10 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

720_001

Onzième jour

Notre Dame de Recouvrance

 

Le Diocèse de Nantes comptait, il y a un siècle, cinq chapelles dédiées à Marie sous le nom de Notre-Dame de Recouvrance : deux seulement subsistent aujourd’hui. Ce sont d’ailleurs les plus vénérées : ce sont elles aussi que nous allons étudier ce soir.

La première est sur le territoire de Gétigné, paroisse privilégiée entre toutes, puisqu’elle possède deux pèlerinages de Notre Dame, tous deux antiques, tous deux vénérés, tous deux fréquentés assidûment par les populations d‘alentour : Toutes Joies et Recouvrance. Le premier sans doute est plus connu au loin ; mais il serait difficile de déterminer lequel des deux est le plus aimé des gens de Gétigné eux-mêmes. Le jour de l’Assomption ils vont processionnellement à la chapelle de Toutes-Joies ; mais le dimanche suivant, fête de sainte Radegonde, leur patronne, ils se rendent de même a celle de Recouvrance. Il est vrai, celle-ci porte trop visiblement la marque des siècles qu’elle a vécus, tandis que l’autre, fière de ses murailles neuves, de ses lignes architecturales, de son autel et de ses vitraux, semble la préférée du peuple qui l’a rajeunie ; mais Recouvrance n’est point oubliée, et les habitants de Gétigné, aussi généreux pour elle que pour sa sœur, la veulent également belle, parce qu’elle n’est pas moins aimée. Il y a cependant une différence entre elles, c’est que Toutes Joies, la voisine des sires de Clisson, possède une page dans leur histoire, tandis que Recouvrance, plus humble et presque ignorée, n’a qu’une légende, gravée dans la mémoire du peuple. Mais si l’histoire de Toutes Joies est a la fois gracieuse et touchante, la légende de Recouvrance est bien gracieuse et bien touchante aussi. Écoutez.

Le seigneur de la Roche, dont le manoir s’élevait a quelques toises de ce dernier sanctuaire, perdit un serviteur qui avait vécu en grande réputation de sainteté. On l’entera à l’ombre même de la chapelle où, suivant une coutume très répandue en ce temps-là, se trouvait sans doute un petit cimetière. Les fidèles du voisinage, pleins de confiance dans l’intercession du saint homme, ne tardèrent pas à faire des pèlerinages sur sa tombe. La fille du seigneur, qui avait vu de près la vertu du vieux serviteur, se faisait remarquer par une plus grande vénération et des visites plus assidues. Elle prenait soin de la modeste tombe et y avait fait quelques plantations. Elle y cultivait particulièrement un précieux arbuste. À quelque temps de là, le sire de la Roche devint aveugle. Sa fille, désolée mais pourtant confiante, multiplia les prières ; on la voyait plus souvent encore agenouillée sur la tombe qu’elle entourait de tant de respect. Un matin, elle eut tout a coup la pensée de recueillir la rosée que la nuit avait déposée sur les feuilles de l’arbuste, et elle en baigna les paupières fermées de son malheureux père. Ô merveille ! Elles s’ouvrirent de nouveau a la lumière, la cécité disparut. De là, dit-on, vint à la chapelle voisine le nom de Recouvrance.

Les siècles passés ne nous ont transmis aucun document sur l’origine et l’histoire de ce modeste pèlerinage. Toutefois les traditions du pays le font remonter a une haute antiquité. La toiture porte la date de 1745 ; mais il s‘agit certainement d’une reconstruction. Cinq prêtres résidaient jadis sur le territoire de Gétigné, le recteur, son vicaire et trois chapelains. Ceux-ci, titulaires de petits bénéfices, en acquittaient les messes, soit à l’église paroissiale, soit dans les chapelles rurales : l’un d’eux était attaché à N.-D. de Recouvrance.

Notre chapelle, plus heureuse que sa sœur de Toutes Joies, fut épargnée par les Mayençais et les Colonnes Infernales : et les fidèles ne cessèrent point de la fréquenter. Ils ont grande confiance dans la protection de la Bonne Mère et ne se lassent point de la prier. Ils s’agenouillent de préférence devant un bas-relief, taillé dans la pierre, qui représente l’Assomption de Marie. Cette image, trouvée naguère dans un champ voisin, provenait évidemment de l’ancienne chapelle, saccagée peut être dans les guerres de religion ; on l’y a replacée avec honneur, et le peuple la regarde connue miraculeuse.

La seconde chapelle de N. D. de Recouvrance appartient a la paroisse de Casson. Elle est située, non loin du bourg et près du village de la Hacherie, sur une petite éminence qui borde la route de Héric, dans un vallon plein de solitude et de fraîcheur, au fond duquel un ruisseau serpente capricieusement, en murmurant doucement sa chanson, sous les saules et la ramure des grands chênes.

Il y a plusieurs siècles déjà que l’on vient prier Marie dans cet oratoire, et il nous serait impossible de fixer la date de son origine. Cependant il ne peut remonter à une époque très reculée, puisque le peuple redit encore, sans qu’aucun document écrit vienne en aide à sa mémoire, le nom, la profession, le village de son fondateur. Pourtant la légende a déjà fleuri sur le récit populaire et même plusieurs versions du même fait circulent aux alentours. On raconte donc qu’un col porteur mercier, du village de la Hacherie, nommé Savary, s’était endormi, par une journée très chaude, sur le tertre où s’élève aujourd’hui la chapelle. Suivant les uns, il se trouva tout a coup si fortement pressé contre terre, et il éprouva une si violente douleur, qu’il se sentit près d’expirer ; dans ce moment d’angoisse, il appela la Vierge à son secours et, grâce a cette céleste protectrice, il recouvra sur le champ la santé. Suivant les autres, quand le donneur se réveille après un long somme, il s’aperçut que des voleurs lui avaient enlevé son gagne-pain, sa balle de colporteur avec toutes les marchandises qu’elle contenait. Le pauvre homme, tout désolé, cria sa détresse à Marie et recouvra son bien. Quelle que soit la faveur qu’il eût obtenue de la très Sainte Vierge, il est certain que le colporteur fut reconnaissant. Son petit commerce ayant prospéré, il en consacra le bénéfice à construire un oratoire à Notre Dame de Recouvrance.

Nous constatons l’existence de la chapelle en 1649, puisque, le 13 février de cette année, le recteur Despinose y bénissait le mariage de deux notables paroissiens, après avoir reçu publiquement l’abjuration de la fiancée, qui avait vécu jusque-là dans le protestantisme. L’hérésie avait eu de nombreux sectateurs a Casson, sans doute à cause du voisinage de Sucé, dont le temple est bien connu dans l'histoire de notre pays. Casson avait même son ministre particulier, nommé Guénet, en 1570. C’est surtout dans le bourg et autour de Recouvrance que se trouvaient les huguenoteries. On cite : la Cherbaudière, les Glands, la Gandonnière, la haute et la basse Hacherie, la Galpâtière, la Grohinière, la Pyronmière ; et l’on ajoute qu’en ce dernier lieu habita longtemps un ardent sectaire, le comte d’Estrées, qui tourmentait fort les catholiques.

Marie finit par convertir ses voisins qui abandonnèrent l’hérésie et devinrent tous de dévoués serviteurs de Notre Dame. Ils l’invoquaient Spécialement pour leurs brebis, et ces braves gens, dans leur langage imagé, avaient pris l’habitude d’appeler leur madone Sainte Berge, façon pittoresque de rappeler qu’elle était la protectrice des bergers.

Chaque année, le jour du mardi gras, avait lieu le pardon de Recouvrance. Il y avait messe et procession a la chapelle. Toutefois la population était pauvre, et les décors étaient modestes. On rapporte que ces bonnes gens, n’ayant pas de riche brancard pour y poser leur madone, se servaient d’une simple chaise, trône bien humble, assurément, et bien indigne de la Reine du ciel, mais que l’amour de son peuple transformait à ses yeux.

Les offrandes se ressentaient aussi de la pauvreté des visiteurs. Une pieuse femme, chargée de veiller sur l’oratoire, les recueillait fidèlement. C’était, pour l’ordinaire, de la laine. On voulait obtenir ainsi de la sainte Vierge qu’elle protégeât les bergeries.

Les pèlerins étaient nombreux, le mardi gras. On accourait de tous les points de la paroisse, même de Grandchamp et de Héric. Une bonne vieille racontait, en 1850, que ce jour-là, dans sa jeunesse, « sa maison ne désemplissait pas de gens de Héric venant s’y reposer après leur voyage ». M. Dupas, recteur de Casson, écrivait, en 1778, que l’oratoire de Notre-Dame de Recouvrance était un petit sanctuaire isolé, mais assez proprement entretenu. Au sortir de la Révolution, il n’en était plus ainsi : l'abandon avait amené la décadence, presque la ruine. On cessa de célébrer la messe dans la chapelle trop misérable. Toutefois, pendant la première moitié du XIXe siècle, on continua d’y faire la procession traditionnelle, transférée au jour de l’Assomption. Les habitants des villages voisins cachaient pieusement sous la verdure les crevasses des murailles et la pauvreté de l’autel ; des jonchées de roseaux, empruntés au ruisseau du vallon, tenaient lieu de tapis ; et les fidèles, agenouillés autour de la chapelle croulante, s’unissaient au clergé qui chantait les litanies.

En 1860, M. le curé Philippe, profitant de la présence des ouvriers qui travaillaient au château du Chalonge. fit enfin relever ces ruines : la chapelle fut complètement reconstruite. Elle est là, dans son vallon solitaire, petite et modeste comme autrefois, et toujours vénérée. L’antique madone devant laquelle s’agenouillaient les pères et repris sa place au-dessus de l’autel, pour recevoir les hommages des fils ; et les bienheureux particulièrement honorés dans la paroisse sont rangés a ses côtés, connue pour lui faire une cour, savoir : saint Pierre et saint Fiacre, sainte Anne et sainte Germaine. Une plaque commémorative porte les noms de M. Paré, maire de Casson, et des principaux bienfaiteurs : Melle de Grammont, MM. de Bouillé et de la Cadinière. Enfin, à droite, en entrant, l’on voit un bas-relief représentant Notre-Dame et, devant elle, a genoux, trois personnages lui offrant une chapelle.

 

Notre Dame de Recouvrance ! Ai-je besoin de vous indiquer le mystère que nous rappelle ce titre ? Jésus avait douze ans; pour obéir aux prescriptions de la loi Mosaïque, il accompagna ses parents a Jérusalem, au temps de la pâque. « Les jours saints étant passés, ils prirent le chemin du retour. Or, l’Enfant Jésus était resté à Jérusalem, sans que ses parents s’en fussent aperçus. Supposant qu’il était dans l’une ou l’autre compagnie, ils firent une journée de voyage. Alors ils le cherchèrent anxieusement parmi ceux de leur parenté et parmi leurs connaissances. Ne l'ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem, le cherchant toujours. Après trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple ».

Nous aussi, chrétiens, nous avons Dieu avec nous, et l’on peut dire que nous le possédons surnaturellement de deux manières, par la foi et par la grâce. Mais nous aussi, nous pouvons le perdre. Toutefois, la différence est grande entre la Vierge et nous. Marie perdit l'Enfant-Dieu sans commettre aucune faute, et uniquement parce que Jésus voulut lui imposer une épreuve méritoire en nous donnant une leçon. Pour nous, au contraire, si nous perdons Dieu, c’est toujours par notre faute. En effet, que l’homme perde la foi ou la grâce, il y a toujours en quelque faute de sa part.

Heureusement, Dieu peut être retrouvé, et la sainte Vierge nous en donne l’exemple. Mais, pour retrouver Dieu, il faut d’abord, comme elle, éprouver quelque peine de l’avoir perdu. Les hommes d’orgueil ou de plaisir qui vivent heureux, tranquilles, sans souci de la perte qu’ils ont faite, ne retrouveront jamais Dieu. C’est la preuve qu’ils n’ont aucun repentir de la faute commise ; c’est la preuve aussi qu'ils ne comprennent pas quel grand bien c’est que de posséder Dieu. Je puis bien ajouter que, en général. l’homme heureux éprouve rarement le besoin de Dieu, tandis que celui qui souffre est tout naturellement incliné vers lui. Comment, après cela, se plaindre de la douleur et dire que les heureux de ce monde ont la meilleure part ?

Pour retrouver Dieu, il faut ensuite le chercher, c’est-à-dire montrer quelque bonne volonté, faire quelques efforts pour retrouver la foi ou la grâce. Alors, Dieu fait le reste du chemin et, comme il a fait dans l’Incarnation, il marche vers nous à pas de géant: exultavit ut gigas ad currendam viam.

Pour retrouver Dieu, il faut le chercher dans le temple, c’est-à-dire en priant et en étudiant. Pour retrouver Dieu, il faut le chercher avec Marie. Si donc, vous aviez perdu la foi, et ce malheur n’est point rare en ce siècle d’ignorance et de blasphème ; si donc vous aviez perdu la grâce, priez, étudiez, mortifiez-vous, frappez-vous la poitrine, et ne manquez pas d’invoquer en même temps Notre-Dame de Recouvrance.

 

ND de Nantes

 

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Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

720_001

Onzième jour

Notre Dame de Recouvrance

 

Le Diocèse de Nantes comptait, il y a un siècle, cinq chapelles dédiées à Marie sous le nom de Notre-Dame de Recouvrance : deux seulement subsistent aujourd’hui. Ce sont d’ailleurs les plus vénérées : ce sont elles aussi que nous allons étudier ce soir.

La première est sur le territoire de Gétigné, paroisse privilégiée entre toutes, puisqu’elle possède deux pèlerinages de Notre Dame, tous deux antiques, tous deux vénérés, tous deux fréquentés assidûment par les populations d‘alentour : Toutes Joies et Recouvrance. Le premier sans doute est plus connu au loin ; mais il serait difficile de déterminer lequel des deux est le plus aimé des gens de Gétigné eux-mêmes. Le jour de l’Assomption ils vont processionnellement à la chapelle de Toutes-Joies ; mais le dimanche suivant, fête de sainte Radegonde, leur patronne, ils se rendent de même a celle de Recouvrance. Il est vrai, celle-ci porte trop visiblement la marque des siècles qu’elle a vécus, tandis que l’autre, fière de ses murailles neuves, de ses lignes architecturales, de son autel et de ses vitraux, semble la préférée du peuple qui l’a rajeunie ; mais Recouvrance n’est point oubliée, et les habitants de Gétigné, aussi généreux pour elle que pour sa sœur, la veulent également belle, parce qu’elle n’est pas moins aimée. Il y a cependant une différence entre elles, c’est que Toutes Joies, la voisine des sires de Clisson, possède une page dans leur histoire, tandis que Recouvrance, plus humble et presque ignorée, n’a qu’une légende, gravée dans la mémoire du peuple. Mais si l’histoire de Toutes Joies est a la fois gracieuse et touchante, la légende de Recouvrance est bien gracieuse et bien touchante aussi. Écoutez.

Le seigneur de la Roche, dont le manoir s’élevait a quelques toises de ce dernier sanctuaire, perdit un serviteur qui avait vécu en grande réputation de sainteté. On l’entera à l’ombre même de la chapelle où, suivant une coutume très répandue en ce temps-là, se trouvait sans doute un petit cimetière. Les fidèles du voisinage, pleins de confiance dans l’intercession du saint homme, ne tardèrent pas à faire des pèlerinages sur sa tombe. La fille du seigneur, qui avait vu de près la vertu du vieux serviteur, se faisait remarquer par une plus grande vénération et des visites plus assidues. Elle prenait soin de la modeste tombe et y avait fait quelques plantations. Elle y cultivait particulièrement un précieux arbuste. À quelque temps de là, le sire de la Roche devint aveugle. Sa fille, désolée mais pourtant confiante, multiplia les prières ; on la voyait plus souvent encore agenouillée sur la tombe qu’elle entourait de tant de respect. Un matin, elle eut tout a coup la pensée de recueillir la rosée que la nuit avait déposée sur les feuilles de l’arbuste, et elle en baigna les paupières fermées de son malheureux père. Ô merveille ! Elles s’ouvrirent de nouveau a la lumière, la cécité disparut. De là, dit-on, vint à la chapelle voisine le nom de Recouvrance.

Les siècles passés ne nous ont transmis aucun document sur l’origine et l’histoire de ce modeste pèlerinage. Toutefois les traditions du pays le font remonter a une haute antiquité. La toiture porte la date de 1745 ; mais il s‘agit certainement d’une reconstruction. Cinq prêtres résidaient jadis sur le territoire de Gétigné, le recteur, son vicaire et trois chapelains. Ceux-ci, titulaires de petits bénéfices, en acquittaient les messes, soit à l’église paroissiale, soit dans les chapelles rurales : l’un d’eux était attaché à N.-D. de Recouvrance.

Notre chapelle, plus heureuse que sa sœur de Toutes Joies, fut épargnée par les Mayençais et les Colonnes Infernales : et les fidèles ne cessèrent point de la fréquenter. Ils ont grande confiance dans la protection de la Bonne Mère et ne se lassent point de la prier. Ils s’agenouillent de préférence devant un bas-relief, taillé dans la pierre, qui représente l’Assomption de Marie. Cette image, trouvée naguère dans un champ voisin, provenait évidemment de l’ancienne chapelle, saccagée peut être dans les guerres de religion ; on l’y a replacée avec honneur, et le peuple la regarde connue miraculeuse.

La seconde chapelle de N. D. de Recouvrance appartient a la paroisse de Casson. Elle est située, non loin du bourg et près du village de la Hacherie, sur une petite éminence qui borde la route de Héric, dans un vallon plein de solitude et de fraîcheur, au fond duquel un ruisseau serpente capricieusement, en murmurant doucement sa chanson, sous les saules et la ramure des grands chênes.

Il y a plusieurs siècles déjà que l’on vient prier Marie dans cet oratoire, et il nous serait impossible de fixer la date de son origine. Cependant il ne peut remonter à une époque très reculée, puisque le peuple redit encore, sans qu’aucun document écrit vienne en aide à sa mémoire, le nom, la profession, le village de son fondateur. Pourtant la légende a déjà fleuri sur le récit populaire et même plusieurs versions du même fait circulent aux alentours. On raconte donc qu’un col porteur mercier, du village de la Hacherie, nommé Savary, s’était endormi, par une journée très chaude, sur le tertre où s’élève aujourd’hui la chapelle. Suivant les uns, il se trouva tout a coup si fortement pressé contre terre, et il éprouva une si violente douleur, qu’il se sentit près d’expirer ; dans ce moment d’angoisse, il appela la Vierge à son secours et, grâce a cette céleste protectrice, il recouvra sur le champ la santé. Suivant les autres, quand le donneur se réveille après un long somme, il s’aperçut que des voleurs lui avaient enlevé son gagne-pain, sa balle de colporteur avec toutes les marchandises qu’elle contenait. Le pauvre homme, tout désolé, cria sa détresse à Marie et recouvra son bien. Quelle que soit la faveur qu’il eût obtenue de la très Sainte Vierge, il est certain que le colporteur fut reconnaissant. Son petit commerce ayant prospéré, il en consacra le bénéfice à construire un oratoire à Notre Dame de Recouvrance.

Nous constatons l’existence de la chapelle en 1649, puisque, le 13 février de cette année, le recteur Despinose y bénissait le mariage de deux notables paroissiens, après avoir reçu publiquement l’abjuration de la fiancée, qui avait vécu jusque-là dans le protestantisme. L’hérésie avait eu de nombreux sectateurs a Casson, sans doute à cause du voisinage de Sucé, dont le temple est bien connu dans l'histoire de notre pays. Casson avait même son ministre particulier, nommé Guénet, en 1570. C’est surtout dans le bourg et autour de Recouvrance que se trouvaient les huguenoteries. On cite : la Cherbaudière, les Glands, la Gandonnière, la haute et la basse Hacherie, la Galpâtière, la Grohinière, la Pyronmière ; et l’on ajoute qu’en ce dernier lieu habita longtemps un ardent sectaire, le comte d’Estrées, qui tourmentait fort les catholiques.

Marie finit par convertir ses voisins qui abandonnèrent l’hérésie et devinrent tous de dévoués serviteurs de Notre Dame. Ils l’invoquaient Spécialement pour leurs brebis, et ces braves gens, dans leur langage imagé, avaient pris l’habitude d’appeler leur madone Sainte Berge, façon pittoresque de rappeler qu’elle était la protectrice des bergers.

Chaque année, le jour du mardi gras, avait lieu le pardon de Recouvrance. Il y avait messe et procession a la chapelle. Toutefois la population était pauvre, et les décors étaient modestes. On rapporte que ces bonnes gens, n’ayant pas de riche brancard pour y poser leur madone, se servaient d’une simple chaise, trône bien humble, assurément, et bien indigne de la Reine du ciel, mais que l’amour de son peuple transformait à ses yeux.

Les offrandes se ressentaient aussi de la pauvreté des visiteurs. Une pieuse femme, chargée de veiller sur l’oratoire, les recueillait fidèlement. C’était, pour l’ordinaire, de la laine. On voulait obtenir ainsi de la sainte Vierge qu’elle protégeât les bergeries.

