolation. ll exerçait a Nantes, sur la paroisse de Sainte Croix, et la rente perpétuelle qu'il léguait pour sa fondation était assise sur sa maison de la Saulzaie. Lui-même nomma le premier chapelain chargé de l’acquitter et régla qu’après lui le droit de présentation appartiendrait aux fabriqueurs de la paroisse. Ceux-ci ne le laissèrent pas tomber et, jusqu’à la Révolution, en ne manqua pas de célébrer, tous les lundis, à l’autel de Notre Dame de Consolatiou, la messe de « maître Yves du Bot ».

C’est ainsi encore que, durant l’année 1637, Missire Pierre Couperic, prêtre, docteur en théologie, chanoine théologal et archidiacre de la Mée, et son frère Jean Couperie, sieur des Jonchéres, docteur en droit, conseiller du Roy et président au Présidial de Nantes, dont les parents avaient été enterrés dans la chapelle de notre confrérie, y faisaient une importante et curieuse fondation. « Désireux de contribuer à l'augmentation du divin service en ladite église parrochialle de Sainte Croix, à la gloire de Dieu et de la sainte Vierge Marie, pour le salut des vivans et repos des trépassez et particulièrement des âmes des deffunts » leurs père et mère, ils établissent ceci : aux sept fétes principales de Notre Dame, savoir : la Conception, la Nativité, la Présentation, l'Annonciation, la Visitation, la Purification et l’Assomption, une messe basse devra être célébrée, a l'autel de Notre Dame de Consolation, à l'issue de la messe paroissiale. Au cas où deux messes solennelles seraient chantées, ces mêmes jours, l’une pour la paroisse, l'autre pour la confrérie, c’est seulement à l’issue de celle-ci que sera dite la messe basse. De plus, au soir de ces mêmes fêtes, après l’office des vêpres, le clergé de Sainte Croix devait, en vertu de la même fondation, chanter un Salut de la Vierge. On se rendait donc processionnellement à l’autel de Notre Dame de Consolation ; deux prêtres de choeur ou du moins deux clercs, ces détails sont spécifiés dans l'acte, doivent chanter « en entier et à haute voix les litanies de Notre-Dame » et tout le clergé paroissial doit chanter aussi la réponse. Après l’Oraison de la sainte Vierge, on chante, toujours au même autel, pour les fidèles trépassés, « le psaume De profundis avec que son Libera et l'oraison Fidelium ».

Le XVIIIe siècle amena la ruine de la confrérie. Un arrêt de justice, du 12 août 1738, prononça sa dissolution, sous prétexte qu’elle n'avait pas de lettres-patentes dûment enregistrées au Parlement. Deux siècles et demi d'existence légale ne suffirent pas a la défendre et ses rentes allèrent grossir les maigres revenus du Sanitat.

Un siècle plus tard, en 1853, une dévotion, différente par le nom, mais née d'une inspiration analogue, était établie à Nantes, dans la chapelle de l’Immaculée Conception : c’est la confrérie bien connue de Notre Dame du Suffrage. Elle poursuit deux buts, inséparables d’ailleurs : assister toutes les âmes du purgatoire et, plus particulièrement, les âmes des associés défunts et de leurs parents ; exciter ses membres, par la pensée de la mort et des expiations qui la suivent, à mener une vie plus chrétienne.

Les fidèles, désireux de venir en aide à leurs défunts, désireux surtout de se ménager a eux-mêmes des suffrages assurés, comprirent aussitôt cette dévotion et s’agrégèrent nombreux à la confrérie. Depuis lors, l’autel spécialement dédié à N.-D. du Suffrage n'a pas cessé d’être visité par les familles en deuil ; depuis lors aussi, la conf'rérie n'a pas cessé d’accomplir ses pieux exercices. Chaque semaine, une messe est offerte aux intentions de l'œuvre. Chaque mois, le premier lundi, la messe est précédée d'une allocution, et le soir ou fait solennellement le Chemin de la Croix, suivi de la bénédiction de la Vraie-Croix et d'une absoute. Chaque année, l'octave des morts y est célébrée par des exercices semblables à ceux du premier lundi. Enfin, au décès de chaque confrère, deux messes basses pour le repos de son âme sont annoncées et dites à l’autel privilégié de Notre Dame du Suffrage.

Depuis 1853, bien des défunts avaient été soulagés par les prières de notre confrérie ; en 1899, on se demanda S’il n’était pas possible de faire davantage. Des âmes, héroïquement oublieuses d'elles-mêmes, abandonnent parfois toutes leurs satisfactions aux âmes délaissées du purgatoire : pourquoi la confrérie ne les imiterait-elle pas, en consacrant une partie de ses ressources au soulagement de ces mêmes âmes ? Hélas ! Que de défunts pour lesquels des familles sans religion et plus souvent sans fortune ne font jamais offrir le saint sacrifice ! La charité serait heureuse de réparer ces cruels oublis, en faisant dire une messe pour chacun de ces délaissés. Cela se fait ailleurs, à Redon par exemple ; une personne riche et profondément chrétienne y a pourvu. La confrérie du Suffrage aurait voulu imiter cet exemple ; mais la ville de Nantes est trop grande et le nombre des indigents y est trop considérable pour qu'il lui fut possible d’accorder a tous cet insigne bienfait. Elle a pensé du moins qu'elle pouvait faire quelque chose, et depuis cinq ans déjà, chaque matin, elle fait célébrer a son autel une messe pour les indigents décédés la veille dans la ville de Nantes. Cette pensée n’est-elle pas touchante, et n’est-il pas vrai que la confrérie de N. D. du Suffrage pourrait s’appeler, comme sa devancière, N.-D. de Consolation ?

Non seulement elle adoucit, mais elle délivre. C’est une pieuse croyance que, le jour de son Assomption, le purgatoire demeura vide, Marie ayant obtenu de son Fils la grâce d‘entrer au Ciel accompagnée de toutes les âmes détenues dans ce lieu d'expiation. Certains auteurs affirment qu’à chacune de ses fêtes, elle descend au purgatoire et délivre une foule d’âmes, choisies principalement parmi celles qui l’ont bien servie sur la terre. Des révélations, qui n'ont point été désavouées par l’Eglise, font croire aux fidèles qu‘elle favorise entre tous les membres de la confrérie du Mont-Carmel, et qu’elle délivre, le samedi d’après leur mort, ceux d’entre eux qui ont porté fidèlement le scapulaire, pratiqué la charité, récité le petit office de la sainte Vierge, observé les jeûnes et l‘abstinence du mercredi.