Les pèlerins étaient nombreux, le mardi gras. On accourait de tous les points de la paroisse, même de Grandchamp et de Héric. Une bonne vieille racontait, en 1850, que ce jour-là, dans sa jeunesse, « sa maison ne désemplissait pas de gens de Héric venant s’y reposer après leur voyage ». M. Dupas, recteur de Casson, écrivait, en 1778, que l’oratoire de Notre-Dame de Recouvrance était un petit sanctuaire isolé, mais assez proprement entretenu. Au sortir de la Révolution, il n’en était plus ainsi : l'abandon avait amené la décadence, presque la ruine. On cessa de célébrer la messe dans la chapelle trop misérable. Toutefois, pendant la première moitié du XIXe siècle, on continua d’y faire la procession traditionnelle, transférée au jour de l’Assomption. Les habitants des villages voisins cachaient pieusement sous la verdure les crevasses des murailles et la pauvreté de l’autel ; des jonchées de roseaux, empruntés au ruisseau du vallon, tenaient lieu de tapis ; et les fidèles, agenouillés autour de la chapelle croulante, s’unissaient au clergé qui chantait les litanies.

En 1860, M. le curé Philippe, profitant de la présence des ouvriers qui travaillaient au château du Chalonge. fit enfin relever ces ruines : la chapelle fut complètement reconstruite. Elle est là, dans son vallon solitaire, petite et modeste comme autrefois, et toujours vénérée. L’antique madone devant laquelle s’agenouillaient les pères et repris sa place au-dessus de l’autel, pour recevoir les hommages des fils ; et les bienheureux particulièrement honorés dans la paroisse sont rangés a ses côtés, connue pour lui faire une cour, savoir : saint Pierre et saint Fiacre, sainte Anne et sainte Germaine. Une plaque commémorative porte les noms de M. Paré, maire de Casson, et des principaux bienfaiteurs : Melle de Grammont, MM. de Bouillé et de la Cadinière. Enfin, à droite, en entrant, l’on voit un bas-relief représentant Notre-Dame et, devant elle, a genoux, trois personnages lui offrant une chapelle.

 

Notre Dame de Recouvrance ! Ai-je besoin de vous indiquer le mystère que nous rappelle ce titre ? Jésus avait douze ans; pour obéir aux prescriptions de la loi Mosaïque, il accompagna ses parents a Jérusalem, au temps de la pâque. « Les jours saints étant passés, ils prirent le chemin du retour. Or, l’Enfant Jésus était resté à Jérusalem, sans que ses parents s’en fussent aperçus. Supposant qu’il était dans l’une ou l’autre compagnie, ils firent une journée de voyage. Alors ils le cherchèrent anxieusement parmi ceux de leur parenté et parmi leurs connaissances. Ne l'ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem, le cherchant toujours. Après trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple ».

 

Nous aussi, chrétiens, nous avons Dieu avec nous, et l’on peut dire que nous le possédons surnaturellement de deux manières, par la foi et par la grâce. Mais nous aussi, nous pouvons le perdre. Toutefois, la différence est grande entre la Vierge et nous. Marie perdit l'Enfant-Dieu sans commettre aucune faute, et uniquement parce que Jésus voulut lui imposer une épreuve méritoire en nous donnant une leçon. Pour nous, au contraire, si nous perdons Dieu, c’est toujours par notre faute. En effet, que l’homme perde la foi ou la grâce, il y a toujours en quelque faute de sa part.

 

Heureusement, Dieu peut être retrouvé, et la sainte Vierge nous en donne l’exemple. Mais, pour retrouver Dieu, il faut d’abord, comme elle, éprouver quelque peine de l’avoir perdu. Les hommes d’orgueil ou de plaisir qui vivent heureux, tranquilles, sans souci de la perte qu’ils ont faite, ne retrouveront jamais Dieu. C’est la preuve qu’ils n’ont aucun repentir de la faute commise ; c’est la preuve aussi qu'ils ne comprennent pas quel grand bien c’est que de posséder Dieu. Je puis bien ajouter que, en général. l’homme heureux éprouve rarement le besoin de Dieu, tandis que celui qui souffre est tout naturellement incliné vers lui. Comment, après cela, se plaindre de la douleur et dire que les heureux de ce monde ont la meilleure part ?

 

Pour retrouver Dieu, il faut ensuite le chercher, c’est-à-dire montrer quelque bonne volonté, faire quelques efforts pour retrouver la foi ou la grâce. Alors, Dieu fait le reste du chemin et, comme il a fait dans l’Incarnation, il marche vers nous à pas de géant: exultavit ut gigas ad currendam viam.

 

Pour retrouver Dieu, il faut le chercher dans le temple, c’est-à-dire en priant et en étudiant. Pour retrouver Dieu, il faut le chercher avec Marie. Si donc, vous aviez perdu la foi, et ce malheur n’est point rare en ce siècle d’ignorance et de blasphème ; si donc vous aviez perdu la grâce, priez, étudiez, mortifiez-vous, frappez-vous la poitrine, et ne manquez pas d’invoquer en même temps Notre-Dame de Recouvrance.

 

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09 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne7

Dixième jour

Notre Dame de la Chandeleur

 

Missire Vincent Charron, chanoine de la Cathédrale, écrivait en 1637, dans son Calendrier historial de la glorieuse Vierge Mère de Dieu : « A Nantes, en Bretagne, il y a une très belle et très ancienne Confrairie érigée en l‘église parroissiale de Saint-Nicolas, sous le nom de Nostre-Dame de Chandeleur ». Guillaume Greslan, notable commerçant et prévôt en charge de cette Confrérie, renchérissait encore sur ces éloges, dans un mémoire rédigé vers 1727 : « La Confrairie de Notre Dame de la Chandeleur est, de toutes celles qui sont établies en l’honneur de la Sainte Vierge en la ville de Nantes, peut-être même dans le royaume, la plus célèbre par son ancienneté, par le sujet de son établissement et par le nombre de ses membres ». C’est de cette dévotion, si chère à vos ancêtres, que je voudrais vous entretenir ce soir.

Des actes authentiques prouvent que notre Confrérie existait déjà à l'aurore du XVe siècle (1402). E11c dut sa fondation a la pieuse initiative de quelques fidèles qui voulaient, comme son nom l’indique, honorer d’ une manière particulière le Mystère de la Purification de Marie et de la Présentation de Notre-Seigneur au temple, ainsi que la sainte joie du vieillard Siméon.

A sa tête se trouvaient deux prévôts, élus chaque année et choisis parmi « les gens solvables et sans reproche », l’un « pour la ville et paroisse », l'autre « pour la Fosse et le Bignon-Létard », c’est-à-dire le quartier qui s’étend aujourd’hui de la rue Crébillon a la rue du Calvaire. Ils étaient assistés, dans leur gestion, par six commissaires, trois de la ville et trois de la Fosse, élus aussi chaque année et choisis parmi les anciens prévôts résidant sur la paroisse. Enfin, le plus ancien prévôt était toujours commissaire-né et réputé syndic de la Confrérie ; en cette qualité, il était dépositaire d'une des trois clefs des archives et de la caisse. Un procureur pouvait, en outre, être chargé de surveiller l'entretien des immeubles sur lesquels étaient assises les fondations.

La Confrérie de Chandeleur comptait à Nantes parmi les plus cotées ; aussi les confrères, prêtres ou laïques, étaient-ils fort nombreux. Vincent Charron prétend que la plupart des habitants en faisaient partie. Cela peut sembler exagéré. Nous savons du moins que, au commencement du XVIIIe siècle, alors que la célèbre association commençait à déchoir, le nombre des confrères dépassait encore deux mille. Les paroissiens de Saint Nicolas tenaient à honneur d’en être prévôts, « ceux même qui y primaient par leur rang et par leur bien » ; et la liste de ceux qui occupèrent cette charge, bien qu’elle soit incomplète, pourrait constituer le livre d’or du haut commerce nantais. C'était une douce satisfaction, pour les anciens prévôts, d’occuper a l’église une place dans l’un des trois bancs marqués aux armes de la Confrérie. Le pape Paul V lui accorda des indulgences, en 1612, et la bulle en fut publiée l’année suivante, par mandement de l’évêque de Nantes. Ces pièces étaient conservées précieusement « dans l’armoire aux archives » et, à certains jours, une. traduction sur vélin en était affiché sur la porte du « chapitreau ».

La Purification était naturellement la fête patronale de la Confrérie. La veille, le bresteur ou bedeau, en surplis et dalmatique, s’en allait, avec sa cloche, annoncer la fête et ses indulgenes dans toutes les places publiques « de la ville et fauxbourgs, et au-devant des maisons des anciens prévôts ». Le jour même de la fête, on exposait, dès le matin, le Très Saint-Sacrement et l’on chantait matines et laudes. Toutefois, pour ne pas gêner la paroisse qui célébrait solennellement la Chandeleur et avait, comme toute l’Eglise, sa procession des cierges ; et sans doute aussi pour que sa propre procession ne passât point inaperçue, la Confrérie la transportait au dimanche suivant. Ce jour-là, donc, à l’issue de la grand’messe paroissiale, la « cloche de la Confrairie » sonnait en branle durant un quart d’heure. La cérémonie commençait par l’installation des prévôts entrants, dont les noms avaient été proclamés au salut, un des dimanches précédents. Les deux élus s’agenouillent à la balustrade de l’autel de la Confrérie. Un prêtre, revêtu de la chape blanche et assisté d’un diacre et d’un sous-diacre, se lient au-dedans. ll entonne le Veni Creator, puis a la strophe : « Accende lumen sensibus », il met dans la main droite des prévôts un cierge allumé, auquel est attachée une plaque d’argent représentant la Sainte-Vierge. Les récipiendaires lui baisent la main.

Après l’oraison, deux prêtres entonnent les Litanies de la Sainte Vierge auxquelles le choeur. et les assistants répondent. À « Sancta Maria », le bresteur, en surplis et dalmatique blanche, annonce le départ de la procession avec sa cloche qu’il fait sonner de temps en temps durant tout le parcours.

Alors, sous les regards Curieux de la foule, défile le cortège. En tête, les quatre grosses torches de la Confrérie, portées par des laïques en surplis ; puis, le bresteur agitant sa cloche ; le crucigêre assisté de deux enfants de choeur heureux d’arborer les grands chandeliers d’argent de la Confrérie, avec des cierges ornés de plaques aussi d’argent, à l’effigie de la Vierge; le clergé, cierges en main ; le célébrant, assisté de ses ministres et portant la statue d’argent de la Sainte Vierge, du poids de vingt-trois marcs, onze livres et demie, chef d’oeuvre d’un artiste nantais du XVIIe siècle, Thomas Jus, dont la Confrérie de la Chandeleur est si justement fière ; enfin, derrière le célébrant, les prévôts anciens et nouveaux, en habit noir, et tous les membres de la Confrérie, tous avec des cierges, tous rangés sur deux lignes.

On se rend à la chapelle Saint Julien, au centre de la place actuelle du commerce, et l’on y chante l’antienne de la fête avec les verset et oraison. Puis on revient dans le même ordre à Saint-Nicolas, où est célébrée, à l’autel de la Confrérie, une messe solennelle de la Purification. À l’offertoire, tous les prévôts avertis, chacun, par un coup de cloche du bresteur, vont baiser la paix que le célébrant leur présente. Enfin, on distribue a tous le pain bénit. La veille de l’Octave de la Fête-Dieu, le bresteur fait encore sa ronde. En outre, les prévôts en charge envoient aux anciens prévôts et à des confrères, « gens de probité, pour remplir le nombre de 70, des billets dattez et signez d’un d’eux pour les inviter de se trouver en habit noir ledit jour d’Oclave, a cinq heures après midi, au chapitreau, pour y recevoir de leurs mains une torche et marcher a la procession du Très Saint Sacrement qui se fait à six heures, de l’église de Saint-Nicolas a la chapelle de Saint-Julien ».

La Confrérie n'honorait pas seulement le Saint-Sacrement et Notre-Dame, elle songeait aussi à honorer et à soulager ses membres défunts. Après le décès de chaque confrère, le bresteur, revêtu d’un surplis et d'une dalmatique noire, s'en allait par les rues de la ville annoncer ses obsèques, comme il faisait pour les indulgences. On portait à la cérémonie funèbre les quatre grosses torches jaunes de la Confrérie. On y voyait aussi la « quarrée », ou catafalque de l’Association, avec ses quarante cierges, et, s’ils étaient demandés, ses ornements de velours aux riches garnitures d’argent, ornements blancs pour les garçons et les filles, noirs pour les autres défunts. Mais cet appareil n’était transporté que dans les églises paroissiales et dans les chapelles de Toussaints, de l’Hôtel Dieu et du Sanitat. De plus, les prévôts faisaient célébrer, à l’autel de la Confrérie, un service et trente messes basses pour le repos de son âme.

La Confrérie avait beaucoup d’autres exercices que le temps ne me permet pas d’énumérer ; par exemple, tous les dimanches et fêtes de Notre Dame, un Salut de la Sainte-Vierge, où l’on chantait l’Ave Maris Stella, ou un autre hymne, suivant le temps, avec trois fois l’Ave Maria. Pourtant il est une touchante pratique qui ne peut être passée sous silence, c’est la messe de « la porte ouvrante ». L’église de Saint Nicolas attenait aux remparts dont on peut voir encore quelques restes a deux pas d’ici, et la porte du même nom était proche. Elle s’ouvrait a 4 heures du matin en été, il 5 en hiver. Pour procurer « une messe sûre aux voyageurs, artisans et ouvriers sans attendre », la Confrérie en faisait célébrer une aussitôt l’ouverture. C’était « la messe de la porte ouvrante », et elle était offerte pour les confrères défunts.

Pendant des siècles, la Confrérie fut florissante et riche. C’est alors qu’elle acquit ces pièces d’orfèvrerie et ces magnifiques ornements qu'elle était fière d’étaler aux yeux de toute la ville et qu’elle gardait avec un soin jaloux. Elle était fière aussi et jalouse de sa cloche, la plus grosse de Saint Nicolas, peut-être de la ville, qui pesait plus de 2,000 livres. Surtout, elle était fière de ses tapisseries. Elles avaient été faites, en 1649, par un artiste nantais, Gabriel Pierron. Brodées en soie et dessinées avec art, elles étaient vraiment splendides. Huit grandes pièces représentaient la Nativité de Marie, sa Présentation, l’Annonciation, la Nativité de Notre Seigneur, la Purification, l’Adoration des Mages, le Retour des Bergers, l’Assomption ; elles décoraient le choeur dans l’ordre où je viens de les énumérer. Une neuvième pièce, plus petite, représentait la Fuite en Egypte : elle était placée entre le maître-autel et celui de la Confrérie. Les marguillers de Saint-Nicolas avaient l‘autorisation de s’en servir, ainsi que de la cloche et quelquefois de l’argenterie, mais il une condition, « que messieurs les nouveaux fabriqueurs fassent, au commencement de leur charge, civilité à ce sujet aux prévôts » de la Confrérie.

Aux jours de sa splendeur, la Confrérie savait se montrer généreuse: elle vient en aide aux hôpitaux dans les épidémies ; elle accorde d’importants secours aux victimes des incendies ; elle contribue à la construction d’une salle de catéchisme à Saint Nicolas, « la seule paroisse du diocèse que l’on sache avoir un lieu destiné a cela » ; elle paie un riche vitrail à l’église paroissiale ; enfin, elle offre, pendant de longues années, un don de 60 livres au prédicateur du carême.

Hélas ! avec le XVIIIe siècle vint la décadence : la dépréciation de l‘argent réduisit considérablement la valeur des fondations, alors que, d’un autre côté, les honoraires des services étaient augmentés ; puis ce fut la perturbation amenée dans les affaires par la banque de Law. Les cotisations diminuèrent et toutes les ressources décrurent : ce fut le déficit. Des prévôts intelligents et dévoués firent des réformes, rédigèrrnt des statuts, tinrent la main a la bonne gestion des finances et réussirent à conserver un peu de vie a leur chère Confrérie. Toutefois, elle ne revit plus les beaux jours d’antan et elle ne faisait guère que végéter quand la Révolution lui porta le dernier coup.

 

Le cierge de la Chandeleur symbolise Jésus-Christ, et c’est la Sainte-Vierge qui nous donne Jésus Christ : c’est elle qui, dans le mystère adorable de l’Incarnation, a été choisie de Dieu pour le donner a la terre ; c’est elle qui, depuis dix-neuf siècles, continue et, jusqu’à la fin des temps, continuera de nous le donner. « Il n’est route, en effet, ni plus sûre ni plus facile que Marie pour aller à Jésus et pour obtenir, moyennant Jésus, cette parfaite adoption des fils, qui rend saint et sans tache sous le regard de Dieu ». Qui, mieux que Marie possède la connaissance de notre divin Sauveur, qu’elle a porté dans son sein, qu’elle a suivi d’un regard maternel pendant toute sa vie, dont elle a médité sans cesse les mystères ? Qui, par conséquent, est plus capable de nous mener à la connaissance de Notre Seigneur Jésus-Christ ? L’Evangile fait la remarque que le miracle de Cana fut le premier accompli par Jésus et qu’à sa vue, ses apôtres crurent en lui ; or, c’est Marie qui l‘avait obtenu ; d’où nous pouvons conclure que c‘est Marie qui procura aux apôtres la vraie connaissance de Jésus. C’est le.premier acte du rôle qu’elle remplit a travers les âges.

Nous pouvons le dire, ce qui manque le plus au monde, particulièrement à cette époque, c’est la connaissance de Jésus-Christ. Elle manque aux infidèles qui couvrent les trois quarts de notre globe ; elle manque aux hérétiques qui ont déchiré la robe sans couture de l’Eglise en se séparant d’elle ; elle manque aux catholiques apostats et rebelles, qui se multiplient tous les jours ; elle manque aux indifférents et aux mondains qui sont la foule ; elle manque même aux bons catholiques, qui ne savent pas comprendre le Maître ou qui n’ont pas le courage de le suivre.

Demandons à Marie de nous montrer, comme autrefois à Siméon, « cette lumière venue pour éclairer les nations ». Et répétons la prière de nos ancêtres : « Notre Dame de la Chandeleur, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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08 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Neuvième jour

Notre Dame de Créé-Lait

 

A l’entrée de la chaussée de la Madeleine, à Nantes, entre les numéros 7 et 9, on aperçoit, au fond d’une ruelle, une vieille maison, portant l‘enseigne de la Boule d’Or. En face de cette maison, sur le terrain qu’occupe actuellement le square de l’Hôtel-Dieu, se voyait naguère un édicule, dégradé par le temps et dont les restes mutilés indiquaient une oeuvre du XVe siècle. On l’appelait le « Pilier de Notre-Dame », ou bien encore, d’un nom plus vulgaire et plus expressif : « Notre-Dame de Crée-Lait ». La chaussée, sorte de pont qui s’allongeait pendant trois à quatre cents pas, sur des arcades de pierre, à travers les prairies basses de la Madeleine, ne commençait alors qu’à l’auberge de la Boule d’Or, et la voie étroite et courte qui, du pont de la Belle-Croix, aboutissait à la chaussée, s’appelait « rue de la Bonne Vierge de Crée-Lait », nom très compréhensible dont la foule ignorante avait fait « rue Bonne-Vierge-Grêlée ».

L’origine de cette humble construction et la dévotion qui y conduisit nos pères, pendant près de quatre siècles, méritent qu’on les signale. Vous avez tous entendu parler de ce Gilles de Raiz, dont l’histoire s’est confondue chez nous avec la légende de Barbe Bleue. C’était un riche et puissant seigneur, ses terres étaient immenses et ses revenus dépassaient un million de notre monnaie ; c’était un brave aussi : il avait combattu vaillamment aux côtés de Jeanne d’Arc et, dès l’âge de 27 ans, il avait conquis, à la pointe de son épée, le bâton de maréchal de France. Mais il avait été gâté par des parents trop faibles, et des passions ardentes que nul, dans son enfance, ne s’était occupé de réprimer, l’avaient emporté vers l’abîme et avaient fait de lui le monstre hideux et lubrique dont le souvenir nous fait horreur. C’est par centaines que l’on compte les enfants qui furent ses victimes, et les mères ne peuvent entendre prononcer son nom sans tressaillir d’effroi.

L’évêque de Nantes, Jean de Malestroit, sans se laisser effrayer par la puissance du monstre et par les liens de parenté qui l’unissaient à deux familles souveraines, dénonça ses forfaits. Le duc Jean V lui donna des juges et, le 25 octobre 1440, Gilles de Laval, baron de Batz et maréchal de France, fut condamné à être brûlé vif. Ce fut un événement public : les pères et les mères jeûnèrent trois jours pour lui obtenir la miséricorde divine et infligèrent, dit-on,la peine du fouet à leurs enfants, afin qu’ils gardassent dans leur mémoire le souvenir du châtiment terrible qui allait frapper ce grand criminel. La sentence fut exécutée sur la prairie de la Madeleine ; les cloches de toutes les églises tintèrent des glas et une procession précéda le coupable jusqu’au lieu du supplice ; le clergé, l’évêque, le duc lui-même étaient là. En considération de son rang et de son repentir, Gilles de Raiz fut d‘abord étranglé et son cadavre, à peine touché par les flammes, fut enseveli dans l‘église des Carmes.