Marie est bien la consolatrice des âmes détenues dans le purgatoire ; elle est par là-même la consolatrice de ceux qui restent pour quelques jours encore sur cette terre d’exil. Aussi je comprends que la chapelle commémorative élevée naguère, à Paris, sur l'emplacement du Bazar de la charité, ait été dédiée à N.-D. de Consolation. Prions donc Marie pour nos défunts, confions-lui les prières et les suffrages que nous offrons pour leur soulagement, demandons-lui de ne pas nous oublier après notre mort, et répétons, comme autrefois nos pères : « Notre Dame de Consolation, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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16 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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 Dix-septième jour

Notre Dame des Anges

 

Pendant quelques années, bien longues, hélas ! Pour son amour, Marie demeura sur cette terre d’exil, après le départ de son Jésus ; et, comme nous le disions hier, elle se consolait de ne plus le voir et l‘entendre par de ferventes communions. Enfin, sonna l’heure de la délivrance et le ciel s’ouvrit pour recevoir sa Reine. C’est là que nous allons la suivre en étudiant Notre Dame des Anges.

Vous n'ignorez point que ce vocable rappelle une dévotion franciscaine et vous ne serez pas surpris d'apprendre, si vous ne le saviez déjà, que l'église des Capucins de la Fosse, dont l’enclos occupait le cours Chambronne et ses abords, était consacrée à Notre Dame des Anges. La première pierre en fut solennellement posée par l'évêque de Nantes, Philippe Cospéan, le dimanche 26 mars 1628. Trois ans plus tard, les religieux ensevelissaient dans son enceinte, avec le concours d’une foule immense de Nantais, un de leurs frères, le Père Archange, de Nantes, observateur très fidèle de la Reigle de sainct François et grand serviteur de la Bien-Heureuse Vierge Marie ». Vincent Charron, qui mentionne sa pieuse mort, ajoute : « Quelques religieux de son ordre mont asseuré que la glorieuse Vierge lui apparut avant sa mort, qu’aussi-tost il se mit en son séant sur sa couche, et joignant les mains il dit intelligiblement le Salma Regina, et que bien-tost après il rendit l'esprit ».

Il s‘agit donc pour vous d'une dévotion tout a fait locale ; et cela est d'autant plus vrai que la délicieuse chapelle, qui termine si heureusement l'abside de votre belle. église, est aussi dédiée à Notre Dame des Anges. Disons toutefois que le pays nantais n'avait pas attendu l'arrivée des Pères Capucins pour adopter cette dévotion, et qu'il la pratiquait depuis au moins deux siècles.

Connaissez-vous l'histoire de Saint François d'Assise ? Il s'éprend d'amour pour une toute petite chapelle, dite de Notre-Dame des Anges ou de la Portioncule, la restaure des dons de la Charité, s’établit à son ombre ; puis il obtient de Notre Seigneur ce que les siècles passés ont appelé le « grand pardon d‘Assise », ce que nous appelons, nous, l’indulgence de la Portioncule. Quiconque, à partir des secondes vêpres de la fête de saint Pierre-ès-liens jusqu’au soir du lendemain, pénétrera et priera dans la petite chapelle, gagnera autant de fois une indulgence plénière. La petite chapelle existe encore, et les foules s’y pressent toujours ; seulement elle est désormais à l’abri des intempéries, dans une superbe basilique, au-dessous d’une gigantesque coupole jetée là par la piété des siècles pour la protéger.

Tous ne pouvaient faire le voyage d'Assise, et, de bonne heure, les Souverains Poutifes étendirent l‘indulgence à d'autres sanctuaires. Un recteur d'Orvault forma le projet de procurer cette faveur à ses paroissiens. Il s'appelait Jean Bernard de la Grée et gouvernait cette paroisse dans la première moitié du XVe siècle. En l‘an de grâce 1436, il jeta les fondements d‘une chapelle ayant exactement la même forme et les mêmes dimensions que celle d'Assise et dédiée connue elle à Notre Dame des Anges. Bientôt la chapelle était achevée, pourvue par son fondateur d'ornements et de vases sacrés, enrichie enfin de la précieuse indulgence. Elle s’élevait, que dis-je ? elle s’élève encore, à un kilomètre environ au-delà de l’église paroissiale, sur un plateau d’où elle domine, connue une reine la reine de la contrée et le bourg, et la campagne environnante, et toute cette fraîche vallée du Gens, que nos pères baptisèrent, dit-on, du nom de Vallée d’Or, Aurea Vallis, Orvault.

Les fidèles de la paroisse en apprirent vite le chemin ; ceux du voisinage ne tardèrent pas à les suivre et, afin de satisfaire la dévotion de tous, les prêtres d’Orvault furent obligés de se rendre souvent au nouveau sanctuaire pour y célébrer le saint sacrifice de la messe.

La piété généreuse des habitants pourvoyait à l'entretien de la chapelle et du vestiaire ; on donnait des calices, des ornements, du linge et des nappes d’autel, voire même « une robe, des guimpes, et tout l'ensemble dés habillements nécessaires pour orner, selon le goût du temps, l'image vénérée de Notre-Dame des Anges ». On y faisait aussi de pieuses fondations de messes, de services, des processions. Enfin, la foule des pèlerins déposait d'abondantes offrandes sur l'autel de Notre Dame. Est-ce pour cela que les seigneurs du pays se crurent, ou du moins se prétendireut, seigneurs-fondateurs de la chapelle ? Peut-être. Il y avait à cela honneur, sinon profit. À trois reprises, dans l’espace d‘un siècle, ils tentèrent d’imposer leurs prétentions. Mais les marguilliers veillaient, stimulés au besoin par les parents et héritiers du véritable fondateur ; et la Cour des Régaires maintint dans leurs droits séculaires les paroissiens et les recteurs d’Orvault.

Au XVIIe siècle, l’un de ces derniers établit dans la petite chapelle une confrérie de Notre Dame des Anges et, le 5 juillet 1661, parut une ordonnance de l’Evêque de Nantes approuvant ses statuts et publiant une indulgence accordée par le Pape a la confrérie et « même au prédicateur ».

Le but de cette pieuse association était d‘honorer la sainte Vierge comme les anges l’honorent dans le ciel. Aussi multipliait-elle les hommages rendus à Marie. A toutes les fêtes gardées de Notre-Dame, les confrères devaient prendre part a une procession qui partait de l’église paroissiale pour se rendre à la chapelle, en chantant des hymnes et des cantiques ; assister à la grand'messe solennelle dans ce dernier sanctuaire ; réciter, enfin, sept Pater et sept Ave Maria en mémoire des sept allégresses dont la Vierge jouit dans le ciel. indépendamment de ces exercices particuliers, les membres de la confrérie prenaient part également a sept autres processions et grand'messes célébrées à la chapelle pour satisfaire les pèlerins des paroisses voisines. A la mort de chaque confrère, les prévôts faisaient célébrer, a N. D. des Anges, un service précédé de l’office de la Vierge et sept messes basses, pour le repos de son âme ; s'il était prêtre, ses confrères dans le sacerdoce devaient, en outre, dire ou faire dire pour lui une messe au même lieu.

On peut juger par ces détails du courant de dévotion qui entraînait toute la région à Notre Dame des Anges. Tous ces pèlerinages étaient bien suivis, l‘un d’eux pourtant l’emportait sur les autres, celui-du lundi de la Pentecôte. La foule s’y portait de toutes les bourgades d'alentour et même de la ville de Nantes : les boutiquiers et les baladins s'y rendaient aussi ; le pèlerinage dégénéra en assemblée profane et l’on y vit bientôt, hélas ! Les désordres trop ordinaires dans ces réunions.

À la Révolution, les paysans voisins enterrèrent la cloche et cachèrent soigneusement les ornements de leur chapelle. Leur dévotion à Notre Dame, obligée de se dissimuler, ne se ralentit pas, et Notre Dame ne cessa point de les protéger. L'un d'eux. Louis Corbar, tombé malheureusement sous les roues d'un chariot, eut les deux jambes affreusement écrasées. Il promit une neuvaine à Notre Dame, sa bonne voisine. D’abord il lui fallut se l'aire porter à la chapelle ; bientôt, aidé d’un bâton, il fit à pied les trois ou quatre cents pas qui l’en séparaient. Un jour, pendant qu’il y priait, il entendit un grand bruit au dehors, mais continua pieusement ses oraisons. Quand il reporta la clef à son gardien, celui-ci lui demanda s’il n’avait rien entendu. Alors il remarqua dans la cour un grand feu où achevait de brûler la croix de bois qui se dressait sur un des murs de l’enclos, et les débris de la croix de pierre qui surmontait l'autre. Des soldats patriotes avaient passé par la ; mais aucun d'eux n’avait en la pensée de pénétrer dans la chapelle : Marie gardait son serviteur. Elle le guérit complètement : cinquante ans plus tard, Louis Corbar montrait encore les cicatrices de ses plaies : le doigt s'y cachait tout entier, et jamais depuis il n'avait ressenti la moindre douleur.

Après la Révolution, le cher monument réparé sommairement revit les beaux jours d'autrefois : Marie continua d'y prodiguer ses grâces, et même, assure-t-on, d'y faire éclater des miracles.

En 1851, la chapelle, qui s'écroulait sous le poids de quatre siècles, fut reconstruite, plus grande, plus belle aussi, mais dans d'autres proportions et sous une autre forme que le petit sanctuaire tant vénéré d'Assise. La vieille statue, portée d’abord triomphalement à l’église paroissiale, fut habilement restaurée, puis exposée de nouveau, dans sa chapelle neuve, à la vénération des fidèles. Elle y est encore, toujours visitée et toujours aimée. Deux fois par an, au soir de la première communion et le jour de l'Assomption, la paroisse s'y rend processionnellement ; et quand revient le grand pardon du deux août, tous les fervents chrétiens du voisinage s’y donnent rendez-vous : plusieurs messes sont célébrées a la chapelle, et, si la fête tombe un dimanche, le clergé paroissial vient y chanter les vêpres.

Depuis quelques années, la ville de Nantes possède un nouveau sanctuaire dédié à Notre Dame des Anges, c'est la chapelle d'un pensionnat de jeunes filles pieusement abritées sous ce gracieux patronage ; mais le peuple, fidèle aux traditions du passé, va de préférence chercher Notre-Dame des Anges a la chapelle d’Orvault.


Lorsque vous penserez à Notre Dame des Anges, rappelez-vous l'engagement pris autrefois par les membres de sa confrérie : « honorer la sainte Vierge sur la terre, comme les anges l‘honorent dans le ciel ».

Les anges sont dans le ciel les chanteurs de Notre Dame. Sans doute,comme jadis au-dessus de la pauvre grotte de Bethléem, ils chantent encore : « Gloria in Allissimis Deo ! Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! » Sans doute ils accordent leurs lyres et leurs voix-pour exalter les grandeurs du Fils ; mais ils célèbrent en même temps les louanges de la Mère et, sous la conduite de Gabriel, ils s'inclinent respectueusement devant elle, en murmurant, dans une ravissante harmonie : « Je vous salue, pleine de grâce, Ave, gratia plena ! » Toutefois, remarquez-le bien, si ces louanges font battre délicieusement le cœur de Marie, c’est parce que les esprits célestes qui les chantent sont des êtres très purs ; c’est parce qu’ils n’ont jamais rien fait qui put contrister son Jésus ; c'est parce que, flammes immortelles, ils brûlent constamment d’amour pour le Très-Haut ; c'est parce qu‘ils chantent avant tout et par dessus tout la gloire de l’Eternel !

Vous aussi, mes Frères, soyez ici-bas les chanteurs de Notre Dame. Chantez ses louanges en unissant vos voix dans des antiques pieux et des hymnes d'amour ; chantez ses louanges en apprenant a ceux qui les ignorent ses grandeurs et ses bontés ; chantez ses louanges en visitant ses sanctuaires et en vous mêlant à la foule de ses pèlerins ; chantez ses louanges en vous enrôlant dans ses confréries et en vous montrant fiers d'être ses enfants; chantez ses louanges en célébrant ses fêtes et en donnant de la splendeur à ses temples, des fleurs à ses autels ; chantez ses louanges en égrenant votre rosaire et en jetant a tous les échos de la terre et du ciel vos Ave Maria !

Mais n’oubliez pas que vos louanges et vos prières ne seront agréables à Marie qu’autant que, jusqu'au bout, vous ressemblerez aux anges. Elle veut que ses chanteurs de la terre, comme ses chanteurs du ciel, disent ses louanges avec des lèvres pures ; elle veut que ses chanteurs de la terre, connue ses chanteurs du ciel, toujours fidèles au devoir, ne fassent pas couler les pleurs de son Jésus ; elle veut que ses chanteurs de la terre, connue ses chanteurs du ciel, fassent monter vers Dieu l’encens de leur prière et lui paient tout d'abord le tribut d’un éternel amour.