En exécution des dernières volontés du défunt, on érigea, sur le lieu de son supplice, une croix de pierre, la Belle Croix. Dans le soubassement qui la portait, ou,ce qui me parait plus probable, dans une sorte de mur étroit ou de pilier élevé il quelque distance, on creusa trois grottes en style gothique de l‘époque et l’on y plaça l’image des saints préférés du seigneur de Raiz, celle de Notre Dame au milieu, puis, à droite et a gauche, celles de saint Gilles et de Saint Laud.

Avant de mourir, le grand coupable, repentant de ses crimes, avait déclaré « que sa mauvaise éducation était cause de tous ses désordres, que l’oisiveté l’avait perdu, que les mères devaient refuser a leurs enfants des mets trop délicats et, au contraire, les nourrir de bons principes ». Les mères chrétiennes prirent l’habitude de venir au Pilier de Notre Dame prier pour le malheureux qui les avait tant fait pleurer et demander, en même temps, à leur bonne Mère du Ciel, la grâce pour leurs propres enfants de ne pas marcher sur ses traces. Elles faisaient ordinairement ce pèlerinage dans les mois qui suivaient immédiatement leur délivrance, alors qu’elles nourrissaient encore ces chers petits. Naturellement, elles ne se contentaient pas de solliciter pour eux des grâces d’ordre surnaturel, mais elles demandaient aussi des avantages temporels, et particulièrement le lait dont elles avaient besoin pour les nourrir. Bientôt, comme il arrive presque toujours, hélas ! Les préoccupations temporelles l’emportèrent sur les autres et l’on ne demanda plus guère a Notre Dame que la nourriture nécessaire aux petits enfants. De là ce vocable singulièrement expressif, inventé par le peuple : Notre-Dame de Crée-Lait.

Pendant des siècles, un courant de dévotion conduisit les mères au Pilier de Notre-Dame. Malgré l’encombrement de la rue, plus étroite à cet endroit qu’elle ne l’est aujourd’hui et voie unique de communication de la rive gauche avec la ville, on y voyait souvent des mères agenouillées, et parfois même des foules considérables. Marie ne pouvait manquer d’exaucer les prières qu’inspirait cette foi simple et touchante. Le Bureau de ville, qui s’intéressait à tous les souvenirs de la cité, arrêtait, le5janvier 1578, de faire établir un auvent protecteur au-dessus des trois statues pour assurer leur conservation. La Terreur mit fin à ce modeste pèlerinage. Les trois statues furent enlevées et probablement détruites. Toutefois, les niches subsistèrent jusqu’en 1867. A cette époque, le Pilier de Notre-Dame fut renversé pour l’aménagement du square de l’Hôtel-Dieu. En d’autres temps, on ont regardé connue un devoir de dresser, sur cet emplacement consacré par la piété populaire, au milieu de la verdure et des fleurs du jardin, un autre « pilier » et une nouvelle image de Notre-Dame ; le Bureau de ville de l’an de grâce 1578 n’y eût pas manqué ; notre société laïque, pour ne pas dire païenne, n’a plus de ces pieuses délicatesses et la naïve dévotion à Notre-Dame de Crée-Lait a pour toujours disparu. Pour trouver quelques restes du vieux monument, il faut aller au Musée archéologique, où sa partie supérieure a été recueillie et gît mélancoliquement au milieu d’autres débris du passé. Il est vrai pourtant que, sur le pont voisin, se dresse toujours la « Belle-Croix ».

 

La leçon qui se dégage de ce court historique est surtout pour les mères : permettez-moi donc, Mesdames, en terminant, de m’adresser plus spécialement il vous. À l’exemple de vos devancières, demandez la nourriture corporelle pour vos enfants. Elle est nécessaire, et c’est Dieu qui la donne ; c’est Dieu qui féconde le sein des mères et y distille mystérieusement la liqueur précieuse qui fortifie et fait grandir ces êtres chéris : c’est à Dieu donc qu’il faut la demander. Mais si l’on veut être plus sûrement exaucé, il est bon d’employer l’intermédiaire de Notre-Dame. Demandez en même temps la grâce de comprendre et d’aimer ces grands devoirs de la maternité que Dieu impose, mais que le monde rejette ou dédaigne, parce que l’égoïsme les redoute ou simplement parce que la mode les prescrit.

Demandez à Marie de comprendre et de pratiquer les conseils que Gilles de Raiz mourant donnait, de son échafaud, a toutes les mères de tous les temps. Gardez-vous, dans l‘éducation que vous donnez à vos enfants, de la mollesse et de l’oisiveté. Un orateur catholique le disait au siècle dernier : « La mollesse énerve l’âme et en détruit le ressort; tout languit dans l’enfant a qui l’on ne refuse rien. Si vous voulez faire de votre enfant un homme, ne l’amollissez pas par des soins exagérés, sinon le sentiment de l’honneur s’affaiblira dans son âme et son sang s’appauvrira dans ses veines. Inconnu aux hommes, oubliant Dieu, il ne sera rien, ni en cette vie, ni en l’autre. Vous lui aurez appris a manger et non il travailler, a dormir et non à veiller, à céder et non il vaincre, a véiller et non à vivre : votre mollesse aura tout perdu ».

Appliquez-vous surtout à « nourrir vos enfants de bons principes ». Et qu’est-ce donc que nourrir ses enfants de bons principes ? C’est mettre sur leurs lèvres les noms de Dieu, de Jésus et de Marie, et ces premières prières, les prières de l’enfance, qui restent gravées dans la mémoire jusqu’au dernier souffle, et que l’on aime toujours, même quand on n’a plus le courage de les redire ; c’est mettre dans leur intelligence, avec la connaissance des choses de Dieu et de la religion, une foi que les attaques de l'impiété non plus que les séductions du vice ne sauraient ébranler ; c’est mettre sur leur front l’orgueil de cette foi, le sent orgueil permis, celui qui fait que l’on ne rougit pas de son baptême, que l’on ne s’incline pas devant les idoles, que l’on ne s’abaisse pas devant les puissances ; c’est mettre dans leur cœur la volonté qui fait les hommes, les héros et les saints. Voilà, mes Frères, la leçon qui ressort de notre vocable; voilà ce que signifie cette invocation qui, peut-être, vous fait sourire : « Notre-Dame de Crée-Lait, priez pour nous ! »

 

ND de Nantes

 

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07 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Huitième jour

Notre Dame de Fréligné

 

A l’extrémité sud-ouest de la paroisse de Touvois, à deux pas du Falleron, petit fleuve sans gloire, qui sépare la Bretagne de la Vendée, s’élève une modeste chapelle chère, depuis les âges les plus reculés, aux habitants voisins des deux provinces: on l’appelle Notre Dame de Fréligné. À la fin du XVIIe siècle (1689), on la disait déjà fort ancienne et, de fait, l’observateur attentif qui la visite et qui remarque son architecture, mélange assez incohérent de roman et de gothique, est naturellement incliné a lui donner, pour date d’origine, la seconde moitié du XIIe siècle.

La légende rapporte que de riches Anglais, battus par la tempête et menacés de naufrage, firent vœu de bâtir un oratoire a la Sainte Vierge près du lieu de leur débarquement, si elle les sauvait de la mort. La Vierge puissante exauça leur prière et les voyageurs, reconnaissants, réalisèrent leur vœu. Aussi, Notre Dame de Fréligné passe pour avoir été bâtie par les Anglais et, dans le pays, on l’appelle généralement la chapelle des Anglais.

Ces faits ne paraissent nullement improbables quand on se rappelle que, dans le courant du XIIe siècle, le Poitou fut apporté en dot au roi d’Angleterre, par Eléonore d’Aquitaine et quand on songe que la mer, en ce temps-là, pénétrait beaucoup plus avant dans les terres. La fondation nouvelle, a une date que nous ne pouvons préciser, fut donnée, avec quelques revenus, â l’abbaye augustine de Geneston, et les moines prirent l’engagement d’y célébrer une messe chaque semaine. Toutefois, ils s’entendirent de bonne heure avec le recteur de la paroisse, pour assurer le service. Pendant des siècles, on y célébra la première messe du dimanche ; et les jours de fêtes de la Vierge, tout le clergé paroissial s’y transportait pour chanter solennellement les offices. Les habitants du voisinage, tout dévoués â Notre-Dame, réclamaient souvent la faveur de dormir leur dernier sommeil à l’ombre de son sanctuaire, et un assez vaste cimetière s’étendait tout autour. Le cimetière n’est plus qu’un souvenir, mais le placis verdoyant qui le remplace est toujours dominé par la croix.

L’Archidiacre de Nantes, qui visita Fréligné au XVIIe siècle, nous a laissé une curieuse relation. Il prend soin de signaler l’antiquité de l’oeuvre, le joli clocher qui surmonte la chapelle et les deux cloches qui s’y balancent harmonieusement pour appeler les pèlerins, les vastes greniers où l’on dépose les dons en nature offerts par la piété généreuse des fidèles, les fresques a demi effacées par le temps qui décorent les vieilles murailles, les ex-voto de cire qui disent la puissance de Notre Dame et la reconnaissance de ses pauvres suppliants, enfin « la très vieille image d’une Vierge allaitant son enfant, taillée en bosse dans une grande pierre carrée ». Surtout il remarque avec satisfaction qu’il y a à Fréligné « de très grandes dévotions ». Peut être, s’il avait en le temps d’interroger les anciens du pays, eut-il appris que ce pèlerinage était jadis célèbre parmi les habitants du Bas-Poitou et que. son renom s’étendait au loin ; peut-être eut-il noté, dans sa relation, qu’aux temps lointains du XIVe siècle, durant la guerre qui mit aux prises pendant cent ans l’Angleterre et la France, les belligérants accordaient des laissez-passer aux pèlerins de Fréligné ; peut-être eut-il recueilli quelques uns de ces curieux jetons dont on retrouve encore des spécimens aux archives de Poitiers.

Pendant la Révolution, la chapelle fut d‘abord livrée à des usages profanes, puis incendiée, avec tout le village, par les colonnes infernales. La vieille charpente s‘abîma dans les flammes, mais les épaisses murailles, que six siècles n’avaient pu ébranler, résistèrent à l’action du feu. Au printemps de 1794, 2,000 soldats s’établirent dans un camp fortement retranché, à quelques pas des ruines. Leurs déprédations incessantes, les incendies et les meurtres qu’ils multipliaient tous les jours exaspérèrent les Vendéens. Charette résolut de les débusquer. Le 14 septembre, il convoque les paroisses du quartier; le 15, il est a Fréligné. Les paysans qui l’entourent et dont les demeures ont été brûlées, les familles massacrées, se précipitent, ivres de vengeance, â l’assaut. Leur colonne arrive sur le placis qui s’étend au-devant de la chapelle en ruines. Alors, d’un même mouvement, tous tombent a genoux, et, dans une fervente prière, demandent à Notre Dame la grâce de vaincre on de mourir de la mort des saints. Déjà les balles ennemies sifflent sur leurs tètes ; n’importe, ils achèvent leur prière. Puis, se relevant, ils s’élancent à la bataille. La résistance des soldats patriotes fut longue et vaillante ; mais que pouvaient-ils contre ces héros protégés par Marie ? La victoire, cette fois encore, fut pour la Vendée.

Avec la paix reprirent les pèlerinages. La chapelle était en ruines, sans doute : quatre murs, un autel fait de quelques planches, un drap au-dessus de l’autel... Mais c‘était le sanctuaire aimé de Notre Dame, et le vieux curé retour d'exil y célébrait la messe, et les survivants de la grande guerre s’agenouillaient au milieu des débris. Enfin, revinrent les beaux jours. En 1820, on reconstruisit la toiture ainsi que le clocher, et toutes les paroisses voisines se réunirent pour transporter dans le sanctuaire rajeuni la nouvelle statue, remplaçante de la « vieille image » de pierre que la tempête n’avait pas respectée.

Depuis 1839, on ne célèbre plus la première messe du dimanche a Notre-Dame de Fréligné, l’église paroissiale garde jalousement son privilège. Cependant, sept fois par an, les lundis de Pâques et de la Pentecôte, et a cinq fêtes de la Sainte Vierge, le clergé paroissial, entouré des dévots serviteurs de Notre Dame, vient y célébrer tous les offices.

C’est le 8 septembre, fête patronale du pèlerinage, qu’il faut aller a Fréligné. La chapelle et ses alentours sont gracieusement décorés, et la foule pieuse accourt de cinq et six lieues a la ronde. À 9 heures et demie, deux processions s’ébranlent, l’une vient de Touvois, c’est la procession bretonne ; l’autre, la Vendéenne, part de l’église de Falleron. Le rendez-vous est sur le placis de la chapelle,car la nef est trop étroite pour contenir la foule, et c’est sous une tente, à l’abri du calvaire, dont le piédestal est transformé en autel, que le prêtre célèbre le saint sacrifice. Dans la soirée, on chante solennellement les vêpres et l’on donne, du haut de l’estrade, la bénédiction du très saint sacrement. Dans l’intervalle des deux cérémonies, la foule, en longues files, s’en va prier dans la chapelle, et de la se dirige pieusement vers « la bonne fontaine », pour demander des grâces et des miracles à Marie. C‘est toujours par milliers que l’on compte les pèlerins, des prêtres nombreux accompagnent leurs paroissiens, et, deux fois au moins, depuis vingt ans, on y a vu Monseigneur l’évêque de Nantes.

 

Un procès-verbal authentique, nous venons de le voir témoigne que l’ancienne statue de Frétigné représentait la Vierge-Mère allaitant son enfant. C’est donc Marie, nourricière de Jésus, que l’on honorait en ce lieu. Marie, nourricière de Jésus ! A ces mots, quel tableau a la fois plein de réalisme et de gracieuse poésie se déroule à nos yeux ! Le Fils de Dieu, en se faisant homme, a voulu se soumettre a toutes les faiblesses du jeune âge, et Marie dut l’entourer des soins que les autres mères prodiguent a leurs enfants. L’Evangile nous apprend, en effet, qu’à sa naissance la mère de Jésus l’enveloppa de langes, puis le coucha sur la paille d’une crèche : ces détails du saint Livre nous permettent de conjecturer ce que fut la première enfance du Sauveur et de contempler la Vierge-Mère penchée, nuit et jour, sur son enfant. La voyez-vous, mes Frères, présentant à sa lèvre altérée le breuvage qu’elle réclame, couvrant ses membres débats des pauvres vêtements qui les défendront contre la froidure, veillant amoureusement sur le sommeil de l’Enfant-Dieu, guidant ses pas mal assurés dans leurs premiers essais et enseignant ses lèvres inhabiles â bégayer des mots ? Quels abaissements ! Mais quelle grandeur pour Marie !

Marie est aussi notre mère. N’est-ce pas une conséquence qu’elle soit la grande nourricière de l’humanité ? Dieu, qui se sert de son intermédiaire pour nous communiquer les trésors de sa grâce, doit en user également pour nous communiquer tous les autres biens. Les pauvres, les malheureux, les affligés l’ont compris, et ils se pressent aux autels de Marie, et ils la supplient d’apaiser leur faim, de vêtir leur nudité, de soulager leur misère, de leur donner tous les biens qu’ils n’ont pas. Et Marie les écoute, et leur confiance n’est point trompée. Ce sont surtout les tout petits qui réclament une mère nourricière ; ce sont eux surtout qu’elle assiste. Regardez au fronton de nos orphelinats catholiques : vous y verrez la Vierge-Mère qui tend les bras et sourit aux petits enfants. Cette image n’est pas seulement un symbole, c’est un portrait. La mère qui veille sur ces asiles, c’est Marie, et il semble parfois qu’elle emprunte la robe de bure et la cornette de la fille de charité pour traverser les rangs de ses chers petits, pour leur distribuer des caresses et du pain.

Marie, nourricière de Jésus et par la même des frères de Jésus, inspire confiance à notre misère, elle nous donne aussi d’instructives leçons. Elle encourage de son sourire les mères de la terre et leur recommande les petits frères de son Jésus : les soins dont il faut entourer leur enfance délicate sont un devoir bien deux pour les vrais Coeurs des mères ; mais ils semblent parfois une charge trop pesante aux âmes moins généreuses : Marie, nourricière de Jésus, c’est la récompense des unes, c’est le remords des autres. Enfin, elle nous montre à tous les tout petits qui n’ont pas de mères, les tout petits qui n’ont pas de pain, et nous rappelle éloquemment que celui qui possède est l’économe de Dieu et le nourricier du pauvre.

 

ND de Nantes

 

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05 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Sixième jour

Notre Dame de Bonne Nouvelle

 

Dans la commune de Puceul, au chef-lieu de la paroisse de la Chevallerais, nous trouvons une modeste et gracieuse église consacrée à Notre-Dame de Bonne Nouvelle. Écoutons d’abord parler la légende.

C’était, il y a longtemps, bien longtemps, sur les bords de l’Isac. Des bois s’étendaient entre Saffré et Blain, jusqu’à ceux du Cuivre, avec lesquels ils ne formaient sans doute qu’une seule et immense forêt. Un jour, un pauvre bûcheron, qui travaillait dans les halliers, aperçut une belle Dame, auprès d’une source d’eau vive ; et, comble de bonheur ! la belle Dame se fit connaître et dit qu’elle voulait, en ces lieux, une chapelle dédiée il son nom. Le lendemain, revenant au même endroit, il trouva une statuette de la Sainte Vierge cachée dans les broussailles.

Le bûcheron était pauvre et, par conséquent, incapable d’élever, a lui seul, un superbe édifice : il mit sa cognée au service de la belle Dame, fit disparaître les broussailles, tailla des poutres dans la forêt, et bientôt la madone eut sa chapelle, bien humble il est vrai, avec ses cloisons et son toit de feuillage, mais monument touchant de foi et d’amour. Puis, quand la statuette eut été placée dans son sanctuaire, le dévot serviteur de Marie se prosterna devant elle, et les foules vinrent après lui prier devant l’image miraculeuse et boire à la source bénie.

Or les seigneurs du voisinage, pour se délasser de leurs chevauchées guerrières, venaient souvent chasser dans la forêt, aux environs du pauvre oratoire. Un jour, l’un d’eux, croyant frapper une bête fauve, atteignit et blessa grièvement un de ses compagnons. Dans sa désolation, le chevalier, de la le nom de Chevallerais, promit d’élever une chapelle à la Vierge, si le blessé guérissait. Quelque temps après, informé de cette bonne nouvelle, le noble seigneur accomplit sa promesse, et une chapelle convenable remplaça, avec le titre de Notre-Dame de Bonne Nouvelle, la hutte du pauvre bûcheron.

Quoi qu’il en soit de cette gracieuse légende, nous connaissons, par les archives de Saffré, l’existence de la chapelle en 1620, et nous avons appris naguère, en compulsant un vieux registre de Puceul, que le recteur de cette dernière paroisse fit restaurer, en 1722, la chapelle de la Chevallerais.

Pendant des siècles, les pèlerins allèrent prier dans ce modeste sanctuaire et, peu a peu, des habitations se groupèrent aux alentours. Le hameau ne tarda pas à devenir une fratrie distincte et posséda son chapelain. Les mauvais jours arrivèrent, et le troisième chapelain de la Chevallerais, Jean-Martin Chrétien de la Cour, périt, malgré ses quatre-vingts ans, dans les eaux de la Loire. Marin Leroy, son successeur, jeune mais infirme, ne fut pas plus heureux et périt avec lui.Les révolutionnaires de Blain tirent une expédition contre la chapelle et la livrèrent aux flammes. Mais l’un d'eux, pris de remords sans doute, sauva la statuette et la remit à une femme du village, qui la conserva avec amour.

La frairie de la Chevallerais restait fidèle à Dieu et à Notre-Dame. Un prêtre non sermenté, M. l'abbé Chédeville, y fixa sa résidence et y entretint ces sentiments chrétiens. Aussi, dès 1795, les habitants relevèrent la chapelle de ses ruines et, quand le Concordat de 1802 ramena définitivement le calme et la liberté religieuse, la statuette vénérée reparut sur son autel. Un prêtre du voisinage, M. l’abbé Le Bastard, vint s’installer au milieu de ces braves gens et, pendant plusieurs années, il y dirigea un petit séminaire qu’il avait fondé à l’ombre du sanctuaire de Marie.

Depuis, la frairie est devenue paroisse ; une église simple, mais de bon goût, a remplacé la chapelle croulante ; et les habitants y invoquent, avec plus de confiance que jamais, Notre Dame de Bonne Nouvelle. Les fidèles du voisinage y font souvent des pèlerinages. Puceul Surtout, la paroisse-mère, qui ne se console pas d’avoir perdu sa perte la plus précieuse, se fait remarquer par sa fidélité au culte de la Bonne Mère. Quand quelque danger la menace, quand la sécheresse ou des pluies persistantes mettent les récoltes en péril, quand le croup, le terrible croup porte la désolation au cœur des mères et le deuil a tous les foyers, elle se forme en procession et court invoquer Marie. Dans son église neuve, elle s’est fait un devoir d’élever un autel à Notre Dame de Bonne Nouvelle ; et, pour traduire aux yeux du peuple le mystère de cette dévotion tant aimée, un de nos meilleurs artistes nantais, délicieusement inspiré,a taillé dans la pierre une Vierge-Mère présentant son Fils au monde.

Dans les temps anciens, N. D. de Bonne Nouvelle n’était pas Seulement honorée a la Chevallerais ; elle possédait, elle possède encore une petite chapelle à Donges. Cet humble édifice, que l’on aperçoit, a droite du chemin de fer, quelques minutes après avoir quitté la gare de Savenay, n’est pas éloigné de la Loire ; aussi les marins invoquaient-ils volontiers sa madone tandis que, de leur côté, les parents inquiets s’en allaient, pendant les voyages trop prolongés des leurs, demander à Marie de bonnes nouvelles.

A Nantes, dans la chapelle Saint Yves, on voyait un autel de N. D. de Bonne-Nouvelle où, chaque vendredi, sur la fin du jour, se chantait le Stabat ; on on voyait un autre à la Cathédrale. Ecoutez messire Vincent Charron : «Yves du Quirisec, issu d’une ancienne et noble famille de Bretagne, Scolastique de Vannes et chanoine de Nantes, fut fort affectionné à la Sainte-Vierge, en l’honneur de laquelle il fonda un beau salut a la Cathédrale dudit Nantes, qui se chante tous les samedys de l’an, après Complies, devant l’autel de N. D. de Bonne Nouvelle en ladite église, et y fonda depuis deux chapellanies, de deux messes par semaine chacune, et voulut être enterré devant ledit autel, après son décès qui arriva à tel jour (l6 janvier) l’an 1518. Il git sous une belle grande tombe de cuivre ».

 

Il y a bientôt dix neuf siècles, au milieu d’une froide nuit d’hiver, de pauvres bergers de Palestine furent favorisés d’une ravissante vision. Un ange tout resplendissant de lumière leur apparut et, connue ils étaient saisis d’épouvante, la douce voix du céleste messager leur dit : « Ne craignez point, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie : c’est qu’ilvous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ». La bonne nouvelle par excellence, c’est la naissance du Messie, c’est la Rédemption prochaine, c’est le salut du monde. Et, à cause de cela, l’ange de Bethléem a été regardé, dans tous les siècles chrétiens, connue le messager de la Bonne Nouvelle.

Mais ne pouvons-nous pas dire que c’est Marie qui, la première, annonce cette bonne nouvelle au monde ? Je le faisais observer hier ; Marie, dès l’origine, a entretenu l'espérance de l’humanité; je puis bien ajouter aujourd’hui que la raison c'est la bonne nouvelle qu’elle annonçait. Je ne veux pas me répéter ; disons cependant que l‘apparition de Marie a été l’annonce de l’arrivée prochaine de Jésus; que le monde, a sa naissance, pouvait déjà la saluer du beau nom de Notre Dame de Bonne Nouvelle ; qu’ils ont été bien inspirés ceux qui ont choisi la Nativité de la Sainte Vierge pour fête patronale de notre sanctuaire. Tous les Pères de l’Eglise se sont plu à appeler Marie l’aurore du soleil de justice. Est-ce que l’aurore, à sa naissance, ne donne pas au monde l’heureuse nouvelle de l’apparition prochaine du soleil ? De même Marie, a sa naissance, donne au monde l’heureuse nouvelle de l’apparition du Messie.

Ce n’est pas tout. Nous disions avec Bossuet : les dons de Dieu sont sans repentance : le rôle qu’il a confié jadis à Marie, la Vierge le remplit encore. C’est elle qui annonça le Rédempteur a la terre, le salut au monde ; c’est elle encore qui annonce le salut il chacun d’entre nous et, plus particulièrement aux pécheurs. On le répète souvent, et c’est un fait d'expérience, la piété envers Marie est un sûr indice et connue un gage certain de sanctification et de salut. Ne regarde-t-on pas, dans l’Eglise catholique, la dévotion à la Sainte Vierge comme un signe de prédestination ? N’est-on pas accoutumé a désespérer presque du salut des insulteurs de Marie ?

N’a-t-on pas pour habitude de dire, avec preuves à l’appui, le serviteur de Marie ne périra pas ? Je puis donc bien l’affirmer, l’amour de Marie, la dévotion à Marie est l’annonce du salut assuré, et c’est encore pour cela que nous avons raison de l’appeler Notre Dame de Bonne Nouvelle. Je vais plus loin, et ma déduction est logique, le culte de Marie est le gage et l’annonce du salut pour les nations. La France était jadis couverte de sanctuaires dédiés à son nom et le peuple ne se lassait pas de les visiter. La France alors était prospère et glorieuse ; la France surtout était chrétienne. Durant le XVIIIe siècle, les pèlerins s’y rendirent moins nombreux, les chapelles furent négligées, plusieurs même tombèrent en ruines. La Révolution fit le reste et, durant les premières années du XIXe siècle, on acheva de démolir les précieux débris de ces sanctuaires désolés. La France, hélas ! vit s’évanouir ses gloires et la foi s’éteignit chez la plupart de ses fils.

Depuis un peu plus de quarante ans (Mois de Marie publié en 1904, ndlr), à la suite des apparitions de la Salette, de Lourdes et de Pontmain, la France s’est reprise à aimer Marie ; les vieux sanctuaires ont été relevés ou rajeunis et la foule en a retrouvé les chemins ; de nouvelles basiliques ont été fondées et les voies, ouvertes aux voyageurs par le génie moderne, ont été tout étonnées de voir des milliers de pèlerins, revenants d’un autre âge, traverser la France entière, jeter au vent leurs Avé et leurs refrains pieux. Alors la religion a relevé la tête. Ah ! Sans doute l’impiété blasphème plus que jamais, je le sais bien ; mais c’est de rage, et parce qu'elle sent qu‘elle joue sa dernière partie. Le nombre des timides diminue; le nombre des croyants, des courageux surtout, s’accroît d’une manière consolante ; on ne craint plus, comme autrefois, de se montrer publiquement chrétien, et, si le temps des persécutions revenait, ce serait aussi le temps des martyrs. Nous sommes loin du triomphe, c’est vrai ; mais courage ! Si nous voulons que notre France redevienne chrétienne, si nous voulons opérer notre propre salut, honorons Marie, aimons, invoquons Notre Dame de Bonne Nouvelle.

 

ND de Nantes

 

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04 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Cinquième jour

Notre Dame d‘Espérance

 

L’ordre logique de nos études m’amène à vous parler aujourd’hui d’un vocable de la très sainte Vierge, dont on peut vraiment dire qu’il est aussi vieux que le monde : Notre Dame d’Espérance. Quand, au soir de la chute, le grand Justicier prononça contre nos premiers parents la terrible sentence, il joignit il la parole de colère une parole de miséricorde : Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme, entre sa postérité et la tienne, et elle t’écrasera la tête. Et lorsque, plus tard, les tristes exilés du Paradis terrestre sentaient le poids des malédictions divines peser trop lourdement sur leurs épaules, ils voyaient apparaître, comme une vision réconfortante, la femme, prédite par le Très-Haut, qui leur souriait doucement dans le lointain de l’avenir : c’était Notre Dame d’Espérance.

Quand, aux derniers jours du déluge, Noé, jetant un regard sur la terre désolée et songeant, non sans effroi peut être, à l’immense solitude qu’était devenu le monde, aperçut la colombe qui revenait dans l‘arche, tenant dans son bec un rameau d’olivier, il dut voir, dans cette messagère de paix et de pardon, la gracieuse image de Notre Dame d’Espérance.

Quand le prophète Isaïe, palpitant sous le souffle de Dieu, criait au peuple d’Israël : « Ecce Virgo concipiet : Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils que l’on appellera Emmanuel, l’Homme-Dieu » ; celle qu'il annonçait de la sorte, sept siècles avant sa venue, c’était Notre Dame d’Espérance.

Quand nos druides gaulois, dépositaires inconscients des traditions primitives, étranges interprètes des oracles divins, élevaient des autels il la Vierge qui devait enfanter, Virgini pariturae, ces surprenants hommages s'adressaient encore à Notre-Dame d'Espérance.

Quand sainte Elisabeth, saisie d’un transport céleste, disait à l'humble jeune fille qui venait de franchir le seuil de sa maison : « D‘où me vient cet honneur que la Mère de mon Dieu daigne me visiter ; et quand la Vierge répondait par ce sublime cantique que le monde chrétien ne se lasse pas de chanter, c’était la terre acclamant Notre Dame d‘Espérance, c’était Notre-Dame d’Espérance entonnant l‘hymne de la reconnaissance et de l’amour.

Vous étonnerez-vous maintenant que la piété catholique ait élevé, sur tous les points du globe, d’innombrables églises dédiées, sous ce vocable, à la très sainte Vierge Marie ? Le diocèse de Nantes ne fait pas exception. Dans la nouvelle église de Saint Nazaire, au dessus de l’autel de la sainte Vierge, un vitrail du transept gauche représente l’archange Gabriel, portant une banderole, avec l’inscription : « Spes nostra, notre Espérance ». C’est pour perpétuer le souvenir d’une chapelle ancienne et très vénérée que beaucoup sans doute parmi vous ont jadis visitée. Les vieillards l’appellent ordinairement la chapelle du Gand Cimetière, du lieu, autrefois et pendant des siècles principal cimetière de Saint Nazaire, où elle était située ; les jeunes la désignent plus habituellement sous le nom de chapelle du Fort, à raison de la batterie voisine qui défendait, il n’y a pas encore longtemps, l'entrée du port ; mais tous savent qu‘elle est consacrée à Notre Dame d‘Espérance.

On ignore son origine et l‘histoire de sa fondation; toutefois on remarque, sur la porte d’entrée, le blason de la famille de Carné, qui posséda la vicomté de Saint-Nazaire, dans la seconde moitié du XVIIe siècle (1660-1706), ce qui prouve que le monument actuel remonte au moins a cette époque.

A la Révolution, la commune s’en empara, et elle devint successivement magasin à fourrages, halle, écurie, pour être élevée enfin à la dignité de maison d’école. Un arrêté préfectoral la rendit à la fabrique en 1829, et elle redevint ce qu’elle était dans le passé, le sanctuaire très aimé de Marie. Plus tard, en 1861, M. l’abbé Bouyer, curé de la paroisse, fit procéder à sa restauration complète. Pendant toute la fin de ce siècle, elle fut un centre de piété. L’archiconfrérie pour la conversion des pécheurs y avait son siège. Les habitants du vieux Saint-Nazaire, héritiers des traditions de leurs pères, allaient volontiers la visiter, prier Notre Dame pour leurs marins, faire brûler des cierges devant son image, déposer des ex-voto, témoins authentiques de la bonté compatissante de la Mère et de l’amour reconnaissant des fils. Placée tout au bord de l'Océan, dont les embruns la recouvraient parfois, elle apparaissait bien vraiment connue l’espérance des marins, mis en péril par la tempête ; bâtie au centre d'un ancien cimetière, elle s’offrait bien naturellement aussi connue l’espérance des âmes ballottées sur la mer de ce monde et qui abordent au port de l’éternité.

Malheureusement, à l’occasion des travaux de la nouvelle entrée du bassin, la vieille chapelle, tant aimée de nos pères, a été récemment aliénée et désaffectée. Le cœur se serre de la revoir : à la place des bancs et des prie-Dieu, des sacs de plâtre ou de ciment ; à la place des pieux fidèles en prières, des ouvriers qui fredonnent des couplets profanes ou qui profèrent des blasphème !… Encore un vieux souvenir qui s'en va, encore un lambeau de nos antiques dévotions qui disparaît !

Machecoul posséda, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, sa chapelle de Notre-Dame d’Espérance. Elle était située dans le faubourg Saint Martin. Le temps et les hommes l‘ont renversée, et ses derniers débris ont depuis longtemps disparu. Je ne voudrais pas assurer que ceux qui foulent chaque jour le sol qui la porta en ont gardé même le souvenir.

En revanche, la ville de Nantes, qui n’avait jadis aucune église de ce nom, s’est enrichie, au siècle dernier, d’un beau sanctuaire dédié à Notre Dame d‘Espérance.

Vous connaissez, pour les avoir vues, empressées et délicates, a votre chevet peut-être, sûrement a celui de quelqu’un des vôtres, les religieuses hospitalières qui portent ce nom si doux. Fondées, à l’aurore du XIX° siècle, dans la ville de Bordeaux, elles vinrent s’établir à Nantes, en 1838, sous l’épiscopat et avec l’appui de Mgr de Hercé. J’aime a proclamer que c’est un missionnaire diocésain, de la maison de Saint François, M. l’abbé Briand, nom cher aussi d’ailleurs à cette paroisse qu’il administra pendant deux ans (1848-1850), qui leur en facilita les moyens et mérita d’être appelé « leur fondateur et leur père nourricier ». Elles s’installèrent d’abord à l’extrémité du territoire de Saint Nicolas, rue du Boccage, je crois, dans la maison qui fait face à la rue Bonne-Louise. La pauvreté des débuts ne leur permettait point d’avoir aumônier, ni chapelle. Mais l’église voisine de Saint-François s’ouvrait a leur piété, et les missionnaires étaient là.

Depuis, l’arbrisseau a été transplanté et a pris des proportions gigantesques. Les sœurs garde-malades ont bâti un vaste établissement et construit une superbe chapelle, dédiée, comme leur œuvre, à Notre-Dame d'Espérance. N’est-ce pas le nom qui convient à ces filles du ciel ? Et ne portent-elles pas vraiment l’espérance avec elles ? Oui, l’espérance ! Parfois l’espérance de la guérison et de la santé que hâtent leurs soins délicats; plus souvent encore, peut être, l’espérance du ciel qu’elles ouvrent a bien des pêcheurs endurcis, et dont elles rendent, aux autres, l’accès plus facile.

 

Invoquez donc, mes Frères, Notre-Dame d’Espérance. Invoquez-la pour vous. Qui donc peut se passer d’espérance ? Et l’espérance parfois nous manque. Les jours heureux sont clair-semés dans la vie et, bien souvent, au milieu des souffrances et des peines, le cœur le mieux trempé sent faiblir son courage. Les luttes pour la vertu fatiguent plus vite encore peut être ; que d’âmes, effrayées par les difficultés qu’il faut surmonter, par les tentations qu’il faut vaincre, par l’effort qu’il faut faire, et qui croient la lutte impossible, et qui désespèrent d’atteindre le but, et qui s’abandonnent au courant, comme le naufragé, épuisé par l’effort, qui finit par lâcher la branche qu’il avait saisie et se laisse emporter au fil de l’eau ! c’est alors, surtout, qu’il importe de jeter un regard et un cri suppliants vers Marie. Elle nous permet de lui demander ces biens et ces joies de la terre qu’elle dédaigna pour elle-même et, souvent, sa pitié maternelle les accorde à notre faiblesse; en tout cas, elle ne refuse jamais le baume qui adoucit, l’affection qui console et, réconforté par son sourire, en se relève et l’on marche son chemin plus vaillant et plus fort. Surtout elle accueille les pauvres âmes désemparées, elle ne manque jamais de leur accorder secours et protection, elle les lire de la l’ange et les prend dans ses bras pour les porter à Dieu.

Invoquez-la pour l’Eglise. Certes, l’Eglise n’a rien à craindre des orages qui grondent sur sa tête : les orages passent et l’Eglise demeure. C’est le chêne, cramponné au sol depuis des siècles, et qui, sans fléchir, affronte la tempête. Mais le souffle de la tempête, s’il n’ébranle pas le tronc, emporte par milliers les feuilles de nos grands chênes, celles surtout qui commencent à jaunir et dans lesquelles la sève ne circule plus qu’imparfaitement ; et elles s’en vont, roulées par l’ouragan, à la fange, à l’abîme. De même, les tempêtes qui soufflent contre l’Eglise font tomber, hélas ! Bien des âmes, surtout les âmes anémiées, il la foi affaiblie, a la vertu branlante, dans laquelle ne circule plus qu'imparfaitement la sève de la grâce : et elles s’en vont, à la fange, à l’abîme. Demandez donc à Marie d’écarter la tempête de l’Eglise, pour empêcher la perdition des âmes.

Invoquez-la surtout pour la France ! On dit que la France est a son déclin. Serait-elle donc finie, la glorieuse journée que Dieu lui accorda de vivre ? Va-t-il donc disparaître ce grand astre dont l’éclat illuminait le monde, comme ce soleil que nous voyons à la fin du jour s’incliner sur l’horizon et se coucher majestueusement dans l’azur ? La France est l’apanage, le royaume de Marie, et, durant les quinze siècles qu’elle a vécus, aux jours sombres de son histoire, Marie fut toujours sa suprême espérance. Elle ne peut faillir aujourd’hui aux promesses de son passé. Confiance donc, mes Frères, et ne vous lassez pas d’invoquer Notre Dame d’Espérance.

 

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03 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Quatrième jour

Notre Dame de Grâce

 

Dans la partie sud-est de la commune de Guenroüet, sur la rive gauche et a deux pas de l’Isac, pour ainsi dire à l’ombre du château princier et des hautes futaies de Carheil, s’élève une modeste église paroissiale : Notre-Dame de Grâce. Il y a seulement soixante ans, le 22 juillet 1844, qu’elle a été décorée de ce titre; jusque là, ce n’était qu’une chapelle rurale de Guenroüet. Mais elle n’en est pas moins célèbre dans les fastes de la contrée, et peut-être remonte-t-elle aussi haut que la paroisse- mère, qui, pourtant, n’est pas jeune.

Les seigneurs du château voisin des Carheil d’abord, ensuite des Coislin, revendiquaient les titres de seigneurs fondateurs et prééminenciers dans la chapelle de Grâce, ainsi que dans l’église de Guenroüet ; ils y conservaient jalousement leurs droits de banc et de tombeau ; leurs armoiries, peintes sur la litre des murailles aussi bien que sur les vitraux, témoignaient orgueilleusement de ces droits. Et connue l’intérêt se mêle à tout dans la vie, les Cambout de Coislin, qui n’étaient pas sans voir, des fenêtres de leur manoir, l’affluence des pèlerins a certains jours, en conclurent qu’il serait bon d’établir des foires a leur profit sur le « pâtis » de la chapelle. Ils en sollicitèrent la création, et voilà comment, le 1er mars 1578, le Parlement de Bretagne opposait son visa sur une ordonnance royale accordant a M. de Cambout, vicomte de Carheil, trois foires par chacun an « au bourg de Grasse », a savoir, le mardi de la Pentecôte, le jour de Saint Jean-Baptiste et à la fête patronale du lieu « Nostre-Dame de Septembre ».

Les seigneurs de Carheil montraient leur sollicitude pour Notre-Dame de Grâce en cherchant surtout a en tirer honneur et profit ; d’autres seigneurs, bien autrement puissants, manifestèrent la leur d’une manière plus désintéressée, en comblant la modeste chapelle de leurs bienfaits. C’étaient les ducs de Bretagne, ou du moins deux princes, ducs de cette maison de Montfort si pieusement généreuse, qui couvrit de monuments splendides, consacrés à Dieu et à la Vierge, toute la terre de Bretagne, et particulièrement le sol nantais.

Mais pourquoi nos ducs pensaient-ils à cette humble et lointaine chapelle de N. D. de Grâce ? Hasardons d’abord des conjectures. Alain le Grand, roi de Bretagne, après avoir battu glorieusement les pillards Normands, vers la fin du IXe siècle, s’était retiré dans son château de Plessé - Plebs Sei, comme l’écrit l’auteur de la Chronique nantaise ; Plou Sé, d’après la traduction de notre grand historien breton A. de la Borderie. C’était, non pas au chef-lieu actuel de cette paroisse, mais a 5 kilomètres de là, sur un rocher abrupt qui domine l’Isac et que marque toujours l’antique chapelle de Saint Clair,probablement contemporaine du grand batailleur, si elle n’est plus ancienne encore. Alain y tenait cour nombreuse, seigneurs et hommes de guerre s’y pressaient autour de lui. La Chronique de Nantes nous apprend que l'évêque de cette ville, Foulcher, y vint lui rendre visite et lui demander des faveurs pour son Eglise désolée.

Sur la rive opposée de l’Isac, s’étalant au flanc d’un coteau encore plus élevé que celui de Saint-Clair, on voyait la petite bourgade de Guenroüet. Alain la fit ériger en paroisse et la dota de sa première église. Est-ce vers la même époque qu’on éleva la chapelle de Grâce, dont l’origine se perd dans la nuit des temps ? L’apparition de la Vierge en ce lieu, dont parle la légende, fut-elle connue du châtelain de Plessé ? Est-ce pour cela que les sires de Carheil, seigneurs de ce pays après Alain le Grand, possédèrent connue lui des droits de fondateurs dans les deux églises ? Est-ce pour cela, enfin, que les ducs du XVe siècle, gardiens des pieuses traditions de leurs devanciers, conservèrent une grande dévotion envers la sainte Dame de ces lieux ? Ce sont la des questions auxquelles je ne saurais répondre ; et pourtant je me sens incliné à chercher dans ce lointain passé l’origine de la dévotion de nos ducs a Notre-Dame de Grâce.