 

ND de Nantes

 

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15 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne11

Seizième jour

Notre Dame du Tabernacle

 

La plupart d’entre vous, dans leurs excursions de vacances, ou dans ces rapides voyages que multiplient les trains de plaisir, ont visité la coquette station de Pornic ; et ils n’ont pas oublié la vision enchanteresse dont on jouit, quand, après avoir dépassé le vieux donjon rajeuni de Barbe Bleue, on chemine à petits pas, humant délicieusement l’air salin et les yeux grands ouverts, entre les chalets et la mer. À droite de riantes villas, au milieu de la verdure et des fleurs; a gauche, les ions dorées de la baie de Bourgneut, les bal aux de pèche et les yachts dont le vent gonfle les blanches voiles, et, dans le lointain, Noirmouliers avec son bois de la Chaise et sa tour massive de Saint Philibert. La promenade, dont chaque sinuosité varie les aspects, se prolonge, on atteint la Noë-Veillard, on franchit les Grandes-Vallées, on remonte enfin le coteau ; c’est Sainte Marie. D’un côté, une jeune église surmontée d’un élégant clocher qui domine toute la baie, et que l’on aperçoit, par dessus la Plaine, de la rive droite de la Loire ; de l’autre, au milieu d’une vaste prairie, qui s’étend en amphithéâtre jusqu’au bord de la falaise, une ruine circulaire ; d’un côté le présent, de l’autre le passé. Cette ruine est en effet tout ce qui reste d’une antique abbaye, berceau de la paroisse et même de la ville voisine, Sainte Marie de Pornic. Je me trompe, dans la jeune église, il est un autre reste, lien d’amour qui nuit le présent au passé, la vieille statue de Notre Dame.

En avant de l’autel de la sainte Vierge, près de la balustrade, on remarque une image de Marie qui contraste, par ses formes antiques, avec les sculptures modernes qui l’entourent : c’est le Palladium de Sainte Marie. Voici qui expliquera ce mot païen. Des archéologues font remonter cette statue au XIIIe siècle ; ceux qui en rapprochent davantage l’origine reconnaissent qu’elle date au moins du XVe. Cinq siècles incontestés d’existence, c‘est déjà bien respectable. Aussi les habitants, qui l'ont toujours vue, dans l’ancienne connue dans la nouvelle église, et qui, de père en fils, s’agenouillent devant elle, tiennent-ils à leur madone connue à la prunelle de leurs yeux.

On prétend même que la vénération dont ils l’entourent revêt parfois des formes quasi-superstitieuses ; ils sont persuadés que l’enlèvement de la statue amènerait infailliblement quelque malheur. C’était en 1839, on réparait le choeur, aujourd’hui disparu, de l’ancienne église ; la statue dut être déplacée. Or, pendant les travaux, le 16 juin de la même année, un orage violent, accompagné d’énormes grêlons, vint s’abattre sur la côte de Sainte Marie et détruisit toutes les cultures. Les habitants ne manquèrent pas d’attribuer cette calamité au déplacement de leur « Sainte Vierge ».

L’âge de la statue suffirait à expliquer cet extraordinaire attachement ; mais il y a mieux, pendant des siècles, elle a servi de tabernacle. Elle est taillée dans un bloc de calcaire très dur et représente Notre-Dame debout, portant sur le bras gauche l'Enfant Jésus. Sa tète est recouverte d’un léger capulet ; ses cheveux, réunis en deux grosses tresses, encadrent son visage et glissent sur ses épaules. Par dessus la tunique dont elle est recouverte, est jeté un large manteau que soulèvent les avant-bras et qui retombe de chaque côté. Enfin les deux premiers doigts de la main droite se dirigent vers la poitrine, comme pour y attirer les regards. C’est là, en effet, la particularité la plus curieuse de cette image : au centre de la poitrine se remarque une ouverture circulaire, large de douze centimètres et fermée par une glace sans tain. La poitrine de la Vierge forme une sorte d’armoire ; close en avant par la glace que je viens de mentionner, elle l’était en arrière par une porte haute de trente-deux centimètres et large de quatorze: l’un des gonds y est encore attaché. C’était un tabernacle.

Au moyen âge, la sainte réserve était souvent placée dans un vase, en forme de colombe, suspendu au-dessus de l’autel, et l’on voit encore dans quelques églises, notamment à Dol, d’énormes crosses en bois sculpté et doré, qui lui servaient de supports. Les religieux cisterciens avaient adopté une statue de la sainte Vierge tenant sur le bras gauche l’Enfant-Jésus, et, de la main droite, un pavillon auquel on suspendait le ciboire. L’usage d'une Vierge-Tabernacle, comme à Sainte-Marie, est extrêmement rare, peut-être unique, dans l’histoire du culte eucharistique. Il est pourtant incontestable, et nous avons la preuve qu'il exista dans l’église qui nous occupe, au moins du XVIe au XVIIIe siècle. En effet, un acte de 1554 fonde une lampe ardente qui doit brûler perpétuellement devant l’image de Notre Dame, « servant de sacraire ». Et dans un procès-verbal de 1678, un vieillard de soixante-quatorze ans affirme « avoir toujours vu messieurs les vicaires perpétuels... prendre le Saint Sacrement, dans l’image de la Vierge qui est au des et au-dessus de l’autel, le porter et administrer aux paroissiens ».

 

Les habitants de Sainte Marie n’ont-ils pas raison de vénérer cette antique image de Notre Dame ? Et me blâmerez-vous de recommander aux étrangers qui passent de ne pas l’honorer seulement d’un regard curieux, mais de fléchir le genou devant elle pour prier la Vierge qu’elle représente, et le Dieu qu'elle a jadis porté ?

La Vierge-Tabernacle symbolise l’adorable mystère de l'émotion du Verbe, opéré dans le sein de Marie par la puissance du Saint Esprit ; elle rappelle aussi le sacrement de l’Eucharistie et cette merveille qu’est la communion.

Disons seulement un mot sur la Vierge Mère et l’Eucharistie. Nous devons à Marie la victime du Calvaire, nous lui devons de même le corps eucharistique de Jésus. C’est elle, en effet, dont le sang très pur a formé le corps de l’Homme-Dieu ; c’est elle qui a procuré de la sorte au divin Sauveur le moyen de souffrir et de mourir ; et c’est ainsi, en même temps que par sa compassion, qu’elle a concouru dans une certaine mesure au rachat du monde. Le même corps est aussi dans l’hostie ; celui que nous adorons sur l’autel et que nous recevons a la table sainte, c’est l’enfant de Bethléem, c’est l‘ouvrier de Nazareth, c’est le prêcheur de Galilée, c’est le sacrifié du Calvaire, c’est le Fils de Dieu et c’est le Fils de Marie. N’est-il pas juste d’en conclure que Marie a contribué par là-même a nous donner l’eucharistie ? Quoi d’étonnant après cela que l’Eglise aime tant a rapprocher de l’autel l’image de Marie ! Quoi d’étonnant que nos pères aient imaginé la Vierge-Tabernacle !