Un historien nantais, que tous les autres ont copié, affirme, malheureusement sans donner de preuves, qu’Arthur III aimait et avait considérablement enrichi la chapelle de Grâce. En effet, pendant que ce prince n’était encore que le comte de Richemond, connétable de France, et qu’il bataillait aux côtés de Jeanne d’Arc, pour délivrer notre pays du joug de l’Anglais, son frère, le duc. Jean V, lui avait abandonné la jouissance de la seigneurie du Gâvre. Arthur aimait cette terre où, mieux que partout ailleurs, il pouvait se livrer au plaisir de la chasse, cette vivante image de la guerre qu’il aimait tant. Ce fut même lui qui rebâtit le château, jadis détruit par Olivier de Clisson. « Je veu a Dieu, disait-il, je ferai ici une belle place et maison ». Et, pendant de longues années, il consacra à cette entreprise les 25,000 livres, somme énorme à l’époque , que lui donnait le Roi de France pour sa charge de connétable. Notre Dame de Grâce n’était qu’à une courte distance du château, et l’on comprend que le prince, qui était un Montfort, pieux par conséquent, malgré sa rudesse de soldat, ait fait souvent ce pèlerinage et y ait laissé des marques de sa munificence. Nous pouvons donc, sans preuves, croire les historiens.

Mais ce qu’aucun d’entre eux n’a dit, et ce qui est pourtant bien certain, c’est que Jean V, son frère et son troisième prédécesseur sur le trône de Bretagne, fit un vœu et un pèlerinage à Notre Dame de Grâce en des circonstances solennelles.

On connaît la guerre de succession de Bretagne et la lutte entre les deux maisons rivales de Penthièvre et de Montfort. Celle-ci finit par l’emporter, et Jean IV, un Montfort, fut reconnu de tous connue duc de Bretagne. Son fils, Jean V, lui succéda sans conteste sur le tronc ducal. Il régnait depuis vingt ans quand la haine sournoise et félone des Penthièvre faillit renouveler le fléau de la guerre civile. Jean V, invité par eux à les visiter dans leur terre de Châteauceaux, fut traîtreusement arrêté, chargé de chaînes, accablé d’injures, menacé d’une mort horrible, traîné de château en château, de forteresse en forteresse, pendant plusieurs mois, et finalement jeté dans un cachet à Châteauceaux même. Toute la Bretagne se leva et vint tirer le duc de sa prison.

Mais Jean V, s’il comptait sur ses féaux sujets et ses preux chevaliers, comptait surtout sur ses protecteurs du Paradis. Il avait multiplié les vœux. Il en avait fait à Notre Dame des Carmes, dont nous reparlerons ; il en avait fait à Notre Dame du Folgoët et à saint Yves ; il en a fait fait aussi à Notre Dame de Grâce. J’en trouve la preuve dans un mandat de paiement par lequel il ordonne à son trésorier de rembourser quarante écus d’or empruntés pour acquitter les vœux faits, dans sa prison, « à Saint-Julien-de-Vovantes, à Redon, à Nostre-Dame de Graices, à Prières et ès-chapclles de Nostre-Dame du Bodou et du Méné ».

Jean V, a peine délivré, avait voulu accomplir ses vœux. Il commença par Notre Dame des Carmes ; ensuite il envoya des représentants aux sanctuaires trop éloignés qu’il ne pouvait visiter immédiatement, tels que le Folgoët et Saint Yves de Tréguier. Mais il n’en était pas ainsi des églises que j’ai nommées tout a l’heure. Les Etats de Bretagne étaient convoqués à Vannes pour juger les Penthièvre. Jean V résolut d’acquitter ses vœux avant que de s’y rendre, ou plutôt en s’y rendant. Délivré le 6 juillet 1420, il était, dans le courant du même mois, à Châteaubriant, d’où il se rendit à Saint-Julien ; de là, à l’abbaye de Saint Sauveur de Redon, d’où il était facile de faire le voyage de Grâce ; puis à l’abbaye de Prières ; puis enfin à Vannes, où se trouvaient les chapelles du Bondon et du Méné. Le duc n‘avait oublié que de remplir sa bourse ; peut-être ne l’avait-il pas pu, car son trésor était à sec : il avait tout donné à Notre-Dame des Carmes.

Depuis, l’humble chapelle a-t-elle reçu d‘aussi nobles visiteurs ? Peut-être, car la belle fille de Jean V, Françoise d’Amboise, passa six mois dans son château du Gâvre, où elle perdit sa mère, et il ne serait point surprenant qu’elle eût fait un pèlerinage au sanctuaire tant aimé de son beau-père et de son oncle. De plus, un historien prétend qu’une Marguerite de Bretagne, qui ne peut être que la soeur de Jean V et d’Arthur III, femme d’Alain de Rohan, laissa, en 1428, trente sous de rente à Notre Dame de Grâce pour la célébration d’une messe annuelle ; et, si le fait est exact, nous pouvons en conclure que la pieuse princesse aima, connue ses frères, notre petite chapelle et la visita souvent. Sans doute, en des temps plus rapprochés de nous, les grands seigneurs du voisinage, les Coislin de Carheil, les Rohan de Blain, la visitèrent â leur tour ; mais les Coislin et les Rohan eux-mêmes étaient de petits compagnons auprès des Ducs de Bretagne.

L’histoire ne dit presque plus rien de notre sanctuaire. Nous savons cependant que la piété du peuple y entretenait un chapelain et que les fidèles d‘alentour s’y rendaient assidûment le dimanche et les jours de fête. La preuve, c’est que, le 14 janvier 1656, une sentence de l’officialité faisait défense aux prêtres de Grâce de célébrer la messe dans la chapelle aux heures des offices paroissiaux.

La défense n’a plus de raison d’être. Notre Dame de Grâce est désormais paroisse. On n’y célèbre plus, il est vrai, comme fête patronale, N.-D. de Septembre ; mais la piété et la confiance en Marie n‘ont pas faibli : le peuple répète toujours qu’une apparition de la Sainte Vierge a fait ériger ce sanctuaire, la foule va toujours demander des guérisons a l’eau miraculeuse de la fontaine de Riavau ; et de toutes les paroisses du voisinage, de Guenrouët, de Plessé, de Campbon, de Quilly, de Montoir même, on s’y rend en pèlerinage.

 

Que nous ayons le droit d’appeler Marie Notre Dame de Grâce, il semble superflu de le démontrer. L’Archange disait à la Vierge de Nazareth, en s’inclinant devant elle : « Ave, gratia plena : Je vous salue, pleine de grâce ». Marie possède donc la grâce dans sa plénitude, c’est-à-dire qu’elle possède autant de grâces que tous les anges et tous les saints réunis ; autant de grâces que peut en recevoir une simple créature. Une seule en a possédé davantage, Jésus Christ, mais Jésus-Christ n’était pas une simple créature, Jésus Christ était Dieu.

Pleine de Grâce, avait dit Gabriel, et c’était pour signifier toutes les grâces et toutes les grandeurs prodiguées par Dieu à Marie, c’était pour nous apprendre aussi que la Vierge, mère de Dieu et mère des hommes, serait chargée de répandre sur ses fils indigents tous les trésors spirituels. Elle est, en effet, ta mère de la divine grâce et d‘elle on peut dire, dans une certaine mesure, ce que saint Jean a dit de son Fils : « De ptenitudine ejus omnes nos uccepimus : Nous avons tous reçu de sa plénitude ». Il y a toutefois une différence entre eux, et elle est essentielle, c’est que Jésus est le créateur de la grâce qu’il nous a méritée au Calvaire, tandis que Marie n’en est que la dispensatrice, c’est l’aqueduc, c’est le canal dont Dieu se sert pour la faire parvenir jusqu’à nous.

Il y a longtemps que saint Augustin l’avait dit : « La Vierge incomparable, étant mère de notre Chef selon la chair, a dû être, selon l’esprit, la Mère de tous ses membres, en coopérant par sa charité a la naissance spirituelle des enfants de Dieu ». Il y a longtemps aussi déjà que Bossuet avait ajouté : « Dieu ayant une fois voulu nous donner Jésus-Christ par la Sainte Vierge, cet ordre ne se change plus, et les dons de Dieu sont sans repentance. Il est et sera toujours véritable, qu’ayant reçu par elle une t’ois le principe universel de la grâce, nous en recevions encore, par son entremise, les diverses applications dans tous les états différents, qui composent la vie Chrétienne. Sa charité maternelle ayant tant contribué à notre salut dans le mystère de l’Incarnation, qui est le principe universel de de la grâce, elle y contribuera éternellement dans toutes les autres opérations, qui n’en sont que des dépendances ».

Mais Bossuet, mais saint Augustin lui-même, n’étaient que des voix particulières, et voici que la voix même de l’Eglise, que le Pape a parlé, que Pie X a proclamé Marie le ministre suprême de la dispensation des grâces. Nos pères avaient donc raison de dire, et nous, après eux, nous avons raison de répéter : Notre Dame de Grâce, priez pour nous.

 

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Notre Dame de grâce de nos jours

 

« La paroisse de Grâce a été crée en 1845 par ordonnance de Louis-Philippe, notifiée par l’évêque de Nantes. Le 12 janvier un curé y fut installé. La situation de ce dernier était bien précaire : presbytère inhabitable, une chapelle insuffisante et délabrée, puisque l’eau filtrait sur l’autel à travers les lambris, pas de sacristie, pas de cloche, puisque l’ancienne avait été envoyée à Savenay par les révolutionnaires pour être fondue. En 1855, le conseil de fabrique (paroissial) votait le projet définitif de construction d’une église dont le marché de travaux, après bien des difficultés et vicissitudes, fut conclu fin juillet 1866, entre un architecte Blinois et une entreprise de St Nicolas de Redon. Les travaux durèrent deux ans, le clocher, faute de moyens, ne fut pas construit. L’aménagement intérieur, la fabrication des bancs et des autels latéraux terminés en 1875, l’église pouvait accueillir 450 personnes. Le curé Héry a réalisé l’autel de la Vierge et a participé à la fabrication des bancs et des confessionnaux. Il fallu attendre le 29 septembre 1877 pour voir enfin le clocher terminé et ses quatre cloches carillonner. Ce carillon continua de marquer les heures joyeuses et douloureuses du pays, jusqu’au 7 décembre 1944, durant la poche de Saint-Nazaire.

Ce jour là, après de nombreux bombardements par les américains, une averse d’obus plus violente, qui dura trois heures, troua les murs, fit écrouler la moitié de la toiture de la nef et toucha le clocher. Le cadran de l’horloge traversa la place et la grosse cloche rendue inutilisable, le clocher restait suspendu dans le ciel  par quatre tiges de fer énormes ancrées dans la maçonnerie. Après la libération, une messe célébrée dans les ruines de l’église, le 13 mai 1945, rassembla les paroissiens rescapés et ceux qui avaient pu rentrer au pays. La démolition de l’édifice commença en 1949. La flèche du clocher fut jugée dangereuse, et un tracteur de l’armée américaine, au moyen d’un filin, la tira vers le sol, mutilant un peu plus le clocher, dont les trois cloches rescapées avaient été préalablement démontées ; la plus grosse des trois, dont les oreilles de fixation étaient brisées, tomba sur un tas de gravats et se fendit un peu plus. Elle faisait 1200 Kg et fut envoyée à la fonderie.

 

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L’Eglise provisoire

 

Des bâtiments en bois montés à Savenay par les anglais, pour y loger les troupes en 1940, étaient disponibles. Le démontage de deux éléments par les artisans de Notre Dame de Grâce, ont été réassemblés sur le terrain, où aujourd’hui, est situé le parking derrière l’église. Un bâtiment de vingt mètres de long par huit de large se trouva rapidement bâti, permettant d’accueillir les paroissiens pour toutes les cérémonies religieuses. Un clocher fut érigé indépendamment, sur le coté. Les cloches épargnées par les obus furent électrifiées et motorisées avec du matériel provenant de la démolition d’une église de Saint Nazaire. L’ensemble des bâtiments fut mis en service le 15 août 1945 et a servi d’église jusqu’au 2 juin 1952. Après quoi elle fut désaffectée et servit de salle de théâtre et de cinéma paroissial, puis démolie au cours des années 1959/60. A noter que la cloche brisée, refondue à Annecy en compagnie de celles de Guenrouët, après une cérémonie de bénédiction le 25 octobre 1948, prit une place avec ses sœurs dans le clocher provisoire.

 

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L’église actuelle

 

En 1947, le conseil municipal commença à se préoccuper des églises de la commune, toutes deux touchées lors de la poche de Saint Nazaire. Notre église paroissiale trop touchée par les obus, fût jugée irréparable lors la venue à Nantes du ministre de la reconstruction (un délégué se déplaça sur les lieux). Les travaux de démolition commencèrent en 1949. A la fin de l’année 1950, les plans acceptés, la reconstruction de cette nouvelle église commença. Les travaux furent rondement menés. La première pierre fut posée, le 2 mars 1951. Sous cette première pierre, située à droite dans le choeur et au pied de la fresque, un cylindre métallique renfermant les documents récupérés de l’ancienne église démolie, auxquels ont été ajoutés la narration des tribulations vécues et les noms des contemporains de cette nouvelle histoire. Le 2 juin 1952 restait les finitions intérieures. Les vieux bancs et chaises étaient tout justes assez nombreux pour accueillir la foule des paroissiens et voisins, venue avec les personnalités civiles et religieuses, participer à sa consécration par Monseigneur Villepelet, alors évêque de Nantes ».

L'église Notre Dame de Grâce a été reconnue « Patrimoine du XXe siècle en mai 2015.

(D'après un texte extrait du site www.guenrouet.ft)

 

ND de Nantes

 

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01 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Nantes, Chapelle de l'Immaculée Conception 2

Deuxième jour

Notre Dame de l'Immaculée Conception

 

De tous les vocables sous lesquels on honore la très Sainte-Vierge, le plus populaire à notre époque, c’est bien celui de l’Immaculée Conception. C’est aussi le mystère qui, logiquement, se présente le premier a notre pensée.

Le 8 décembre 1854, après avoir consulté toutes les Eglises de la catholicité, Pie IX, entouré de 54 cardinaux, de 42 archevêques et de 92 évêques, venus de tous les points du monde, proclamait solennellement le dogme de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge. L’univers applaudit ; Rome donna le signal par des fêtes splendides et toutes les nations unirent leurs acclamations a celles de la Ville éternelle. Au premier rang se distingua la France, le royaume de Marie ; et parmi toutes les cités de notre pays se distingua la cité nantaise. L‘évêque d’alors écrivait, le 16 décembre 1854 : « On prépare pour demain la plus belle illumination que Nantes ait jamais vue ». C’était une prophétie, l’illumination fut belle, incomparable, féerique. Plusieurs peut être de ceux qui m’écoutent ce soir en ont gardé le souvenir. C’est la première fête a laquelle ait pris part votre basilique. Elle ne devait être livrée au culte que huit jours plus tard; mais elle était débarrassée déjà de ses échafaudages, et, sous la nuit embrasée, elle apparut toute blanche dans sa robe de pierre avec une ceinture de feux aux couleurs de la Vierge, symbole de celle qui devait apparaître bientôt sur les monts Pyrénéens dans la blancheur immaculée de ses voiles de lin et le bleu céleste de son écharpe. De cette fête, que je n’ai point vue, mais dont les échos sont venus jusqu’à moi, je ne veux retenir qu’un mot qui nous révèle, dans sa simplicité touchante, la foi naïve et délicate de l’âme populaire. « Apercevant au fond d’une cour misé able une pauvre vieille qui allumait quelques chandelles, une dame de charité s’écria : « Que faites-vous ? Vous êtes sans pain ! D’ailleurs, qui viendra ici ? » « Ah ! fit la vieille, ce n’est pas pour le monde que j'illumine, c'est pour ma bonne Mère du Ciel ».

Vingt cinq ans plus tard, Nantes célébrait avec le même enthousiasme le premier jubilé de la proclamation du dogme, et il nous souvient encore de l’effet magique produit par les feux de l’illumination sur le blanc manteau de neige dont le sol était revêtu..Je n’ai pas à vous apprendre, à vous qui vous pressiez naguère si nombreux et si recueillis dans les nefs de votre vaste église, pour célébrer la cinquantaine de l’Immaculée, que l'ardeur de la piété nantaise ne s’est pas refroidie.

Mais les catholiques n’avaient pas attendu le le XIXe siècle pour honorer la conception immaculée de leur Mère, et c’est bien le cas de répéter les paroles de Mgr Dupanloup : « Si l’Eglise n’en avait pas fait encore un dogme de foi, nos coeurs en avaient fait un dogme d’amour ».

L'Eglise grecque célébrait la fête de la Conception de Marie depuis le VIe siècle, l’Espagne dès le VIIIe, et nous Savons que l’Angleterre, à la suite d’un éclatant miracle, l‘adopta au Xie. Elle ne tarda point a passer le détroit et de la Normandie s’étendit a toute la France où l’on prit l'habitude de l’appeler « la fête aux Normands ».

On la trouve à Nantes, dès le XIe siècle ; toutefois, elle s'appela d’abord l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie, et plus tard, a raison de la période de l’année liturgique où elle tombait, elle fut surtout connue sous le nom de Notre-Dame des Avents. Plusieurs confréries, érigées en l’honneur de l’Immaculée Conception, s’abritaient sous ce titre ; il y en avait à Saint Saturnin, à Sainte Croix, à Saint Clément ; la plus célèbre était à Saint Similien. La fête patronale de cette dernière confrérie était célébrée avec le plus d‘éclat possible : la veille, ou chantait solennellement les premières vêpres ; le matin même de la fête, les matines et les landes suivies de la grand-messe, et il ne fallait pas moins de 1,600 livres de gâteaux pour le pain bénit des confrères.

Le prieuré de Pennebé honorait l’Immaculée Conception dès le XIe siècle. Une église du diocèse, celle de Bouée, autrefois trêve de Savenay, est aussi depuis longtemps dédiée à Marie sous ce vocable. Mais, mes Frères, et il me plaît de vous le dire, c’est la circonscription paroissiale de Saint Nicolas qui posséda le premier sanctuaire consacré, dans la ville de Nantes, a l’Immaculée.

Le jour de la Chandeleur de l’année 1623, les religieuses bénédictines du Calvaire, que venait de fonder l’ami de Richelieu, le célèbre Père Joseph, arrivaient a Nantes et tentaient de s’y établir. Mais de graves difficultés surgirent. Alors elles tirent un vœu a la Sainte Vierge, promettant de dédier leur église à Son immaculée conception, si elle aplanissait les obstacles. Peu de jours après, ces obstacles tombèrent et les religieuses signaient le contrat qui les rendait propriétaires de « la motte de Ballüe ». C’étaient les terrains occupés aujourd’hui par le quartier Delorme, et la rue du Calvaire marque l’allée qui conduisait au nouveau cloître.

Telle fut l’origine de la première chapelle de l'Immaculée Conception dans notre cité : plus de deux siècles devaient s’écouler avant que Nantes en possédât une seconde.

C’était en 1845, le jour même de la fête instituée par l’Eglise pour honorer le mystère de l’Immaculée Conception. Un saint prêtre, M. l’abbé Lusson, ancien curé de Saint-Jacques, forma le projet de donner une église à Marie. Il était en prières dans la chapelle de la Retraite quand la pensée lui vint que « sa bonne Mère n’avait à Nantes qu’un pied a terre et qu’il fallait lui consacrer une chapelle ». Celle de l’Oratoire était en vente, il résolut de l’acquérir. Une pieuse dame, ravie de cette entreprise, lui promit 6000 fr. Encouragé par ce premier succès, le vaillant prêtre multiplia les démarches. Hélas ! ce fut en vain. L’autorité ecclésiastique ne lui prêtait point son concours ; un jour même, le vicaire général Vrignaud, fatigué de ses instances, lui répondit brusquement: « Quand vous aurez 25,000 francs, vous pourrez commencer votre oeuvre ». M. Lusson n’en avait que 7,000. La protection de Marie lui procura le reste. L’infatigable quêteur de Notre Dame priait un jour dans l’oratoire de Saint Vincent-de-Paul. Tout à coup, connue inspiré du Ciel, il étend les bras vers la statue de la Sainte-Vierge : « Ma bonne Mère, donnez moi a l’instant ces 18,000 francs. Vous-même ou bien indiquez-moi la personne qui me les procurera ». Un nom lui vint à la pensée ; le lendemain, il heurtait a la porte d’une demeure dont il n’avait jamais franchi le seuil, et, naïvement, racontait son histoire. On lui donna les 18,000 francs.

D’autres obstacles se dressent devant lui. Mais qu’était-ce que des obstacles humains devant cette foi obstinée? M. Lusson part bientôt pour Paris ; le 20 février 1848, il obtient une audience du Ministre ; le 22, les dernières formalités doivent être remplies, et, le 22 février, Paris se réveille au bruit de l’émeute ..... Tout semble bien fini à cette fois, et d’autant plus irrémédiablement que l’Oratoire est vendu. Mais non, l’oeuvre va s’accomplir, le rêve du saint homme va se réaliser enfin !

Mgr Jaquemet vient d’arriver a Nantes, il encourage l’entreprise de l’abbé Lusson et celui-ci se remet à l’oeuvre avec plus d’ardeur que jamais. L’Oratoire est vendu, c’est vrai, mais l’église des Minimes est la. Toutefois, il faut se hâter, car elle vient d’être adjugée aux enchères publiques. Vite on met une surenchère et, le 19 septembre 1849, la vieille église devient propriété de l’Evêque de Nantes.

C’était l’antique chapelle bâtie par François II, à l’entrée des jardins du château, et dédiée pendant plus de trois siècles a saint Antoine-de-Pade. La Révolution l'avait profanée, et le vieux sanctuaire ducal, tour à tour atelier de serrurerie et magasin a fourrages, était bien déchu de sa splendeur première. Toutefois, l’oeuvre vive était intacte ; une réparation sommaire, reprise magnifiquement plus tard, lui rendit la décence convenable et, le 8 décembre 1840, la piété nantaise en reprenait possession et l’offrait, gage de filial amour, a l’Immaculée Conception.

 

Vous savez, mes Frères, en quoi consiste le mystère de l’Immaculée Conception. Tous les hommes, enfants d’Adam et Eve, enveloppés avec eux dans la malédiction qui suivit leur chute, reçoivent avec la vie la marque du péché et naissent enfants de colère. Marie seule fait exception. Dieu suspendit, pour cette créature privilégiée, l’universelle loi portée par sa justice et lui appliqua par avance les mérites de son Fils. Il est de foi qu’au moment même où Dieu unit l’âme de Marie au corps qu’elle devait animer, cette âme a jamais bénie, non seulement ne contracta point la tache originelle, mais fut remplie de grâces et de vertus. Bien plus, la sainte enfant était, conséquence naturelle, soustraite par la même à toutes les suites du péché, mise à l’abri des entraînements de la concupiscence et des attaques de la tentation, si bien que, durant tout le cours de sa vie, elle ne contracta pas, elle ne put pas contracter la moindre souillure.

Privilège unique et incomparable, mais privilège nécessaire, sans lequel on ne conçoit pas la Rédemption. Ainsi l’exigu1it le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. La bonté de la mère, en effet, rejaillit sur l’enfant, et pour Dieu, le Saint par excellence, il n’est pas de honte comparable au péché : est-il donc croyable que la Mère de Jésus, que la Mère de Dieu ait subi cette honte ?

Ainsi l’exigeait l’amour de Jésus pour Marie. N’est-il pas vrai que l’enfant bien né rêve pour sa mère toutes les perfections et toutes les gloires, et que si, par impossible, Dieu nous avait consultés avant d'appeler notre mère à la vie, nous l’aurions supplié de déposer toutes les vertus et tous les dons dans son berceau ? Le Fils de Marie est en même temps Fils de Dieu, il pouvait ce qui nous est impossible a nous, pauvres mortels: comment donc eût-il permis que celle qu’il entourait de tant d’amour et prédestinait a tant de grandeur fût courbée, même un seul instant, sous le joug flétrissant du démon ?

Ainsi l’exigeait l’oeuvre même de la Rédemption. Future mère de celui qui venait détruire le péché, chargée d’infuser dans ses veines le sang qui allait purifier le monde en coulant sur la croix, Marie de fait être pure et sans tache, Marie devait être immaculée dans sa conception.

Marie est aussi notre mère et notre modèle. À l’exemple de ces fils qui redisent sans cesse les gloires de leurs aïeux, aimons à redire les gloires de notre Mère et a la saluer du beau titre d’Immaculée. À l’exemple de ces fils qui, non seulement Se glorifient des exploits et des hautes dignités de leurs ancêtres, mais qui lâchent de s’en montrer dignes, ne soyons pas seulement fiers des grandeurs de notre Mère et, dans la mesure du possible, efforçons nous de lui ressembler.

Je le sais bien, nous sommes venus au monde honteusement souillés par le péché. Mais, avec l’eau sainte du baptême, le sang du Rédempteur a coulé sur nos fronts, nos âmes ont été purifiées, nous sommes devenus frères de Jésus-Christ, enfants bien-aimés du Très Haut. Dans cette naissance nouvelle, qui s’appelle le baptême, naissance à la vie de chrétien, naissance à la grâce, à l’amitié de Dieu, à l’espérance du Ciel, nous aussi, nous sommes immaculés, et de ce titre nous devons être fiers.

Ce n’est pas tout et Dieu veut autre chose : Immaculée dans sa conception, Marie le fut encore durant tout le cours de sa vie. À son exemple, nous aussi, immaculés dans notre baptême, nous aurions dû le rester toujours. Nous le pouvions, car Dieu, s’il n’avait pas éteint complètement en nous les feux de la concupiscence, en avait tempéré les ardeurs ; nous le pouvions, car Dieu, s’il ne nous avait pas soustraits aux attaques des tentations, nous avait donné des armes pour les vaincre ; nous le pouvions, car Dieu, s’il nous avait laissés faibles et peccables, nous avait cependant, en nous dispensant largement sa grâce, fait participer à sa force divine.

Hélas ! Malgré tout, nous avons péché ! Jetons-nous donc aux pieds de l’Immaculée Conception ; demandons-lui de nous aider a redevenir immaculés comme elle et promettons-lui de le rester toujours.

 

ND de Nantes

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08 mars 2017

Le Mois du Coeur Agonisant de Jésus

Le Mois du Cœur agonisant de Jésus

Père Blot

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 Vingt-deuxième jour

Le Cœur agonisant

 

Pour la fête de l'oraison de Notre Seigneur sur le mont des Oliviers, l'introït de la messe commence ainsi : « Cor meum conturbatum est in me, mon Cœur s'est troublé en moi, et la crainte de la mort est tombée sur moi » (Psaume 37, 11). C'est donc spécialement au Cœur, que se rapportent les souffrances de Jésus agonisant.

 

Méditation

 

I. Le Cœur du bon Maître endura seul des souffrances plus nombreuses et plus acerbes, que toutes les autres parties de son corps prises ensemble ; l'état de ce Cœur adorable, livré à toutes les sévérités de la justice divine, était bien plus lamentable que l'état de ce corps mortel, déchiré par la cruauté des bourreaux ; la passion intérieure fut plus poignante que la passion extérieure. Voyez ce Cœur délaissé, abandonné de tous, chargé de tous les péchés des hommes. Il est réduit à dire au Père céleste : « Vous avez détourné de moi votre face, et j'en suis tout troublé » (Psaume 19, 8). Dieu semble en effet s'être éloigné, il livre à lui-même ce Cœur innocent devenu victime pour nous, il ne lui donne ni vues, ni lumières, ni goûts. Tout rebute ce pauvre Cœur, tout contribue à lui faire sentir le poids de sa peine. En quel abattement il tombe ! Quel ennui le saisit et le désole ! Quelles sombres réflexions l'inquiètent et le tourmentent ! Il a beau prier, le ciel est fermé pour lui ; la nature et les sens ne cessent de lui dire : « Où donc est ton Dieu ? » (Psaume 41, 4). Il éprouve toutes les agonies, il ressent toutes les souffrances morales, pour nous aider à les sanctifier. Hâtons-nous donc de prendre tous ses sentiments. Il faut que le Cœur agonisant du divin Maître batte en quelque sorte dans mon cœur affligé, pour que je participe à sa soumission, à son énergie, à son dévouement. Cœur admirable, soyez mon modèle, mon amour et mon soutien !...

II. Jésus s'était séparé de la plus grande partie de ses amis, et de sa Mère elle-même, en quittant le cénacle ; il s'était séparé de huit apôtres, en entrant dans Gethsémani ; enfin dans le jardin, il se sépare des trois disciples qu'il aime le plus. Ils s'endorment, pendant que Judas veille pour le trahir, et que nous veillons tous pour l'offenser. Nos péchés sans nombre, de hideux fantômes, de cruels démons peuplent seuls sa solitude. Son Cœur devient le confluent de toutes les souffrances, à cause des iniquités qui débordent de tous nos cœurs. Dans le Cœur agonisant du Sauveur tombent tous les crimes du monde, comme les fleuves entrent dans la mer avec la fange qu'ils charrient : de là des tristesses, des angoisses, des agitations, des tempêtes excitées parla colère même de Dieu irrité contre nous. Ah ! que ne puis-je arrêter le torrent de nos iniquités ? D'où vient que je le grossis encore par mes propres péchés ?...

III. De ce même Cœur, de cet océan de douleur et d'amour, sortent des gémissements, des prières, des actes répétés de résignation, des vapeurs sanglantes qui forment des nuages bienfaisants, pour répandre au loin une rosée salutaire. Par un flux et reflux continuel de miséricorde et d'expiation, il bat tous les rivages, il atteint tous nos cœurs, durs, secs, froids, stériles et insensibles comme des rochers ; puis il se replie sur lui-même, en soupirant, mais pour nous bénir encore et préparer notre salut. Voilà jusqu'où va sa douleur, voilà jusqu'où va sa bonté, dans le plus complet isolement. Pauvre Cœur abandonné, votre agonie n'a plus de bornes., et vos souffrances sont sans mesure. L'infinité de nos péchés vous accable, et notre ingratitude y met le comble en vous délaissant. Moi, du moins, je vous tiendrai compagnie, j'essuierai votre sueur, je m'unirai à votre prière, je partagerai vos afflictions et vos peines...

Lisez dans l'Agonie de Jésus, liv. I, ch. VIII, Jésus agonisant chef des pénitents.

 

Pratique : Résignons-nous à être, autant qu'il plaira au Seigneur, dans le trouble, dans l'inquiétude, dans la tristesse, dans la crainte, dans le dégoût et l'ennui. Ne cherchons pas à échapper à l'agonie du cœur par l'acceptation de l'agonie, en imitant ces âmes égoïstes qui veulent trouver dans leur résignation même quelque goût ou plaisir spirituelle calme, la paix, le contentement. Travaillons avec zèle à l'extension de l'archiconfrérie et de la communauté du Cœur agonisant.

 

Exemple

 

On obtient chaque jour de très nombreuses conversions, en invoquant le Cœur agonisant de Jésus, en plaçant son image dans la chambre du malade, sa médaille sur la poitrine ou sous l'oreiller du moribond. Dans presque tous les hôpitaux tenus par des religieuses on pourrait dire, comme les religieuses de Saint Alexis de Limoges : « Depuis que nous ayons embrassé la dévotion au Cœur agonisant de Jésus et au Cœur compatissant de Marie, elle a été une source de grâces précieuses et abondantes, d'abord pour nous-mêmes, ensuite pour les pauvres malades de notre vaste hôpital, que nous n'avons plus la douleur de voir mourir sans recevoir les derniers sacrements. Avons-nous affaire aux âmes les plus endurcies, dès que nous implorons pour elles les Cœurs sacrés de Jésus et de Marie, nous sommes exaucées ». On obtient de même des guérisons. Le 26 mai 1872, on écrivait de Lavaur (Tarn) : « Marie Cany, épouse de Jean Raynaud, en proie à d'atroces souffrances et abandonnée des médecins, appliqua une médaille, le 7au matin, sur le point le plus douloureux. Aussitôt la douleur se calma, et à deux heures le bien était complet ; il s'est maintenu. Nous espérons que cette faveur excitera de plus en plus la dévotion au Cœur agonisant, et ranimera le zèle des associés ». La pieuse médaille préserva de la mort un grand nombre de soldats, durant la guerre de1870-1871.

 

Vingt-troisième jour

Agonisons avec Jésus

 

De la grotte de l'agonie, l'Homme-Dieu nous dit : « Mon Cœur n'a attendu que des outrages et de la misère, improperium expectavit Cor meura et miseriam. J'ai été dans l'attente de quelqu'un qui s'affligerait avec moi, et il n'y en a point eu ; j'ai espéré des consolateurs, et je n'en ai point trouvé » (Psaume 78, 21). Voulons-nous le consoler ? Partageons ses souffrances et son agonie, avant de partager sa gloire et sa couronne (Romains 8, 17).

 

Méditation

 

I. La première manière d'agoniser avec le Sauveur, c'est de souffrir avec lui. Mais qui se présente pour partager l'état de Jésus agonisant dans Gethsémani ? Qui veut éprouver comme lui la crainte, l'ennui, le dégoût, la tristesse mortelle ? Qui veut suer sang et eau ? Qui se plaît à rencontrer un Judas parmi ses amis ? Qui est heureux d'adresser au Seigneur de longues prières, sans les voir exaucées ? Il est surtout un trait que nous n'imitons guère : c'étaient les péchés des hommes qui mettaient Jésus à l'agonie. Or, nous n'avons aucun empressement à partager cette agonie de douleur et de confusion, pour nos propres péchés, moins encore pour les péchés des autres. Il faut ordinairement que Dieu frappe à coups redoublés, que son bras s'appesantisse sur nous, pour que nous nous décidions à expier nos fautes ; encore nous bornons-nous alors à faire des afflictions qui nous sont envoyées une salutaire expiation. Mais nous n'allons pas au-devant, comme le divin Maître, comme les religieux pénitents ou contemplatifs qui embrassent volontairement un genre de vie, qu'ils savent être la plus large participation aux agonies du Sauveur. Quand donc serons-nous les compagnons de Jésus dans ses humiliations et ses souffrances !...

II. Une autre manière de lui tenir compagnie, d'agoniser avec lui, c'est d'avoir patience avec nous-mêmes, c'est de nous résigner aux tourments que nous causent notre imagination et notre sensibilité. N'est-ce pas exprès, tout exprès, que le Fils de Dieu a voulu s'abandonner à l'excès de sa sensibilité, comme aux sombres prévisions de son imagination ? A-t-il donc failli ? Non, il nous a sauvés par ces souffrances intérieures recherchées à dessein, autant que par les tortures extérieures infligées par ses bourreaux. Réduit à l'agonie par la vivacité de son imagination qui prévient les événements, et par la sensibilité de son Cœur qui aime éperdument des ennemis, il console et rassure ces âmes pieuses, qui s'entendent reprocher souvent de porter dans leur cœur la cause de leurs afflictions. Et ne portons-nous pas dans notre corps la cause de nos maladies ? Nos infirmités corporelles n'en peuvent pas moins être très-méritoires, si nous savons faire de nécessité vertu. Lors donc qu'une âme est torturée par la prévision ou l'exagération de ses maux, par l'excès de sa délicatesse ou de sa sensibilité, qu'elle laisse mille personnes la charger de reproches ou de mépris, et qu'elle considère Jésus-Christ seul en son agonie. Jésus lui reste, et c'est assez ; car il lui reste avec la force, avec la lumière, avec la consolation de ses souffrances et de ses exemples

III. Une troisième manière d'agoniser avec le Sauveur, c'est d'endurer comme lui notre dernière agonie, c'est de prier, d'agir, de souffrir pour sanctifier l'agonie des autres. Qu'elles sont affreuses les angoisses des pauvres moribonds, lorsque le remords de la conscience, la crainte du jugement qui s'approche et l'incertitude du salut éternel se réunissent, pour remplir leur âme de trouble et de frayeur ! L'enfer, qui n'a plus qu'un peu de temps (Apocalypse 12,1 2), redouble sa rage et fait un effort suprême, pour saisir au passage cette proie qui va lui échapper. Pour ce dernier combat, le démon qui d'ordinaire tendait des embûches à l'âme durant son pèlerinage, ne se contente pas de venir seul à la charge, mais il appelle à son aide des légions innombrables d'esprits infernaux. L'Église a donc bien raison de convoquer ses fidèles et ses ministres, d'appeler même les anges du ciel, auprès du plus humble agonisant qui va quitter la terre, pour opposer les saintes phalanges de la lumière et de l'amour aux infernales phalanges des ténèbres et de la haine. Secondons-nous de tous nos efforts les pieux desseins de notre mère ? Invoquons-nous Jésus agonisant pour chaque moribond, comme fait le prêtre qui l'assiste ?...

Lisez dans l'Agonie de Jésus, liv. I, ch. VII, Jésus agonisant, soutien des affligés.

 

Pratique : Laissons le Seigneur nous immoler en paix et sans bruit, sur le calvaire du cœur ou dans le jardin de l'agonie. Confortons les affligés, comme l'ange consolateur conforta Jésus. Engageons les cœurs qui souffrent à recourir au Cœur agonisant du divin Maître, pour qu'il sanctifie leur agonie par l'exemple et le mérite de la sienne. Prions tous les jours pour les mourants.

 

Exemple

 

On raconte de saint André Avellin, qu'au moment de sa mort son lit fut entouré de milliers de démons, et que pendant son agonie il eut un combat si terrible à soutenir contre l'enfer, que tous les religieux qui l'assistaient en furent saisis d'épouvante. On vit le visage du saint se décomposer, et prendre une couleur livide ; il tremblait de tous ses membres ; les larmes coulaient de ses yeux en abondance : autant d'indices du violent assaut qu'il avait à repousser. Un pareil spectacle arrachait des pleurs à tous les assistants : chacun redoublait de prières, chacun tremblait pour soi en voyant qu'un saint mourait de la sorte. Une seule chose consolait ces religieux ; c'était que le moribond tournait souvent ses regards vers une image de la très sainte Vierge, comme pour demander du secours. On se souvenait qu'il avait dit plus d'une fois, durant sa vie, que Marie serait son refuge à l'heure de la mort : « Ora pro nobis, in hora mortis ». Ce fait est cité par Saint Alphonse de Liguori.

 

Vingt-quatrième jour

La sueur sanglante

 

Durant son agonie et sa longue prière, Jésus sua du sang, sudor ejus sicut guttœ sanguinis decurrentis in terram (Luc 22, 44). Le sang et la sueur ordinaire ayant paru presque en même temps sur son corps, le sang s'y figea bientôt, et fut entraîné jus- qu'à terre par la fluidité de la sueur, qui lui servait comme de véhicule ; ou bien la sueur de sang étant très abondante coula jusqu'à terre, aidée à prendre ce cours par l'humidité que la sueur laissa sur la peau.

 

Méditation

 

I. Le péché se forme dans le cœur, avant de se consommer à l'extérieur par l'action, et il consiste dans la détermination de la volonté, plutôt que dans l'acte matériel. Il faut donc que le pécheur, avant d'offrir à Dieu le sacrifice de son corps au moyen de la satisfaction, lui offre le sacrifice de son cœur au moyen de la contrition. Caution des pécheurs, Jésus allait offrir le sacrifice de son corps sur le Calvaire, en satisfaisant surabondamment à la justice divine ; mais il commence par offrir, au jardin des Oliviers, le sacrifice de son Cœur par une indicible contrition. Sur le Calvaire la présence des bourreaux, faisant violence au Sauveur, empêchera les Juifs de croire que cette mort sanglante soit libre et volontaire du côté de la victime. Mais au jardin, la sueur de sang met en évidence cette liberté du sacrifice, qui importe tant à notre salut. Ici point de tourments ni de coups ; aucune blessure extérieure ne force le sang à jaillir des veines. Ici le Fis de Dieu, tout à la fois prêtre, autel et victime, ouvre lui-même, par son propre vouloir, ses veines sacrées. Profitons-nous aussi de notre liberté, pour multiplier nos sacrifices, les rendre plus saints et plus complets ?...

II. Quel supplice ne cause pas à toutes les parties du corps de Jésus agonisant, la rupture subite de tant de fibres délicates, dont le moindre dérangement nous cause de si excessives douleurs ! Mon sacrifice serait imparfait, disait le Fils de Dieu, s'il n'était celui d'un esprit abattu et d'un cœur brisé, spiritus contribulatus, cor contritum (Psaume 50, 19). Et mon âme, plus excellente que mon corps, doit être plus accablée par la crainte et la douleur, que mon corps ne le sera par les coups redoublés qui tomberont sur lui. Je ne trouve donc maintenant d'autre consolation que de consentir à m'affliger, puisque vous voulez que je souffre, ô mon Père ! Cette nuit est pour moi aussi douloureuse que le sera ma croix. Tous mes os sont comme arrachés de leur place, tous mes nerfs sont mis à la torture, mon Cœur est devenu semblable à la cire qui se fond (Psaume 21, 15), et mes artères sont agitées par un mouvement si violent, qu'elles s'entr'ouvrent et répandent du sang par tous mes pores. Avons-nous souffert, avons-nous combattu, avons-nous seulement résisté jusqu'au sang ?...

III. J'ai foulé le pressoir, avait dit le Sauveur par la bouche du prophète, je l'ai même foulé seul, car personne n'était avec moi, et mon vêtement a été couvert de sang (Isaïe 63, 3). Dans Gethsémani, qui signifie pressoir, sa chair a été foulée comme sous un pressoir, et le sang en est sorti, comme le suc sort du raisin en rougissant les habits de ceux qui le pressent. C'était Jésus lui-même qui, sans le secours d'aucun bourreau, pressait ainsi sa chair très sainte pour en exprimer le sang. Il pouvait dire : « Aucun homme de cœur n'est avec moi », car aucun gentil, aucun juif ne partageait son agonie, ne le soutenait dans cette lutte, n'essuyait sa sueur. Exposé à cette juste colère de Dieu, qui est comparée à un pressoir (Apocalypse 19, 15), et pour ainsi dire vendangé par le Seigneur (Thren. 1, 12) en punition de nos crimes, le Cœur du bon Maître ressemblait à un raisin foulé avec violence sous le pressoir, pour qu'un vin généreux en jaillisse de toutes parts. Jésus, c'est moi qui ai mis votre Cœur sous le pressoir pour en faire jaillir le sang. Puisse une goutte de ce sang tomber sur mon cœur refroidi, pour l'animer, l'échauffer, et le rendre tout brûlant du feu sacré de votre amour !...