Disons notre reconnaissance à cette bonne Mère pour cet immense bienfait. Demandons-lui en même temps de nous inspirer l’amour de l’eucharistie, de la communion. Avez-vous remarqué l’indissoluble union de Marie avec Jésus, a partir de l’instant où Gabriel lui dit de la part de Dieu : « Voici que nous concevrez et vous enfanterez un fils » ? Pendant neuf mois, elle le porte dans son sein ; elle l’accompagne ou plutôt le porte dans ses bras en Egypte ; elle vit avec lui durant les trente ans de la vie cachée, et quand, pour s’occuper des affaires de son Père céleste, Jésus lui échappe pendant trois jours, un cri d’angoisse jaillit de son cœur : « Mon Fils, qu’avez-vous fait ? Votre père adoptif et moi nous vous cherchions tout affligés ». Elle le suit encore pendant la vie publique ; elle s’attache a ses pas jusqu’au Calvaire ; et la tradition nous apprend qu’après l’Ascension, pour se consoler de ne plus le voir et l’entendre, elle communiait chaque jour de la main de saint Jean. Elle avait goûté de Jésus, elle ne pouvait plus se passer de Jésus. Après avoir communié une fois, les chrétiens devraient désirer de le faire tous les jours de leur vie. Hélas ! Combien qui ne s’approchent de la table sainte qu’à de longs intervalles ! Combien qui ne communient plus jamais ! Demandons à Marie d’obtenir pour ceux-ci le goût de la communion, et pour ceux-là l’ardent désir d’une communion plus fréquente.

Enfin demandons à Notre Dame de nous enseigner la manière de communier dignement. Quelles dispositions remplissaient le coeur de Marie a l’arrivée de Jésus ? Recherchons-les, et nous saurons quelles doivent être les nôtres. C’est tout d’abord la foi : je n’en veux pas d’autre preuve que l’exclamation mélancolique d’Elisabeth, dont la pensée allait évidemment de cette jeune fille si magnifiquement récompensée à Zacharie, son époux, si terriblement puni : « Vous êtes bien heureuse d’avoir cru ! » C’est l’humilité : le mot de Marie à Gabriel ne sort-il pas d’un cœur humble : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » ? La même d’ailleurs n’a-t-elle pas proclamé, dans le Magnificat, que Dieu a regardé l’humilité de sa servante ? C’est la pureté aussi, car elle est sainte, immaculée, pleine de grâce ; et c’est enfin l’amour, l‘amour qui l’a portée, dès l’âge de trois ans, a se donner il Dieu ; l’amour qui l’a déterminée, contrairement a tous les usages de son temps et de son pays, à repousser les amours de la terre pour consacrer à son divin époux la fleur de sa virginité.

Demandez à Notre Dame de vous donner la foi, de vous donner l’humilité, de vous donner la pureté, de vous donner l’amour, et venez sans crainte à la table de communion : Jésus sera ravi de descendre dans vos cœurs et d’en faire ses tabernacles.

 

ND de Nantes

 

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14 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne10

Quinzième jour

Notre Dame de Toutes joies

 

La très Sainte Vierge et c’était la consolation des affligés, s’appelait chez nous Notre Dame des Langueurs, Notre-Dame de Pitié, Notre Dame des Larmes ; elle s’appelait aussi, elle s’appelle encore Notre Dame de Toutes Joies.

Dans ce délicieux coin de terre que tous les Nantais connaissent et que les étrangers ne manquent pas de visiter, à deux pas de Clisson, qu’elle domine et protège, s’élève, depuis des siècles, une chapelle de la Vierge. Laissez-moi résumer rapidement son histoire.

C’était au XIVe siècle, pendant cette désastreuse guerre de Cent-Ans, qui mit la France à deux doigts de sa perte, et qui lit éclater, par l’entremise de Jeanne d’Arc, la protection du Ciel sur notre pays. Dans les marches communes de la Bretagne et du Poitou, aux avant-postes de notre chère petite patrie, se dressait une forteresse dont nous admirons encore les imposants débris. De ce nid d’aigle, le sire de Clisson définit tous les efforts de l’ennemi. L’Anglais, voulant a tout prix s’emparer de cette place, véritable clef de la Bretagne, du côté de l’Aquitaine, où il régnait en maître, vint l’assiéger avec des forces considérables. Il posa son camp sur les hauteurs de la Challouére, d’où il dominait la ville et le château. Plus confiant dans la force de son bras que dans ses imprenables murailles, le sire de Clisson sortit au-devant des assiégeants et remporta sur eux une victoire complète. Au moment même où l'ennemi fuyait sous ses coups, on accourut annoncer au vainqueur qu’il venait de lui naître un fils. Cet enfant devait illustrer a jamais sa race ; c’est celui que l’histoire appelle Olivier de Clisson, connétable de France, et qui, réalisant les présages de sa naissance, mérita d’être surnommé « le boucher des Anglais. « Allons, s’écria le vaillant guerrier, joie hors la ville, joie dans la ville ! » Et il se hâta de rentrer au château. Sa femme, l’héroïque Jeanne de Belleville, laissa, en le voyant, éclater les transports de sa reconnaissance, et, les yeux levés au Ciel, s'écria à son tour : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous ».

Les nobles époux témoignèrent à Dieu leur gratitude. Non loin du château, s’élevait jadis une chapelle consacrée à N.-D. de Lorette et qui, sans doute, avait été détruite par les incursions de l’ennemi. Ils la rebâtirent un peu plus haut, sur le lieu même de la bataille, au sommet de ce coteau qui sépare la Sèvre de la Moine, aspectant les deux vallées et leurs poétiques garennes. Ils la dédièrent à Notre Dame de Toutes-Joies.

Bien souvent, le sire de Clisson, Jeanne de Belleville et le futur connétable y vinrent prier Marie. Toute la contrée y vint après eux et la petite chapelle fut bientôt un pèlerinage célèbre. En vain les Protestants la réduisirent en cendres, l’amour des peuples la rebâtit. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les foules ne cessèrent de s’y presser et, chaque année, durant l’octave de l'Assomption, vingt-cinq paroisses s’y rendaient tour à tour en ordre de procession.