Lisez dans l'Agonie de Jésus, liv. XI, ch. X, Fins et significations de la sueur de sang.

 

Pratique : Voulons-nous satisfaire à Dieu pour nos péchés ? Prenons pour modèle Jésus suant sang et eau, et implorons son secours. Mon Sauveur, qui avez sué volontairement du sang pour moi, changez la délicatesse de mon cœur en un vif désir de souffrir quelque chose pour vous.

 

Exemple

 

Sainte Madeleine de Pazzi éprouvait une indicible compassion pour le Sauveur en sa sueur de sang. Un jour, dans une extase, l'ayant vu tout sanglant au jardin des Oliviers, elle en conçut tant de douleur que de moment en moment elle tombait par terre, comme si elle eût été morte. Puis poussant les soupirs les plus enflammés, elle s'écria : « Mon Jésus, vous avez sué du sang ! Ah ! que ne puis-je enchaîner toutes les volontés des créatures, et les amener à vous !... Je ne puis plus, ô mon amour, vous appeler le plus beau des enfants des hommes, comme faisait le prophète (Psaume 44, 3), puisque je vois tout votre visage plein de sang. Tous vos apôtres dorment ; je m'étonne qu'ils ne se lèvent pas pour considérer votre face ensanglantée... » La sainte voyait tomber des gouttes de sang du visage de Jésus-Christ jusqu'à terre ; elle s'écriait avec une grande stupeur : « Il sue du sang ! mon amour, ne suffit-il pas que vous suiez du sang de tous les membres de votre corps ? Faut-il encore que je vous voie répandre par vos yeux des gouttes de sang, au lieu de larmes ? mon amour, que n'ai-je été moi-même la terre qui recevait ce sang !... Oh ! Si je pouvais recevoir quelques gouttes de votre sang, qui sont comme autant de rubis précieux tombant sur la terre ! Oh ! Si mon cœur était cette terre qui les reçoit, qu'il serait riche, qu'il serait heureux ! Il aurait en lui-même un trésor suffisant pour acheter mille mondes ».

 

Vingt-cinquième jour

Le sommeil

 

Durant sa prière, Jésus agonisant se leva plusieurs fois pour visiter ses apôtres privilégiés ; mais il les trouva toujours dormants, invenit eos dormientes (Matthieu 26, 40). Combien ce lâche sommeil fut poignant pour le Cœur du bon Maître ! Combien notre cœur à nous-mêmes ne souffre-t-il pas du sommeil ou de l'indifférence de nos amis, pendant que le vent de l'adversité souffle sur nous !

 

Méditation

 

I. Dans le présent Jésus lisait l'avenir, et il se disait : Ce sommeil de mes disciples m'est plus dur que la cruauté de mes bourreaux. Je vois que mon corps mystique, par la somnolence de mes pontifes et de mes prêtres, sera dans la suite assailli et maltraité, autant de fois que les successeurs des apôtres les imiteront dans leur sommeil, plus que dans leur courage. On verra dans les champs de l'Évangile, ensemencés par ma parole, arrosés par mon sang, croître les germes funestes de l'ivraie ou de la zizanie, les doctrines licencieuses, les hérésies manifestes, parce que mes apôtres dorment et que leurs successeurs dormiront encore. On verra les églises non respectées, les sacrements non fréquentés, les autels sans ornements, les mœurs sans pureté, la religion sans prestige,parce que mes apôtres dorment et que leurs successeurs dormiront encore. Ah ! mon Cœur en éprouve une agonie de tristesse et de dégoût ! Ne contribuons-nous point a endormir dans la tiédeur et la mollesse quelques âmes, des fidèles et même des prêtres ?...

II. Le sommeil de nos amis était aussi représenté dans le sommeil des amis de Jésus. Quel désappointement cruel pour nous, quand nous sommes forcés, durant nos épreuves, de comparer nos amis à ces oiseaux de passage, qui ne s'arrêtent en nos climats qu'autant que l'air en est doux et tempéré, et qui s'envolent aussitôt que l'hiver approche ! Alors notre sensibilité se retourne contre elle-même, et le développement qu'elle avait acquis par l'amitié, ne sert plus qu'à augmenter notre tourment. Heureux, mille fois heureux, Seigneur, l'homme qui tend vers vous les bras de son affection, et qui met en vous seul tout son amour, toute sa confiance ! Car vous seul peuplez réellement pour lui toutes les solitudes, vous seul ne lui manquez jamais, vous seul lui êtes un appui toujours prêt et toujours puissant, vous seul faites refleurir pour lui les sentiers de la vie, vous seul lui ouvrez à la mort les portes du ciel. Vous seul, ô Dieu fait homme, Jésus agonisant, victime du sommeil de vos amis, vous êtes pour nous un ami qui jamais ne sommeille réellement...

III. Dieu lui-même semble dormir quelquefois à notre égard : sommeil apparent, mais néanmoins douloureux pour nous, qui nous écrions alors avec David : Quare obdormis, Domine ? pourquoi dormez-vous, Seigneur ? Pourquoi oubliez-vous notre indigence et notre tribulation ? (Psaume 43, 23-26) ? Il nous répond : « Je dors, mais mon Cœur veille, Cor meum vigilat » (Cantique 5, 2). Mon sommeil ne ressemble-t-il pas à celui d'une mère, auprès du berceau de son enfant ? Lors même que ses sens paraissent le plus endormis, son cœur veille, et le moindre cri poussé par l'objet de son amour, la retrouve prête à lui prodiguer ses soins. Ainsi, malgré mon sommeil apparent sous le voile des espèces sacramentelles, mon Cœur eucharistique est toujours veillant et priant pour vous. Oui, mon Dieu, vous êtes l'ami qui veille pour les amis mêmes qui s'endorment ; vous êtes celui qu'au sortir de leur sommeil, interrompu parle malheur, ils trouvent toujours prêt à leur prodiguer ses conseils, ses secours et son sang. Ai-je recouru à ce Cœur divin qui veille nuit et jour près de moi, toutes les fois que je me suis senti malheureux et délaissé ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IX, ch.I, Le sommeil de nos amis.

 

Pratique : Rougissons d'abandonner nos amis dans le malheur, ou de nous montrer indifférents à leurs souffrances. Si nous sommes nous-mêmes abandonnés de nos amis, ne nous en plaignons qu'à Dieu, et versons toutes les tristesses de notre cœur dans le Cœur agonisant ou dans le Cœur eucharistique de Jésus, en attendant de lui seul notre meilleure consolation.

 

Exemple

 

Saint Jean Eudes, fondateur des prêtres de Jésus et Marie, et des Religieuses de Notre-Dame de charité, vit ses meilleurs amis s'éloigner de lui, tant sa réputation fut attaquée par d'atroces calomnies. Ceux mêmes qui l'avaient exhorté à entreprendre l'établissement de sa Congrégation, l'abandonnèrent dans le malheur, à l'exception de trois; la reine-mère refusa de l'admettre à se justifier ; le vertueux baron de Renty fut lui-même ébranlé. Mais le P. Eudes ne se montra jamais plus tranquille et plus satisfait, que lorsqu'on le traita plus indignement. Un jour, dans les rues de Caen, une femme applaudie par la populace le chargea des injures les plus grossières. Il ne songea seulement pas à se dérober aux insultes, et on ne s'aperçut qu'il avait senti cette brutalité, que lorsqu'étant rentré au séminaire il dit à celui qui l'accompagnait : « Allons, mon frère, allons remercier Notre-Seigneur de la grâce qu'il nous a faite, de vouloir bien partager avec nous ses humiliations ». Dans ce même temps il écrivit : « Où trouvera-t-on un ami fidèle ? C'est la chose du monde la plus facile. Aimons Jésus fils de Marie, et Marie mère de Jésus ; mettons toute notre confiance en eux, et ils feront paraître leur puissance et leur bonté ». Ces deux amis célestes lui ramenèrent, en effet, la confiance et l'estime de tous, avec le succès de ses œuvres.

 

Vingt-sixième jour

Le réveil

 

Les deux premières fois que le Sauveur visita ses apôtres endormis, il leur adressa des reproches pour les réveiller : « Est-ce donc ainsi que vous tenez vos promesses ? Quoi ! vous n'avez pu veiller une heure avec moi ! » Mais dans la troisième visite il leur dit : « Dormez maintenant et reposez-vous » (Marc 14, 41). Néanmoins il ajouta aussitôt : « C'est assez, levez-vous ! »

 

Méditation

 

I. Le bon Maître réveille ou corrige ceux qu'il aime le plus parmi ses disciples, et c'est même au premier d'entre eux qu'il adresse d'abord ses reproches : « Simon, dormis ! Simon, tu dors ! » (Marc 14, 37). Il avait plus promis que les autres, il était leur chef ; n'était-il pas plus obligé à veiller ? Pour qu'il sente mieux sa faute, il reçoit ici le nom du vieil homme, le nom de l'humble et obscur pêcheur, Simon ; il ne reçoit pas du tout le nom de l'homme nouveau, du pontife suprême, du fondement de l'Église, Pierre. De même après notre conversion, après des jours de ferveur, si nous commençons à nous endormir, la voix de notre conscience nous adresse de légers reproches, et nous rappelle aussi notre humiliant passé. L'écoutons-nous ? Secouons-nous notre torpeur ?...

II. Jésus agonisant dit ensuite aux trois apôtres ensemble : « Sic non potuistis una hora vigilare mecun ? Ainsi vous n'avez pu veiller une heure avec moi ? » (Matthieu 26, 40). Ainsi se rapporte à ce que tous avaient dit après leur chef : « Quand même il me faudrait mourir avec vous, je ne vous nierai point » (Matthieu 26, 35). Voilà donc, leur dit le Sauveur, voilà donc comme vous êtes préparés à mourir avec moi, vous qui n'avez pas même pu veiller avec moi pendant une heure ! Une heure signifie ici un moment, par une figure dont le Maître se sert, pour faire ressortir toute la négligence de ses disciples. Par sa brièveté ce reproche unit la force à la douceur. Avec moi rend le reproche plus grave Jésus veillait lui-même, il veillait pour ses disciples, il veillait en présence de ses disciples, il gardait ses disciples comme un père garde ses petits enfants, comme un pasteur arde ses timides brebis : les trois disciples n'avaient donc point à s'effrayer de leur solitude, et, sous les yeux du divin Maître, leur indolence ou leur lâcheté devenait moins excusable et plus honteuse. Nous-mêmes nous ne sommes jamais seuls, le Seigneur est toujours avec nous, comme le prêtre nous le souhaite et l'affirme souvent. Dominus vobiscum ! Pourquoi donc sommes-nous si facilement découragés, abattus ?...

III. Les apôtres préférés, et pourtant si faibles, fie savaient que répondre aux justes reproches que le Fils de Dieu leur adressait, ignorabant quid responderent ei (Marc 14, 40). Les yeux de leur âme étaient appesantis, comme ceux de leur corps, leur intelligence était elle-même obscurcie par la sensualité, par le péché. L'ignorance est un sommeil. L'ignorance volontaire, causée par la paresse de l'esprit, est parfois en nous un sommeil coupable, dont nous rendrons un compte sévère. Les disciples écoutèrent avec une humble confusion les reproches du Maître, et ne cherchèrent point à se justifier. Ce silence est digne d'éloges : l'imitons-nous, nous qui sommes toujours si prompts à trouver des excuses ? Mais ils n'en retombèrent pas moins dans le sommeil : combien nous aussi nous profitons peu des avertissements qui nous sont donnés ! Combien nous restons endormis au service de Dieu !...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IX. ch. IV, Le repos permis.

 

Pratique : Réveillons-nous à l'approche du carême, et par nos prières, nos actes, nos exemples, faisons en sorte que la sainte parole réveille les âmes endormies. Venons nous-mêmes toujours, et amenons les autres au pied de la chaire de vérité, afin de produire cette édification du nombre, qui est un réveil et un entraînement pour toute une paroisse.

 

Exemples

 

Dans l'histoire des Saints, on voit quelles admirables industries le Seigneur leur inspire pour réveiller les âmes. Saint François-Xavier, après avoir vainement exhorté un grand pécheur à se confesser, l'invite à faire avec lui une promenade sur une montagne voisine. Dès qu'ils sont seuls et à l'écart, l'apôtre saisit des chardons, s'en fait une discipline, se dépouille et se frappe rudement, en répétant à son compagnon : « C'est pour vous, c'est pour apaiser la colère de Dieu qui va tomber sur vous ! » Le sang qui sort des épaules de l'innocent rejaillit sur le coupable ; vaincu par un tel exemple de charité, le pécheur tombe aux pieds du saint, se confesse et se corrige.

Du vivant de saint Ignace, un Frère de la Compagnie de Jésus, fort tenté sur sa vocation, résolut de quitter Dieu pour retourner au monde. Le saint fondateur, ayant découvert que la cause de ce trouble venait d'un péché dont ce Frère ne voulait pas se confesser, alla le trouver et lui raconta toute sa vie passée, combien il avait été acharné au faux amour des créatures, afin de lui ôter la honte, et de lui donner une meilleure impression de la miséricorde divine. Heureux l'homme qui, dans la voix terrible des révolutions et des malheurs publics ou privés, reconnaît la voix du divin Maître lui donnant une leçon sur la vanité des choses humaines, pour le réveiller de son assoupissement et rattacher on cœur à Dieu !

 

Vingt-septième jour

N'entrons pas dans la tentation

 

Aux reproches, Notre-Seigneur ajouta un précieux conseil : « Veillez et priez, dit-il aux trois apôtres, afin que vous n'entriez point en tentation » (Marc 14, 38). De quelle tentation parle-t-il ? de toute tentation, principalement de la tentation de l'abandonner lui-même, comme les apôtres vont le faire dans sa passion, parce qu'ils n'ont ni assez veillé ni assez prié.

 

Méditation

 

I. Nous sommes tous éprouvés par quelque espèce de tentation. L'Homme-Dieu fut tenté, et sa tentation s'étend à tous les chrétiens ; elle se fit sentir aux apôtres et se fait sentir à chacun de nous, elle se fera sentir à ceux qui viendront après nous. Aussi ne dit-il pas : « Veillez et priez pour n'être point tentés » ; il dit seulement : « Veillez et priez pour ne pas entrer dans la tentation, ut non intretis in tentationem » (Matthieu 26, 41), pour n'être pas vaincus par la tentation, pour qu'elle ne vous prenne ni ne vous retienne dans ses filets. Nous ne pouvons pas empêcher le démon de nous tendre des pièges, des filets, des embûches, mais nous pouvons ne jamais y tomber ; nous sommes tentés malgré nous, mais nous n'entrons dans la tentation que de notre gré. Tenons-nous donc sur nos gardes, et prévoyons le danger, l'occasion, la tentation, pour n'y pas entrer...

II. Qu'est-ce que d'entrer dans la tentation ? C'est entrer dans les sentiments qu'elle suggère, en suivre l'attrait, en subir la violence ; c'est entrer dans le courant de nos passions, et nous laisser entraîner ou submerger. Entrer en tentation, c'est appliquer notre esprit à ce qui nous est subitement suggéré de mauvais, c'est nous en occuper. On veut voir ce que c'est, on s'entretient quelque temps avec le serpent, on ne veut pas le chasser sans savoir ce qu'il dit, et l'on pénètre ainsi plus ou moins rapidement dans la tentation, où l'on ne tardera pas à périr. Car toutes les tentations ont un commencement, qui mène fort loin quand il est négligé. Mais il serait aisément vaincu, si on ne lui laissait pas le temps de se fortifier, soit par une espèce d'engourdissement et de paresse, soit par une mauvaise curiosité, soit par une présomption téméraire. Nous entrons d'autres fois dans la tentation par plaisir ou par faiblesse, parce que nous négligeons la prière, et que nous nous laissons amorcer par le moindre appât, comme le poisson qui entre dans le filet ou mord à l'hameçon. N'est-ce point là l'explication de nos chutes ?...

III. En disant tous les jours à Dieu : « Et ne nos inducas in tentationem, ne nous induisez point en tentation, ne nous laissez pas succomber à la tentation (Matthieu 6 , 13), nous ne refusons pas d'être tentés, nous demandons la force de résister aux tentations, une force qui soit proportionnée au péril. Nous prions notre Père céleste de régler tellement, à notre égard, tous les événements dont il est le maître absolu, qu'aucun ne devienne pour nous une tentation trop forte, subite ou imprévue. Nous demandons qu'il nous inspire la vigilance et la fidélité, pour réprimer les plus légers commencements de la séduction ou de la crainte ; nous demandons qu'il fasse cesser la tentation, avant que notre patience et notre fermeté soient abattues. Si néanmoins nos tentations se multiplient, tâchons de nous en consoler et de nous en réjouir. Comme la fumée précède le feu, la tentation précède la gloire : et comme l'or s'épure dans le creuset, l'homme se perfectionne dans les épreuves. Ne nous laissons-nous point aller, au contraire, à la tristesse et au découragement ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. XI, ch. IX, N'entrez pas dans la tentation.

 

Pratique : Pour ne point entrer dans la tentation ou pour en sortir victorieux, veillons par la pratique des bonnes œuvres, prions par la fréquentation des sacrements. Augmentons même souvent alors nos charités, nos oraisons et nos austérités. Pour faire de toutes nos tentations autant de sources de grâces, demandons instamment à Dieu la prudence et le courage.

 

Exemple

 

Au temps de saint Vincent de Paul, un célèbre docteur en théologie fut soumis à une terrible épreuve. Son esprit s'obscurcit, sa foi s'ébranla, la prière sur ses lèvres se changea en blasphème, et le désespoir lui soufflait de continuelles tentations de suicide. Après de vains efforts pour le guérir, Vincent s'offrit à Dieu en victime, et consentit à prendre sur lui la tentation du docteur. Cet héroïque sacrifice fut accepté dans toute son étendue. Pendant que la lumière, l'espérance et l'amour affluaient dans l'âme du docteur, le saint était cruellement tenté, malgré ses larmes et ses bonnes œuvres. Alors il écrivit son Credo, et l'appliqua comme un remède sur son cœur. Puis, il convint avec Dieu que sa main, posée sur ce papier, serait un désaveu de la tentation et un acte de foi. De plus, il se fit une loi de contredire en tout les suggestions de l'ennemi, dans ses pensées, ses paroles et ses actes, s'appliquant à suivre toujours l'esprit de foi, à ne proférer que son langage, et à ne produire que les œuvres de la divine charité. Ce fut alors qu'il multiplia ses visites et ses services dans les hôpitaux. Cependant trois ou quatre années se passèrent dans ce rude exercice, et la tentation durait toujours. Dieu voulait encore quelque chose de son serviteur. Un jour qu'il était plus désolé que de coutume, il tomba à genoux et voua a vie à Jésus Christ dans la personne des pauvres. Il se releva libre et consacré apôtre de la charité.

 

Vingt-huitième jour

Promptitude et faiblesse

 

En recommandant la vigilance et la prière, Jésus en donna ce motif : « Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma » (Matthieu 26, 41), parce que l'esprit est prompt à s'élever vers l'avenir, et à former de beaux projets, mais la chair est faible à les réaliser, et à tenir nos meilleures résolutions. Une trop grande confiance dans la promptitude de l'esprit, doit nous faire craindre d'autant plus la faiblesse de la chair.

 

Méditation

 

I. Le Verbe incarné, pendant sa vie mortelle, avait eu la promptitude de l'esprit, et il avait vivement désiré sa passion ; mais à peine l'heure de souffrir est-elle venue, qu'il éprouve la faiblesse de la chair et tombe en agonie. De même nous concevons dans la joie, mais nous enfantons dans la douleur, et peut-être ne participons-nous jamais mieux à l'agonie du Sauveur, qu'au moment d'accomplir, comme lui, ce qui doit contribuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Si notre esprit est généreux, comme le sien, à vouloir ce qui est saint et utile, prompt à trouver les moyens de le faire, notre chair est faible dans l'exécution ; elle sent la peine et la fatigue, elle nous force à dire quelquefois : ah ! Qu'il en coûte pour faire le bien ! Sommes nous alors courageux, comme Jésus, pour aller au-devant des difficultés ?...

II. Les apôtres avaient prouvé la promptitude de leur esprit, quand ils avaient dit : « Nous mourrons avec vous » (Marc 14, 31) ; maintenant ils prouvent l'infirmité de leur chair, en se livrant au sommeil précurseur du renoncement ou de l'abandon. Nous-mêmes ne prouvons-nous pas cette promptitude de l'esprit dans les moments de ferveur ? par exemple, lorsque, dans la joie d'une première communion, nous renouvelons nos promesses du baptême ? Mais vienne l'adversité, vienne la tentation, nous ne montrons plus que la faiblesse de la chair. Cette promptitude et cette faiblesse, en un même sujet, nous causent parfois une sorte d'agonie. L'agonie est un abaissement de la vie : notre vie ne s'abaisse-t-elle pas par la faiblesse de la chair ? L'agonie est un combat : le combat, ne se ranime-t-il pas en nous par la promptitude de l'esprit ? Chacun de nous peut dire : Il y a deux hommes en moi, l'homme de l'esprit et l'homme de la chair ; et ces deux hommes se font souvent la guerre. Puisse cette lutte intérieure m'apprendre à être plus indulgent pour le prochain, plus miséricordieux dans mes jugements !...