La Révolution traita le pieux sanctuaire comme avaient fait les Protestants. Une division de Mayençais, l’armée de Mayence ! Comme disent encore en tremblant nos paysans Vendéens et Bretons passa par Clisson et une scène ignoble se déroula à Notre Dame de Toutes Joies. Ces soldats impies s’affublèrent des ornements sacerdotaux et coururent les sentiers et les champs d’alentour, dans une sorte de procession sacrilège. Le lendemain, ils étaient battus à Torfou par les Vendéens. Les survivants, dans leur retraite précipitée sur Nantes, mirent le feu a la chapelle.

A la paix, tout était ruiné : les habitants relevèrent comme ils purent leurs maisons ; les prêtres rétablirent a la hâte leurs églises ; mais personne ne pensait à la vieille chapelle. Une pauvre fille, Jeanne Favrot, y songea. S’emparant d’une statuette de faïence, à demi-brisée par les Vandales modernes, elle la posa pieusement sur une petite table, et, pendant des années, elle se tint à la porte de la chapelle en ruines, filant sa quenouille et sollicitant la charité. Les paysans, après tant de pillages et d’incendies, étaient aussi pauvres qu’elle, et les riches se moquaient de la vaillante fille. Pourtant, les jours de foire, quelques sous tombaient dans sa sébile. Elle finit par réunir la nautique somme de 30 francs et fit réparer une partie du toit, au-dessus de l’autel. Alors la piété s'émut, les aumônes devinrent plus abondantes et la chapelle put être restaurée entièrement.

Les pèlerinages reprirent. Au XVIIe siècle, le principal fondateur des séminaires en France, M. Olier, prieur de la Trinité de Clisson, aimait à prier dans la chapelle ; ses fils ont hérité de sa vénération pour le modeste sanctuaire et, chaque année, le mardi qui suit la mi-août, ils s’y rendent fidèlement avec un grand nombre de séminaristes. La paroisse de Gétigné, fière de posséder la chapelle sur son territoire, y vient en procession, le jour même de l’Assomption.

En ce siècle généreux, où l’on élève de splendides églises, la chapelle semblait bien pauvre aux dévots serviteurs de Marie. Elle a été reconstruite, il y a quelques années, et l’architecte a ménagé, à l’angle de la façade, une chaire extérieure d’où le prédicateur peut, le jour du pardon, adresser la parole à la foule, trop considérable pour que le monument puisse la contenir.

Le pays de Clisson n‘était pas seul à posséder un sanctuaire dédié à Notre-Dame de Toutes Joies. Durant de longs siècles, la ville de Nantes a en un prieuré du même nom, dépendance de la Collégiale,annexé plus tard à l’Université. La chapelle était située tout près de l’Hôtel de Ville, et, jusqu’à ces dernières années, une rue de notre cité en rappelait encore le souvenir : c’était la Petite rue Notre Dame, plus justement dénommée autrefois rue de la Petite Notre Dame.

Il y a cinquante ans, ce vocable a été relevé. Des prêtres dévoués, voulant fonder une œuvre pour la persévérance de la jeunesse ouvrière, ont en l’heureuse idée de donner ce nom significatif à la magnifique chapelle de l’établissement. Elle est aujourd’hui succursale de Saint Similien ; mais nos jeunes ouvriers en employés vont encore se délasser de leurs travaux, à l’ombre et sous la protection de Notre Dame de Toutes Joies.

 

Rappelez-vous, mes Frères, le cri de Jeanne de Belleville, alors et pour peu de temps, hélas ! Heureuse châtelaine de Clisson : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous ! » Il est vrai, toute joie vient de Dieu ; il est vrai aussi, et les nobles seigneurs l’avaient compris, toute joie vient de Dieu par Marie. C’est pour cela qu’ils témoignèrent leur reconnaissance à Dieu et à la très sainte Vierge, en donnant à la chapelle, où Dieu devait être honoré en même temps que sa Mère, le nom symbolique de Notre Dame de Toutes Joies.

Nous aussi, chrétiens, nous savons ces choses, et c’est pour cela que nous demandons si souvent à Dieu, par l’intermédiaire de Marie, de mettre un peu de joie dans notre vie. Quand la tristesse nous abat, quand la douleur poignante nous étreint le cœur, quand la maladie nous assiège, quand des peines intimes nous rongent, quand le malheur, sous quelque forme que ce soit, vient fondre sur nous et sur les nôtres, nous crions à Dieu par Marie, et nous demandons un peu de joie, un peu de bonheur.

C’est bien, mais ce n’est pas assez. Quand nous souffrons, nous comprenons cela ; quand la joie manque, nous sentons que c’est à Dieu et à sa Mère qu’il faut la demander. Mais quand la vie nous sourit, mais quand la joie vient s’asseoir a notre foyer, y pensons-nous encore ? Dans la prospérité, faisons-nous remonter à Dieu et à Marie l’élan de notre reconnaissance ? Même quand nous sommes convaincus que cette faveur, que cette joie, que ce retour de bonheur, nous les devons aux prières répandues aux pieds de la bonne Mère, même alors pensons-nous a les lui attribuer, pensons-nous à remercier Notre Dame de Toutes Joies ? Plusieurs y pensent sans doute, et c’est avec émotion que nous voyons les ex-voto qui tapissent les sanctuaires de la sainte Vierge : mais combien qui n’y pensent pas ! Combien qui négligent de dire merci ! Combien qui, dans la joie et la prospérité, oublient la divine main qui les donne ! Ah ! Mes frères, ne soyons pas des ingrats ; disons nous aussi : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous » ; et si, dans la tristesse, nous pensons à invoquer Notre Dame de Pitié, n’oublions pas, dans l’allégresse, de remercier Notre Dame de Toutes Joies.

J’ajoute que la nouvelle chapelle, érigée sous ce vocable a Nantes, pour sanctifier les joies de la jeunesse, nous rappelle un devoir et nous donne une leçon : c’est qu’il n’y a de joies légitimes et vraies que celles qui sont prises sous les regards de Dieu et de Marie. L’homme, fait pour le bonheur, cherche a se réjouir ici-bas : ce n’est pas un mal, bien au contraire ; mais a une condition, c’est que nous évitions les joies mauvaises, c’est que nous évitions même les joies dangereuses, c’est que nous évitions les joies excessives et trop multipliées, qui nous occupent tout entiers et nous font oublier les joies éternelles. Ces joies-là ne sont pas légitimes, nous ne pouvons pas les prendre sous le regard de Marie. Les joies légitimes, ce sont les joies innocentes, ce sont les joies qui ne souillent pas le cœur, ce sont les joies qui n’ébranlent pas la foi, ce sont les joies modérées qui n’absorbent que nos loisirs et ne prennent pas sur le temps du devoir, ce sont celles-là qui sourient à Dieu et que nous pouvons prendre sous le regard de Marie.

Donc, mes Frères, quand nous sommes dans la prospérité, quand nous nous réjouissons de quelque événement heureux, que notre reconnaissance aille à Dieu et à Marie de qui vient toute joie ; quand, pour nous délasser des peines et des fatigues de la vie, nous nous livrons à quelque plaisir, que ce soit sous les regards de Dieu et de Notre Dame de Toutes Joies.

 

ND de Nantes

 

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13 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Eglise_Saint-Jacques_de_Pirmil_1_-_Nantes

Quatorzième jour

Notre Dame de Patience

 

La piété des fidèles de Nantes avait dressé un autel à Notre-Dame de Patience dans la Collégiale. Les habitants de Petit-Mars avaient fait mieux, et lui avaient consacré une chapelle. Celle-ci fut élevée, en l’année 1649, à la dignité d’église paroissiale. S’il faut en croire l’archidiacre Binet, cité par M. l’abbé Grégoire, ce n’était qu’une restitution, et l’église du Vieux-bourg, comme on dit encore aujourd’hui, ne faisait que rendre à sa voisine un titre que naguère elle lui avait ravi. C’est le 16 novembre que l’église de Patience, agrandie et transformée, « fut bénite, par noble, vénérable et discret Michel Laubier, bachelier en théologie de la faculté de Paris, vicaire général et official de Nantes ». Le dimanche suivant, 19 novembre, la paroisse s’y rendit solennellement en procession et la messe y fut chantée pour la première fois. Le nouveau temple était bien pauvre : point de carrelage, point de lambris, point de balustrade aux petits autels, et tout le reste à l’avenant... Et ce fut ainsi pendant près d’un siècle, jusqu’en 1726 ! L'église eut été plus justement dédiée à Notre Dame de Bethléem ! Mais n’insistons pas, car ce serait sortir de notre sujet. En effet, la chapelle de Patience, en devenant église, avait perdu son nom, pour prendre sans doute celui du patron de la paroisse, saint Pierre-ès-liens. Ajoutons cependant que l’emplacement occupé naguère par l’antique chapelle de Notre Dame, puis durant deux siècles par l’église paroissiale, l’est aujourd'hui par un calvaire que la piété des habitants de Petit-Mars s’est plu a environner de verdure et de fleurs.

Pour trouver un autre sanctuaire consacré à Notre Dame de Patience, il nous faut revenir à Nantes, sur le territoire de la paroisse actuelle de Saint Jacques. C’était dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, vers 1765 ; une fervente chrétienne, Madame Bontant, édifiait par sa piété le quartier Dos-d'âne, c’est-à-dire, l’angle formé par la Loire et la Sèvre. Elle se faisait surtout remarquer par son amour envers la sainte Vierge. Elle avait, a proximité de sa demeure, des sanctuaires assez nombreux, semble-t-il, pour satisfaire sa dévotion : sur la hauteur que signale aujourd’hui l’élégant clocher de Saint Paul, Notre Dame des Vertus ; à l’entrée de la route de Vertou, Notre Dame de Bonne Garde ; enfin, dans l’église du prieuré de Pirmil, l’autel vénéré et la confrérie célèbre de Notre Dame de Vie. Tout cela pourtant ne lui suffisait point, et elle voulut avoir elle-même sa chapelle de Marie : elle la fit élever avec amour et la dédia à Notre Dame de Patience. Peut-être, durant sa vie déjà longue, avait-elle connu beaucoup de tribulations, et voulait-elle chercher, dans la méditation continuelle des douleurs de la Vierge-Mère, et de sa sublime résignation au pied de la croix, la patience dans ses propres infortunes. Peut être voulait-elle simplement rappeler un pauvre peuple du voisinage que la patience dans les privations et les peines est, pour le chrétien, le secret d’être heureux.

Madame Bontant, en effet, ne garda point son oratoire pour elle seule ; dès le principe, les portes en fureut ouvertes a tous les habitants du quartier. Ceux-ci ne tardèrent pas à s’y presser, et la fondatrice organisa pour eux des exercices quotidiens. Le matin, à l’aube, on récitait en commun la prière, les litanies du saint Nom de Jésus, puis un premier chapelet, suivi d’une lecture de piété ; un prêtre, attaché sans doute à la petite chapelle, venait alors célébrer la sainte messe, que suivaient un deuxième chapelet et une seconde lecture. Enfin, on ajoutait le De profundis, le Salve Regina, trois Ave Maria, deux Pater et deux Ave : c’était l’exercice de la matinée. Le soir, la pieuse assemblée récitait un troisième chapelet pour achever le rosaire. Chacun de ces exercices se terminait par le chant d’un cantique.

Madame Bontant était avancée en âge. Elle voulut, avant de mourir, assurer l’existence de cette oeuvre intéressante des prières du matin et du soir. Elle voulut aussi, du même coup, procurer l’instruction chrétienne aux petites filles de ce pauvre quartier. Le meilleur moyen était de faire appel a une communauté de religieuses enseignantes. Ainsi pensa la fondatrice. Elle adressa une touchante supplique au Père Besnard, supérieur général des Soeurs de la Sagesse, le conjurant « à genoux, de lui envoyer deux sœurs, afin qu’avant de mourir elle eût la consolation de voir se perpétuer le culte que l’on rendait a la sainte Vierge dans la chapelle qu’elle avait fait bâtir ». Comment résister à de tels accents ? Les deux sœurs furent immédiatement accordées. Elles s’appelaient sœur Agnès et sœur Bathilde et arrivèrent rue Dos-d’Ane, à la fin de l’année 1770, le 16 novembre. Les deux saintes filles s’en allèrent d’abord demander la bénédiction de l’Evêque de Nantes, Mgr de la Muzanchère, puis ouvrirent sans tarder leur école charitable.

L’oeuvre nouvelle prospéra et, dès l’année 1773, il fallait demander à Saint-Laurent une troisième religieuse. On en comptait sept dans la maison de la rue Dos-d’Ane, en 1791. La très sainte Vierge d’ailleurs ne pouvait manquer de bénir un établissement où elle était si fidèlement honorée. Les exercices religieux, établis par Madame Bontant, n’avaient point été interrompus ; chaque matin et chaque soir, la chapelle s’ouvrait aux fidèles ; ceux-ci priaient avec plus d’ardeur que jamais la Bonne Mère, excités par la voix et les exemples des Soeurs. Et Notre-Dame, heureuse de ces hommages persévérants, donnait aux pieuses institutrices le courage, la force et la patience, si nécessaires dans l’oeuvre délicate et difficile de l’éducation des enfants. Elle devait aussi leur donner courage, force et patience, pour supporter sans faiblesse la persécution qui allait s’abattre sur la petite communauté.