III. Le tour de phrase dont se servit le divin Maître, attirait l'attention de ses disciples sur la faiblesse de là chair, plus que sur la promptitude de l'esprit, et la leur présentait comme ce qui les exposait le plus à entrer dans la tentation ; car l'esprit est prompt à la vérité, mais la chair est bien faible. Saint Paul insistera aussi davantage sur cette infirmité de la partie animale de notre être, puisqu'il en gémira souvent dans ses épîtres. Le principal motif de cette insistance est, sans doute, que la faiblesse de la chair n'est pas une simple absence de forces, quelque chose de purement négatif, mais une résistance positive à l'esprit par la violence des désirs contraires. Cette faiblesse de la chair n'est point semblable à la débilité d'un malade ou d'un enfant, qui n'est capable d'aucun effort ; on doit la comparer à la résistance d'un homme sain et robuste, d'un athlète ferme et vigoureux, combattant contre un autre qui prétend l'assujettir. Que faisons-nous pour diminuer cette résistance de la chair aux mouvements de l'esprit ? Nous imposons-nous des privations ou quelques macérations, comme le grand apôtre qui châtiait son corps pour le réduire en servitude (1 Corinthiens 9, 27) ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IX,ch. XI, Promptitude de l'esprit et faiblesse de la chair en nous-mêmes.

 

Pratique : Gardons-nous d'accroître la fragilité de la chair, en prenant les habitudes d'un siècle sensuel, où chacun cherche ses aises et veut trouver partout le confortable. Défions-nous de l'ardeur même de l'esprit, qui peut devenir pour nous un danger, parce qu'elle naît quelquefois de l'orgueil et engendre la présomption. A la mortification unissons toujours l'humilité.

 

Exemple

 

Saint Thomas d'Aquin, à peine âgé de seize ans, s'enfuit de sa famille qui s'opposait à sa résolution d'entrer chez les dominicains. Surpris en route, il fut ramené au château d'Aquin et resserré dans une étroite prison. Une courtisane fut même introduite dans sa chambre. Aussitôt, prenant un tison enflammé, il repousse et poursuit la misérable. Puis, avec le même tison, il trace une croix sur le mur, tombe à genoux et renouvelle le vœu qui le consacrait entièrement au Seigneur. Pendant qu'il priait, un doux sommeil s'empara de lui. Les anges le visitèrent dans cette extase de la virginité, et ceignirent ses reins d'une ceinture, en lui disant : « Nous venons à toi, de la part de Dieu, te conférer le don de virginité perpétuelle ». Le cordon miraculeux que Thomas avait reçu des anges, et qu'il porta jusqu'à la fin de sa vie, fut donné à la maison des dominicains de Verceil, en Piémont. Sur ce modèle furent faits d'autres cordons semblables, qui devinrent la marque distinctive d'une nouvelle association, nommée la Milice Angélique, dont le but était de conserver ou de reconquérir le trésor de la pureté. Cette légion sainte, armée pour le triomphe de l'esprit sur la chair, se répandit avec une merveilleuse rapidité dans toutes les contrées de l'Europe, et s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Les riches et les pauvres, les rois et les reines se firent gloire, pendant plus de cinq siècles, de porter le cordon de saint Thomas et de la sainte Vierge ; il devint surtout en usage parmi les étudiants de toutes les universités.

 

Vingt-neuvième jour

Prière répétée

 

Jésus agonisant se tourna trois fois vers son Père pour demander grâce, et trois fois il parut repoussé. Il s'approcha trois fois de ses plus chers disciples, comme pour en recevoir un peu de consolation, et trois fois il les trouva endormis. Comment cette réitération des mêmes efforts, toujours infructueux en apparence, n'aurait-elle pas aggravé l'agonie du chef, puisqu'elle aggrave tous les jours l'agonie des membres, nos luttes et nos souffrances morales ?

 

Méditation

 

I. Le Sauveur au jardin des Olives fit trois fois la même prière, oravit tertio eumdem sermonem dicens (Matthieu 26, 44). Il répéta les mêmes choses, et presque les mêmes paroles. Cette répétition peut se rapporter au transeat, au calice dont il demandait l'éloignement, et dans ce cas l'identité des termes n'excluait point la variété des intentions. Par ce calice, le divin agonisant ne pouvait-il pas indiquer tantôt une chose, tantôt une autre ? Cette répétition peut s'entendre du fiat, c'est-à-dire de la résignation qui, dans l'expression comme dans le sentiment, était générale et s'étendait à tout, mais qui pouvait admettre quelque variété dans les termes : « Que votre volonté soit faite et non la mienne (Luc 22, 42), non ce que je veux, mais ce que vous voulez (Marc 14, 36), comme vous voulez et non pas comme je veux (Matthieu 26, 39). Toutes les prières ne sont-elles pas résumées ou renfermées dans celles-là? Et n'est-ce pas cette partie de sa prière que Notre-Seigneur répéta surtout ? Est-ce aussi ce que nous aimons à répéter le plus, fiat ! Fiât !? D'ordinaire nous ne répétons volontiers que le transeat de la répugnance : loin de moi cette épreuve, loin de moi ce mépris, loin de moi cette douleur ! Notre parfait modèle l'a dit en son agonie, mais en ajoutant chaque fois le fiat de la soumission. L'imitons-nous ?...

II. Cette répétition se rapporte à l'ensemble, et s'entend de toute là prière de Notre-Seigneur. Il la répéta plusieurs fois intégralement, et voulut nous apprendre ainsi à persévérer dans nos demandes, à les renouveler même avec une constance toujours plus grande. Car notre insistance finit par obtenir ce qui pourrait être refusé à notre indignité. Cette importunité réjouit merveilleusement notre Père céleste. S'il diffère de nous accorder ses dons, son motif ordinaire est de nous les faire demander lus souvent et plus instamment. La foi, l'humilité, le respect et la confiance préparent les grâces, mais c'est la persévérance qui nous les obtient. Nous obstinons-nous dans la même prière, dans la même demande ?...

III. Le bon Maître voulait aussi nous montrer qu'une première résignation, une première acceptation du calice, ne suffit pas de notre part, et que nous devons réitérer souvent les protestations de notre obéissance, avec les prières qui peuvent seules nous obtenir cette conformité. Le Fils de Dieu ne s'était-il pas pleinement soumis dès la première fois, et son sacrifice n'avait-il pas été sans réserve ? Cependant il réitère les mêmes instances, pour s'entretenir dans ces heureuses dispositions. Pourquoi donc nous, qui sommes si changeants et si faibles, ne réitérerions- nous pas les mêmes exercices de piété, la méditation, l'examen, la confession, la visite et la communion ? L'Église le fait, comme son divin Époux. C'est la manne qui tombe toujours la même dans le désert de cette vie, mais qui a tous les goûts et toutes les délices (Sagesse 16, 20). Sommes- nous fidèles à la recueillir ?...

 

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. IX, ch. XIV, Répétition des mêmes prières.

 

Pratique : Combattons la paresse de l'esprit, qui met obstacle à notre persévérance dans les mêmes prières, à nos progrès dans l'oraison, à notre perfection dans la vie contemplative. Tenons-nous en garde contre la manie de changer ou de multiplier les pratiques de dévotion, parce qu'elle n'est qu'une pure impatience de notre nature, qui veut toujours courir à cent choses, et qui n'aime rien tant que la nouveauté.

 

Exemple

 

La charité de saint Paul était un vaste et profond océan ; il donnait quelque soulagement à l'impétuosité de ses flots, en multipliant ses prières, en réitérant ses instances pour les enfants d'Israël. Pour eux l'affection de mon cœur, écrivait-il. et pour leur salut ma prière à Dieu (Romains 10, 1).La charité divine fut toujours le foyer du plus ardent patriotisme, et, en vivant ou en mourant pour Jésus-Christ, les saints priaient très souvent pour leur patrie. Ils prient encore pour elle comme pour leur famille, comme pour lEghse, et ils ajoutent à la prière le sacrifice. Pour décider le Seigneur à donner des grâces de choix, les religieuses du Cœur agonisant réitèrent chaque jour leur vœu d'immolation. Il les oblige au jeûne hebdomadaire et cette pratique extérieure de mortification a pour but de leur rappeler abattement corporel, auquel la sueur de sang réduisit le divin Maître. Il les oblige à l'exercice quotidien d'intercession, et cet exercice répond à la prière prolongée que fit l'Homme-Dieu dans le jardin des Oliviers. Quoi de plus éloquent que le cri de miséricorde poussé par toutes ces épouses du Sauveur, qui viennent au pied de l'autel s'associer à son sacrifice, unir leur prière à sa Prière, leur agonie à son agonie ! Des faits nombreux ont prouvé qu'elles obtiennent les grâces variées et puissantes, surtout des pensons inespérées, des conversions sincères, des morts édifiantes. Mais elles laissent à Dieu le soin de révéler ces faits. Leur vif désir est de rester elles-mêmes dans l'ombre et l'oubli, pour mieux imiter Jésus agonisant, dont la prière et le sacrifice sur le mont des Oliviers se firent dans le silence de la nuit.

 

Trentième jour

Les prévisions

 

Après avoir réveillé une troisième fois ses disciples, le divin Maître leur dit : « Il suffit, l'heure est venue, voici que le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs, Ecce Filius hominis tradetur. Levez-vous donc et allons. Voici que celui qui va me livrer est proche » (Marc 14, 41-42). Ces mots nous révèlent en Notre Seigneur cette prévision des épreuves, qui est souvent en nous une cause d'agonie, de souffrance, d'accablement.

 

Méditation

 

I. Les dernières paroles de Jésus agonisant à ses trois apôtres préférés, nous apprennent l'efficacité d'une résignation parfaite secondée de la grâce : il n'est rien de si pénible qu'elle ne nous fasse endurer ou entreprendre avec intrépidité ; elle réveille et fortifie toutes les puissances de L'âme. Notre Seigneur avait tremblé, avait été accablé de tristesse, s'était étendu sur la poussière et avait répandu une sueur de sang ; mais depuis qu'il s'est résigné pleinement à la volonté de son Père, il est plein d'ardeur pour affronter les redoutables épreuves qu'il prévoit, et il s'écrie lui-même : « En avant ! Venit hora », voici l'heure attendue depuis tant de siècles, voici l'heure que j'ai toujours regardée depuis le premier instant de ma vie, voici l'heure de ma détention et de votre affranchissement. Voici l'heure d'offrir aux hommes un suprême exemple de courage et de force, afin que, dans les occasions où ils se verront assaillis de difficultés, ils se souviennent de moi et surmontent tout généreusement, comme ils m'auront vu faire. Et pour qui va-t-il le faire ? pour qui court-il au-devant des souffrances prévues ? pour des indifférents, pour des ingrats, pour ses bourreaux eux-mêmes. Le Cœur agonisant de Jésus est un immense brasier d'amour ; le vent de l'ingratitude en rend la flamme plus vive et plus ardente. Ah ! Je veux en approcher mon cœur, pour qu'il s'embrase aussi et lui devienne semblable...

II. Les pécheurs désignés par la parole de Notre-Seigneur, in manus peccatorum, sont les Romains idolâtres, les Juifs déicides et Judas le traître. Cette connaissance anticipée de la trahison, de l'arrestation, de tous les détails de la passion, rendit plus douloureuse pour son Cœur toute sa vie mortelle, et en particulier son agonie. Dès son entrée en ce monde, il était homme pour sentir cette peine dans toute son étendue, et Dieu pour la prévoir dans toutes ses circonstances. Durant la passion, il y eut peu d'intervalle entre les différents supplices, à peine lui donnait-on le loisir de respirer ; néanmoins il ne les souffrit pas tous à la fois, au lieu qu'au jardin ces maux vinrent en foule assaillir son âme désolée : elle découvrit d'une seule vue toute cette longue et tragique histoire. Or tel qui pourrait résister en détail à tous ces malheurs, est accablé par la multitude. Le Sauveur fut d'abord abattu, mais avec quelle énergie il se releva ! Ainsi la grâce corrige et complète la prévision naturelle, qui souvent exagère les maux à venir, et nous abat plus qu'elle ne nous relève ; la grâce en fait la prévoyance chrétienne, qui prie avec Jésus, se mortifie avec Jésus, et se relève avec Jésus en face des difficultés réelles, pour les affronter de grand cœur...

III. Notre âme a deux facultés qui multiplient pour nous les douleurs et les épreuves. La mémoire et la prévoyance ne sont-elles pas en nous comme deux échos, qui répètent tous les sons lamentables, ou comme deux miroirs qui réfléchissent toutes les images sombres et attristantes ? Nous oublions plus facilement nos joies que nos douleurs, et nous sommes plus prompts à prévoir la peine que le plaisir. Cette prévision nous sert-elle toujours à augmenter nos mérites, en multipliant nos actes de résignation ? C'était dans sa prière que le Fils de Dieu prévoyait et acceptait toutes ses épreuves ; le temps de nos exercices de piété n'est il pas aussi le plus favorable à la prévoyance, et à l'acceptation de nos croix ? L'oraison du matin et la retraite annuelle sont des actes de prévoyance pour toute une journée, pour toute une année. La vie spirituelle est une continuelle prévoyance, et les saints furent les plus prévoyants de tous les hommes. Sous ce rapport, sommes-nous les enfants des saints ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. XI, ch. I, Prévoir les épreuves.

 

Pratique : Étendons notre prévoyance jusqu'au dernier instant de notre vie, afin que la mort ne puisse nous surprendre, quand même elle serait subite. Propageons la confrérie de la Bonne-Mort, et les associations de prières pour les défunts. Si nous le pouvons, consacrons un jour par mois à l'exercice de la préparation à la mort.

 

Exemple

 

Mademoiselle de Saint-Légier de la Sauzaye avait le zèle des malades. Ce fut à leur chevet qu'elle reçut l'inspiration d'établir une œuvre spéciale pour les aider à bien mourir, et pour préparer l'habitation de l'indigent à la visite du suprême consolateur. Bientôt, avec le concours d'une autre pieuse demoiselle, vouée comme elle au service de Notre-Seigneur dans la personne des pauvres, elle fonda l' Œuvre du Saint-Viatique. Elle put en constater les heureux fruits, mais elle mourut avant de la voir érigée en archiconfrérie. Cette érection date du 13 avril 1874, et le siège de l'archiconfrérie est la basilique de Saint Pierre à Saintes (Charente Maritime, France). Les associés commencent par remplir auprès des malades le ministère d'anges de paix, de bon conseil et de pieuse assistance ; ils leur inspirent des sentiments de foi et de confiance en Dieu, ils les disposent à se confesser, puis à communier ; ils ornent la chambre, et y portent toute une petite chapelle. Ils accompagnent le Saint-Viatique, et après que le prêtre s'est retiré ils n'abandonnent pas le mourant : ils l'exhortent à unir ses souffrances à celles du Sauveur, et prient avec lui et pour lui. « Quelle consolation pour le prêtre, écrivait-on, de trouver des chrétiennes au cœur brûlant d'amour pour Jésus, qui mettent leur bonheur à préparer les âmes, et à faire oublier aux pauvres le dénuement de leur mansarde, lorsque Dieu vient les visiter ! Aussi je désire vivement que l'OEuvre s'établisse partout ».

 

Trente-et-unième jour

Le Cœur compatissant de Marie

 

On croit que la Vierge-Mère eut le privilège de savoir ce que son Fils endurait, et d'unir son Cœur compatissant au Cœur agonisant de l'Homme-Dieu. Plusieurs âmes d'élite ont même pensé que Marie fut corporellement présente auprès de Jésus agonisant dans le Jardin, comme elle se tint debout auprès de Jésus mourant sur le Calvaire.

 

Méditation

 

I. La prévoyance avait fait de la vie de la Mère, comme de la vie du Fils, une longue agonie, et tout ce que les prévisions de Jésus avaient de plus douloureux, s'était réfléchi dans les prévisions de Marie, comme dans un miroir fidèle, afin d'augmenter sa participation aux souffrances qui devaient nous sauver. Marie fut ainsi, après Jésus, le plus parfait modèle de la résignation dans la prévoyance, et afin que sa résignation fût plus méritoire, sa prévoyance s'étendait au delà de ses maux personnels, à tous les maux de celui qu'elle aimait plus qu'elle-même. Elle n'aurait pu supporter un tel poids de douleurs, s'il n'avait été tempéré par de fréquentes consolations. Le Cœur agonisant de Jésus appelait donc le Cœur compatissant de Marie, et comme c'est au jardin que l'un fut le plus agonisant, c'est alors que l'autre fut le plus compatissant. L'agonie du Fils causa l'agonie de la Mère, et celle-ci à son tour rendit celle-là plus cruelle. Les honorons-nous toutes deux, par un pieux souvenir et une efficace compassion ?...

II. Pour aller du cénacle au jardin des Oliviers, pour courir à la mort, le Sauveur avait dû s'éloigner de sa Mère ; mais il ne s'en était séparé que de corps : il lui laissa tout entier son Cœur, et demeura toujours avec elle par la pensée et l'affection. L'amour qu'il avait pour sa Mère, fut un clou qui lui perça le Cœur, et l'attacha à une croix intérieure. Il voyait Marie présente à tous les mystères de sa passion, il voyait toutes les plaies de son corps se réunir et se ramasser dans le Cœur virginal de cette Mère bien-aimée : la compassion qu'elle avait ainsi de sa mort, le faisait plus souffrir que sa mort même. Voilà comment, rapprochés par un amour sans bornes, les Cœurs sacrés de Jésus et de Marie s'embrasaient de plus en plus l'un pour l'autre, et leurs flammes en s'unissant rendaient plus ardente la compassion réciproque pour leurs communes douleurs. Chaque coup qui frappait l'un ou l'autre de ces deux Cœurs, loin de trancher le nœud de leur amour, le resserrait davantage. En est-il ainsi de nous ?...

III. Venez donc, ô Marie, venez essuyer la sueur sanglante de Jésus. Et si vous n'avez pas de linge, essuyez, comme Madeleine, avec vos propres cheveux (Luc. vu, 38). Que de fois, lorsqu'il était encore enfant, vous avez essuyé ses larmes, en lui témoignant un souverain respect et une singulière dévotion ! Que de fois, le Cœur débordant de tendresse, vous lui avez donné un baiser ! Ce soir encore essuyez-le, baisez-le ! Non, vous ne pouvez être de corps auprès de lui, vous savez seulement ce qu'il endure dans son agonie. Mais cette connaissance suffit à déchirer votre Cœur, autant que si vous éprouviez vous-même ses angoisses. Votre Cœur est aussi brûlant que s'il était dans une ardente fournaise, et le feu de l'affliction vous pénètre tout entière. Durant cette triste nuit quelles paroles jaillirent de votre Cœur comme des étincelles ! « Ô mon Fils, disiez-vous, qui me fera la grâce de souffrir tous vos tourments, de mourir en votre place ? Ô Jésus, unique consolation de mon Cœur pourquoi ne me permet-on pas du moins de mourir avec vous ?... »N 'oublions-nous point ces gémissements de notre Mère ? (Eccle. 7, 29) Sommes-nous dans les sentiments où était Jésus (Philip, II, 5), où était Marie ?...

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. XII, ch. VI, L'agonie de Marie.

 

Pratique : Imitons Notre-Dame du Mont des Oliviers, et invoquons son Cœur compatissant pour les affligés, les pécheurs et les moribonds. Dans le même but, répandons cette série non interrompue d'hommages, qu'on nomme Supplication perpétuelle au Cœur compatissant de Marie.

 

Exemple

 

Une noble veuve, très-zélée à répandre en Angleterre la dévotion qui nous occupe, offrait à Dieu tous ses efforts comme une prière pour des grâces nouvelles, comme un témoignage de reconnaissance pour les faveurs déjà obtenues. Une de ses parentes, ayant reçu une grande grâce par l'intercession de Notre-Dame des Victoires, voulait envoyer à Paris un riche ex-voto en métal. « N'y dépensez plutôt qu'une somme modique, lui dit la pieuse veuve, et faites offrir beaucoup de messes en action de grâces, en priant les prêtres que vous en chargerez, d'en remettre les mérites aux mains de la très sainte Vierge, pour qu'elle en fasse elle-même l'application aux âmes des agonisants, qui devront ce jour-là paraître devant Dieu. Ces âmes sauvées par la vertu du saint sacrifice, seront un ex-voto vivant et éternel, qui sera plus agréable au Cœur agonisant de Jésus et au Cœur compatissant de Marie ». Ce conseil fut suivi, comme on peut le voir dans les Annales de l'archiconfrérie du très saint et immaculé Cœur de Marie, numéro de décembre 1872. Combien de prêtres et de fidèles reconnaissants voudront aussi contribuer, par l'oblation du sacrifice de la messe, au salut des agonisants de chaque jour ! Les âmes ainsi sauvées deviendront dans le ciel autant d'ex-voto vivants, qui rendront éternellement témoignage de notre gratitude, pour les grâces dont nous sommes comblés ici-bas. Adressons-nous donc au Cœur compatissant de Marie, pour qu'il applique aux moribonds tous nos mérites et les mérites du sang de Jésus-Christ.

 

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