Le 9 juin 1791, elles refusèrent de prêter le serment schismatique et déclarèrent unanimement qu’elles voulaient continuer leur vie religieuse. Elles la continuèrent, en effet, pendant près de deux ans, non pas, toutefois, sans subir bien des vexations et courir bien des dangers. La plupart des parents retirèrent leurs enfants d’une école désormais suspecte ; et les pauvres sœurs, n’ayant plus qu’un petit nombre d’élèves, passaient leurs jours dans la tristesse et les alarmes. Le 15 octobre 1792, on vint faire l’inventaire de leur modeste mobilier. Elles purent soustraire les vases sacrés et les principaux ornements de la chapelle, qui furent confiés plus tard à la famille Giraud. Enfin, le 28 mars 1793, eut lieu leur expulsion. Ces saintes femmes, qui n’avaient jamais fait que du bien, furent, non seulement chassées de leur maison, mais traitées indignement, et emmenées en prison, au milieu des huées de la populace. On les conduisit au Sanital, où elles passèrent de longs mois entassées, avec d’autres religieuses, dans un grenier. Elles y reçurent la visite de Dieu. Un jour, elles virent entrer dans leur galetas un inconnu, qui leur dit, sans préambule : « Etes-vous disposées à verser votre sang pour Jésus Christ, à mourir pour la religion Catholique, apostolique et romaine ? » « Nous le sommes » répondirent-elles. « Avez-vous la contrition de vos péchés ? » « Oui , répondirent-elles encore. « Eh bien ! Mettez-vous à genoux ». Puis, ouvrant une boîte de métal précieux, l’étranger leur distribua la sainte communion. Il disparut ensuite sans qu’elles aient pu se rendre compte comment. Cet inconnu n’était pas prêtre, sans doute, puisqu’il ne parla point du sacrement de pénitence ; était-ce un pieux laïc ? Était-ce un ange, comme quelques uns l’ont cru ? C’était, du moins, un envoyé du Ciel.

Des sept religieuses qui composaient la petite communauté de Pirmil, une, la supérieure, mourut à l’hôpital de Brest,où les patriotes l’envoyèrent avec une de ses sœurs, soigner leurs malades ; deux disparurent sans laisser de traces ; les quatre autres reprirent ailleurs leur ministère de charité après la Révolution, et moururent saintement comme elles avaient vécu. L‘école charitable de Saint Jacques fut rouverte plus tard, mais non point dans l’établissement de la rue Dos-d’Ane, et la petite chapelle de Mme Bontant pleure toujours ses pieuses réunions d’autrefois.

 

La pieuse dame de Pirmil, dont j’ai appelé la simple et touchante histoire, nous donne de salutaires leçons. Elle s’efforce d’abord d’inspirer au peuple qui l’entoure le goût et la pratique de la prière.

Hélas ! Que de gens qui ne prient jamais, même parmi ceux qui consacrent encore vingt-cinq minutes par semaine à une messe basse entendue distraitement ! Et ils oublient Dieu, et leur foi peu a peu s’affaiblit pour s'éteindre bientôt tout a fait, et leurs idées s‘abaissent, et rien de grand n’est plus capable de faire vibrer leurs âmes, et ils se matérialisent complètement, ne songeant qu’aux affaires ou aux distractions, et ils se vautrent dans la boue et, sous la poussée des appétits insatiables, éclosent inévitablement les entreprises louches, les jalousies, les haines, les révoltes, les révolutions.... Mettez, au contraire, la prière sur leurs lèvres, et vous ranimerez la foi dans leurs âmes, et vous les forcerez a regarder le ciel, et leurs idées s’élèveront, et ils comprendront ce qui est grand, et ils aimeront ce qui est bien, et ils aspireront a la vertu, a la sainteté, au ciel, compensation et revanche des misères de la vie, et vous aurez, autant du moins qu’on peut les posséder ici-bas, la paix et l'harmonie sociales.

La bonne dame Bontant songe ensuite a procurer aux enfants le bienfait d’une éducation chrétienne ; elle veut qu’ils apprennent à connaître Dieu et à le servir. L‘enfant, c’est tout l’homme. Les principes inoculés aux jeunes âmes s'y gravent ordinairement pour la vie. Élevez les enfants sans religion et sans Dieu, vous aurez des hommes d'argent ou de plaisir, et bien souvent des monstres, parce que rien ne sera capable de contrebalancer en eux les instincts et les appétits, parce que la morale des intérêts, la seule qu’ils puissent connaître, n’est pas une morale, et qu’elle conseille les pires choses, dés-là qu’elles conduisent au succès. Mettez au contraire la foi dans les jeunes âmes, vous jetez en elles du même coup la semence des vertus ; et si les passions de l‘adolescence l’emportent souvent, il reste toujours dans ces âmes quelques bons sentiments, réserve de l’avenir, et tôt ou tard se fait entendre la voix du remords qui sonne le réveil du bien. Les enfants élevés chrétiennement, ou resteront honnêtes et vertueux, ou du moins reviendront, au soir de la vie, aux principes du jeune âge.

Suivons donc les exemples de Madame Bontant, inspirons au peuple l’amour de la prière, procurons aux enfants une éducation chrétienne. Mais pour exercer ce fécond apostolat, il faut des qualités maîtresses et par dessus tout de la patience ; et c’est bien justement que la charitable dame avait dédié la chapelle, centre de ses œuvres, à Notre Dame de Patience.

Il faut de la patience, parce que ce sont-là des œuvres délicates et difficiles qui demandent un dévouement inlassable, de tous les jours, de tous les instants, une grande maîtrise de soi, l’oubli complet de sa personne, de son amour-propre, de tous les intérêts humains. Il faut de la patience, parce que ceux qui se livrent à ce ministère charitable ne recueillent le plus souvent que l’oubli, l’indifférence, l’ingratitude ; parce que les méchants, qui ont intérêt au règne des passions mauvaises, qui détestent instinctivement la foi et la vertu, s'efforcent toujours de déchaîner contre eux des persécutions. Le passé nous l‘apprend, hélas ! Et le présent aussi. Ce n’est pas un motif suffisant pour arrêter des chrétiens, encore moins des apôtres. À l’oeuvre donc, sans hésitation ni faiblesse, sous le regard et avec la protection de Notre Dame de Patience.

 

ND de Nantes

 

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